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jardins et Jardiniers en Languedoc Jean du Boisberranger


Les Camellias de la Prairie un jardin conservatoire — alès L’histoire du parc des Camellias, c’est d’abord l’histoire de Monsieur Ignal, puis de ses enfants, et, enfin, mon histoire. Au début des années 1930, Jean Ignal, maraîcher au lieu-dit « La Prairie Sud », à Alès, plante dans son potager son premier plant de camellia, reçu en cadeau de son ancien employeur qui dirigeait un comptoir colonial. Voyant son camellia prospérer vigoureusement, il se procure d’autres plants qui vont à leur tour se développer et se reproduire naturellement, grâce à un environnement très favorable : une plaine alluvionnaire aux limons acides extrêmement fertiles, de l’eau en abondance et un fort ensoleillement. À partir des années 1980, sa fille Madeleine et son gendre Jean-Claude Peyrot poursuivront son œuvre en introduisant des variétés plus récentes et de nouvelles espèces. En 2004, ils m’invitent à redécouvrir le jardin que je connaissais depuis les années 1970, ayant entretenu des relations privilégiées avec Jean Ignal. J’ai consacré toute ma vie aux métiers liés aux paysages, aux pépinières et à l’horticulture. Depuis le ­Périgord vert de mon enfance, j’ai toujours été guidé par ma passion du monde végétal. Parallèlement à mon entreprise, j’ai été président international des jardineries, puis président de l’interprofession horticole. J’ai ainsi pu découvrir la production et la commercialisation des plantes du monde entier. Après avoir vagabondé un peu dans tous ces métiers, après avoir été un des pionniers de la réhabilitation de l’olivier — j’ai planté, en 1988, les trois spécimens millénaires du pont du Gard — les Camellias de la Prairie

étaient une opportunité exceptionnelle. Une passion folle. La passion l’a emporté, pour deux raisons. D’abord, c’était une collection qu’il fallait pérenniser, selon les souhaits des propriétaires et du fondateur, une collection prestigieuse, historique. Ensuite, c’était une consécration, le summum de ce qui pouvait m’arriver professionnellement. Même l’émir le plus riche ne peut s’offrir une collection de camellias de ce niveau. Ce n’est pas une question d’argent mais de temps, certains spécimens sont quasiment centenaires. Avoir une collection classée de camellias, c’est un petit peu la Ferrari pour le coureur automobile. Je m’en suis senti l’héritier. J’ai fait classer le parc au Conservatoire des variétés spécialisées. C’est une protection importante. Nous avons développé la collection et diversifié les activités. Nous faisons des recherches sur l’utilisation des graines pour faire de l’huile et sur l’utilisation des fleurs pour faire des essences. Surtout, nous avons ouvert au public ce parc qui était strictement privé. C’était là mon principal objectif : il était hors de question de m’impliquer sans pouvoir partager. À partir du moment où on a la chance de pouvoir accéder à un tel niveau de culture botanique, il est indispensable de communiquer, d’échanger, et, peut-être, de susciter des vocations. Je guide des groupes, cela m’amuse et me cultive. J’ai constaté qu’on transformait les individus par l’approche des plantes, les explications, la promenade.  Bernard Pical

Éclosion secrète de camellia japonica « Margharita Coleonie ».

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Camellia japonica « Jean Ignal ». Abondance de couleurs dans les frondaisons et au sol.

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Camellia japonica « Adolphe Audusson ». Comte de Gomer — La jonchée « Duchesse de Caze Don Kelarii ».


Diamants de rosée sur cœur de fleur… camellia japonica « professeur Waterhouse ».

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Camellia tsubaki et son éventail de trachicarpus. Camellia hybride « Mary Pnoebe Taylor ».

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Magnolia stellata. Clairière des centenaires — camellias plantés par Jean Ignal.

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Jonchée d’ « Adolphe Audusson ».

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­Jardin de la Noria un jardin contemporain — saint-quentin-la-poterie Dans ma jeunesse, je passais mes vacances familiales à Hesdin (Pas-de-Calais) près des vestiges du célèbre parc des comtes d’Artois et ducs de Bourgogne. Je m’y baladais à vélo, nourrissant mon imagination à l’évocation nostalgique de ce « Jardin des Merveilles » avec ses automates hydrauliques, jeux d’eau et autres facéties appelées «  joyeusetés  ». Le virus des jardins m’avait touché, il refera surface… quarante ans plus tard. Séduite par la beauté des paysages de l’Uzège, notre famille s’installe en 1990 dans une ancienne magnanerie du xviie siècle, au cœur de la plaine de SaintQuentin-la-Poterie. Dans un premier temps, nous nous sommes consacrés à la rénovation des bâtiments et à l’aménagement des abords du mas. Dix ans plus tard, une fois les travaux achevés, ma passion des jardins m’entraînera à réfléchir sur la mise en valeur de la partie est de la propriété  : un hectare de terre autour des vestiges d’une noria et d’un ancien verger. Je songeais alors à un espace dédié à la création paysagère et à l’art contemporain. Magie du lieu  : nous avions l’eau, avec cette machine hydraulique, appelée « ­pouzarenque » en provençal, et le paysage rural environnant. Le destin m’a alors amené à rencontrer les paysagistes Arnaud Maurières et Éric Ossart, en 1998, lors du festival de Chaumont-sur-Loire, qui avait pour thème l’eau. J’y découvrais leur « Jardin Oriental », avec des céramiques cuites… à Saint-Quentin-la-Poterie. Ce fut le déclic de cette aventure paysagère : je donnais carte blanche aux deux paysagistes pour concevoir ex nihilo un jardin aux résonances méditerranéennes aménagé à partir d’un terrain agricole. L’eau y serait l’élément principal, la noria le point central autour ­duquel s’articuleraient les différentes parties du jardin. Des premiers croquis, à l’automne 2000, aux ­plantations, ce furent trois années d’un passionnant chantier. Le jardin fut inauguré en 2005. Il concilie tra-

dition, avec le thème des jardins de paradis, et modernité, avec l’utilisation du béton ocre qui le structure et lui donne un caractère résolument contemporain. Après la création du Jardin de la Noria, dont je suis devenu en quelque sorte le conservateur, il restait encore un espace disponible. Amateur d’art, j’ai alors souhaité apporter une double dimension au site, en aménageant « La prairie de sculptures ». Cet espace, dont je suis l’initiateur, présente des créations d’artistes contemporains et ouvre des perspectives sur la campagne environnante. Je m’oriente maintenant vers des réalisations d’inspiration philosophique, qui s’inscrivent dans le site : ainsi, en hommage à Michel Baridon, éminent historien de l’art des jardins et du paysage, l’artiste plasticien Henri Olivier vient de réaliser une installation permanente qui anime une allée arborée. Dès l’origine, j’avais souhaité que ce lieu soit ouvert occasionnellement au public pour partager ma passion et présenter à des amateurs de jardins une approche alternative au jardin dit « provençal ». J’accueille moi-même les visiteurs que j’accompagne avec plaisir  ; je les laisse ensuite déambuler librement et s’approprier l’espace en s’imprégnant de l’esprit du lieu. Le tourisme de jardin est différent de celui des vieilles pierres : il offre convivialité, échanges, flânerie et plaisir des sens. Je me sens partie intégrante du jardin : c’est une relation fusionnelle. Il m’est ainsi impossible d’avoir le regard du visiteur. Aussi, depuis quelque temps, je m’y promène avec un appareil photo, pour me concentrer sur la perception et non plus simplement sur l’entretien. Le  «  propriétaire-jardinier  » se métamorphose  : il devient l’œil qui contemple et qui s’émerveille dans cet espace propice à la rêverie. 

Jean Deparis

Le jardin des grenadiers au soleil levant. Le bassin a été dessiné sur le modèle du célèbre patio de la Acequia du Generalife, à Grenade. Des pots d’agapanthes sont posés sur la margelle. Sous les grenadiers : verbena bonarientis, anémone japonica, artemisia, iris barbata et gaura. 51


« Chouette » du sculpteur animalier François-Xavier Lalanne. Bassin du cloître des micocouliers fermé par une haie d’éléagnus ; allée des cyprès émergeant d’un massif composé de seringat, viburnum carlesi, lonicera fragrantissima, koeretheria paniculata.

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« La création est toujours une histoire de rencontres. La plus évidente d’entre elles est celle du client et du concepteur. C’est aussi la plus importante car, souvent, c’est l’histoire d’une amitié qui se dessine avec celle du jardin. » Arnaud Maurières

Pots d’agapanthes. Sièges en béton de Pierre Baey, adossés sur le mur fontaine en béton.

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Les rouages de la noria ont été fabriqués par des artisans marocains, selon l’usage local. Le grand bassin vu depuis le kiosque d’entrée.

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Poterie « Les jonquilles » de Nadine Portier. Sculpture en béton de Pierre Baey, la « Dame d’Elche » ; poterie contemporaine conçue par Arnaud Maurières.

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Bancs et siège en béton de Pierre Baey.

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« Toupie » (détail) de Serge Bottagisio et Agnès Decoux. La prairie des sculptures, « Les Hypnons » de Hugo Motor.

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« Miroir de l’ombre – miroir d’eau » d’Henri Olivier. La prairie des sculptures, installation philosophique d’Henri Olivier en hommage à Michel Baridon citant La Fontaine : « Que faire en un lieu, à moins que l’on y songe ».

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Le jardin de Bruno Carles un jardin refuge — petite camargue Ma grand-mère et Lauretta Hugo sont les deux personnes qui m’ont amenées au jardin. Enfant, j’allais faire de grands séjours chez ma grand-mère. On s’aimait beaucoup, on se comprenait, elle était très douce. Elle m’a donné la passion du jardin dès que j’ai pu marcher. Elle aimait les jardins de la Côte d’Azur, les fleurs très colorées. Elle composait avec ce qu’on lui donnait, elle adorait le parfum des roses. Dès l’âge de cinq ans, j’ai eu mon petit jardin où je recopiais ce que je voyais chez elle. J’étais aussi ami avec la famille du peintre Jean Hugo. Son atelier était au milieu du jardin, son épouse Lauretta l’entretenait avec passion. Elle avait une vision du jardin à l’anglaise, libre et sauvage. Il fallait laisser les plantes aller à leur gré. En 1982, j’ai hérité d’une partie du mas agricole familial. J’ai choisi la maison du jardinier avec son ancien potager que j’ai transformé en jardin. La terre y est superbe, c’est une terre d’alluvion du Vidourle, très riche, il n’y a pas un caillou, c’est imprégné d’eau et abrité du Mistral. Pourquoi un jardin ? Parce que j’en ai intrinsèquement besoin. Je ne peux pas vivre en dehors de la nature. Cela me rappelle mon enfance. Le jardin, c’est un refuge. D’ailleurs, ce jardin est clos, il est fait comme une maison, il y a des couloirs, des allées, des pièces. Je fais tout au jardin, j’ai besoin d’avoir les mains dans la terre, les ongles noirs. Si je n’ai pas eu ma dose, au moins une fois par semaine du matin jusqu’au soir, jusqu’à l’épuisement, je ne suis pas satisfait. Mais c’est un plaisir, une jouissance. Seul, sans personne. Insomniaque, j’ai beaucoup rêvé le jardin la nuit. Il s’est aussi dessiné en fonction des jardins que j’ai

visités. Le jardin est fait de voyages, beaucoup de plantes sont des souvenirs liés à d’autres lieux. Si il y a beaucoup de statues, cela vient de mon métier d’antiquaire. Les vases d’Anduze me rappellent toujours ceux du jardin de ma grand-mère dans lesquels je me cachais. Le jardin s’est organisé autour du temple. Le temple c’est la tête, l’allée c’est le corps et ensuite ce sont des articulations. J’ai voulu une allée de cyprès en souvenir de celle du jardin des plantes de ­Montpellier qui m’a toujours émerveillé. J’ai découvert la beauté des structures taillées en Italie, où j’ai beaucoup voyagé. J’ai planté des buis qui se sont ressemés, je les taille comme de la broderie. J’adore maîtriser la nature. Maintenant je la laisse un peu plus aller, mais je garde toujours un côté maîtrisé. J’ai mis des années à me lâcher. Un jardin peut rendre fou. Ce désir de perfection… Comme il fait très chaud l’été, il est difficile de garder les fleurs. C’est un jardin vert de forme, fleuri en avril-mai. Après les anémones sauvages, les glycines égaient le printemps, surtout la glycine du Japon. J’élève aussi cent cinquante pieds de pivoines et je leur fais faire des mariages. Cette année, j’ai eu une mutation que j’ai appelée « Princesse Suzy ». C’est un exercice de patience, il faut dix ans pour voir fleurir une pivoine. Le temps ne compte pas dans un jardin. À la renaissance, l’art des jardins était aussi important que la peinture ou la sculpture. Sans m’en rendre compte, j’ai fait un parcours initiatique dans ce jardin avec le bois sacré et le temple comme dans le Songe de Poliphile de cette époque. 

Bruno Carles

Statue terre cuite, Castelnaudary, xixe siècle.

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Cour du mas, fontaine avec statue terre cuite encadrée de carreaux de St-Jean-de-Fos, vase de jardin à anses de Castelnaudary et jarres à huile d’Anduze avec buis d’Artois taillé en boule. Treille de glycine courant sur toute la longueur du bâtiment. Terrasses devant la maison, avec treille de glycine soutenue par des colonnes de pierres. Sur les tables, semis de pivoines arbustives. 69


Berger à l’antique, terre cuite xixe siècle, dans une roseraie encadrée de buis taillés en rochers. Grande statue terre cuite, Italie xixe siècle, dans une haie de buis et laurier tin.

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Sceau de Salomon, dalles de pierre sur pelouse encadrée de buis taillés. Grand bassin encadré de pots de buis taillés, arrière plan statue terre cuite musicienne à l’antique et lions.

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Vase d’Anduze avec buis taillÊ en boule . Lion en terre cuite et feuilles de lotus.

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Portail du parc, vase d’Anduze et Calamondin — Vase d’Anduze de Boisset — Allée de cyprès encadrée de murs de buis taillés en berceau ; entre chaque cyprès vases d’Anduze et buis taillés, fleurs de scilles de Sibérie bleues et ipheions blancs. Temple et statue terre cuite faisant fontaine.

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Petites lanternes accrochées dans une fenêtre et plaque de zinc repercée — Arrosoirs pour décanter l’eau d’arrosage des agrumes. Pivoine arbustive, première fleur d’un semis de sept ans, croisement Rocky blanc et Rocky violet.

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Jardin d’Emmanuel de Sauveboeuf un jardin comme un défi — nîmes Architecte d’intérieur et passionné de nature, je suis devenu paysagiste, ce qui m’a donné une approche plus globale sur une liaison nécessaire entre un ­espace intérieur et son prolongement extérieur. J’aime par-dessus tout reprendre un endroit abandonné et retrouver son histoire à travers les archives et les traces subsistantes, à la façon d’un archéologue qui remet au jour un site oublié. En revanche, l’histoire de mon jardin ne procède pas de cette même démarche. Je n’étais qu’à la recherche d’un terrain de loisir dans la garrigue nîmoise. Ce lieu transformé en décharge où ne subsistait qu’un simple mazet entouré d’éboulis de murs m’a séduit au premier coup d’œil. Je me suis lancé dans une aventure qui m’a amené beaucoup plus loin que je ne l’aurais imaginé. Les contraintes étaient nombreuses et cette ancienne carrière de pierres où les protestants s’étaient réunis pendant les guerres de religion, en 1552, n’offrait pas des ­conditions idéales à l’implantation d’un jardin  : il n’y avait pas de terre, la roche affleurait partout et il n’y avait pas d’eau. Une quarantaine de camions se sont révélés nécessaires pour évacuer les ferrailles, les pneus et les carcasses de voitures. Après ce grand ­nettoyage, il m’a fallu remonter tous les murs de pierres sèches, restaurer les escaliers et les «  restanques  », et surtout apporter de grandes quantités de terre. Ce n’est ­qu’ensuite que les premières plantations ont eu lieu et que le chantier de la maison a commencé. Sans plan d’ensemble bien défini, différentes zones ont été aménagées. La cohérence s’est naturellement établie par un choix limité de plantes, tels les buis et les cyprès, omniprésents. Ils apportent à ce lieu ­minéral une verdure constante et permettent l’insertion de collections sans avoir un effet de papillonnage. Devant le manque d’eau et la maigre couche de terre, il a fallu adapter le choix des végétaux. J’ai

commencé à collectionner les succulentes, les agaves, les yuccas et autres plantes de zones désertiques, laissant les vases vernissés accueillir tous les agrumes. Ce parti pris s’est affirmé et élargi à la suite de chaque voyage. Je rapportais l’idée de nouvelles ambiances par la découverte de végétaux peu courants. Ce jardin se révèle être un jeu composé de souvenirs de voyages — cactées au retour du Mexique, forêt tropicale dans le jardin d’hiver au retour d’Indonésie — mais aussi de souvenirs d’enfance, de rencontres ou de parfums dont les empreintes sont souvent plus tenaces que les souvenirs visuels. C’est pourquoi je ne conçois pas un jardin figé. Il évolue sans cesse, au gré des nouveaux apports, mais aussi parce que les plantes décident souvent par elles-mêmes de leur évolution, nous réservant toujours d’agréables surprises. Lors de la conception, il est facile et plaisant d’imaginer le rendu définitif, mais que de soins et de patience avant d’arriver à cette vision initiale ! Ce jardin est devenu un besoin de tous les jours, et le plaisir que j’en retire me fait aisément oublier ­l’attention constante qu’il me réclame, et que je ne saurais déléguer. Toutefois, c’est une grande joie de pouvoir le partager avec d’autres passionnés, et prendre ainsi le recul nécessaire que me donne leur regard neuf. Les saisons se suivent, échelonnent les vagues de floraisons des pivoines, des lys, des roses, pour continuer par les sauges. Les zones d’intérêt et les harmonies colorées se déplacent au cours des mois. Si, en hiver, le jardin se réduit au graphisme des buis, des palmiers et des cyprès, ne laissant que peu de place aux timides hellébores, il est empli d’espoir et annonce un printemps où tout va se succéder si rapidement qu’il sera parfois difficile d’en profiter ­pleinement. 

Emmanuel de Sauveboeuf

Labyrinthe. Autour du bassin, collection de joubarbes sempervirens. Au fond, à gauche, palmier brahea armata, yucca rostrata, yucca filifera.

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Vase avec drapé de style fin xviiie siècle. Labyrinthe de buis, buxus Sempervirens ; bassin entouré de quatre lauriers roses blancs sur tiges, Nerium oleander ; à droite, lilas de Chine, Syringa X Chinensis, variété trouvée en France en 1777.

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Dans la serre : Agave attenuata, Bananier d’Abyssinie, Ensete ventricosum maurelii, Sanseviera albo-marginata ; arrosoir en cuivre du xviie siècle. Pavots, Papaver somniferum ; Acanthes, acanthus mollis ; vases émaillés de Saint-Jean-de-Fos.


Terrasse. Solanum crispum (fleurs bleues) ; en pot, kumquat rond, fortunella ­japonica ; rosiers grimpants, à gauche Seagull, à droite Phyllis Bide ; paire d’urnes godronnées en pierre fin xviiie siècle ; Bambous, phyllostachis aurea, arbre, Sophora japonica.

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Statue en marbre représentant Vertumne, xviiie siècle. Devant, rosier grimpant Bobbie James. Derrière, rosier grimpant Pas-de-Deux — Broderies en buis, Buxus sempervirens ; Pivoine de chine herbacée Festiva maxima (Paeonia lactiflora) — Buste en marbre signé F. Prinzi, 1880. Derrière, Photinia Red Robin ; Poiriers taillés en cordons, William Bon Chrétien. Cyprès, Cupressus Sanko Rey. Pot couvert en pierre du xviiie siècle. Sauges bleues, Salvia farinacea. Centaurea cinéraria (feuilles grises).

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Jarre à huile de Biot, époque début xixe siècle. Statue en plomb xviiie siècle représentant Neptune enfant, le pied sur un dauphin. Nénuphar, nymphea, myriophillum.

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Palmier Ă  gauche, Washingtonia filifera. Au fond, palmier trachycarpus Wagnerianus. Au premier plan, luzerne arborescente, Medicago arborea.

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La Bambouseraie un jardin qui force à l’exception — anduze Je me réfère toujours à Eugène Mazel qui a créé ce jardin. Ce fut la cause de sa ruine. C’est quelque chose qui m’a marqué. Ma famille a racheté le jardin aux enchères à la bougie, à Alès, en 1902. Eugène Mazel a aussi planté de grands arbres dans la propriété où j’ai été élevée. Enfant, j’ai toujours eu le réflexe de me sentir mieux dehors que dedans, notamment à la ­proximité de ces grands arbres.

sibilité. C’est la raison pour laquelle j’ai développé ­différentes manifestations culturelles, des expositions de land-art, des rencontres, des lectures, des concerts. On peut venir pour la paix et le calme. On entre dans un jardin sans avoir besoin de clé. On se reconnecte à son bien-être avec des choses simples : on se remet au rythme naturel dont on s’est coupé dans notre évolution.

Ce lieu est d’une grande exigence. Il inspire le respect. C’est un peu comme une œuvre artistique. J’ai ­toujours pensé qu’il fallait le défendre, ne pas le galvauder. Je me bats. C’est une responsabilité immense, par certains moments infiniment lourde, mais qui peut être rendue joyeuse et belle. J’ai toujours favorisé les évolutions, mais, il y a quelques années, en 2004 précisément, j’ai réalisé que nous n’avions pas ­mesuré le succès du lieu. Nous commencions à négliger le maintien et l’entretien du jardin, pour une entreprise trop commerciale. J’ai souhaité revenir à la volonté de Mazel lorsqu’il a créé ce jardin. Il faut conserver cet état d’esprit aux grandes valeurs pédagogiques. Nous avons des plantes du monde entier qui arrivent à ­cohabiter. Nous, humains, nous essayons tous les jours de cohabiter  : c’est porteur d’un message ­d’espoir.

Si nous voulons que l’œuvre d’Eugène Mazel perdure, il faut une activité rentable. Nous recevons près de trois cent mille visiteurs par an et le retour est très positif. Je suis chef d’entreprise, il y a trentecinq ­personnes qui travaillent. C’est difficile mais on s’en sort mieux si on sait qu’on fait du bien. Grâce à ce ­patrimoine botanique dédié à la visite, nous participons à la prise de conscience de l’importance du ­végétal et, plus généralement, de toute la nature. C’est une petite graine qui germera, au fil du temps, en chacun des visiteurs. Cela donne un sens à ma vie. C’est un ­sacerdoce. Si dans cette profession on n’entre pas en postulant au sacerdoce, on n’a pas beaucoup d’avenir. Il faut être patient, modeste, accepter ses échecs. Nous avons connu les inondations, la neige, les tempêtes, il faut quand même continuer.

Le bambou est la base du jardin, mais je ne pense pas qu’Eugène Mazel aurait pu imaginer que cette plante serait si dominante. Il a planté énormément d’espèces, mais les bambous ont régné en maître. Ces bambous sont comme les enfants, il faut les éduquer. Sinon, ils partent dans tous les sens  ! Il faut penser aux arbres. Les arbres, ici, sont fabuleux. Verrait-on les bambous comme cela s’il n’y avait pas les grands séquoias de l’allée ? On peut aussi s’intéresser à la Bambouseraie par d’autres chemins que la botanique, selon sa sen-

Dans la journée, le jardin appartient à tout le monde. Le matin et le soir, c’est mon jardin. C’est magnifique, je me promène un peu partout. C’est un Eden, je suis la gardienne du temple. J’ai le sourire aux lèvres et les yeux brillants parce que les plantes sont un merveilleux espoir. Il y en aura toujours pour pousser là où vous portez vos pas. Vous avez toujours à vous ­émerveiller. 

Muriel Nègre

Phyllostachys edulis.

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Phyllostachys viridis. Pousses de Phyllostachys edulis, Ă  gauche, branche du cryptomeria japonica elegans.

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Phyllostachys nigra ; Phyllostachys bambusoides « Holochrysa » ; Phyllostachys viridiglaucescens — Phyllostachys viridis ; Phyllostachys viridis « Sulfurea ». Phyllostachys nigra « Boryana ».

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Azalea japonica. Phyllostachys edulis.

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Le vallon du Dragon, Acer palmatum japonicum ; arbre nuage : Pinus pentaphylla. Tori, Camellia japonica, Phyllostachys aureosulcata « Aureocaulis ».

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Le vallon du Dragon, Pleioblastus distichus ; arbres nuages : Pinus sylvestris et Taxus bacata. Le pavillon du PhĂŠnix rouge dans le vallon du Dragon, Acer palmatum japonicum ; Pleioblastus pumilus.

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Gingko biloba à l’automne ; Trachycarpus fortunei.

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jardins et Jardiniers en Languedoc Quinze jardinières et jardiniers m’ont accueilli en ami et m’ont ouvert sans retenue les portes de leurs jardins plus ou moins secrets. Ce livre raconte des histoires humaines autant que des histoires de plantes. La création d’un jardin étant l’œuvre d’une vie, ces passionnés de la nature m’ont offert le plus beau des cadeaux en me laissant déambuler à mon aise, parfois à des heures indues, dans les allées de leur univers intime. Qu’il soit ornemental, historique ou contemporain, lieu de plaisir ou de méditation, le jardin, de plus en plus nécessaire dans notre mode de vie moderne, est toujours le reflet de celle ou celui qui l’a créé et entretenu. En projetant sa vision idéale de la nature, son Eden, le jardinier ordonne l’environnement à son image, ce qui fait dire qu’il y a autant d’espèces de jardins que de jardiniers.  Jean du Boisberranger

L’histoire des jardins en Languedoc est relativement récente. Sans tradition comparable à l’Île-de-France ou à la Côte d’Azur, cette région s’est offert une créativité étonnante, reflet de la diversité des climats, des milieux naturels aussi bien que des inventeurs de ces jardins. Dans cet ouvrage, chaque jardinier raconte son œuvre, révélée à son tour par le travail exceptionnel de Jean du Boisberranger. Au gré des heures et des saisons, ses photographies saisissent la beauté de ces jardins et restituent de manière éblouissante l’émotion qui se dégage de ces univers en création perpétuelle.

38 €

9 782917 743324 ISBN 978-2-917743-32-4


Jardins et jardiniers en Languedoc