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Actuel de l’estampe contemporaine

n°7


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(3) Emmanuel Gatti (10) Donatella T. (16) Eva Largo

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(23) Hiroko Okamoto

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(40) Véronique Goossens

(28) Charlotte Reine (36) Nathalie Grall (46) Georges Amerlynck (50) Naoji Ishiyama

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(56) Claire Poisson (58) Juliette Vivier et Stephanie Cazaentre (60) Denise Pelletier (62) Marina Boucheï (64) Sans niveau ni métres (70) A/over éditions (74) Galerie épreuve d’artiste

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Ont collaboré à l’écriture de ce numéro: Emmanuel Gatti, Donatella T., Olga Verme-Mignot, Hiroe Katagiri, Mikio Watanabe, Claire Auszenkier, Michèle Minne, Jukka Partanen, Marc-Henri Arfeux, Aurélie Noury, Nan Mulder, Nathalie Grall, Eva Largo, Charlotte Reine, Veronique Goossens, Georges Amerlynck, Juliette Vivier, Stephanie Cazaendre, Nam Mulder, Corine Hoex, Claire Poisson, Marina Boucheî, Peggy Viallat, Nayio Ishiyama, Claire Poisson, Patricia Sarles, Denise Pelletier, Marina Boucheï et Sabine Delahaut 2


Actuel

n°7

l’estampe contemporaine

En couverture Emmanuel Gatti Médiateur de paysages intérieurs

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Actuel est une émanation du groupe Facebook ‘Parlons Gravure’. Comité de sélection : Jean-Michel Uyttersprot Catho Hensmans

ollaborer en amitié,

reconstruire le sens de graver. Servir la passion d’un art hors des sentiers battus. Triturer les remous des débuts photographiques. Emmanuel Gatti nous offre des images hors normes, dans tous les sens du terme. Que ce soit en morsure directe sur plaque de cuivre ou de zinc ou en élaborant de nouvelles techniques de transfert photographique, toutes ses intentions sont délicates. À l’image de l’artiste. Une invitation au voyage. C’est la nature même de l’image qu’Emmanuel Gatti aborde avec ses techniques. Photographie numérique, taille douce, question de la reproduction sérielle et de l’unique se mêlent et se troublent pour mener une réflexion sur l’origine de nos productions d’images et sur nos intentionnalités contemporaines... Nous avons choisi de présenter son travail en sorte de pied de nez aux conventions classiques. Une prise de risque, avec Amour. Jean-MIchel Uyttersprot

Comité de rédaction : Jean-Michel Uyttersprot Pascale De Nève

Les estampes en 1e et 2e de couverture sont des collaboration entre Pascal Chicaud, photographe, et Emmanuel Gatti. Transfert photogravure et lavis pour la deuxième / 2015. L’estampe en 4e de couverture est de Thierry Le Saëc (présentée dans l’Actuel #8 )

Pour toutes informations : magazine.actuel@gmail.com www.actueldelestampe.com Éditeur responsable : K1l éditions. Imprimé par : Hengen Print & More G.D.L Prix de vente : 20 € N°Issn : 0774-6008 Dépôt légal : D/2015/13.733//2

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Emmanuel Gatti “Mes derniers travaux tentent de sortir la gravure de son format et de ses critères de présentation traditionnels. Je réalise, outre les tirages classiques, de grands formats en manière de rouleaux de papier peint. Ceux-ci prêts à être marouflés sur différents supports.

Dans mon travail, les influences des premières tentatives photographiques sont importantes. Une manière de réfléchir à une distance intellectuelle face à l’image ‘objective’ ou bien de conserver une image surtout rétinienne et mentale… “

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Grands rouleaux : Technique : Morsure directe sur trame d’aquatinte sur zinc et impression sur papier japon collé sur papier Laurier 100% chiffon. Format gravure : 57X90, format papier : 100X350. Réalisation 2014 2015. Impression par Bich des Ateliers Moret Paris 5ᵉ.

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«Quand on traduit une idée en image, soit l’image devient bancale, soit l’idée explose… Moi je suis plutôt pour l'explosion. »

Heiner Müller.

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Transfert photographique et

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impression taille douce

Emmanuel Gatti collabore depuis longtemps avec le photographe Pascal Chicaud. La proximité de leurs univers remonte à l’adolescence, lorsqu’ils vivaient en Polynésie française. Le paysage, l'océan mais aussi leurs lectures communes ont forgé leur imaginaire. Le transfert photogravure de la couverture du numéro 7 d’Actuel illustre cette relation d’amitié et de recherche technique sur l’image photographique et l'estampe contemporaine. 9


Donatella.T. La manière noire est l’expression suprême de la lumière, accouchement de la clarté, tout est noir, sommeil, latence, puis trajet de lumière dans la nuit. Les lumières extérieures apparaissent, tenues à distance, et lentement montrent la forme encore refoulée, existante déjà. Ne pas la laisser surgir entièrement de l’ombre, la maintenir à l’instant de l’incarnation dans la lumière diffuse, la souligner pour qu’elle émerge à peine, graphies égarées dans une montée d’obscurité, palpitation de la vie des choses vues ou rêvées. Depuis 1994, le thème principal de mon travail est lié à la difficulté de communiquer, en couple, en famille, dans l’enfance, dans le travail, la vie sociale… cela aboutit bien évidemment à la solitude, aux solitudes sous toutes leurs formes. Volonté de communiquer en créant des passages fragiles, des ponts, des arches, des liens transcendants d’un monde à l’autre. Cependant, sous le pont, il y a un abîme et les labyrinthes se révèlent parfois sans aucune issue. Donatella T. est née à Rome, en Italie. De nationalité française, elle a fait ses études à l’école des Beaux Arts d’Angers, à l’UERE, l’unité de recherches et d’études sur l’environnement à Paris et à Londres, à Alexandra Palace et à la Central school of Art. Donatella T. est peintre et graveure. Elle se concentre surtout sur l’estampe et le livre de bibliophilie contemporaine. Livres et estampes : Éditions Tanguy Garric. Donnatella T. est membre organisateur, avec le bureau et le comité, de l’association et du salon Page(s). Paris. www.pages-paris.com

donatella.t@free.fr

Page 12 : Ubac. Cuivre 12 x 14 ,5 cm. Papier 24 x 30 cm. Manière noire. Papier Hahnemühle / 2010 30 exemplaires + 3 EA. Page 13 : Solitude I. Cuivre 19,5 x 29 cm. Papier 40 x 54 cm. Manière noire. Papier Hahnemühle / 2002. 30 exemplaires + 3 EA. Page 14 et 15 : Tirés à part du livre Du diaphane. Papier : 17 x 24 cm. Papier Hahnemühle / 2015. Manière noire. 15 exemplaires. Page 16 : Sans titre. Cuivre : 23,5 x 16,5 cm. Papier 40 x 50 cm. Manière noire. Japon appliqué sur Rives / 2009. 10 exemplaires + 3 EA. Page 17 : Tirés à part du livre Société et solitude. Cuivre : 23,5 x 16,5 cm. Papier 40 x 50 cm. Manière noire. Japon appliqué sur Rives / 2008.

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Eva Largo

“Face, visage, trait, portraits, mon travail réunit des visages qui s’effacent et se reconstruisent. Peindre, gratter, voiler, dévoiler, je voudrais suggérer une nouvelle image et rendre perceptible une réalité cachée.”

“Les portraits sérigraphiés d’Eva Largo font vivre le presque dit, le tenu. Et c’est là que ses images, en vibrant, suscitent notre émotion.”

Eva Largo est née en 1976, en Espagne. Après des études d’art, elle arrive en France pour un échange entre l’université de Barcelone et l’École des Arts Décoratifs à Paris. Une fois ses études finies, elle travaille comme graphiste aux ateliers Jean Nouvel. “Détruire l’évidence de l’image photographique pour construire une autre évidence à travers le geste.” Telle est la démarche d’Eva Largo, qui travaille à partir d’une photographie qu’elle retouche par des éléments picturaux. Apparaît alors une réalité cachée. Des animaux en voie d’extinction, comme une série de singes. Visages à peine dévoilés tels ces magnifiques portraits de Margueritte Duras ou d’une femme peinte par Goya dans la série “peintures noires” . Article paru dans “La Nouvelle République”, lors de l’exposition à la galerie Lyeux communs à Tours, 2015

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ECOUTE CE QU’ILS TE DISENT Atelier d’écriture du Lycée Camille Claudel, Vauréal. A partir des sérigraphies d’Eva Largo

- Rage, rage ! Que de meurtrissures émanent de mon cœur. Pas frappés, battement de tam-tam - Boum, boum, boum La servitude crie aux abois, au son de la trompette. Mon visage reste inerte, fixe. Un coup de feu et tout recommence. - Tamba, tamba, tamba, tamba Je n'ai pas peur, je respire l'instant présent. Comme l'air aspire l'environnement. Mes plaies, seule ma loyauté pourra les panser. - Tamba del negro que tumba Mes cicatrices montreront leur coup bas. Je m'en vais aux pas d'un soldat. - Tamba, tamba, tamba Chut, en silence, ils approchent.

Grace Jackson D’après « Sakakunu, ’’le revenant’’ »

Page 16 : Jorge Luis BORGES, sérigraphie à 5 couleurs 76 x 100 cm / 2011 Page 17 : Francis, sérigraphie à 5 couleurs 60 x 80 cm / Projet Métamorphose / 2010 Pages 18 et 19 : Sakakunu - Le revenant , sérigraphie épreuve unique 50 x 65 cm /Projet L’homme aux six noms / 2012 Page 21 : Nue, sérigraphie à 6 couleurs 40 x 50 cm / 2015 Page 20 : Voile, sérigraphie à 5 couleurs, 60 x 80 cm / 2012-2013

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Les ombres ne parlent pas. Elles ne font pas de bruit. Elles sont ici pour nous rappeler qui nous sommes, nous rappeler le son de nos pas, de notre cœur, de notre solitude, de notre souffle. Ces visages figés sont ici en contraste avec nos vies modernes, dynamiques, pressées, dirigées. Ces visages figés depuis l’éternité nous regardent d’un air posé ou effrayé, coincé dans leur prison éternelle. Ils ont eu le temps de penser à eux, à leur existence, à leurs doutes et leurs angoisses. Depuis leur sagesse, ils nous jugent peut-être. Ou bien nous implorent de les libérer de leur toile. 20

Maxime Bienbeau


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Hiroko Okamoto Hiroko OKAMOTO est née en 1957 au Japon. Après avoir étudié la peinture à l’Université des Beaux-Arts Musasino à Tokyo, elle entre à l’École des BeauxArts Sokei pour se spécialiser dans la gravure. Sa première exposition personnelle “ The Sweaters “ a lieu en 1981 à Tokyo. Membre de l’Association japonaise de la gravure depuis 1982. Tout au long de sa carrière, l’artiste a reçu de nombreux prix pour son œuvre gravée. Elle a exposé au Japon, en France, en Italie et au Canada. À l’automne 2001, elle réalise son rêve de jeunesse et s’installe à Paris. L’artiste grave alors à l’atelier de Chaville, puis dans l’Atelier Collectif de la Cité Internationale des Arts à Paris. En 2007, la ville de Saint-Ouen lui attribue un atelier. Cette même année, elle part au Japon pour une exposition personnelle et décède subitement lors de ce séjour à Tokyo. Au début de son parcours au Japon, elle travaille surtout en lithographie. Ses premières recherches se portent sur l’étude de planches en bois, toutes réunies entre elles, où chacune est minutieusement détaillée. Puis elle commence à explorer la maille, le tissu, les enchevêtrements, qu’on retrouvera dans ses premiers Sweaters et Chairs. À partir 1987, elle développera ses deux thèmes majeurs à l’eau-forte : "CHAIR" : des fauteuils vacants aux formes

rebondies, habillés de fins motifs géométriques, l'évocation incertaine d'une présence attendue ou d’une éternelle absence. "SWEATER" : les pulls, dans les moindres détails de la maille du tricot, un travail d'introspection et de dialogue solitaire de la matière et de l’artiste. Arrivée en France, son travail graphique se transforme. Elle entreprend de dessiner chaque jour, sur un format carte postale, la nature au fil des saisons, formant ainsi un calendrier, sorte de journal intime. Elle les exposera deux années de suite au Japon sous le titre « Mon calendrier. » Ces motifs seront à la base de ses gravures à eau-forte, sur le thème de la "NATURE" : arbres, feuillages, plantes, pluie et vent. Elle s’intéresse de près au monde végétal, afin d'exprimer une matière simplifiée et stylisée, pour ne rendre que I'essentiel nécessaire à l’évocation... Minutieuses et raffinées, les gravures d’Hiroko OKAMOTO témoignent de sa persévérance et de son esprit de perfection.

Page 22: Sweater N°36, eau-forte 36,5x60cm / 1989 Pages 24 et 25: Chair N°82 eau-forte 40x60cm / 1982 Page 27: Sweater N°38 eau-forte 45x60cm / 1997

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L’association Hiroko OKAMOTO est née en mai 2009, de la volonté commune d’un groupe d’amis artistes graveurs, en France, et du soutien de sa famille, au Japon, afin de préserver et promouvoir l’œuvre d’Hiroko. Les premiers temps, après avoir inventorié et répertorié dans son atelier de Saint-Ouen près de 3000 dessins et gravures, un premier axe de travail s’est fait jour. Le meilleur moyen de faire connaître à un plus large public cette artiste, et à la fois de préserver son travail, était de la faire entrer dans les collections des musées, médiathèques et artothèques. À ce jour, nous avons fait plus d’une trentaine de donations dans des collections françaises et internationales : Argentine, Belgique, Brésil, Équateur, Mexique, Italie, Pérou…ce qui a donné lieu à de nombreuses expositions en retour. Pour financer ces projets et gagner en autonomie, nous avons organisé des expositions, proposé son travail à la vente grâce à des galeristes qui ont ainsi contribué à élargir son public et à toucher les collectionneurs. Dernièrement, un site a été créé www.associationhirokookamoto.org pour diffuser son œuvre, faciliter les échanges et informer sur les dernières actualités des expositions. Forts de cette expérience et fiers de ce chemin parcouru ensemble, nous sentons que notre amie Hiroko est vivante avec nous. Elle fait partie de cette chaîne humaine dont elle nous avait parlé, chacun étant un maillon indispensable et unique formant un tout universel. Cette chaîne humaine que l’on retrouve dans son travail, maille après maille, fauteuil après fauteuil, feuille après feuille….

Olga VERME-MIGNOT Hiroe KATAGIRI Mikio WATANABE Claire AUSZENKIER

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Charlotte Reine

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e grave en douceur, en couleur, en saveur. Avec légèreté et insouciance. Je grave avec des mots, des éclats d’idée, des brins de poésie, des clins d’œil. Avec l’air du temps. Je grave avec mes erreurs, mes distractions, mes calembours mal ficelés, mes rimes et mes raisons. Je grave pour me rassurer, pour vous rassurer, je grave comme tout le monde. Je grave des éléphants que je ne connais pas, des girafes à ma taille, des crocodiles aux dents de papier et à pattes de velours. Je grave mes collections de gares, d’oiseaux, de pianos, de marins et de sacs à main sur des petites

plaques de cuivre pour pouvoir ranger le tout dans un seul tiroir. Puis j’imprime avec patience et le plus grand soin les couleurs lumineuses, bien proprement dans l’atelier sali. Avec des tarlatanes, bien ficelées en poupées compactes et précises. Avec des gestes sûrs et répétitifs. Avec le plaisir du travail bien fait. Les chiffres des tirages, à faire, en tête comme un artisan sage et consciencieux. C’est l’heure du calme, de la radio qui diffuse son énergie, des deux pieds sur le sol de l’atelier sans mystères . Charlotte Reine

Charlotte Reine est née en 1954 dans la Loire. Elle vit et grave à Paris et en Dordogne www.charlottereine.fr

Page 22 : extrait gravure pour le livre " code de conduite" / 2014 Page 23 : lunettes de soleil pour oiseau mal luné / 2013 Page 24 et 25 : collection noire d’encre / 2014 Page 26 : Equilibrer / 2015 Page 27 : La maritime / 2010 Toutes les gravures sont des eaux-fortes et vernis mou.

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« De rouille et d’encre 2 » Linogravure, impression en creux 2014 52X91,4 cm

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Habib Harem habibharem@yahoo.be http://habibharem.wix. 35


Nathalie Grall À propos d’une pratique : un burin méditatif. Mon outil de prédilection est le burin. Au fil du temps, d’autres outils tels que la pointe diamant, le papier de verre, le berceau ou la roulette électrique se sont invités dans le travail du cuivre. Tout est bon pour porter la réflexion, pour inciser la fugacité d'un dessin lorsque le corps réclame d'autres gestes pour reposer ses tensions, ses usures. Les thèmes qui jalonnent mon parcours de graveur sont liés aux cycles de la vie : germination, naissance, poussée, rencontre, rupture, transformation… Je n’ai pas d’image précise en tête, au moment de la première confrontation avec la plaque de cuivre. Je laisse venir à moi le dessin, le provoquant avec de la gouache et des outils très divers : doigt, bâton, pinceau, rouleau, raclette… Je travaille plusieurs cuivres simultanément, effaçant et reprenant le tracé au fur et à mesure que l’image se précise. Les traces de gouache laissées ainsi sur la plaque sont reprises ensuite à la loupe et au burin dans un premier temps, puis si nécessaire, avec d’autres outils, mais toujours en taille directe (j’ai abandonné la pratique de l'eau-forte en 1984). Un dialogue s'instaure entre le cuivre et la main. Dans une bulle hors du temps où l'esprit s'apaise, se recentre. La réflexion et la maîtrise du trait gravé se superposent à la spontanéité et à l’aléatoire du trait peint, qui disparaît au fur et à mesure que la gravure avance.

Nathalie GRALL Née le 10/02/1961 à Compiègne Diplômée de l’Institut d’Arts Visuels d’Orléans (1984) et de l’ENSBA de Paris (1986)

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Pages 34 et 35 : Cavale-carnaval, dimensions du cuivre : 17,5 x 22,4 cm, burin et diamant / 2013 Page 37 : A posteriori 20 x 20 cm, burin et diamant / 2013 Pages 36, 38 et 39 : Dans la peau des fleurs,15 x 20 cm, burin et diamant / 2010

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Véronique Goossens

Mise en abysse Un fil ténu, peut-être celui de la mémoire humaine traverse les mondes de Véronique Goossens. Des mondes qui se fécondent mutuellement. Les recherches sont multiples, les techniques également. Pourtant une émotion, qui prend aux tripes, irrigue du même mystère peintures, gravures, pastels ou croquis... L’œuvre gravée poursuit ce voyage intime, explorant les frontières de l’inanimé et du vivant. Effet de miroir cherchant à saisir ce point volatil, à déflorer la cruauté abyssale ? Véronique Goossens observe, un peu en retrait ou en apnée peut-être, cette chose qui se fait ou se défait, ce je ne sais quoi qui flotte dans l’univers. Combiner les manières de travailler la plaque : vernis, aquatinte et pointe sèche. Attaquer l’obscurité de la matière. Elle la caresse et blesse sa proie de métal. Les noirs dominent, leur profondeur est vertigineuse. Par contraste, la trouée du blanc paumé agit comme un gouffre de magma lumineux. Laitance d’humanité ? De sa main, jaillissent des figures sorties d’une nuit sans fin, mais dont le frémissement est pourtant bien palpable. Têtes hors champ, corps happés vers le bas, visages sans traits, des ombres grandeur nature se côtoient, se frôlent sans vraiment se rencontrer dans les eaux-fortes. Leur présence est comme absence infusant l’invisible, l’indicible et l’incommunicable aussi. Revenir et revenir encore, laisser affleurer les souvenirs, travailler par série, laisser monter en soi présent et passé. Véronique Goossens sème les indices : secrets mis à nu, plaies palpitantes. Son travail trouble. Il oscille entre force et fragilité, fait écho et secrète un étrange parfum ontologique. Et voilà le spectateur confronté à l’émergence de ses tumultes et de son silence intérieur. Michèle Minne - décembre 2013

www.veroniquegoossens.be

Pages 40-46 : Eaux fortes de la série Errances, 45 x 36 cm / 2011-2013

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Lauréate 2013 de la Triennale de gravure ‘ESTAMPADURA ‘- Toulouse et 2ème prix des Arts Plastiques et Visuels ‘FOCUS’ 2014 - Belgique, Véronique Goossens est diplômée en Arts Plastiques de l’Institut Saint-Luc à Bruxelles et est membre du collectif de gravure ‘Razkas’ à Schaerbeek. Elle a publié en 2015 avec Corinne Hoex Les Mots arrachés, aux Éditions Tétras Lyre. Elle vit et travaille à Bruxelles (1956).

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LES OMBRES

Elles. Ce sont les ombres. Elles sortent de toi. Vivent pour toi. Plus légères. Plus lourdes aussi. Elles ont besoin d’encre. Besoin de te voler ta forme. Pour exister. Elles te prennent. Comme un vêtement. Un plissement à fleur de peau. Elles cherchent ta chaleur. Tes ombres d’hiver. Emmitouflées. Une vie. Ligotée là-dedans. Elles glissent, ensommeillées, roulées dans leur manteau. Parfois, elles t’avalent. Parfois, elles se déchirent. Décollées de toi. Nues. Si nues. Elles sont quelqu’un. Quelqu’un sans yeux qui te regarde. Une noirceur vivante. Une nuit où tu n’entres pas. Si tu t’approches, leur cœur bat vite. Elles s’allongent, grandissent. Toujours plus grandes que toi. Elles respirent avec toi, savent ce que tu ignores. Elles arriveront avant toi, c’est sûr. Mais où ? Le soir, elles attendent. Elles retiennent leur souffle. Elles s’enfoncent avec toi dans l’eau noire et mouvante. Elles rêvent. Souvent, elles rêvent. Est-ce qu’elles dorment quand tu dors ? Parfois, elles font un rêve triste. Elles t’éveillent dans la nuit. — De la lumière ! Donne-nous de la lumière ! De gros insectes. Des phalènes. Des hannetons luisants. Le soir, elles flottent autour de toi. Elles sont une vapeur sombre. Le noir de la nuit ramassé dans une forme. Et qui vient te chercher. Trop tôt. Tu es trop tôt. Pas encore le moment d’être au pied de tes ombres. — Où vas-tu ? demandent-elles. — Loin. Je vais loin. Vous perdre. Corinne Hoex

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Georges Amerlynck

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’observation est la première chose qui m’intéresse dans ma recherche. Le plaisir de comprendre les choses, comment elles sont faites, comment elles s’emboîtent, s’entremêlent. On ne peut pas dessiner ce que l’on n’a pas compris. Le plaisir de voir, de chercher l’image. Trouver l’angle qui n’est pas habituel et qui donne une autre dimension. Un regard sur ce que l’on n’a pas perçu, où l’on est passé à côté. Avant de graver, je cherche une thématique, ce qui me permet d’aborder le sujet avec des perceptions et des angles différents.

Graver dans le métal est un contact fort avec la matière et ce dialogue me pousse au bout de moimême. Graver donne de l’assurance, car pour entamer la plaque avec une pointe sèche on pose un geste définitif. Je fais de la gravure parce que j’aime dessiner et avec l’estampe, je peux le faire avec des techniques différentes. La gravure laisse une empreinte, une trace de quelque chose, d’un événement, d’un passé, d’un sentiment, d’une sensation, d’une respiration, d’une profondeur, d’un geste, d’un plaisir. Le plaisir du graveur à faire son travail se transmet à celui qui le regarde.

Georges Amerlynck est né en 1943 à Bruxelles. IL vit et travaille à Wautier-Braine en Belgique

Pages 46, 47 et 48, 49 : sans titre, pointe sèche sur cuivre, 21X39 cm

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Naoji Ishiyama

PERCEPTION, VISION SUBCONSCIENT

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Naoji Ishiyama est un graveur japonais résidant en Finlande depuis 2003. Au Japon, Ishiyama était bien connu pour sa forte personnalité et ses thèmes presque provocants. Il a été décrit comme «Piranesi rencontre les étrangers de Ridley Scott”. Ishiyama a déclaré que, à ce moment-là, il voulait exprimer excessivement ses sentiments. Il travaillait des contrastes et des thèmes dramatiques, inhabituels dans ses estampes. Ayant besoin de changement, il quitta le Japon pour le nord de la Finlande. Naoji Ishiyama est très intéressé par les films de science-fiction, mais ce qui apparaît dans ses dernières impressions sont des plantes, des fleurs et des arbres. Au lieu de chercher dans son imaginaire, il puise dans la vie quotidienne. Une image intéressante peut être une banane flottant sur le lac ou une brindille tombée d’un arbre. Ishiyama a une relation personnelle avec les objets qu’il trouve. Avant de choisir l’objet qu’il souhaite utiliser dans son travail, il se pose la question : « Quand je vois la fleur, je ne

regarde pas seulement une fleur, mais j’essaye de ressentir quelque chose qui est entre cette fleur et moi-même. » « Pourquoi je réagis à cet objet particulier ? Quel genre de sentiment reçois-je de celui-ci ? Tout d’abord, quel est-il ? Comment existe-t-il ? Comment puis-je le saisir ? Dans quelle situation je veux le voir ? Comment puis-je rendre ce sentiment visible? “ Choisir l’objet prend beaucoup de temps et procure beaucoup de plaisir. Le dessin, processus de méditation zen, le travail sur la plaque et enfin l’impression, sont trois étapes indépendantes.

Naoji Ishiyama produit essentiellement des gravures. Depuis quelques années, il travaille la pointe sèche. Elle est devenue sa technique de prédilection. La pointe de Ishiyama est comme un scalpel dans la main d’un chirurgien. Les lignes doivent être précises, claires et détaillées. Ishiyama est un maître des lignes, qui sont en même temps fortes et subtilles. Il aime montrer les contrastes de couleurs vives et riches, échelle de tons de gris délicats au noir le plus profond.

La ligne elle-même est extrêmement importante pour lui. L’accent est toujours mis sur l’objet, l’arrière-plan n’a aucun intérêt pour lui. Il aime jouer avec l’échelle de grandeur. Ishiyama a fait des impressions seulement visibles à la loupe, mais aussi de grandes œuvres dans lesquelles de petits objets deviennent presque des figures héroïques.

La taille importe vraiment, mais il peut aussi vous mystifier et vous confondre.

Jukka Partanen commissaire Head Jyväskylä Art Museum

Page 50 : Accumulation, pointe sèche, 30X25 cm / 2013 Pages 52 et 53 : Motherhood, pointe sèche, 90x50c / 2012 Page 54 : Temptation, pointe séche, 26X28cm / 2014 Page 55 : Floating in mind, pointe sèche, 90X138 cm / 2014

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Sens de la distance

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on travail commence en trouvant des objets qui “touchent mon cœur”, je n’en connais toujours pas la raison. Ensuite, je commence à les dessiner. Mais rapidement, je sais que je ne

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connais rien de l’ objet, ni pourquoi il m’émeut tellement. J’observe et j’essaye de comprendre sa forme. Ensuite, je pense qu’il se métamorphose, progressivement, en une projection de moi. Mais en même temps, il fait appel à son indépendance, en tant que travail, et prend une distance par rapport à moi-même.

En fait, l'art visuel, en particulier la gravure, est la méthode appropriée pour traiter des éléments non verbaux sans le transformer en éléments linguistiques. Voilà pourquoi gravure.

je

travaille

la

Naoji Ishiyama


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Claire Poisson Gravures dans la ville Radio Dream est le fruit d'un travail mené avec la maison des initiatives citoyennes de Nanterre (l'Agora) et l'écrivain Lancelot Hamelin. L'Agora avait eu l'idée d'une fiction radio et d'un parcours à travers la ville, Lancelot Hamelin proposa de recueillir des rêves d'habitants comme trame de cette fiction. Quant à moi, je me suis occupée de la réalisation physique du parcours. J'ai conçu et fabriqué les 10 bornes qui le ponctuent. 10 gravures originales, aujourd'hui installées dans la ville, comme autant de portes ouvertes sur les rêves qu'elles annoncent. Georges Duby, historien du Moyen-âge, compare la trace que

laisse le rêve dans le réel à un sillon gravé dans la terre par une charrue, comme si le rêve laissait une trace dans le cerveau. Les neuroscientifiques prennent cette analogie au pied de la lettre : comme si le rêve se gravait dans la matière. Or, les questions de trace et de pérennité occupent une place cruciale dans mon travail. Et pour cette installation urbaine, soumise aux dégradations, j'ai décidé d'utiliser les matrices comme support du parcours et d'effectuer un tirage papier témoin qui serait, lui, à l’abri des aléas climatiques et humains. Une sorte d'inversion du processus qui nous fait généralement conserver précieusement les matrices à l'atelier, en cas de retirage...

Flashez, écoutez, rêvez... Radio Dream, ce sont 10 pastilles radio, enregistrées par des Nanterriens, à la suite d'ateliers d'écriture où chacun a pu retranscrire une partie de son activité onirique. Pour les écouter, on se balade, smartphone à la main, dans les rues de la ville. Quand on croise une plaque, on flashe le QR code présent dans l'image et on poursuit son périple en écoutant un habitant nous raconter un rêve. Depuis le centre-ville jusqu'à la zone industrielle, la déambulation invite à découvrir la ville d'un œil nouveau. Et même si le temps des rêves est éphémère, l'installation est, elle, installée pour durer. Claire Poisson

La carte du parcours : http://bit.do/radiodream

clairepoissongraveure.ultra-book.com

Claire Poisson vit et travaille en région parisienne. Elle est diplômée de l'école Estienne en gravure (2005). Les notions de trace, d’empreinte, constituent le fil conducteur de mon travail. Une thématique intimement liée au médium que j’ai choisi : la gravure. Graver, c’est fixer les choses, leur donner une dimension tangible, pouvoir les toucher. L’empreinte du dessin dans le métal, du métal sur le papier, la multiplicité des exemplaires imprimés… autant d’assurances d’avoir un objet qui traverse le temps, qui reste. Pourtant, au fur et à mesure du tirage, le motif s’érode et l’impression se dégrade. Image du temps qui passe.Trace d’une vision vouée à disparaître. Au-delà de l’impression multiple, j’aime travailler en série. Je crée ainsi des pièces où les images se répondent pour former des mondes autonomes.

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Juliette Vivier et Stéphanie Cazaentre

Toutes deux formées à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, Stéphanie Cazaentre et Juliette Vivier commencent fin 2010 un projet en binôme. Elles explorent par le dessin et la sérigraphie plusieurs pistes qui font intervenir une entrave dans la création pour exacerber et transformer l’acte de créer. Ce travail tire parti de l’évident rapport conflictuel de cette démarche collective et laisse une place importante à l’inattendu.

Ce travail met en place un process expérimental dans l’élaboration d’une œuvre commune, un dialogue graphique entre deux sensibilités interrogeant le mode de création et son résultat. Chaque nouvelle étape est conditionnée par les observations prises au cours des phases de travail précédentes et évolue à mesure que les artistes avancent dans leurs expérimentations. conflits.tumblr.com

Page 58 : Conflit 05 Cavern Livre-poster imprimé en sérigraphie sur papier glassine Trichromie recto-verso > 42 exemplaires + 6 E.A. 14,5 x19,5cm plié / 39x58cm déplié / 2015 Page 59 : Conflit 04 Dorica Castra Livre imprimé en sérigraphie sur papier calque Bichromie recto-verso 24 pages > 48 exemplaires + 6 E.A. 13,7x19,5cm / 2014 Page 59 : Conflit 02 Le Chien / Karaté Sérigraphie sur papier faisant partie d’une série de 11 images > 5 exemplaires / 56x76cm / 2012

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Denise Pelletier Ouvrière du noir Depuis le début de ma carrière, ma recherche s’inscrit au quotidien ; mon travail se veut le journal de l’artiste, l’écho de son environnement, du rythme du temps qui s’écoule, saison après saison, année après année. Le sismographe des turbulences au jour le jour, ici et là, plus loin. Que ce soit en atelier où hors murs, outre-mer ou ici, j’écris, je grave, je marque, trace le temps qui file, l’enregistre, l’archive, le blogue. Je suis autour de la presse, près de mon portable ou prisonnière de mon Canon, je note, vis la vie, capture ses émotions soudaines qui me touchent. Superpositions de matières, couches de temps, feuils d’encres, amalgame de techniques. Mon langage pictural repose sur la dualité de deux principes : l’un gestuel intuitif, l’autre formel de l’ordre d’un choix esthétique. Les œuvres ainsi réalisées ne sont pas des lieux de représentation, elles sont plutôt des espaces de réflexion, de création et de vertige. Au commencement… les mots, ceux nichés au fond des livres, surtout ceux des poètes, aussi ces mots entendus, indiscrétions involontaires, attrapés dans le bus, sur la rue, dans l’intimité ou dans la foule. En silence j’écoute les bruits de la vie, ses mots m’effleurent, me touchent, m’envahissent, m’habitent. Dans la solitude de l’atelier je les réentends, les réécris, sur un fond blanc, je les étale

comme médium, comme signes, comme formes, je les reconstruis bride par bride afin d'en déployer les rythmes intérieurs. Je griffe la matrice, le papier, jusqu’à ne plus voir, ne plus comprendre, j’efface, je cache, je voile et donne à voir l’infinie présence du silence après le bruit. La fluidité de l’encre, l’impermanence du graphite coopère à cette écriture de l’intériorité. Le diaphane du support, la fragilité du papier sont des réceptacles privilégiés comme chambre d’écho ou désert de l’imaginaire. Avec le temps, la gravure, ses rituels, ses odeurs, sa lenteur m’emportent dans la réalisation de mes livres d’artistes, aujourd’hui, après des années de pratique autour de suites, de pages détachées, me voilà réunissant au creux des mains les feuilles autrefois éparses, me voilà chercheure, pour réaliser et réunir textes et images en un lieu commun. Les mots côtoient mes images, oui, intuitivement, par affinité et provoquent souvent de belles rencontres, auteur/artiste. L’image refuge, le livre d’artiste naissent et rejoignent un autre regard à l’écoute… quelque part. Ouvrière du noir, je m’exprime principalement dans ses lumières … Denise Pelletier Denise Pelletier vit et travaille à Québec, au Canada

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Mes quatre mains , 2016 Aller II /2014 Gravures et reliure Denise Pelletier, 18.5cm L x 23.5cm H 20 pages 9 eaux fortes et chine collé, manteau entoilé Texte de Laurent ROY, France Réminiscences /2016 Gravures et reliure Denise Pelletier, 16.5cm L x 16cm H 34 pages 9 eaux fortes Texte, morceaux choisi du livre à l’éveil du jour de Brigitte Maillard, France Le mitant ……………… / 2016 Gravures et reliure Denise Pelletier, 21cm L x 23.5cm H 58 pages 14 eaux fortes Texte de Laurent ROY, France Désir premier / 2012 Texte, gravures et reliure Denise Pelletier, 10cm L x 15cm H 18 pages 8 gravures 1 rouleau embossage Coffret 17cm x 17cm Flore Anne Landrieu, Belgique

https://denisepelletier.wordpress.com

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Marina Boucheï

Page 66: Le pavé du Nord gaufrage, paraffine, 10cm de haut sur 12cm de large / 2010 Page 67 : La muraille Eau-forte, 10cm sur 10cm / 2014 Page 67 : Méditation Eau-forte et xylogravure, 20cm de haut sur 15cm de large / 2008

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N

ombreux sont les créateurs de livres d’artistes qui, proposant des ouvrages d’une haute qualité esthétique, ne s’éloignent cependant guère de la forme a priori et de la matérialité de leur objet. Marina Boucheï ose franchir cette frontière en proposant des livres qui échappent au modèle obligé du volume enfermant ses pages entre deux couvertures, selon la logique de la continuité linéaire. Même quand elle reprend à son compte cette forme initiale, l’artiste la détourne de sa compacité habituelle, pour l’engager sur d’autres voies où le livre, pour mieux épouser le texte qui l’a suscité, se révèle dans une pluralité d’espaces qu’il crée lui-même au fur et à mesure que ses pans se déplient. Ceux-ci, s’articulant aux abstractions chromatiques dont ils sont tapissés, ajoutent leur propre géométrie à celle des multiples facettes, elles-mêmes décuplées par les entailles et feuilletages entre vides et formes que crée Marina Boucheï.

Il en résulte des objets rares qui ne sont pas sans faire penser à ceux des géométries paradoxales, dont les mathématiques, et la physique ont poussé les portes depuis que l’absolu d’Euclide et celui de Newton ont été bouleversés par les explorations conceptuelles des sciences du XX° siècle. De la même façon que ces dernières, les livres de Marina Boucheï s’émancipent en effet de la tradition et se projettent dans les métamorphoses les plus imprévues : le livre devient ruban enroulé sur lui-même, entre bobine cinématographique, bandelette magique enfermant des talismans dans ses spires, anneau de Moebius camouflé. Ou bien, il dissimule à l’intérieur d’une boîte d’impossibles espaces en perspective infinie et l’on songe alors à ces dimensions supplémentaires que prédit la théorie des cordes au niveau des particules, ou encore

aux profondeurs insolites des miroirs jumeaux qui répètent sans fin leur image piège le long d’une courbe graduelle. Chaque fois, Marina Boucheï invente un petit univers pour un poème, quelques mots, une simple formule énigmatique et fascinante qui constitue la graine germinale de son projet. L’ouvrage est comme sécrété par le rêve du texte relayé par l’artiste. Plus qu’un écrin, le livre devient incarnation formelle et substantielle de ce qu’il porte en ses angles, chambres secrètes, faces cachées et dimensions réverbérées de l’invisible. Sa matérialité paradoxale vient graviter autour du texte comme les électrons dans l’orbite de leur

noyau. Mais en retour, elle l’exalte, le sublime et le redirige selon ses plis, le voilant comme le Saint des Saints d’un temple au centre de son pur dédale. La très ancienne intuition selon laquelle chaque élément, du plus démesuré au plus ténu, porte l’empreinte ineffaçable du fin secret chiffrant le monde, se renouvelle avec une étonnante puissance de vérité en ces livres d’outre songe, attracteurs étranges d’un art conceptuel sensible qui sait capter et renvoyer à l’infini la résonance intime de l’espacetemps poétique. Marc-Henri Arfeux

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Sans niveau ni mètre. Journal du Cabinet du livre d’artiste Aurélie Noury, Janvier 2016. Le journal Sans niveau ni mètre, publié par les éditions Incertain Sens depuis 2007, compte à ce jour 40 livraisons (39 nºˢ plus un n° 0). Il porte le nom du lieu dont il se fait le relais, bien que sa fonction ne soit pas exclusivement celle du compte rendu d’expositions. En effet, le Cabinet est une bibliothèque, offrant un fonds de plus de 4000 livres d’artistes et un lieu d’exposition dédié à l’imprimé, au rythme de quatre à six expositions par an pour chacune desquelles un numéro du journal est publié. Le titre, clairement identifiable comme un détournement du fameux « Ni dieu ni maître » du journal anarchiste créé en 1880 par Louis-Auguste Blanqui, est une invention de Bruno Di Rosa, créateur du premier mobilier du CLA¹. Ce dernier, délibérément pensé par l’artiste dans une logique de bricolage et de récupération, fut précisément construit sans niveau et sans mètre, approximation séant particulièrement bien au principe du livre d’artiste, objet variable et sauvage. Le journal étant une émanation des activités du Cabinet, le choix de son titre s’est donc imposé dès la conception de la maquette. Le journal du Cabinet du livre d’artiste s’appellerait comme son berceau : « Sans niveau ni mètre. » Dans ce sillage, pouvaient aussi résonner d’autres expressions satellites dont les échos possibles n’étaient pas pour nous déplaire : « Sans tambour ni trompette », « Sans feu ni lieu », « Sans queue ni tête », « Sans rime ni raison », etc.

Nous ne savions d’ailleurs pas très bien ce vers quoi cette publication tendrait ni même si elle perdurerait dans le temps. En 2007, au moment de la création du Cabinet, il était question de coupler chaque exposition qui s’y déroulerait avec la publication d’un périodique gratuit, de facture modeste, proposant outre un éclairage écrit sur l’exposition, un espace de création à destination des artistes invités, pensé comme un prolongement de l’exposition sous une forme imprimée. À cette époque et aujourd’hui encore, il nous paraissait essentiel de ne pas considérer le journal comme une simple illustration de l’exposition ou pire, comme une fiche de salle améliorée. Il devait être un périodique à part entière, régi selon ses propres spécificités et les interventions des artistes s’y succédant devaient être des créations inédites, conçues pour ce support. Ainsi, le journal accédait lui aussi au statut d’œuvre et c’est sans nul doute cette caractéristique, sur laquelle nous n’avons jamais transigé, qui explique son succès. Intrinsèquement lié au Cabinet du livre d’artiste, c’est en définitive l’appropriation du journal par les artistes qui devait lui faire gagner son autonomie, condition de sa pérennité. C’est aussi cette appropriation, par définition imprévisible, qui allait récréer, numéros après numéros, les contours d’un objet que nous avions seulement initié, rebattant les cartes à chaque nouvelle collaboration.

Depuis le n° 0 – numéro pilote qui posait les bases de ce projet imprimé tout en définissant l’objet qu’il se proposait d’étudier – la maquette du journal n’a subi que très peu de variations. Il présente, dans sa forme originale, quatre pages pliées de format A3, imprimées en noir et blanc sur un papier recyclé. La composition du bandeau en une, le choix de la typographie et la mise en page en colonnes s’inspirent de l’un des plus anciens journaux français, fameux pour être le premier

journal à un sou : Le Petit Journal, lancé en 1863 par Moïse Millaud. Il compte également le même nombre de pages et un format quasi identique. En revanche, face au Petit Journal qui, dès ses débuts, tablait sur la multiplication des annonceurs pour maintenir un si bas prix, Sans niveau ni mètre affiche en une le soustitre « gratuit gratuit », comprenons : journal gratuit et sans publicité.

¹ La conception du mobilier du Cabinet du livre d’artiste a, à l’origine, été confiée à Bruno Di Rosa au moment du lancement du projet, en 2006. Un nouveau Cabinet a depuis été dessiné et construit par Sarah Chantrel et Samir Mougas, inauguré en septembre 2014. Le nom « Sans niveau ni mètre » a cependant été conservé.

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Si la manchette, le colophon et l’équivalent d’une page réservé à l’éditorial en constituent des éléments immuables, la une a toujours été confiée à un artiste, idem pour les deux pages restantes (en général la double page centrale), sauf dans le cas de certaines expositions thématiques où s’y dresse la liste des pièces exposées (nºˢ 3, 7, 12, 18, 20, 22, 25, 27 et 28). La plupart des artistes s’y sont conformés, bien que la collaboration de départ ait toujours stipulé l’entière possibilité de bouleverser la maquette. C’est ceci dit dès le n° 5 que Hubert Renard propose un numéro double, constitué d’un classique quatre pages pliées et de son pendant fictionnel. Reprenant à son compte les mêmes codes que le journal original, le second affiche, en lieu et place du titre et des contributeurs, leurs anagrammes. Le temps d’un numéro « Sans niveau ni mètre » devient donc « aveu Nié Sans Mentir », publication périodique d’un lieu imaginaire miroir. Dans son sillage, d’autres numéros se sont affranchis de la maquette. Ainsi Claude Rutault, pour le n° 15, bascule la traditionnelle une sur la dernière page au profit d’une couverture entièrement grise ; la double page centrale, vidée de tout contenu, accueille quant à elle en insert un marque-page de papier et format identiques aux feuillets du journal (exception faite

d’un centimètre retranché sur son pourtour). Pour le n° 22, consacré à l’exposition « TRACTS ! », Antonio Gallego et Roberto Martinez choisissent de modifier la typographie du bandeau et de le déplacer en biais au centre de la page au sein d’une composition d’images d’archives de distributions de tracts. On peut également citer le n° 28 qui, conformément à l’objet qu’il étudie à savoir les revues d’artistes circonscrites à un seul recto, se présente sous la forme d’un placard de format A2. Quant au n° 35 d’E Il Topo, il réduit le gabarit de l’A3 à l’A4 de façon à constituer un livret de 8 pages. Sur 40 livraisons, quatre numéros sont imprimés en une couleur : le rose fluo pour le n° 14 de Maurizio Nannucci ; le bleu nuit pour le n°26 de Mathieu Tremblin ; le rose clair pour le n° 34 de Fucking Good Art, nuance caractérisant leur revue éponyme ; et le rouge pour le n° 35 d’E Il Topo à l’image des « red letter » déjà publiées par le collectif. Notons que ces deux derniers numéros sont les hybrides de deux revues : à la fois numéros 34 et 35 de Sans niveau ni mètre, ils constituent respectivement le n° 32 de Fucking Good Art et le n° 17 de & Il Topo.

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Si les infidélités à la maquette d’origine demeurent relativement restreintes dans la mesure où, de la part des artistes, on aurait pu s’attendre à toute sorte de réappropriations, il apparaît au contraire que ces derniers jouent réellement le jeu de la publication en série qui, bien qu’offrant une marge de liberté dont ils peuvent se saisir, affiche certaines caractéristiques de fond et de forme établies au fil des numéros. À tel point que la « contrainte » de la maquette peut se muer chez certains artistes en catalyseur. Ainsi, dans le n° 10, Bernard Villers s’attache à la recherche d’une nuance de rose, dont les teintes sont sciemment reproduites dans un journal imprimé en noir et blanc, désignant les couleurs par leur seule dénomination : « Mélange d’un rouge de cadmium, d’une laque de

garance et d’un jaune » ou « Sélection de dix teintes roses, rouges et jaunes », à laquelle est adjointe la mention « en niveaux de gris ». Dans la même optique, Ben Patterson pour le n° 21, moque le soustitre « Gratuit gratuit » du journal en y imprimant deux collages légendés : « Paid advertisement ». L’intervention d’E Il topo dans le n° 35, consiste quant à elle en la reprise exacte de l’éditorial qui leur est consacré, mais contredit point par point. Enfin, le n° 5 de Hubert Renard est une complète instrumentalisation de la contrainte puisqu’il crée, à partir du premier, un second numéro détourné, jouant précisément sur la composition formelle fournie par l’original.

Si ce numéro jumeau constitue précisément un encart au Sans niveau ni mètre, d’autres numéros dans la série en offrent également. Ainsi, le n° 15 de Claude Rutault, précédemment cité, contient un marque-page de l’artiste. Le n° 28, intitulé « One Page Magazine », est accompagné d’un encart de Joseph Ernst, fondateur de la revue du même nom² qui consiste en l’élection d’un élément visuel ou textuel (par exemple les logos ou les noms de marques) à l’intérieur d’un même numéro du magazine élu (Hello !, The Economist, Vogue, etc.), élément dont toutes les occurrences visibles seront reproduites sur une seule page, de même format que celui du magazine, à leur exacte place d’origine. Pour Sans niveau ni mètre, Joseph Ernst applique le même procédé, en reproduisant sur le recto d’un feuillet A3 mobile, tous les noms d’artistes relevés dans les éditoriaux depuis la création du journal, soit à travers 28 livraisons. Le n° 18, publié à l’occasion de l’exposition thématique consacrée à la photocopie dans les publications d’artistes et pris en charge par Éric Watier, contient un encart « Monotone Public Print » différent dans chaque exemplaire. En une, l’artiste livre son protocole de fabrication afin de le reproduire à loisir : « Public Monotone Prints /

Choisissez n’importe quel photocopieur public (dans une gare, une poste, une CAF, etc.). / Insérez votre monnaie. / Soulevez le couvercle du copieur. / Ne mettez rien sur la vitre. / Appuyez sur la touche « copie ». / Récupérez votre copie. / Refermez le couvercle. / Recommencez. » Si ce numéro révèle le mode d’emploi de fabrication de son encart, le n° 26 de Mathieu Tremblin, consacré à la collection « Paper Tigers », va plus loin, dans la mesure où le journal lui-même devient le module d’une œuvre à activer. Selon le protocole dicté par la collection³, la double page centrale de format A2 du journal, imprimée d’un aplat bleu nuit pour l’occasion, devient, après pliage et découpage décrits dans la notice, la matrice d’un collage mural justement intitulé « Repère de crue », en écho au titre du journal. À l’occasion de l’exposition au CLA en 2012 et de la dizaine d’activations qu’elle a suscitées, « Repère de crue », a effectivement été réalisé sur le mur ouest du gymnase du campus de Rennes 2 et à l’intérieur du Cabinet, situé dans un bâtiment ayant précisément connu une importante inondation trois ans auparavant.

Le n° 12, consacré aux inserts d’artistes dans les revues et journaux, invite également le lecteur à intervenir. Ce numéro est particulier dans la mesure où il est le seul exemple de réédition au sein de la série des Sans niveau ni mètre. La couverture présente en effet l’exacte reprise d’un insert de Fred Forest intitulé Le Trou et initialement publié en une du quotidien Nord-Matin des 27 et 28 novembre 1988. L’artiste y imprime un large disque noir, jouxté d’un symbole représentant une paire de ciseaux et légendé comme suit : « Creusons un trou dans

le journal / Un vrai trou dans un vrai journal / avec une paire de ciseaux / Creusons un trou / Un vrai trou d’artiste / Un trou qui sert à regarder derrière le trou / A regarder derrière les apparences / Un trou qui permette désormais de regarder la vie de l’autre côté / Ce trou vous appartiendra pour toujours / Pour toujours, car c’est vous qui l’avez creusé / Fred Forest », prescription particulièrement de mise pour le journal que constitue précisément Sans niveau ni mètre.

² http://www.onepagemagazine.com/. Sept livraisons en 2007. ³ « Paper Tigers (tigres de papier) est une collection de notices d’œuvres à activer dans l’espace urbain ou dans l’espace d’exposition. À partir d’une feuille-module de papier A4 coloré et d’un principe de pliage simple, des artistes sont invités à produire une œuvre à l’économie de moyens et à échelle humaine qui interagit avec la ville. » http://papertigers.free.fr/

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Si le panorama des multiples appropriations du journal par les artistes nécessiterait plus que ces pages ne peuvent en contenir, d’autant que nul discours ne saurait davantage les servir que leur médium papier⁴, il convient néanmoins d’insister sur la partie rédactionnelle que contient aussi Sans niveau ni mètre. En effet, chaque numéro (hormis le n° 23, numéro spécial) offre un éditorial d’une page, émanant de la rédaction ou confié, dans cinq cas, à un rédacteur extérieur. Si ces textes présentent, en outre, l’artiste ou la thématique dont il est question dans l’exposition, ils y insufflent systématiquement un double éclairage : celui de la culture de l’imprimé et celui de l’apport de ce dernier dans l’art. Au fil des numéros, et selon les thématiques abordées grâce aux propositions des artistes invités, se dessinent

simultanément les marges de l’objet que l’on se propose d’étudier. Des exponentielles publications d’artistes, relayées par les formes qu’elles élisent, les techniques qu’elles explorent et les enjeux qu’elles soulèvent, mille tiroirs ont été ouverts : depuis les fanzines, les cartons d’invitation, les faux, les atlas, les catalogues, les archives, les inserts, les slogans, les marque-pages, les photocopies, les manifestes, les partitions, les tracts, les papiers à en-tête, les modes d’emploi, les herbiers, les inventaires, les affichages libres, les remakes, etc., autant d’abords qui, s’ajoutant à l’édifice, en retracent toujours les frontières. Gageons ici que toute une partie de l’histoire reste encore à écrire.

À côté des éditoriaux réguliers, Sans niveau ni mètre peut aussi abriter des textes d’artistes et/ ou des textes inédits. Citons ainsi « Frontierdesni lingualarmi guehra soldieursta destruktionalist ! », écrit dans une langue imaginaire, par Xavier Briand (n°4) ; « Mes alphabets et leurs fonctions », éclairant le vocabulaire spécifique de la revue OXO, par Pascal Le Coq (n°6) ; « remarque-page », consacré à l’usage des marque-pages dans son œuvre, par Claude Rutault (n°15) ; « Du sous-réalisme », texte d’artiste entre autobiographie et fiction, par Bruno Di Rosa (n°24) ; « Footnotes to Dieter Rot “Die Kakausener Gemeine“ », par l’artiste, collaborateur et ami de Dieter Roth, Jan Voss (n°32) ; « JAB –Journal of Artists’ Books », retour sur l’histoire de cette revue par son rédacteur en chef et artiste, Brad Freeman (n°36) ; ou encore « After Michalis Pichler After Ed Ruscha After Hokusai » de Jean-Claude Moineau (n°37), traduit pour la première fois en français. Beaucoup de ces textes affichent une présentation particulière, à commencer par le dialecte fictif ou

l’alphabet inventé des numéros 4 et 6. Quant à la mise en page, le texte de Claude Rutault s’affiche sur un feuillet mobile glissé dans le journal, celui de Bruno Di Rosa est imprimé sur la double page centrale en biais, et celui de Jean-Claude Moineau, constitué de multiples retraits et incises, court sur un leporello, à la manière d’une partition. Autant de possibles de la variabilité d’un gabarit, celui qui calibre les maquettes mais aussi celui qui circonscrit le champ d’une recherche. Si les dénominations sont signifiantes, le titre « Sans niveau ni mètre », posé par Bruno Di Rosa en amont de toute livraison, a agi comme un augure. Et, au terme de neuf années d’existence du journal, il aura précisément forgé un principe que l’on se sera toujours efforcé de maintenir : la perpétuelle remise en question de ses outils de mesure ou, de l’inopérance des présupposés, l’abandon des mètres et des niveaux.

⁴ À ce stade, on ne peut que vivement encourager les lecteurs à se procurer les exemplaires papier : www.incertain-sens.org.

Dans les 100 premiers numéros d’Actuel 7, un exemplaire gratuit de la revue Sans niveau ni mètre. 69


A/ OVER est un lieu d'édition éphémère implanté à St Étienne, qui à travers le support de l'objet livre propose un espace de réflexion collectif sur les liens unissant littérature et arts plastiques. Concept / Perception / Édition Le texte inédit ( et / ou ) écrit pour l'occasion par un écrivain est mis en rapport avec les interventions plastiques de plusieurs artistes qui vont lui faire écho et livrer leur ressenti dans une totale liberté de médiums ( peinture , gravure , dessin , photo....) L’écriture est utilisée comme un socle d’où partiront de nouvelles ramifications destinées à élargir le champ premier d'investigation des intervenants , de

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proposer, croiser, plusieurs approches techniques afin de développer le jeu des résonnances et correspondances d'un monde à l'autre , multiplier les points de vue, rendre sensible , donner à voir. (Le livre est d'abord un objet qui existe par sa matérialité où la forme plastique et le texte doivent être perceptibles de manière cohérente ; il permet aussi d'aller plus loin dans la prise de conscience de ce qui est en jeu, il aide à mettre en forme les données issues de l'imaginaire de chacun et conduit la démarche de création dans un contexte artistique plus large tout en permettant un positionnement pluriel )


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A

près une première expérience en édition avec Michel Houellebecq (D'un jardin à l'autre en 2013 et La possibilité d'une île 2014, aux éditions du Bourdaric) puis au sein d'un collectif avec Vincent Ravalec (Les Insectes en 2015 aux éditions du Bourdaric et aux éditions Derrière la salle de bain), Peggy Viallat crée en 2015 les éditions A/ Over, basées à St Étienne et spécialisées dans le livre d'artiste et les éditions limitées . www.a-over.com

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La télé est bien regardée , et autres textes de Charles Pennequin

La télé est bien regardée, ensemble de textes inédits et signés de Charles Pennequin, constitue le Livre 7 des éditions A/ OVER Avec Anne Van Der Linden, Cornelia Eichhorn, Arnaud Rochard, Benjamin Monti, Bill Térébenthine, Olivier Deprez, Quentin Faucompré, Ridwan Rau-Rau, Romuald & PJ, Valfret Aspératus. 2016 Editions A / OVER . Édition limitée sous boîte 31 x 22 constituée de textes inédits et signés par Charles Pennequin , 1 intervention plastique originale signée, 10 documents d'impression tirés sur papier Fine Art 315 gr 1 certificat d'authenticité numéroté, tirage à 30 exemplaires numérotés de 1 à 30 et 10 HC numérotés HC1 à HC10. CHARLES PENNEQUIN Né le 15 novembre 1965 à Cambrai, poète français qui réalise également nombre de dessins et de vidéos. En novembre 2012, il est le premier récipiendaire du Prix du zorba — qui récompense « un livre excessif, hypnotique et excitant, pareil à une nuit sans dormir » — pour son recueil Pamphlet contre la mort (P.O.L, 2012). Son travail d'improvisation l'a amené à faire de très nombreuses lectures-performances en France, en particulier avec le musicien Jean-François Pauvros. Graveur, dessinateur, Olivier Deprez est né en 1966 à Binche en Belgique et vit maintenant dans le sud de la France. Membre fondateur du collectif Frigoproduction, des éditions Fréon et FRMK, il est écrivain, théoricien et peintre. Il a enseigné dans plusieurs écoles supérieures d’arts graphiques. Grand lecteur de

Proust, Dante ou Joyce, il travaille aussi autour de l’oeuvre du poète américain A. R. Ammons. En 2006, il participe au projet théâtral The Attendants gallery. C’est à cette occasion qu’il rencontre le comédien Miles O’Shea et crée avec lui la RollingTowerTable. Cette machine à imprimer et colporter des gravures est au centre de BlackBookBlack, un projet dédié à la gravure et au livre. Arnaud Rochard est un artiste fasciné par l’histoire et les images avec un caractère graphique : les gravures satiriques, les images et affiches de propagande, les photos de guerre. Il s’intéresse au côté sombre et macabre de

l’historiographie des cultures européennes qui, selon lui, illustre encore le monde dans lequel nous vivons. ‘Cette combinaison de séduction et de révulsion me donne envie de créer des images crues et sauvages avec une technique précise et maîtrisée’. Il utilise des planches de bois, des gravures, de l’eau forte et aquatinte, dessine à la plume et à l’encre de Chine, sculpte des oeuvres suivant des thèmes bibliques et mythologiques comportant une violence exacerbée. Sa technique est très maîtrisée, incisive et puissante, dénotant concentration, absorption de la matière, grande précision, geste sûr et forte maturité. Son exercice est lent et

assidu. Tout dans sa technique et son travail s’inspire et se réfère à l’histoire de l’art, notamment, l’histoire de la gravure, du Moyen-âge, de Schongauer à l’expressionnisme allemand qu’il absorbe avec énergie et passion. Son intérêt se porte sur la figuration libre des années 80, aussi sur l’art figuratif, les paysages, les jungles, les décors chargés, laissant peu de place au vide, habités par des personnages sombres et mortifères raccordés au contexte. Ses thèmes récurrents : natures mortes, bestiaires fantastiques, centaures, vanités, complètement empreints des

épopées légendaires transportent inexorablement vers l’imagerie apocalyptique des siècles passés. Ils percutent encore l’imaginaire aujourd’hui, bouleversent et rassurent. De l’ensemble de cet héritage composite, Arnaud Rochard a su développer un traitement de l’image et un style singulier qui lui sont propres. Il ne finira pas de faire rêver ou cauchemarder ; en tous les cas, on ne sort pas totalement indemne à la vue de son travail.

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Épreuve d’artiste 60x60 The Wondering Mind Soixante artistes internationaux en provenance de plus de 20 pays aussi variés que le Pakistan, la Slovaquie, la Bulgarie, la Belgique, le Népal ou encore la Nouvelle-Zélande, ont reçu une plaque de cuivre d'un diamètre de 12 cm et il leur a été proposé de créer une estampe sur le thème «The wondering Mind ». Les artistes furent invités à réaliser une édition de 60 épreuves en plus de quelques épreuves d'artistes pour les sponsors. Les organisateurs prévoient de montrer l'exposition résultante en 60 lieux partout dans le monde. Cette initiative inhabituelle est née d’une coopération de longue date et de l'amitié entre les deux curatrices : la commissaire slovaque Zora Petrasova et la propriétaire de la galerie Épreuve d’Artiste située à Anvers, Chris Verheyen. Depuis plus de 20 ans, elles ont travaillé ensemble et leur coopération a essaimé dans une vingtaine de pays. Leur 60e anniversaire coïncidant en mars 2015, ce fut leur façon de les célébrer et de faire face à l'événement. Un catalogue a été imprimé et 60x60 et l’événement s’est ouvert avec une grande fête le 7 mars 2015 dans la galerie de Chris. Après ce coup d’envoi en fanfare, l’exposition a commencé son parcours autour du globe, avec la Chine, le Japon, la Slovaquie, la Roumanie, Paris puis Sofia, en Bulgarie. Le voyage peut être suivi via ce lien : http://wonderingmind.eu L'exposition qui en résulte est un vrai régal. Au fil des années, de nombreux excellents graveurs ont exposé dans le cadre des initiatives généreuses de Zora et Chris. En conséquence, les artistes invités ne voulaient pas simplement faire une œuvre de qualité, mais aussi un beau cadeau d'anniversaire pour les deux défenseurs inlassables de l'art de la gravure. Toutes les techniques d'impression en creux sont représentées (plus une lithographie). 60x60 regorge de petits chefs-d’œuvre. Nan Mulder, traduction de Sabine Delahaut

Epreuve d'Artiste Grafiekgalerie Oudekerkstraat 64 2018 Anvers, Belgique http://www.epreuvedartiste.be

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Page 74 : Sabine Delahaut Page 75 : Mulder, Rooms et Nogushi Page 76 : komacek et marichevs

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Actuel7  

Sommaire: (3) Emmanuel Gatti (10) Donatella T. (16) Eva Largo (23) Hiroko Okamoto (28) Charlotte Reine (36) Nathalie Grall (40) Véronique...

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