Page 1

Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:29 Page1

LE

LE PARADOXE

JOURNAL DU JARDIN DU PARADOXE, UNIQUE & INIQUE

Silvana Belletti, La Ménagerie, acrylique sur zinc, 1983, collection Province de Liège, fonds Cirque Divers

AVEC DANS LE DÉSORDRE DE LEUR ENTRÉE SUR LA PISTE DU CIRQUE

Airborne 501-506 Vellereux, Pierre Alechinsky, Nicolas Ancion, Laurie Anderson, Mady Andrien, Michel Antaki, Line Alexandre, L’Armée du Chahut, Fernando Arrabal, ASBL Marcel/Castra/Marcel Claes, Yves Bage, Le Balkazar Project, Michael Bastow, Isabelle Bats, Charlotte Beaudry, Glen Baxter, Silvana Belletti, Antoine Bellini, Salvatore Bellomo et ses catcheurs, Ben (Vautier), Miguel Benasayag, Pierre Bernard, Loredana Bianconi, Guy Bleus, François Boisrond, Jean-Michel Botquin, Jean-Michel Bragard, Oakland Breuer, Pierre Bujeau, Baptiste Brunello & Aurélie William Levaux, Jan Bucquoy, Monty Cantsin (Guy Stuckens), Capitaine Lonchamps, Dominique Castronovo, Guglielmo Achille Cavellini, Jacques Charlier, Aurélie Charneux, Le Chevreuil Buvant au Crépuscule, Georges Chiarri, Roman Cieslewicz, Pierre Clemens, Collectif du Cirque Divers, Ryosuke Cohen, Lee Coleman, Jean-Pierre Collignon, Raul Corrales, Patrick Corillon, Valérie Cordy, Caroline Coste, Michel Debrulle, Clément Dechambre, Nicolas Dechêne, Ann de Fonvent, Laurent Dehors, Eric Dejaeger, Patrick Delamalle, Véronique Delmelle, Valentine Delucce, Claudine Denis, Raymond Depardon, Camille de Taeye, Thierry Devillers, Oscar De Witt, Gino Di Maggio, Hervé Di Rosa, DJ Giselle, Eric Doppagne, Jacques Dubois, Dominique Duszynski, Eric Duyckaerts & Christiane Gillon, Peter Ellis, Pierre Etienne dit Pavé, Benoît Eugène, Ever Arts/Johan Everaers, David Evrard, Peter Fengler, Xavier Fertin, Cesar Figueiredo, Robert Filliou, Luc Fierens, Hervé Fischer, Fernand Flausch, Fred Forest, Laure Forêt, Daniel Fourneau, Frais d’Orifices, Charles François, Louis Frères, Xavier Gazon Live, Perneczky Géza, Alain Gilbertie, Augustin Gimel, Florence Giroud, Noël Godin, Jill Greenhalgh, Peter Greeneway, Guido’Lu, Hubert Grooteclaes, Sylvain Haenen, Barbara Heinisch, Romain Hervault, Dominique Houcmant dit Goldo, Joël Hubaut, Stefan Huber, Maggy Jacot, Jacques Jaminon, Maja

Jantar, Jesus is my son, Kamagurka, Brigitte Kaquet, Maria Ketnetzis, Claire Kirkpatrick, Milan Knizak, Pierre Kroll, Philippe Lagautrière, Charlotte Lagro, Sophie Langohr, Caroline Lamarche, Alfred Laoureux, François Laurent, Véronique Laurent, Catherine Lazard, Pascal Leclercq, Agnès Lejeune, Jacques Lennep, Marianne Lerson, Geoff Leigh, le collectif du Lion, Garett List, Jacques Lizène, Lisette Lombé, Jean-Paul Loriaux, LSB dj set, Loulou, Paul Mc Carthy, Sylvie Macias Diaz, Frank Maieu, Tom Malmendier, Caroline Mank, Karine Marenne & Messieurs Delmotte, Marcel Mariën, Véronique Marit, Pierre Marquer, Mc Stylés, MJM , Jean Martin & Jacques Satler, Roberto Martinez, Michel Massot, Myriam Mersch, Mettalic Avau, Mim’ô Zette, Nadine Monfils, Benjamin Monti, Marius Morsomme, Robert Neys, Ry Nikonova, Tom Nisse, Nancy Nkusi, Annick Nölle, Jean-Pierre Nossent, Vusa Nestor N’Toko, L’œil Kollektif, Olivier O. Olivier, ORLAN, Otari Club, Ria Pacquée, Clemente Padin, Winnie Pelteez, PHIL, José Picon, Paul Pierart, Raf Pirlot, Caroline Poisson, Annamaria Pomella, Professeure Postérieur, Collectif des Po$t Zozo$, Stephan Pougin, Jean-Philippe Querton, Quetzoal Trio, Josep Rafanell I Orra, Jean-Claude Riga, Jean-Luc Rongé, Ian Elfinn Rosiu, Takako Saito, Carolee Schneeman, Lydia Schouten, Jean-Pol Schroeder, Susan Shup, Jean-Claude Silbermann, Baudhuin Simon/Pig Dada, Spray Can Arts, Alain Snyers, Daniel Spoerri, Star Trek Sound System, André Stas, Stronf le f est muet, Karolina Svobodova, Eric Therer, Dominique Thirion, Georges Thiry, Roland Topor, Calogero Tornambe, Isabelle Urbain, Geneviève Van der Wielen, Sofie Vangor, Sal Vator, Manuella Varrasso, Jean-Pierre Verheggen, Carmelo Virone, Vol au Vent, Wolf Vostell, Vrolix, Denyse Willem, Willem, Yellow Now, Christian Zeimert, Marie Zolamian.

Ce journal est édité à l’occasion de l’exposition « Le Jardin du Paradoxe. Regards sur le Cirque Divers à Liège ». Publication gratuite, ne peut être vendue. Exposition en l’espace Saint Antoine, Musée de la Vie wallonne. Cour des Mineurs, 4000 Liège. Ouvert jusqu’au 19 août 2018, du mardi au dimanche de 9h30 à 18h. Accessible aux personnes à mobilité réduite. Accès libre à l’exposition. Visites guidées – réservations : Art&Fact : 04.366.56.04 ou Art-et-fact@misc.uliege.be. Informations : www.jardinduparadoxe.be - www.viewallonne.be


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:29 Page2

L’ÉDITO Sous l’impulsion de Michel Antaki, le Cirque Divers jaillit, en 1977, entre deux recoins et pavés d’Outremeuse et se dédie d’emblée aux cultures alternatives : théâtre engagé, conférences, jazz (pointu surtout, traditionnel parfois) et quelques ovnis musicaux qu'on ne devrait pas oublier… Pointures du monde de l’art y côtoient artistes plus obscurs voire anonymes, chacun réuni sur le même piédestal. L’esprit frondeur et impertinent du collectif se distille et marque des temps inoubliables du calendrier culturel liégeois jusqu’en 1999.

Dormait depuis lors une collection hétéroclite, à la valeur patrimoniale indiscutable, que la Province, en guise d’hommage, a pris la décision d’acquérir. Sauvegarder l’histoire, l’esprit et le supplément d’âme des œuvres d’art du Cirque a bien sûr été, au moment de l’acquisition, l’une de nos motivations premières. Éviter la dispersion pour préserver l’aspect patrimonial et collectif de la collection nous semblait important également car les pièces et documents estampillés « Cirque Divers » forment un tout inséparable. L’ensemble est l’empreinte d’un fragment de la vie culturelle liégeoise. La richesse et la diversité sont une autre des particularités de cette collection : œuvres d’artistes de premier plan et œuvres « mineures » s’affichent les unes aux côtés des autres. Le Cirque a en effet toujours prôné un décloisonnement des genres et rendu les multiples visions de l’art indissociables. Au cœur de cette collection provinciale figurent des œuvres phares qui ont marqué l’imaginaire collectif, comme par exemple : Le couple royal du collectif satirique anversois « Le chevreuil buvant au crépuscule », José Picon et sa superbe huile sur toile évoquant un paysage coloré et onirique ou encore André Stas et son collage « À classer »,…

Quant aux plus jeunes générations, pour elles, « tout ce cirque » n’évoque sans doute pas ou peu de réminiscence de la vie aux allants quelque peu subversifs et facétieux d’Outremeuse à la fin du vingtième siècle. J’ai toutefois envie de leur dire : « Méfiez-vous des apparences ! » Laissez-vous envahir par l’âme et l’atmosphère du Cirque Divers… Car le Cirque et ses aficionados célébraient la vie quotidienne… Elle y était théâtralisée. C’était, à leurs yeux, un spectacle, un jeu, un divertissement, dont ils se moquaient généreusement, comme pour prendre de la distance vis-à-vis d’un quotidien aliénant. Le théâtre de la vie, les scènes du quotidien, y étaient exposés. Mais contrairement à la téléréalité qui entrave plus qu’elle ne libère, le Cirque luttait pour la tolérance et l'ouverture aux autres, au monde…

Comme l’Histoire, le Cirque a laissé des traces… De façon consciente ou inconsciente… Même auprès du public et des créatifs les plus jeunes : je pense notamment à celles et ceux qui se retrouvent aujourd’hui dans les galeries de l’exposition. Ils en ont hérité le goût du subversif, de la protestation et de la réflexion…

Il n’est de création rayonnante sans tradition établie, contre laquelle le geste artistique se construit et s’enracine parfois. La vitalité d’une pratique artistique réside dans sa capacité à se transformer et à se transmettre. Tradition, innovation : ce sont les deux principes, qui dans une tension constante, permettent d’avancer.

Voilà le pourquoi de notre exposition : plus de 40 ans après sa création, nous jugions utile d’afficher aux yeux du public ces trésors aux multiples facettes que recèle la collection héritée du Cirque Divers. Une expo sous forme d’hommage, peut-être, aussi, aux premiers acteurs de l’histoire du Cirque qui sont encore là pour en témoigner et faire le lien… La créativité « folle », typiquement liégeoise, je souhaite qu’elle se poursuive, qu’elle soit libre et plurielle, forte du rayonnement et de l’empreinte laissée par le Cirque. Car la Culture, c’est ça ! Elle doit être accessible à tous, elle doit permettre à chacune et chacun de participer à la vie et à l’évolution de notre société. En touchant nos cœurs, nos émotions, nos points d’intérêt, elle doit permettre à tous d’exercer un pouvoir de décision démocratique dans notre monde soumis aux turbulences. Robert Filliou disait : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art. » Ces mots résument parfaitement l’esprit du collectif… Alors, place au Cirque ! Paul-Émile Mottard Député provincial - Président

MANIFESTE

« Considérant que nous nous trouvons en période de “creux de vague”, signe d'une crise économique “saine”. Que nous sommes à Liège, la Cité Ardente, capitale de la Wallonie. Que ces deux faits engendrent une situation de cirque. Cirque hurbain (humain/urbain) où se côtoient des mondes parallèles, nous fondons l'asbl Cirque Divers, dernière représentation de l'Art Banlieue, unique et inique. Le Cirque Divers se veut entonnoir – couloir où les rencontres se souderont en une goutte. Une scène où les gestes quotidiens seront théâtralisés. Une piste où les clowns se tordront entre le Rire et la Mort. Un miroir où se reflètera notre monde spectaculaire dans sa béatitude (bête attitude). Le Cirque Divers sera donc un cabaret théâtre galerie. Une scène parallélopolitique coloriée. Un Jardinier du Paradoxe et du Mensonge Universels. Janvier 1977 ». Ci-contre : Jean Martin & Jacqsues Satler, L'Elephant du Cirque Divers, 1977-78.

Ci-dessous : Drinkend Hert bij Avondscherming, Le chevreuil buvant au crépuscule, Le couple royal, 1977-78. Denyse Willem, Sans titre (Cirque Divers), 1987. Geneviève Van der Wielen, Le Gille, 1988. Collection Province de Liège, fonds Cirque Divers.

CHEVREUIL

[…] Ce chevreuil, c’est Het Drinkend Hert bij Zonsondergang, un collectif d’art graphique anversois fondé en 1976, […] Et c’est ce Chevreuil-là qui conçoit le double portrait de Baudouin et Fabiola qui, très mécaniquement, saluent les foules, avec (comment dire sans léser leurs Majestés) ce soupçon d’étiquette quelque peu ampoulée qui sied à leur royal séant ; elles seront ironiques figures tutélaires des plus belles nuits du Cirque. […] Baudouin et Fabiola deviendront la véritable enseigne du Cirque Divers ; c’est la Royauté qui assoit l’image des bouffons et bouffonnes, en République Libre d’Outremeuse, un comble.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:29 Page3

Marie Zolamian, La route vers l’exploration, 2018. Explorateur, 2018. Huile sur toile sur panneau 40 x 30 cm. Route, 2018. Huile sur toile sur carton 12 x 18 cm (5x). Introduction du Mémoire d’un explorateur syrien dans une commune industrielle : Seraing, 1975-1976, 2018. Impression numérique 30 x 21 cm.

UN EXPLORATEUR SYRIEN

Quatre réflexions de Marie Zolamian à propos de Michel Antaki, explorateur syrien

J’ai répondu à l’invitation que m’a faite Jean-Michel Botquin. En contrepoint d’une exposition qui serait très historique, Jean-Michel désirait inviter quelques artistes plus jeunes à poser un regard distancié sur le Cirque Divers. Il ne m’a donné aucune directive, mais je pense qu’il espérait bien que l’un ou l’autre d’entre nous lui propose de prendre la personnalité, la stature, de Michel Antaki pour point d’appui. De fait, je n’ai pas du tout connu le Cirque Divers et Michel Antaki reste pour moi un personnage parfaitement énigmatique. Le défi était dès lors d’autant plus intéressant. J’ai croisé Antaki sur ma route ; il y a quelques années, il m’avait invitée à montrer une série de peintures intitulées Nous partout au « Placard à balai », une caravane installée au cœur du Festival de Théâtre de Liège. Antaki est Libanais, Syrien, conjuguant quelques injures en arménien. Nous avons donc des origines communes. Il est la seule personne d’origine libanaise que je côtoie à Liège, mais je ne lui ai jamais posé de questions à ce sujet. Je me suis dit que j’allais me concentrer sur ses archives personnelles et que, si je ne trouvais rien, j’élargirais mes recherches aux archives du Cirque Divers. Quel que soit le sujet qu’on aborde, il me paraît impossible de ne rien trouver. On découvre toujours – et fatalement - des choses dont on ne soupçonnait même pas l’existence.

- Est-ce étonnant ou pas ? Les archives personnelles de l’homme sont réduites. Quelques petits cartons avec des photographies de son enfance au Liban, des photos de l’enfance de sa fille, des courriers qu’il a échangé, plus tard, avec celleci. J’ai découvert son mémoire universitaire également. D’autres m’en avait parlé ; dans les milieux qui tournent autour du Cirque, ce mémoire est presque mythique. Je savais qu’il tenait particulièrement à le publier un jour. Son titre est des plus évocateurs : Mémoire d’un explorateur syrien dans une commune industrielle : Seraing . Et puis, il y avait cette photo que j’avais découverte sur internet, mais qui depuis a disparue de la toile, une photo d’Antaki habillé en explorateur, casque colonial sur la tête, dans un amphithéâtre et entouré des membres de son jury, une photo prise lors de la défense orale de son mémoire de fin d’étude à l’ULB. La lecture du texte de ce mémoire a

pris du sens tout de suite, en résonnance avec ma propre façon de travailler : sonder le terrain, porter un regard, chercher à comprendre des us et coutumes qui nous sont nouvelles, se fabriquer un univers, interagir avec une communauté tout en conservant une place d’observateur. Cette position d’anthropologue venant du Moyen Orient qui ausculte une tribu quelque part, là, en Europe occidentale, me parle beaucoup. Il me semble qu’en tant qu’immigré, lorsqu’on atterrit quelque part, on se doit de se reconstruire avec de nouvelles données. Et justement, Antaki analyse l’aménagement du territoire de cette banlieue industrielle. Toute une série de concordances me sont apparues entre cette exploration du territoire et la façon dont s’est créé le Cirque Divers, comme si celui-ci était un champ d’application, aux facettes multiples, une façon de se construire un nouvel univers, un nouvel habitat, un nouveau réseau de liens, très vite dépassé par sa propre expansion. C’est ce qui donne force lorsque les choses prennent vie en s’échappant de l’intention première. Dans le chapitre intitulé se cultiver le corps et l’esprit, Antaki analyse, classifie toute une série d’espaces publics occupés au quotidien par les Sérésiens, les écoles, centres sportifs, bibliothèques, espaces de loisirs ainsi que les nombreux cafés : « ces espaces, les plus sympathiques, sont utilisés par l’indigène, écrit-il, pour se cultiver l’esprit en contacts directs et spontanés avec ses semblables et les étrangers de passage. C’est au café que nous avons le plus de contacts avec les habitants de la commune. Ce qui nous incite, d’ores et déjà, à le classer comme espace hautement sociable, grâce, peut-être, à une bière blonde qui semble fort appréciée ». Le quotidien, le café… C’est déjà le Cirque Divers, ce lieu de l’improvisation, de la spontanéité, de l’écoute et de la réactivité, un vivier constitué d’une foule de gens venant de mondes différents. En fait un modèle en miniature du vivre ensemble, le lieu de l’hétéroclite, du désordre, mais où les engrenages fonctionnent. Lorsqu’on lui parle de Liège, Antaki déclare que le terreau liégeois est important, qu’on peut y planter certaines plantent qui poussent et qui poussent même si on ne les plante pas. Quant à cette théâtralisation du quotidien, que l’on retrouve tant dans son mémoire que dans les fondation du

Cirque divers, n’est-elle pas, pour reprendre les mots de Nicolas Evreinov, comme « une volonté de transmuer la réalité en quelque chose de différent pour y changer ce qui est imposé par le dehors, depuis le dedans » ?

- J’ai voulu peindre le portrait d’Antaki. J’ai retrouvé dans ses archives une planche contact, en noir et blanc, son portrait en douze poses sensiblement les mêmes, avec ou sans sourire forcé. Ce n’est pas dans mes habitudes de jouer le jeu de la ressemblance, je préfère prendre plaisir à brouiller les pistes, aller à gauche si j’ai envie d’aller à droite. Ce qui m’intéresse n’est pas le résultat de la peinture, mais le temps de la peinture. J’ai attendu les derniers jours avant l’expo avant de décider de la montrer. Antaki a toujours refusé l’étiquette d’artiste, lui préférant le terme de Jardinier du Paradoxe et du Mensonge Universel. Répondant à cette question d’identité, il déclare que c’est un paradoxe, que et le mot paradoxe est un tabou qui appartient à l'humanité, qu’on est tout le temps dans le paradoxe. Il dit aussi qu’on vit tout le temps dans le paradoxe, dans le mensonge tout le temps, et que c'est une mine extraordinaire pour travailler dedans.

- Et puis je voulais aussi évoquer son côté poète. J’ai découvert quelques photos qu’Antaki a prises dans le village de Rèves situé dans le Hainaut. Antaki a toujours photographié, c’est une pratique discrète mais constante. De très nombreuses enseignes et plaques signalétiques, souvent drôles, décalées, évocatrices. Il en avait déjà joint à son mémoire sérésien. A Rèves, il a photographié toute une série d’enseignes et de plaques de rue signalant, toutes, le village de Rèves, l’existence, l’illusion ou l’utopie du rêve. J’ai procédé par élimination ; j’en ai gardé cinq. L’arrivée à Rèves par la route ou le train, l’auto - Rèves, la sortie de Rèves. J’ai préféré peindre ces images photographiées, plutôt que de les exposer elles-mêmes. Et pour ce faire, j’ai choisi des petites toiles sur carton, presque du format des photographies, des petites toiles que j’avais achetées en 2005, sur une brocante à Palerme en Sicile, lors de mon premier exil choisi. Marie Zolamian


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:29 Page4

MILLE INSULTES DANS L’ENTONNOIR

Dès 1993, Michel Antaki a initié diverses rencontres internationales de l’Insulte et milité pour le classement de l’Insulte au rang de patrimoine immatériel de l’Humanité. Une oeuvre sonore et collective accueille le visiteur dans l’entonnoir qui donne accès à l’exposition. Un croisement de mille insultes. Sur des idées d’André Stas et de Benjamin Monti, avec les voix de Lara Persain et de Pierre Etienne, dit Pavé. Liste complète, à lire de préférence à deux et à haute voix, chacun son tour.

Vache aux mamelles avides. J’encule chaque organe de ton corps. Usante petite fille. Hippopotame. Rupin. Cul de zinc. Nabot. Nihiliste. Larbin. Légume. Névrosé. Péteux. Je baise la sœur ou la mère de la sage-femme qui t’a aidé à venir au monde. Hurluberlu. Vieux con. Jeune con. Drôle de peigne culs. Déplaisant vieux bouc. Irrespectueux. Illuminé. Intégriste. Débile. Ingrat. Espèce de pedzouille. Eunuque. Exhibitionniste. Enculeur de moutons. Espèce de Prout qui pue. Dégénéré. Enculé. Danger public. Emmerdouilleur. Zombie. Zappeur débile. Zonard. Zéro. Sac à puces. Démagogue. Je te crache dessus. Informaticien. Web Master. Néandertalien. Vieux puant. Si j’avais un cul comme ta figure, je n’irai plus chié quand il fait clair. Va donc et vinasse. Irresponsable. Ducon. Déséquilibré. Détritus. Duchnoque. Débris avant l’heure. Despote. Demeuré. Dégueulasse. Imposteur. Ta mère. Poubelle humaine. Nécrose de la société. Benêt. Nigaud. Ta gueule ressemble à un cul de singe. Bourreau. Déicide. Espèce de hachis avariée. Nécrophile. Harpies. Herbivores. Répugnant. Mussolini de pacotille. Marchand. Inadapté. Illettré. Impie. Lombric. Vermine. Monstre. Nanotechnologiste. Bandit. Ordure. Vierge folle. Vieux mégot. Loufdingue. Les dieux t’enverront des maladies et ta figure sera remplie de boutons. Léniniste. Lâcheuse. Lourd comme un zazou. Lavette. Gros dégonflé. Espèce de chien galeux. Virus filtrant. Laideron. Tête de zizi. Grande gueule. Grande gourde. Sans gêne. Si je te baise une fois tu pisseras troubles toute ta vie. Singe. Sangsue. Macaque. Petite chienne en chaleur. Grande andouille. Grande feignasse. Méchant zozo. Xénophobe. Vieux sagouin. Je vais péter dans la figure de ta mère. Je baise toute ta lignée. Banane. Conformiste. Artiste diplômé. Choses bite. Chauffe bite. Branleurs. Petit branleur. Babouin. Brute épaisse. Cancre cagoulés. Bu-

veurs de merde. Ma bite et sur celui qui saute ta mère. Loubard. Assassin. Gastéropodes. Sale gueule. Crétin narcissique. Démago. Macroniste. Lepéniste. Paresseux. Démagogue. Crapule. Révisionniste. Infâme crapule. Incompétent. Fouteuse de merde. Tu es un chapeau sans bord. Triste individu. Galeriste subventionné. Tu es une morue flairante. Mal léchée. Que ta mère te pleure. Mafieux. Mule. Je chie sur la putain qui t’a mis bas. Bite pendante. Baiseurs de suppositoire. Bouseux. Citadins. Bête à cornes. Mollusques parqué. Rufian. Abcès de comptoir. Salope. Hibou. Impuissant. Raciste. Crème de pet. Harceleur. Amateur de Gilles Deleuze. Glandeur. Tu es venu au monde par l’orifice arrière. Macaque. Tu as un clitoris qui entre dans ton cul pour chercher des oxyures. Tu es aussi nocif que du zyklon. Tête de courgette. Salopard. Va nu pieds. Grosse merde. Vieille bique. Historien de l’art. Bernard Henri Lévy. Kyste. Artiste. Architecte. Truie. Pourceau. Bobo. Hipster.

Artiste subventionné. Artiste avec un statut. Fonctionnaires de l’art. Zigoto. Vieil emmerdeur. Vieux délabré. Vieux dégueulasse. Tu es vulgaire. Défenseur attardé des privilèges féodaux. Emmerdailleuse. Déphasée. Vieux clous. Déshonorée. Si on additionne les queues que tu as avalées on ferait un pont d’ici à la Turquie. Alcoolique. Amateur. Analphabète. Apprenti chauffage. Ouistiti de mon cul. Curateur. Odieux personnage. Tête de mouton dans un essuie seul. Vieille fille à la moule défraîchie. Vieillard libidineux.Va te faire empapaouter. Wallingant. Flamingant. Zoophile. Ignoble capitaliste. Individualiste. Immonde crapule. Incroyant. Athée. Idéaliste retraité. Monarchiste. Madame vous êtes laide. T’es con comme ma zézette. Enfoiré. Épave. Pète sec. Tu es aussi agréable à regarder qu’un orgelet. Poisson de sable louchant. Trotskiste. Rancunier. Tu es bien foutu et tu as même de la race, mais côté de l’intellect tu prends pas toute la place ! Régicide. Démocrate. Buveur d’eau minérale.

Paysan. Âne. Étron.Voyeur.Vandale. Face de rat. Vicelard. Peigne zizi. Tricheur. Face de merde. Tête de bite. Tête de con. Tête de cul. Crétin. Abjecte personnage. Fils de pute. Entubeur. Écologiste résigné. Youtubeur. Vieille loque. Épouvantail. Emmerdeur. Richard. Gueule de travers. Je baisse ta foi. Quel emplâtre. Non croyant. Utopiste. Va baiser ta tante. Grenouille de bénitier. Va te faire enculée par un âne. Grand dadais. Vaurien. Hypocrite. Usurpatrice. Goujat. Universitaire. Urbaniste. Pistonné. Sale beauf. Kamikaze. Urticaire à trois pattes. Racketteur. Kadhafi site. Lopette. Emmanché. Pouilleux. Je te crache cent fois dessus. Rabat-joie. Va chier dans la Meuse on verra ton cul. Négationniste. Affairiste sans scrupule. Fils de pute, je ne te parle plus je te coupe en deux et je te mange. Radin. Faux démiurge. Nazis. Clochard. Gros porc. Dépressif à mi-temps. Désagréable. Espèce de Mario Bros de merde du cul. Sale genre. Médiocre architecte namurois


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:29 Page5

de gauche. Pauvre con. Pauvre merde. Ta mère a baisé Hitler. Ta mère vendait du beurre aux Allemands. Résidus de capote trouée. Galeriste. Vilaine. Tu es aussi souriante qu’une chaise percée. Enfant de corbeau ta mère t’a chié en volant. Raclure de bidet. Plouc. Sale chienne. Connard. Blaireau. Tu es aussi chiant que Benjamin Monti saoul. Affabulateur. Pute clandestine. Taupe avariée. Tapette. Charlatan crasse. Ta mère suce des bite en enfer. Ton père il encule des phoques. Vipère lubrique. Enflure. Ectoplasme. Demi-pension. Avare. Enquiquineur. Vieux déchet. Mal remplie. Fainéant. Roturière. Vipère. Vieux ronchon. Anarchiste rétif à tout changement. Mégère flétrie. Politicien véreux. Vieux dément. Réactionnaire. Républicain. J’encule ton créateur. Waterclosets publique. Ulcère à deux pattes. Enfant d’un renégat. Royaliste. Gamin. Urine maussade. Bolchevique. Vampire. Misérable. Hystérique de merde. Homme de peu de foi. Gugusse. Fils de chien. Tête creuse. Trou du cul. T’as la figure plein de boutons. Va en enfer. Petite bite. Petit Napoléon. Alain Delon. Lavabo détraqué. Obsédé. Oxyure. Puceau. Zizi de cheval dans ton cul. Vieux chieur gluant. Vieux débris. Pourriture, ta matrice sent mauvais. Pétasse hautaine. Vil technocrate. Je te baiserais avec la queue d’un éléphant. Vomissures. Face de gland. Poule idiote. Has-been. Tu sens le yak. Pétasse. Ridicule personnage. Fils de hibou. Frite sans sel. Fumeur. Faussaire. Grande godiche. Jeune dévoyée. Je vais te percer l’œilleton, si tu continues à me chercher de la sorte. Vieux fumier. Jeune délurée. Femme entretenue. Urée aigrie. J’encule les os de ton père. Larve. Kyste de la sécu. Maboule. Je chie sur dieu et sur la pute de vierge. Babouin géant. Connasse huppée. Bande de libéraux. Capitaliste refoulé. Enculeur de mouche. Petit sac de merde. Petite biroute. Pine d’huîtres. Connasse hystérique. Bougre de faux jetons à la sauce tartare. Automobiliste. Arriviste. Animal. Plagiaire. Vieux cornichon. Minable. Terrine de sperme. Demivierge. Dégoûtante. Dépravée. Sac à merde. Vide gousset. Abruti. Face de cheval. Bouche pourrie. Raté. Mégère. Tête de cul. Suce ton père. Va lécher ta mère. Avorton. Petit branleur solitaire. Apache. Nuisible. Grosse merde. Adonis de pacotille. Résidus de capote trouée. Voyou. Pauvre conne. Pauvre type. Vipère. Mange merde. Éponge à merde. Sale pauvre. J’insulte ton père le cochon. Perverse. Je te chie dans la bouche. Ahuri. Infâme arriviste. Vieux déchet. Retardataire. Grognasse. Gueule pourrie. Gârce. Sodomites. Gangster. Que l’on enfonce dans le con de ta mère le doigt qui a servi à te baptisé. Face de gland. Je baise la sœur du capitaine du bateau qui t’as amené ici. Je coulerai du béton dans le vagin de ta mère, ni ton père ni moi ne pourront la baiser. Racoleuse. Rond de cuir. Retardé. Représentant des vieilles sociétés croupissantes. Raseur. Refoulée. Vieux déchets. Viens péter sur ma bite. Chèvre des montagnes pakistanaise. Feignasse. Parasite. Putois. Chômeur. Crétin désinvolte. Cynique. Tu me brise les couilles. Assistante sociale dont le seul plaisir est de dire non et de jouer de son petit pouvoir, je te méprise. Défaitiste. Engelure. Ton talent, tu l’as trouvé dans le chapeau de Joseph Beuys. Primitif borgne. Jean-Michel Basquiat du pauvre va réviser tes gammes de couleurs chez Cy Twombly. Retardataire Jocondé. Artiste de l’État. Dadaïste, néo-dadaïste, fluxiste, Néo-fluxiste, et mon postérieur ? Jaloux pistonné. Peintre de carrière. Adorateur d’André Breton. Copiste maladroit. Peintre trop arrivé. Publiciste. Astiqueur de pièces uniques. Peintre sans talent. Il y aura de merde. Bigorneaux de merde. Bisous albinos. Bite de poisson. Fouteur de merde. Fouille merde Fasciste. Gougnafier. Grosse truie. Gros pourceau. Grand couillon. Fils de pute qui encule ta mère. Charlatan. Arrête de faire le malin j’ai baisé ton Dieu. Arnaqueur. Yankee. Lèchebottes. Espèce de mérinos mal peignés. Grasdouble. Poujadiste. Ypérite. Yorkshire à sa maman. Zouave. Wisigoths. Whisky frelaté.

Wahhabite déséquilibré.Yéti. Humoriste raté. Urinoir ambulant. Espèce de… De… Sale libertin… Va ! Vantard. Espèce d’apprenti dictateur à la noix de coco. Va loin de mon sexe et mange la merde. Ogre. Désaxée. J’enfoncerai mon gros doigt sans ongles dans le con de ta mère. Morceau de chair avec des yeux. Moule putréfiée. Moule idiote. Délatrice. Déversoir à foutre. Je t’enculerais avec un bois. Gigolo. Vaniteux. Intolérante. Impoli. Démoralisatrice. Dévergondée. Indicateur. Balance. Dictatrice. Diffamatrice. Délinquante. Idiot. Cocu. Zélateur hypocrite. Sac à merde. Détraquée. Débauchée. Tu entasses les bites les unes sur les autres et tu les suces pute de merde. Va te mettre un radis dans le derrière. Hareng saur pourri. Dénonciatrices. Escroc. Bite sur pattes de canard. Arrête de chipoter la queue de ton père comme un chapelet. Crapaud. Vieille daube. Chien enragé. Crétin vérolé. Cuvette de chiotte. Tordu. Si je t’encule, tu chieras des anneaux pendant six mois. Si les étrons savaient parler, ils répondraient à ton prénom. Néocolonialiste. Le cul de ta mère. Monsieur, vous êtes saoul. Madame, vous êtes laide. Vulve marécageuse. Chiure dédaigneuse. Salle pute. Ignorante. Rombière. Va te faire foutre. Ta chatte puante. Sale vache. Ta mère est une avaleuse de bite et ton Dieu est un macro. Tête de bite. Empoté. Face de de pompe à merde. Petit con. Bâtard Guignol. Bacille de la syphilis. Hyène putride. Espèce d’asperge. Andy Warhol du dimanche. Marcel Duchamp la petite semaine. Asticot. Oreille de veau. Ouistiti débraillé. Gueule de radin. Guenon. Gredin. Névropathe. Nationaliste. Nazillon. Nymphomane. Orgueilleux. Opportuniste. Obèse. Oiseau de malheur. Oppresseur. Ostrogoths. Puisses-tu ne jamais profiter du fruit de ton travail. Casse-rétines. Orangoutan. Orpiment. Olibrius. Débile du cerveau. Petit trou du cul. Prétentieux. Nullard. Bourgeoise replète. T’as une gueule de musaraigne. Fabricant de monochrome à la chaîne, tu n’es qu’un industriel qui se prétend « spirituel » un artiste pop qui s’ignore. Drogué. Robot. Fils de pus. Zoophile. Nécrophage. Ton père aurait mieux fait d’enculé une vache la nuit ou t’as conçu. Ton père est faux, Ta mère, ton grand-père, toute la famille est fausse. Cochon. Couille molle. Déviant sexuel. Ta mère vendait du beurre aux Allemands. Tu n’as plus que des champignons à la place des couilles. Tu es sans vertue. Tu n’es que le chiot du foutre de ton père. Cyclope borgne. Chatte à puce. Peau de fesse. Manchot. Crétins halluciné. Boule de suif. Mange le zizi qui t’a fait. Imbécile. Caca sur un bois. Fermier. Enfoirés de fils à papa de mes deux. Langue de vipère. Lèche cul. Vieille ganache. Morue. Racaille. Spéculateur avide. Surplus américains. Sale facho. Socialiste impuissant. Petit con. Stalinien. Ringard. Grosse merde. Moins que rien. Quéquette malade. Cleptomane. Andouille. Trou du cul. Vieille vache. Ramolli du cerveau. Marchand de tapis. Il y a de la merde sur ta tête et dedans aussi. Mécène emmanté. Minimaliste bon teint. Voleuse. Putain ta sœur. Atroce poivrot. Pute de décombres. Allumeuse. Tu pues de la gueule. Tu as un corps de veau et une tête de fourmi. Ivrogne.

ENTONNOIR

[…] L’image de l’entonnoir, qui deviendra le logogramme du lieu, est bien celle de la distillation, de la décantation, du mélange des genres, du chassé-croisé des disciplines artistiques, de la condensation des idées sociopolitiques, bref, l’outil d’un singulier laboratoire. Et le collectif du Cirque en appelle au collectif tout court ; le Cirque Divers sera le lieu, plus que tout autre, de la porosité, de la transversalité, des réseaux et des collaborations. Il absorbera, concentrera et débattra les idées du moment. Et puis, bien sûr, il y a l’image d’une saine folie au cœur d’une crise « saine », du fou à l’entonnoir en guise de couvre-chef. […]

BOUFFONS

[…] Des entonnoirs essaiment sur bien des têtes du public qui assiste à Jussieu au sacre d’Aguigui Mouna Ier, empereur débilissime, le 2 mars 1978. […] Le Cirque Divers est à la manœuvre, il a initié ce couronnement burlesque, et joue les rôles de grand majordome et de chef du protocole. Un rôle de bouffon qui lui sied. […] Arlequin, bouffon de la commedia dell'arte, Aguigui Mouna, empereur débilissime : du clown au fou du roi et au bouffon, il n’y a qu’un pas. « Le bouffon est un masque, écrit Arnaud Labelle-Rojoux, une composition. C’est une parole libre, voire scandaleuse, une figure du négatif désacralisant les puissants, le révélateur d’un monde malade, rappelant par le rire et l’excès, le blasphème et l’obscénité, la nature humaine, celles des corps et des âmes. » C’est un fou de composition, un joker. Antaki ne sera pas que Sultan de Bouillon, il sera aussi joker et fou du roi […]

Page ci-contre : L’entonnoir, l’entrée de l’exposition. Silvana Belletti, L'Homme, La Chèvre, Le Chat, La Grenouille et Le Chien, 1983. Collections privées, Liège

A droite : Collectif Cirque Divers L'Entonnoir D'Une Certaine Gaieté, 1977. Jacques Lizène, Petit Maître à la fontaine de cheveux, 1980 - 2011, Photographie NB, photo Pierre Houcmant, Courtesy galerie Nadja Vilenne. Collectif du Cirque Divers, Le couronnement de Mouna Ier, Paris, mars 1978, Jacques Lizène et Marie-Christine Vos,, Photographies marouflées sur Dbond. Collection Province de Liège, fonds Cirque Divers. Silvana Belletti, La grande Ménagerie, 1983, détail.

MÉNAGERIE

[…] Je ne peux oublier la grande Ménagerie de Silvana Belletti, fresque sur zinc qu’elle installe à l’endroit et à l’envers du Cirque en 1983, une entrée des Jardiniers en leur domaine : ce carnaval des animaux représente les fondateurs et proches du Cirque, croqués par une peintre fabuliste, pratiquant la mascarade. Les drôles de masques de Silvana Belleti sont de cette même famille grotesque, celle d’un bestiaire fantastique extrait de la nuit des temps. [...]


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:29 Page6

PERFORMANCES ?

[…] En réalité, le collectif du Cirque Divers profite de sa présence au Symposium de Lyon pour y faire son marché. Michel Antaki, Brigitte Kaquet et Jacques Jaminon croisent Ben Vautier, Guiseppe Chiari, Robert Filliou, Barbara Heinisch, Joël Hubaut, ORLAN, Lydia Schouten, Hervé Fischer ou Fred Forest : tous seront invités au Cirque Divers, qui se positionne ainsi comme producteur de performances, de lectures et conférences ou d’expositions. Mais pas question d’en rester là. L’esprit singulier qui souffle sur ce Cirque urbain et humain nécessite d’ouvrir, à nouveau, le champ des possibles. Les Jardiniers du Paradoxe déclineront Performances? sur un mode interrogatif, « artistique », économique, viable et politique. La volonté est de transcender les catégories, de les confronter, voire de les fondre, […] comme s’il s’agissait de tester les limites d’un champ d’application, de provoquer le questionnement et la mise en doute, au risque de tous les paradoxes. […] Cette interrogation, déclarent les Jardiniers du Cirque Divers, ne peut, à notre niveau, être perçue que par rapport au vécu, donc au social intégralement imprégné dans l’élixir de la Méritocratie ». […]

Collectif du Cirque Divers. Performance socio-économique, vente de biberons de pétrole brut. Lyon, ELAC et centre ville. Premier Symposium international de la performance. Avril 1979.

ORLAN, MesuRAGE de la place Saint-Lambert, 1980 & Laurie Anderson, United States, au Cirque Divers en 1981.

ROBERT FILLIOU

[…] Filliou s’explique sur sa célèbre assertion : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art » et déclare tout de go : « Là, j’ai présenté le paradoxe par excellence. Le matériau, la matière première de toute activité artistique, poétique, c’est le paradoxe. Les dadaïstes, déjà, répétaient que la vie est plus intéressante que l’art. Doit-on continuer à faire de l’art ? Cultiver son jardin, n’est-ce pas une poésie suffisante ? » Cultivant le paradoxe, le Cirque Divers sera poète, sarclant son Jardin du Mensonge universel, Antaki –El Noyau –, sera même poète de l’opportunité. En 1983, Filliou a adressé à « Béatrice Jacquet, Antaki et tout le Cirque Divers » un envoi, de l’art postal, une enveloppe au revers de laquelle est imprimée l’image d’un paysage campagnard ; il s’est contenté d’écrire dans le ciel : « L’art est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art », et au bas de l’enveloppe, il propose au Cirque Divers d’en faire un skywriting. […]

Ria Pacquée, Six photographies de diverses performances, 1989.

Lydia Schouten, Smile, performance, 1979.

Ci- dessus : Barbara Heinisch, Acktion mit Brigitte Kaquet, 1980 Ci-contre : Robert Filliou, Idiot-ci, idiot-là, 1977.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:29 Page7

THEÂTRALISATION DU QUOTIDIEN Quel rapport peut-il bien y avoir entre Alfred Laoureux, le couturier Demma Gvasalia, concevant la collection Automne Hiver 2017-18 de la maison Balenciaga, quelques vierges martyres de Francisco Zurbaran, les Hommes au thermos de Michel Antaki, la Secte des Trench Léopard d’Eric Duyckaerts et Chrisitane Gillon, la Collection de printemps de Jacques Charlier et la théâtralisation du quotidien façon Cirque Divers ? Analysant la mode comme vecteur de la théâtralisation du quotidien, cette grande affaire du Cirque, inspirée de la Société du Spectacle de Guy Debord, Sophie Langohr tisse le lien entre toutes ces choses aux relations à première vue improbables. Le point de départ est cette Collection de Printemps conçue par Jacques Charlier en 1987, destinée à un mé-

morable défilé performatif. Charlier conçoit un tissu imprimé couvert d’une déclinaison d’objets quotidiens. Avec la collaboration des doigts d’or couturiers de proches du Cirque Divers, il crée une collection de prêt à porter et un décor domestique, à la fois singulièrement fantasque et plongeant dans le mystère de l’uniformisation. Changer de look et d’image de marque, l’effet comique est garanti, comédie à laquelle chacun de nous participe quotidiennement, en fabriquant des signaux pour communiquer, qu’ils soient vestimentaires, gestuels ou langagiers. Depuis quelques années, Sophie Langohr jalonne son itinéraire d’une suite de recherches qui, revisitant l’histoire de l’art, éprouvent et interprètent les codes iconographiques du passé tout en interrogeant nos actuels sys-

Sophie Langohr & Jacques Charlier, Collection Divers, 1987-2017

tèmes de représentation. Cette fois, elle dessine sa propre collection, une Collection Divers, reprenant des chutes du tissu imprimé de Charlier qu’elle marie à d’autres étoffes. L’artiste a régulièrement mis en exergue, notamment dans la série des New Faces, les prétentions arty de l’industrie du luxe et de la beauté. Elle met ici en rapport une récente collection de la maison espagnole Balenciaga et une série de tableaux du maître sévillan Zurbaran. Celui-ci s’intéressa aux Saintes martyres, les représentant loin de tout dolorisme, à la fois habitées par le divin et héroïnes, richement parées, vêtues d’incroyables et raffinées tenues, portant la palme du martyre et les instruments de leur torture. Fils de drapier, Zurbaran, écrit Florence Delay, est un véritable « peintre couturier » dont Cristóbal Balenciaga s’inspira lui-même. Revoici donc une collection d’objets, bien plus terrifiants que les objets quotidiens de Foncièrement la Petite Maison, les thermos des employés planqués dans leur attaché-case photographiés par Michel Antaki, les trench léopard des quinqua qui font leurs emplettes pistées par le duo Duyckaerts-Gillon, les costumes et collections d’Alfred Laoureux, désormais catalogué au Musée de l’Homme de Jacques Lennep, les objets qui parsèment le tissu imprimé de Charlier. C’est à ce dernier d’ailleurs que Sophie Langohr a confié le soin de dessiner ces instruments du tourment, afin de les appliquer sur les sacs de ces martyres qui occupent le chœur de l’église Saint-Antoine, défilé surprenant, proche d’une mascarade que n’aurait pas désavoué le Cirque Divers. (JMB) Ci-contre : Jacques Lennep, Alfred Laoureux, Le Musée de l'Homme, 1978. Collection SMART, Bruxelles.

SPECT - ACTEURS

Jacques Charlier, Collection de Printemps, 1987

[…] Venez vous refaire une petite beauté, Soyez gros et mille os, Réalisez votre rêve de puissance. Autant d’injonctions lancées par les bonimenteurs du Cirque Divers pour faire entrer habitués et curieux de tous bords dans le cabaret-théâtre de la rue Roture. Dans sa petite salle aux murs étoilés, sur sa scène parallèlo-poétique, Michel Antaki, Jacques Jaminon, Brigitte Kaquet et Jacques Lizène transforment chaque fin de semaine le quotidien en spectacle et les clients en « spect-acteurs ». Ils nomment ces attractions Théâtralisation du quotidien. En peu de temps, la structure devient un lieu de rendez-vous où chacun est invité à reproduire sur scène ses activités les plus triviales. À l’heure de l’avènement de la société du spectacle, la représentation de la banalité et l’autodérision font les belles heures du lieu. Ses fondateurs deviennent rapidement de véritables « personnages » de la vie (contre-)culturelle liégeoise […].


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page8

MAIL ART

Iconophage, collecteur d’images de tous genres, recycleur d'un corpus iconographique qu'il hybride, Benjamin Monti s’est chargé de revisiter le Mensuel du Cirque Divers dont il extrait une série de singulières bonnes feuilles où satires, créations, agenda, réflexions aussi absurdes que spéculatives, aphorismes et gribouillis côtoient de joyeuses grivoiseries. Marouflées sur les cimaises, ces pages du Mensuel deviennent le support d’une série d’œuvres originales collectées dans les archives, autant de mails art adressés au Cirque Divers. Parmi les artistes : Joël Hubaut, Roland Topor, Roman Cieslewicz, Philippe Lagautriere, Marcel Mariën, Jacques Lizène, François Boisrond, Baudhuin Simon / Pig Dada, André Stas, Ryosuke Cohen, Charles François, Clemente Padin, Guy Bleus, Guy Stuckens, Ruggero Maggi et bien d’autres.

Loulou (Louise Tournay), terres cuites

R.A.T. Charles François, Mieux vaut un RAT tôt qu’un RAT tard, mail art, vidéo. R.A.T. Charles François, Port payé par le destinataire, croûte, 1999.

ON S’EN FLUXUS !

Fluxus (On s’en fluxus). […] Ce film [sur le cycle Performances ?], dont on ignore d’ailleurs l’auteur et le statut, ne documente finalement qu’une seule chose : la performance du Cirque Divers, une longue performance qui dure une saison et qui affirme son identité, son économie, sa viabilité, son champ politique, sa volonté de distiller le doute et de questionner sans cesse. En fait, il agit – et c’est tout son intérêt – comme une déclaration. Les Jardiniers seraient-ils plus Fluxus que Fluxus ? On s’en Fluxus ! sera le mot d’ordre du Cirque Divers et fera l’objet d’une édition d’autocollants très largement distribués. Il a surgi suite à une altercation entre les Jardiniers du Cirque et BEN (Vautier). Le Cirque Divers a, en effet, décidé de promouvoir le Concert Fluxus et celui de l’Armée du Salut sur une même affiche, « afin d’établir une certaine distance ». Cela met BEN très en colère. […]

BANLIEUE DE L’ART ART DE BANLIEUE

Jacques Lizène, peintures à la matière fécale, interrogation génétique, perçu non perçu, cadre de cadres, dessin médiocre façon 1964, bétonnière rythmique remplie de billes, performance : art du (presque nul), art d’attitude d’un petit Maître de la seconde moitié du vingtième siècle. C’est l’art de banlieue comme la banlieue de l’art.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page9

CENT SORTES DE BIÈRES

Le décor du cabaret hydropathe du Cirque Divers évoqué avec des oeuvres de Ben (Vautier), Phil, Jacques Charlier, Willem, Jan Bucquoy et du Collectif du Cirque Divers.

PANIQUE UNIVERSELLE

[…] Le mouvement Panique, un anti-mouvement plutôt, fondé en 1962 par Fernando Arrabal, Alejandro Jodorowsky, Olivier O. Olivier, Jacques Sternberg, Christian Zeimert, Abel Ogier et Roland Topor, a toujours eu plus que droit de cité au Cirque Divers. « Dès 1960, […], le dramaturge espagnol Fernando Arrabal, le réalisateur chilien Alejandro Jodorowsky et le dessinateur français Roland Topor, trinité sacrilège, […] imaginent un espace de rencontres, libre et pluriel. De ces réunions naît, en 1962, le Panique, en réaction aux autres groupes artistiques contemporains devenus dogmatiques et consensuels. La rencontre de ces trois esprits libres a permis une véritable explosion de la raison, dans un but purement créatif, en imaginant des ponts entre la peinture, le théâtre, le cinéma, la poésie ou le roman ». Panique, c’est une référence au Dieu Pan, le dieu de la totalité, le dieu de l’amour, de la profusion et de la confusion. Mi-homme mi-bouc qui bondit de rocher en rocher et se cache, toujours à l’affût des nymphes. Pan, comme l’explique Alexandro Jodorowski, est une sorte de bouffon, grotesque et festif. Il est tel un clown, « créant toujours la surprise, jouissant de la possibilité de changer, d’avoir une pensée multiple. Pan incarne l'inversion des valeurs, la liberté, qu'elle soit créatrice, intellectuelle, éthique ou sexuelle ». Pan n’a pas de limites, il est l’incarnation de la confusion, ses manifestations sont de véritables éphémères paniques. Arrabal écrira dans Panique, Manifeste pour le troisième millénaire : « Le Panique dévore, transgresse, désobéit. Le Panique avale la morale et le consensus ». La base de Panique, selon Roland Topor, « c’est l’explosion de la raison. Quand la société serre les fesses, les espaces de libertés individuelles rétrécissent ». […]

CATASTROPHE OF THE MONTH

‘PATAPHYSIQUE

Making of. Camping Cosmos. La Lolo Ferrari de Jan Bucquoy était un tantinet défraîchie. Tony Camarata l’a magnifiquement relookée.

PLAYMATE OF THE MONTH

Making of. « Soyez Franchement Maçon ! » Alain De Clerck a reconstruit Foncièrement la Petite Maison Unifamiliale.

[…] Retour à la ’Pataphysique, avec Capitaine Lonchamps. Il pratique le Neigisme. « La neige est, en effet, une activité pataphysique, puisqu’elle participe de cette science du particulier, puisque chaque neige est particulière, singulière. La ’Pataphysique est aussi la science des exceptions. Je fais de la neige une exception. Et mon activité de neigiste est pataphysique en ce qu’elle a un caractère exceptionnel.» Capitaine Lonchamps s’approprie toutes sortes de choses qu’il couvre de flocons. C’est un retour aux origines tout d’abord, aux origines de l’acte de peindre, peindre avec un rien. Régulièrement, il peint, sur des couettes, des constellations de flocons sur fond nocturne. La nuit, le sommeil, la solitude l’aimantent. En 1989, raconte-t-il, le Cirque Divers organise une Année de la solitude, jalonnée de diverses activités. « Ma contribution a consisté à dormir une nuit entière dans la galerie. J’ai occulté la galerie, je me suis calfeutré, j’ai sorti mon petit matériel de camping, mon thermos et ma bouteille de vin. Il s’agissait d’éprouver la solitude et le sommeil alors que la fête - le vernissage de l’exposition de José Picon- battait son plein à l’étage en dessous. Fin de la performance au petit matin ; juste deux photographies prises par Philippe Gielen en témoignent. Plus tard, j’ai enneigé l’une d’elles » […]


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page10

UN PUBLIC TRÈS PERFORMATIF

16 février 2018. C’est parti pour six mois. Le tout Liège est là pour inaugurer ce Jardin du Paradoxe. Soirée festive, soir de performances en tous genres, public performatif capté par l’objectif du photographe liégeois le plus mondain. Mondain car, baroudeur des plateaux de cinéma et des back stages festivaliers, Dominique Houcmant, alias Goldo, est de toutes les fêtes et rassemblements, scrutant les visages, à la recherche de ce supplément d’âme, si perceptible en cette nuit de février.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page11

LA ROYALE HARMONIE D’HOZÉMONT

Lors de l’inauguration du Cirque divers en 1977, les Jardiniers ont convoqué la fanfare de Saint Pholien pour les accompagner dans leur processionnelle aubade aux monuments de la cité. Afin d’inaugurer en musique l’exposition Le Jardin du Paradoxe, on fit appel à la Royale Harmonie d’Hozémont, fanfare de Grace-Hollogne qui régulièrement participe aux manifestations locales et régionales, cortèges carnavalesques, fêtes villageoises, processions religieuses ou commémorations patriotiques.

UNE MORPHOLOGIE DE REMPLISSAGE Lors de certaines soirées des temps héroïques du Cirque Divers, les Jardiniers du Paradoxe photographiaient la salle de leur cabaret toutes les heures afin d’évaluer le flux nocturne des visiteurs. Ils appelaient cela une morphologie de remplissage. Au Jardin du Paradoxe, pour le remplissage, nous fûmes servi !

SPRAY CAN ARTS

Association active depuis 2004 dans le secteur des arts urbains qu’elle produit, diffuse et promeut, Spray Can Arts est portée par un collectif d’artistes qui s’intéresse tant aux arts plastiques qu’à la musique et à la danse. Basée à Liège, Spray Can Arts se positionne comme une plateforme d’échanges et de diffusion du street art. On ne pouvait que leur confier la palissade du cloître afin d’évoquer ce Cirque Urbain et Cirque Humain que fut le Cirque Divers. Spray Can Arts a débarqué, bombes de couleurs en main. Michaël Nicolaï et Soke ont, entre autre, représenté Michel Antaki, le principal animateur du Cirque, tirant la langue au public s’inspirant d’une photo ancienne, prise sur la scène du Cirque Divers !


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page12

GARRET LIST JACQUES LIZENE

Encore raté ! Nous n’avons pas de photos de la performance de Jacques Lizène et de Garret List, un remake d’une performance créée au Cirque Divers en 1980, où le chanteur en-dessous de tout nasille une petite chanson médiocre tandis que Garret List joue une pièce à l’envers en s’acco:mpagnant d’une scie circulaire. Qu’à cela ne tienne, le Petit Maître, c’est une perpétuelle performance à lui tout seul. Art d’attitude !

L’IMPORTANT, C’EST LE MANAGEMENT ! Alors voilà. L’heure est à une espèce de bilan nostalgique. Un moment Liège a re-vécu le temps d’une soirée de vernissage Dans le décor du Cirque. J’étais content parce qu’on m’a demandé de faire plein de trucs cools. D’enregistrer 15 pages d’insultes. D’écrire ce texte, Enfin pas ce texte parce que j’avais d’abord écrit un autre. Et puis je me suis dit non, Faut parler de cette soirée. Cette soirée où on m’a demandé de faire M. Loyal. La soirée de vernissage. Alors, quand on m’a proposé de faire un truc dans le vernissage… Après les discours protocolaires officiels. J’ai eu la Révélation ! Mec, l’important c’est le management ! Ben oué quoi … L’art, la culture Façon 77 et les débuts du Cirque. Tout ça c’est mort ! Dead ! Kaput ! Les Maoïstes, les Situationnistes, Les Stals, les anars, les artistes alcoolos, drogués Tout ça c’est Terminado ! Aujourd’hui, Il faut du lisse, Du rentable, des chiffres ! Du bankable, De l’écorché fric ! L’important, c’est le management ! Donc la soirée débute Le Tout Liège est là, Les discours se passent, Puis j’enchaîne avec deux, trois phrases bien senties Sur l’évolution du pricing, sur les stock-options Et l’importance du management Sur la qualité des flux Ca passe comme dans du beurre Nickel chrome Dans le brouhaha général Normal. Puis j’annonce la Royal Harmonie d’Hozémont Ca joue … Hop j’invite ORLAN sur le ring Oui parce que je me rends compte que j’ai oublié de vous dire : En plein milieu de l’expo il y a un ring qui accueille des interventions tout au long de la soirée. Et je lui demande c’est quoi son meilleur souvenir du Cirque Et je ne me souviens pas de ce qu’elle me répond. Puis, Pogo aussi, Pogo il parle tout bas Il a compris que la sono est dégueu et qu’on est dans une

église. Car le Musée de la Vie wallonne, il est situé dans une église désacralisée, certes, mais une tout de même Pour le grand Jardin du Paradoxe, c’est pas mal… Hop des gars sapés comme des américains débarquent sur le ring Avec une autre fanfare C’est Jacques Jaminon et André Stas Ils disent des trucs sur le ring et puis la fanfare joue L’autre fanfare, la Royale Harmonie d’Hozémont Elle en a plein le cul de l’autre fanfare qui joue près d’elle, elle râle. J’essaye de calmer le truc. L’important c’est le management ! Là-dessus, performance de Jacques Lizène et Garret List Avec une scie , un chanteur en dessous de tout et un grand musicien. Je reprends la parole et j’injecte une bonne grosse dose de credit default swap dans le bordel puis encore, All right ? Everybody is alright ? Il y en a 2/3 qui suivent et qui kiffent Et enfin tout ça se termine Par une démonstration De catch dans les règles de l’art Par la Belgian Wrestling School Monsieur Bellomo et ses hommes ! Paroxysme ! #BagarreGénérale Beauté du sens qui surgit dans sa violence la plus brute! Ce match clôture une soirée ou l’art d’hier L’art du Cirque Divers a pu côtoyer Les logiques d’aujourd’hui Pour contempler le gouffre qui sépare ces deux mondes Cet esprit critique, cette éducation permanente Et celui des targets et des marchés Après ça enfin, je revois plein de vieilles têtes et c’est trop bien Puis enfin je peux boire une bière, une seule Car voilà très vite qu’il n’ y en a plus, des bières. Normal en même temps elles étaient gratos… Et il y a eu plein de monde Plein de monde qui a bu gratos. Et là je me dis que vraiment, mec L’important C’est le management ! L’Agent Pavé 23 février 2018

Pierre Etienne alias l'Enfant Pavé alias King Lee compose du rap prolétaire, scande des lyrics avec Starflam, bosse dans l’Éducation Permanente, joue les professeurs, met en scène des formes théâtrales connectées à la réalité, a été aperçu du côté de la T3 avec les UI96, menace la Wallifornie (voir même le monde)...

Mais où est donc Garret List ? Pas loin.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page13

Airborne 501-506 Vellereux et le Balkazar Project filmés par Caroline Poisson. Une performance imaginée par Jacques Jaminon avec la complicité d’André Stas.

LE BALKAZAR PROJET ET LES PALOTINS RICAINS

Le lundi 7 septembre 1944, la rumeur courut : Les Américains auraient libéré Waremme ! Vers 1 l h30', la nouvelle se confirme, avec l'arrivée de la première Jeep américaine à Grâce Hollogne. À Awans-Bierset, des combats ont lieu, autour du terril du charbonnage le Corbeau, entre Américains en avancée et Allemands en retraite. Dans le même temps, un combat de chars se déroule à Rocourt, où les premiers tanks américains rencontrent une colonne de neuf chars allemands venus de Tongres et se dirigeant vers Liège. Sur son passage, elle est saluée joyeusement par les habitants qui prennent ces tanks pour des chars US. Quand ils s'aperçoivent de leur méprise, ils se dispersent fissa. Quelques minutes après, apparaît un convoi de trois tanks et un half-track qui viennent prendre position dans un carrefour. Les neuf tanks allemands se font bombarder par ceux de l’ Oncle Sam. Sur les neuf, un seul parvient à s'échapper. En se retirant, les Allemands commettent un dernier crime, dans l'espoir fallacieux de retarder l'avance inéluctable: ils lancent au carrefour de Fontainebleau un petit char bourré d'explosifs qui détruit plusieurs maisons, tuant de nombreuses personnes qui faisaient la file devant une boulangerie. Les Américains pénètrent dans la ville et écrasent les derniers points de résistance des

cipaux et la conduite circulaire dont une grande partie est réalisée en béton ou en grès pour les petites canalisations. En sus, la Ville de Liège s'est dotée d'un dispositif spécifique pour faire face aux événements pluvieux violents car, qu'on le veuille ou non, les monstrueux orages sont, de plus en plus souvent désormais, une réalité pour le moins alarmante, provoquée par l'inéluctable réchauffement de la planète. Aussi,

Allemands, rue Grétry, place d'Italie et rue du Parc. Liège est libre !

Pas tout à fait ! En effet, nos libérateurs ont complètement négligé les réseaux souterrains pour y propager l'annonce de la Victoire. Les cinéphiles qui connaissent Têtes de pioche, où Oliver Hardy, défendant sa tranchée vingt ans après l’Armistice, ignore tout de la fin de la Grande Guerre, comprendront sans doute mieux que les autres les conséquences de telle omission. Liège compte quatre réseaux d'égout et de collecteurs. Il est interdit, du moins en

principe, d'y déverser tous déchets solides ou liquides tels que peintures, solvants, huiles de vidange, graisses animales et minérales, déchets verts, mais également laitance de mortier ou béton, déchets ménagers broyés, d’y expédier en douce des crocodiles, alligators et autres caïmans devenus trop encombrants pour l’appartement exigu mais qui s'avéreront perturbants pour nos rats indigènes. À ce jour, le réseau d'égouts de la Ville de Liège s'étend sur quelque 600 kilomètres. Les formes les plus répandues dans le réseau sont l’ovoïde en maçonnerie pour les égouts prin-

Afin de célébrer en grande pompe - si vous voyez ce que nous voulons dire, pesant notre mot et vous laissant le plaisir bien mérité de compléter par “à Merdre” - la résurrection momentanée du Cirque Divers, il sembla impérieux de libérer enfin, quasi trois-quarts de siècle après, efficacement et en fanfare le sous-sol de la Cité ardente, l'assainissant de tout miasme affligeant propagateur de mélancolie chronique. Inaptes à tempérer ne fût-ce qu'un tantinet leur délirant enthousiasme, les palotins ricains dévolus à cette mission, spécialement affectés à la réparation de la négligence historique, braveront imperturbablement les sarcasmes des éberlués escomptés. La gaieté de nos jours serait devenue incertaine ...Voire!


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page14

LES CATCHEURS DE SALVATORE BELLOMO

De l’installation d’un ring dans le cabaret à l’organisation d’une soiré de lutte greco-romaine pour illustrer la lutte des classes , la pratique des champs conflictuels a toujours été d’actualité au Cirque Divers. Cette fois, ce sont les catcheurs de la Belgian Wrestling School, école et fédération de catch dirigée par Salvatore “The Wildman” Bellomo qui se produisent en fin de vernissage au Jardin du Paradoxe. Une production exclusive de Caroline Coste !


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page15

« DÉSIR DE LA MORT, JOIE DE LA VIE » , PAR CAROLINE LAMARCHE

UNE HEURE EN COMPAGNIE DE UNICA ZÜRN « Le nom d’Unica Zürn, auteure-artiste allemande exilée à Paris dès 1953 aux côtés de Hans Bellmer, est lié à une œuvre hors du commun », écrivent Andrea Oberhuber et Agnès de La Beaumelle dans le Dictionnaire Universel des Créatrices. « Entre l’écriture et le dessin à l’encre de Chine, cette œuvre fortement influencée par l’esthétique surréaliste et la maladie mentale (la schizophrénie dont elle souffrait jusqu’au moment de sa défenestration, et qui fut magistralement « illustrée » dans L’Homme-Jasmin, 1971) témoigne d’une nette prédilection pour la praxis intermédiale où s’entrelacent le langage verbal et le langage pictural. Les deux médias sont mis au service d’un questionnement multidimensionnel sur le moi-femme qui, de Oracles et spectacles : quatorze poèmes-anagrammes et huit eaux-fortes (1954) à Vacances à Maison blanche (1970), en passant par Anagrammes (1953-1964), Le Blanc au point rouge (1959) et Sombre printemps (1969) se construit à travers la mise en récit de son corps. Se projetant dans des identités autres, se scrutant dans divers états d’être grâce à la plume de l’écrivaine ou à l’œil attentif de la dessinatrice, Unica Zürn se recrée comme subjectivité polymorphe, formée de multiples visages et personae, dont certaines d’une inquiétante étrangeté. Si Hans Bellmer l’encourage à écrire, c’est comme dessinatrice et peintre qu’elle intègre les milieux surréalistes parisiens d’après-guerre : elle participe, en 1959, à l’exposition Eros chez Daniel Cordier, et rencontre le soutien et l’amitié d’André Pieyre de Mandiargues, de Max Ernst, et surtout d’Henri Michaux. Son œuvre de dessinatrice – un enchevêtrement de graphismes filandreux en forme de flammèches, de nœuds et d’yeux, un bestiaire fantasmagorique de créatures doubles et métamorphiques – s’approche de l’art brut. La mise à nu de ses fantasmes et des angoisses morbides qu’elle y livre trouvera sa pleine expression dans ses écrits où elle invente, avec la concision froide d’une intelligence clinique et la vérité d’une voix non altérée, une écriture d’exploration du désir, de la souffrance et des affres de la folie ». Fin des années 70, les féministes allemandes, puis quelques théoriciens de l’art-thérapie, mettront l’œuvre d’Unica Zürn en avant. L’aura de Hans Bellmer (Voici la poupée !) a servi d’alibi pour l’exposer. Pourtant Unica Zürn demeure irréductible aux assignations. Par un regard sur ses dessins, l’écoute d’extraits de ses textes, la rendre au mystère de toute oeuvre : voilà peut-être le sens de ce moment de partage proposé ce 23 mars.(JMB)

LE COMMISSAIRE  FAIT SON CIRQUE

11 mars et 23 mars.Visites guidées conférences au Jardin du Paradoxe en compagnie de Jean-Michel Botquin, commissaire de l’exposition

Une œuvre graphique discrète mais fulgurante, une écriture grave, fantaisiste, lucide, une vie malmenée par l’Histoire et par des troubles mentaux. Le destin d’Unica Zürn (1916-1970), compagne de Hans Bellmer, amie d’Henri Michaux, dit à la fois la relégation des créatrices et leur surprenante puissance. Dans le cadre du Festival Corps de Textes organisé par le Théâtre de Liège et coordonné par Edith Bertholet, Le Jardin du Paradoxe reçoit Caroline Lamarche pour une lecture - performance : Désir de la Mort, Joie de la Vie, une heure en compagnie de Unica Zürn.

Caroline Lamarche et en arrière-plan, Unica Zürn

« Pour la première fois et pour elle seule elle exécute une longue pantomime dont plus tard elle ne se rappellera ni la signification ni les détails. Mais tandis qu’elle est occupée à apporter à son jeu grâce et imagination, une idée fugace lui traverse l’esprit : elle pense qu’il devrait y avoir ici quelqu’un qui pût fixer cette pantomime sur la pellicule pour l’éternité – mais il n’y a personne. » Unica Zurn, L’Homme-Jasmin.

Il n’y avait personne ce jour-là (fin des années 60) pour décrire ou filmer Unica Zürn trouvant à s’amuser comme une enfant dans la cellule capitonnée où elle vient d’être brutalement enfermée sur ordre médical. Personne pour témoigner de son extraordinaire résilience et de sa fantaisie dans les moments de crise – elle souffrait de schizophrénie. Mais il y a ses dessins, ses livres, peu nombreux mais extraordinaires, trop méconnus. Et il y a vous et moi ici, non pour l’éternité comme elle le souhaitait, mais pour un moment lié au Cirque Divers, ce qui fait sens s’agissant d’une créatrice outsider, surréaliste, ludique, excentrique, dont l’œuvre a été révélée dans les années d’existence du Cirque Divers. Du reste elle fait partie des créateurs qui, selon le mot de Hans Bellmer – l’ami, comme elle disait, son compagnon de vie et son complice de création - veulent être des « anti-spécialistes ». Nous sommes donc ici pour un moment que j’espère ludique et fraternel, ou plutôt sororal puisqu’à bien des égards, jusque dans son manque de confiance en elle-même, Unica m’est une sorte de grande sœur, dont l’art veille sur mon travail depuis que je l’ai découverte en 2006 à l’exposition de la Halle St Pierre à Paris, puis en 2013 à l’exposition Lost of Control pilotée par Carine Fol au Musée Rops à Namur, où ses œuvres côtoyaient celles de Hans Bellmer. Ses livres ont été écrits pour la plupart en allemand, elle fut pourtant lue d’abord et davantage en France, dans la traduction de Ruth Henry, son amie et sa mémorialiste après sa mort par défenestration le 19 octobre 1970. L’Allemagne l’a découverte plus tardivement, à la faveur des mouvements féministes qui se sont emparés de son œuvre et de son destin. Elle reste un auteur méconnu, comme nombre de femmes qui ont gravité dans la sphère surréaliste, où les hommes dominaient, et comme nombre de femmes artistes de tout temps. Le surréalisme a pourtant permis à certaines femmes de s’émanciper, c’est le cas d’Unica Zürn, qui ne se contenta pas d’être une muse comme celle dont la postérité a retenu les noms devenus ceux de leurs maris, Gala Dali ou Nush Eluard. C’est donc d’une grande artiste et d’un véritable écrivain, à l’œuvre autonome, dont je vous parle ce midi, dont je dirais, en ce qui me concerne, ce qu’elle-même disait à propos de ses amis surréalistes – Man Ray, Henri Michaux, Max Ernst – « les admirés, ils entrent en moi, se posent près des rares trésors gardés de l’enfance. » Unica Zürn est entrée en moi, au fil des ans, elle me ramène toujours à l’enfance de l’art, qui tient pour moi en trois mots : nécessité, travail, plaisir. Caroline Lamarche


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page16

L’ŒIL ET LA CAGE 

UN FILM DE JEAN-CLAUDE RIGA

« Cela commence par un envol de pigeons, écrit Caroline Lamarche à propos de L’œil et la Cage. La voix d’un bonimenteur attirant les chalands vers une ménagerie de cirque. Le ronronnement des péniches, des voitures. Une sirène de police. Et une file de gens, le long d’un très haut mur, qui marchent vers quelque part. Tout cela au-dessus, autour, derrière, à côté d’une sorte de château crénelé. On entre. Une lourde porte se ferme. Silence du dedans. L’intérieur est sombre et strié : poutrelles, barreaux, sas grillagés, graffiti. Soudain un morceau de ciel : le préau. « Il y a les oiseaux aussi », dit l’homme, jeune encore, qui précède la caméra. Sa voix, neutre, qui raconte. La fouille. Les gardiens. Les visites derrière une vitre. La cellule nue. Le local du psychiatre. La solitude dans le vacarme des jours indistinguables des nuits. « Il y a les gens aussi », aurait-il pu dire. La foule conviée à cette « porte ouverte » dans une prison à détruire. Rumeur des visiteurs d’un jour qui dévisagent au passage l’équipe de tournage et l’homme seul qui la guide. Caméra du preneur d’images. Caméras de surveillance de la prison. Œil pour œil, cadre sur cadre. Mise en cage des visiteurs, de l’équipe de tournage, de l’ex-détenu une nouvelle fois piégé. L’œil et la cage. Un titre en deux parties, comme Surveiller et punir », pour paraphraser le titre de l’ouvrage de Jean Baudrillard.

Jean-Claude Riga réalise L’œil et la Cage à la prison Saint Léonard de Liège, en 1982. La nouvelle prison de Lantin, dans la banlieue de la ville a été inaugurée en décembre 1979, une inauguration précipitée suite aux dégradations importantes provoquées par une mutinerie lors d’une grève des gardiens de l’ancienne prison du centre ville. Riga revient à Saint Léonard en 1982 ; il y revient, caméra à l’épaule, en compagnie de Philippe, un ancien détenu afin de lui faire raconter son expérience carcérale. « Riga, observe Marc Emmanuel Melon, complète son dispositif avec deux volets supplémentaires chargés de renforcer à la fois l’aspect fictionnel et documentaire. D’un côté il demande à Philippe de reconstituer certaines scènesclés de son emprisonnement (…) D’un autre côté, il a invité une foule de curieux à visiter la prison à l’occasion d’une soidisant journée « portes ouvertes ». De la sorte, Riga multiplie

les points de vue, d’autant, continue Marc Emmanuel Melon, que le réalisateur « utilise par intermittence une seconde caméra chargée de le filmer, lui, marchant derrière Philippe. Riga s’inclut donc lui-même dans le film en tant qu’observateur au travail, il se place sous la coupe de cette caméra « espion » (...) C’est l’œil du gardien, l’œil du Maître des lieux, l’œil de Big Brother qui continue d’exercer son pouvoir dominateur, même sur les ruines de son antre, et qui continue d’observer Philippe comme si celui-ci n’était jamais sorti de prison ». Marc Emmanuel Melon conclut : « le vrai sujet du film est la: dans la mise en abîme des regards, dans la répétition des gestes, dans la continuité de la surveillance qui ne s’affaiblit pas malgré les ruines, dans la mise en scène de la parole qui tente de dire ce qui n’a jamais été dit, à savoir : quand on entre en prison, on n’en sort pas. On quitte peut-être les lieux, on ne quitte pas l’emprisonnement. On tombe en ruine comme la prison elle-même, on meurt avec elle, enseveli sous les murs qui s’écroulent, abattu par la société qui ne vous pardonne pas. (…) L’écriture extrêmement cohérente de Jean-Claude Riga a donné le meilleur d’elle-même avec L’œil et la Cage, une des bandes les plus remarquables de toute la vidéo documentaire belge ».

Ce n’est évidemment pas parce que les premières images du film de Jean-Claude Riga nous montrent un cirque et une ménagerie qui s’installent tout à côté de la prison désaffectée même si la coïncidence prête à sourire -, que le Jardin du Paradoxe se propose d’organiser cette rencontre autour de L’œil et la Cage de Jean Claude Riga. Non, cette question de l’aliénation et de la privation de liberté a été, au Cirque Divers, fort souvent au centre des préoccupations des Jardiniers du Paradoxe. Il est même étonnant que ce film n’ait pas été programmé en Roture au moment de sa sortie. Fondée sur la théâtralisation du quotidien, cette volonté de tout théâtraliser, et, dans un esprit tres situationniste, de « spectaculariser » jusqu’au moindre de nos gestes quotidiens les plus triviaux, l’action du Cirque Divers sera profondément marquée par ce désir de transcender un quotidien aliénant par une créativité et une invention de soi permanentes.

Rappelons que lors du Festival Performance?, que le Cirque Divers organise en 1980, s’élabore l’animation la plus controversée jamais organisée en Roture: Soyez votre propre geôlier. Le Cirque se propose en d’ériger trois cachots dans sa cour. Trois personnes seront tirées au sort parmi les volontaires qui se présenteront et seront invitées à s’enfermer dans des conditions identiques à celles de la détention pénitentiaire. Les portes des cachots seront simplement scellées à la cire. Les prisonniers pourront sortir dès qu’ils le décident, le vainqueur sera celui qui restera le plus longtemps enfermé. Dix mille francs belges sont en jeu, une coquette somme. La mise en cage se fera le 17 mai 1980 à 24h. Ce cycle de Performances se décline sur tous les modes, performances artistiques, viables, économiques et politiques. C’est dans ce dernier cadre que s’inscrit cette performance peu banale. « Quoi de plus évident que de considérer la liberté comme performance », annonce le Cirque Divers qui envisage d’organiser un séminaire sur le caractère performant de la liberté. La libre expression, les libertés individuelles et collectives, les conventions internationales, l’état de droit, la prison préventive, les internements psychiatriques sont tour à tour évoqués lors des remue-méninges de préparation. C’est finalement le milieu carcéral et la privation de liberté qui retiennent l’attention. Trois anonymes se feront ainsi enfermer. Très vite, se souvient Michel Antaki, « ils se sont comportés comme de vrais taulards solidaires, communiquant entre eux, s’échangeant des cigarettes, des illustrés qu’on leur faisait parvenir de l’extérieur » Alors que le monde carcéral est par définition un monde clos, les choses ici se passent sur la place publique. Enfermés, les trois volontaires n’en sont pas pour autant moins exposés. Le public est voyeur, ses réactions d’autant plus virulentes que la publicité et la communication ont été soignées pour l’occasion. Les critiques pleuvent et les Jardiniers se font traiter de « salauds » ayant enfermé trois « paumés », et ça « pour de l’argent » ! Un débat public s’organise au sixième jour de l’incarcération. On frise l’émeute et le saccage; les trois prisonniers volontaires décident de sortir, afin d’expliquer au public que c’est de leur plein gré qu’ils ont enduré cette temporaire privation de liberté. En fait, ils s’étaient déjà mis d’accord pour sortir ensemble le lendemain, au septième jour, et se partager équitablement la récompense, le cachet, de cette singulière performance. En 1983, le Cirque Divers accueillera une exposition de photographies de Jacques Mertens, qui, lui aussi, a investit la prison de Saint Léonard lors de sa désaffectation. Plus tard, alors que le Cirque Divers réfléchit à la mise sur pied d’un vaste projet nommé « Câble 88 », c’est l’irruption progressive des caméras de surveillance dans l’espace urbain qui mobilisera l’attention. De ces nombreuses convergences, car on pourrait multiplier les exemples, émerge l’écriture cinématographique de JeanClaude Riga qui n’est pas sans rappeler les attitudes propres aux Jardiniers du Paradoxe, celles d’observateurs du cirque urbain et humain, eux-mêmes observés, celles de ce public participatif qui théâtralise la prison et qui, dans ces multiples échanges de regard, la rend sans doute encore plus spectaculaire. S’y perdre et s’en libérer.

Réalisateur : Jean-Claude Riga – Principal Interprète : Philippe Oger – Image : Alain Marcoen – Son : Thierry D'haen – Mixage : Roger Defays – Musique : P. Devreux, T. Dehaan – Coproducteur : Canal Emploi, Mediaform Production, Cba, Wip


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page17

EXPÉRIMENTEURS, EXPÉRIMENTENSES ! LA NUIT DE LA POÉSIE à KULTURA

On ne peut que se réjouir d’accueillir, ce 28 avril, Joël Hubaut, Jean Pierre Verheggen, Guido’Lu qui furent des proches du Cirque Divers. De retrouver l’esprit d’expérimentation si éclatant lors du festival « La Nuit parcourt le ciel », organisé par la RTBF, le Centre de Recherche Esthétique Appliqué et le Cirque Divers, au fond d’un charbonnage de la région liégeoise en 1980. Jean Pierre Verheggen en était, au côté des Perec, Chopin, Giorno, Parant, Lemaître ou Prigent. Et puis bien sûr, il y a l’incontournable figure du poète Jacques Izoard, cheville ouvrière du domaine de la littérature au Cirque Divers. Carmelo Virone nous le rappelle : « Avec sa revue Odradek, son implication dans les éditions l’Atelier de l'Agneau et dans le mensuel poétique M25 aux côtés de Robert Varlez, les rencontres littéraires qu'il organisait depuis plusieurs années déjà en Roture ou ailleurs, Izoard a acquis une position dominante dans le réseau littéraire liégeois, position confortée par sa reconnaissance à Paris, où il était publié. Il exerça dès lors un rôle rassembleur qui lui a permis d'accueillir sur la scène du Cirque des écrivains de sensibilités très différentes, à commencer par de jeunes Liégeois comme Eugène Savitzkaya et ses frères Jean-Pierre Dobbels et Alexandre, Serge Czapla, ou encore Joseph Orban, Jean-Marie Grosjean et Jean-Claude Legros, puis quelques années plus tard, Frédéric Saenen, Karel Logist ou Serge Delaive. Cette dimension fédératrice est apparue plus manifeste encore à partir de 1982 quand Izoard a lancé la Nuit de la Poésie et son concept de scène ouverte à tous, dont les éditions successives permettront à de nombreux auteurs en herbe de faire entendre leurs textes pour la première fois en public, aux côtés d’écrivains chevronnés. Même si elle est devenue nomade après la fermeture du café, la Nuit de la Poésie est aujourd'hui une tradition bien établie ». (Carmelo Virone, Terreau d’écriture, dans C4 spécial Cirque Divers)

La programmation de la Nuit de la poésie est assurée par Benjamin Monti, Joël Napollino et Carmelo Virone qui animera la soirée. Carmelo Virone, critique et écrivain, observateur de longue date de la vie culturelle en Belgique francophone, fut un compagnon de route du Cirque Divers, où il organisa de nombreuses rencontres littéraires. Il fut aussi l'une des chevilles ouvrières du livre - album Cirque Divers Tome I. Il préside aujourd'hui l'asbl D'une Certaine Gaieté. L’événement est produit par D’Une Certaine Gaieté pour la Nuit de la poésie et par la galerie Rature pour l’exposition de Joël Hubaut, avec la collaboration de La Belle Epoque [Arts Contemporains] (Lille). Commissaire de l’exposition : Benjamin Monti. Avec : Jean-Pierre Verheggen, Joël Hubaut, Guido’Lu, Maja Jantar, Otari Club, Star Trek Sound System et les expérimenteurs et expérimenteuses qui oseront apprivoiser le micro ouvert.

Jean-Pierre Verheggen participe dans les années 1970 à TXT, revue d'avant-garde radicale de l’entreprise « textuelle ». « Sa poésie est avant tout une parodie de la poésie, une critique radicale de l'idéologie que véhicule ce genre et un pastiche burlesque de ses conventions. À partir de là, il développe dès 1968 le concept de réécriture et en applique les effets à des champs d'investigation plus larges, allant de la bande dessinée à la langue politique la plus stéréotypée, en passant par la perversion d'un langage par un autre, en l'occurrence du français classique et scolaire par son wallon maternel, sauvage et sexuel »

(Alphabet des lettres belges de langue française, Promotion des lettres belges de langue française, Bruxelles, 1982, p. 302.) « Epidémique en tout et partout, Joël Hubaut est une figure et une force excentrique dans le paysage de l'art contemporain en France : hors limite, irrégulier, à l'entrecroisement des domaines (dessinateur, peintre, vidéaste, chanteur, écrivain, organisateur d'événements, enseignant). C'est une entreprise proliférante qui zigzague en France depuis plus de trente ans. Si l'art est Action alors Hubaut est un actant qui construit des échanges et des interactions. Artiste trans-media, doué d'une énergie centripète et centrifuge, il est l'architecte mobile d'une chaotique trans-historique. Œuvre vivante en gestation permanente, Hubaut est devenu une entreprise de projets collectifs, en utopien rebelle à toutes les soumissions. » Texte de Michel Giroud.

Maja Jantar est une artiste vocale multilingue (hollandaise, d’origine polonaise, vivant à Gand), pratiquant la polypoésie. Son travail couvre les domaines de la performance, de la musique, de la poésie et des arts visuels. Cofondatrice du groupe poétique Krikri (www.krikri.be), elle donne des concerts individuels et collaboratifs dans toute l'Europe et expérimente des œuvres sonores poétiques depuis 1996. Parmi ses collaborateurs, on trouve des artistes issus de différentes disciplines, de la poésie, de la musique, des beauxarts ou encore du théâtre. Ses collaborateurs de longue date sont Vincent Tholomé, Angela Rawlings, le réalisateur Ewout D'Hoore et l'artiste visuel Hallveig Ágústsdóttir.

Otari Club est un duo né de la rencontre fortuite autour de la couleur orange, de la musique et de la poésie. De manière analogue à l’histoire de la betterave sucrière dans le nord fin à la fin XIXème début du XXème siècle, ou du port de la soutane, Otari Club s'occupe à produire de manière contingente une « ambiance ». Celle-ci résultant de l’expérimentation phénoménologique du son et du texte, sans méthode particulière et de manière hédoniste.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page18

ON PEUT PEU MAIS ON PEUT  UNE LECTURE ÉPIDEMIK, AMPLIFIÉE, DE JOËL HUBAUT

Joël Hubaut, cet irrégulier du langage et de bien d’autres choses, grossiste en art, expose galerie Rature. Su la scène de la Nuit de la Poésie, il livre une hallucinante lecture augmentée, improvisée, amplifiée, contaminée. Epidemique poésie sonore. Un extrait. C’est infecté. La bouche est bouchée. C’est l’boubou qui loche. Elle est bouchée . Ça r’louche la bouche. Les mots giclent. Ça s’infecte. La papa la parole est folle. Elle est froufrou, elle est, elle est froulée. C’est froulé dans l’brouche de la bouche. Les mots giclent. Ca brrr, ça brrrr, ça briche. On est embrochéééééé. Tout est dans la brêche. On est embrobro. Ça r’bruche les bouts à donf. Ça se réinfecte. Ça frouche en d’dans. C’est dense. C’est dense. Ça rebrache en bruchant.C’est dense. C’est danse danse danse ! Allez Danse ! On est tous des ptits bouts d’bout à la broche. On est des tout petits bouts. On est tous des p’tits bouts d’frontières et on biche avec nos souches. On est ensouché jusqu’au trognon. On s’ensouche à mort pour bicher. C’est hyper sous-souche. Ça suinte les dessous d’souches. On a les embouts vruqués pour les faux raccords en sous-couches. Ca rebouche tous les bouts d’bouts en vrac. Ah ! Mon Batman ! Ahhh ! Bottes moi ! Bottes moi ! C’est trop kalach scoubidou kalach. Faudrait dé-soucher. On va re-vroquer les burnes. Y’a trop d’bornes. Ah ! Mon Batman ! On va vruquer dans l’yaourt avec la jauge. C’est notre

yaourt commun. On a la jauge pleine. C’est çà, l’yaourt solidaire gras. C’est çà. C’est gras. Ça r’infecte l’infection. On s’emmure entre nous en groupe. On a pas jaugé la jauge. On s’emmure en tir groupé à la queue leu leu pour la croupe. On s’engroupe sec. C’est ça, on est des murs de nous-même dans notre endoctrinement avec les sextoys équitables de masse pour l’euphorie intermarché. On a la queue antérieure pour s’euphoriser en s’emmurant tous en rang. C’est trop. C’est trop. Allez hop ! La queue basse ! Tous en rang d’trop ! On va choucher. On va broucher la viande tous en rang d’souche, droit dans l’mur. Si ! Si ! Tous en rang au trot. Au trot d’tout d’chouche, tous kalach scoubidou kalach. Oh ! Ca trotte. On est pas mûr mais on y va. Ca trotte. C’est l’gala ! Ca trotte en traître. C’est chur ! C’est l’gala gala. A l’entracte, cha va chouiner l’barbecue. Cha va chouiner à l’arrache. Toutes les kalaches ont la trique facile en chouinant. Ça gâche tellement. Oué ! On va troquer nos triques de chouche. On va troquer les caries. Ca va roper l’burqua. Tout r’burque sous l’burqua. Ah ! Mon batman, ramène ta cape ! C’est trop d’trous bouchés. Hop ! en rang ! Les molaires ! Ça chope. Toute la compote rasta qui colle. On s’cramponne. On s’murge. On boulotte les roustons d’ors... On va tout épater. Oh  ! Les embûches  ! Allez ! Ramène ta cape ! Ça y va ! Les roustons. Ça débauche la bouche pleine. Toutes les clopes à ras, plein la bâche. Ça débouche au décapeur. Si Si ! C’est décapant. Ça décape les nichons d’ la mondialisation. Ça fait d’l’embauche. Toutes les boucheries sont au service de dieu. C’est génétique. On est injecté Fleury Michon avec l’élevage en batterie pour la bio-diversité. On est injecté pour la bio-diversité des soutien-gorges du marché noir. Y’a du taf pour les soutifs. Y’a du taf. Ça étouffe. Ca engorges les trouffions. C’est pas d’la teuf ! Les injections injectent. Ça fout les boules. Toute les touffes en avant. Pof ! C’est comme des kystes ! Ça murge le chinois dans les sous-pentes délocalisées. Faut dénoncer toutes les touffes touffues qu’ils disent. On va dénoncer. On va dénoncer ! Ca craint la belette. On va dénoncer. Tout r’murge à fond d’train, ras l’tofu d’vegan. Ca dénonce la fesse libre. C’est le p’tit bonheur de la délation pour le gavage de domination dans l’affaissement. Ça s’affaisse. Ça s’affaisse dans la bouillie. C’est

l’groove nationaliste anti-migran d’touffes. Toute la fesse s’affaisse. C’est grave. Ca bouille. L’bourrage est dans l’dégazage turc. La crotte remonte. Le boyau bout. Ça gave la burne molle. C’est comme des kystes démocrates qui flottent en liposuccion. Ça gratte les cocottes. On s’aggrippe aux slips aviaires pour s’pâmer. Ça spam. Ça spam. On est qu’des taupes intermittentes. Rien qu’des taupes qui tapent. On tape On tape. Tout r’tape. C’est la tique de la kalache qu’on troque pour bambi dans la blanquette. Ça r’tape. On en veut. On trapouille à fond les rillettes Boko Aram. C’est çà l’loto d’croupe dans les bocaux. Ça contamine les troupes. C’est tout l’trop d’trous dans les bocaux. On veut du porc pour craper la tripe. On veut craper la tripe de troupe au ball-trapp. C’est bon, ça vide les douilles. On est tellement Monsanto d’tout. Ca s’sent. On veut gagner. On va crouper l’bétails pour gagner la batailles. Ca vide bien les douilles. Si ! Si ! Ça vide bien les douilles. L’bourrage est dans la moule pour le ramolissement. On est tous ramolis mous. La bataille est perdue. Ah ! Casimir ! Reviens ! Reviens ! Casimir ! On s’brouche pour broucher les crampons Syriens. On va coopérer l’ croupion. On veut juste Poutiner. On veut la poutine pleine pour éradiquer les poches de résistances. Ca va surgrapper les touffes. C’est çà la purge de domination pour le puritanisme du polochon halal dans les cuvettes. On va cropuler l’téffon d’race et les poulets modifiés. On va l  ’fouiner l’polochon. On va cropuler dans la merde. Tout l’poireau anti-biotique des droits de l’homme planté raide dans l’cul. C ’est beau. Tout est dans la bretelle avec le poireau dans l’cul ! C’est pas pire. On est bio-boudin totalitaire avec le complot polyvalent de Harry Potter brexité hors des bretzels. Tout devient anti-Bruxelle. On est boudin totalitaire. C’est çà ! Paf! Planté raide dans l’cul ! Ça inspire à l’expiration. Toutes les gélules de la gorges avec les molettes pour tripoter la crèpe. Ça y va ! On va crouper gros bébé. On est bouffi du gland. Ca débauche les bébêtes. Les embouts sont sur-vruqués. C’est çà ! On est des produits dérivés à la dérive. On rêve. Ca cliche dans l’surgelé. On spam. On est télé Gulli Gulli à mort pour l’amour des particules fines dans les arbres à chat ! Ah ! Les arbres à chat ! Gulli Gulli. Gros minou gros minou. Les ptites grigriffes ! AH !!!!! les frottis ! On a l’minou communautaire H-Zéro Zéro pour la parano des pieds d’biche. C’est dans l’rituel SNCF et tout l’train-train. On est hyper bombé boum boum gros matou. Tout est bombé bam bam tweet tweet. Cest la crapette qui r’loche le tabouret. On veut tous la prime avec les bouifs et les granulés. On est bombé obcession Kim Kardashian . C’est agro-alimentaire avec le fret fret. C’est chiant ! C’est maxi hyper fret overdose avec la douane de propa-glande. Ah ! L’arbre à chat. Ca frotte tutti frutti. C’est l’pied. On jouit des frottements même quand c’est chiant. On jouit. Toutes les primes croupent les glottes en gougouttes pour friter avec les kiwis juteux. On est kiwité à fond. On s’exprime comme on peut. Même si ça déprime dans les encoches. On kiwite. On l’sait bien. On a quitté depuis longtemps l’essentiel. Tout c’est propagé en superficie dans l’kit. Ca truche vraiment l’rondin dans les côtes. On est pas quitte ! Tout est bien trop composté. On a l’kiwi d’base en lising. C’est dicrote absolut dicrote . Tout est dicrote flambi mou. Même les remous sont mous. C’est embouti moumou cyber attack. On est total conforama dans l’enboutissement avec les engrais autoritaires pour la concurrence. On nous a

poncé les griffes pour passer sur youtube. Ca r’bluque tout. On est agrafé au canapé saumon marron pilou pilou pour la souche. On veut Stéphane Bern ! On veut Stéphane Bern ! On est bornée, berné. Tout est rance roussit exo- xanax. C’est Trumpé à fond pour l’asservissement de la cramouille bureaucratique. Ca s’enclenche digital, le doigts dans l’exo- anus. On est Xanax exo anus Xanax. On est que du personnel d’encadrement défroqué dans l’utopie fort Boyard. On est là pour aboyer les fake news dans les nouilles libérales. Xanax  ! zanax ! […] Joël Hubaut, 2018

Exposition de Joël Hubaut, galerie Rature, à KulturA. Avec la collaboration de La Belle Epoque [Arts Contemporains] (Lille). Commissaire de l’exposition : Benjamin Monti.

Ci-dessous : Joël Hubaut, Motte / Meute Sérigraphie deux couleurs. 50 exemplaires numérotés et signés, 2015. Courtesy La Belle Epoque [Arts Contemporains Lille


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page19

FEMMES ARTISTES AU JARDIN DU PARADOXE 12 mai 2018. Les femmes artistes et créatrices investissent le Jardin du Paradoxe pour toute une série de rencontres, performances et animations. Le projet est conçu par Brigitte Kaquet en collaboration avec Caroline Coste et Jean-Michel Botquin. Un esprit absent dans un corps objet : tel est l’idéal féminin contemporain ... » Mona Chollet, Beauté fatale. Nouveau visage de l’aliénation féminine, éd. La Découverte, 2012

« Avec : Line Alexandre, Isabelle Bats, Charlotte Beaudry, Silvana Belletti, Loredana Bianconi, Dominique Castronovo, Aurélie Charneux, Valérie Cordy, Caroline Coste, Ann de Fonvent, Claudine Denis, Dominique Duszynski, Laure Forêt, Jill Greenhalgh, Maggy Jacot, Brigitte Kaquet, Sophie Langohr, Catherine Lazard, Marianne Lerson, Lisette Lombé, Sylvie Macias Diaz, Caroline Mank, Véronique Marit, Nancy Nkusi, Annick Nölle, Annamaria Pomella, Lydia Schouten, Dominique Thirion, Isabelle Urbain, Geneviève Van der Wielen, Sofie Vangor, Manuella Varrasso, Marie Zolamian

Lydia Schouten, durant sa présentation

Je voudrais dédier cette rencontre à Zofa Kalinska, une Grande Dame du Magdalena Project, décédée ce 19 avril 2018 à Cracovie. Zofa était une Femme Puissante. Elle a créé et joué jusqu'à l'âge de 80 ans, constamment habitée par cette "Nécessité de l'Art" qui ne l'a jamais quittée. Plus qu'une actrice passionnée, elle était simplement incapable de vivre en dehors de l'art et de la scène. C'est au tout début de sa carrière, qu'elle entre au Théâtre Cricot 2, fondé par Tadeusz Kantor. Durant de nombreuses années, elle en sera l'une des égéries et jouera dans la plupart de ses productions dont La Classe Morte (The Dead Class) l'une des oeuvres fondamentales du théâtre du vingtième siècle. Après ce chef d'oeuvre, pourtant, elle quitte le Cricot 2. Mais, quoique douloureuse, cette rupture n'empêchera jamais la poursuite de sa carrière d'actrice et de metteure en scène. Nous l'avions rencontrée en 1986, à Cardiff, lors du Festival of Women in Experimental Theatre qui allait donner naissance au Magdalena Project Network.

Un jour de janvier 1986, en arrivant au Cirque Divers, j'ai trouvé, sur mon bureau, une lettre du Pays de Galles. C'était une invitation à une session de théâtre expérimental qui devait se tenir en été, à Cardiff, avec des femmes issues de groupes de théâtre de différentes nationalités. Quelques mois plus tard, lorsque nous nous sommes retrouvées dans la potatoes factory glaciale qui allait devenir notre lieu d'expérimentation, aucune de nous ne savait, ne pouvait savoir, ce que signifait vraiment cette rencontre et ce qu'elle allait générer : la création du Magdalena Project, un réseau mondial de femmes de théâtre, aujourd'hui présent dans une vingtaine de pays : Grande-Bretagne, Danemark, Norvège, Allemagne, Italie, Espagne, Belgique, Cuba, Argentine, Brésil, Colombie, Pérou, Australie, Nouvelle Zélande, Taïwan, Singapour, Etats-Unis... Un réseau à l'origine d'un nombre impressionnant d'événements, rencontres, ateliers et créations, qui concerne aujourd'hui trois générations de femmes et un nombre impressionnant d'événements entièrement dédiés au théâtre, sa pratique, son enseignement et sa réfexion.

Aujourd'hui, trois décennies après sa naissance, alors que les luttes féministes se démultiplient et se diversifent, une page devait être dédiée, ici, au Magdalena Project : le Magdalena est à l'origine du Festival Voix de Femmes. Il en est une part indissociable, celle que l'on appelle Histoire. Ou Mémoire. Jill Greenhalgh, sa fondatrice, nous en parlera. Une autre page sera dédiée à Lydia Schouten,

qui fut présente au Cirque Divers en 1980, dans le cadre du Cycle Performance ? et que l'on a pu voir, cet hiver dans l'expo Women House à La Monnaie de Paris. Artiste néerlandaise, son oeuvre comporte un regard critique, cinglant, sur la place réservée aux femmes dans la société ou sur le mode de représentation des femmes. Son travail a été présenté dans de nombreuses expositions internationales. Elle a reçu le Prix Maaskant de la ville de Rotterdam en 1975. Elle est membre de la Time based Arts Foundation, une organisation d'artistes vidéastes. Elle participe à l'expo Feministic Avantgarde from the Seventies, au Stavanger Art Museum en Norvège.

Enfn, alors que les luttes féministes se multiplient et se diversifent, il était urgent de donner la parole aux nouvelles formes de luttes menées par des artistes engagées. Artiste belgo-congolaise, Lisette Lombé est membre fondatrice de L-SLAM, un collectif de poétesses, muticulturel et intergénérationnel. Auteure de "La magie du burn-out", elle a notamment obtenu en 2015 une seconde place au Prix Paroles Urbaines, en catégorie slam. Elle anime des ateliers d'écriture en Belgique et à l'étranger. Elle est engagée dans l'afroféminisme, un mouvement lié à l’histoire de la diaspora afropéenne, issue de la colonisation, à un moment où de nombreuses femmes noires ont ressenti le besoin de revendiquer des droits et de promouvoir des actions différentes de celles des féministes blanches. Le mouvement repose sur le concept d'intersectionnalité, qui désigne une discrimination mêlant race, genre et classe sociale. Dans les années 1990, des femmes issues de minorités ont élevé la voix pour que le féminisme soit moins blanc et bourgeois, pour que le féminisme ne soit pas une lutte réservée aux privilégiées. Ce sursaut a lieu trente ans après le “black feminism” aux Etats-Unis. Aujourd'hui encore, l’afro-féminisme reste très peu médiatisé et peu connu. Il prône le désir d’émancipation des femmes non-blanches en prenant en compte leurs racines. L’afro-féminisme est né de l’envie de non-exclusion à un mouvement global.

Le petit sac de la jardinière Caroline Mank

Lisette Lombé en plein slam

Brigitte Kaquet

Voyage sonore en compagnie d’Aurélie Charneux


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page20

SPEED DATING, LA MARIÉE SE DÉVOILE Une vingtaine de petites tables de jardin disséminées dans l’exposition. Deux chaises face à face. Un objet sur la table, en guise de préalable et préambule. Et dix minutes pour se découvrir, dialoguer, converser, interroger, échanger, se faire des confidences, poétiser, séduire et se rencontrer. L’artiste n’est pas une machine célibataire; il et elle, elle et il, perçoivent le monde, le ressentent, et nous le donne à voir, à comprendre et à vivre. Asseyons nous face à elles, - car oui, ce sont bien des créatrices qui vous attendent au Jardin du Paradoxe -, plasticiennes, musiciennes, comédiennes, écrivaines, chorégraphes, vidéastes… et partons en de singuliers speed dating, à la découverte de tous ces imaginaires. Les chaises destinées au public seront musicales, les mariées, soyons en sûr, n’iront pas se rhabiller et, durant deux heures, les unes, les uns et les autres, trouveront chaussure à tout pied ! La règle du jeu est simple : Une artiste, un objet sur une table de jardin, deux chaises, une conversation. Un gong. Toutes les dix minutes, le public joue chaise musicale. C’est évident, la rencontre sera trop brève ; mais c’est sûr, on se reverra ! Quel Cirque, vraiment !

Geneviève Van der Wielen

Sophie Vangor

Silvana Belletti

Ann de Fonvent

Manuella Varrasso

Loredana Bianconi Brigitte Kaquet

Marie Zolamian

Valérie Cordy

Dominique Duszynski

Véronique Marit


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page21

Isabelle Urbain

Nancy Nkusi

Laure ForĂŞt

Sophie Langohr

Dominique Castronovo

Line Alexandre

Sylvie Macias Diaz

Maggy Jacot

Deux papys perdus ?

Claudine Denis

Annick NĂślle

Catherine Lazard


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page22

LES FILLES SE CRÊPENT LE CHIGNON Venez vous refaire une petite beauté en compagnie d’Eva et Alain ! Cette séance de théâtralisation du quotidien, la toute première organisée par le Cirque Divers en 1977, est très vite devenue mythique. Cela mérite bien un remake. Et comme au Cirque Divers, on s’adonna aussi à toute sorte de champs conflictuels, hé bien, cette fois, les filles se crêperont le chignon. Nous ne cherchons nullement à susciter quelque match de catch féminin sur le ring, ni querelles, ni tirages de cheveux, ni écharpillages. Non, revenons-en à la définition capillaire de l’affaire : le crêpage consiste à ramener des cheveux sur les racines et ainsi créer du volume, donner de la texture ou de l'épaisseur à la matière en repoussant une partie de chaque mèche avec le peigne ou la brosse de manière à les faire gonfler. Et c’est Oakland Breuer, champion de Belgique de coiffure 2013 et coutumier des plateaux de cinéma, qui crêpera, avec fantaisie et permanente… créativité, les coiffures des visiteuses du Jardin.

ISABELLE DARRAS, THE POWER OF LOVE

Pour cette journée des Femmes au Jardin du Paradoxe, Isabelle Darras a choisi de présenter une courte pièce, Power of Love, une rencontre entre un prince pas tellement charmant et une princesse ayant de l’appétit, une histoire d’amour un rien décalée et légèrement cruelle qui dure le temps d’un slow. .

VIDÉOS DE FEMMES, VOUS AVEZ DIT DE FEMMES ?

Ci-contre : Charlotte Lagro, The Art-Shaped hole in my heart, 2015, Full HD Video 11’:39’’ Charlotte Beaudry, Mademoiselle nineteen, 2010. Projection video haute-définition, 29'14'' Dominique Castronovo, Être sans y être 2016. Détail. Projection video haute-définition, 25’00”


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page23

« Je construis des petites maisons de-ci de-là sur le terrain de la pratique artistique, déclare Dominique Thirion, la petite maison de la peinture, la petite maison de l’intervention architecturale, la petite maison de la danse, la petite maison de la performance, la petite maison de l’écriture, la petite maison de la chanson… J’aime déménager de maison en maison, mais aussi de pièce en pièce dans une maison, voire au jardin et plus loin encore. Je vais d’expérience en expérience. Je cherche une forme vivante qui change, bouge, me surprend moi-même. Je suis en recherche. Je n’aime pas les autoroutes. Je préfère les petits chemins dans lesquels je peux me perdre éventuellement. Je n’ai pas peur de m’égarer. Ces petits chemins me mènent souvent à de belles découvertes que je peux partager ». Depuis qu’elle est toute petite, Dominique Thirion a toujours rêvé d’être majorette. C’était une raison suffisante pour l’inviter dans ce Jardin du Paradoxe. L’artiste franco-américain Robert Filliou, proche du mouvement Fluxus, campe tout en haut de son panthéon artistique. Là, cela ne pouvait que titiller l’imaginaire des organisateurs de cette journée. Car La Joconde est dans l’escalier, c’est bien connu, tandis que l’Art est ce qui rend la Vie plus intéressante que l’Art, mais oui, c’est certain. Au Cirque divers, rappelons-nous, les Jardiniers le déclaraient déjà haut et fort.

MARIANNE OU LE MÉNAGE SANS LARMES UNE PERFORMANCE DE DOMINIQUE THIRION

Personne ne pouvait affirmer avec certitude d’où elle venait. Mais tout le monde s’accordait à dire qu’elle était née pour nettoyer. Alors que la plupart des petites filles adoraient faire des bêtises. Elle, au contraire, trouvait toujours un moyen de les rattraper. Elle avait plein d’amies mais une autre façon de s’amuser. Et en grandissant sa curiosité grandit avec elle. Alors elle quitta le nid familial pour en apprendre davantage. Lorsqu’elle eut appris tout ce qu’il y avait à apprendre en classe. Sa passion la poussa encore plus loin à travers le monde. Jusqu’au jour où la saleté n’eut plus aucun mystère pour elle. Et le plus étonnant c’est qu’elle ne le faisait pas pour elle. Elle le faisait pour aider les autres. Peu importe qui ils étaient, d’où ils venaient, et peu importe l’ampleur de la tâche.. Aujourd’hui il est difficile de dire si toute cette histoire est vraie. Mais une chose est sûre : la propreté c’est le propre de Madame.

Et puis, Dominique a découvert dans les collections du Musée de la Vie wallonne cet opuscule de Jeanne Hubaux : Le Ménage sans larmes. Et puis, et surtout dirais-je, Dominique a rencontré Marianne, non pas la femme de Robert Filliou, non, non, bien mieux, la Marianne du Musée, Marianne qui fait le ménage au musée, qui tend l’oreille quand passe près d’elle une visite guidée, car, dit-elle : « J’aime à savoir ce que je nettoie ».

Dès lors, à deux, elle rendront hommage à toutes les femmes de ménage, car « la propreté c’est le propre de Madame », contant en petits gestes ponctuels et performatifs la vraie histoire de Madame Propre, unique et multiple. Oui, ce sera un hommage car, glisse finement Dominique Thirion, « l’hommage est ce qui rend la vie plus intéressante que l’hommage ». Quand Dominique était petite, elle rêvait d’être majorette, mais elle a rêvé aussi d’être femme de ménage. Je suis certain que quand elle passe l’aspi chez elle, dans sa petite maison et de pièce en pièce, c’est en chantant du Clo-Clo ou du Prince. Tout récemment, avec Dominocity, ce groupe de musiciens qu’elle a rassemblé autour d’elle dès 2011 pour sa performance dansée « Laisse moi te venir », elle a rendu hommage à Prince. C’était à l’occasion de la biennale néo-louvaniste Oh les beaux jours . Et ce fut un beau jour. Car Dominocity et les Sexy Girls, a tribute to Prince , on vous l’assure, ça… déménage. Je viens de relire un petit texte de mon camarade Juan d’Outremont, écrit naguère, et je suis bien d’accord avec lui : face à Dominique Thirion, la Castafiore et Eva Hesse n’ont qu’à bien se tenir. (JMB)

Marianne ou le ménage sans larme. Une performance / concert de Marianne Lerson, Isabelle Bats, Benoît Eugène, Sal Vator, Stefan Huber et Dominique Thirion, en hommage aux femmes de ménage


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page24

THIS IS NOT AN ESCLANDRE !

Vendredi 18 et Samedi 19 Mai, deux soirées explosives de performances implosives ! Se joignant à cette saison à l’enseigne du Cirque Divers, Les Brasseurs donnent actualité au vent libertaire qui se leva avec le Cirque et qui souffle encore sur la scène artistique liégeoise et belge. Au programme : Karine Marenne & Messieurs Delmotte, Florence Giroud, Augustin Gimel & Tom Malmen-

dier, L’Armée du Chahut, Antoine Boute, Aurélie William Levaux & Baptiste Brunello, Peter Fengler. Deux soirées documentées par les Impressions Sauvages de Pascal Leclercq - Poésie Pur Porc.

Ci-dessus : Peter Fendler. Ci-dessous : Antoine Boute

Ci-dessus : Karine Marenne & Messieurs Delmotte. Ci-dessous : L’Armée du Chahut (Pierre Peters et Eric Doppagne).


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page25

C'est quoi cette obligation permanente d'être vivant ? C'est quoi cette dictature de la vie ? La dictature de la vie c'est la dictature du temps. Le temps est esclavagiste, c'est un scandale, non à la ségrégation tempiste, qui est la mère de toutes les injustices : la vie et son valet le temps sont les pires dictateurs du monde, fondamentalement voilà l'arnaque, le noyau dur de l'injustice c'est bien entendu la pulsion de vie, le printemps a comme couleur la noirceur la plus absolue, les corneilles et les corbeaux sont de grands philosophes réjouissants, ils planent au-delà de la misère vitaliste et de l'infection temporelle, comment le monde fait-il pour être le monde aussi durablement, quel scandale que cette prétention, il y a-t-il plus prétentieux que le monde ? Rien n'est moins sûr, le monde n'est pas alcoolique, il y croit, il s'auto-congratule tranquillement en permanence, et avec lui et en lui et à travers lui les êtres vivants se congratulent, se félicitent d'être là et fêtent leur existence, et observant cela les corneilles et les corbeaux croassent, c'est une sorte de rire qui les fait comme voler à l'envers, la souffrance est nerveuse et oculaire, la visibilité et la souffrabilité sont étonnamment sur le même bateau, je ne sais pas pourquoi mais c'est vrai, sans doute le même genre de scandale, regarder est un scandale, les arbres sont de gros scandales qui font semblant d'être immobiles alors que pas du tout, tout est toujours beaucoup trop compliqué, la simplicité compacte de la non-existence est le noyau dur et noir de la respiration, triturer, décongestionner et largement favoriser la mélancolie voilà le plan, il y a beaucoup à apprendre dans les plumes des corneilles, arrêtez de vouloir vivre et concentrons-nous sur les plumes des corneilles, je veux être de l'eau noire et chargée, réfléchir c'est pour les faibles, les ploucs, les forçats de l'existence, l'eau noire et chargée ne ressemble à rien elle est lourde, elle pèse, les plumes rigolent, les intelligences sont tristes, les printemps sont de grands suicides collectifs, les avions terrassent l'atmosphère de leur gras sons ronds, le suicidaire et le redoutable boivent dans la même tasse, ils n'y croient finalement pas, ils s'écroulent volontiers et tendent à devenir végan, les serpents n'en ont rien à foutre de la mélancolie, avoir le sang froid est un médicament intéressant, les serpents sont d'agréables profs suicidaires au printemps. Texte : Antoine Boute. Extrait de : Les Impressions Sauvages de Pascal Leclercq - Poésie Pur Porc.

Ci-dessus et ci-dessous : Aurélie William Levaux & Baptiste Brunello.

Haut de page : Cleaning (Re-Identified Historical Art Reference - Marina Abramovic) - Karine Marenne & Messieurs Delmotte - 2018. Dessous : Antoine Boute et Les Impressions Sauvages de Pascal Leclercq Ci-contre : Peter Fendler. Ci-dessus : Françoise Giroud, Act 4, Change, 2017-2018, Pierre Bujeau: guitare, électronique , Romain Hervault: basse, Antoine Bellini: claviers, électronique, Florence Giroud: sculpture, voix, percussion


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page26

CHAHUT SUR LE RING DU JARDIN

Musique et sons tout-terrain depuis 1995. Pierre Peters et Éric Doppagne, à l'aide d'instruments de leur crû, usent du son, de l'espace et de toutes choses. C’est l’Armée du Chahut.

Du cloître du Musée de la Vie wallonne au Centre d’art Les Brasseurs, tout proche, l’Armée du Chahut entraîne le public dans une visite sonore de quelques coins du quartier.

Pink Couple Sculptures (Re-Identified Historical Art Reference Gilbert & Georges) - Karine Marenne & Messieurs Delmotte - 2018 La mise en scène fictionnelle de Karine Marenne et l’œuvre de Messieurs Delmotte, ont pour point commun l’infiltration dans le réel de l’injonction qui nous est faite d’ « être absolument quelqu’un ». Ces deux artistes la poussent à l’excès dans des rôles hérités ou inédits, ils ne cessent de la décliner, de s’y engloutir, de s’y percuter, jusqu’à s’y cogner.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page27

ANDRÉ STAS FAIT SON CIRQUE

ET NE PARLERA QU’EN PRÉSENCE DE SON AVOCAT DU DIABLE  19 Mai 2018. Sur le ring du Jardin une bataille d’aphorismes entre Jean-Phillipe Querton, auteur et éditeur, fondateur du Cactus Inébranlable, Eric Dejaeger, bibliophage, revuiste, traducteur, qui écrit quand il estime avoir des potacheries à coucher sur le papier et André Stas, écrivain, aphoriste, collagiste, détourneur d’images, détrousseur de magazines, y compris pornographiques, verbicruciste, membre fondateur de l’Institut international de recherches et d’explorations sur les fous littéraires, hétéroclites, excentriques, irréguliers, outsiders, tapés, assimilés, sans oublier tous les autres. Ses collages, écrit Jean-Bernard Pouy, sont à mettre dans toutes les têtes si ce n’est entre toutes les mains. Il touche à tout sauf à ce qui pourrait être, esthétiquement, éthiquement, idéologiquement honteux. Et, sirop sur le boulet, c’est un amateur pratiquant le jeu de mots lamentable, car seuls les jeux de mots lamentables sont admis pour ceux qui pensent, comme Victor Hugo, que ce sont des pets de l’esprit. »

STAS’ APHORISMES

Pour arriver à ses fins, il faut des préliminaires. – On ne change jamais, on s’adapte. – Je ne parlerai qu’en présence de mon avocat du diable. – Ris-toi de tout, avant tout de toi. Quand le vin est bu, il faut se tirer. – Adages, apophtegmes, axiomes, maximes, préceptes, proverbes, voire dictons, la sentence était unanime : l’aphorisme, ce loubard, était décidément infréquentable. – C'est la vie qui semble tenir à moi. – L’aphorisme est à la pensée ce que l’uppercut est à la garde. – Certains aphorismes sont des sornettes d’alarme. – Par les temps qui courent, moi pas. – J’ai fait ce que j’ai pu, puis je n’ai plus pu et n’ai plus plu. – Écorché vif, je suis grièvement vivant. – Les pets des dames aux caisses. – Beaucoup d’aphorismes ne veulent rien dire. Rien c’est bien. – Caramba ! Encore athée. – La nuit certaines souris sont chauves. – Libidodo, hélas ! – Amourexique. – Et bon vent. Pire. – Yvan Gilles. Celui-là avait le don de la parole, à ce qu’on dit. – Je vis ma douce folie plutôt bien. Je me suis fais une raison. – On peut se raccrocher à n’importe quoi. Même au téléphone. – C’est un passéiste qui ressasse ses anciens projets d’avenir. – Daltoniens belges s’enfilant moult bières en supportant les Diables Verts.

Extraits de : André Stas, Les Pets de Damoclès, collection P’tit Cactus #41, Au Cactus Inébranlable Editions.

C4 - C’EST QUOI CE CIRQUE ?

24 Mai 2018. Après une mémorable Nuit de la Poésie et avant la Fête du Q prévue début juin, deuxième initiative de l’association D’Une Certaine Gaieté : la parution d’une livraison spéciale de la revue C4 entièrement consacré au Cirque Divers ! Présentation de la publication au Comptoir du Livre et pour l’occasion, le commissaire refait son Cirque dans l’exposition. Une collaboration entre le Comptoir du Livre, l’association D’une Certaine Gaité et le Service Culture de la Province de Liège, c’est le principe de l’entonnoir. Pendant 22 ans, une expérience contre-culturelle unique et originale s'est déployée en Outremeuse, à Liège. Ça s'appelait Le Cirque Divers, et de 1977 à 1999, le lieu s’est intéressé à la théâtralisation et l'exploration du quotidien, faisant le grand écart entre l'art contemporain des plus pointus et le folklore populaire à la limite du potache – parfois même simultanément. C4 est l'héritier direct de cette aventure. À travers ce numéro, et parallèlement à l'exposition Le Jardin du Paradoxe – Regards sur le Cirque Divers qui se tient au Musée de la Vie wallonne (Liège) jusqu'au 16 août 2018, nous avons donné la plume ou la parole à celles et ceux qui, de près ou de loin, au début ou à la fin, ont participé à ce projet hors normes. Avec la participation et les témoignages de : Nicolas Ancion, Michel Antaki, Miguel Benasayag, Jean-Michel Botquin, Christophe Bourseiller, Jan Bucquoy, Jean-Michel Bragard, Jacques Charlier, Jean-Pierre Collignon, Patrick Corillon, Michel Debrulle, Patrick Delamalle, Jacques Dubois, David Evrard, Ann de Fonvent, DJ Giselle, Noël Godin, Jacques Jaminon, Brigitte Kaquet, Pierre Kroll, Jean-Marie Lemaire, Jacques Lizène, Jean Paul Loriaux, Nadine Monfils, Benjamin Monti, Tom Nisse, Jean-Pierre Nossent, Greg Pascon, Pierre Etienne Dit Pave, RaF Pirlot, Jean-Luc Rongé, Françoise Safin, Jean-Pol Schroeder, Karolina Svobodova, Eric Therer, Jean-Pierre Verheggen, Carmelo Virone. Iconographie du dossier Philippe Gielen… Mais aussi l'édito de Robert Neys, des Bds de Un Faux Graphiste, Jean Bgg et Bazil, une carte blanche à Amandine Pasque, l'interview du Philosphe Jonathan Durand Folco par Luca Piddiu, une exploration du quotidien signée Gerd Claire Nanty, la bande originale de Philippe Belligoi, des nouvelles de Yves Lespagnard et Štrajk, la chronique littéraire de Stas André ainsi qu'une contribution de Patrice Bauduinet…


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page28

LA FÊTE DU

Q

2 juin 2018. Dans la lignée des improbables « Fêtes du Cul » organisées jadis au Cirque Divers, c’est logiquement au KulturA que d’Une Certaine Gaieté a décidé de faire évoluer le concept et de fêter les genres fluides ! C’est la fête du Q, avec Q comme Queer. Et c’est Valentine Delucce qui est mise à l’honneur !

WINNIE PELTEEZ

Daphné Huynh aliasWinnie Pelteez est une actrice, danseuse et modèle franco-vietnamienne vivant à Bruxelles. Winnie est une effeuilleuse burlesque qui aime jouer avec les attentes du public. Le titre de sa performance en témoigne : Seducción.

VALENTINE DELUCCE

De Sapho à Dracula – Grandeur et décadence des vampires lesbiennes au cinéma, conférence.

« Des “nanars millésimés” collectionnés, écrit Suzanne Vanina dans Rue du Théâtre, et des pornos rigolos constituent donc le fond de commerce de Valentine dont nous pouvons certifier qu’elle n’est pas une vampire mais plutôt une vamp ne consumant/consommant que ses fans et admirateurs séduits par son charme (très) étrange. Quant à l’idée, la conception, l’écriture et le jeu, s’ils sont entièrement de la responsabilité de Benoît Bureau (alias Valentine), c’est le collectif liégeois Drag Attack qui l’a entouré pour ce projet funny créé il y a quelques années…, des “copines” qui ne sont pas du genre bégueule, témoins leurs projets, réalisations, actions qui tiennent à la fois du 36ème degré, de l’auto-dérision, du kitch assumé, dont un festival groupant diverses formes artistiques, mais aussi un roman-photo, des concerts, des courts-métrages… qui se proposent de titiller avec humour la vision classique de l’homosexualité, du travestissement, des rapports entre homos et hétéros…»

MIM’Ô ZETTE

Mim’Ô est née d’un repas d’intellectuels qui a dégénéré en ménage à trois avec Tank Girl, Arno et Georges Sand sous acide. Elle n’est jamais seule : Mim’Ô Zette et ses 20 personnalités ont beaucoup de choses à dire et ne se contrôlent parfois plus. Ainsi, entre révolte et séduction, avec humour et autodérision, Mim’ô Zette ose la transgression pour vous faire rêver et cogiter.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page29

QUI EST DERRIÈRE LE MIROIR ?

LE PASSÉ N’EST JAMAIS MORT, IL N’EST MÊME PAS PASSÉ.

Performance musicale. Le Jardin du Paradoxe accueille ce samedi 23 juin 2018, dans le cadre des Fêtes de la Musique, deux collectifs bien connus à Liège, pour un singulier champ conflictuel, une aventure musicale, une rencontre consonante et quelques tableaux pour une exposition. Le Collectif du Lion rencontre L’Œil Kollectif. On le sait, le Cirque Divers et particulièrement Le Lion S’Envoile ont été, à l’époque, des espaces de jeu et laboratoires déterminants dans l’élaboration d’une esthétique musicale appelée École Liégeoise toujours d’actualité trente cinq années plus tard. Pouvoir s’enraciner grâce à un lieu accueillant comme Le Cirque Divers et le Lion S’Envoile a été déterminant pour le Collectif du Lion. Tout comme aujourd’hui, L’An Vert pour l’ŒIL Kollectif. Ces deux aventures sont proches par ce type d’ancrage mais aussi par le souhait de développer, chercher, expérimenter une esthétique musicale commune à un collectif de musiciens. Qui est derrière le miroir ? La citation est de Robert Filliou, cet artiste qui prit position pour l’Eternal network et la Création Permanente. La fête est permanente, clamait-il !

Champs conflictuels. Ils étaient une pratique usuelle et ludique au Cirque Divers, pratiquée dans bien des domaines. Dès lors, convoquer deux collectifs de musiciens de générations différentes, quoi de plus tentant ? Entre le Collectif du Lion et L’Œil Kollectif les enjeux, les codes, les backgrounds sont bien sûr différents mais n’empêchent pas les points communs : énergie, exigence, audace, recherche de non-formatage en-deça et au-delà des modes et de l’easy listening. Le passé n’est jamais mort, il n’est même pas passé : Thierry Devillers dans le dernier enregistrement du Rêve d’éléphant Orchestra, Odyssée 14 fait sienne cette phrase de William Faulkner. Cet enjeu de créer un pont, une passerelle entre ces deux aventures semble bien pouvoir rencontrer l’objectif de cette exposition qui jette de multiples regards sur l’épopée du Cirque Divers, ce Jardin du Paradoxe.

Concert déambulatoire (pour le public), tableaux d’une exposition (pour les musiciens), imaginez donc une vingtaine de musicien(ne)s investissant l’ensemble de l’espace du musée tant en intérieur qu’en extérieur allant du solo au tutti pour exprimer, expérimenter des rencontres, des jeux, des improvisations, des challenges, des impossibilités… en relation avec les œuvres exposées. C’est le défi poétique, créatif, musical et festif du jour ! Avec à ma gauche, le Collectif du Lion. Le Collectif du Lion, association informelle de musiciens apparue dès le début des années 80, se vit comme une compagnie d’artistes dont certain(e)s sont présent(e)s depuis les origines, venant de toutes disciplines -jazz, rock, poésie, danse, théâtre…- et qui s’associent autour d’une esthétique partagée. « Il s’est fait, écrit Jacques Prouvost, une place particulière dans le jazz actuel, ou plutôt dans la musique actuelle car, là est sa force : il va audelà des frontières, il brise les codes, en invente de nouveaux, tout en respectant les hôtes… et les autres. Il y a peu de courant, en définitive, qui sont assez puissants pour marquer, sans rien détruire, le paysage musical parfois trop conservateur. Heureusement, le jazz est sans doute l’une des disciplines les plus ouvertes à toutes ces aventures. Et, heureusement pour nous, au sein du jazz, des musiciens comme ceux du Lion ne cessent d’ouvrir encore et encore les espaces afin d’aller plus loin que la musique elle-même ». Avec : Pierre Bernard, flûtes, Laurent Dehors, saxophones, clarinettes, Véronique Delmelle, saxophone, violon, Michel Massot, sousaphone, euphonium, trombone, Véronique Laurent, euphonium, Nicolas Dechêne, guitares, basse, Stephan Pougin, percussions, Michel Debrulle, percussions, Thierry Devillers, voix, François Laurent, voix.

Et à ma droite, L’Œil Kollectif. La musique improvisée est le centre de gravité de l'Oeil Kollectif, autour duquel voguent différents projets, ponctuels ou uniques. Tout ceci est né de l'envie de diffuser leur musique dans la cité Liégeoise ( et audela ! ) et de la difficulté de la partager dans les circuits « conventionnels » , car considérée comme alternative, voire expérimentale. Ces jeunes musiciens liégeois agissent de manière indépendante et autogérée, ainsi aurez-vous le plaisir de les entendre dans divers lieux comme l'An Vert, l'appartement de votre voisin, un immeuble en ruine, ou un musée. Avec : Vol Au Vent, textes, Marius Morsomme, batterie, Tom Malmendier, batterie/percussions. Louis Frères, basse, Xavière Fertin, clarinettes, Ian Elfinn Rosiu, violoncelle, Sylvain Haenen, guitare, Clément Dechambre, saxophones.


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page30

Soyez Acteur de votre propre vie ! ou alors, comme beaucoup, Soyez spectateur de votre propre vie. Soyez entrepreneur de votre propre vie. Soyez investisseur, soyez contrôleur. Ou alors, Soyez Artiste ! Soyez... paysagiste de votre propre vie. Soyez Jardinier de votre propre vie. Soyez exploratrice de votre propre vie. Soyez historienne de votre propre vie. Paléontologue, Entomologiste, Chiropracteur !

Soyez agent de propreté de votre propre vie. Technicien de surface.

SOYEZ !  

Caissière, réassortisseur... Soyez gardien de nuit de votre propre vie. Soyez charcutière de votre propre vie ou fromager de votre propre vie.

Soyez coiffeur de votre propre vie, brocanteuse, brancardier, branquignole ! Soyez grutier de votre propre vie. Soyez spéléologue, parachutiste, astronaute, astronome, astrologue ! Soyez hôtesse de l'air,. Soyez exobiologiste, vétérinaire, maton. Poinçonneuse, croque-mort, danseur étoile, moniteur d'auto-école de votre propre vie ! Soyez jockey, ingénieur du son, consommateur, décorateur d’intérieur, cambrioleuse, orpailleur, marin, équarisseur, plafonneuse, forain, géomètre, imitateur, spin-doctor, al-

chimiste, pétomane, banquier, mime, goûteur, peintre, jongleur de votre propre vie !

Soyez agent double, présidente, madame pipi de votre propre vie ! Eboueur, maraîcher, speakerine, manœuvre, philatéliste, phylactère, ptérodactylo, mycophile, dealer, horticulteur, bûcheron, chasseuse, bourreau de votre propre vie, concierge. Soyez passeur de votre propre vie. Soyez nez de votre propre vie. Soyez amoureux.... L’Ami Terrien 2014

FONCIÈREMENT  LA PETITE MAISON  UNIFAMILIALE […] 1977. L’heure est à la sociologie, à la sémiotique, au structuralisme aussi. Le collectif du Cirque Divers n’y échappe pas. L’idée surgit, au fil des théâtralisations du quotidien, d’analyser l’habitat et ce qui le compose. On dresse dès lors des listes, on se rend très vite compte que plus de mille deux cent objets « peuplent » la maison. Alors, pourquoi ne pas matérialiser cette maison, en faire un outil actif de théâtralisation, foncier et nomade de surcroît ? Pour cela, il faut une structure tubulaire, un plancher, un escalier : il y aura quatre espaces de vie comme dans une petite maison unifamiliale, un séjour, une cuisine au rez-de-chaussée, une chambre à coucher et une salle de bain à l’étage. Le premier schéma tracé est une coupe sans façade, c’est « La vie mode d’emploi », façon Perec. Et les façades ensuite réalisées seront en toile, comme le chapiteau d’un cirque (uni)familial. […] L’intérieur de la petite maison sera, foncièrement, peuplé d’objets. […] Le projet est de couvrir la face intérieure des bâches-façades de tous les objets qui font le quotidien d’une famille et de leur assigner une place précise. […]En fait, la représentation globale relève plutôt d’une poétique de l’objet. […]


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page31

WA – WA – WA WALLIFORNIE SQUATTER LA VIE WALLONNE

« Moins de blabla, plus de fancy fair ! Du 26 juin au 1er juillet 2018, on disait qu’on était des pirates qui squattent la cour intérieure du Musée de la Vie wallonne ! Pendant une semaine, venez jouer avec nous autour de la Petite Maison Unifamiliale pour inventer de nouvelles aventures… » D’une Certaine Gaieté squatte la Vie wallonne. Sur le pavé du cloître, la plage. Et pendant qu’ils squattent, l’exposition « Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers » continue.

Wallifornie, quèsaco ? La notion apparaît au cours des années 80. Melchior Wathelet, à l’époque Ministre Président de la Région Wallonne l’évoque à propos du territoire du Brabant wallon, en plein développement. Très vite le concept évoluera et, par vagues, se superposera à la région wallonne toute entière, chacun s’appropriant cette notion à sa façon et selon ses besoins. Dès les années 2000, le secteur artistique et créatif utilise à son tour le terme, tantôt pour évoquer un dynamisme créatif, tantôt pour dénoncer le sens premier du terme. On se souvient du titre Menace 2 Wallifornie rappé en 2012 par le Liégeois King Lee, alias L’Enfant Pavé, ex-Starflam. A LosAngeLiège, l’association D’Une Certaine Gaieté organise, depuis plusieurs années, les Fêtes de Wallifornie, occasion de sonder cette société wallonne de toutes les manières, y compris les plus déjantées. Ainsi, cette fois, ce sera fancy fair pendant toute la semaine. Culture (physique) et divertissement ! Et toutefois du blabla radiophonique.

Radio Wa Wa Wa installe ses studios dans la Petite Maison Unifamiliale et émet sur le web durant toute cette semaine de squat. Les ateliers radiophoniques se succèdent : la Zad, le bon usage du mauvais goût, la métropolisation. Josep Rafanell I Orra, psychologue et psychothérapeute, y présente son dernier livre, Fragmenter le monde, plaidoyer contre le cauchemar de l’utopie capitaliste qui prétend intégrer tous les êtres dans le monde global de sa décomposition. Dans le cloître, tandis qu’on bronze (mais non, pas idiot) au soleil en squattant les transats, les animations se succèdent dont un atelier sérigraphie (apporte ton t-shirt), des photos de famille, du molkky (célèbre jeu de quille finlandais), la Coupe du Monde de foot (l’actuelle et celle de 1982), des pêches aux canards dans la pataugeoire, du ping-pong (apporte ta raquette), des séances de yoga-bière (c’est comme du yoga, mais avec de la bière, en fait une sorte d’apéro détox), des siestes sonores retransmises sur Radio Wa Wa Wa, une sieste concert en life avec Jesus is my son (du folk ralenti), un récital des Mc’s Stylés (du rap aux ovaires). Samedi 30 juin, les squatteurs ont eu la visite de Professeure Postérieur, grande prêtresse spécialiste du Sprot, discipline moins connue mais moins ennuyeuse que son cousin germain le sport (Viens donc faire fondre ta couenne avec la Professeure Postérieur). Et le dimanche 1er juillet, tandis qu’on installe les barbecues, on termine en beauté avec un concert de Xavier Gazon (de l’électro-acoustico-récup’) et une performance vraiment très décoiffante de Stronf le f est muet. Et le titre de la prochaine chanson ?

Atelier radiophonique avec Josep Rafanell I Orra.

Professeure Postérieure.

Pêche aux canards. Séance de Yoga-bière.

La Zad, atelier radiophonique.

Atelier sérigraphie.

Stronf le f est muet.

Le squat de la Vie wallonne


Projet17.qxp_Mise en page 1 3/07/18 10:30 Page32

LA FÊTE EST PERMANENTE ! Autour de Foncièrement la Petite Maison, un bouquet final d’activités, un vrai festival en guise de semaine de finissage de l’exposition « Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers ». Du 7 au 11 août 2018. Et puis il y aura les fêtes du 15 août en Roture ; et puis ce sera la fin de l’exposition ! Avec Les Dialogist Kantor, Claudine Denis, Antoine Boute, Catherine Lazard, Selçuk Mutlu, Philippe Grand’Henry, Jacques Halbert, Ria Pacquée, des clowns, des jongleurs et quelques autres artistes. Le Jardin du Paradoxe s’installe enfin au jardin, ou plutôt dans le cloître du Musée de la Vie wallonne autour de Foncièrement la Petite Maison, cette œuvre collective emblématique et fondatrice de l’action du Cirque Divers. Nous vous proposons de l’investir, de l’habiter. Elle a fait l’objet d’un magnifique nettoyage de printemps, même pas besoin de dépoussiérer planchers et mobilier. Ouvrons les fenêtres de la Maison et vivons-y. Ce sera le airBnB le plus tendance, le plus classy et le plus singulier de l’été. Cuisiner, travailler, prendre le thé, écouter de la musique, plonger dans la bibliothèque et partager une lecture, s’y reposer, prendre l’apéro sur le pas de la porte, bricoler, rencontrer les voisins et bavarder, jouer, oui bien sûr jouer, faire des photos souvenir, se réunir pour un banquet au jardin, rencontrer des artistes et saltimbanques de passage. Les activités journalières de l’été sont multiples et nous vous fixons plein de rendez-vous, au rythme de la vie quotidienne d’une petite maison unifamiliale très locale, mais ouverte sur le monde et – surtout - sur la création. Du mardi 7 au vendredi 10 août

Les hôtes de la semaine ne sont pas n’importe qui. Les Dialogist-Kantor s’installent dans le cloître pour la semaine, afin de vous y accueillir. Ce sont les résidents, les propriétaires actifs de la Petite Maison, ils ont les clés. Toni Geirlandt et Carlos Montalvo, sont performeurs. Ils utilisent la performance comme attitude de résistance face à la réification des individus par le corps social. Ils s’appuient sur l’idée que l’art est une fête permanente, bonjour Robert Filliou ! Ils multiplient les collaborations avec d’autres créateurs et organisent des réunions qui invitent les participants à l’édification de la pensée et du geste esthétique. Leurs objets, vidéos et affiches sont regroupés en archives à réactiver, il s’agit d’autant de témoignages, de traces de leur contre-culture. Dès lors, leur séjour dans Foncièrement la Petite Maison s’apparente à une résidence d’artistes. Ils y produiront et assureront une part de la programmation, y recevront public et amis, y montreront certains aspects de leur praxis et provoqueront bien des conversations.

On se retrouvera également tous les jours de cette semaine sur le coup de 15 heures pour un mini cycle performatif. Claudine Denis sera de la partie. Elle a fréquenté la classe d’improvisation du Conservatoire de Liège, classe du musicien Garrett List. La musique est au cœur de ses préoccupations vitales. Proche du Cirque Divers, elle y fait la rencontre de Laurie Anderson, une bouleversante révélation, la découverte d’un travail alliant le son, la performance visuelle et la poésie. Percussionniste, Claudine Denis crée son premier instrument de musique en 1987, - il s’appelle Désiré -, collabore avec la Mezza Luna, s’insère dans le circuit des sounds artists, crée des installations sonores, performe avec celles-ci en Allemagne, aux Pays-Bas, en Italie et en Suisse, rencontre Terry Fox en 1990 avec qui elle collabora à diverses reprises. « J’ai toujours eu besoin de créer un univers sonore fait d’empirisme et de surprises. J’étais sans technique, tout à fait autodidacte, déclare-t-elle encore. Mais pas sans questions. Ce qui soustendait et alimente toujours, et inspire mon travail, c’est le temps, le hasard et leurs mystères. Avec une fascination pour la philosophie des/et les sciences ». Claudine Denis installe son Lit dans la Petite Maison, quoi de plus logique. Il y aura Antoine Boute également. Écrivain, poète sonore, essayiste, organisateur d'événements, celui-ci explore les impacts entre corps, langue et voix. Son œuvre est un jeu constamment reformulé, absurde, inquiétant et amusant, auquel il convie qui souhaite y participer. « Sous ses airs faussement foutraques, le

Le Paradoxe, Journal du Jardin du Paradoxe, unique et inique est une édition du Service Culture de la Province de Liège. Conception : Jean-Michel Botquin et Caroline Coste. Editing : Jean-Michel Botquin, Caroline Coste et Véronique Grubisic. Crédits photographiques : Jean-Michel Botquin, Dominique Houcmant. Textes de Antoine Boute, Joël Hubaut, Jacques Jaminon, L’enfant Pavé, Benjamin Monti, L’Ami Terrien, Caroline Lamarche, André Stas et de la rédaction. Achevé d’imprimer sur les presses de Snel à Liège en juillet 2018.

travail de Boute, écrit Christophe Claro, est en fait une partie fine de gai savoir, où l’expérimental, à la fois magnifié et moqué, connaît des développements inattendus ». On recevra également la danseuse, chanteuse et comédienne Catherine Lazard. Depuis 25 ans elle travaille dans différents secteurs du monde culturel : théâtre jeune public, danse contemporaine, théâtre et danse de rue, chœur polyphonique, mais aussi l’animation et la formation. Elle partage avec grâce et joie de vivre un vocabulaire et un univers dansé particulier : mélange de danse contemporaine comme technique de base pour faire bouger le corps librement dans l’espace, et danses du monde qui racontent les histoires de la vie des hommes et des femmes. Un monde dansé et chanté entre l’imaginaire et le réel, entre la conscience collective et l’intime, entre danser ensemble et danser pour soi. Tous ces gestes et mouvements récoltés au cours des voyages, des tournées, des spectacles et des expériences sont partagés pour réveiller le corps et l’esprit. Enfin, on concoctera un bouillon de culture grâce au Vélo énergivore et puis on posera pour quelques vrais polaroïds, façon Cirque Divers. Venez donc participer ! Dès 16h30, du mardi au vendredi, nous vous invitons également à venir piocher dans Foncièrement la bibliothèque de la Petite Maison, une série d’ouvrages, d’essais et de romans qui abordent la poétique de la maison. On lira à haute voix et en relais Georges Perec, Jean Echenoz, Mona Cholet, Céline Minard, Georges Bachelard, Xavier De Maistre… tandis que chaque séance sera introduite par une lecture performative. Selçuk Mutlu et Philippe Grand’Henry ont déjà confirmer leur présence. Et samedi 11 août

Enfin le finissage. Une grande fête, un banquet dont le maître d’œuvre est l’artiste français Jacques Halbert. Depuis 1974, celui-ci ne peint que des cerises. « Peindre des cerises partout, tout le temps, et ne penser qu’à ça », écrira-t-il en 1978. Cette idée saugrenue fait office de Manifeste d’une saine folie, d’une extravagance, d’un goût exclusif. Foncièrement la Petite Maison fut inaugurée au Temps des Cerises à Floreffe en 1977. Avec la vivifiance du chant du merle moqueur, l’obsessionnelle aventure cerisiste de Jacques Halbert se prolonge aujourd’hui en menu gastronomique. De l’apéro au dessert, tout aura la saveur de la cerise ; ce sont les arts de la table. Et puis, il y aura Ria Pacquée qui depuis 1979, et son passage au Cirque divers, met en images des situations fortuites et des objets du quotidien. Tout cela avant le bal final, un marathon de danse électoral au KulturA. Des élections se profilent à l’horizon. Comme en 1978 au Cirque Divers on dansera jusqu’au matin pour faire gagner son candidat !

Le programme s’affine. Suivez-nous sur la page Facebook Le Jardin du Paradoxe ! Toutes les informations, tous les rendezvous y seront publiés dès que possible.

Publié à l’occasion de l’exposition : Le Jardin du Paradoxe, Regards sur le Cirque Divers à Liège. Exposition du 17 février au 16 août 2018 au Musée de la Vie wallonne, Liège. Une organisation de la Province de Liège Culture en collaboration avec l’Office provincial des métiers d’art (OPMA). Une initiative du Député provincial Président en charge de la culture et du tourisme. Commissaire de l’exposition : Jean-Michel Botquin. Comité d’accompagnement : Brigitte Kaquet, Agnès Lejeune, Jacques Jaminon, Robert Neys, André Stas. Scénographie : Atelier d’architecture Brigitte Massart et Aloÿs Beguin, Liège. Coordination administrative et logistique Province de Liège : Caroline Coste, Estelle Denoël, Quentin Heylen, Stéphanie Koch. Communication : Agence de presse CARACAS et Cellule Communication du Service Culture de la Province de Liège, France Lefèbvre.

Le programme collatéral est coordonné par Jean-Michel Botquin et Caroline Coste, avec la collaboration de Brigitte Kaquet et l’ensemble des partenaires au projet : Le Théâtre de Liège, Le Comptoir, Barricade, D’une Certaine Gaieté, KulturA, Galerie La Belle Epoque - Lille, Les Brasseurs Arts Contemporain, Le Collectif du Lion, L’Oeil Kollectif, Space Collecting People, Party Content, et le Musée de la Vie wallonne. Remerciements à tous ! Editeur responsable : Province de Liège, Place Saint Lambert, 18 A, 4000 Liège.

Le programme d’événements collatéraux à l’exposition est mené en partenariat avec :

LE PARADOXE, JOURNAL DU JARDIN DU PARADOXE, UNIQUE & INIQUE  

Journal de l'exposition "Le jardin du Paradoxe, regard sur le Cirque Divers", musée de la Vie wallonne, 16 février - 16 août 2018

LE PARADOXE, JOURNAL DU JARDIN DU PARADOXE, UNIQUE & INIQUE  

Journal de l'exposition "Le jardin du Paradoxe, regard sur le Cirque Divers", musée de la Vie wallonne, 16 février - 16 août 2018

Advertisement