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L'adolescence sans condescendance quidevrait parler Dupoilsous lesroses. Une comédie affectueuse auxtreize-dix-huit ans Film français d'Agnès Obadia et lean-fulien Chervier. Avec fulie Durand, AJexis Roucout, Rosetre. (1 h 25.) C'est quoi, un adolescent au cinéma ? A Hollywood, c'est un être supérieur aux adultes, dont le représentant le plus sympathique .fut Matthew Brôderick quand il t,incarna lç Betit'génie .qui bernait 'les,ordinatgurq du Pentagone dans War Games; de |ohn Batlham. Le même Matthew Broderick, trois ans plus tard, changeait radicalement de camp en devenant Ferris Bueller dans Ia FoIIe Journée de Ferris Bueller, matérialisation des pires craintes des parents, l'adolescent égoiste, paresseux, uniquement préoccupé de son immédiate satisfaction, et qui, dans ce film de John Hughes, y parvenait sanspeine. Mais quelles que soient les représentations que propose Hollywood à la fraction pubescente de sa clientèle, elles n'ont qu'un lointain rapport avec la réalité. On s'étend longuement sur le cinéma américain pour commencer cette critique d'un film ftançais, simplement parce que notre cinéma ne s'est jamais waiment soucié de parler des 13-18ans aux 13-18ans. Soit on plaît aux jeunes, coûIme Luc Besson, qui a su, un temps, capturer leur imagination, avant de confier ce travail à

d'autres,par Ie biais de sesproduclée à la sortie d'un centre commertrent pas tant que les adolescents tions, comme la série des laxl. Soit cial par une équipe de télévision n'arrivent pas à exprimer leurs on parle des jeunes, comme cette qui I'interroge sur sa vie Sexuelle. désirs par d'autres canaux que récente accumulation de films sur A quatorze ans, Roudoudou ceux de la pornographie ordinaire la perte de la virginité (Les Autres répond comme si elle avait plus et omniprésente qui les entoure. Filles,Lesfilles ne saventpas nager), d'expérience et moins de vergogne )usqu'à une conclusion prévisible et réconfortante, que I'on finit réaliséspar de très jeunes cinéas- que Messaline. En fait, Roudoutes avec un vocabulaire et une syn- dou n'a rien vécu et ne sait pas par souhaiter tant les acteurs arrigrand-chose, coflrme le prouvent vent à rendre leurs personnages taxe cinématographiques qui placent leur propos hors d'atteinte de les scènessuivantes, dont une conattachants. la grande masse;des collégiens''et sultation'ctteZ'le'''gynécologpe qui C'est bien de morale qu'il s'agit, ' -; . ",..;' ,, , .. ., .lycéens. atteint, des sorynnets.',burbsques, ,mais énoncée sur le mode burlesAvec son tifre''notacheI,son affi. grâce à :iri[-re.brèv.e et déCqpilante que. L'affection des auteurs pour. ' che gentiment gr&ë3QtËTun aaôapparition de Samir Guesmi dans leurs personnagespassepar le reslescent qui scrute avec inquiétude pect évident qu'ils témoignent à le rôle du médecin. les profondeurs de ses sous-vêteleurs jeunes acteurs, qui sont souments), Du poil sousles rosesessaie vent ridicules, mais jamais dérisoid'accrocher I'attention de ce res, au fil des tribulations qu'ils public pour I'insfant monopolisé s'imposent dans leur quête d'idenpar les sergentsrecmteurs de Calitité sexuelle. Les séquencesanifornie du Sud, sans pour autant y mées stylisées et gentiment délimettre de la condescendance,ce rantes,réaliséespar SébastienLauqui laisse le film parfaitement denbach, qui illustrent les rêves de reco[tmandable aux plus de dixRoudoudou, allègent aussi le huit ans. Il y a dans cette démarpoids des réalités pas toujours plaiche une intention pédagogique qui santesqu'évoque le filrn. ne se dissimule pas. Les jeunes Mais, au bout du compte, la prégens et les jeunes filles ne sente critique, plus encore que dewaient pourtant pas panir en Romain, pendant masculin de d'orilinaire, risque de ne pas servir courant revoir ScaryMovie pour la Roudoudou, traverse la même le projet initial du film. Peut-être sixième fois. Agnès Obadia et teanpasse dangereuse, ballotté entre aura-t-on convaincu des parents, la nécessité de faire croire qu'on qui trouveront, à la vision du Julien Chervier veulent juste leur faire part de quelques observasait déjà et celle d'apprendre. Poil...,l'occasion de moquer affections, de quelques questions que Autour des adolescents,le monde tueusement leurs dadaiset péronla contemplation des ados contemextérieur n'est pas d'un grand nelles. Mais ces derniers, on les porains leur a inspirées. secours. Le discours scientifique connaît, n'iront jamais voir un film La première de cesquestions est du médecin, celui du psycholoqu'un adulte leur recommande. posée au tout début du film. Rougue, les réconforts généralement doudou (Julie Durand) est interpelaffectueux des parents ne pénèT. S.

Lesjeunes acteurs sontsouvent ridicules jamais mais dérisoires dansleurquête d'identité sexuelle

Agnès Obadia etJean-lulien Chervier, cinéastes

( Nous , avons cherché àéviter lepiège naturaliste ON CONNAISSAIT (un peu) I'une, pas I'autre. Agnès Obadia avait réalisé et interprété le rôletitre de Romaine,flm rieur et prometteur de 1997.Jean-JulienChervier avait signé un court métrage l' année suivante,La Prière de l'écolier, sansapparaître h I'écran. IIsse ressemblentautant, ou pas plus, qu'ils ne ressemblentà leurspersonnages,et que ceux-ci se ressemblent entre eux. C'est-à-dire de prime abord pas du tout, puisfinalement pas mal. du tout. En les écoutant jouer en double mirte Ia partie de l'interview, avec un mélange de maladresse, de respect de I'autre, de fnesse amusée et de sérieux, on devine un peu de I'expérienceétrange de cefi:lm fait à deux.Leur rencontre eut lieu à I'enseignede la maisonde production et de distribution grâce à laquelle ils ont débuté I'une et I'autre : Magouric, devenue en trois ans I'épicentre d'un petit séisme dans le cinéma d'auteur français. Agnès Obadia: <<On s'est rencontrés chez Magouric, chacun aimait le travail de l'autre. En parlant, on s'est rendu compte qu'on réfléchissait chacun de son côté à peu près dans la même direction.

fean-fulien Chervier : Nous avions l'un et I'autre commencé d'accumuler des notes, des idées sur un thème similaire. Je m'étais lancé dans un nouveau projet en commençant par les dialogues, à partir des souvenirs de mes conversations avec mon meilleur copain du temps de notre adolescence.Ilexistait d'emblée deux matériaux, qu'il nous a semblé possible de mettre en commun. A partir de ce moment, nous avons travaillé ensemble sur tous les personnages. Roudoudou vient du passé d'Agnès, et Romain du mien, mais nous les avons pris en charge à deux. Ce travail d'écriture en commun a surtout consistéà unifier le film, on ne voulait surtout pas qu'il ait l'air de deux courts métrages de deux réalisateursdifferents collés l'un derrière l'autre. A. O. : En même temps, nous tenions à conserver aussi la particularité de notre regard. Le pari du film est de jouer à la fois sur les différences entre les parties et sur l'unité de I'ensemble.Au cours du tournage, nous sommes constamment présents tous les deux, mais un seul est réalisateur à la fois, l'autre fait fonction de script. Le

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soil, on rediscute du film, être alternativementdansle feu de l'action et avec davantage de recul permet d'enrichir la réflexion sur ce.que nous sommes en train de fate. l.-1.C.: Lamanière de filmerest différente dans les séquencesavec Romain et dans celles avec Roudoudou, cela correspond à notre approche mais aussi au caractère des personnages.Agnès a fllmé le plus souvent Roudoudou, qui est très énergique et instable, avec la caméraà l'épaule, en cherchant un mouvement perTnanent,alors que pour Romain, qui est plus introverti, assezcoincé, j'ai plutôt eu tendance à mettre la caméra sur pied et à construire des cadresfixes. A. O. : Au montage aussi, nous avons cherchéà préserverla particularité de ces deux regards, à en trouver la complémentarité plutôt qu'à les confondre. C'était un des garde-fouspour tenter d'échapper à ce que l'histoire de deux adolescents face à l'amour et la sexualité peut avoir de très commun. l.-t. C.: Du poil sous/es rosesest I'histoire de deux personnagesp€uticuliers, par I'illustration de thèmes généraux. On a évité tout ce

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qui ressemblait à des explications ou des discours sur l'adolescence, la société, etc. Au tournage, nous avons cherché à allervers la stylisation, à nous éloigner du piège nafuraliste. Et au montage, on a encore élagué, enlevant souvent le début et la fin des scènespour privilégier le rythme sur la narration. A. O. : La vitesse est un choix, mais aussiune contrainte,liée aux difficultés financières que nous avons rencontrées pour faire le film. A notre grande surprise,il a été refusé par pratiquement tous les interlocuteurs, ils étaient effrayéspar des crudités de langage qui nous semblaient très naturelles. D'ailleurs les acteurs, ellx, se les sont appropriées sansaucun problème. On était un peu inquiets pour les scènes physiques, eux ont trouvé ça tout simple, ils ont eu plus de mal pour les situations quotidiennes, surtout ceux qui n'avaient jamais joué. Mais cette pudibonderie despartenaires financiers a rendu le travail un peu plus difficile qu'il n'aurait dû être. "

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Propos recueillis par Ielin-Michel Froàon

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Interview par Jean-Michel Frodon  

Du poil sous les roses, chervier

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