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É d i t o r i a l

N° 366 - octobre 2007 - 0,90 € B e n o î t

Fa b i a n i

Rencontrons-nous ! Mettons ensemble nos histoires, nos forces, nos espoirs, et aussi nos peines et nos fragilités. Cet été, Mme B., une jeune maman, a rencontré une des deux caravanes de jeunes qui circulent en Europe depuis début juin, de quartiers en villages*. Elle écrit : « Ces jeunes m’ont redonné l’envie de me battre et m’ont permis de reprendre confiance en moi. La misère a bien failli m’avoir comme elle a eu ma maman. Mais j’ai repris deux fois plus de force lors du passage des caravanes. Aujourd’hui, je veux continuer à me battre pour mes enfants, pour les enfants du monde et pour les familles. On réussira à vaincre la misère pour que les sourires effacent les larmes… » Mme B. n’a jamais manqué de courage, mais elle avait besoin de sentir à nouveau qu’elle n’est pas seule. Elle avait besoin de la confiance que partagent les jeunes des caravanes en arrivant dans les quartiers, de leur conviction que la rencontre est possible et que le monde peut être meilleur… si on ose dépasser nos peurs et les violences qu’elles engendrent… si on recherche l’apport unique de chaque personne… si on soutient son droit et sa responsabilité d’apporter sa pierre au monde… si on partage nos biens, nos savoirs et nos relations pour que dignité et justice ne soient pas des privilèges. Cette cinquantaine de jeunes adultes qui osent la rencontre à travers l’Europe nous rappellent le chemin pour créer un monde de paix pour tous. Ce 17 octobre, ils seront au Trocadéro, sur le Parvis des Libertés et des Droits de l’homme, en réponse à l’invitation des personnes qui vivent la pauvreté. Ils nous y attendent ! *Voir les 3 numéros précédents de Feuille de Route et le site www.caravanes-atd.eu

FEUILLE DE ROUTE QUART MONDE publication mensuelle du Mouvement Atd Quart Monde, membre du Mouvement international Atd Quart Monde Siège social 33, rue Bergère 75009 Paris ABONNEMENT : 9 €, le Numéro 0,90 € N° de commission paritaire 1204 H 79275 - ISSN 0248-3165 Dépôt légal à parution - Éditions Quart Monde - DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Lucien Duquesne RÉDACTRICE EN CHEF : Chantal Joly. Réalisation : AI éditions - Philippe Larminie - 8, rue de l’Est 92100 Boulogne-Billancourt Tél. 01 41 41 00 43. Impression : Torcy Québecor SA France. Reproduction interdite.

Bibliothèque de rue aux Philippines

Les enfants des enfants que j’ai connus sous le pont… Tu avais 10 ans quand je t’ai connue. Tu vivais sous un pont avec ta famille. Sous un pont, un endroit que tu appelais « chez moi ». J’entends encore l’écho de ta voix quand tu disais : « Vos trucs avec des livres, c’est nul ! » Tu es restée à distance de nous, à distance des autres enfants. Mais tous les samedis, tu étais là quand même, m’observant comme une sentinelle, le regard acéré, plein de reproches. Tu étais fière quand tu étais enfant, fière comme tes parents […]. Il m’a fallu du temps pour te connaître […]. Tu rêvais de devenir professeur, d’avoir une maison pour ta famille. Tu voulais être quelqu’un, tu rêvais d’être comme ces gens que tu appelais « les gens avec les livres ». Tu étais avec nous à chaque fois qu’il y avait des occasions ou des rassemblements. J’ai encore ton image dans la tête, il y a 14 ans de cela, dans un grand rassemblement pour l’inauguration d’une dalle à l’honneur des gens très pauvres. Nous étions dans la foule, toi et tes amies se tenant là face à plein de gens. Même le Président du pays était là […]. Nous voulions dire à tout le monde que tous les enfants devraient avoir les mêmes chances […]. Puis un jour, j’ai dû te dire au revoir, je suis partie dans un lointain pays pour rencontrer d’autres personnes, d’autres enfants comme toi… La vie est devenue si difficile pour toi et ta famille que tu n’as pas pu continuer d’aller à l’école… Tu as continué à croire et à faire confiance aux gens que tu appelais « les gens avec les livres »…

M O U V E M E N T

A T D

Q U A R T

Dix ans plus tard, nous nous sommes retrouvées. Tu m’as dit : « Regarde-nous ; on est toujours aussi pauvres que quand on était gamin. On vit encore sous le pont. Personne n’est devenu riche ou célèbre, au contraire ; certains d’entre nous sont en prison. » J’ai reçu ce message comme une gifle en pleine figure […]. Cela fera quatre ans maintenant que tu es venue me demander d’aller avec toi pour « apporter des livres aux enfants. »… Tu m’as montré comment tu t’y prenais… Tu leur as lu des histoires ; j’ai vu comment les enfants te regardaient avec admiration. Je t’ai observée avec respect. Tu étais là devant moi, pleine d’énergie, pleine de vie. Tu étais fière, comme quand tu étais enfant. Sous le pont, tu m’as présentée aux enfants que je ne connaissais pas encore, à Romy, à Tina, à Robin, à Jobeth… Ce sont les enfants des enfants que j’ai connus sous le pont, il y a des années. S a ra h O r te g a , vo l o n t a i re - p e r m a n e n te d ’ Atd Q u a r t M o n d e à M a n i l l e ( P h i l i p p i n e s )

S o m m a i r e Les enfants des enfants que j’ai connus sous le pont… En Mouvement « Refuser la misère, un chemin vers la paix » Rencontre avec Guillaume le Blanc Lire et voir Portrait : Marco et Rosario Ugarte

M O N D E

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107, avenue du Général Leclerc - 95480 Pierrelaye - France • Tél. 01 34 30 46 10 • http://www.atd-quartmonde.asso.fr

« Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré. » Père Joseph Wrésinski Fondateur du Mouvement International Atd Quart Monde

Photo ATD Quart Monde

Le 17 octobre, partageons nos courages !


v e m u o e M n t n E Pologne : « La caravane, c’est l’espoir… » Du 17 août au 3 septembre, la Caravane européenne de la fraternité n° 2 (voir FdR n° 363, 364, 365) était en Pologne. Pierre Klein, volontairepermanent d’Atd Quart Monde dans ce pays, envoyait ce message à mi-chemin.

Photos ATD Quart Monde Pologne

contre une moyenne de 80 % dans Vraiment, la Caravane était attendue l’Ouest de l’UE). Les rencontres sont en Pologne ! La municipalité de pleines de chaleur. On discute Strzelce Opolskie, une petite ville de longuement dans les petits villages. Silésie, l’accueille avec les honneurs. Les habitants se mettent à chanter. Ils Dans cet ancien territoire allemand, partagent une chanson populaire : beaucoup de sans-emploi et de jeunes « Est-ce que cette caravane va au ciel ? Y ont émigré vers les Pays-Bas ou a-t-il une place pour moi dans cette l’Allemagne pour y trouver du travail. caravane ? ». Hania et Maria, deux L’association Barka (type commujeunes de Gorzno nous disent : « La nauté Emmaüs) se mobilise pour caravane, c’est l’espoir que le monde n’est dynamiser la communauté locale pas mauvais. Elle a rassuré. Il faut avoir autour du passage de la Caravane. La confiance, sentir que l’homme est bon. parade au centre-ville, les ateliers, un On ne peut expliquer cela, il faut le vivre, débat, rassemblent un public l’expérimenter. » nombreux. Le journal local n’hésite pas à titrer en couverture « Strzelce, Antoine, jeune Ardéchois, témoigne : première en Pologne ». « La caravane a permis un grand remueménage dans mes idées, ma conception de La seconde étape, Kielce, une ville de 150 000 habitants, à 200 km au sud Le maire de Strzelce Opolskie et son équipe offrent aux « caravaniers » la vie, de ma vie. J’ai surtout réalisé que nous nous plaignons quand même souvent de Varsovie, privilégie la rencontre une peinture réalisée dans l’esprit du projet. pour rien ! La Pologne n’est pas encore un entre jeunes. Grâce au soutien de d’une agence de travail alors qu’une femme au pays très riche en Europe, nous sommes passés dans Renault Polska, un minibus s’est joint au convoi. guichet a trop de difficultés pour remplir un des structures n’ayant pas forcément beaucoup de Des jeunes des « Club Wona Strefa » (Zone libre) formulaire. moyens, mais l’accueil n’en fut pas moins incroyable. ont accompagné les « caravaniers ». Un temps La 3 e étape, plus au nord, en zone rurale, J’en ai été très surpris. On aurait pu croire que chaque intense de découverte réciproque et de création. conduit à Gorzno. Là, quelques associations se étape participait à un concours du meilleur accueil. Ces À l’issue de trois journées, un théâtre-forum est mobilisent pour le développement rural, par personnes ont le cœur sur la main ! » présenté dans la salle du Conseil Régional local exemple la création d’écoles maternelles (en (Voïvodie de la Sainte Croix). La saynète montre Plus de nouvelles sur le site : Pologne, 20 % des petits enfants y sont accueillis les réactions de citoyens dans une file d’attente www.caravanes-atd.eu

Atd Quart Monde réclame le droit au logement au Conseil de l’Europe

Photos Marlène Jourdan

Abri (FEANTSA). Ils invoquent notamment la violation de quatre articles* de la Charte sociale européenne. Les 14 experts composant le Comité européen des droits sociaux écoutent attentivement les propos d’Atd Quart Monde. « Mesdames et Messieurs les jurés, cette réclamation collective correspond à beaucoup d’espoir. J’ai vécu la moitié de ma vie dans des logements précaires. Comment vivre sa citoyenneté, si on ne vit pas pleinement ses droits ? Quand pourrons-nous dire à nos enfants, tu pourras avoir un habitat digne ? Cette réclamation, je la fais pour nous mais pour tous les pauvres. On nous fait des promesses mais le temps passe », s’indigne Cécile R. militante, porte-parole émue des réclamants. « Le temps est une valeur essentielle, explique Paul Bouchet, ancien président du Mouvement. Le Droit au logement opposable (DALO) a été voté en mars 2007 mais on n’arrive pas à obtenir de délai pour le rendre applicable. À travers votre décision, il faut s’assurer que les textes juridiques soient incarnés dans un temps

Le 17 septembre, 37 membres d’Atd Quart Monde, militants, alliés et volontairespermanents venus de Paris, du Val d’Oise, du Nord et d’Alsace sont auditionnés au Conseil de l’Europe, à Strasbourg. C’est seulement la troisième fois dans son histoire qu’un tel événement a lieu. L’audition publique concerne les réclamations collectives contre la France portant sur le droit au logement, engagées en 2006, l’une par le Mouvement International Atd Quart Monde, l’autre par la Fédération des Associations Nationales de Travail avec les Sans-

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nécessaire qui est celui des pauvres. Comment voulezvous qu’ils se retrouvent dans ce dédale? » La réponse de la défenseure du gouvernement français représenté par la sous-directrice des Droits de l’homme au ministère des affaires étrangères ne satisfait pas les attentes. Elle énumère toutes les lois existantes et affirme que la France respecte ses engagements. Malgré une déception générale, M me P. qui fait partie des familles menacées d’expulsion dans le Val d’Oise (voir FdR n° 36) dit « être fière de vivre en France car on peut exprimer ses désaccords ». « Aussi petits que nous sommes, on peut venir se faire entendre », ajoute Cécile R. « Même si le résultat est défavorable, ne croyez pas que l’on a perdu. Il était impensable qu’il y ait des tribunaux composés de personnes étrangères après guerre pour condamner son propre pays. C’est un immense progrès. C’est extraordinaire ! L’espoir n’est pas tué, il est né ! », affirme Paul Bouchet. La décision du Comité européen des droits sociaux sera remise à Atd Quart Monde dans un délai de quatre mois. Elle sera rendue publique sous réserve que le Comité des ministres du conseil de l’Europe ne la conteste. M a u d

A m i rat

* • Articles 16 : Droit de la famille à une protection sociale, juridique et économique • Article 30 : Droit à la protection contre la pauvreté et l’exclusion sociale • Article 31 : Droit au logement • Article E partie V : Principe de non-discrimination


Rendez-vous à la Journée mondiale du refus de la misère ! Le 17 à Paris, fête de la rencontre et village planétaire

Le 17 ailleurs en France E À Reims (Marne), inauguration d’une dalle. Quatre forums « Ensemble contre l’exclusion » se tiendront simultanément de 16h à 18h. L’inauguration aura lieu de 18h30 à 20h devant le transept Nord de la Cathédrale : ouverture par l’ensemble de cuivre du Conservatoire National de Région, histoire de la lutte contre la pauvreté à Reims, dévoilement de la Dalle, chants (Laurent Voulzy et la Chorale La Veslardanne dirigée par Hélène Le Roy), prises de parole (entre autres d’une délégation allemande du Mouvement et du maire Jean-Louis Schneiter), signature du livre d’or. E À Libourne (Gironde), inauguration d’une stèle. Le 16, à la médiathèque municipale, à 18h, visite de l’exposition « 7 ans de collectif du refus de la misère en libournais ». De 18h30 à 20h30, rencontre avec Guillaume le Blanc, philosophe, professeur à l’université Bordeaux III (voir p 6) et un volontaire-permanent du Mouvement. Le 17, de 10H30 à 12h à la salle des fêtes, forum des jeunes collégiens et lycéens, de 15h à 17h à la médiathèque, ateliers avec des enfants et à partir de 17h30 en face du lycée Max Linder, pose d’une stèle en présence des autorités (voir FdR n° 365). E À Strasbourg (Bas-Rhin), avec des délégués d’Europe de l’Est. Une grande célébration publique est prévue à midi, devant le parvis du Conseil de l’Europe, en présence de sa Secrétaire

Tous

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Il y en aura pour tous les goûts : 30 forums de 45 minutes, ateliers artistiques, jeux, théâtres et théâtres-forums, expositions, cybercafé, animations musicales et 3 grands débats dans l’auditorium de la cité de l’Architecture et du Patrimoine. De 11h à 12h30 sur « Pour un monde riche de tout le monde », de 14h à 15h30 sur l’Habitat, de 16h à 17h30 sur l’Emploi. Des centaines d’enfants seront présents pour des activités ludiques, artistiques, sportives et d’expression. Quant aux jeunes des « Caravanes européennes de la fraternité », ils présenteront via des vidéos, récits et expositions, 4 mois de voyages dans 9 pays européens. La dimension internationale de l’événement se révélera encore de 18h30 à 19h30, au cours du « temps du rassemblement ». La parole des personnes connaissant la grande pauvreté sera soutenue par une mise en scène visuelle et musicale. En présence de nombreuses personnalités du monde culturel, politique, spirituel, les signatures recueillies autour de la Déclaration de solidarité seront remises au représentant de l’ONU. De 19h30 à 21h30, la veillée prolongera la rencontre avec des saltimbanques, de la danse, des récits, etc. Dessin de Rossen Ivanov

Une vingtaine de pays seront dès le matin à la mairie de Paris. La rencontre internationale «Engagements scellés, engagements vécus » rassemblera 110 délégués (maires ou leurs représentants, citoyens…) de lieux du monde où existe une réplique de la Dalle du Trocadéro. Ces délégations viendront du Burkina-Faso, des Philippines, de l’Île Maurice, de Bolivie, des États Unis, du Canada, de l’île de La Réunion, de Pologne, du Portugal, d’Italie, de Belgique, d’Allemagne, du Royaume Uni, de France, de Suisse, du Luxembourg… Conviées par Bertrand Delanoë, elles échangeront, lors d’une table ronde, notamment sur la manière de rendre des personnes vivant en grande pauvreté davantage citoyennes et le rôle des collectivités territoriales pour favoriser le vivre ensemble. Grâce à ces délégations, présentes l’après-midi au Trocadéro, ainsi qu’au studio installé sur place par Radio France Internationale, des liens seront établis avec des manifestations se déroulant simultanément dans de nombreux pays (de 14h30 à 15h30, « temps du monde sur le parvis des Droits de l’homme »). De 10h à 21h, un « village des solidarités », animé par plus de 50 associations, syndicats, collectifs, se tiendra dans les jardins du Trocadéro.

Générale adjointe et du Commissaire aux droits de l’homme. Des délégations d’Alsace, d’Allemagne (région de Fribourg), de Russie, de Roumanie et de Moldavie témoigneront. L’après-midi, animations culturelles et artistiques en ville. E À Roanne (Loire), journée exceptionnelle sur le site universitaire, grâce aux étudiants, avec le collectif Alerte ainsi que d’autres associations, soutenus par les six communes du Grand Roanne, de 10h à 18h30. E À Angers (Maine-et-Loire), place du mail, face à la mairie, à 15h, deux tables rondes autour du « droit à la santé » et, à 18h, temps public de commémoration. E De nombreux collectifs associatifs ou groupes d’Atd Quart Monde allant à Paris, se sont organisés pour mobiliser localement avant ou après le 17. Le samedi 13 à Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire) avec un recueil de signatures pour la Déclaration de solidarité, le vendredi 19 à La Flèche (Sarthe) avec une commémoration à 18h, sur la place du marché au blé (où se trouve une réplique de la dalle du Trocadéro) ; le 9 à Orléans, où Bernard Jährling, présentera son livre à la médiathèque et les 12 à Betoncourt (HauteSaône), 13 à Audincourt (Doubs) et 14 à Belfort où des membres du Mouvement, d’Amnesty International et du Secours catholique distribueront « Résistances » (voir p 8) sur le marché.

En Europe et sur les autres continents E À Liège (Belgique), de 10h30 à 19h à l’espace Tivoli, tout un programme d’animations (contes, fresques, musique par un groupe d’enfants sur des fûts métalliques, concert pop-rock, théâtre) et d’ateliers de réalisation de messages de solidarité. E À Bamako (Mali), les enfants d’un village SOS et ceux d’une « bibliothèque sous les manguiers » se rencontreront à travers des activités de création, de danse, des sketches et un match de foot. E À Berne (Suisse)

Une première ! Un appel à la grève des cheminots a été reporté en raison de la Journée mondiale du refus de la misère. Les six fédérations qui avaient d’abord choisi la date du 17 octobre pour « peser sur l’avenir du régime spécial de retraite de la SNCF », décalent leur mouvement au 18 « afin que cette journée contre la misère soit couronnée de succès, au regard des sentiments de solidarité et de convergence qui nous animent », a commenté le secrétaire général de la CGT-cheminots.

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s t e i u o q n n E

« Refuser la misère, un chemin vers Si Atd Quart Monde a choisi ce slogan pour sa campagne, c’est au nom de ses 50 ans d’histoire. Comme d’autres qui osent ce pari de la justice et de la paix, le Mouvement témoigne que construire un monde où nul n’est exclu, contribue à « désarmer » la violence, les tensions sociales, les guerres.

Genève, pont du Mont-Bla

Paix et développement : un couple inséparable

Les difficultés d’Haïti sont grandement liées aux conflits qui ont jalonné son histoire. Les ressources ont été utilisées pour entretenir la violence, non pour améliorer les conditions des populations. Ces dernières, martyrisées par un quotidien difficile, ont très souvent évacué leurs tensions à travers des bandes organisées et milices qui ont déstabilisé le pays. L’exemple d’Haïti vient rappeler que « Le développement est le nouveau nom de la paix ».Cette phrase du pape Paul VI invite à éradiquer les causes de la pauvreté pour construire la paix. Cela implique qu’en permettant à un peuple de devenir acteur de son Histoire, on réduit les facteurs de conflits. Ces principes continuent à influencer plusieurs acteurs de développement dont le Comité catholique contre la Faim et pour le Développement (CCFD). À Haïti, celui-ci soutient le conseil national de financement populaire (KNFP) qui aide des populations marginalisées à accéder au microcrédit. Plusieurs personnes peuvent donc se constituer un capital pour commencer une activité professionnelle. Dans ce cas précis, il s’agit d’exploitations agricoles. Le KNFP intervient essentiellement dans les zones rurales. Depuis le début de son action, on note un exode urbain. Même s’il est encore minime, il contribuera certainement à décongestionner une capitale comme Port-au-Prince. On ne pourra que s’en réjouir car c’est la ville où se recrute une grande majorité de jeunes désœuvrés, jadis impliqués dans les milices. L’action du CCFD aide implicitement de nombreuses familles à envoyer leurs enfants à l’école. De petites coopératives se sont constituées. Ce phénomène, qui va certainement croître, est d’autant plus important que ce sont des lieux d’apprentissage de la citoyenneté et de la cohabitation culturelle. Il est indéniable que la paix est un préalable, mieux une garantie pour le développement. De même, la pauvreté, les injustices et l’incapacité des populations à prendre en main leur destin, font souvent le lit des conflits. Zobel Behalal, chargé de mission paix et Droits humains au CCFD

Des révolutionnaires pacifiques

« …Quand on nous donne des choses, on nous associe à nos manques, tandis que là,c’est un combat,on fait bouger les choses.Avec les familles,ça bouge,ce n’est pas: «Tu as faim,tiens,mange ma grande ».Chez nous,au Quart Monde,c’est différent. On veut le travail,on veut le bien-être de la famille,on combat l’injustice.On est des révolutionnaires pacifiques.On se révolte de toute l’injustice qu’on vit dans tous les domaines de la vie et heureusement qu’on se bat ensemble,mais on ne tue personne. On ne veut pas la guerre mais la justice… Notre arme, c’est la parole… ». Atelier de réflexion autour des écrits du père Joseph Wrésinski, en Bretagne. Rapport moral 2006 (Éd. Quart Monde)

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Bâtir un monde sans oppression

Ni les pauvres,ni les riches,n’ont nécessairement conscience de la violence qui pèse sur l’univers de la misère. Elle est souvent dissimulée derrière le visage de l’ordre,de la raison,de la justice même.[...] Nous les sécurisés, nous nous endormirons alors dans la paix, dans la quiétude, toujours ignorants de celui qui était près de nous et qui était notre frère.[...] Nous n’avons pas compris que la violence maladroite du pauvre,loin d’être un accident dans notre histoire,remet en cause une société entière capable de poursuivre une course aux étoiles en détruisant des hommes.[...]

Au Rwanda, les « Amis d’Atd » sèment la réconciliation Joseph Wrésinski, revue Igloos n° 39-40. Éd. Quart Monde, 1968

Pour les « Amis d’Atd », le 17 octobre est certainement un moment fort dans toute cette démarche de réconciliation portée par tout le pays. Pour eux, cela ne peut pas passer uniquement par la parole. Au moment du génocide, les médias ont tellement propagé de haine et la parole a été à l’origine de trop de massacres pour suffire dans cet effort de réconciliation. Aujourd’hui encore, les populations se méfient des discours des politiciens et des gens d’Église sur ce sujet. Ils croient beaucoup plus aux gestes où la fraternité se manifeste concrètement. « La sueur que je mets dans le champ de mon voisin vaut plus que toutes les paroles que je pourrais lui dire ». Cette manière de bâtir le 17 octobre avec tous les travaux et gestes communautaires qui unissent les gens, qui retissent les liens dans la communauté, donne du sens à cette journée. Les familles pauvres peuvent fêter avec d’autres leur courage, leur dignité, leurs efforts communs face à la misère et sont fières « d’offrir » la fête à d’autres.[...] Il y a tout un travail à mener pour faire reconnaître ces expérimentations, ces engagements et surtout que les plus pauvres sont des artisans de paix. P h i l i p p e

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La paix = gagner contre la misère

Photo ATD Quart Monde/François Phliponeau

anc, août 2007

« J’ai regardé le mot « paix » dans le dictionnaire : « situation d’un pays qui n’est pas en guerre. Faire la paix avec ses voisins. Paix de la nature. Avoir la conscience en paix. La tranquillité. Paix personnelle ». Voilà mon exemple : je vivais dans une cité d’urgence, il y avait des fuites dans le toit, je devais faire chauffer de l’eau pour baigner mes enfants. Quand j’ai été relogée en HLM, je me suis trouvée avec beaucoup moins de soucis. C’était une vie paisible, mais ce n’était pas un chemin de paix. C’est-à-dire, j’étais heureuse dans mon appartement, mais j’ai continué à « refuser la misère » pour la simple et bonne raison que je pensais toujours aux hommes, femmes et enfants qui sont dans la rue, aux mal-logés dans des logements insalubres. Quand on aura tous ensemble gagné, avec le monde entier, le combat contre la misère, je pourrai dire à ce moment-là : Refuser la misère, c’est le combat pour la paix ». M a u r i cette S . , U n i ve r s i té Po p u l a i re Quart Monde Île de France. Janvier 2007

« La seule paix acceptable est une paix dans la justice ». Jean-Marie Muller, porte-parole du MAN (Mouvement pour une Alternative Nonviolente). Le 21 septembre 2007, proclamé par l’ONU Journée internationale de la paix. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de la non-violence et de la paix. Rens. : Tél : 01 46 33 41 56 ou www.decennie.org

De petites lumières au Guatemala

Le Guatemala a été déchiré par un conflit armé pendant 36 ans (1960-1996). Dans les années 80, la population comptait 8 millions de personnes. À la fin du conflit, on a dénombré 150 000 morts, 50 000 disparus, 440 villages anéantis, 45 000 veuves, 200 000 orphelins, 500 000 personnes forcées à se réfugier dans les pays voisins. Un homme sur trois fut obligé de s’engager dans les patrouilles d’autodéfense civile (l’armée). La peur et l’horreur faisaient partie de notre quotidien. Les 23 minorités ethniques furent touchées par le conflit. Toutes les familles en furent victimes de manière directe ou indirecte. Dans ce contexte, est intervenu le Mouvement Atd Quart Monde. Dans les années 86-87, il s’est installé dans la capitale.[...] Nous avons soutenu les victimes du conflit grâce à trois règles : résilience* et force mentale, spiritualité, recherche du bonheur. Nous avons aussi travaillé pour le respect des droits humains, la réconciliation et la culture de la paix. L’évêque, Mgr Girardi, qui s’est engagé pour reconstruire la paix, a travaillé notamment avec Atd Quart Monde. Il disait : « On a l’impression qu’il n’y a pas de signes de paix dans le pays, mais quand je vois le travail d’Atd Quart Monde et le travail des Sœurs de la Charité, je vois alors ces petites lumières qui ne s’éteignent pas, qui restent allumées même au milieu de tant d’obscurité ». Guillermo M., délégué du Guatemala, assemblée générale du Mouvement international Atd Quart Monde, février 2006

Plus d’égalité pour créer une société plus heureuse

Photo Alexandra Silva

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Dans le cadre de la préparation de la Journée mondiale du refus de la misère,le Dalaï Lama a reçu, le 16 septembre à Lisbonne,une délégation du Mouvement international Atd Quart Monde. Eugen Brand, délégué général, et Derek Asker, militant du Mouvement, ont échangé avec lui sur le thème « Misère et paix ». Le chef spirituel bouddhiste, prix Nobel de la Paix 1989, a notamment déclaré: « Sur un plan global,entre les riches et les pauvres,il y a une sorte d’immense fossé. Au niveau des nations, il y a aussi d’énormes fossés. La pauvreté est une autre source de problèmes, de difficultés et de violence. Nous devons sérieusement nous occuper de ce fossé, au niveau global, les gens du nord comme ceux du sud. Les personnes riches et les personnes pauvres ont chacune des responsabilités. Bien sûr, il y a un lien entre misère et paix. La paix doit préoccuper les riches.Sans la paix intérieure,l’économie seule crée parfois plus de problèmes. Pour créer une société heureuse, plus d’égalité est essentiel. En tant qu’être humain, nous sommes membres de la même famille humaine.Votre frère est en train de mourir de faim,pendant qu’un autre frère a tout ce qu’il faut mais il ne partage pas. C’est immoral! Moralement, comment est-ce possible? C’est impossible. La dignité,cela veut dire pouvoir avoir confiance en soi.Il faut des moyens et pouvoir se former. Partout, dans tous mes discours publics, je dis la gravité qu’implique ce fossé.Vous êtes déjà en train de mener des actions pour le réduire. C’est pourquoi j’apprécie énormément votre magnifique travail.Mon esprit est toujours avec vous.S’il vous plaît,continuez ce travail et faites-le aussi savoir à de plus en plus de personnes. Cela, je crois, est important. C’est mon sentiment. »

« Il faut la paix … » I « Je ne veux pas que les gens meurent… La paix fait que mes parents peuvent aller par-ci par-là pour s’occuper des activités et trouver de quoi manger pour la famille… » I « Il faut la paix pour que chacun puisse cultiver son champ et se sentir à l’aise ». I « Ce que j’ai dans mon cœur:que tout le monde s’aime et n’ait pas de problèmes entre eux. J’invite les hommes à travailler durement pour gagner leur pain quotidien afin de lutter contre la misère. Je souhaite que tous les hommes soient honnêtes et justes. Que tous les enfants aillent à l’école pour s’instruire».

Ces phrases d’enfants accompagnaient des « Djiangoulas » (marionnettes) réalisées en 2004 dans différents quartiers de Bangui (Centrafrique) et des environs.

*Capacité mentale à tenir le coup malgré des traumatismes

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Écrivez-nous : ATD Quart Monde Feuille de route, 107 avenue du Général Leclerc, 95480 Pierrelaye, ou feuille.de.route@atd-quartmonde.org

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r e t n a o c v n e e R Guillaume le Blanc c Rendre leur voix aux sans-voix Photo ATD Quart Monde/Chantal Joly

La veille de la Journée mondiale du refus de la misère, ce professeur de philosophie à l’université Michel de Montaigne, à Bordeaux III, interviendra à Libourne, en Gironde (voir p3). Auteur du livre « Vies ordinaires, vies précaires » (1), Guillaume le Blanc nous fait réfléchir sur la manière dont nos nations modernes rendent des personnes invisibles et inutiles.

C o u r r i e r

Feuille de Route : C'est rare d'entendre des philosophes sur cette question de la pauvreté. Pourquoi ce silence et, au contraire, votre implication ? Guillaume le Blanc : Enseignée, la philosophie est comme toute institution. Elle n’est pas tout à fait indépendante. De plus, elle se sent menacée de nos jours par d’autres savoirs (la sociologie, l’éthique, les sciences morales et politiques…). Elle a donc tendance à fermer portes et fenêtres. Si la philosophie peut contribuer pour ma part à la critique sociale, c’est à la condition de s’ouvrir à nouveau à notre présent et qu’elle accepte de s’inscrire, en tant que discours, dans les luttes sociales qui lui donnent sens. Naturellement, le choix de travailler sur un sujet n’est jamais sans rapport à sa propre vie ou à ce que nous percevons des autres vies. Il existe ainsi plusieurs manières de rencontrer la précarité : récits de vie lus ou entendus, rencontres avec des gens, des idées, expériences de l’humiliation. Mon livre est né de la colère qui en a résulté : la précarisation des vies ordinaires. En espérant que cette analyse contribuera à changer les pratiques.

FdR.: Vous écrivez que les précaires sont « un pied dedans,un pied dehors » ? Ils ont pourtant le sentiment d’être véritablement exclus. G.le.B. : Je sais combien le mot « précarité » est souvent employé de manière vague. Il tend à être employé à tort pour des situations très différentes, celles des personnes sans domicile fixe comme celle des étudiants dont 1 sur 2 est obligé de travailler pour se payer ses études. Ce qui caractérise la précarité, c’est qu’elle est un état intermédiaire entre le régime de la pure inclusion et celui de la pure exclusion. Les précaires restent inclus grâce aux réseaux de solidarité, aux revenus de l’assistance, ou même par leur travail, mais ils tendent à se considérer comme en cours d’exclusion. Du travailleur pauvre au pauvre sans travail, tous vivent l’angoisse, la honte, un sentiment d’inutilité, de marginalisation. Il importe de réagir à cette manière qu’ont certains de trouver la précarité aussi naturelle que l’air qu’on respire. Il faut réagir à cette façon de transformer des populations entières en populations invisibles, « fantômales ». Ce qui est en jeu, c’est la frontière même dans une société entre ce qui est tenu pour normal et ce qui est considéré comme pathologique. L’épreuve de la précarité remet en cause l’évidence d’une telle frontière alors même que le précaire est souvent

Une telle naïveté… J’ai bien reçu votre courrier répondant à ma lettre vous reprochant de donner, dans votre journal (la « Rencontre » de FdR n° 365 avec le sous-préfet du Bas-Rhin), la parole à des politiciens ou certains de leurs représentants. Je suis âgé de 45 ans et je n’ai jamais été aussi révolté qu’aujourd’hui, je l’avoue. Vous espérez faire entendre raison à des gens dont le seul souci est leur carrière politique. Pire : vous espérez ainsi peut-être que va leur pousser un germe de solidarité sincère à l’encontre des SDF ou autres nécessiteux. Une telle naïveté est navrante, sachant que ces représentants de notre « République » font leur carrière en écrasant leurs propres amis politiques… […] Sincèrement, je vous souhaite encore beaucoup d’espoir. Pour ma part je n’en ai plus du tout, sachant que syndicats et associations ne sont que les auxiliaires de nos exploiteurs.[…] J’ai encore espoir dans les générations prochaines, espérant qu’elles apprennent le mot solidarité à la place d’individualisme. Philippe B., Yvelines.

Réponse de FdR : Dans un premier courrier, nous avions déjà tenté d’expliquer à notre interlocuteur pourquoi le Mouvement Atd Quart Monde préfère « convaincre plutôt que combattre et se faire des amis, des alliés, pour inciter à la rencontre plutôt qu’aller à la confrontation » et comment on ne peut espérer changer le fonctionnement de la société « qu’avec ceux qui décident des lois et des politiques ». Son « ras-le-bol des bonnes paroles lancées par les hommes politiques » (sic) est tout à fait légitime, compréhensible et souvent justifié, au regard de l’actualité. Atd Quart Monde reste cependant convaincu, de par la philosophie de son fondateur ainsi que par son expérience de cinquante ans de lutte contre la grande pauvreté qu’on peut la refuser « par de la solidarité, des lois justes, une économie qui ne place pas le profit avant toute chose. Surtout, en s’associant entre personnes qui vivent l’exclusion et personnes d’autres milieux, de tous milieux », ainsi que nous l’affirmons avec Amnesty International et le Secours Catholique, dans l’éditorial de « Résistances n° 4, le Journal du refus de la misère » (voir p 8).

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vu comme un homme malade dont il faut soigner les blessures psychiques et sociales. FdR : Vous affirmez qu’il faut prendre soin de la voix des sans-voix. Que voulez-vous dire ? G.le.B. : Ce rôle est pour moi aux mains des associations. Ce sont dans ces lieux que leur voix peut émerger dès lors qu’on prend le temps d’écouter ceux que l’on nomme de l’extérieur les « sans-voix » afin qu’ils racontent avec leur langage (pas celui de l’administration) ce qui leur arrive. Non pas pour que tout rentre dans l’ordre, dans les normes, mais pour qu’ils ne soient plus des « hommes sans parole » et, au final, retrouvent une vie décente. Notre société gagnerait à reconnaître leur expérience. Souvent, la personne en précarité n’a plus confiance dans son propre savoir ; or son savoir, sa créativité (par exemple l’activité militante) enrichissent la collectivité. Or notre société reste sur son portraitrobot : travail = normalité. Les manifestants contre le CPE(2) de 2006 avaient au contraire pour slogan : « liberté, précarité, fraternité ». Si cet idéal d’égalité est compromis par la précarité, notre démocratie perd son sens. P ro p o s

re c u e i l l i s p a r C h a n t a l J o l y

(1) Éd. du Seuil. Mars 2007. 291 p (2) Contrat première embauche

« Je fais tout mon possible pour récolter des signatures de la Déclaration de solidarité auprès de collègues de travail de mon père, d’amies, de personnes de la famille. Même si les gens ne peuvent pas faire de dons pour financer votre action, je leur demande d’écrire un message pour encourager toutes ces personnes courageuses au grand cœur et pour soutenir toutes les familles de la misère, qui la vivent sans aucunement la vouloir.[…] Je m’arrange toujours, même lors de mes courses, pour faire écrire un message avec la signature de la personne. Si elle n’a pas le temps à cause du très grand nombre de clients, je la fais signer et j’écris le message qu’elle veut faire passer. Le 7 août, j’allais acheter deux petits vêtements à ma fille. J’ai trouvé la vendeuse sociable ; alors je lui ai fait connaître Atd Quart Monde. J’ai voulu, le même jour, faire signer un monsieur âgé qui me paraissait très aimable, mais il a refusé. Chacun a la liberté de faire ses propres choix. Je n’ai pas insisté et je n’étais pas déçue. Au contraire, cela m’a donné plus de courage et d’envie de récolter des signatures… Mme Angélique G. Seine-Saint-Denis


v t o e i r e r Li Mieux connaître ses droits Guide juridique contre l’exclusion

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Atd Quart Monde La loi est censée protéger ceux qui,parmi nous,sont les plus fragilisés,en particulier les personnes et familles en situation de précarité sociale. Mais comment s’y retrouver dans ce maquis touffu ? Organisé en sept parties, la famille, le logement, le travail, la consommation, le droit des étrangers, l’administration, la justice,ce guide rassemble l’essentiel des informations juridiques nécessaires. Les rubriques de chaque chapitre et l’index thématique permettent un usage rapide et facilitent la lecture.Le langage y est simple.Les notions juridiques sont explicitées.Par ailleurs,une sélection des sites internet les plus utiles est proposée à la fin. Conçu et mis à jour par une équipe de juristes,ce guide expérimenté depuis 1988 par Atd Quart Monde est un outil de référence indispensable pour les personnes qui subissent la grande pauvreté, les professionnels et les militants associatifs qui travaillent à leurs côtés.

Les cinq pierres dorées Noldi Christen Illustrations Fabienne Gallois Tous les enfants se moquent de Valéria à cause de ses lunettes et elle se referme, refuse d’aller à l’école. Sa grand-mère ne va pas laisser faire et, avec l’aide de l’institutrice, va aider les autres enfants à mieux comprendre Valéria et lui permettre de retrouver sa place, et le sourire. Éd. Quart Monde. 2007. 32 p. 5 €

C o l l e c t i o n « En un mot »

Le 17 octobre: un monde pour vivre ensemble demain Ce numéro spécial réunit des contributions qui font comprendre la réalité et la diversité des « usages » de la Journée mondiale du refus de la misère. Revue Quart Monde n° 202. Mai 2007. Éd. Quart Monde. 64 p. 7 €

Éd. Quart Monde/Éd. de l’Atelier, 23 €

Derrière les rideaux blancs

L’épine sur les roses

Jour désiré

Hélène Monnier Pendant cinq ans,l’auteur a fait la lente connaissance d’une famille. M. et Mme Côme se cachent « derrière les rideaux blancs » de leur caravane, sans leurs enfants placés d’office,loin de tout droit, de toute aide plutôt : qu’ils répugnent à quémander, au bout de la misère.

Jean-Michel Defromont Un livre pour garder trace de l’élimination d’une population que l’on précipite « dans le ravin de l’errance ». Tout dans ce texte est authentique sauf les dates, les lieux et les noms qui ont été changés pour préserver les personnes.

Patricia Pitchee-Achille Lorsque Patricia annonce à Julien et Betty, qui vivent avec sept enfants, que l’État de Maurice débloque des terrains et qu’ils peuvent devenir propriétaires s’ils se marient, l’incrédulité s’installe.Surtout qu’il y a Désiré, qui n’est pas le fils de Julien…

Éd. Quart Monde. 2007. 80 p.

Éd. Quart Monde. 2006. 80 p.

D o ns

A b on n e m e n t

A bonne ment et Vente pa r c o r r e s p o n dan c e

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c or r e sp ond a nc e

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n° 366 octobre 2007


t i a r t r Po Marco et Rosario Ugarte Implanter au Mexique un message de fraternité

Photo ATD Quart Monde/Chantal Joly

À

Si le Mexique a été choisi, c’est pour sa position stratégique: en Amérique centrale tout en étant voisin de l’Amérique du Nord. Sa capitale, Mexico City, est une des capitales les plus peuplées au monde: 30 millions d’habitants pour 60 km de large, 40 km de long. Rosario y est née à 150 km, dans l’État de Puebla. Une compatriote, directrice des programmes de l’ONU à Genève s’est investie personnellement pour leur ouvrir des portes. Avides de partager des idées avec d’autres, Marco et Rosario comptent bien continuer à apporter « leur pierre » à la lutte contre la misère.

59 et 63 ans, des âges voués à s’occuper de leurs 8 petits-enfants, Marco et Rosario Ugarte, volontaires d’Atd Quart Monde, se lancent dans une aventure: adapter au Mexique le message de paix et de fraternité du Mouvement. « Notre famille nous soutient beaucoup et nous avons les forces pour continuer », plaidaientils avant leur envol. Nous étions le 28 juin 2007. Quelques heures avant leur arrachement à la terre de France sur laquelle ils avaient passé près de trois ans et le retour à leurs racines puisque Marco est Péruvien et Rosario Mexicaine. « Nous avons beaucoup aimé la France », proclame Marco. Et il ajoute : « J’ai été touché par sa grande richesse multiculturelle. La démocratie y fonctionne, beaucoup de droits sont respectés. Reste cette contradiction incroyable : comment un pays si riche peut conserver une extrême pauvreté ? ». En passant trois ans à circuler en régions tout en étant basés au Centre international du Mouvement, dans le Val d’Oise, ils ont eu le temps de découvrir les visages spécifiques de la précarité dans un pays européen et l’égale souffrance des familles. « Le Centre international du Mouvement, à Méry-sur-Oise, permet de se rendre compte de cette universalité. C’est un lieu vivant, un lieu de formation, pas un musée. Avant nous percevions les choses par bribes. Nous avons découvert un travail commun très précis, très profond, des équipes très bien formées, des alliés engagés de manière extraordinaire. Tout cela nous a éclairés » explique Marco. « Au Pérou, les documents étant en français, nous agissions à l’intuition. Venir en France nous a permis de renforcer ce que nous avions appris mais avec une ligne directrice, une philosophie. Ce fut une école d’expériences. Quelle opportunité, par exemple, de découvrir les vacances familiales* ! » s’exclame Rosario. Pour Marco, la chance n° 1 fut de participer à l’installation puis à l’inauguration du Centre international Joseph Wrésinski à Baillet-en-France (voir FdR n° 360). « La vie de toutes les familles pauvres de tous les continents va rester. C’est un lieu unique, historique, un lieu pour l’humanité », s’enflamme l’ancien professeur d’Université, sensible au fait que cette mémoire sera disponible aux universitaires. Son immersion aux sources d’Atd Quart Monde a été d’autant plus émouvante que Marco avait rencontré personnellement son fondateur, en juin 1987. Le 11 février 2003, à Angers, invité à un séminaire international sur Joseph Wrésinski, il témoignait : « Le père Joseph ne nous donne pas de recettes que nous devrions suivre. Il ne propose pas un modèle à copier. Cependant il nous invite à nous poser des questions et à chercher des réponses au problème de la misère à partir de notre propre réalité sociale et culturelle ». Marco, ancien marxiste très actif dans la lutte des paysans pauvres pour la récupération de leurs terres, s’est remis totalement en question. Aujourd’hui, il entend construire « une autre civilisation, non pas à partir de la lutte des classes mais à partir de la fraternité ». Après avoir fait grandir le Mouvement au Pérou, passé le relais (l’équipe actuelle comprend, du reste, leur fils Alberto), et pris du recul, c’est ce message qu’il entend faire rayonner pour la région Amérique latine et Caraïbes. Marco et Rosario ont eu le temps, en France, d’écrire le récit d’une famille dont ils ont été proches durant 13 ans au Pérou. Ils s’installent au Mexique avec un projet « porté par tout le volontariat »… et 14 boîtes de documents (livres, vidéos, CD…), fiers et confiants. Le « rêve » va devenir réalité. C h a n t a l *La maison de la Bise, dans le Jura, fondée par Atd Quart Monde, accueille des familles qui ne sont jamais parties en vacances

Résistances n° 4 est arrivé !

R é s i s t a n c e s

J o l y

BON DE COMMANDE

C’est un bon cru. Coloré. Vivant. Mobilisateur. Gratuit. Grand public. Le nouveau Journal du refus de la misère édité par Atd Quart Monde en partenariat avec Amnesty International et le Secours Catholique est paru.Les rédacteurs (des journalistes de la presse nationale travaillant bénévolement) ont veillé particulièrement à croiser les témoignages de personnes qui souffrent d’exclusion avec ceux qui les soutiennent dans l’accès à leurs droits et au respect de leur dignité. Au sommaire des 16pages:des «Paroles de «sans-voix»,des regards de philosophes, des chiffres… Et des reportages: l’histoire de solidarité d’une personne en difficulté qui en a hébergé une autre,l’engagement d’un enseignant qui a choisi de vivre dans un quartier difficile, le combatde personnes à la rue pour enterrer dignementcertains d’entre elles, le récit d’une co-formation entre personnes en précarité et personnels de santé,etc. Édité à 1.500.000 exemplaires,Résistances sera distribué dans 6000 bureaux de poste.Mais nous avons besoin plus que jamais du plus grand nombre pour une large diffusion dans le voisinage, avant et pendant la Journée mondiale du refus de la misère. Nous comptons sur vous pour trouver mille et une manières originales pour le faire lire,photocopier, organiser des échanges autour des articles afin de se donner des idées et du courage.

8.

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Pour le groupe de ou pour M. ou Mme : ................................................... ................................................... Adresse: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ................................................... Code Postal: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Ville: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Tél.: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Mail: . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Nombre de Résistances commandé: (minimum par 50) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Bon à renvoyer à: Équipe Résistances Atd Quart Monde 33, rue Bergère 75009 Paris ou resistances@atd-quartmonde.org Plus d’informations sur www.refusonslamisere.org

Feuille de route - Quart Monde n°366  

Mensuel d'information du mouvement international ATD Quart Monde

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