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La ville intelligente en partage Binh An Vu Van Journaliste scientifique

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La révolution du télétravail annoncée ne s’est pas concrétisée. Une entrepreneure veut la catalyser en secouant le marché immobilier pour transformer en profondeur la façon dont les Montréalais travaillent, créent, se déplacent et vivent.

our régler le problème du transport dans et vers la métropole, les discussions vont bon train. Faut-il investir afin de mettre plus d’autobus en circulation ? Un système léger sur rail (SLR) représente-t-il la bonne avenue ? Devrait-on ressusciter le tramway ? Faut-il construire plus de routes ? Pourtant, nous avons d’ores et déjà toutes les cartes en main pour résoudre en partie ce problème, croit Louise Guay, présidente du Living Lab de Montréal, une femme à l’énergie hors du commun qui se qualifie d’« entrepreneure en série ». Elle propose de voir cette pathologie des transports par l’autre extrémité de la lorgnette et de transformer la ville « en repensant la façon de concevoir l’espace de travail ». « Le 9 à 5, c’est tellement XXe siècle ! Le travail n’est plus un lieu, mais un ensemble de tâches qui peuvent être accomplies à des heures variables, n’importe où à partir d’un simple ordinateur portable », expliquet-elle. Ce que propose Mme Guay, c’est de mettre en partage un réseau de bureaux de cotravail qui, à terme, s’étendrait à toute la province. Les travailleurs autonomes, les entrepreneurs et, un jour, espèret-elle, les salariés pourraient réserver ces espaces sur le Web, un peu comme on loue aujourd’hui une voiture en libre-service. La journée même, l’usager n’aurait qu’à déverrouiller la porte avec une carte à

puce pour accéder à des locaux modernes, professionnels, entièrement équipés : salle de réunion, meubles robustes, connexion Internet haute vitesse, cafetière, etc. Chaque emplacement serait composé de bureaux individuels, de salles de collaboration et d’échanges. Bref, ces bureaux, situés ni à la maison ni au travail, deviendraient une nouvelle forme de « tiers lieux » pour professionnels. Pour les travailleurs, ces locaux de cotravail offriraient la flexibilité voulue pour gagner leur pain où bon leur semble – cela facilitant la conciliation travailfamille –, améliorer leur productivité en réduisant les temps de déplacement et permettre de rencontrer des gens de tous les horizons afin de favoriser la collaboration et les échanges. Pour les employeurs et les exploitants d’emplacements commerciaux, ce serait un moyen d’optimiser l’usage de leurs locaux et d’augmenter leurs revenus : « Les bureaux d’entreprise sont occupés dans une proportion moyenne de 30 % du temps total disponible, observe Louise Guay. Ils pourraient l’être le soir, la fin de semaine et même la nuit, pour permettre une multitude d’initiatives locales : des formations, des rencontres et des usages encore à imaginer. » Les entreprises, souvent obligées d’entretenir des locaux sous-utilisés qui gonflent leurs frais fixes, pourraient plutôt payer ces bureaux mobiles à leurs employés.

monique richard

« Le 9 à 5, c’est tellement XXe siècle ! Le travail n’est plus un lieu, mais un ensemble de tâches qui peuvent être accomplies à des heures variables, n’importe où à partir d’un simple ordinateur portable. » louise guay Présidente Living Lab de Montréal

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immobilier commercial : : décembre – janvier 2015

Immobilier commercial volume 7 - numéro 6  

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