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artiste en rĂŠsidence pollen monflanquin 2011

jannick guillou


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(Fig. 1) Choisir le costume adéquat et augmenter sa capacité de détachement


(Fig. 2) Simuler une noyade lente


(Fig. 3) Faire des gestes caressants pour chasser la peur.

[Retourner la tête et le corps. Coudre à la main l’arrière-tête au dos au point arrière, selon les repères marqués. Puis rembourrer la tête et le corps. Penser que l’on mérite mieux. Fermer la fente du cou au point de matelas. Broder le nez au passé plat serré, disposition des points. Ranger les clichés du ciel de façon chronologique dans un classeur prévu à cet effet.]


il dit : (Fig. 4)


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(Fig. 4) je_te_ [corps/sage]

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elle répond : Je n’ai pas la méthode… (Fig. 6) ... et encore moins la patience pour cela ! (Fig. 6 ~ bis)

[Fendre dans la longueur entre les deux pièces, à chaque extrémité de la fente, entailler en biais vers les extrémités de couture en veillant à ne sectionner ni la patte ni le fond de poche. Offrir des cadeaux personnalisés et se rendre indispensable. Retourner la ceinture sur l’endroit, fermer à la main la partie laissée ouverte. Aimer la mer de façon maladive.]


(Fig. 6)

S’appliquer à faire sans...


(Fig.6 ~ bis)

Ou_changer la couleur de la mer


(Fig. 7)

Faire semblant d’apprÊcier le changement de saison


(Fig. 9)

Garnir sa vie de coussins.


(Fig. 10)

Frôler l’étouffement.


il répète : il faut_il semblerait qu’il faille : (Fig. 11 et 11 ~ bis)

[Passer la main entre la doublure et la robe, saisir les bords d’épaule, les ressortir à l’extérieur. Prévenir la frustration. Coudre les épaulettes en place. Être une surface lisse, sous entendu le contraire. Aux deux bords de la jupe, replier les surplus, les piquer de façon rabattue. Chercher le fil rouge.]

(Fig. 11)

Faire preuve d’une implication totale


(Fig. 11 ~ bis)

Être “Dans” et “Avec”


(Fig. 12)

Arrondir les angles pour obtenir un cercle parfait

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(Fig. 12 ~ bis)

DĂŠcomposer son mouvement avec prĂŠcaution


Car nous sommes tout à la fois indivisibles…

… et pulvérisés.


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[mais comme Ă  son habitude] il/elle part_donne : (Fig. 13 et 13 bis )

(Fig. 13)

Inciser les paupières selon la courbe tracÊe par le pli


(Fig. 13 ~ bis)

Rendre les confrontations confortables


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[Si poche à pattes prise dans les coutures, plier les pattes en deux pour superposer ses grands bords, l’endroit à l’intérieur, piquer chaque extrémité. Ne jamais transparaître. Retourner les pattes sur l’endroit, repasser.] 

7e


Étrange ouvrage que ce petit livre, si difficile à saisir malgré l’évidente clarté de ses épures et la sobriété de sa palette. En s’entrelaçant au gré des pages, fragments de patrons de vêtements, compositions graphiques et textes modèlent un objet éditorial hybride, échappant aux genres classiques tout autant qu’à la circulation livresque habituelle. Tout à la fois roman minimal, recueil d’impossibles ouvrages pour dames et carnet de recherches graphiques, Simuler une noyade lente croise en effet des univers a priori déconnectés, appelant à l’intermodalité d’un lecteur-créateur. Il reflète les mondes de l’artiste, et notamment son intérêt pour les formes contemporaines d’écriture et leurs potentialités cinématographiques, les plans de montage et les notices, ainsi que les bijoux graphiques, délicats édifices jouant des lignes, motifs et couleurs. Synthèse de plusieurs modèles, Simuler une noyade lente renvoie ainsi tout autant à l’inventivité des formes actuelles du catalogue d’artiste (1) qu’aux interrogations nées de l’usage des nouvelles technologies numériques (de la manipulation infinie des images au format décousu de l’hypertexte). Sans être rétrospectif, ce catalogue fait apparaître, comme des flashs graphiques, les créations antérieures de Jannick Guillou. Les éléments convoqués sont montrés de manière éclatée et n’appartiennent pas systématiquement au même registre ; de leur confrontation naît un rébus dont la réponse est ouverte. Dès la couverture, l’artiste réunit d’ailleurs avec un certain amusement différents langages graphiques : une main en pictogramme semble dessiner le tracé délicat d’une grille, traduction visuelle d’un système numérique complexe normalement irréalisable à la main et écho contemporain aux célèbres Mains se dessinant d’Escher. Dans l’angle

opposé, tel un anarchique noeud numérique généré par un bug informatique, une ellipse blanche “exécutée à la main” sur ordinateur a proliféré dans tous les sens avant d’avoir été arrêtée, catastrophe graphique silencieuse capturée en pleine explosion. Jannick Guillou entreprend la réalisation de ce catalogue après sa résidence à Pollen en 2011. Pendant son séjour à Monflanquin, elle travaille sur le projet des Indivisibles et …. (“Car nous sommes tout à la fois indivisibles et pulvérisés”, dans son appellation in extenso). Superposant à la photographie d’un paysage une grille noir et blanc au dessin complexe, l’artiste en extrait une série de taches de couleur. L’éclatement des formes brouille toute identification, la grille devient invisible et le paysage-source méconnaissable. Le titre de l’oeuvre, géolocalisation chiffrée, en est le seul indice. Le patient travail de réalisation disparaît même dans l’aléatoire d’une forme presque banale. Sous l’apparence joyeuse du papillonnement coloré et faussement libre des Indivisibles point le cauchemar d’un monde aseptisé (les couleurs sont numériques et irréelles, sans nuance, égales) et arbitrairement cloisonné. “C’est comme si je réduisais le paysage à un pictogramme, comme si je lui retirais ce qui fait son essence, son caractère réaliste et photographique, sa magie. Mais en opérant cette re-composition du paysage, je le déplace et l’introduis dans une scénographie complexe où le décor est posé par une série d’informations succinctes, ouvrant le champ à une interprétation plus subjective de l’espace qui nous entoure.” (Jannick Guillou) Pour son exposition de fin de résidence à Pollen, La surface lisse, Jannick Guillou traduit dans un univers en trois dimensions ses recherches graphiques et scénographiques. Sur les plinthes, murs et plafonds


de l’espace d’exposition courent à la fois des patrons de vêtements agrandis et un long texte. Agglomérat de phrases tirées de méthodes de couture, recomposées et complétées d’intrus (mots ou expressions), puis à nouveau scindées pour habiter les murs, ce dernier commence ainsi : “ Épingler l’empiècement dos extérieur endroit contre endroit et l’empiècement dos intérieur endroit contre envers sur le bord supérieur du dos. Anticiper ses regrets. Piquer. Rabattre. Faire des gestes caressants pour chasser la peur...” Dans ses fragmentations, ses décalages, ses juxtapositions, ses formules à l’emporte-pièce et ses jeux de mots parfois noirs, Jannick Guillou pose une écriture contemporaine héritière des textes de Jacques Prévert, Eugène Ionesco, Georges Pérec ou Jenny Holzer. Avec ces mots, et ces patrons éclatés, elle tisse le fil d’un “faux-dialogue” dans l’espace d’exposition, comme elle le fera dans la publication. Surgit alors en creux et sans qu’elle soit véritablement racontée la relation entre deux protagonistes, un “il” et une “elle” “qui se répondent et semblent vouloir coudre/découdre/recoudre leur relation”. Au sol, et sur la vitrine de Pollen, Jannick Guillou a placé les fragments d’une maquette de cheval ; elle a transposé à échelle 1/1 les éléments d’un kit de construction miniature en bois. L’éclatement des morceaux sur les fenêtres de façade les rend très difficiles à identifier ; “un élément seul n’est pas fort et n’a de fonction que s’il agit au sein d’un groupe, il est une partie d’un tout. Montrer l’animal fragmenté/explosé et donc inanimé est une manière de mettre en scène une forme de fragilité que je trouve fascinante. Le dialogue comme il est présenté dans publication, éparse, devient distendu dans le temps, les paroles sont isolées, presque sans écho, renforçant le caractère laborieux d’un

dialogue déjà inutile.” (Jannick Guillou). Les fenêtres deviennent ainsi les vitrines d’une abstraite boucherie chevaline. Au sol, la superposition des couches de l’équidé constitue un début de relief ; la reconnaissance est aisée, même si elle reste suggérée. La mise à l’horizontale et le spectre de couleurs choisi pour les tranches supérieures peintes (allant du vert au rouge) rappellent les cartes météorologiques. La schématisation par strates des cartographies est pour l’artiste à l’image de ces “couches” séparant notre corps du reste du monde (vêtements, murs des bâtiments, territoires), transposables en autant de “frontières graphiques” (patrons, plans, tracés). Si Hundertwasser proclamait en 1967 le droit de l’homme à la libre intervention sur sa maison, sa “troisième peau” après l’épiderme et le vêtement, pour Jannick Guillou, il ne s’agit pas tant de raviver une liberté perdue que de décortiquer les relations de l’homme à son environnement, d’en peler les couches, et d’en révéler la beauté cachée. Ainsi, sans proposer un nouveau modèle de société ou de vie, elle souligne tout autant la superficialité de ces strates réduites à des formes abstraites, motifs flottant dans l’espace de l’exposition ou celui de la publication, que leur esthétique. Le “ping-pong” induit entre les différents éléments joue sur les sensations et les images mentales ; il nourrit les échanges “si faciles à défaire, à délier, à découdre” d’une société fondamentalement liquide (Zygmunt Bauman). Camille de Singly, 6 novembre 2012 (1) On se souviendra par exemple du Wang Du Magazine en 2001, ou plus récemment du surprenant Emmentaliste de Gilles Barbier et Winshluss (Centre d’Art de Colomiers, 2012).


Jannick Guillou Née en 1982 Cette édition a été réalisée dans le prolongement de son séjour en atelier résidence à Monflanquin du 15 février au 15 mai 2011 et de l’exposition qui a été présentée à Pollen du 13 mai au 10 juin 2011. jannick.guillou@gmail.com http://jannickguillou.net


Plate-forme d’échange et lieu d’expérimentation Pollen accueille depuis 1991 en Lot-et-Garonne des plasticiens contemporains de tous horizons et toutes nationalités. Dans un contexte propice à l’accomplissement et l’approfondissement d’un travail, Pollen permet de réaliser un projet spécifique ou de poursuivre une recherche personnelle. L’association propose un “terrain d’essai” et un accompagnement susceptibles de nourrir le travail et la démarche des artistes. C’est un programme singulier qui ne pose ni l’exposition ni l’édition réalisées en fin de séjour comme des objectifs, mais comme des outils. C’est une expérience nourrie de contacts avec d’autres artistes, le public, des scolaires, des opérateurs culturels… Les artistes bénéficient d’une allocation de travail et de séjour, d’un atelier individuel et d’un logement équipé durant des périodes de résidence proposées de mi-septembre à mi-décembre et de mi-février à mi-mai. PÔLE REGIONAL DE RESSOURCES ARTISTIQUES ET CULTURELLES inscrit dans la CONVENTION EDUCATIVE DEPARTEMENTALE, Pollen associe à son programme de soutien à la création contemporaine, un catalogue d’actions de sensibilisation aux arts plastiques : circulation d’expositions thématiques, ateliers artistiques, visites guidées d’expositions, conférences, interventions pédagogiques en milieu scolaire... Pollen bénéficie du soutien du Ministère de la Culture et de la Communication (DRAC Aquitaine), du Conseil régional d’Aquitaine, du Conseil Général de Lot et Garonne, de l’Inspection Académique de Lot-Et-Garonne, de la Communauté de Communes Bastides Et Châteaux En Guyenne, de la mairie de Monflanquin et d’un partenariat avec la Winery, site d’œnotourisme à Arsac-En-Médoc et du Groupe Reprint, imprimeur à Toulouse. Pollen remercie : Jean-Paul GODDERIDGE, Directeur Régional des Affaires Culturelles d’Aquitaine, Alain ROUSSET, Président du Conseil Régional d’Aquitaine, Pierre CAMANI, Président du Conseil Général de Lot-et-Garonne, Frédéric VILCOCQ, Délégué à la Culture et à l’Économie Créative au Conseil Régional d’Aquitaine, Claire PASUT, Présidente de la Commission Culture, Conseil Général de Lot-et-Garonne, Francis BORDES, Maire de Monflanquin et l’ensemble du Conseil Municipal de Monflanquin Bertrand FLEURY, Conseiller pour les Arts plastiques, DRAC Aquitaine, Luc TRIAS, Conseil Régional d’Aquitaine, Catherine LAFABRIE, Service Culture, Conseil Régional d’Aquitaine Marcel CALMETTE, Conseiller Général de Lot-et-Garonne, Michel GALVANE Directeur du Service Culture et

Patrimoine, Conseil Général de Lot-et-Garonne, Elodie PIGNOL Attachée de conservation du patrimoine Service Culture et Patrimoine Conseil Général de Lot-et-Garonne, Emmanuelle THUONG HIME, Directrice de la culture, Conseil Régional d’Aquitaine Edith WEICK Conseiller Municipal de Monflanquin, Claire VIDAL, Maire Adjoint de Monflanquin, Déléguée à la Culture, Nathalie FOUNAUDVEYSSET, Conseiller Municipal de Monflanquin Françoise LABORDE, Présidente de la communauté de Communes Bastide et Châteaux en Guyenne Benoît GRANDCHAMP, Céline HUERTAS et l’équipe de REPRINT / PARCHEMINS DU MIDI, Louis JOSÉ et l’équipe des services techniques de MONFLANQUIN, Jean-Claude MERLE ébéniste à Monflanquin ainsi que : Didier ARNAUDET, Bertrand BONNEFON, Nathalie HERARD, Elisabeth MAGNE, Marie Dominique NIVIERE, Benjamin DUFOUR et Charlotte PUERTAS pour leur participation au comité de sélection de Mai 2010 Jannick Guillou tient à remercier particulièrement : Evgenija Wassilew, Jean-Claude Merle pour son aide précieuse, Patrick, Denis, Sabrina et Alexandre, Camille de Singly, les compères Dominique et Jean-Claude, Dominique Delpoux, Delphine et Sylvain, Karim, AnneMarie et Alain Guillou. Association POLLEN Président : Patrick Nicolas Vice Présidente Marie-Thérèse François-Poncet Secrétaire : Didier Arnaudet Trésorier : Michèle Weber Responsable de la médiation auprès des publics : Sabrina PREZ Direction : Denis DRIFFORT POLLEN 25, rue Sainte-Marie 47150 MONFLANQUIN (FR) Téléphone : (00 33) 05 53 36 54 37 www.pollen-monflanquin.com contact@pollen-monflanquin.com


Simuler une noyade lente  

Cette édition a été réalisée dans le prolongement de son séjour en atelier résidence à Monflanquin du 15 février au 15 mai 2011 et de l’expo...

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