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M E R RY G E N T RY 4 LES ASSAUTS DE LA NUIT


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M E R RY G E N T RY 4 LES ASSAUTS DE LA NUIT

TRADUIT DE L’AMÉRICAIN PAR LAURENCE LE CHARPENTIER


Titre original A STROKE OF MIDNIGHT Originally published in hardcover by Ballantine Books, an imprint of the Random House Publishing Group, a division of Random House, Inc., New York.

© 2005 by Laurell K. Hamilton Pour la traduction française © Édition J’ai lu, 2010


Pour J., qui me retient par la main et le cœur ; m’aidant à explorer les ténèbres sans que j’y demeure.


REMERCIEMENTS

À tous mes amis, écrivains comme non-écrivains, qui m’aiment encore, même si, depuis quelque temps, la plupart de nos conversations téléphoniques débutent toutes invariablement par : « Bonjour, Étranger. » En espérant vous voir plus souvent très bientôt.


Chapitre 1

Dieu, comme je déteste ces conférences de presse ! Et d’autant plus quand je suis obligée de camoufler une bonne part de vérité. L’ordre venant de la Reine de l’Air et des Ténèbres, la Souveraine de la Cour sombre de la Féerie. Les Unseelies ne sont pas une puissance à contrarier, même si je suis leur Princesse-Fey. Je suis la nièce de la Reine Andais, un lien de parenté qui ne m’a jamais apporté grand-chose. Et me voilà, souriant à ce mur quasi solide de reporters, m’efforçant à grand-peine de ne pas laisser mes pensées transparaître sur mon visage. La Reine n’avait encore jamais autorisé l’entrée d’autant de journalistes humains à l’intérieur de la colline creuse des Unseelies, notre sithin et refuge, où il était préférable de ne pas laisser entrer la presse. Mais en raison d’une récente tentative d’assassinat à l’aéroport, durant laquelle on avait presque réussi à me descendre, cette invasion médiatique était le moindre des maux. La théorie étant qu’à l’intérieur du sithin, notre magie me protégerait bien plus efficacement. Notre chargée des relations publiques à la Cour, Madeline Phelps, pointa du doigt un premier journaliste et l’interrogatoire put commencer. 11


— Princesse Meredith, hier, vous aviez le visage ensanglanté, mais aujourd’hui, la seule blessure apparente semble être votre bras en écharpe. Où sont les autres ? Mon bras gauche était en effet maintenu par une attelle verte, quasiment assortie à ma veste de tailleur. J’étais habillée dans les tonalités de Noël, du solstice d’hiver, rouge et vert. Des couleurs gaies et parfaitement de saison. Mes cheveux d’un rouge plus foncé que mon chemisier constituaient ma caractéristique physique la plus unseelie. Mes cheveux Sidhe Écarlate me donnaient fière allure toute vêtue de noir. Et non pas du mordoré ou roux orangé des cheveux humains. La veste faisait ressortir le vert que recélaient deux des trois cercles de mes iris, celui d’or étincelant parfois à la lumière des flashs comme s’il était véritablement métallique. Mes yeux étaient purement Sidhe Seelie, le seul détail de ma physionomie indiquant que ma mère venait de la Cour Dorée. Du moins en partie. Je n’avais pas reconnu le journaliste qui venait de me poser cette question. Un nouveau visage pour moi, certainement débarqué la veille. Et étant donné que la tentative d’assassinat s’était produite en direct sous les objectifs des médias, eh bien, nous avions été dans l’obligation de refuser l’entrée à certains reporters, la salle principale n’aurait pas pu en contenir davantage. Je participais à ce genre d’événements médiatiques depuis mon enfance. Et celui-ci était jusqu’à présent le plus animé, après la conférence de presse qui avait suivi l’assassinat de mon père. On m’avait appris à faire usage du prénom des journalistes si j’en avais connaissance, mais face à celuilà, je ne pouvais que me contenter de sourire en répondant : — Il ne s’agit que d’une entorse. Je l’ai échappé belle. 12


En vérité, mon bras ne s’était pas retrouvé esquinté lors de cet attentat à ma vie qui avait été filmé. Non, il s’était retrouvé amoché lors du second, ou était-ce le troisième, qui s’était produit dans la foulée. Ces deux-là avaient cependant eu lieu à l’intérieur du sithin, où j’étais supposée être en sécurité. La seule raison pour laquelle la Reine et mes gardes du corps m’y croyaient plus à l’abri qu’à l’extérieur, dans le monde des humains, était que nous avions arrêté les responsables. Ces traîtresses, dont l’une avait été tuée, avaient organisé des tentatives de meutre contre moi, mais également contre la Reine. Nous avions frôlé de près un coup d’État en plein palais, un putsch dont les médias n’avaient pas le moindre indice. Nous méritions bien l’un des anciens noms désignant les Feys : le Peuple Secret. — Princesse Meredith, était-ce votre sang qui maculait hier votre visage ? Il s’agissait cette fois d’une femme, dont je connaissais le prénom. — Non, lui répondis-je. Je ne pus réprimer un sourire sincère à la vue de sa mine dépitée alors qu’elle constatait qu’elle n’allait sans doute obtenir qu’une réponse laconique. — Non, Sheila, ce n’était pas le mien. Elle me sourit, toute blonde et plus grande que je ne le serais jamais. — Puis-je développer ma question, Princesse ? — Allons, allons, intervint Madeline, une question par personne. — Ça ira, Madeline, lui dis-je. Notre attachée de presse se tourna alors pour me dévisager; elle tourna le commutateur du micro fixé à sa ceinture pour l’éteindre. Je saisis l’occasion pour recouvrir le mien de la main et me décaler sur le côté. Madeline se pencha en travers de la table. Sa jupe était assez longue pour qu’elle ne coure pas le risque 13


de s’exhiber devant les reporters regroupés au pied de l’estrade. La longueur de l’ourlet était complètement à la mode, tout comme sa couleur. Une partie de son travail consistait à prêter attention à ce qui était branché ou ringard. Elle était notre mandataire humaine, bien plus que n’importe quel ambassadeur envoyé par Washington. — Si Sheila a l’opportunité de développer sa question, alors ils en feront tous autant. Ce qui compliquera tout, pour vous comme pour moi. Elle avait raison, mais… — Mentionnez qu’il s’agit d’une exception. Puis poursuivons. Elle me considéra en arquant ses sourcils parfaitement épilés, avant de dire : — OK. Puis elle ralluma son micro en se retournant vers eux, tout sourire. — La Princesse autorise Sheila à lui poser une autre question, mais ensuite, vous serez dans l’obligation de vous plier au règlement initial : une seule par personne, annonça-t-elle. Puis elle pointa le doigt vers Sheila en lui notifiant son assentiment d’un signe de tête. — Je vous remercie de me permettre de développer ma question, Princesse Meredith. — Je vous en prie. — S’il ne s’agissait pas de votre sang hier, alors d’où provenait-il ? — De mon garde du corps, Frost. Les flashs se mirent soudain à crépiter et je m’en retrouvai aveuglée. Mais l’attention générale s’était portée dans mon dos. Vers mes gardes, alignés contre le mur en rang d’oignons. Ils se déployaient en arc de cercle jusqu’au pied de la table, vêtus de costumes de marque, d’armures intégrales, en passant par l’accoutrement du type adepte des night-clubs tendance 14


gothique. L’unique accessoire en commun de toutes ces tenues diverses et variées était l’artillerie. Hier, nous nous étions efforcés de rester discrets à ce sujet, la moindre bosse gâchant la ligne impeccable d’une veste, et aucune arme n’avait été ostensiblement visible. Mais aujourd’hui, les vestons et les manteaux étaient truffés de revolvers, également portés bien visibles, ainsi que des épées, des dagues et des haches, sans oublier des boucliers. Le nombre de gardes qui m’entouraient avait également plus que doublé. Je jetai un coup d’œil à Frost par-dessus mon épaule. La Reine m’avait interdit tout favoritisme parmi mon escorte. Allant même jusqu’à gentiment me demander d’éviter de lancer de longs regards à certains plus qu’à d’autres. J’avais trouvé cette requête plutôt bizarre, mais elle était la souveraine, et la contredire était à vos risques et périls. Je n’en jetai pas moins brièvement un coup d’œil derrière moi, à Frost, qui après tout m’avait sauvé la vie. Ne méritait-il pas de ce fait un regard ? J’aurais toujours pu justifier vis-à-vis de la Reine, ma tante, que la presse trouverait curieux si je l’ignorais en beauté. C’était la vérité, mais je le regardai en fait parce que j’en avais envie. Sa chevelure argentée lui retombait jusqu’aux chevilles avec toute la brillance et l’aspect métallique des guirlandes de Noël, mais je savais qu’elle était douce et vivante. Elle me donnait une sensation de chaleur intense lorsqu’il la faisait se répandre sur mon corps. Il avait repoussé ses longues mèches de son visage, retenues par une barrette taillée dans de l’os. Ses cheveux étincelaient en voltigeant autour de son costume Armani gris charbon ajusté sur mesure à sa large carrure athlétique. Il avait également été confectionné afin de pouvoir y dissimuler un revolver et une ou deux dagues, mais pas pour planquer un flingue sous chaque bras, ni une 15


épée courte sur la hanche, rangée dans son fourreau en cuir sanglé serré contre sa cuisse. La poignée d’une autre émergeait au-dessus de l’une de ses épaules au travers du déploiement scintillant de sa chevelure. Il semblait « hérissé » de lames, et Frost était toujours muni d’autres armes qu’on ne pouvait voir. Aucun costard n’aurait pu recouvrir un tel arsenal tout en conservant une ligne impeccable. Il ne pouvait plus boutonner sa veste, et les revolvers, épées, ainsi qu’un poignard, étincelèrent sous les flashs. La pièce fut brusquement envahie d’appels scandant son nom, « Frost ! Frost ! », tandis que Madeline sélectionnait la question suivante. Venant d’un homme, un autre qui m’était inconnu. Il n’y avait rien de mieux qu’une tentative d’assassinat pour attirer les médias. — Frost, avez-vous été grièvement blessé ? Frost dépassant de peu le mètre quatre-vingts et le micro ayant été réglé pour moi, assise, il dut se pencher, particulièrement bas. Avec n’importe quelle arme, il était distingué. Mais, à cet instant, si près du micro, qu’il avait l’air empoté ! Je me demandai s’il avait déjà eu affaire à ce type d’équipement, puis il répondit à la question de sa voix profonde : — Je ne suis pas blessé. Avant de se redresser de toute sa hauteur, et je pus percevoir sur son visage un certain soulagement. Il se détourna des appareils photo, comme s’il pensait s’en tirer à si bon compte. Je savais parfaitement qu’il n’en serait rien. — Mais n’était-ce pas votre sang sur la Princesse ? Sa main agrippa le pommeau de son épée courte. Un signe indéniable de nervosité quand cela n’était pas nécessaire en soi. Il se pencha à nouveau audessus du micro, et cette fois se cogna contre mon épaule mal en point. Je doutais fort que la presse ait 16


pu repérer un tressaillement aussi imperceptible, mais, même pour Frost c’était bien trop maladroit suffisamment pour le mentionner. Il plaqua une main sur la table pour se retenir, tentant de retrouver son équilibre. Il tourna vers moi ses yeux du gris d’un ciel hivernal, me lançant un regard qui s’enquérait silencieusement : « Est-ce que je t’ai fait mal ? » J’articulai : « Non. » Il laissa échapper un soupir soulagé avant de s’incliner à nouveau vers le micro. — Oui, c’était mon sang. Sur ce, il se redressa, le dos bien droit, comme s’il pensait que cela leur suffirait. Mais il aurait dû mieux les connaître. Il avait rempli au fil des ans la fonction d’ornement musclé au service de la Reine lors de bon nombre de ces rencontres événementielles pour savoir qu’il avait été juste un peu trop concis. Au moins, il ne tenta pas cette fois de retourner à sa place. Le prochain était un journaliste que je connaissais, Simon McCracken. Il couvrait depuis des lustres tout ce qu’il se passait aux Cours de la Féerie. — Frost, si vous n’êtes pas blessé, alors d’où venait votre sang et comment s’est-il retrouvé sur la Princesse ? Il savait comment formuler à la perfection sa question, celui-là, pour nous empêcher de tourner autour du pot en faisant des claquettes. Les Sidhes ne mentent jamais. Nous peignons simplement la vérité de rouge, de pourpre et de vert, tout en convainquant la galerie que le noir est blanc, mais sans vraiment recourir au mensonge délibéré. Frost se pencha à nouveau vers le micro, s’appuyant d’une main sur la table. Il s’était rapproché imperceptiblement de moi, si près que les jambes de son pantalon vinrent frôler ma jupe, son épée presque coincée entre nos corps. Ce qui craignait s’il était dans 17


l’obligation soudaine de la sortir de son fourreau. Observant sa main sur la table, si large et puissante, je remarquai que l’extrémité de ses doigts s’était marbrée. Il s’agrippait à la table comme on s’accroche à un micro quand on a le trac. — On m’a tiré dessus. Il dut s’éclaircir la gorge avant de poursuivre. J’eus juste le temps d’entrapercevoir ce profil parfait en tournant rapidement la tête, et réalisai qu’il s’agissait de bien plus qu’une petite angoisse. Frost, le Froid Mortel de la Reine, avait la trouille ! Avait la trouille de parler en public. Oh, sacré bon sang ! — J’ai guéri. Mon sang a jailli sur la Princesse lorsque je l’ai protégée de mon corps. Il s’apprêtait à se redresser, lorsque je lui touchai le bras. Puis je recouvris le micro de la main et me penchai plus près de lui. Je pris une profonde inspiration en aspirant l’odeur émanant de sa peau, avant de lui chuchoter au creux de l’oreille : — Agenouille-toi ou assois-toi. Il souffla un bon coup au point que ses épaules tressaillirent, avant de prendre place sur un genou à mon côté. Je rapprochai le micro un peu plus de lui. Puis je fis glisser ma main sur la courbe de son dos, sous sa veste, juste en dessous de la courbure du grand fourreau de son épée qu’il portait au côté. Lorsque nous autres les Feys, quels qu’ils soient, sommes en proie à une certaine nervosité, nous nous réconfortons en nous touchant. Les puissants Sidhes eux-mêmes se sentent revigorés après le plus léger contact tactile, bien que nous ne l’admettions pas tous, de crainte d’estomper la ligne de démarcation entre la royauté et les roturiers. J’avais trop de sang fey inférieur dans les veines pour m’en préoccuper plus que ça. Je sentis que la sueur commençait à lui couler le long de l’échine. 18


Madeline avait entrepris de se rapprocher de nous. Ce que je désapprouvai de la tête. Elle m’adressa un regard interrogateur, mais sans faire aucun commentaire, suscitant une nouvelle question parmi la foule de journalistes. — Vous vous êtes donc pris une balle pour protéger la Princesse Meredith ? Je me penchai vers le micro, en rapprochant mon visage de Frost autant que possible, le frôlant délicatement, afin de ne pas le barbouiller de maquillage. Les appareils photo semblèrent exploser en vifs éclats à la blancheur lumineuse. Frost sursauta et j’étais certaine que ce mouvement serait perçu par les appareils. Eh bien ! Nous étions aveuglés, la vision brouillée par des éclairs en pointillés blancs et bleus. Ses muscles se contractèrent, ce qui m’aurait totalement échappé si je ne l’avais pas touché. — Salut Sarah ! Eh oui, il s’est pris une balle à ma place, répondis-je. Je crus entendre Sarah me saluer en retour d’un « Salut, Princesse ! », mais je n’en étais pas sûre étant donné que ma vision oculaire laissait quelque peu à désirer et que le brouhaha de tant de voix rendait ma perception auditive plus que confuse. Faire usage de leurs noms, si je les connaissais, détendait l’atmosphère, rendant les relations plus amicales. Une ambiance cordiale plus que nécessaire lors d’une conférence de presse. — Frost, avez-vous eu peur ? Il se détendit imperceptiblement contre moi, entre le contact de ma main et de ma joue. — Oui, répondit-il. — Peur de mourir ? lança quelqu’un sans être invité à l’ouvrir. Frost répondit cependant à cette question non sollicitée : — Non. 19


Madeline fit intervenir un autre journaliste, qui demanda : — Alors de quoi aviez-vous peur ? — J’avais peur que Meredith soit blessée. Il s’humecta les lèvres, puis se contracta à nouveau. Je réalisai qu’il m’avait appelé par mon prénom en omettant mon titre. Un faux pas pour un garde du corps, mais évidemment, il était bien plus que ça. Chaque homme de mon escorte était théoriquement engagé dans la course pour devenir mon prince charmant. Mais étant Sidhes, nous ne nous marions qu’en cas de grossesse. Un couple stérile n’est pas autorisé à sceller son union par les liens du mariage. De ce fait, mes gardes assumaient une autre fonction que de juste « garder » mon corps. — Frost, donneriez-vous votre vie pour la Princesse ? — Bien sûr, répondit-il sans la moindre hésitation, d’un ton exprimant clairement combien cette question lui semblait futile. La suivante fut posée par un journaliste au fond de la salle à côté d’une caméra de télévision : — Frost, comment votre blessure par balle a-t-elle pu se cicatriser en moins de vingt-quatre heures ? Frost laissa à nouveau échapper un profond soupir qui lui fit frémir les épaules. — Je suis un guerrier Sidhe. Les journalistes attendirent qu’il en dise davantage, mais ils pouvaient toujours attendre. Pour Frost, le fait d’être Sidhe constituait toute la réponse nécessaire. Cela n’avait été qu’une blessure faite par une balle qui lui avait traversé l’épaule de part en part, tirée par un revolver sans munition spécifiquement magique. Il en faudrait bien davantage pour arrêter un guerrier Sidhe. Je dissimulai un petit sourire puis entrepris de me pencher vers le micro, afin de lui apporter mon 20


assistance pour fournir quelques explications à la presse, lorsque la sueur qui lui coulait dans le dos cessa soudainement d’être moite et chaude. Comme si un courant d’air froid venait de lui passer le long de l’échine. Suffisamment glacial d’ailleurs pour que je retire ma main de saisissement. Mes yeux se portèrent rapidement sur la sienne, gigantesque et posée sur la table. Pour y observer ce que je craignais. Une auréole de givre s’en diffusait, en pleine expansion ! Je remerciai la Déesse que la nappe soit blanche, le seul détail qui nous épargna de nous faire repérer. Les journalistes le remarqueraient sans doute plus tard, lorsqu’ils visionneraient à nouveau leurs séquences filmées, mais là, je n’y pouvais pas grand-chose. J’avais suffisamment de quoi m’inquiéter pour aller me mettre martel en tête. D’une certaine manière, c’était de ma faute. J’avais contribué à faire accéder Frost à un niveau de pouvoir qui lui était absolument étranger. Grâce à la bénédiction de la Déesse. Mais posséder un nouveau pouvoir entraîne de nouvelles responsabilités et de nouvelles tentations. Je sortis la main de sous ma veste pour recouvrir la sienne, tout en tentant de m’exprimer parmi les murmures interloqués des gens de la presse. Je m’armai de courage, alors que je constatai que sa main se faisait aussi glaciale que l’onde de pouvoir que je sentis glisser dans son dos. En même temps, de façon surprenante, elle ne l’était pas tout à fait autant. — Les Sidhes guérissent de presque toute blessure, leur expliquai-je. Le givre s’était propagé jusqu’à la base du micro pour y poursuivre son ascension, et celui-ci se mit à grésiller en raison de l’électricité statique. J’étreignis la main de Frost. Il se rendit alors compte de ce que sa peur avait provoqué. Je savais que ce n’était pas délibéré. Sa main se crispa en poing, mais 21


avec la mienne qui l’enserrait, ses doigts s’entremêlèrent aux miens. Je ne souhaitais pas que quiconque remarque le givre avant qu’il n’ait fondu. Je tournai mon visage vers le sien, et il me fit face. Des flocons tombaient en ponctuant l’intérieur de ses iris, semblables à de minuscules boules à neige. Je me penchai vers lui pour l’embrasser. Ce qui le surprit, car il avait eu vent de l’avertissement de la Reine m’interdisant tout favoritisme, mais Andais me pardonnerait. Si elle me laissait le temps de m’expliquer. Elle aurait sans doute fait exactement de même, voire davantage, pour distraire la presse de cette manifestation magique importune. Ce ne fut d’ailleurs qu’une union de lèvres chaste quoique appuyée, étant donné que Frost semblait si mal à l’aise devant tous ces étrangers. De plus, je portais un rouge à lèvres intense qui s’étalerait comme du maquillage de clown si nous nous engagions dans un profond baiser à s’en nettoyer les amygdales. L’explosion de flashs m’apparut comme une pression orangée contre mes paupières closes. Je me reculai la première. Frost, les lèvres relâchées, entrouvertes, les yeux toujours fermés, cligna ensuite des paupières, avant de les rouvrir. Il avait l’air abasourdi, sans doute en raison de toutes ces lumières, ou peut-être s’agissait-il de notre baiser ? Bien que, comme seule la Déesse le sait, c’était loin d’être notre premier, les précédents ayant été bien plus substantiels. Un baiser venant de moi signifiaitil encore autant pour lui, alors que nous nous étions embrassés tant de fois que je n’aurais pu toutes les compter ? L’expression se reflétant dans ses yeux m’indiquait que « oui », bien plus clairement qu’aucun mot n’aurait pu le dire. Les photographes étaient agenouillés devant la table aussi près que les gardes le leur autoriseraient. 22

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