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Jacoba Ignacio “My first House”

terres d’Aligre


terres d’Aligre Juin 2008

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Le 100 rue de Charenton : un atelier d’artiste en open space, avec une grande hauteur sous plafond, un méga espace sur 3 étages face au marché d’Aligre, près de chez moi, dans mon quartier comme on dit. J’y vais !

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J’apprends que l’immeuble de l’atelier n’existait pas il y a cent ans. C’était le début de la rue d’Aligre, le n° 1. Si l’on va derrière l’atelier on sort sur un passage, qui nous conduit sur l’avenue Daumesnil.

Le 100 rue de Charenton: un atelier d’artiste en open space, avec une grande hauteur sous plafond, un méga espace sur 3 étages face au marché d’Aligre, près de chez moi, dans mon quartier comme on dit. J’y vais !

Le n° 1 de la rue d’Aligre a disparu. Aujourd’hui le 1 rue d’Aligre est en reconstruction, c’est ma maison.

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Je regarde dehors, puis dedans, et, voilà que tout me paraît évident.

Une vague de cageots entassés, emboîtés, assemblés, baladés, balancés, balayés et jetés

tout le long du marché d’Aligre, du faubourg Saint-Antoine jusqu’à la rue de Charenton, devant l’atelier.

UN TAS DE LEGOS GEANTS

Une pure déconstruction de ce qui sera mon projet. 5


Tout rassembler et construire

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Le matériel est déjà sur place

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DÉBUT DES TRAVAUX. Outils :

Un mètre, Une agrafeuse, Un marteau Des clous De la colle

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Je démarche les commerçants du quartier pour qu’ils me gardent des cagettes et des palettes.

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LA MAISON A UN NOM « My First House »

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J’empile, j’agrafe et je colle mes briques de cageots par colonnes. Les colonnes sont posées les unes à côté des autres jusqu’à apparition de la forme voulue. Je décide de faire un «faux carré ». Cela pourrait prendre toute autre forme.

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Le sol n’est pas plat et je ne sais pas comment faire tenir mon toit.

Il me faudrait quelques conseils d’architecte.

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Le toit ?

L’idée m’était venue de la bâche de marché. Finalement, je vais tout faire en cageots.

Il y a deux fenêtres dont une meurtrière.

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J’ai prévu de couvrir l’intérieur avec des feuilles de papier blanc posées telles des tuiles d’ardoise. Elles seront éclairées de l’extérieur. Les cagettes se dessinent en ombres chinoises. Je voudrais qu’il y ait du son pour habiter cet espace.

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Au sol, un tapis de photos des murs et de la toiture casse la perspective. Dedans, dehors, haut et bas se mĂŠlangent.

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« My first House » sera mobile et modulable Il n’y aura pas de porte.

Entrez donc... 17


Exposition Jacoba Ignacio « My first house » – Paris - Juin 2008 Maison de fortune Maison précaire. Il est nécessaire de redonner toute sa force au mot « précaire », mot aujourd’hui subtilisé par le discours dominant pour désigner la situation des êtres en état de survie dans le capitalisme tardif. Ce mot évoque pêle-mêle la fragilité des structures, l’éphémère, l’imprévisible. Comme rien n’est stable, Jacoba Ignacio a décidé de construire une maison de fortune pour interroger les moyens d’habiter dans l’instable : Faire qu’une maison en cagettes, entre paille et bois, mette en évidence ses failles, ses saillies, ses trous de lumière. D’un côté, sa construction ressemble à une maison simple et primitive ; et d’un autre côté, elle se rapproche d’un temple provisoire d’où pourrait surgir un événement singulier. Maison aléatoire. La maison de fortune est un écart dans la ville, un îlot de palettes, une cachette de cagettes. Elle s’adapte à tous les lieux, nomade et modulable, et dérive aussi selon les projets auxquels elle participe. Son avenir lui-même est aléatoire, incertain. C’est une maison qui joue au dé. Elle peut se retrouver dans un musée, encensée, ou dans une décharge, démembrée. Maison ouverte. Elle n’a pas de porte. Elle porte un vide qu’il faudra habiter de nos jeux. C’est l’Idée de Maison et son contraire. Esprit de l’enfance, cabane, abri, on se plaît à élaborer des situations de construction à la fois absurdes et libres. Lumières et ombres dessinent des lignes sur les pages blanches qui simulent des murs. La maison ouverte joue l’instant : improvisation musicale, invitation à la conversation, rencontres inhabituelles, plaisirs du présent. 18


Maison transportable. La maison de fortune est transportable, construite avec des objets qui servent aussi à transporter des choses, des légumes, des fruits. Dans les marchés, les cagettes pleines, bien rangées, forment un rempart entre le vendeur et le client. Et au fur et à mesure, elles se vident et s’entassent de façon précise ou anarchique derrière le stand. Alors s’organisent des colonnes ou de petits murs de fortune qui délimitent un peu plus l’espace du vendeur. C’est un jeu de construction aléatoire, social, économique, en fonction des ventes, qui se met en place à chaque marché. Maison de l’intime. Cette maison s’affranchit de tous les espaces tant privés que publics, tant intérieurs, qu’extérieurs, tellement elle peut être à sa place partout. C’est une arche, une île, un radeau, une cabaneatelier qui rappelle les bateaux-ateliers conçus par Daubigny et Monet au XIXème siècle, un lieu à soi qui préserve l’intime et l’énigme en étant ouvert à tous les vents. On peut dans le même temps voir sans être vu et être vu sans le savoir. Le regard dedans et dehors la structure s’invente sur le vif. La maison est nue, il faut l’habiller de phrases. Heidegger dit que la « Maison de l’être est la parole ». Ecrire ou habiter un lieu, c’est rechercher la chance. Cette maison de fortune est la maison du hasard. Faites vos jeux, tout peut arriver. Lionel Dax – Juin 2008 écrivain

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NINGEN mixage (juin 2008), pour la "maison" de Jacoba Ignacio Il y a dans le film de Kurosawa, Dodes'Caden (1970), une scène où deux mendiants, un homme et un petit garçon qui pourrait être son fils, deux êtres (Ningen en japonais) extrêmement pauvres, qui vivent dans une vieille carcasse de voiture abandonnée, deux personnages extrêmement attachants qui rêvent, en couleur, d'une maison avec jardin, piscine, une belle entrée, une maison qu'ils rêvent toujours différente, qui est le lieu de tous leurs espoirs. Cette maisonnette de cageots qu'a construite Jacoba est la maison de tous les rêves, elle permet de se transporter où l'on veut et, en même temps, elle est là, bien présente, avec sa voix, quelques sons que m'a demandé d'assembler Jacoba, quelques sons en provenance de quelques unes de mes pièces: Mémoire résonnante (2004) pour vibraphone solo; ..., il se rendit compte d'une anomalie, et, sans attendre, sauta hors de son véhicule (2006-2008) pour 19 flûtes; Nuées d'airain (2000/2004) pour Gamelan et Interstice(2002-2003) pour flûte basse et guitare éléctrique; avec Pierre Lacroix (vibraphone), Pierre-Yves Artaud (flûte basse et voix), Camilla Hoitenga (flûte basse et voix), Wilhelm Bruck (guitare électrique et voix), Isabelle Carré (Suling), Robert Campion (Rebab), l'orchestre français de flûtes sous la direction de Jorge Lisboa Antunès, les South Bank Gamelan Players dirigés par John Pawson, et des extraits du poème de Michel Houellebecq, Les immatériaux. Frédéric Maintenant Compositeur 20


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Pour Jacoba,

… Elle n’a pas besoin d’être le successeur des tailleurs de pierres du XIIe siècle pour bâtir ce que l’œil ne voit pas, Pour meubler d’une prise de conscience la dimension « sacrée » de la réalité, Pour nous enseigner la liberté, L’audace de l’invention, la générosité, La recherche des vérités essentielles, la discipline de la pensée, Pour éveiller notre sensibilité moderne par l’exploration savante de la réalité invisible. Seule dans le monde moderne, Petite Maître d’œuvre qui ne laisse rien lui échapper Dévoile le secret de la richesse austère et le mystère de l’éclat du bleu, Révèle juste l’émotion de tous les jours. Chantal Kenzey Juin 2008 Historienne d’art

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Je remercie, L’Atelier en Commun 100 rue de Charenton Les commerçants du marché d’Aligre L’atelier Tiltus Ainsi que toutes les personnes qui m’ont soutenue sur ce projet. Jacoba Ignacio Juin 2008

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terres d’Aligre 5 rue de Prague 75012 Paris

My First House  

Je regarde dehors, puis dedans, et, voilà que tout me parait évident. Une vague de cageots entassés.

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