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Kopa par Raymond Kopa


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Déjà parus dans la collection « Légendes du sport », dirigée par Jean-Paul Brouchon : Les Merveilleuses Histoires du Tour de France, par Jean-Paul Brouchon, 2003 Poulidor, par Raymond Poulidor, 2004 Hinault, par Bernard Hinault, 2005

© Éditions Jacob-Duvernet, avril 2006 ISBN : 2-84724-107-8


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Kopa par Raymond Kopa Avec la collaboration de Patrice Burchkalter

Préface de Zinedine Zidane

Éditions Jacob-Duvernet


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Raymond Kopa fait don de ses droits d’auteur à l’institut Gustave-Roussy (Villejuif), dirigé par le professeur Thomas Tursz, pour la recherche contre le cancer.


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Table des matières PRÉFACE de Zinedine Zidane .......................................................................................................... 9 INTRODUCTION ................................................................................................................................................... 11 CHAPITRE I

La mine pour destin .............................................................................................................................. 17 CHAPITRE II

Un concours qui change tout .................................................................................................. 31 CHAPITRE III

Premier contrat à… Angers........................................................................................................ 45 CHAPITRE IV

« Kopa, ça sonne bien… ! » ........................................................................................................ 49 CHAPITRE V

Départ pour Reims ................................................................................................................................. 63 CHAPITRE VI

Batteux, la chance de ma vie..................................................................................................... 69 CHAPITRE VII

À la conquête de Reims et de la France ................................................................... 77 CHAPITRE VIII

Suisse 1954, ou le rendez-vous manqué.................................................................. 93


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CHAPITRE IX

« Le Napoléon du football » .................................................................................................. 101 CHAPITRE X

Bienvenue chez les Merengue !............................................................................................ 107 CHAPITRE XI

Le Real, ou la piste aux étoiles ........................................................................................... 119 CHAPITRE XII

Suède 1958, la divine surprise ........................................................................................... 129 CHAPITRE XIII

« Le meilleur joueur du monde »................................................................................... 139 CHAPITRE XIV

Retour en Champagne .................................................................................................................. 149 CHAPITRE XV

Le drame de ma vie ............................................................................................................................ 159 CHAPITRE XVI

« Les joueurs sont des esclaves ! » .................................................................................. 167 CHAPITRE XVII

La chute du grand Reims .......................................................................................................... 173 CHAPITRE XVIII

Précurseur du football business ............................................................................................ 181 CHAPITRE XIX

Fontaine, mon ami, mon complice............................................................................ 187


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CHAPITRE XX

D’Angers à la Corse, en passant par… les pistes du Dakar ............................................................................................................................... 193 CHAPITRE XXI

1998, quarante ans après… ................................................................................................... 199 CONCLUSION

Pour qu’on ne l’oublie pas… ............................................................................................... 205

ANNEXES Établies par Patrice Burchkalter Kopa en bref......................................................................................................................................................... 209 Les clubs de Kopa .......................................................................................................................................... 209 Le palmarès de Raymond Kopa .................................................................................................... 210 Les 45 matches joués en équipe de France par Kopa et les buts qu’il a marqués......................................................................................... 210


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Les éditions Jacob-Duvernet remercient leur partenaire ESPN CLASSIC, la chaîne dédiée aux plus grands moments et aux légendes du sport. Vous pouvez retrouver notre partenaire ESPN CLASSIC sur www.espnclassic.com


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PRÉFACE Le footballeur des années 2000, emporté dans le tourbillon d’un calendrier trépidant et d’une médiatisation dévorante, n’a pas vraiment le temps de se retourner sur le passé, pas plus le sien que celui des autres. Ce passé, n’allez pas croire pour autant que nous l’ignorons, encore moins que nous le tenons pour dérisoire ou inintéressant, loin de là. Quand, tout récemment, à l’occasion des cinquante ans du Ballon d’or de France-Football, je me suis retrouvé au milieu de tous ces grands noms, de ces immenses talents qui ont écrit – et de quelle manière ! – l’histoire du football de ces cinquante dernières années, j’ai ressenti et mesuré, comme un petit garçon émerveillé, le poids énorme de ce passé, de tous ces géants qui nous avaient précédés dans la carrière. Pour rester dans les limites de l’Hexagone, la première grande figure marquante de cette belle et longue histoire, pour moi, est celle de Raymond Kopa. Peut-être de façon un peu restrictive et injuste, on a coutume de dire que l’équipe de France a connu trois périodes fastes au cours de son siècle d’existence : celle des Rémois-Suédois de 58 emmenés par Kopa, celle de la génération 80 de Platini et de l’Euro 84, et, tout récemment, celle que j’ai eu le privilège de vivre avec mes potes de 98/2000. 9


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Kopa

Pour nous, pour moi, Kopa, Fontaine, Piantoni ont été, après les pionniers du début du XX e siècle, ceux qui, à l’époque de la télévision balbutiante, des débuts de la Coupe d’Europe des clubs, ont vraiment tracé les routes du football que nous connaissons aujourd’hui. Sans oublier de donner aux joueurs, face à des institutions un peu… conservatrices, la place et les droits qu’ils revendiquaient légitimement. Ça non plus, il ne faut pas l’oublier. Et puis, si j’avais eu besoin d’une piqûre de rappel pour bien réaliser ce qu’avait représenté Raymond Kopa à son époque, mon arrivée et mon séjour à Madrid auraient bien vite comblé mes éventuelles lacunes. L’important, je le redirai sans cesse, c’est le ballon, la maîtrise du ballon, l’usage que l’on fait du ballon ; la capacité de voir, de voir juste, de faire vivre le ballon et le jeu. Là est la vérité éternelle du jeu de football. Sur ce que j’ai pu voir dans des films de l’époque, sur ce que peuvent me dire des « anciens » dont je sais et apprécie la connaissance encyclopédique du jeu et des joueurs, aucun doute, Raymond Kopa appartenait bien à la caste des artistes, des créateurs, de ceux qui font le jeu, qui peuvent lui donner volume et dimension. Si je me fie à ceux qui affirment que j’en fais partie aujourd’hui, si j’en suis là de ma carrière, de mon jeu, c’est parce que avant moi, avant tous ces joueurs que l’on dit « grands » en ces années 2000, il y a eu nos modèles, les idoles de notre enfance, et, avant eux, encore, un certain Raymond Kopa.

Zinedine Zidane


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INTRODUCTION

J’ai décidé d’écrire ce livre par devoir de mémoire. À travers le récit de ma vie, de ma carrière, je souhaite faire découvrir aux uns et rappeler aux autres l’une des plus belles pages de l’histoire du football français, celle du flamboyant Stade de Reims dans les années 1950. Une époque malheureusement oubliée aujourd’hui. Je suis l’un des derniers rescapés de ces années où Reims illuminait les journées de championnat et les soirées de Coupe d’Europe par son jeu spectaculaire, sa technique, son goût de l’offensive. Le jeu « à la rémoise », véritable marque déposée, était universellement admiré. Voir jouer Reims, c’était assister à un grand match et applaudir une multitude de buts. De nos jours, les équipes sont en position de défense, cherchent par tous les moyens à éviter d’encaisser les coups. À l’époque, au contraire, l’objectif principal était de créer, de porter le jeu dans le camp adverse, de marquer un but de plus que l’adversaire. Reims n’enfermait pas les joueurs dans un système. Chacun avait toute latitude de s’exprimer, de donner 11


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libre cours à son talent, à son inspiration. Par ce livre, je veux ainsi laisser un témoignage de cette époque, de cette équipe rémoise qui a tant apporté au football français. Car Reims représentait une certaine idée du jeu, un football que le monde entier nous enviait. Qu’il nous envia notamment en cet été 1958, quand, au cours de la Coupe du monde en Suède, s’appuyant sur une forte ossature champenoise (sept joueurs), l’équipe de France multiplia les buts. La reconnaissance ne se fit d’ailleurs pas attendre : la France fut sacrée meilleure attaque – et de loin, avec vingt-trois buts en six matches seulement – et Just Fontaine, meilleur buteur – son record de treize buts est resté inégalé. Éliminée en demi-finale, la France avait séduit le public au moins autant que le vainqueur, le Brésil, qu’emmenait un jeune phénomène, Edson Arantes do Nascimento, plus connu sous le nom de Pelé. Cet été-là, qui sait d’ailleurs si, sans la blessure de Robert Jonquet, nous n’aurions pas pu obtenir ce que, quarante ans plus tard, l’équipe de Zinedine Zidane décrocha : un titre mondial ? On ne refait pas l’histoire. Cette épopée suédoise a complexé les générations qui nous ont suivis. Il a fallu attendre l’équipe de France de Michel Platini, la meilleure à mes yeux, celle qui se rapprochait le plus du jeu « à la rémoise », pour redonner un élan, replacer notre football au rang qu’il méritait. Aujourd’hui toutefois, on a trop tendance à considérer l’aventure des Verts de 1976, de Saint-Étienne, comme le point de départ de l’ascension du football français. Magie de la télévision oblige. Dans les années 50, les exploits de Reims n’entraient pas dans chaque foyer par le biais du téléviseur. Le petit écran était encore rare. Il fallait se déplacer, aller jusqu’au stade pour vibrer lors des soirées européennes. De multiples titres, deux finales de Coupe d’Europe, à ce jour seul l’Olympique de Marseille a fait mieux que Reims en remportant cette Ligue des Champions. 12


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Introduction

Ce livre sur ma vie est aussi un formidable espoir pour les jeunes d’aujourd’hui. Mon parcours est en effet d’une actualité brûlante, moi le fils d’immigrés polonais... Et en bien des points semblable à celui de Zinedine Zidane. Les banlieues ? Moi, j’ai grandi dans un univers encore plus déprimant, plus dur, la mine. J’ai dû me battre, souffrir pour sortir de la condition à laquelle j’étais destiné. Huit heures par jour dans les profondeurs de la terre à suer, respirer la poussière de charbon, trimer comme un chien pour quelques francs à l’époque. Pendant près de trois ans. Avec chaque jour l’angoisse de l’accident, de ne pas pouvoir remonter à la surface vivant. Mais je voulais m’en sortir. J’étais prêt à tous les sacrifices. Le football m’a permis de réussir. Cependant, il m’a fallu travailler, travailler encore, chaque jour au sortir de la mine pour progresser, me forger une condition physique au-dessus de la moyenne. Petit de taille certes, mais d’une force, d’une résistance à toute épreuve. C’est ce qui m’a permis d’imposer mon jeu, d’éviter aussi de plus graves blessures quand mes adversaires, à bout d’arguments, n’avaient d’autre consigne que de me « casser ». Sans la mine, peut-être n’aurais-je pas réussi la carrière qui a été la mienne. Sans volonté, sans ténacité, vos qualités ne servent à rien. Il faut se battre, toujours, sans cesse. Cette mine m’a endurci. Si j’ai réussi, si j’ai pu évoluer dans la meilleure équipe du monde à l’époque, le Real Madrid, je le dois aux autres, aux coéquipiers qui m’entouraient à Reims. À Madrid également, sans les Di Stefano, Santamaria, Puskas et autre Gento, tous des joueurs de talent, je n’aurais jamais pu exprimer pleinement mes dons. Seul, on ne peut rien. Sur le terrain comme dans la vie. Ainsi ai-je eu une chance énorme, celle de rencontrer des gens exceptionnels, indispensables, qui ont su me conseiller, 13


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me réconforter, me faire toujours prendre la bonne direction. J’ai eu cette chance avec Constant Tison, Camille Cottin et le grand homme de ma carrière, de ma vie, un entraîneur, un homme extraordinaire, Albert Batteux. Celui que je considérerai toujours comme « la » chance de ma vie. Bébert a accompli une grande partie du chemin à mes côtés, ne m’abandonnant jamais. Surtout dans les pires moments de ma vie d’homme, quand j’ai dû affronter les drames les plus abominables, comme la mort de mon jeune fils début 1963. Grands hommes aussi, les dirigeants qui ont jalonné les plus belles heures de ma carrière : Henri Germain, président du Stade de Reims, don Santiago Bernabeu et Raimundo Saporta, respectivement président et secrétaire général du Real Madrid. Des titres, quatre de champion de France, deux d’Espagne, une Coupe latine, trois Coupes d’Europe, un Ballon d’or en 1958, un titre de meilleur joueur de la Coupe du monde cette même année, le petit Kopaszewski, devenu Kopa le « Napoléon du football », comme m’avait surnommé un journaliste anglais un jour de mars 1955, a côtoyé les plus grands : Pelé, Di Stefano, Puskas. J’en suis fier. Comme je le suis d’avoir toujours été aussi collectif sur un terrain que dans la vie en prenant la défense de mes pairs quand il le fallait, en luttant pour que les joueurs gagnent leur liberté. Fier également de l’après-football, moi qui n’ai eu qu’une obsession tout au long de ma carrière : ma reconversion. De Nœux-les-Mines à Madrid, en passant par Angers et Reims, je n’ai jamais cessé de penser que le ballon était avant tout un plaisir énorme. Mais pas un métier. Gamin, je songeais à devenir électricien. J’étais loin de me douter que j’enfilerais un jour le costume de chef d’entreprise avec la création du groupe Kopa en 1965. 14


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Introduction

Mais quoi qu’il arrive, où que j’aille, le football a été ma vie. Bien après la fin de ma carrière professionnelle, j’ai continué à dribbler sur tous les terrains. Là où mon travail me menait. Dans la voiture, il y avait toujours un sac avec les chaussures à crampons, un maillot, un short. Dès que je voyais un stade en fin d’après-midi, je m’arrêtais, y pénétrais et demandais aux joueurs et entraîneurs ébahis si je pouvais courir, jouer avec eux. Le jeu, toujours le jeu. Puis ce furent les matches de vétérans à Notre-Dame-des-Champs. Jusqu’à… soixante-dix ans. Aujourd’hui, je suis devenu un simple spectateur. La passion s’est un peu émoussée. Car, pour moi, le football reste avant tout le terrain, le jeu… balle aux pieds. Mais je n’ai pas oublié.


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CHAPITRE I La mine pour destin

La Grande Guerre a laissé le nord de la France meurtri, dévasté. À l’aube de l’hiver 1918, la Flandre est un vaste champ de ruines. Les obus et les bombes ont retourné les terres noires. Les puits miniers sont presque tous inondés, engloutis, et les corons réduits en charpie. Quand le mineur français, rescapé du carnage, revient au pays, c’est un paysage sinistre, un univers saccagé qu’il découvre. Tout est à rebâtir, la cité comme la mine. Et les bras manquent. Seul un Polonais est physiquement et moralement capable de redonner vie à la cité, à son sous-sol. Seuls les cultivateurs de Gdansk, Lodz, Cracovie ou Varsovie, durs, rugueux, indestructibles, peuvent effacer les blessures béantes de la Grande Guerre, redonner visage humain à la région. Et confrontés au manque de ressources de leur propre pays, ils préfèrent s’expatrier en nombre vers la France. C’est ainsi qu’un matin de 1919, mon grand-père a débarqué sur le quai de la gare de Nœux-les-Mines. La famille Kopaszewski était au complet : avec ma grand-mère et ses quatre enfants, parmi lesquels mon père, François. 17


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François est le plus jeune, il n’a encore que treize ans. Mais face à la pénurie de main-d’œuvre, il n’a pas d’autre choix, à un âge où les gamins ne pensent encore qu’à jouer, que de prendre, comme son père et ses frères, le chemin de la mine. Les années passent et la famille s’implante avec succès dans ce pays austère. Un dimanche, sur des airs d’accordéon au bal de Mazingarbe, François invite Hélène à danser… Le mariage a lieu en 1927 et, un an plus tard, naît un petit garçon prénommé Henri. Au numéro 5 de la rue du Chemin-Perdu, dans une maison de briques rouges rongées par la poussière de charbon, face au terril de la fosse 3 de Nœux-les-Mines, Henri commence à trotter quand il entend parler d’une « petite sœur ». Pourquoi Hélène Kopaszewski, ma mère, s’est-elle mise dans la tête durant sa grossesse qu’elle allait donner naissance à une fille ? Le mardi 13 octobre 1931, quand François revient de la mine à midi, ce n’est pas une fille qu’il prend dans ses bras, mais moi, Raymond. Curieux hasard, c’est ce même jour que le bureau de la Fédération française de football décide de créer une commission chargée de l’étude du statut professionnel des joueurs. Mon père est mineur, ma mère est fille et petite-fille de mineurs… Je ne peux pas échapper à la mine. C’est mon avenir, comme celui de mon frère. Un fils de Polonais peut-il avoir autre ambition ? Pendant toute ma jeunesse, ce destin tout tracé occupe ainsi mon esprit, m’obsède sans cesse. Mais il me donne également une formidable source de motivation : l’envie irrésistible de changer de condition, tant ce « noir avenir » me terrifie. Si l’aspect extérieur de notre maison est triste, l’intérieur, en revanche, est gai et coquet. Et surtout propre, toujours bri18


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qué, sans relâche astiqué par ma mère. C’est une caractéristique des mineurs et des Polonais. Lorsque l’on passe des heures entières dans les entrailles de la terre, dans la poussière et la crasse, on n’aspire qu’à une chose en rentrant à la maison : trouver un univers net, d’une propreté absolue. Tout doit être clarté, tout doit s’opposer à la noirceur des profondeurs. Derrière la maison s’étend un jardin, minuscule sans doute, mais dont le poirier, la saison venue, donne des fruits superbes. Et puis, derrière encore, un stade. Exactement comme chez mes grands-parents à Mazingarbe, à trois kilomètres de Nœux-les-Mines. Est-ce un signe ? C’est là qu’avec des copains de mon âge je vais voir jouer les grands. Il me suffit de sauter un mur pour me retrouver au bord du terrain. Nous prenons place derrière les buts pour regarder les matches. À la mi-temps, on s’affronte entre gamins. Je dribble facilement mes copains. Je n’ai encore que six ans, mais très vite, je me sens des aptitudes pour le football. En fait, je viens de ressentir un véritable coup de foudre pour ce sport, une passion dévorante. Désormais, je ne pense plus qu’à ça. À l’époque déjà, je m’appelle Kopa. C’est le diminutif dont mes petits copains de la maternelle m’ont affublé, très certainement rebutés par la complexité de mon nom, l’extrême difficulté qu’il y a à l’écrire, à le prononcer. Aucun d’entre nous n’imagine alors que ces deux syllabes, quelques années plus tard, brilleront au firmament du football mondial et marqueront l’histoire du sport. L’école, quant à elle, ne me passionne guère. Je ne suis pas doué pour les mathématiques, ni pour l’histoire et ni pour le reste. Les études, ce n’est vraiment pas mon truc. D’autant que mes parents ne me sont d’aucune aide. Pour couronner le tout, la langue que nous parlons à la maison est… le polo19


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nais. Je suis mal parti pour réussir une brillante carrière scolaire. Ce n’est pas grave. Il y a le football. Mon instituteur, M. Dalhouin, n’a pas une très bonne opinion de moi. Mais c’est un passionné de foot. Aussi m’encourage-t-il à travailler… sans grand succès. De toute façon, quand bien même j’aurais de bonnes notes, cela ne servirait pas à grandchose. Ma voie est tracée : à quatorze ans, certificat d’études en poche ou pas, je ne pourrai pas échapper à la mine. C’est à cette époque aussi que je prends conscience de mes prédispositions pour commander. Je suis haut comme trois pommes et j’ai déjà l’âme d’un chef. À huit ans, je forme ainsi ma première équipe de foot. Nous sommes une majorité de gosses d’origine polonaise, mais quelques Français sont venus s’égarer dans notre bande. Il n’en faut pas plus pour organiser nos premiers matches internationaux : Polonais contre Français. Bien sûr, nous ne possédons aucun ballon. Une boule de chiffons, parfois même une boîte de conserve, et le tour est joué. La partie peut démarrer. La rue, des terrains vagues, tout est bon pour entamer des matches endiablés. Car pour ce qui est du stade de Nœux-lesMines, pas question d’y mettre les pieds : entrée interdite. Et quand l’envie nous prend d’y pénétrer, le garde surgit pour nous chasser immédiatement afin de nous empêcher d’abîmer la pelouse. Mes copains se nomment Schultz, Baclet et Tomazewski. Nous formons une bande de garnements qui règne en maître sur le quartier, le périmètre de la communale au « CheminPerdu ». Toujours prêts à jouer des tours pendables. Combien de fois le garde champêtre s’est-il lancé à notre poursuite… la plupart du temps sans résultat. À l’école, les quatre inséparables sèment également la terreur dans la classe. Mais M. Dalhouin a trouvé la parade pour nous calmer. Il n’a pas besoin de chercher une punition sévè20


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re. Nous priver de récréation est le plus sûr moyen de ramener le calme, de mettre un terme à nos chahuts. Car qui dit récré dit… partie de foot. À cet âge-là, il n’est pas rare de commettre des sottises. Rien de bien méchant, certes, mais je ne sais pas pourquoi, dès qu’une bêtise ou un mauvais coup est découvert, le coupable est tout désigné : c’est le petit Kopaszewski. À deux reprises, je dois même affronter les affres d’un contrôle de police. Un jour, deux policiers frappent à la porte de la maison. Ils déclarent à mon père qu’une plaque d’égout a été volée. Mine étonnée de mon père. « Votre fils doit l’avoir. Quelqu’un l’a vu. Il a été dénoncé », lance l’un des policiers. Bien entendu, j’ignore tout de cette histoire. On veut pourtant me faire endosser la disparition de cette plaque d’égout. Que pourraisje faire d’un tel objet ? Un peu plus tard, je vais même en prison pour un vélo volé. Oui, en prison ! Il est vrai qu’il ne s’agit pas de n’importe quel vélo : c’est celui du fils du commissaire de police. Aussitôt, les policiers se précipitent chez mon père pour m’interroger. Malheureusement pour moi, la bicyclette que les policiers trouvent dans notre jardin est exactement identique à celle qui a disparu. Je suis emmené au commissariat, enfermé dans une cellule. Ironie du sort, la porte de la geôle ne ferme pas. Ma réaction de gamin est immédiate : « Vous voyez bien que je suis innocent, le Bon Dieu ne veut pas que l’on m’enferme. » Je reste tout de même une heure au commissariat, le temps que la police mène son enquête et découvre que le vélo est bien le mien, après avoir eu le témoignage du marchand de cycles, tout proche, dont mon père est client. Franchement, les policiers n’auraient-ils pas pu commencer par là ? Ma réputation de meneur commence à être connue. Il y a toutefois un vol que je revendique. Dont, à la limite, je suis 21


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fier. Celui de notre premier ballon de football. Un vrai, tout en cuir. À nos yeux, c’est un objet d’une valeur inestimable, rarissime. J’estime d’ailleurs que ce n’est pas un vol. Je considère plutôt cela comme un acte de bravoure. La France est occupée et les Allemands réquisitionnent le terrain pour disputer un match entre eux. Comme à notre habitude, les copains et moi nous plaçons derrière le but. Nous avons remarqué que le gardien a laissé au fond des buts un filet contenant plusieurs ballons de rechange. Un simple et rapide échange de regard, la même idée nous traverse l’esprit. Pas besoin d’un long conciliabule pour savoir ce que nous allons faire, ni comment nous allons nous y prendre. Nous adoptons notre position favorite en nous allongeant derrière la cage, comme à notre habitude, et alors que le gardien suit le jeu, nous tirons lentement le filet vers nous, puis commençons à caresser un ballon, à l’amener peu à peu à sortir du filet. Une fois « libérés », nous nous saisissons discrètement de ce ballon et quittons tranquillement le stade comme si de rien n’était. Hop, ni vu, ni connu. Nous tenons enfin un ballon, un vrai. Et qui plus est, nous venons de le subtiliser à l’envahisseur. À nos yeux, c’est un geste qui relève de la Résistance. Avec mon équipe, nous sommes imbattables, les champions du coron. L’équipe du « Chemin-Perdu » s’est assez vite bâti une solide réputation dans les environs. Aucun adversaire ne nous résiste. Ni la formation de la cité 2, ni celle de la 3. Personne ne parvient à m’arrêter dans mes départs en dribble vers le but adverse. Cette domination du « Chemin-Perdu » ne passe pas inaperçue. L’US Nœux-les-Mines est rapidement au courant qu’une équipe bouscule tout sur son passage, dans laquelle un gamin règne en maître sur les terrains : moi. Un des dirigeants du club vient ainsi assister à un « match de rue ». Cela 22


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suffit à le convaincre. Mon champ d’investigation va désormais s’élargir. Après les matches dans la rue, les terrains vagues, les choses prennent ainsi une autre tournure quand, à onze ans, je deviens licencié à l’US Nœux-les-Mines, et suis directement intégré dans l’équipe des cadets. Plus que mes dons de joueur, ce surclassement s’explique par le fait que nous ne sommes pas assez nombreux pour former une équipe de minimes. Cela continuera plus tard, lorsque je passerai à quatorze ans en juniors, et, à un peu plus de seize, en première. Je vais toujours jouer dans des équipes supérieures à mon âge. Personne ne m’apprend quoi que ce soit. Je progresse tout simplement. Très vite, mes dirigeants comprennent que j’ai de grandes possibilités, un don. Sur le terrain, je ne me ménage pas, je me bats, je me démène. Non content de démontrer mes qualités, je suis animé d’un formidable esprit de combattant, de gagneur. Si je fais mon petit bonhomme de chemin en football, les années passent et, avec l’approche du certificat d’études, le spectre de la mine se fait plus présent, plus menaçant. Finies les parties de rigolade avec ma bande de copains, terminée l’insouciance de la jeunesse. Durant ces dernières années, j’ai vu mon père et mon frère quitter la maison pour partir à la mine, une semaine le matin, une autre l’après-midi. La nuit même parfois. Le matin, ils se lèvent à quatre heures. Je suis réveillé moi aussi, puisque, faute de place, je partage la même chambre que mon frère. Une fois levés, ils boivent le café préparé par ma mère, se lavent, s’habillent et partent. Je les observe toujours avec la même attention, la même crainte également. Je sais que cette vie inhumaine va bientôt devenir la mienne. Un secret espoir m’anime cependant. Je me dis que mes parents ne peuvent pas me laisser partir au fond de la mine. 23


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Que les salaires de mon père et de mon frère, des acharnés du travail, souvent cités en exemple, félicités par la direction, vont suffire à m’éviter cette terrible issue. Il faut bien pourtant que je me rende à l’évidence. Mon avenir passe par la mine. Alors je tente le tout pour le tout. Mon certificat d’études doit pouvoir me permettre de trouver autre chose, un emploi plus intéressant, moins dangereux. Je m’en ouvre à mes parents. « Te voilà en âge de travailler. Quel métier veux-tu exercer ? Je te laisse le choix, à toi de décider », me dit mon père. Pourquoi mon choix se porte-t-il sur l’électricité ? Cela me plaît, bien que je ne possède aucun don particulier pour cette activité. Enfin, tout me séduit à condition que cela me permette d’éviter la « descente aux enfers ». Mais chaque fois que je me présente dans un bureau de placement pour un poste d’apprenti électricien, la réponse est identique, terrible. « Votre nom ? Raymond Kopaszewski… Désolé, il n’y a rien. » Je me tourne alors vers la menuiserie, puis la chaudronnerie. Même résultat. Je comprends qu’il n’y a pas d’espoir. Que le sort d’un Polonais est lié à la mine. Et à la mine seulement. Qu’il faut me résigner. D’autant qu’à la maison, chaque fois que je rentre bredouille d’un entretien, on me regarde avec de plus en plus de défiance. On me fait comprendre que la « rigolade » a assez duré. Qu’il est temps maintenant de travailler. C’est comme si une chape de plomb me tombait sur les épaules. Cette fois, plus moyen de reculer, de tergiverser. Je dois partir m’inscrire à la mine. Impossible d’échapper à mon destin. C’est ainsi qu’un beau matin, je me retrouve dans la queue pour une visite d’embauche, avec des dizaines d’autres pauvres hères, comme moi condamnés aux ténèbres. Après une visite médicale, je suis déclaré apte au travail. On me donne le statut de « galibot », c’est-à-dire de débutant, dont 24


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la fonction consiste à pousser des wagonnets remplis de charbon, des « berlines » comme on les appelle entre nous. Un travail sans intérêt, mais pénible, dur, très dur physiquement. Mon univers se réduit désormais à un puits à 612 mètres sous terre, dans l’eau et la poussière. Le charbon arrive sur un tapis, se déverse dans mon wagonnet. Une fois ce dernier plein, je le pousse vers l’endroit d’où il est remonté à la surface. L’air raréfié entre en sifflant dans les poumons. Il faut s’appliquer à rythmer sa respiration avec ses pas, économiser ses forces. Pendant deux ans et demi, de quatorze à seize ans et demi, la mine est mon lot quotidien. À raison de huit heures par jour, de 5 à 13 heures. Dès le début, il est convenu que je ne serai de service que du matin… afin de me permettre de suivre les entraînements de l’après-midi, football oblige. C’est M. Lombard, directeur de l’US Nœux-les-Mines et ingénieur de la fosse 3, qui est intervenu pour m’obtenir ce traitement de « faveur ». C’est quand même la moindre des choses puisque l’on me considère comme un espoir du club, un futur bon joueur. Le premier jour, quand je sors de la maison en compagnie de mon père et de mon frère, il fait encore nuit noire. Je n’arrive pas à les suivre car ils marchent vite tous les deux. Et moi, je ne suis guère pressé d’arriver. Il existe deux fosses d’exploitation à Nœux. La première, la plus riche, la plus rentable, atteint 682 mètres de profondeur. La seconde ne descend qu’à 612 mètres, et c’est à celle-ci que je suis affecté. C’est là que je m’arrête après cinq minutes de marche. Mon père et mon frère, eux, continuent jusqu’à la fosse 1. En arrivant au puits, je pénètre dans une salle immense et claire où pendent du plafond les pantalons, les chemises, les vestes et les souliers de chaque mineur employé au puits. C’est à la fois le vestiaire et la salle d’eau, de bains et de douches. Au dossier des bancs de bois sont accrochées et 25


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cadenassées les chaînes métalliques qui servent à monter et à suspendre les vêtements. Je reçois une petite clé de cadenas. On me donne ensuite un casque rond et plat ressemblant à une assiette creuse renversée, et surtout la lampe Davies, véritable sonnette d’alarme du mineur. Un objet auquel chacun d’entre nous attache la plus grande des valeurs. Et pour cause. À cette lampe, en effet, correspond une médaille sur laquelle figurent le nom et l’adresse de son propriétaire. Sur le tableau du lampiste, cette simple plaque de métal signale que vous êtes au fond des ténèbres, dans un des souterrains, au cas où... Indispensable si un accident ou un éboulement se produit. C’est la seule garantie du mineur, sa sauvegarde. Équipé de pied en cap, je retrouve mes nouveaux compagnons en attendant de descendre pour la première fois. Je n’en mène pas large dans la cage d’ascenseur. J’ai vraiment l’impression de changer de monde. Quand la porte s’ouvre, je ne suis pas à pied d’œuvre. Il me faut encore parcourir trois kilomètres pour arriver sur mon lieu de travail. Un parcours dans une galerie étroite, basse, mal éclairée, et surtout à l’atmosphère étouffante, dans une chaleur moite, oppressante. Tous les matins, ma mère nous secoue, mon frère et moi. La veille, nous nous sommes couchés éreintés, assommés. Et, lorsqu’il faut se lever, la mise en route est particulièrement pénible. Chaque jour, le rituel est le même : café, distribution du casse-croûte, un litre de café coupé d’eau et c’est le départ pour l’enfer. La mine se trouve à huit cents mètres de la maison, distance que je parcours à pied. En chemin, j’ai le temps de ressasser ma peur, une trouille physique mais surtout un énorme désespoir à l’idée de cette vie de galérien qui va être la mienne. À jamais. Avec pour seule perspective de crever au fond d’une galerie pour un salaire de misère. Ou bien de décéder la qua26


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rantaine passée de la silicose, les poumons rongés comme le sont les briques de nos maisons par cette satanée poussière de charbon. Quand on descend dans les profondeurs de la terre, on se dit qu’un jour, on ne remontera peut-être pas. Les coups de grisou, les catastrophes, j’ai entendu parler de tout cela. Il y a bien eu quelques arrêts de travail pour protester contre le laxisme de la direction, le fait que rien n’est entrepris pour sécuriser un minimum ce métier. Toutes les revendications restent vaines. Car petit à petit, la frousse vous quitte. La force de l’habitude… Jusqu’au moment où l’accident vous ramène à la réalité, vous fait prendre conscience des terribles dangers de la mine. Je n’y échappe pas. Un jour, alors que je viens de décharger mon wagonnet, d’accrocher ma lampe à l’intérieur, je lève la tête machinalement en marchant pour m’apercevoir que la voûte commence à s’effriter, que des fissures se sont formées. Je m’arrête, saisis la lampe pour éclairer la voûte quand, soudain, un éboulement se produit. Un rocher tombe sur ma main, écrasant index et pouce gauches. Sur le moment, je ne ressens rien. Aucune douleur. Ma première réaction est de me dire que je suis chanceux que ce rocher ne me soit pas tombé sur la tête. Au bout de quelques minutes, je prends d’abord conscience que mon index gauche est écrasé, ne tient plus que par la peau. Et puis une terrible douleur m’arrache un hurlement. C’est un véritable signal d’alarme pour les copains. Aussitôt, ils accourent, me font avaler une bonne rasade d’alcool, le seul anesthésiant qu’ils ont sous la main. Puis ils me remontent. Premiers soins, on me panse et me demande d’aller immédiatement chez le médecin. Recommandation que, bien sûr, j’ignore. C’est encore le matin et j’attends 27


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l’après-midi pour me rendre au cabinet du praticien. Là, la salle d’attente est comble. Je perds patience, remets à plus tard la visite. Je décide de partir retrouver des copains dans un café. En arrivant, je fanfaronne : « Les gars, je viens d’avoir un accident. Mon doigt est coupé, foutu. » Je crâne, prenant mon doigt, le tournant dans tous les sens. Face à moi, les visages sont incrédules. Tous mes copains croient au bluff, à un nouveau numéro de Kopa. Le lendemain matin, le chirurgien ne peut éviter l’amputation. Après m’avoir endormi, il me coupe les deux dernières phalanges de l’index gauche réduites en charpie. Cet accident va me valoir quelques mois d’arrêt de travail… et une pension dérisoire de 200 francs par mois – 30 euros, que je perçois aujourd’hui encore. Pendant trois jours, je cherche mon index. Je refais tous les mouvements auxquels je suis habitué, me gratter la tête ou saisir un objet et, au dernier moment, je m’aperçois qu’il me manque quelque chose. Je vais souvent user de cette infirmité pour déclencher les rires de mes camarades, en faisant disparaître cet index gauche dans l’oreille ou une narine. Un numéro de magie qui fait rire mes copains. Ma convalescence est terminée. Je dois reprendre le chemin de la fosse 2, retrouver ma lampe, mon casque et mes wagonnets, parcourir des kilomètres et des kilomètres dans les sombres galeries souterraines. Cette mésaventure me dégoûte un peu plus encore de la mine. Je n’ai toujours pas renoncé à devenir électricien… ou à faire n’importe quoi d’autre. Le foot ? Évidemment, c’est ma passion. Je le pratique plus que jamais. Mais je ne compte vraiment pas sur lui pour me sortir de ma terrible condition de mineur. Le sport est avant tout un dérivatif. De plus, ma mère est opposée au football. Elle trouve cette activité trop 28


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dangereuse. « Tu risques de te faire casser la jambe. Fais-moi plaisir, arrête de jouer au football », me répète-t-elle souvent. Le football, trop dangereux ! Eh oui, ma mère redoute plus le foot que la mine pour son fils. Incroyable ! Cela me semble insensé. Mais je la comprends. Pour elle, qui est imprégnée depuis sa plus tendre enfance des choses de la mine, descendre au « centre de la terre » n’est qu’un risque naturel. Une activité normale, pas vraiment plus dangereuse qu’une autre.


Kopa par Raymond Kopa