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IWACU N°491 – Vendredi 10 août 2018 – 2000 Fbu Quartier INSS, Avenue Mwaro n°18 Bujumbura - Burundi Tél. : 22258957

Elections 2020

Une feuille de route exclusive

POLITIQUE Cnared : Un opposant de poids ?

ÉCONOMIE P.4

API : Des entreprises virtuelles

AU COIN DU FEU P.5

Avec Siméon Barumwete

P.7


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LA DEUX Editorial

Vendredi, 10 août 2018 - n°491

En coulisse

Sur le vif

Le CSNU s’est réuni pour plancher sur le cas du Burundi

Du choc de deux « feuilles de route »… Par Léandre Sikuyavuga Directeur des rédactions

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eux ans avant les élections générales, le compte à rebours commence. Les états-majors des acteurs politiques sont à l’œuvre. Pour les uns, il faut coûte que coûte se maintenir au pouvoir, le garder jalousement, le renforcer, avec le moins de voix dissonantes possibles. Pour d’autres, il faut prendre le pouvoir, imposer un nouvel ordre. Théoriquement, rien de nouveau jusque-là. C’est ainsi que deux réunions viennent d’avoir lieu presqu’au même moment. Le ministère de l’Intérieur a organisé le 3 août une rencontre à Kayanza en vue de la signature d’une « feuille de route » pour les élections de 2020. L’opposition a fustigé cette rencontre, sans opposition véritable. Pour elle, c’est un « non-événement », une réunion de plus. L’ancien président Ntibantunganya a regretté le manque d’inclusivité de toutes les forces politiques dans l’élaboration unilatérale de cette feuille de route. « Ce que vous faites pour moi, sans moi, vous le faites contre moi», semble dire l’opposition. De son côté, du 4 au 5, s’est déroulé le conclave de la plateforme de l’opposition surtout en exil. Le Cnared veut affermir l’unité et la cohésion du groupe en vue de réactualiser les revendications pour une éventuelle reprise du dialogue. Nous avons donc deux camps, avec des positions tranchées, diamétralement opposés. Pour Bujumbura, la feuille de route pour 2020 a été actée et le débat n’est plus à ce niveau. Pour l’opposition, rien n’est encore fait. L’heure est plutôt au débat sur les grandes questions de l’heure pour la tenue des prochaines élections. A notre avis, l’opposition devrait faire sa propre feuille de route, la présenter, la défendre lors du prochain round des pourparlers qui se profilent. Dans ce dialogue de sourd, quelle sera la position de Mkapa dont justement la question d’une « feuille de route  » pour 2020 est à l’agenda ? La facilitation va-t-elle se ranger et avaliser cette feuille de route de Kayanza décriée par l’opposition  ? Ou Arusha parviendrat-il à faire plier Bujumbura et arriver à une autre feuille de route pour 2020, acceptée par tous, car inclusive ? Pour le moment, personne ne peut le dire. Probablement que du choc des deux feuilles de route émergera une route vers des élections libres, transparentes et inclusives.

Michel Kafando, envoyé spécial des Nations Unies au Burundi a briefé, jeudi 9 août, le Conseil des Nations Unies sur la situation prévalant actuellement au Burundi. M. Kafando a exhorté le gouvernement et la classe politique à saisir l’opportunité de la nouvelle dynamique en cours, à savoir l’engagement du président Nkurunziza de ne pas briguer un autre mandat afin « d’œuvrer ensemble à la création d’un nouvel environnement politique, propice à la consolidation de l’unité nationale et à la paix ».

Saido Berahino, déjà convoqué en stage de préparation Après que la Fifa l’ait autorisé à porter les couleurs des Intamba, l’attaquant de Stoke City, Saido Berahino, fait partie de la liste des 43 joueurs convoqués par Olivier Niyungeko, alias Mutombola, le sélectionneur. L’équipe nationale croise le fer avec le Gabon, en septembre, pour le compte des éliminatoires de la CAN 2019 prévue au Cameroun.

Des organisations appellent au renouvellement du mandat de la C.E.I En amont de la 39ème session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, des organisations nationales, régionales et internationales de la société civile ont écrit, mercredi 8 août, audit conseil pour soutenir une résolution du renouvellement du mandat de la Commission d’enquête des Nations Unies sur le Burundi.

En hausse

Les voisins de la maison incendiée accidentellement à la 4ème avenue n°46 de la zone Bwiza,

P

our être intervenu rapidement, jeudi 9 août, aidant les occupants à échapper au feu et à transporter leurs effets dehors.

En baisse

Un certain Mbavu, militaire du camp de Mudubugu de la province Bubanza,

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our avoir tué, samedi 4 août, une personne et blessé trois autres, dont une grièvement, suite à une dispute avec un jeune affilié au parti au pouvoir.

ANNONCE Un chiffre

65.000

Avocats Sans Frontières (ASF) sollicite les services d’une agence ou maison de production audiovisuelle ayant une expérience avérée en matière de production de supports audiovisuels, idéalement à vocation documentaire, pour la réalisation d’un film. L’objectif de la prestation est d’illustrer comment les personnes, en particulier vulnérables, cherchent à réaliser leurs droits. Au travers des activités du programme, le réalisateur aura accès à différents acteurs et niveaux (formels et informels) permettant de mettre en évidence les dynamiques à l’œuvre au sein de la population en termes d’accès à la justice et à la réalisation de ses droits. L’engagement entre ASF et la maison de production est basé sur 25 jours de prestation maximum, à répartir sur 3 ans. Le produit final attendu consiste en un film documentaire d’environ 1h basé sur une sélection des activités mises en œuvre par ASF et ses partenaires au Burundi entre 2018 et 2021. En outre, un livrable utilisable est attendu une fois par an. (photos, capsules vidéo ou autre selon les opportunités). Les termes de références complets et documents requis pour soumettre une offre sont consultables en ligne à l’adresse suivante :

https://www.intercontactservices.com/appels-doffres/

Toute demande de renseignements doit être faite par écrit à l’attention de la Coordinatrice AFL d’ASF à l’adresse suivante : bur-cf@asf.be. Date limite de réception des offres : 31/08/2018.

Est le nombre d’élèves qui étaient attendus à l’examen d’Etat, édition 2018.

Source : RNB

Une pensée

« Le dialogue véritable suppose la reconnaissance de l’autre à la fois dans son identité et dans son altérité. » Proverbe africain

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L'ÉVÉNEMENT

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La messe de Kayanza est-elle dite ? « Musumba Hôtel » de Kayanza a abrité la signature d’une « feuille de route » pour les élections de 2020 qui est loin de faire l’unanimité. Analyse.

D

’abord, un constat : les forces politiques en présence à Kayanza, pèsent-elles vraiment sur l’échiquier politique burundais  ? Certes, 22 partis politiques sur les 32 agréés ont répondu à l’invitation du gouvernement. Une bonne participation apparemment. Mais la question que tout observateur de la politique se pose  est l’impact, l’importance et la représentativité de toutes ces formations. En d’autres mots, combien pèsent-elles sur l’échiquier politique ? Pour rappel, lors des présidentielles de 2015, l’Uprona a eu 2,4 % des suffrages obtenus, le FNL de Jacques Bigirimana 1,01%, la COPA de Jean de Dieu Mutabazi 0,16%. Mis à part le parti de l’Aigle, les autres partis sur place pèsent peu sur la balance. Ceux qui mettent en avant « le nombre élevé » de partis présents pour la signature de cette feuille de route le font pour des raisons strictement politiques.

Florilège de quelques déclarations A Kayanza, la balance penchait donc d’un seul côté. Mieux, tous ou presque ont parlé le même langage. A Kayanza « Ils parlent tous le langage «  DD » disait avec humour un politicien. C’est vrai que l’unanimité était de mise.

Des leaders politiques présents à Kayanza.

Du secrétaire général du parti Uprona, Olivier Nkengurutse, au président du parti FNL, Jacques Bigirimana, en passant par des politiques à l’image d’Alice Nzomukunda, Jean de Dieu Mutabazi ou encore Kefa Nibizi…. Aucune divergence notable sur les grandes questions de l’heure. Mais à Kayanza, une petite voix s’est élevée pour refuser, dénoncer, dire non. Un certain Phenias Nigaba, porteparole du Sahwanya Frodebu. Il a porté le poids de toute l’opposition. Il a déploré que ce document ait été discrètement préparé à l’avance, « On ne sait pas par qui. Et les acteurs politiques ont été exclus, comment voulez-vous que mon parti cautionne ça. » Cette voix dissonante

a par ailleurs opté pour la nonsignature, qualifiant la session de Musumba de non consensuelle. En refusant de signer « la feuille de route », le Frodebu rejoignait la position des ténors de l’opposition interne qui n’avaient même pas pris la peine de se rendre à Kayanza. Le parti MRC et la coalition Amizero y’Abarundi avaient dénoncé dans un communiqué de presse « un forcing ne visant qu’à court-circuiter le dialogue externe mené par la facilitation et la médiation de la sous-région. » Pour eux, il est hors de question de contribuer à l’avortement du processus de dialogue sous la houlette de Mkapa. En tout cas, le parti Sahwanya Frodebu a le mérite d’avoir pris

part à la session et de protester sur place. Phenias Nigaba a assuré que son parti avait en horreur la pratique de la chaise vide et privilégier le dialogue. Le maître des cérémonies, le ministère de l’Intérieur, n’a pas invité l’opposition en exil. C’est le contraire qui aurait surpris. Le Cnared a toujours été taxé par le gouvernement d’organisation belge non reconnue par le gouvernement. Au final, nous avons une « feuille de route » élaborée par le parti au pouvoir en partenariat avec « son » « opposition ». La couleur de ces élections est déjà annoncée avec ce document déjà décrié, non consensuel qui est censé régir le grand rendezvous des élections de 2020.

Interrogé, l’ancien président Ntibantunganya est pessimiste : « L’histoire du Burundi m’a appris que lorsqu’on veut régler une crise, il faut absolument s’assurer que tous les protagonistes sont associés.» Selon Sylvestre Ntibantunganya, il faut donc engager les opinions qui pèsent pour avoir une feuille de route crédible. Sinon le risque d’un échec est énorme. Déception également du leader de la coalition Amizero y’Abarundi. Pour Agathon Rwasa, la priorité n’était pas cette « feuille de route ». Il y avait, d’après lui, d’autres questions à vider, notamment l’ouverture de l’espace politique, cette « Constitution qui favorise les uns et discrimine les autres, etc. »

Quelle marge de manœuvre pour la facilitation ?

D

epuis quelques semaines, les facilitateurs tanzaniens s’activent pour convoquer un prochain round des pourparlers. Le problème : à l’agenda de Benjamin Mkapa figurait justement un débat sur « une feuille de route » pour les élections de 2020. Bujumbura semble avoir pris de vitesse Arusha pour que justement lors de la reprise du dialogue « la feuille de route » soit déjà actée. Kayanza est donc «  un bon tacle  » sur la facilitation. Car comment Mkapa pourra-til remettre sur le tapis une question «  épuisée par 20 partis politiques,  » l’opposition comprise sans s’attirer les foudres de du CNDD-FDD  ? 

Car pour Bujumbura, concernant « la feuille de route », la messe a été dite à Kayanza. Elle ne sera pas redite à Arusha. «  Pourquoi aller chercher une feuille de route à l’extérieur du pays quand on peut la confectionner nous-mêmes ici ? » entendaiton à Kayanza. Allusion, à peine voilée du dialogue, menée par la facilitation de Mkapa. Le patron du Cndd-Fdd a d’ailleurs déclaré que des sujets déjà débattus sur place ne pourront plus être abordés à l’extérieur. « Tuna songa mbele ». (Nous avançons) disaient fièrement des membres du Cndd-Fdd. Pour le parti au pouvoir, la feuille de route pour les élections de 2020 a été donnée. La

question a été « discutée  », affaire classée. A ce stade, que peut faire encore l’opposition, la véritable opposition, pour faire entendre sa voix ? Se mettre au pas et suivre la feuille de route et la cadence imposée par le pouvoir en place ? Jouer encore la chaise vide comme en 2010 ? L’opposition interne continue à dénoncer des actes de violence à répétions subies par ses membres. L’opposition en exil vient de traverser des mois à gérer des guéguerres intestines et s’essaie actuellement à la réunification, pour espérer se mettre en ordre de bataille pour 2020. Agnès Ndirubusa

La facilitation prépare un prochain round des pourparlers

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POLITIQUE

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Cnared : Que pèse-t-il ? Du 4 au 5 août 2018, le directoire du Cnared a tenu une réunion extraordinaire. Il a décidé de surseoir au processus de refondation et d’affuter sa stratégie en vue des prochaines négociations.

D

epuis la promulgation de la nouvelle constitution, il est clair que le contenu de nos revendications change »indique Pancrace Cimpaye, porte-parole de la plateforme des opposants en exil. Ainsi, le directoire compte réactualiser les revendications pour une éventuelle reprise du dialogue. En outre, les membres du directoire ont réaffirmé leur volonté de consolider l’unité et la cohésion du groupe qui semblent faire défaut à la plateforme depuis sa création. Les membres du Cnared mènent un combat plus sentimental que politique.  «  Ils n’aspirent pas à la même chose et leurs interprétations de la crise diffèrent », estime le politologue Siméon Barumwete. Pour lui, certains cadres de la plateforme, même avec des mandats d’arrêt à leurs trousses, ne sont pas fichés

ÉCONOMIE

comme des radicaux. Notamment, le Dr Jean Minani, président du regroupement, ou les anciens frondeurs du Cndd-Fdd. Face aux pénibles conditions de l’exil, difficile de tenir longtemps. «Cette vulnérabilité les expose à un compromis avec Bujumbura », poursuit l’universitaire. Et c’est probable que Bujumbura s’y investisse pleinement. Quant à l’autre frange radicale incarnée par Sinduhije, les choses se corsent. Elle est accusée de vouloir entretenir une rébellion. Bujumbura reste intransigeant à son égard. Il n’entend pas lever les mandats d’arrêt contre ceux qu’ils considèrent comme des radicaux putschistes. « L’unité et la cohésion que le Cnared chante en son sein sont toujours en sursis. Cependant, pour le prochain round des négociations, ils doivent être soudés,» affirme M. Barumwete.

« Le Cnared pèse visiblement moins » D’aucuns s’interrogent sur le poids des opposants en exil sur l’échiquier politique. Pour le politologue Gérard Birantamije, le Cnared pèse visiblement moins que le pouvoir de Bujumbura, contrairement aux premières années de l’actuelle crise politique. «Il lui faut un argumentaire qui mobilise jusqu’aux confins du parti au pouvoir ». Le Pr Barumwete  le voit d’un autre œil  : «L’unilatéralisme du pouvoir en place est la source des pressions externe qu’il subit. Il renforce les positions du Cnared qui tendait à s’affaiblir.» Et d’ajouter que dans le contexte actuel, la communauté internationale veut qu’un accord soit vite trouvé par les protagonistes. Le médiateur dans la crise burundaise, Yoweri Museveni, a le vent en poupe. Il vient de décrocher un accord de paix au Soudan du Sud et la formation d’un gouvernement d’union nationale. Grisé par son succès, il pourrait accentuer des pressions pour une rapide solution à la crise de 2015. Si le pré-

Pancrace Cimpaye : « Avec la nouvelle Constitution, nos revendications changent. »

sident Museveni arrive à réunir autour de la table tous les protagonistes, la balle sera dans le camp de l’opposition en exil. Les mem-

bres du Cnared doivent arriver à surmonter la bataille des ego, leur survie en dépend. Arnaud Igor Giriteka

Agro-industrie au Burundi

Un secteur clé, mais embryonnaire La création d’emplois, la contribution au PIB d’un pays, le développement du monde rural, entre autres avantages de l’agroindustrie. « La mise en place d’une politique d’industrialisation est une nécessité», selon des experts.

L

’agro-industrie est comme un barreau de l’échelle vers un véritable processus d’industrialisation », a affirmé René Nsabimana, un expert dans les domaines du secteur privé, de l’intégration économique et des politiques commerciales à l’Institut de développement économique du Burundi (IDEC). Il assure que les entreprises agro-industrielles ont de puissants effets d’entraînement « à travers la production des produits alimentaires à valeur ajoutée  ». Il s’exprimait, mardi 7 août, lors de la présentation d’une étude intitulée « Climat, Commerce et alimentation : Orientation pour une stratégie de mise en œuvre de l’agro-industrie ».

Pour lui, elles créent de nouveaux débouchés pour les matières premières provenant essentiellement des zones rurales pauvres. « D’où son importance dans les politiques de développement ». L’expert donne le cas de l’Agenda 2063 de l’Union Africaine : « Il prône la modernisation de l’agriculture africaine et des industries agro-alimentaires grâce à la valeur ajoutée et à la productivité. » Idem pour la Politique d’industrialisation de la Communauté est-africaine (CAE) pour 2012-2032. « Son objectif global est de créer un secteur industriel moderne, compétitif et dynamique pleinement intégré à l’économie mondiale ». Au niveau local, il évoque la vision 2025. «  L’agro-industrie est considérée comme un moteur de croissance et de transformation structurelle de l’économie ».

« Une politique adaptée s’avère urgente » « Il est déplorable que ce secteur reste peu développé et à l’état embryonnaire », observe Godefroid Manirankunda, représentant légal de l’Action Développement et intégration régionale (ADIR). Et ce au moment où le Burundi est en cours

Qui est GNR ? Un groupe d’experts multisectoriels (ministères de l’Environnement, Commerce, Agriculture, les universitaires, les médias, et la société civile) se réunissant une fois par an. Il propose des solutions sur les défis minant les secteurs de l’agriculture, du commerce et du climat en cherchant des liens entre eux afin de promouvoir l’agro-industrie au Burundi. Leur travail s’oriente plus dans la recherche en confrontant les résultats avec les documents de référence dont dispose chaque pays membre de la CEA. René Nsabimana : « L’agro-industrie est comme un barreau de l’échelle vers un véritable processus d’industrialisation. »

d’élaboration de sa Politique Nationale d’Industrialisation (PNI). Ce membre du Groupe National de Référence (GNR) indique que sa contribution au PIB reste faible : la valeur ajoutée manufacturière reste inférieure à 10% du PIB avec 9,67% en 2011 ; 9,45% en 2013 et 9,57% en 2015. Pour booster ce secteur, cet expert souligne l’urgence de

mettre en place des mesures d’adaptation et d’atténuation des effets des changements climatiques. « Sinon des infrastructures, des champs, des routes, … peuvent être détruits, suite aux inondations entravant ainsi les activités agroindustrielles. » Il suggère, en outre, la diversification des exportations, la gestion durable des ressources eau et sols, etc. Selon cette étude, les

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R.N. sols burundais sont d’une fertilité relativement faible. « Plus de 36% sont acides et présentent une toxicité aluminique  ». Le relief étant dans l’ensemble accidenté, les pentes rendent les sols érosifs. Les pertes de terres sont évaluées à quatre tonnes par ha et par an à l’est, 18 tonnes au centre-ouest et à plus de 100 tonnes dans les Mirwa, à l’ouest du pays. Rénovat Ndabashinze


ÉCONOMIE

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Des entreprises et emplois « fictifs » 2137 sociétés et 17536 emplois créés ! Voilà ce qu’annonce le rapport annuel de l’Agence de Promotion des Investissements (API), édition 2016. Sur terrain, la réalité est moins florissante. Voyage au cœur d’une désillusion.

C

apital financier insuffisant, manque d’expertise, manque des marchés, inaccessibilité aux crédits bancaires, etc., sont, entre autres, les défis soulevés par certains entrepreneurs rencontrés en mairie de Bujumbura. Aujourd’hui, il est difficile de localiser certaines sociétés sur terrain. Elles existent seulement dans les registres de l’Agence de promotion des investissements. Créée depuis deux ans, Edaco, une entreprise spécialisée dans l’architecture et la construction, est presque « fictive ». Elle n’a pas d’adresse physique. Bref, impossible de la localiser. Pourtant, dans le registre des entreprises créées en 2016 de l’API, le siège de cette société est situé sur l’avenue de l’Amitié au centre-ville de Bujumbura. En théorie, elle compte au moins « 75 employés ». Mais en réalité elle n’a engagé personne. Prechore Nsabiyaremye, directeur général de cette entreprise, regrette que deux ans viennent d’être écoulés sans que sa société démarre les activités normalement. «  J’ai a essayé de commencer en vain.» Raison de son échec  : capital financier insuffisant. Seulement 500 mille BIF. M. Nsabiyaremye affirme, par ailleurs, que son entreprise n’existe que sur le papier. «Elle n’a pas d’adresse physique.» La raison est simple  : elle ne peut pas supporter les frais du loyer. Quand un client me sollicite, révèle-t-il, je loue un bureau pour deux ou trois heures au centre-ville pour 10 mille BIF. M. Nsabiyaremye a été désillusionné. «  J’avais créé cette entreprise pour concourir pour les marchés publics.» Objectif qu’il n’a pas encore atteint. Sa société ne peut pas soumissionner pour les marchés publics en tant qu’entreprise. Elle n’a pas de garanties financières suffisants et de l’expérience. Là où le bât blesse, regrette-t-il, aucune institution financière n’accepte d’accorder des crédits aux entreprises nais-

santes à défaut des hypothèques. Depuis 2016, il n’a gagné aucun marché. Un autre défi évoqué par cet entrepreneur est la multitude des documents exigés pour soumissionner pour les marchés publics. Notamment garantie de soumission, l’attestation de non faillite, l’attestation d’affiliation à l’INSS, attestation de capacité financière au cours de trois dernières années, l’attestation de non redevabilité, etc. En tant qu’entrepreneur, M. Nsabiyaremye s’occupe aujourd’hui de petits boulots et des sous- traitances à titre individuel, et non pour le compte de l’entreprise pour éviter de payer les impôts. A la fin de chaque année, il déclare zéro activité à l’Office burundais des recettes.

Manque de soutien de l’API Sadeco, une autre entreprise créée en 2016, spécialisée dans la peinture n’est pas fonctionnelle non plus. Pascal Minani, son directeur général évoque les contraintes financières. «Les entreprises naissantes n’accèdent pas facilement aux crédits bancaires ou de microfinances par défaut des cautions.» Pour exécuter un marché, explique-t-il, l’entreprise doit avoir des fonds de roulement suffisants. « Mon entreprise a gagné plusieurs marchés. Mais par faute de moyens financiers, elle n’a exécuté aucun.» M. Minani déplore, par ailleurs, l’absence des institutions publiques qui accompagnent les nouveaux entrepreneurs. Ce rôle devrait être accompli par l’Agence de promotion des investissements. Aujourd’hui, cette agence ne se limite qu’à la délivrance des documents. Il n’accompagne pas les entrepreneurs. Même dans les pays développés, les entreprises naissantes bénéficient du soutien des pouvoirs publics. Ce jeune entrepreneur de 30 ans plaide pour qu’il y ait une institution financière publique chargée d’accorder des crédits aux jeunes entrepreneurs compte tenu de la

Prechore Nsabiyaremye : « Mon entreprise n’existe que sur le papier.»

rentabilité de l’entreprise. « De bonnes initiatives de création d’emplois doivent être accompagnées par le gouvernement. » Au moment de la création de son

entreprise, il s’était engagé à créer au moins 100 emplois. Salvator Habyarimana, directeur général de l’entreprise de construction (Asto), affirme que sa

société n’a pas encore ouvert les portes. Son partenaire financier s’est rétracté. Pour le moment, il cherche un autre bailleur. Dans le registre des emplois créés, cette entreprise s’était engagée à créer 150 emplois.

«L'API effectue des descentes»

«Aucune institution financière n’accepte d’accorder des crédits aux entreprises naissantes.»

Pascal Minani : «Aucune institution financière n’accorde des crédits aux entreprises naissantes.»

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Linka Nezerwe, directrice de l’entreprise Cleaning company, témoigne que sa société ne fonctionne pas. Motif : manque de marché. La situation économique actuelle n’arrange pas les choses. Avec un capital initial de deux millions de BIF, cette entreprise s’est engagée à créer 100 emplois. Mais aujourd’hui, elle ne compte que sa directrice. Léonard Sentore, directeur de l’API, a indiqué, lors de la présentation du rapport des réalisations du premier semestre 2018 que son agence effectue des descentes sur terrain afin de constater l’évolution des entreprises récemment créées. Mais, il a précisé que l’API n’a pas d’un budget destiné à financer les entreprises. Notons que le bilan de l’API pour le premier semestre de cette année fait état de plus de 1500 entreprises et 12500 emplois créés. Entre les chiffres de l'API et la réalité, la désillusion est totale. Parfait Gahama


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ÉCONOMIE

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Lumitel

Le personnel remonté contre la direction Les employés de Lumitel déplorent 63 licenciements en 7 mois de leurs collègues qui devaient bénéficier des contrats à durée indéterminée. D’après eux, la direction ne considère jamais le Code du travail.

M

auvaises conditions de travail, violation du Code du travail, licenciements abusifs, entre autres manquements de la société de télécommunication Lumitel selon ses employés. Ils ont montré leur mécontentement, ce mardi 7 août, dans tout le pays. 63 ont été déjà renvoyés dès le début de cette année. Lumitel maintient son personnel sur des contrats à durée déterminée (CDD). Avant que celui-ci n’arrive à terme, elle leur propose un stage. «Nous avons voulu manifester notre mécontentement. Nous sommes malmenés par notre employeur», explique Luc Rigi (pseudo), l’un d’eux. Cela faisait 4 ans que les 63 employés exerçaient pour le

compte de cette société d’origine vietnamienne. Après le renouvellement des contrats à deux reprises, ils avaient l’espoir de bénéficier des contrats à durée indéterminée (CDI). Ils invoquent le Code de travail : «Le contrat de travail à durée déterminée ne peut être renouvelé plus de deux fois sauf en ce qui concerne les travailleurs temporaires». Le directeur général de la société leur a expliqué en janvier dernier que le climat des affaires au Burundi n’est pas prometteur. Ainsi, Lumitel n’envisage pas le renouvellement de la licence d’exploitation en 2035. D’après Luc Rigi, le directeur leur a fait croire que cette société a convenu avec le gouvernement burundais du gel des CDI. «Ce qui n’était que mensonge». 104 autres

Des employés de Lumitel débutant leur marche non loin du siège de Lumitel à Bujumbura.

employés sont susceptibles d’être congédiés avant la fin de cette année.

La direction tourne le couteau dans la plaie Lin Ciza (nom d’emprunt), un autre employé, regrette que le patron de Lumitel leur refuse la délivrance des attestations de services. Alors qu’ils pouvaient s’en servir pour chercher du tra-

vail ailleurs : «Il préfère demander aux licenciés de revenir au statut de stagiaire». Autrement, il les fait remplacer par des stagiaires contre des traitements minables : «Une forme d’exploitation de la jeunesse burundaise en proie au chômage». En plus, Lin Ciza déplore que des contractants soient rémunérés comme des journaliers  : «Nos salaires sont calculés en fonction

du nombre de jours prestés. Les jours durant lesquels nous sommes malades ou en congés sont impayés». Et de confier qu’ils sont menacés quand ils tentent des revendications de leurs droits : «Avec arrogance, le directeur général nous a assurés qu’il n’aura pas du mal à nous remplacer, qu’il a beaucoup de lettres de demande d’emploi dans les tiroirs». M. Ciza soutient que l’Inspection générale du travail avait tout de même intercédé en leur faveur. Elle avait notamment recommandé la conclusion des contrats à durée indéterminée. Son contrôle en début de cette année avait fait état de 251 travailleurs qui n’avaient pas des CDI. Ils ne bénéficiaient pas des services de sécurité sociale. «Notre employeur a fait fi de cette note», conclutil. Contacté, le directeur général de Lumitel s’est refusé à tout commentaire. Edouard Nkurunziza

SÉCURITÉ

Un week-end meurtrier La fin de la semaine du 30 juillet 2018 a été marquée par plusieurs attaques à mains armées suivies d’assassinats et de vols. La police parle d’actes isolés.

L

’acte le plus mortel s’est produit, vendredi 3 août, vers 20h, sur la sous-colline Rutakara de la colline Ruzibazi, zone Mayuyu, en commune Mukike de la province Bujumbura. Selon des sources sur place, un groupe de bandits armés de fusils de type kalachnikovs a fait irruption dans un bar tirant sur des clients étanchant leur soif. « Le premier à être touché fut Bernard Bukuru alias Bigoma (29 ans), propriétaire du bar. Il est mort sur le champ. » Les malfaiteurs se sont ensuite servis à la caisse. Une somme inconnue a été emportée. Mais avant de s’en aller, poursuivent nos sources, ils ont tiré dans le tas faisant deux morts, dont un certain Jean Nibizi (56 ans) et Pascal Ndayisaba (34 ans). « Ils sont également morts sur le champ ». N’eût été l’intervention d’un militaire,

Colline Ruzibazi où l’attaque meurtrière s’est produite le 3 août.

qui passait la soirée non loin du bistrot, le bilan aurait été très lourd, soutiennent nos sources. « Il a tiré plusieurs coups de fusil et a touché un des malfaiteurs du nom de Blaise, qui est mort, et un certain Tony Alexis Karerwa a été blessé au bras droit ». Des sources policières indiquent qu’après ce forfait, la police, aidée par des membres des comités mixtes de sécurité et des militaires, a mené des opérations de poursuite et d’enquête. Le lendemain, Egide Kwizera alias quantité, originaire de la

commune Mugamba, chef de la bande, a été appréhendé à Ruzibazi. Le même jour, Richard Ndayubahe de la même bande a été arrêté sur la colline Musinzira de la commune Mukike. Il est originaire de la commune Muhuta, en province Bujumbura.

Des actes isolés dixit la police D’après les premières enquêtes, confient nos sources, ils auraient préparé cette attaque, jeudi 2 août, dans un boisement. « Le 5 août, la police a arrêté un cer-

tain Eric Bukeyeneza également membre de la bande. » Outre ce vol meurtrier, le weekend a été marqué par plusieurs cas de vol. En mairie de Bujumbura, trois bandits ont été tués vers 2h30 du matin, en zone Cibitoke de la commune Ntahangwa, rapportent des sources policières. Evariste Nzokirantevye, Lambert Nduwabike et un troisième tentaient de voler par effraction dans les ménages. Les deux premiers sont morts à la 6ème avenue n°43, touchés mortellement par les balles des membres des

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forces de sécurité. Un troisième non encore identifié a été tué à la 7ème avenue n°41. Des couteaux, des pinces et du matériel pour défoncer les portes ont été trouvés sur les victimes. A Ngozi (centre-nord), le 4 août 2018, vers 21h, un groupe de bandits constitué d’enfants est parvenu à ouvrir la portière du véhicule d’un certain Jean Pierre Nsengiyumva. D’après des sources sur place, ils ont volé deux sacoches, un ordinateur portable et 6.250.000 BIF. Alertée immédiatement, la police a déclenché une enquête rapide et les six enfants, membres de cette bande, ont été appréhendés vers 5h du matin. « L’ordinateur portable et une somme de 5.260.000 BIF ont été récupérés. » Dans une conférence de presse du 7 août, Pierre Nkurikiye, porte-parole du ministère de la Sécurité publique, a refusé de parler de recrudescence de la criminalité à mains armées, mais évoque des actes isolés de banditisme. «  Ce qui s’est passé à Mugamba n’est pas fréquent. Les derniers cas similaires dataient de l’époque du mouvement insurrectionnel. » Christian Bigirimana


Au coin du feu

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Avec

Siméon Barumwete

Dans le Burundi traditionnel, le soir, au coin du feu, la famille réunie discutait librement. Tout le monde avait droit à la parole et chacun laissait parler son cœur. C’était l’heure des grandes et des petites histoires. Des vérités subtiles ou crues. L’occasion pour les anciens d’enseigner, l’air de rien, la sagesse ancestrale. Mais au coin du feu, les jeunes s’interrogeaient, contestaient, car tout le monde avait droit à la parole. Désormais, toutes les semaines, Iwacu renoue avec la tradition et transmettra, sans filtre, la parole longue ou lapidaire reçue au coin du feu. Cette semaine, au coin du feu, Siméon Barumwete

V

otre plus beau souvenir ?

C’est la soutenance de ma thèse, le 19 mars 2010. Elle a coïncidé avec la fête de Saint Joseph, patron des travailleurs. J’aime le travail mais depuis ce jour, j’ai compris que ce diplôme de doctorat en science politique devrait changer ma vision sur le travail et les travailleurs. C’est pourquoi, je consacre une partie de mon temps à l’action syndicale pour la défense des intérêts professionnels de mes collègues. Votre plus triste souvenir ? L’assassinat du Président Ndadaye, le 21 octobre 1993 et les tueries qui l’ont suivi. Après plusieurs années de politique d’unité nationale, de dialogue, de concertation et de début du processus de démocratisation du pays, l’intolérance et les violences politiques ont pris le dessus. Le Burundi est tombé dans un gouffre profond et aujourd’hui, il peine terriblement à s’en sortir. Quel serait votre plus grand malheur ? Mon plus grand malheur serait de ne pas éduquer mes enfants en fonction des valeurs auxquelles je crois comme fondamentales telles que la justice, l’excellence, le mérite, l’amour du travail bien fait, l’honnêteté, l’intégrité, la vérité. Cependant, la réalité est autre chose. Je ne sais pas comment faire pour leur montrer que le contraire de ce qu’ils voient est meilleur. Le plus haut fait de l’histoire burundaise ? C’est l’Accord d’Arusha. Après plusieurs années de violences cycliques et meurtrières, les Burundais sont parvenus à dépasser leurs clivages (ethniques, politiques et régionaux, etc.) et ils se sont entendus sur les

principes, les mécanismes et les institutions visant le partage du pouvoir d’une part entre les Hutu et les Tutsi, et d’autre part entre les partis majoritaires et les partis minoritaires. Aujourd’hui, la révision de la Constitution balaie ces acquis et instaure un régime présidentiel mono – centré. C’est donc un pas en arrière par rapport à l’esprit d’Arusha. La plus belle date de l’histoire burundaise ? Le 28 août 2000. Normalement, la plus belle date serait le 1er juillet 1962, date de recouvrement de notre souveraineté perdue vers la fin du XIXème siècle avec l’occupation du Burundi par l’Allemagne et le début de notre assujettissement. Mais l’indépendance a été mal gérée par les Burundais. Le 28 août 2000 semble enterrer la hache de la guerre et faire miroiter de l’espoir qu’enfin la reconstruction du pays, la réconciliation nationale, la démocratie, la bonne gouvernance, la sécurité pour tous sont désormais à la portée des Burundais. Malheureusement, c’était de l’illusion. Les Burundais ne savent pas ce qu’ils veulent ou ce qu’ils cherchent. Ils ne savent pas tirer les leçons de leur passé. Ils ne font que reproduire les erreurs de leurs pères, grandspères et arrière grands-pères. La plus terrible ?

Votre passe-temps préféré ? J’aime lire et la compagnie de voisins et d’amis autour d’un pot.

C’est le 21 octobre 1993 Le métier que vous auriez aimé faire ? Pourquoi ? J’ai la chance de faire un métier que j’aime  : le métier d’enseignant. Je suis convaincu que c’est le meilleur métier. C’est le seul métier qui nous permet d’espérer que demain sera meilleur qu’aujourd’hui puisque nous formons la jeunesse, le Burundi de demain.

Votre lieu préféré au Burundi ? Mon lieu préféré, c’est mon bureau. En effet, je passe plus de temps dans mon bureau qu’ailleurs. Sinon le lac Tanganyika est une merveille. Le pays où vous aimeriez vivre ? Pourquoi ? J’aime vivre au Burundi même si un décalage énorme sépare le

Burundi rêvé et le Burundi réel. Je rêve d’un Burundi pacifique, stable, démocratique, respectueux des droits de l’homme et prospère. Je garde espoir que la responsabilité des générations présentes est de construire ce Burundi rêvé. Le voyage que vous aimeriez faire ? J’aimerai visiter toute la région de la communauté de l’Afrique de l’Est  : visiter les parcs nationaux de la Tanzanie, du Kenya. Rencontrer, échanger et apprécier la culture de ces peuples avec lesquels nous avons une même destinée.

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Votre rêve de bonheur ? La réussite dans ma vie de couple, la réussite de mes enfants dans leurs études et dans leur vie professionnelle Votre plat préféré ? J’aime le Mukeke bien grillé Votre chanson préférée ? «  Umugabo nya mugabo » de Ncanjo Amisi Quelle radio écoutez-vous ? En international, j’écoute Europe 1 sur YouTube et la RFI. Au


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Au coin du feu

Burundi, j’écoute exclusivement Isanganiro. Avez-vous une devise ? Oui, j’ai une devise : Travail – Rigueur – Persévérance Votre définition de l’indépendance ? L’indépendance est un état pour un pays libéré de la domination étrangère surtout au niveau politique. La gestion des affaires publiques est l’affaire des nationaux. Mais au niveau économique, les pays sont interdépendants car aucun pays ne peut se suffire. Chaque pays doit compter sur les autres pour avoir les ressources dont il a besoin pour conduire son développement. Votre définition de la démocratie ? La démocratie est à la fois une forme de régime politique mais aussi un système de valeurs. Il ne suffit pas de proclamer qu’un pays est démocratique lorsque certaines valeurs ne sont pas partagées comme le respect de la

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vie, le respect de la différence, le non recours à la force, le respect de l’opposition, l’alternance politique, la séparation des pouvoirs, l’Etat de droit, etc. Votre définition de la justice ? La justice est une façon d’organiser la société pour que chacun ait ce à quoi il a droit, rien de plus, rien de moins. Si vous étiez le Président de la République du Burundi, quelles seraient vos deux premières mesures ? La première mesure est de proclamer un Etat de droit au Burundi (justice) pour que chacun ait ce à quoi il a droit (sans plus ni moins) : pour cela, j’engagerai une lutte contre la corruption par la mise en place des mécanismes de transparence dans l’accès aux emplois publics, aux marchés publics, etc. La deuxième mesure est celle en lien avec la bonne gouvernance. Etre à l’écoute des Burundais, des organisations de la société civile, des organisations politiques, des partenaires techniques et

financiers. Associer, impliquer et faire participer tous ces acteurs au processus décisionnel. Les politiques publiques devraient être le reflet du consensus et des partenariats entre les différents acteurs et à tous les niveaux.

est perfectible. Je ne désespère jamais de lui quelles que soient ses faiblesses, ses erreurs et ses déboires. L’homme peut toujours trouver les ressorts de changer.

Si vous étiez ministre de l’Enseignement Supérieur, quelles seraient vos deux premières mesures ?

Je crois à l’immortalité de l’âme et pour cela je crois à la communion des saints. Ce que nous appelons la mort n’est qu’un passage d’un endroit à un autre. Voilà ma croyance en tant que catholique pratiquant.

La première mesure est de valoriser le métier d’enseignant en vue de rehausser la qualité de l’enseignement. Les enseignants doivent être fiers de leur métier, être motivés et s’engager corps et âme au service de nos étudiants. Pour cela, les efforts du gouvernement doivent être fournis dans le relèvement de leur salaire à tous les niveaux. La deuxième mesure est d’instaurer l’excellence à tous les niveaux dans l’enseignement et sur tous les aspects (recrutement, promotion, bourses d’études, etc.) Croyez-vous à la bonté naturelle de l’homme ?

Pensez-vous à la mort ?

Si vous comparaissez devant Dieu, que lui direz-vous ? Je lui dirai merci de m’avoir donné la vie et d’avoir fait confiance en moi en me donnant des enfants, un pays, des compatriotes, des camarades, etc. Je lui dirai que mes intentions étaient toujours sincères même si les actions concrètes me trahissaient. Je lui demanderai pardon pour toutes mes bêtises et celles de toute l’humanité. Propos recueillis par Lorraine Josiane Manishatse

Bio express Siméon Barumwete est né en 1970, en commune Ruhororo dans la province de Ngozi. Il est enseignant à l’Université du Burundi depuis 1999. Il a fait ses études primaires à l’Institut Saint Kizito de Bujumbura et ses études secondaires au Lycée Musinzira, ex-Athénée de Gitega. Il a poursuivi ses études à l’Université du Burundi et à l’Université de Pau et des Pays de l’Adour où il a obtenu en 2010 son diplôme de doctorat en science politique. Il est actuellement président du Syndicat du Personnel Enseignant de l’Université du Burundi (SPEB). Catholique pratiquant, il est également membre de plusieurs associations caritatives, corporatives et de défense des droits humains. Il est marié et père de quatre enfants.

Je crois plutôt que l’homme

SOCIÉTÉ

Le viol, un mal qui menace les fillettes Les cas de viol dans la province Bubanza prennent une allure préoccupante. Les victimes et leurs familles vivent dans la tourmente. Le RBP+ tire la sonnette d’alarme.

P

lus de 18 cas de viol ont été documentés en l’espace de trois mois (mai, juin, juillet). 8 cas recensés par les leaders communautaires sur la seule colline de Giko et 10 cas répertoriés par le Réseau burundais des personnes vivant avec le VIH/SIDA (RBP+), antenne de Bubanza. Cette recrudescence des cas de viol inquiète plus d’un. «Je ne vois pas comment exprimer ma douleur après que ma fillette de huit ans ait été violée par un sexagénaire », raconte N.B. en sanglots. Cette habitante de la colline Giko, commune et province Bubanza, est angoissée par des cas de viol qui sont légion sur cette colline. Edoste Cishahayo, rencontré au bureau du RBP+, ne cache pas sa colère :  «  Ma fillette de 10 ans a été violée en pleine journée par un jeune de 18 ans. Je suis venu demander le secours de ce défenseur des droits humains.  » Le phénomène, poursuit-il, prend une ampleur

inquiétante dans notre localité. Antoine Icihagazeko, chef d’antenne de RBP+ à Bubanza, fait savoir que le viol est commis sur des mineures de moins de 15 ans. Les auteurs sont essentiellement des jeunes et des sexagénaires, un phénomène inhabituel. Selon lui, cette recrudescence s’explique par plusieurs facteurs. D’abord les arrangements à l’amiable qui se font entre les familles des auteurs et les familles des victimes, et ce avec la complicité des administratifs à la base. Or la loi sur les VBG pénalise les arrangements à l’amiable. Ensuite, poursuit cet activiste des droits humains, il y a l’impunité des auteurs. Plus les auteurs ne sont pas punis, plus ils récidivent, plus les victimes et leurs familles se découragent et vivent dans l’angoisse. Du reste, les victimes ont peur d’être stigmatisées par l’entourage. Il y a aussi des menaces de représailles qui pèsent sur les familles

de saisir les juridictions. « Il faut la gratuité des procédures judiciaires et des soins médicaux.»

L’administration promet de s’impliquer

Antoine Icihagazeko : « Son apport reste insuffisant dans la répression des VBG. »

des victimes empêchant ces dernières de porter plainte. En outre, la plupart des familles ignorent les procédures judici-

aires, la préparation et la rédaction des plaintes. Et d’ajouter que le coût élevé des procédures judiciaires empêche ces familles

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Interrogé sur l’efficacité de la loi sur les VBG, M. Icihagazeko n’y va pas par quatre chemins : «Son apport reste insuffisant dans la répression des VBG. » Et aussitôt d’ajouter : «  Il faut que les victimes obtiennent réparation et soient rétablies dans leur dignité. » François Kazoviyo, administrateur de la commune Bubanza, reconnaît la recrudescence des cas de viol. Il promet de responsabiliser la communauté et des administratifs à la base pour qu’ils s’impliquent davantage dans la lutte contre les VBG. Il invite la communauté à dénoncer ces comportements qui dégradent les mœurs burundaises. Il envisage de mener des campagnes tous azimuts pour sensibiliser les victimes et leurs familles pour qu’elles brisent le silence. Cet administrateur interpelle la police et les juridictions de traiter avec célérité les cas qui leur sont soumis. Félix Haburiyakira


SOCIÉTÉ

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Traite des êtres humains en Inde

De plus en plus rocambolesque Après la mise en liberté de l’Indien dénommé Joshua et du retrait du mandat d’amener de Jean Berchmans Makoro, tous impliqués dans une affaire de traite de deux jeunes hommes en Inde, ces derniers se plaignent. Ils fustigent une décision inéquitable.

L

e procureur m’a chassé de son bureau. Il est resté avec Fabrice, Joshua et son épouse ainsi que l’avocat de ces derniers. Je ne comprenais pas pourquoi, alors que le dossier est le même», témoigne Jean-Baptiste Niyungeko, un des deux jeunes qui avaient porté plainte pour traite des êtres humains. Il déplore le fait qu’il a été écarté de la séance du jeudi 2 août 2018. Le jeune homme s’est empressé de téléphoner à leur avocat Maître Edgard Muhirwa, qui n’avait pas été signifié de cette rencontre. Ce dernier arrivé trop tard. La décision de libérer le présumé auteur, Joshua, avait été déjà prise. «Quand le procureur a chassé Jean-Baptiste, je me suis senti piégé», indique Fabrice Ndikumana, l’autre plaignant. Pour les plaignants, le procureur général près la Cour d’Appel de Bujumbura, Aristide Nsengiyumva, a privé Fabrice Ndikumana de son droit d’être assisté. De même qu’il a privé Jean-Baptiste Niyungeko, poursuivent-ils, de son droit de connaitre l’état d’avancement de sa plainte ainsi que le droit d’être dédommagé comme son collègue.

«Une décision incompréhensible!» Au cours de cette séance, Fabrice Ndikumana a reçu une somme de 515$ de la part de Joshua. «Ils m’ont dit que c’est le reste de mon salaire. J’ai pris cet argent, mais cela n’enlève en rien le crime commis. C’était une manœuvre pour me faire taire.» Pour les deux plaignants, c’est un aveu de culpabilité. «Pourquoi il paie le salaire, alors qu’il n’est pas notre patron. Nous devions être payés en Inde ». Après cette séance, le procureur général près la Cour d’Appel de Bujumbura a pris la décision de libérer Joshua, qui avait été écroué à la prison centrale de Mpimba, le 23 juillet 2018. Le 8 août dernier, le procureur a ordonné le retrait du mandat d’amener qui avait été lancé contre Jean Berchmans Makoro. «Le procureur ne pouvait solder une affaire criminelle aussi grave que la traite des humains par un simple dédommagement en privant l’accès à la justice à l’une des victimes ». Les deux plaignants ne comprennent pas

comment Joshua a été relâché, alors que son présumé complice était toujours en cavale. «Comme c’est un étranger, il peut s’enfuir ».

Les présumés coupables se disent innocents Pour rappel, Fabrice Ndikumana et Jean-Baptiste Niyungeko avaient été « recrutés » par une société indienne, Pristine Medical Equipments Ltd, qui fabrique des seringues. Mais ils travaillaient pour sa filiale Meditech Medical Disposables. Ils avaient été approchés par Joshua et Jean Berchmans Makoro, oncle de Fabrice Ndikumana, moyennant une somme d’argent. Ils leur disaient qu’ils y vont pour travailler la journée et étudier le soir. D’après eux, on leur avait promis un salaire de 300$ par mois. Arrivés en Inde, les choses ont changé. Ils ont trouvé que leur travail consistait à charger et à décharger des colis de 100kg. Selon eux, ils dormaient sur des cartons à même le sol et mangeaient une seule fois par jour avec un horaire de travail d’au moins 20h. Ils n’avaient pas le droit de sortir des enceintes de l’usine d’autant plus que leurs passeports avaient été confisqués par le patron de la société. Jean-Baptiste a pu regagner le Burundi après deux semaines.

Les deux jeunes hommes ne savent plus à quel saint se vouer.

Fabrice y a travaillé une année dans ces conditions sans percevoir son salaire. Il n’a pas pu réunir l’argent pour le billet du retour. A Bujumbura, ils ont porté plainte contre Joshua et Jean Berchmans Makoro. «Nous sommes innocents. Ces jeunes cherchent un moyen de gagner de l’argent, car ils ont vu

Après un dédommagement de 515$, Joshua a été relâché.

une personne de peau blanche», clament Joshua et Jean Berchmans Makoro. Ce dernier était introuvable, depuis l’arrestation de son présumé complice. «Je me suis terré quelque part, car je ne voulais pas subir le même sort que mon ami ». Les deux hommes affirment que les deux jeunes hommes n’ont subi aucun tort en Inde. Pour eux, ce sont des caprices de jeunes. «Un jour, Fabrice s’est plaint à moi qu’on l’a envoyé faire paître des vaches. Je trouve cela normal», juge l’oncle en riant. Toutefois, ils reconnaissent que Fabrice Ndikumana n’a jamais été payé durant l’année qu’il a passée en Inde. D’après eux, les deux jeunes hommes devaient toucher 150$ par mois et non 300$. «Lors d’un conseil de famille, nous avons fait le calcul de son salaire pendant une année. Nous nous sommes mis d’accord sur une somme de 1800$ moins 300$ qui correspondent à la ration d’une année qu’il a consommée. Joshua a accepté de payer», indique Jean Berchmans Makoro. Et d’ajouter que Joshua a donné dans un premier temps 500$ au père de Fabrice Ndikumana, Léonidas Ndikumana. Ce que confirme ce dernier : «Après cette réunion de famille d’il y a deux mois, j’ai reçu cet argent. Joshua me disait

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que c’est une moitié du salaire de Fabrice.» Le père n’y voit aucun problème dans la mesure où son enfant est revenu. Il reconnaît, par ailleurs, que son enfant a eu de gros soucis quand ils ont voulu quitter l’Inde, après deux semaines de leur arrivée. «Je venais de dépenser des millions pour l’envoyer là-bas. J’étais incapable d’en réunir d’autres pour le faire revenir ». Quant à la question du dédommagement de Jean-Baptiste Niyungeko, Joshua assure qu’il ne lui doit rien. Selon lui, les 3.500.000 Fbu que Jean Baptiste lui a donnés ont couvert l’achat du billet et le visa. Jean Berchmans Makoro a une explication : «Jean-Baptiste est frustré. Pour un jeune qui n’a pas l’habitude de manier de grosses sommes, perdre des millions comme ça, c’est difficile à digérer.»  Ces deux jeunes indiquent qu’ils craignent pour leur vie. Ils demandent une justice impartiale et que le dossier soit retiré des mains du procureur général près la Cour d’Appel de Bujumbura. Aristide Nsengiyumva n’a pas voulu faire des commentaires : «Il faut attendre car je n’ai pas le droit de communiquer sur un dossier en instruction.» Fabrice Manirakiza 


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SOCIÉTÉ

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Deux ans sur un lit d’hôpital ! Né avec une malformation du cœur, Wilson Nifasha, 1 an et 8 mois, est sur un lit d’hôpital, depuis sa naissance. Sans aucune assistance, sa mère tend la main à toute âme charitable.

D

’une maigreur squelettique, affaibli par d’incessantes quintes de toux, sous assistance respiratoire… Wilson Nifasha est alité à l’hôpital Roi Khaled, depuis janvier 2017. A près de deux ans, il n’a que 4 kg. Environ 10 mille USD, soit plus de 25 millions BIF, est la somme requise pour qu’il puisse se faire soigner en Inde, d’après sa mère. Même les médecins français se sont déclarés incapables de traiter ce cas, assure Alexis Butoyi, représentant légal de l’association Bon Samaritain qui aide les enfants cardiaques à se faire soigner à l’étranger. Dans son rapport médical de mai 2017, le cardiologue Marc Nimburanira qui l’a consulté en premier affirme que le petit présente une cardiopathie congénitale cyanogène entraînant une mauvaise oxygénation du sang. Il conclut qu’un transfert

à l’étranger est nécessaire pour une correction chirurgicale. Plus d’un an après, la maman n’a, pour l’heure, aucune assistance. Les médecins de l’hôpital Roi Khaled font aussi état de malformations buccales et de la gorge. Ainsi, le petit ne peut rien manger depuis sa naissance. Il ne boit que du lait passant par une sonde.

Les larmes d’une mère Démunie, Aurélie, 22 ans, la maman, confie qu’elle doit tendre la main pour avoir ne fût-ce que du lait. Habitant la province Cankuzo où elle a accouché, elle élève seule l’enfant. « Le bébé se nourrit de France lait, 28 mille BIF la boîte, qui est consommée dans deux jours. Plus de 80 mille BIF dans une semaine  », indique, non sans peine, Aurélie. Elle affirme que le bébé peut passer une semaine sans

Atteint d’une cardiopathie, le petit Wilson a besoin de plus de 20 millions BIF pour se faire soigner.

boire du lait. Elle a recours à du jus naturel d’orange et de l’eau. Pendant les premiers mois,

le ministère de la Solidarité l’assistait en lait. Une assistance qui n’a duré que quelques mois,

déplore cette mère. Elle pointe du doigt l’association Ineza partenaire du ministère qui travaille à l’hôpital Roi Khaled chargée d’exécuter l’assistance. A un moment donné, confie-telle, elle a arrêté de me donner du lait. « Mais au ministère, le rapport dit que je reçois du lait régulièrement ». Lassée, elle ne réclame plus rien. Interrogée, la représentante légale de cette association du ministère de la Solidarité rétorque qu’Aurélie n’est plus prioritaire : « A chaque fois que je la visite, je que trouve qu’elle a du lait. J’en donne alors aux autres qui n’en ont pas.» Cette femme indique que le ministère de la Solidarité débloque 900 mille BIF d’assistance alimentaire à l’endroit des démunis hospitalisés pour toute une année. Les chefs de poste de l’hôpital ciblent les cas urgents. Elle parle de beaucoup de personnes qui ont besoin d’assistance, mais le ministère a très peu de moyens. Clarisse Shaka

Transport en commun

Hausse des tarifs après celui du carburant

L

e prix de transport par bus en mairie de Bujumbura passe de 380 BIF à 400 BIF», liton dans le communiqué conjoint du gouvernement et des représentants des transporteurs sorti ce jeudi 9 août, à la veille de la hausse du prix du carburant. Des tarifs pour les quartiers périphériques ont augmenté de 5%. Ces derniers sont Carama, Kiriri, Ruziba, Maramvya, Mirango-Rond-point, Kamesa, Rubirizi et Buterere. Le même communiqué souligne que la hausse pour le transport vers l’intérieur du pays ne doit pas dépasser 5%. Cela compte aussi bien pour les personnes que pour les marchandises. Pour Charles Ntimpirangiza, secrétaire général de l’Association des transporteurs du Burundi (Atrabu), cette hausse ne

tient pas en considération leurs doléances. Il souligne que leur travail n’exige pas seulement du carburant : «Nous avons aussi besoin de pièces de rechange, du vidange et graissage, des pneus, etc».  Il soutient que la hausse du carburant les affecte doublement : « C’est à la pompe d’une part et aux autres services connexes à notre travail de transport en commun d’autre part.» Il parle de la nécessité d’une étude sur l’impact de la hausse du carburant sur leur travail. Autrement, le gouvernement devrait subventionner le secteur des transports en commun. Car, explique-t-il, il le considère visiblement non pas comme un secteur commercial, mais comme relevant du domaine social. Egide Nikiza

Selon le secrétaire général de l’Atrabu, le gouvernement devrait subventionner le secteur des transports en commun.

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ENVIRONNEMENT

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Interview exclusive

« Nous sommes déterminés à sévir contre la pêche illicite » La Commission technique de sécurisation et de la navigation lacustre se dit prête à en découdre avec l’usage du matériel prohibé dans la pêche, les installations des sites de pêche clandestins, etc. Iwacu a rencontré Gérard Nyandwi, son président.

D

epuis juin 2017, une opération de saisie et de destruction du matériel prohibé dans la pêche a été lancée. Son bilan ? Après des séances de sensibilisation, nous avons déjà saisi plus de 300 pirogues, plus de 1500 moustiquaires destinés auparavant à la lutte contre la malaria, mais utilisés aujourd’hui dans la pêche. D’autres objets prohibés ont été saisis, dont plus de 800 filets maillants, Imitimbo (objets prohibés et fabriqués localement) et des pagnes. Ces filets maillants viennent de la RDC. Quelles sont les conséquences de ces pratiques? Elles sont très néfastes. Par exemple, 1 kg d’alvins (umugara) donne six tonnes de poissons en six mois seulement. Et les filets maillants, les pagnes, les moustiquaires ramassent les œufs dans les zones de frayères sans parler des Imitimbo qui entraînent le pourrissement des poissons. Du coup, la production du poisson

SANTÉ

a diminué. Sur les marchés, 1kg de Ndagala est vendu actuellement à plus de 30.000BIF, celui du poisson type Mukeke à plus de 20.000BIF. Et en dehors de la pêche ? Le constat est que ces pêcheurs illégaux collaborent avec les bandits utilisant des armes à feu pour voler les moteurs, les batteries appartenant aux pêcheurs légaux. Ils facilitent également la fraude et servent de relais pour faire entrer les armes dans le pays. Est-ce que l’opération v ous a été facile ? Elle n’a pas du tout été facile, malgré la sensibilisation. Il y a toujours des récalcitrants qui créent des sites de pêche clandestins. En outre, les administratifs à la base, les forces de l’ordre basées sur la côte du lac n’ont pas totalement collaboré. Qu’en-est-il des sanctions ? Les sanctions sont prévues dans le Code de transport et de

la navigation lacustre, la loi sur la pêche et l’aquaculture. Des textes d’application et des ordonnances ont été signés. Et les concernés en ont eu connaissance, lors des séances de sensibilisation. Leurs copies ont été données aux représentants des pêcheurs, aux administratifs et aux forces de l’ordre. Ainsi, en plus de la destruction du matériel saisi, les utilisateurs ont été également sanctionnés. Les amendes vont de 250 mille BIF à 2 millions BIF. Et nous leur rappelons qu’un emprisonnement de 6 mois à deux ans est prévu dans ces textes. Pour le moment, nous avons surtout privilégié le paiement d’une amende, mais bientôt nous allons passer à l’emprisonnement. Votre message aux concernés ? Notre commission est chargée de la sécurisation sur le lac. Nous sommes engagés à sévir contre les pêcheurs illégaux et clandestins. Nous leur demandons de joindre les sites légaux. Qu’ils

prennent aussi conscience du danger. En effet, avec ce matériel prohibé, ils sont en train de détruire « leurs champs  ». Demain, ils n’auront plus de poissons. Le lac Tchad n’a plus de poissons aujourd’hui alors qu’il était poissonneux. Et au Burundi, si les choses continuent ainsi, le Lac Tang-

anyika connaîtra la même situation. Et quand ils sont attrapés, ces pêcheurs perdent énormément d’argent, les pirogues coûtant cher. Qu’ils se ressaisissent, sinon nous sommes déterminés à sévir contre la pêche illicite pour sauvegarder notre patrimoine. Propos recueillis par Rénovat Ndabashinze

Il explique qu’en plus du centre de traitement d’Ebola de Rukaramu réaménagé, 3 ambulances sont disponibles au niveau de l’Aéroport international de Bujumbura, de la frontière de Ruhwa et de Nyanza Lac. Et de souligner l’importance des formations continues des formateurs sur la surveillance intégrée des maladies et le caractère primordial de la communication. «Il faut une sensibilisation à l’endroit de la population, car c’est cette dernière qui a besoin de savoir ce qu’est le virus Ebola, ses symptômes et comment communiquer avec les professionnels de la santé en cas de suspicion ».

se fait pas via les frontières officielles, mais plutôt celles clandestines », fait remarquer M.A., un expert en santé publique. Pour lui, quoi que coûteuse, la formation du personnel médical des centres de santé environnant tous ces points d’entrée, est une nécessité plus qu’urgente. «Apres quoi, il faudra les doter d’équipements pour la protection individuel (kits…) ». En outre, il fait remarquer au ministère que la maladie peut provenir de n’importe quelle frontière. Une allusion faite aux nombreux passagers qui gagnent le Burundi via notamment la Kanyaru. Il estime également que la zone de traitement de la maladie d’Ebola, située à Rukaramu, est à reconstruire : « Durant pareils fléaux, il faut des incinérateurs adaptés. En l’occurrence, sa capacité d’accueil est limitée. » Et de conclure : « Si la stratégie, le plan et le budget ne sont pas élaborés, ainsi qu’un stock stratégique de médicaments disponibles, contenir Ebola reste une utopie. » Hervé Mugisha

Ebola

Le Burundi renforce sa riposte Le ministère de la Santé a lancé, lundi 6 août, un plan de contingence contre le fléau du virus Ebola. Cependant, il reste des défis à relever.

A

vec 76 cas enregistrés, dont 13 confirmés et 33 décès dans les provinces du NordKivu et de l’Ituri en RDC, situées à 400km de Bujumbura, c’est une épidémie qui risque, si rien n’est fait d’ici quelques jours, d’être aux portes de Bujumbura. Une urgence qu’a vite comprise le ministère de la Santé. Lundi 6 août, il a lancé un plan de contingence. « Dorénavant, divisé en 3 zones prioritaires, le Burundi peut se prévaloir de jouir d’une bonne couverture », se réjouit Dr Thaddée Ndikumana, ministre de la Santé. Il explique que la priorité numéro un rassemble tous les districts sanitaires partageant une frontière terrestre avec la RDC, la priorité numéro deux comprend tous les districts sanitaires

Malgré le plan de contingence,des lacunes se font encore observer dans le diagnostic

avec une frontière lacustre avec la RDC, la dernière concerne les autres districts restants. «Ce sont cinq districts sanitaires de priorité 1 et 2 avec 11 points d’entrée localisés dans ces districts sanitaires qui ont été identifiés». Le ministre a annoncé que sur ces 11 points d’entrée (POE), des structures temporaires (tentes)

ont été installées. « L’objectif est que même dans des coins reculés, les soins élémentaires puissent être administrés ». L’autre priorité, signale-t-il, est qu’avec la Surveillance Intégrée des Maladies et Riposte (SMIR), le personnel médical, comme la population, reste en constante alerte.

Des mesures loin d’être suffisantes Bien que le ministre s’emploie pour la prévention effective de ce mal, certains professionnels de santé ne cachent pas qu’il a encore du pain sur la planche. « Outre le personnel médical qui n’est pas suffisamment formé, le ministère doit avoir à l’esprit que contrairement à la stratégie de ce plan de contingence, le gros des mouvements de la population ne

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ÉDUCATION

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L’examen d’Etat 2018

Une édition tranquille Les élèves finalistes des humanités générales, pédagogiques et techniques du Burundi ont commencé, ce mardi 7 août, l’examen d’Etat. Cette épreuve leur donne accès à l’enseignement supérieur. Sauf des cas de retard, rien à signaler.

A

u centre de passation du Lycée Notre Dame de Rohero, l’examen a débuté à 9h15. La ministre de l’Education, Janvière Ndirahisha, était présente pour ouvrir les activités du premier jour. Elle affirme qu’il y a eu des manquements sur le respect du règlement scolaire en rapport avec la tenue vestimentaire. « Je leur ai pardonné puisque c’est le premier jour, mais à partir de demain ceux qui ne seront pas en ordre ne feront pas l’examen». Et de les mettre en garde sur la tricherie  : «Pour ceux qui vont tricher ou feront une tentative de tricherie, l’examen concerné sera annulé ainsi que les autres qui vont suivre». Selon Ernest Mberamiheto, président de la Commission chargée de préparer la passation et la cor-

rection de l’Exetat, session 2018, il y a plus de 60 mille candidats au niveau national répartis sur 78 centres au Burundi et un autre à Nairobi. Il assure que l’examen a été mieux organisé que ceux des années précédentes. Et ce grâce à la disposition d’une journée d’installation des candidats pour éviter les retards observés lors des éditions précédentes : «Malheureusement, certains surveillants se sont présentés tardivement ».

« C’est un bon début pour moi » A l’école technique secondaire de Kamenge(ETS), l’examen a débuté à 9h30. Il y avait deux centres de passation  : ETS1 et ETS2. Au premier, 1.119 candidats étaient présents provenant de 6 établisse-

Les élèves passent l’Exetat dans l’une des salles de l’Ecole technique secondaire de Kamenge.

ments scolaires. Au second, 648 candidats de 9 écoles étaient présents. Sur ce dernier, seuls de petits retards dus à quelques imprévus ont été observés. Au Petit séminaire de Kanyosha, 482 finalistes de 10 écoles étaient attendus. L’abbé Laurent Mbazumutima, recteur dudit établissement, a signalé que 9 écoles étaient présentes. L’école

absente comptait 73 élèves. Après la passation de la première épreuve, les élèves rencontrés se disent satisfaits. Aimé Quentin Muhiziwintore, élève au Petit séminaire de Kanyosha, se réjouit que la première épreuve se soit bien déroulé : «Nous avions vu toute la matière en classe.» Même son de cloche pour Ari-

ane Nzeyimana, élève au Lycée technique du Millénaire. «J’ai fait l’épreuve de système de télécommunication. Je m’étais bien préparée. C’est un bon début pour moi. » Cet examen a duré 4 jours. Il est prévu que les lauréats de cette édition et ceux de l’année dernière débuteront ensemble la prochaine année académique. Chanelle Irabaruta

Annonce

RECRUTEMENT D’UN CONSULTANT

Dans le cadre du Projet « Protection de l’Enfance(PE) », la Croix-Rouge du Burundi (CRB) en collaboration avec la Croix-Rouge Norvégienne lance un avis d’appel d’offres pour le recrutement d’un bureau d’études ou un consultant indépendant local qui sera chargé d’évaluer la capitalisation des acquis du Projet dans les Provinces de Ruyigi et Cibitoke. Les personnes physiques ou morales intéressées par la présente consultance peuvent retirer les termes de référence au siège de la Croix-Rouge du Burundi sise à Rohero I, Avenue des Etats-Unis, N°18 à Bujumbura tous les jours ouvrables pendant les heures de service. La date limite pour le retrait des Termes de Références est fixée au Vendredi le 17/08/2018 à 12h00’ tandis que et le dépôt des offres est fixé au plus tard le mardi 21/08/2018 à 10h00’. Pour toute information complémentaire, veuillez contacter le service de suivi et évaluation au 22218871.

AVIS D’APPEL D’OFFRES PUBLIC

Dans le cadre du projet « RESILIENCE COMMUNAUTAIRE et du Programme ADRN », la Croix-Rouge du Burundi (CRB) en partenariat avec la Croix-Rouge de Belgique communauté Francophone et l’UE lance le présent appel d’offres ouvert pour la fourniture de 38 Motos tout terrain avec accessoires. Le marché est ouvert à égalité de conditions à toute personne physique ou morale jouissant des capacités matérielles, financières et techniques requises. Le dossier d’appel d’offres est à retirer au siège de la CroixRouge du Burundi à Bujumbura sis à Rohero I, Av des EtatsUnis, N°18 moyennant le paiement d’un montant de 50.000 Fbu non remboursable. Les soumissionnaires intéressés seront reçus tous les jours ouvrables pendant les heures de service. Les offres seront déposées à la réception de la Croix-Rouge du Burundi jusqu’au mardi 21/08/2018 à 10h 00.

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Région Sud

AU CŒUR DU PAYS

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Makamba

Vagues d’arrestations de personnes Une vingtaine de personnes ont été arrêtées par la police lundi 6 août dans les communes de Nyanzalac, Kibago et pour divers mobiles. Leurs familles demandent leur libération. De notre correspondant Félix Nzorubonanya

L

es informations recueillies auprès des associations de défense des droits de l’Homme indiquent que lundi de cette semaine, sur la colline Jimbi de la commune Kibago, la police en collaboration avec le comité mixte de sécurité, a appréhendé 15 personnes toutes des rapatriées en train de participer à une réunion clandestine au domicile d’un certain Jérémie Ruranika. Edouard Buyubahe, André Bizimana et Zabulon Kabura considérés comme des meneurs de cette réunion ont été directement transférés au cachot du commissariat de police, trois autres sont gardés à vue au cachot du commissariat communal de Kibago et 9 autres ont été relaxés mais doivent comparaître chaque jour pour des raisons d’enquête. Elles sont accusées de tenir

Région Nord

des réunions subversives pour s’approprier les propriétés foncières qui sont dans les mains des résidents. Les activistes des droits de l’homme en commune de Nyanza-lac indiquent qu’en date du 6 août, la police a arrêté 8 personnes sur la colline de Bukeye de la commune de Nyanza-lac. Elles sont originaires de la colline de Nyabigina de cette commune de Nyanza et étaient sur le chemin de retour vers le camp de réfugiés de Nyarugusu en Tanzanie. Toutes ces personnes de sexe masculin avaient quitté ce camp il y a deux mois pour regagner leur commune. La police dit les avoir arrêtées pour des raisons d’enquêtes Elles sont détenues au cachot de la police à Nyanza-lac. Leurs familles demandent leur libération car, disent-elles, ces gens étaient venus pour faire enregistrer leurs propriétés foncières au niveau du guichet foncier.

Cachot où sont détenues certaines personnes arrêtées

Quand l’empoisonnement s’invite Au début de cette semaine, 5 femmes sont détenues au cachot du commissariat de police accusées d'avoir mis du poison dans le repas qu’elles ont servi lors d’une fête de levée de deuil sur la colline de Ruremba sur la colline de Nyange en commune et province de Makamba. Une centaine de personnes qui

étaient dans cette fête ont été admises à l’hôpital de Makamba pour des soins à cause de la nourriture qu’elles ont mangé au cours de cette fête de levée de deuil. Japhet Ntungwanayo, administrateur de la commune de Makamba indique qu’on ne déplore aucun cas de décès. Par ailleurs, il ne confirme pas que ces personnes ont été empoissonnées mais attend les résultats de

l’enquête policière ainsi que les résultats des examens médicaux. Il précise que ces femmes arrêtées étaient dans la cuisine en train de préparer le repas. Elles ont été arrêtées et subissent un interrogatoire au niveau de la police. Signalons que cette fête de levée de deuil a eu lieu samedi 4 août à la sous colline Baziro, colline Ruremba dans la zone Nyange en commune de Makamba. Les familles de ces personnes détenues demandent leur libération car l’infraction pour laquelle elles sont poursuivies n’est pas établie. Elles parlent d’une simple intoxication alimentaire due à la mauvaise qualité du riz. Certains consommateurs rencontrés à Makamba demandent à la BBN qui est chargé du contrôle des produits consommés de bien vérifier la qualité des jus qui sont sur le marché car certains consommateurs souffrent souvent des intoxications alimentaires après la consommation de ces jus. Pour tous ces cas d’arrestations, les associations de défense des droits de l’homme demandent à la police judiciaire de mener des enquêtes plus fouillées afin de libérer les personnes arrêtées.

Ngozi

Samandari Soccer Académie, une pépinière des grandes équipes Il est un team des écoliers et élèves de moins de 15 ans. Soumis à un encadrement rigoureux, ces jeunes joueurs évoluent vers « Arsenal » avant d’être admis dans des clubs de renom. De notre correspondant Apollinaire Nkurunziza

T

out a commencé en 2005 quand Moussa Niyonkuru alias DJ Ngogo a rencontré des enfants écoliers s’amusant à jouer un match inter collinaire, au quartier Rubuye. Il se proposa de les encadrer. Et puis un bienfaiteur leur accorda gratuitement un ballon. Quelques mois après, ils croisent le fer avec les juniors d’Olympique de Muremera (O.M)- équipe communale- et remportent le match. Dès lors, ils quittent Rubuye pour s’entraîner au terrain Agasaka, pour question de visibilité. Est admis dans Samandari Soccer Académie un

Ces enfants aspirent à évoluer dans de grands clubs de football

enfant dont l’âge oscille entre 7 ans et 14 ans. En dehors de ce seuil, l’enfant est inadmissible. L’autre condition sine qua non, la scolarité : on doit être écolier ou élève pour y fouler le pied. En plus, la réussite est un autre facteur pour y demeurer. « Qui ne réussit pas en classe n’est pas digne d’être le nôtre », indique le patron de l’équipe. Les enfants, quant à eux, trouvent le ballon rond leur hobby. Ils s’identifient aux joueurs de

renom, beaucoup ayant fréquenté Samandari club ou non. « Je voudrais être comme Kagabo du messager. C’est un joueur qui m’inspire ». Ils se félicitent des bons conseils du coach au ton doux, absent de toute brutalité. Mais la sévérité du maître leur secoue les entrailles : « Dernièrement il a renvoyé cinq enfants. Ils n’ont pas réussi en classe ». Sur ce, Moussa évoque une négligence de la part des parents. « Alors, je leur demande d’amener un par-

ent qui s’explique sur le motif de l’échec de l’enfant ».

Satisfaits de l’encadrement Les parents, à leur tour, se réjouissent de l’encadrement dont bénéficient leurs enfants. Ils révèlent que, de peur de se voir renvoyer de l’équipe, leurs enfants travaillent assidûment tant à l’école qu’à la maison. « Depuis qu’il est entré dans l’équipe, il a même amélioré la

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note à l’école. Car des fois je le menace que s’il n’étudie pas sérieusement, il sera chassé du club. Cela lui procure du courage », se plaît le père d’un enfant joueur évoluant dans Samandari. Le club Samandari approvisionne de grandes équipes dont messager Ngozi, Ngozi city, Rumonge city et autres. Cependant, le DJ Ngogo se plaint que la plupart des fois, on lui pique les joueurs sans consentement. « Mais cela me nuit peu, car je suis très heureux quand mon enfant marque une évolution ». Pour bien consolider son équipe, le coach implore l’apport des parents de ces enfants. Il dit en train d’organiser des rencontres avec les parents pour leur expliquer qu’il faut s’investir en tant que père. Tout son travail est volontaire : « Je fais le bénévolat. J’ai une sœur à Bujumbura qui me donne des ballons déchirés que je fais réparer. Et puis quand je trouve des sous, je leur achète du sucre pour récupération  ». Il interpelle des bienfaiteurs pour soutenir son équipe. Selon lui, Samandari Soccer Académie a besoin de tout : ballons, maillots et récupération.


AU CŒUR DU PAYS

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Région Centre

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Gitega

Héritage des filles. La lutte continue L’absence d’une loi sur la succession des femmes continue d’alimenter les conflits fonciers surtout dans les campagnes. Les hommes affirment qu’ils sont les seuls et légitimes héritiers.

beaucoup de femmes, cette scène est jouée des milliers de fois tous les jours dans les milieux ruraux. Elle est liée à l’absence d’une loi sur la succession et permet au descendant mâle du défunt d’hériter de la part du lion en présence d’héritières.

Les hommes se font plus conservateurs que jamais

De notre correspondant Jean-Noël Manirakiza

P

our ce qui est d’hériter dans le milieu rural, les femmes divorcées ou célibataires continuent d’en payer un lourd tribut. Leurs frères veulent se tailler la part du lion laissant des miettes à leurs sœurs. Aujourd’hui, plusieurs femmes demandent de plus en plus une réforme du droit de succession. Elles réclament un alignement de leurs droits sur ceux de leurs frères et la fin d’une réglementation fondée sur la jurisprudence. Rencontrée à Mahonda en train de vendre la bière de sorgho, Madeleine est une femme célibataire. Elle vit chez ses parents avec ses deux enfants. Dernièrement, elle est entrée en conflit avec ses frères pour le partage de la terre laissée par ses parents

Région Ouest

Spès(au micro) : « Ils veulent me donner une petite partie de la terre et surtout la moins fertile. »

défunts. Pour eux, pas question de partager en parties égales avec la fille. « Ils veulent me donner une petite partie de la terre et surtout la moins fertile, ce que j’ai refusé. Depuis, ils me considèrent comme leur ennemi  numéro un.» Le cas de Madeleine n’est pas isolé à

Gitega. Des milliers de femmes et filles sont souvent mises sur la touche au moment d’hériter. Spès avait 30 ans quand elle a perdu son mari. Elle n’a pas eu d’enfant avec ce dernier. Deux ans après la mort de son mari, elle a voulu vendre une petite partie de ses terres. D’après ses

affirmations, elle attendait le client, puis survint le choc. Le grand frère du défunt qui vit à Bujumbura est venu en urgence et s’est empressé, appuyé par ses beauxfrères qui l’accompagnaient, de demander à Spés qu’elle lui remette les clés de la maison et quitte le domaine familial. Pour

La plupart des hommes interviewés brillent d’une incapacité à prendre le risque d’aller contre une opinion publique plutôt conservatrice. Selon eux, avec la forte natalité, la terre cultivable devient rare d’où une tendance des hommes de luter coûte que coûte contre une éventuelle loi sur la succession. « Qui pourra permettre à sa sœur d’amener son mari s’accaparer des terres d’une autre famille  ? Que restera pour les hommes qui ont des femmes pauvres qui n’ont rien à hériter de leurs parents », s’interroge Alphonse, un quinquagénaire. Ces adversaires à toute réforme du régime de l’héritage se targuent d’être soutenus par l’opinion, invitant les femmes d’être compréhensives et qu’elles songent à leurs fils qui risqueraient d’être victimes de leurs sœurs une fois la loi établie.

Cibitoke

Les justiciables satisfaits des jugements rendus Un sentiment de satisfaction chez les justiciables des 5 provinces financées par le PNUD pour que les cours et tribunaux du ministère de la Justice mettent en exécution des jugements rendus. De notre correspondant Jackson Bahati

S

ur plus de 6 171 jugements programmés, le ministère de la justice en dénombre 4 114 qui sont déjà mis en exécution pendant deux mois pour les provinces de Cibitoke , Bubanza, Cankuzo, Ruyigi et Karusi. Ce qui signifie que plus de 65% des dossiers ont déjà été mis en exécution. Les justiciables de ces provinces se disent satisfaits de ce travail salutaire exercé par le ministère de la Justice au Burundi. Cette population reconnaît que les conflits fonciers sont à la base de l’insécurité, de la

sorcellerie et surtout des tueries dans ces provinces. Dans ces cinq provinces, les justiciables plaident pour que ce projet continue dans toutes les provinces du pays. Arcade Harerimana secrétaire permanent du ministère de la Justice espère qu’avec les 5 mois qu’ils se sont donnés, un bon nombre de jugements rendus seront mis en exécution. Le secrétaire permanent au ministère de la justice ainsi que les responsables des instances judicaires présents dans ces cinq provinces du pays mettent de nouveau en garde les juges qui exigent aux justiciables les frais de déplacement.

Une équipe du ministère de la Justice et du PNUD se rend sur terrain pour mi-évaluation dans les 5 provinces

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SPORT

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Les frais de mission, la question qui dérange…

D

es annexes (assurance de voyage, liste des joueurs, etc) du dossier de demande de l’ordre de mission souvent incomplètes, une lenteur dans le traitement de ce type de dossiers, etc. Un tas de raisons, selon le ministère en charge du Sports, à l’origine de cette tardive délivrance de l’ordre de mission. Ce document tant recherché attestant qu’autrui part représenter le pays lui permet de bénéficier de quelques pécules durant son séjour. Concernant ces derniers championnats, la fédération burundaise d’athlétisme affirme avoir introduit ladite demande auprès du ministère des Sports à temps. « Toute la procédure a été respectée et ce dans le strict respect des délais  », soutient Dieudonné Kwizera, son président. Curieusement, s’étonnet-il, cette demande prendra du temps avant d’être traitée. « La

CULTURE

date du départ approchait à grands pas. Après concertation avec le staff, nous avons décidé de puiser dans nos maigres ressources pour ne pas prendre le risque de nous absenter ». La délégation burundaise s’envolera finalement pour cette compétition. Mais faute de moyens suffisants, sur les 9 athlètes qualifiés, seuls 5 seront du voyage. Du côté du ministère de tutelle, après un si bon parcours, c’est une situation qui n’avait pas lieu de causer autant de remous. « Si la compétition s’est bien déroulée, à quoi bon revenir dessus?  », s’interroge sous anonymat un cadre de ce ministère. Contrairement à ce que beaucoup pensent, soutient-il, cette demande de l’ordre de mission n’a pas été introduite dans les meilleurs délais. Même en pareil cas, ce dernier assure que la meilleure solution

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Outre la médaille d’argent de Francine, les derniers championnats d’athlétisme d’Afrique à Asaba ont le mérite d’avoir remis sur le tapis la question pécuniaire. Pour les sportifs burundais, ce souci récurrent limite les performances.

Les athlètes burundais, extenués, lors de leur arrivée à l’aéroport d’Asaba(Nigeria).

serait de se concerter afin que de tels malentendus ne se répètent plus. « En aucune manière, on mettrait du retard dans le traitement de dossiers pareils sachant leur importance.  Ce sont nos ambassadeurs, il y va donc l’honneur de tout le pays ».

Les dessous ces intempestifs des retards «Le même refrain quand approchent des grands rendezvous sportifs », se désole A.N., un responsable d’une fédération. Il dit être toujours confronté

à cette lenteur dans le traitement des dossiers concernant la demande de l’ordre de mission. Pour lui, la spéculation en est la principale cause. « Le personnel en charge du dossier, surtout de l’achat des billets d’avion, peut passer tout un mois à sillonner les agences de voyage, rien que pour profiter du différentiel.» Et d’observer : « Imaginez donc la perte du temps qui en découle. » L’incompétence notoire du personnel est, à son sens, l’autre souci. « Le remaniement ministériel fait que certains fonctionnaires changent de département.

Et le comble, c’est quand le dossier tombe dans les mains d’une personne sans expérience ». Il révèle que tout un mois pourra s’écouler sans que ce dernier l’ait clôturé. Et de faire remarquer : « Si les billets d’avion des athlètes qualifiés pour les JO de la Jeunesse de Buenos Aires sont achetés à temps, le coût serait réduit de plus de 30% ». Ce responsable d’une fédération met en garde : «  Si rien n’est fait pour mieux les intéresser, conclutil, pas mal d’entre eux vont être tentés de prendre d’autres nationalités. » Hervé Mugisha

Concerts étrangers

Les artistes burundais se déchaînent Bujumbura assiste, depuis peu, à une vague de musiciens et comédiens étrangers qui mettent le feu sur la scène burundaise. Quelle appréciation, quels avantages pour nos artistes burundais ?

L

ady Jay Dee de la Tanzanie, Sauti Sol du Kenya, Yvan Buravan du Rwanda et plusieurs comédiens de la région… cet été verra des concerts aux couleurs régionales, dans la capitale. Une appréciation différente chez les artistes burundais. Le musicien Sat-B (Aboubacar Bizimana de son vrai nom), qui a accompagné Sauti Sol sur scène, il y a une semaine, en tire deux leçons importantes : l’inspiration et la facilitation des contacts. Quand un artiste a la chance d’apparaître sur scène avec des stars étrangères, estime-t-il, la prise de contact est déjà garantie. Puis la célébrité. «  Tu deviens de plus en plus connu. Car ce genre de concert attire le public. » De surcroît, c’est une occa-

sion d’améliorer son talent. Concernant l’enveloppe qu’ils touchent par rapport aux étrangers, il ne se frotte pas les mains. Mais il parle d’un léger mieux par rapport aux années passées. « Aucun avantage, aucune leçon  !  » C’est une toute autre appréciation chez le célèbre chanteur «  Big Fizzo  » (Désiré Mugani). Il soutient que les organisateurs de ces concerts n’accordent aucune valeur aux artistes burundais. Ces derniers empochent très peu d’argent par rapport aux étrangers. « Tout ce que nous voulons, c’est de la considération. Il est impensable qu’un musicien qui peut réunir plus de 2000 personnes soit dévalorisé. »

« Développer le potentiel des jeunes talents est le principal avantage » Par contre, compare ce musicien, si je vais à l’étranger, je suis accueilli comme un roi à l’instar des artistes locaux. Dans la sous-région, il assure qu’ils ont compris la valeur d’un artiste. Question talent, Fizzo estime que les artistes burundais n’ont pas besoin d’apprendre des autres. « Le don est inné. » Le comédien incontournable

Sat-B sur scène lors du concert de Sauti Sol, le week-end passé.

du pays, Alfred Mugenzi alias Kigingi, apprécie positivement la présence de comédiens étrangers. Développer le potentiel des jeunes talents est le principal avantage pour Kigingi. Son souci est de voir la comédie au

Burundi se développer, avoir plusieurs noms sur la liste de grands humoristes du pays. « Les comédiens étrangers nous aident à découvrir d’autres styles. Non pas parce qu’ils sont plus talentueux que nous, mais parce

que la comédie présente plusieurs styles ». C’est un échange de culture. Un échange de talents. Kigingi loue une bonne initiative de la part des organisateurs. Car les artistes gagnent de l’argent. C’est une façon d’apprendre à vivre par son métier. C’est également un honneur pour ceux qui apparaissent sur scène. « Il est vrai l’étranger est plus désiré. C’est normal. » Quant à André Hakizimana, chargé de la communication pour le festival « Buja lol », qui a réuni, entre autres, des humoristes du Cameroun, de la Guinée, il estime que les musiciens et comédiens burundais n’ont pas encore atteint un niveau international. « Nous les aidons à améliorer leurs talents à travers ces artistes célèbres ». Pour l’association burundaise des jeunes entrepreneurs, Uburundi bwacu, qui a organisé le concert de Sauti Sol, ce genre d’événements constitue une inspiration, un encouragement pour les jeunes entrepreneurs burundais. «  Ils sont très jeunes, sont partis de rien. Grâce à leur courage, Sauti Sol devient l’un des groupes les plus célèbres d’Afrique. » Clarisse Shaka

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PUBLIREPORTAGE

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Le FIDA pour la pérennisation des acquis des projets Le ministère de l’Agriculture et de l’Elevage, l’association ADECA et Caritas Burundi, à travers les projets et programmes financés par le FIDA au Burundi, ont signé, lundi 6 août, deux conventions de partenariat public-privé-producteur. L’une sur l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages pauvres à travers la promotion et le développement de l’aquaculture intégrée et l’autre sur la pérennisation des acquis du projet PAIVA-B.

L

e développement du partenariat public-privéproducteur est un atout important dans le développement agricole et rural du pays », a déclaré, Déo Guide Rurema, ministre de l’Environnement, de l’Agriculture et de l’Elevage. Selon lui, la première convention vise à contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et nutritionnelle des ménages du monde rural de la zone d’intervention des projets et programmes financés par le FIDA à travers la promotion et le développement de l’aquaculture intégrée. Cet élevage permettra aussi l’augmentation des revenus des ménages pauvres. De surcroît, se félicite-t-il, cette convention apportera un appui-conseil aux producteurs bénéficiaires à travers un encadrement de proximité et le renforcement des capacités de différents acteurs dans les domaines de la production, de la commercialisation et de la transformation. M. Rurema a indiqué que cette convention est prioritairement axée sur le ciblage et la mise en place éventuelle des villages modernes d’aquaculture intégrée, la sensibilisation de différents acteurs, l’opérationnalisation des infrastructures et des structures de gestion des villages modernes d’aquaculture intégrée. Il a souligné que ce projet va se dérouler dans les provinces de Ngozi, Kayanza, Muyinga, Cibitoke, Bubanza, Muramvya, Gitega, Karusi, Ruyigi, Rutana, Makamba, Rumonge et Bujumbura. Dans un premier temps, quatre villages modernes seront initialement retenus comme prioritaires.

Photo de famille des participants après la signature des deux conventions

tures de gestion et d’entretien des villages de l’aquaculture intégrée seront opérationnelles à la fin du premier semestre 2019. Le revenu des 85 % des membres des villages modernes d’aquaculture intégrée ciblée sera accru de 45 000 BIF par mois grâce à l’appui et l’encadrement agricole à la fin du premier semestre 2019. Les activités prévues pour la 1ère phase de cette convention seront financées par les projets financés par le FIDA à hauteur de plus d’un milliard de BIF. M. Rurema a fait savoir que la convention de partenariat public-privé-producteur entre le Projet PAIVA-B et Caritas Burundi constitue un facteur de durabilité

dans la mise en œuvre des activités des projets et programmes financés par le FIDA. « Ces activités renforcent les moyens de production de petits agriculteurs et leurs accès aux marchés ainsi qu’aux infrastructures de conditionnement et de transformation. » Elles contribuent aussi à l’augmentation des revenus des plus démunis à travers le développement et le renforcement des filières agricoles prioritaires.

Pérennisation des acquis des projets financés par le FIDA, une priorité Kadari Ghachem, représentant du FIDA, a fait savoir que la pérennisation des acquis des

Les résultats attendus A la fin de l’année, ces villages d’aquaculture intégrée seront fonctionnels. 35 groupements des villages seront structurés à la fin de cette année. Dix mille alevins modernes seront diffusés par groupement à la fin du premier semestre 2019. Environ 8.000 Kg de poissons seront produits et vendus à la fin du premier semestre de l’année prochaine. En outre, plus de 36 mille œufs seront produits, par an et par groupement à la fin du premier semestre 2019. Les capacités de 120 bénéficiaires des villages de l’aquaculture intégrée seront renfoncées à la fin 2019. Deux struc-

Kadari Ghachem : « Il ne sert à rien de financer un projet ou de mener des activités et qu’à la fin on constate l'échec total ou on repart à zéro. »

projets financés par le FIDA est une préoccupation à la fois du gouvernement et des partenaires techniques et financiers. Sinon, explique-t-il, il ne sert à rien de financer un projet ou de mener des activités et qu’à la fin on constate l'échec total ou on repart à zéro. Selon lui, ce partenariat va permettre de créer une dynamique d’appropriation et de pérennisation des acquis des projets clôturés par les bénéficiaires puis par les organisations publiques et privées. Il a indiqué que le modèle opérationnel du FIDA de partenariats avec le gouvernement constitue le socle de la formulation de programmes de développement rural qui répond aux besoins spécifiques du pays. Mais, insiste-t-il, la réussite des programmes repose en grande partie sur la collaboration avec d’autres partenaires du développement. « Le développement du partenariat public-privé- producteur, est un facteur de pérennité dans la mise en œuvre des activités des projets et programmes financés par le FIDA », a-t-il souligné. M. Ghachem a précisé que Caritas Burundi a déjà démontré ses compétences dans l’organisation des producteurs et l’amélioration du niveau de vie des vulnérables. Dans la région de Gitega et dans les autres régions que nous avons initié nos partenariats, à travers nos missions techniques, Caritas Burundi a fait preuve de très bons résultats. « Il travaille pour le développement intégral de la personne humaine, avec l’option préférentiel des plus margin-

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alisés, à travers des interventions d’autopromotion, d’urgence et de plaidoyer visant l’interpellation des pouvoirs publics pour soutenir cette catégorie de personnes. » Dans la mise en œuvre des activités inscrites dans cette convention, PAIVA-B souhaite que Caritas consolide des activités des projets clôturés ou proche de leur terme. Cette convention a pour objet de contribuer à l’amélioration de la sécurité alimentaire et la protection de l’environnement des ménages du monde rural par la consolidation, la durabilité et la pérennisation des acquis du projet PAIVA-B en commune de Bugendana, Giheta et Mutaho. Ce projet va se dérouler sur 33 collines dont 4 collines de la commune Bugendana, 13 collines de la commune Mutaho et 16 collines de la commune Mutaho de la province de Gitega. M. Ghachem a indiqué que l’objectif général du projet PAIVA-B est le développement d’une agriculture familiale organisée, commerciale, rentable et durable permettant un accroissement des revenus des petits producteurs des provinces touchées. Il appuie les institutions publiques et privées, la société civile et les organisations des ruraux pauvres afin qu’elles deviennent partie prenante d’un partenariat de qualité dans un processus de développement durable. Avec Caritas Burundi, espère M. Kadari, les résultats seront satisfaisants. « Ceci nous permettra de tirer des conclusions et d’améliorer encore des conventions à venir dans d’autres provinces avec d’autres associations. » Il a également apprécié, la volonté du gouvernement d’accorder une dimension particulière au développement de la pisciculture dans le pays. Elle est un instrument de développement, de sécurisation alimentaire et de développement des plans d’eau. La pisciculture va générer des dividendes importants non seulement la consommation au niveau des souches les plus démunies mais aussi au niveau de renforcement de la lutte contre le chômage, la création d’emploi pour les jeunes et pour des populations plus vulnérables. Le développement de la pisciculture va susciter un appel à de multiples volets de l’élevage notamment à travers l’élevage associé.


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Project Creating Perspectives: Pour des PMEs de la Communauté Est-Africaine compétitives et prospères Mardi, 7 août la chambre fédérale de commerce et de l’industrie du Burundi(CFCIB) en partenariat avec la Coopération Internationale allemande GIZ, ont lancé le projet ‘’Création de Perspectives d’Affaires pour le Développement de l’Afrique de l’Est”.

L

’objectif de ce projet est d’appuyer les petites et moyennes entreprises (PMEs) dans le développement de leurs compétences afin d’accroître leur potentiel », a martelé Audace Ndayizeye, président de la CFCIB dans son mot d’ouverture. Pour les entrepreneurs concernés par le projet. «Une bouffée d’oxygène ». A hauteur de 5 millions d’euros, ledit projet s’est assigné comme principaux objectifs : accroître la productivité, la compétition des petites et moyennes entreprise(PMEs) de la région, établir une coopération solide entre des entreprises allemandes et Est Africaines, plus que tout créer des projets innovants susceptibles de durer dans le temps. La grande nouveauté avec ce projet, dit Mme Lydia Koch, sa coordinatrice au Burundi et en Tanzanie, est qu’il met les entrepreneurs devant un fait accompli.” Dorénavant, grâce à ce nouveau projet, tous les entrepreneurs doivent faire un choix : celui de s’inscrire dans un developpement à long terme et nouvelle ère d’innovation ou carrément faire marche sur place”. Initié grâce au souci de la fédération des entreprises allemandes de partager leurs savoirfaire avec celles de la Communauté de l’Afrique de l’Est, ledit projet rassemble plusieurs secteurs. Parmi lesquels: agriculture et transformation des produits agricoles, santé, énergie, bâtiments et travaux publics, etc. D’emblée, une diversification des secteurs saluée par le parterre d’opérateurs économiques présents lors du lancement du projet.

« Une bonne nouvelle, parce qu’il va nous permettre de sortir de l’ombre et compétir avec les autres entreprises de la sous-région”, se félicite I.N., un ingénieur travaillant dans le domaine des bâtiments. Outre le renforcement des capacités, le projet étendra le champ d’action des entrepreneurs burundais. « Des opportunités d’affaires entre l’Afrique de l’Est et l’Allemagne seront créées ”, observe Denis Nshimirimana, secrétaire général de la CFCIB.

La compétitivité sur le marché régional, l’autre objectif M.Nshimirimana indique que ce partenariat permettra aux entrepreneurs burundais d’accéder à d’autres marchés, parmi lesquels ceux de l’Union Européenne ou Etats-Unis. « Un objectif guère possible que s’ils vendent des produits de qualité, conformes aux normes mondialement connues». Cerise sur le gâteau, un besoin auquel que ledit projet va répondre. Ce responsable fait savoir que les entreprises sélectionnées bénéficieront de formations en rapport avec les outils modernes de gestion des entreprises. En outre, le manque de savoirfaire lié aux nouvelles technologies est l’autre cheval de bataille de ce projet. ”Une innovation qui va nous permettre d’ouvrir les horizons. Car, nul doute, la production peut s’accroître”, se targue Tanguy Hicuburundi, directeur commercial de Prothem. Outillées technologiquement, il espère qu’ils seront en mesure de lutter à armes égales avec leurs homologues de la Communauté est-africaine. «  Et

Mme Lydia Koch, quant à elle, a souligné l’importance de créer une zone d’inclusion

Pour le président de la CFCIB :’’Ce projet permettra aux entreprises burundaises de compétir avec celles de la sous-région »

Les participants ont sans cesse émis leurs réserves face à la question des quotas

pourquoi pas élaborer des projets conjoints ”. Des inquiétudes, certes fondées, mais loin d’être alarmantes, a tranquillisé Audace Ndayizeye, président de la CFCIB. ”Un détail, à mon sens ne peut

pas freiner l’exécution du projet ». Les entreprises qui pourront bénéficier de l’appui de ce projet devront être notamment enregistrées dans la communauté Estafricaine et être sur le marché depuis au moins trois ans, avoir

Les cérémonies se sont clôturées par une photo de familles

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des capitaux entièrement ou majoritairement privés, un chiffre d’affaire compris entre 50.000 dollars américains et 5 millions de dollars américains ainsi qu’avoir un minimum de 10 employés.


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ANNONCES

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REQUEST FOR PROPOSALS (RFP) TENDER TITLE: DESIGN AND DEVELOPMENT OF THE EAST AFRICAN COMMUNITY INFORMATION SHARING PLATFORM (EACISP)

COMMUNIQUE DE RECRUTEMENT

TENDER NUMBER: PRQ20171189 TradeMark East Africa (TMEA) is an aid-for-trade organization that was established with the aim of growing prosperity in East Africa through increased trade. TMEA operates on a not-for-profit basis and is funded by the development agencies of the following countries: Belgium, Canada, Denmark, Finland, the Netherlands, UK and USA. TMEA works closely with East African Community (EAC) institutions, national governments, the private sector and civil society organizations. TMEA wishes to engage a reputable firms/consortium for the Design and Development of the East African Community Information Sharing Platform (EACISP). The Request for Proposals (RFP) document can be obtained at https:// www.trademarkea.com/get-involved/procurement/. All queries quoting the above Tender Title and Number should be emailed to procurement@ trademarkea.com. The closing date for submission of this tender is on Friday, 31 August 2018 at 10.00 a.m. (Kenya Time). Interested and qualified firms/consortiums must submit their bids through TMEA’s mail box using the email address, procurement.trademarkea.com, clearly indicating the tender number and description. All attachments must be 5 MBs or less. TMEA cannot answer any query relating to this tender 7 days or less prior to the submission deadline

INTERCONTACT SERVICES recrute pour un Client un Chauffeur Logisticien (homme/femme) remplissant les conditions suivantes : avoir un diplôme des humanités générales, maîtriser l’outil informatique, notamment les logiciels MS Office, avoir un permis de conduire. Il/ elle devra avoir d’excellentes capacités d’expression et de rédaction en Français et en Kirundi, justifier d’une expérience professionnelle d’au moins 5 ans en tant que Chauffeur- Logisticien, avoir la capacité de travailler en équipe, un bon esprit de synthèse, d’analyse et de jugement. Il / elle devra avoir la fiabilité, la confidentialité, la ponctualité, le dynamisme, le sens de l’adaptation et l’honnêteté. Il / elle devra être disponible pour effectuer des visites de terrain y compris dans les pays limitrophes. Les TDRS complets sont postés sur le site : www.intercontactservices. com dans la rubrique offre d’emploi. Les dossiers de candidature constitués d’une lettre de motivation, d’un CV actualisé et d’une copie du diplôme seront envoyés à l’adresse électronique: interhuman@intercontactservices.com. La date limite d’envoi des candidatures est fixée au 15 Août 2018 à 17 h00.

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Le Burundi déterminé à en finir avec les fistules obstétricales Le Centre Urumuri de l’hôpital régional de Gitega a clôturé vendredi 3 août la campagne de traitement des fistules. 90 cas au total ont été traités. Le Ministre de la Santé Publique et de la Lutte contre le Sida et UNFPA promettent de ne ménager aucun effort pour que tous les cas de fistules soient traités.

L

a journée commence par une visite dans les blocs d’hospitalisation pour réconforter les malades. Le ministre de la santé publique et de la lutte contre le Sida, Dr Thaddée Ndikumana, et le représentant du Fonds des Nations unies pour la population (FUNUAP) au Burundi, Dr Richmond Tiémoko, saluent sur leur passage de part et d’autres une multitude de personnes venus les remercier de leur investissement pour l’éradication des fistules au Burundi. Celles qui sont sur le lit de l’hôpital espèrent le rétablissement. Le centre s’occupe et se soucie d’elles. En plus des soins gratuits, il les nourrit également gratuitement. Une équipe d’animateurs sociaux est à leur disposition aussi pour qu’elles ne s’ennuient pas. Aline Nicoyanditse, 24 ans, est hospitalisée depuis 2 semaines. Elle est devenue fistuleuse après qu’elle a mis au monde un enfant mort-né. Elle remercie le centre Urumuri, le gouvernement, etc., chacun pour sa contribution aux soins dont elle bénéficie. Cette jeune femme provenant de la province Rumonge (au sud du pays) témoigne qu’elle est en train de se rétablir. Eugénie Kabura, âgée de 60 ans, originaire de la commune Kibago en province Makamba (au sud du pays), est venue pour la 2ème opération. Elle croit qu’elle rentrera après être guérie. «Les médecins s’activent pour que nous recouvrions nos facultés». Madame Kabura remercie le gouvernement qui ne les a pas délaissées : «C’est une maladie qui n’est pas très connue au sein de la population. Ainsi, beaucoup même nos proches nous discriminent». Dans la cour, des chants sont lancés les uns après les autres. Au rythme des danses, des femmes, jeunes et moins jeunes, remercient le bon Dieu. Elles disent qu’il les a ressuscitées des morts, elles ne pouvaient pas sortir avant le traitement. La société les avait rejetées, elle les prenait pour des parias.

Non à la discrimination des fistuleuses Le ministre de la Santé, le représentant du FUNUAP, etc., vont parler aux femmes, soignées dans ce centre, qui ont retrouvé complètement la santé. Elles sont

fera soigner dans la capitale, en vain. Cette femme aura connu l’existence du centre Urumuri de Gitega grâce à un ami de son père. «Je suis vite venue dans ce centre. Je ne pensais pas qu’il existait des gens aussi malades comme moi. Mais, j’ai trouvé que je n’étais pas seule. Cela m’a beaucoup consolés. J’ai compris que je n’étais pas une paria, un objet de risée».

Le centre Urumuri, une fierté nationale

Le Ministre Ndikumana : «Une fistule n’est pas une malédiction, c’est un accident»

plus d’une dizaine. Ils entendront également le témoignage d’un homme dont la femme est hospitalisée. Il l’a accompagnée. Les témoignages sont les plus touchants. Charlotte Nibigira de Nyarunazi, commune Marangara en province Ngozi, est bien portante depuis 2012. Elle estime qu’elle est devenue fistuleuse à cause du ’’mariage’’ précoce : «Je me suis marié à 16 ans». Son mari l’abandonne après 2 mois. Mais elle est déjà enceinte. Quand la grossesse arrive à terme, Charlotte Nibigira accouche un enfant mort-né. Elle sera par la suite comateuse pendant quatre jours à l’hôpital de Ngozi. «Au 5ème jour, je me suis retrouvée mouillée. Mais, je ne savais pas jusque-là de quoi il s’agit ». Cette femme passera deux mois, alitée, à l’hôpital. Les médecins n’y pourront rien. Charlotte Nibigira va retourner à la maison. Cependant, sa mère (biologique) va la maltraiter. Elle pensait qu’elle n’allait pas se rétablir. Elle bénéficie du soutien moral de son père. Malheureusement, celui-ci n’est pas souvent à la maison en raison du travail : «Il est établi à Bujumbura». En son absence, sa mère ne lui permet pas de dormir dans la maison  familiale : «Je pas-

sais la nuit dans un gouffre duquel elle avait creusé la terre pour la fabrication des briques». Charlotte sera fistuleuse pendant trois ans. Son père finira par se lasser. Ainsi, elle ne fera recours qu’à son frère en cas de besoin de l’argent pour le déplacement. «C’est lui qui m’a donné 5.000 Fbu pour aller à Bujumbura». Elle se

Charlotte fera un séjour dans ce centre pour être guérie. Elle témoigne de l’affabilité et du bon accueil de son personnel. Elle conseille aux jeunes filles d’éviter des mariages précoces : «Qu’elles se marient étant majeures. J’ai été atteinte par les fistules car j’ai fondé le foyer trop tôt». Avant d’appeler le gouvernement et les différents partenaires à penser à une campagne de sensibilisation dans ce sens. Lin Simparaye, un homme, de la commune Bugendana en province Gitega, dont la femme est hospitalisée, témoigne que son épouse est devenue fistuleuse à la 4ème grossesse. Selon lui, seul l’enfant né de la troisième grossesse est vivant  : «Pour les jumeaux aînés,  l’un était un mortné et l’autre est mort une semaine après la naissance. De la 2ème grossesse, il en résultera un enfant mort-né». Désormais, sa femme au centre Urumuri pour la 4ème fois. Les trois premières, ça n’a pas marché  : «Néanmoins, nous sommes revenus avec l’espoir que nous en sortirons

cette fois-ci ma femme guérie». M. Simparaye exhorte les hommes dont les épouses sont fistuleuses à leur tenir toujours compagnie : «Qu’ils ne les discriminent, ta femme, c’est toi-même». Il faut les soutenir, les consoler, etc., afin qu’elles gardent confiance à la vie. Le ministre Ndikumana appelle les hommes à prendre ce dernier comme l’exemple. «Une fistule n’est pas une malédiction, c’est un accident». Il est indispensable, poursuit-il, que les hommes accompagnent leurs femmes. Ce membre du gouvernement ne tarit pas d’éloges vis-à-vis du centre  : «Vous faites un travail digne, vous redonnez la dignité à ces mamans». Ainsi, il réitère le soutien de l’Exécutif au centre Urumuri  : «Le gouvernement avec l’appui des partenaires, ensemble, nous allons trouver des solutions aux difficultés auxquelles le centre fait face». De son côté, le représentant du FUNUAP au Burundi, promet de mobiliser des ressources d’une part et des partenaires d’autre part pour les domaines dans lesquels son organisation n’intervient pas : «Pour que tous les cas de fistules puissent bénéficier des traitements chirurgicaux». Le centre Urumuri est fonctionnel depuis 8 ans. Il est l’un des meilleurs centres en Afrique dans le traitement des fistules. Dr Honoré J.B Berthé, spécialiste malien dans le traitement des fistules, venu pour donner un coup de main à l’équipe de ce centre, pendant la campagne, le témoigne.

Heureuses d’être guéries, ces femmes remercient le gouvernement et ses partenaires pour leur soutien

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IWACU 491  

L'hebdomadaire IWACU de ce vendredi le 10 Août 2018

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