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12. Lannion

Mardi 9 février 2010 Le Télégramme

Coopération. Le Niger plus près de Lannion Le conseil municipal a approuvé le budget consacré à la coopération décentralisée. Les Lannionnais seront, une nouvelle fois, impliqués dans des actions de solidarité à Tchirozérine, au nord du Niger.

La grande réussite de 2009, c’est la mission santé menée par un groupe de Lannionnais composé d’une sage-femme, d’une auxiliaire de puériculture, d’une aide-soignante et de l’infirmier spécialisé en bloc opératoire, Rémi Rolland.

Et si chaque habitant de Lannion donnait un euro pour aider le Niger ? Depuis 2002, l’initiative de coopération décentralisée met en pratique cet esprit de solidarité entre Lannion et la ville de Tchirozérine, au nord du Niger. Cette année, les projets vont continuer après l’approbation du budget 2010 par la mairie. Les objectifs pour 2010 Les travaux seront centrés autour de deux axes : l’éducation et l’eau. Dans le domaine de l’alphabétisation, les actions

seront sous la responsabilité des organisations Rail-Onat. La construction d’une classe est déjà assurée et coûtera 2.500 ¤. La réhabilitation d’une case de santé est aussi programmée. Lannion donnera 2.500 ¤ qui, avec l’apport de la mairie de Tchirozérine, permettront d’atteindre les 3.300 ¤ nécessaires. Creuser un puits coûtera 1.300 ¤, financé exclusivement par Lannion. 21.000 ¤ seront en tout consacrés au programme d’alphabétisation, auquel viendra éventuellement s’ajouter une mission de santé.

Rémi Rolland. Un infirmier prêt à repartir sur le terrain de vos voyages ? Je ne connaissais pas l’Afrique noire. Là-bas, la vie est rude, il y a peu de ressources pour la population. Il y a quand même d’autres actions solidaires, comme l‘Unicef, qui agit dans le cadre du Programme d’alimentation mondial associé à une action globale de vaccination, pourtant, on ne travaille pas ensemble. Depuis 2002, Rémi Rolland quitte Lannion tous les ans pour partir au Niger.

Rémi Rolland ne cache pas sa volonté d’aider le Niger. Les critiques non plus. Cet infirmier spécialisé en bloc opératoire s’est déjà rendu sept fois à Tchirozérine, depuis 2002, de façon bénévole la moitié du temps. Cette année, ses plans sont encore flous mais il se dit prêt à repartir. Comment vous avez connu cette initiative de coopération ? Depuis 2000, il y a des actions entre l’hôpital de Lannion et son homologue régional à Agadez. Mon histoire a commencé par hasard, avec ce partenariat. Comme j’avais beaucoup d’expérience - trente-cinq ans de service - c’est moi que l’on a choisi. Quelles ont été vos premières impressions du pays lors

Quelles sont les difficultés du quotidien d’un infirmier à Tchirozérine ? On est responsable des traitements des malades sans aucune assistance d’un médecin. À Tchirozérine, ville de 35.000 habitants, le seul travaille dans le dispensaire de la Société nigérienne du charbon, Sonichar. Pour les cas les plus graves, il faut solliciter un transfert jusqu’à Agadez. En général, c’est assez frustrant de faire ce type de mission pendant une période si courte, deux semaines par an. On laisse nos collègues dans un contexte lourd, sans grandes possibilités. Êtes-vous prêt à repartir ? J’avais un projet de mission mais l’ambassade a rendu difficile le partenariat à cause des menaces d’Al-Qaïda. J’espère recevoir un feu vert du Ministère à partir d’octobre. On a besoin d’une officialisation du partenariat santé et au moins deux missions par an. Je suis sûr qu’on peut mieux faire.

Les expériences de 2009 La grande réussite de 2009, c’est la mission santé menée par un groupe de Lannionnais composé d’une sage-femme, d’une auxiliaire de puériculture, d’une aide-soignante et de l’infirmier spécialisé en bloc opératoire, Rémi Rolland. « L’aéroport, à Agadez, à 80 km de Tchirozérine, était fermé. On est arrivé à la capitale, Niamey, et il a fallu faire 1.000 km de route au milieu du désert. On a mis trois jours pour le faire sous une escorte militaire », témoigne l’infirmier.

Cette mission, d’une quinzaine de jours, a aussi formé des infirmiers nigériens dans le dispensaire de la ville où une dizaine d’enfants est en permanence hospitalisée. Cette structure est devenue un centre de référence nutritionnel dans un rayon de 100 km. Associé à la case de santé, il s’agit des seules structures de santé pour 40.000 personnes. En revanche, l’initiative d’alphabétisation n’a pas réussi. Ce programme éducatif, partenariat engagé depuis la fin 2006, a été entravé par un problème de com-

pétence du responsable sur place. Du coup, l’argent n’a pas été débloqué et les actions ont été mises en attente pour 2010. Une région ravagée Le Niger est le pays le plus pauvre d’Afrique. L’espérance de vie est de 48 ans et un enfant sur cinq ne fêtera pas ses 5 ans. En septembre dernier, les inondations ont dévasté le département de Tchirozérine. Des puits ont été détruits, des motopompes engravées, des cultures ravagées… L’argent qui restait de la coopération a donc été recentré

sur des actions d’urgence. « Il n’y a pas eu de morts mais les agriculteurs ont perdu leurs outils », explique Anthony Pezron. L’aide est aussi venue de l’ASPTT qui y a reversé les 1.500 ¤ collectés lors des Foulées lannionnaises. Cette année, la course relais autour des quais est déjà reprogrammée et la coopération sera réitérée. L’objectif, cette fois, est de mobiliser les élèves de CM 1 et de CM 2 pour un challenge entre écoles. Iuri Guerrero

Anthony Pezron. « Nous sommes tous responsables » Anthony Person est responsable des affaires culturelles de Lannion et aussi des actions envers Tchirozérine. Avec l’élue Martine Gaborit, il fait partie du réseau créé en 2002. Il confirme la pertinence des aides, les difficultés d’implantation et les espoirs de prise de conscience. Quelles sont les principales difficultés de la coopération ? Le Niger figure parmi les pays les plus pauvres au monde. L’infrastructure est extrêmement précaire. Au début du projet, on a trouvé un opérateur sur place (Rail-Onat), choisi après un appel d’offres, pour garantir le versement de l’argent. Une mesure pour lutter contre la corruption qui reste encore un phénomène courant. Et par rapport aux échanges de personnel ? Le « coup d’État » du président Mamadou Tandja a empiré la situation politique du pays. Il semble que les combats ont repris entre l’armée et le MNJ (Mouvement pour la justice au Niger). Tandja a mis le pays dans une situation très instable. Un scénario qui, associé aux menaces de l’Al-Qaïda, a fait

Le secrétaire des affaires culturelles de Lannion développe des actions jusqu’à Tchirozérine, au Niger.

interdire les échanges par le ministère des Affaires étrangères. La Mission santé, une réussite l’année dernière, reste un projet pour le futur mais pas pour 2010. Pourquoi le programme éducatif n’a-t-il pas bien avancé ? Notre agent sur place, à Tchirozérine ne s’est pas montré à la

hauteur de la mission confiée. Il a été responsable pour l’achat et la distribution de livres dans des écoles mais il n’y a pas eu d’actions concrètes. Heureusement, l’argent n’a pas été versé non plus. Cette année, on va travailler avec le Rail-Onat pour garantir la concrétisation du projet d’alphabétisation. Comment mobiliser Lan-

nion pour cette coopération ? L’initiative reste encore « institutionnelle ». Pourtant, on a réussi à collecter 1.500 ¤ pour aider le pays lors des inondations. Cette année, le partenariat avec l’ASPTT sera repris. On espère populariser cette idée, pas seulement auprès des élèves mais aussi avec toute la population. Nous sommes tous responsables.

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Article sur la Cooperation Decentralisee  

Reportage publie au Journal Le Telegramme, redaction de Lannion, lors de mon stage.