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FORUM

ÉDITO

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Dans la continuité du projet de recherche achevé en 2007 sur les enjeux de la normalisation, Ingénieurs sans frontières mène à son terme une nouvelle étude sur la place des ingénieurs du Sud dans le domaine de l’eau et de l’assainissement. Ces projets de recherche témoignent de la maturité de l’association. En effet, la participation à des projets au Sud ne se limite pas à l’aple terrain sont autant une étape dans un parte-

Grand format

nariat que dans l’identification d’enjeux de développement durable et solidaire. Enjeux que la fédération saisit aujourd’hui pour porter des po-

Fabien Duchaussois, bureau national

sitions novatrices dans le monde de la solidarité Les échanges électroniques avec mes correspondants du monde associatif me surprennent parfois. Alors que le contenu du document prouve souvent de grandes qualités de réflexion chez mon interlocuteur, je retrouve dans la forme un comportement bien plus léger. Mais que font tous ces formats propriétaires dans ma boîte mail ? Suisje donc censé disposer de logiciels dont je n’ai pas forcément envie de faire l’acquisition ? Pourquoi ne pas avoir favorisé la diffusion du format libre et incité à l’utilisation de logiciels libres, dont les avantages dans notre contexte sont si nombreux ? L’utilisation de logiciels libres semble en effet particulièrement adaptée à l’environnement associatif, autant sur les valeurs que sur l’aspect pratique dans nos équipements informatiques hétérogènes. Alors que de nombreux particuliers et associations les ont adoptés, certains utilisateurs ne semblent pas même s’être posé la question. Par fausse peur d’une manipulation technique mineure pour s’équiper ? Par refus de changer ses habitudes ? Des utilisateurs qui se veulent responsables ne s’interrogent donc pas sur les problématiques de base de leur outil quotidien. En espérant que ce ne soit pas un lamentable dédain envers une considération jugée bassement technique…

Le quotidien réserve malheureusement d’autres surprises, ne portant pas que sur le choix des formats : courriers électroniques, publications, documentations et trop souvent CV se font l’illustration de choix peu adaptés par leur utilisation, leur forme ou leur format de diffusion. Quoi de plus désagréable que de recevoir un courrier de 8 Mo envoyé à 70 personnes en clair, ou un curriculum vitae dans un format propriétaire et inadapté.

internationale. Et quoi de mieux pour porter ces messages qu’un nouveau site Internet, témoignant de l’activité de toute l’association ? Avec une page d’accueil dynamique et attractive, un accès simplifié au contenu, ce premier pas dans la refonte de nos outils de communication est une vraie réussite. Prochaine étape : proposer les outils participatifs et communautaires pour l’animation de la fédération qu’offre le web 2.0.

ISF n’a pas encore une démarche exemplaire ni un équipement parfait mais nous y travaillons, autant sur nos comportements que sur nos outils. Il est en revanche surprenant de devoir encore convaincre, là où nous espérions trouver la compréhension et l’esprit critique auxquels nous sommes habitués. l

Bonne lecture

Guillaume Nourrit, président de la fédération

SOMMAIRE Forum ...........................................................

p. 3

Tribune .........................................................

p. 5

Benoît Parnaudeau, marin solidaire Illustration Alain Bachellier

Photo Leo Reynolds

port technique de nos membres. Les missions sur

Zoom ............................................................

p. 6

Quelle place pour les ingénieurs du Sud dans le domaine de l’eau ?

Développement durable ............................ p. 10 • À la rencontre d’une association au Burkina • Résoudre l’équation climat et développement • ISF Bordeaux questionne ses pratiques • De l’école d’ingénieur au militantisme

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En pratique .................................................. p. 14 3


DÉBAT

Des solutions miracle contre le réchauffement climatique ?

Prométhée, le gène et le chercheur Tanguy Martin, bénévole équipe développement agricole

Cette année, les médias ont fortement relayé l’idée que des cultures OGM résistantes à une certaine élévation de température ou à d’autres aléas dus au réchauffement climatique pourraient garantir l’alimentation de l’humanité à long terme. Pourtant, le réchauffement climatique n’est pas une simple molécule d’herbicide ou d’insecticide. Y résister implique d’influer sur de nombreux processus biologiques et donc d’insérer ou de modifier un nombre conséquent de gènes. Rappelons à toutes fins utiles, que les OGM les plus récents incluent une dizaine de modifications génétiques au maximum et que personne n’a aucune idée des implications physiologiques de modification plus importante du génome d’une plante. Si l’idée est généreuse, la réalité actuelle des OGM l’est un peu moins. Produits par de grands groupes semenciers en mal de rentabilité, ils conduisent de nombreux agriculteurs dans une spirale d’endettement me-

nant certains d’entre eux jusqu’au suicide(1). Leur efficacité elle-même est en cause. En effet, des cas de résistances à un herbicide bien connu, le Roundup, ont été observés chez certaines mauvaises herbes. Il s’agirait d’un transfert du gène de résistance d’un OGM aux mauvaises herbes ciblées par le Roundup(2). Il est aussi prouvé que leur introduction en plein champ est néfaste pour la biodiversité(3). Dans ce contexte, la promotion des OGM auprès du grand public passe par un florilège d’applications miraculeuses prévues pour après demain, telles que les OGM climatiques. Tout échec présent, au lieu de tempérer l’enthousiasme des apprentis sorciers, n’est que prétexte à aller encore plus loin sans rien remettre en cause. Tout doute est considéré comme une nostalgie de l’âge de pierre. Quand on se base seulement sur l’espoir et sur les croyances il ne s’agit plus de sciences mais de mythologie. On est en

plein mythe prométhéen, et les OGM ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres fuites en avant technologiques au service des intérêts de quelques firmes. Il ne s’agit pas pour autant de tourner le dos à l’innovation et à la recherche, mais de choisir quelles innovations nous voulons. Pour preuve, je vous invite à lire d’autres solutions aux crises agricoles et alimentaires proposées par un chercheur de l’INRA, Marc Dufumier(4). Gageons que sa vision engageant à la sobriété et au contrôle de l’agriculture par les populations paysannes ellesmêmes ne ravira pas les adeptes de la religion du marché. l 1. Source passerellesud.org 2. Source Futura-Sciences 3. Source Inf’OGM 4. http://www.francophonie-durable.org/documents/ colloque-ouaga-a3-dufumier.pdf

Des gisements d’électricité dans le désert

Il y a de quoi être éberlué par le projet Desertec à 400 milliards d’euros qui installerait au Sahara, par voie solaire thermique, une importante production d’électricité destinée principalement à l’Europe. Le projet semble se tenir technologiquement et écologiquement : du nucléaire sans uranium, donc sans poisons durables. Les économies en CO2 seraient intéressantes : il suffirait de 6 mois, dit-on, pour amortir les émissions de CO2 dues à l’installation. Les matériels sont classiques (chaudières, turbines à vapeur, miroirs), sans guère de poisons non plus, et assez biodégradables. Le transport de l’électricité à des milliers de kilomètres et la consommation d’eau de réfrigération éveillent quelques soupçons, mais le bénéfice du doute peut être accordé aux concepteurs du projet. Voilà comment à ce stade et au premier degré notre hémisphère cérébral « Ingénieur » se trouve plutôt agréablement stimulé. 4

Mais quid de notre hémisphère « sans frontières » ? Autrement dit, de notre côté « citoyens du monde », par-delà les citoyens de France et d’Europe que nous sommes aussi ? Là, résident des craintes. En tant que citoyens français, si cette électricité peut à terme se substituer à celle de quelques centrales nucléaires, nous ne dirions pas non. En tant que citoyens européens, si nous et nos concitoyens pouvions brûler moins de fuel ou de gaz - voire de charbon ! - grâce à cette électricité solaire, pourquoi pas ? Mais voilà, nous ne sommes pas seuls au monde… Imaginez que nous allions au Sahara chercher du soleil comme d’autres iraient chercher un gisement de pétrole ou de gaz. Sup-

Photo Urbangarden

Polen Lloret, bénévole coordination nationale

posez que nous y allions comme des étrangers partent acheter des terres agricoles à tel ou tel état du Sud complaisant ou obligé, soi-disant « pour les mettre en valeur », ou de l’espace pour des décharges en plein air dont nous ne voulons plus chez nous. Et si tout ceci se fait selon le schéma connu du « vendez-moi vos montres, je vous donnerai l’heure » ? Alors, « nous aurions tout faux ». Telle était notamment la récente mise en garde de Jean-Louis Guigou de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen, relayant l’Observatoire Méditerranéen de l’Énergie et le Plan solaire méditerranéen. Une mise en garde qui s’appuie de surcroît sur les propos de Léopold Sédar Senghor ! l


TRIBUNE

Le pied marin et la fibre solidaire

Photo ISF

propos recueillis par Guillaume Nourrit, bureau national

LE 18 OCTOBRE DERNIER, LE VOILIER « JARDIN BIO » ET SON SKIPPER BENOÎT PARNAUDEAU PRENAIENT LA MER EN PORTANT LES COULEURS D’INGÉNIEURS SANS FRONTIÈRES LORS DE LA TRANSAT « LA SOLIDAIRE DU CHOCOLAT » ENTRE SAINT-NAZAIRE ET PROGRESO AU MEXIQUE. MÊME SI L’AVENTURE EN MER FUT ÉCOURTÉE PAR UNE AVARIE, LA TRANSAT A PERMIS LE MONTAGE D’UN PROJET SOLIDAIRE (VOIR ENCADRÉ) ET LA RENCONTRE AVEC LE SKIPPER ENGAGÉ BENOÎT PARNAUDEAU. ENTRETIEN.

Benoît Parnaudeau au départ de la course.

ISF - Comment devient-on un marin militant pour la protection de l’environnement et pour une économie plus solidaire ? Benoît Parnaudeau - La passion de la mer m’a confronté directement à la pollution humaine de notre environnement. Les sacs plastiques et déchets ne sont pas rares sur l’océan. Cette révolte face à l’irresponsabilité de l’Homme s’est traduite par mon appui à la création en 2000 de l’Association Echo-Mer, auprès de son fondateur David Beaulieu. Par ailleurs, participer à des courses au large m’a conduit à l’autre bout du monde, dont une escale à Panama. À cette occasion, c’est la misère que j’ai rencontrée. Mon engagement environnemental s’est alors élargi aux enjeux de solidarité internationale, et plus particulièrement à la promotion du commerce équitable ainsi qu’au lancement d’une démarche d’économie solidaire. ISF - Quelles formes prend cet engagement ? B.P. - Les courses au large sont un très bon support de communication, le retour sur investissement est dix fois supérieur à celui d’une publicité classique de par l’image « propre » qui peut être véhiculée et la promotion interne potentiellement réalisée. De mon côté, j’ai choisi de mettre ce support au service de causes que je défends pour mieux les faire connaître. Je me suis tourné d’abord vers le commerce équitable, en portant les couleurs de Max Havelaar en 2004 lors du Vendée Globe, ou en choisissant des sponsors équitables. Je défends aujourd’hui l’économie sociale et solidaire, avec un bateau dénommé « Entreprendre en coopérative ». Les coopératives sont des entreprises fondées sur la solidarité et la démocratie, dont les associés contribuent à part égale en droits et en obligations. L’objectif économique des coopératives n’est pas la recherche du profit, mais la satisfaction des aspirations et besoins économiques, sociaux et culturels des membres. Je suis moi-même gérant d’une coopérative, Quai 17 Challenges, qui rassemble des compétences liées à la voile et à la course au large.

ISF – Est-ce difficile de financer ces projets ? B.P. - Pour boucler un budget de course au large en choisissant ses sponsors en fonction de ses idées, cela demande surtout plus de temps, des budgets beaucoup plus serrés, des idées et un cercle d’amis mobilisables. Par exemple, le voilier de type Class40 sur lequel je navigue a été construit en partenariat avec l’École supérieure du bois de Nantes. Mais pour la prochaine Route du Rhum à laquelle je souhaite participer, qui partira de Saint-Malo pour rejoindre Point à Pitre en novembre 2010, j’espère faire financer ce projet uniquement par des coopératives. l

Développement de filière café biologique et équitable La participation à cette course transatlantique en double s’inscrit dans un projet plus large d’Ingénieurs sans frontières. Il s’agit d’aider Agromercados, regroupement de petits producteurs de café biologique au Mexique, à élargir ses débouchés commerciaux afin d’accroître ses revenus et procurer aux familles des producteurs un niveau de vie décent. ISF étudiera plus particulièrement le développement d’une ligne spécifique de « Café Fértil » (marque d’Agromercados qui dispose du label Max Havelaar) pour le marché européen. Ce sera aussi l’occasion d’échanger et de débattre autour des enjeux d’interdépendances Nord-Sud dans les échanges agricoles et du renforcement des filières agricoles au Sud. ISF diffusera le résultat de ces réflexions auprès des élèves ingénieurs et du grand public. Le projet, mené en partenariat avec Max Havelaar France et l’école de commerce Audencia Nantes, est financé par l’entreprise SCE. 5


ZOOM

Quelle place pour les ingénie

Gestion de l’eau et de l’assainissement : le Sud a-t-il besoin de ses ingénieurs ? L’ACCÈS À L’EAU ET À L’ASSAINISSEMENT EST RECONNU COMME UN BESOIN VITAL ET UNE CONDITION NÉCESSAIRE AU DÉVELOPPEMENT. DANS CE CADRE, DE NOMBREUX ACTEURS TELS QUE DES BUREAUX D’ÉTUDES, ONG, COLLECTIVITÉS OU BAILLEURS SE MOBILISENT AVEC DES STRATÉGIES VARIÉES : RÉALISATION D’INFRASTRUCTURES, CRÉATION OU RENFORCEMENT DE STRUCTURES DE GESTION, RÉALISATION DE MISSIONS D’EXPERTISE, CRÉATION DE CURSUS DE FORMATION… QUELLES QUE SOIENT LES MODALITÉS D’INTERVENTION, LE RENFORCEMENT DES COMPÉTENCES ET L’AUTONOMISATION DES ACTEURS LOCAUX SONT TOUJOURS MIS EN AVANT, MAIS RAREMENT SOUS L’ANGLE DES INGÉNIEURS. OR, DANS CE SECTEUR, LE RÔLE DE L’INGÉNIEUR, « EN TANT QUE MAÎTRE D’ŒUVRE DE LA TRANSFORMATION DE LA TECHNIQUE, ET DE LA SOCIÉTÉ PAR LA TECHNIQUE »(1), PARAÎT ESSENTIEL. À titre d’exemple, le choix d’un système d’exhaure de type forage alimenté par un moteur diesel ou bien par des panneaux photovoltaïques a des conséquences importantes aussi bien sur l’organisation de l’exploitation (difficulté de la maintenance, accès aux pièces de rechange) que sur le quotidien des usagers (accès au service, prix de l’eau). La juste appréciation des différents systèmes et leur explication objective auprès des usagers ont un impact significatif sur la bonne orientation du service public. Cette expertise de type « ingénierie » est d’autant plus importante que beaucoup de pays africains sont entrés dans des processus de décentralisation, conférant souvent aux collectivités locales des compétences de gestion de l’eau et de l’assainissement. Dans ce contexte, accentué par une difficulté des États à faire face à leurs prérogatives, l’émergence d’une maîtrise d’ouvrage locale capable d’opérer des choix et un contrôle des acteurs de coopération et des entreprises privées devient un enjeu important. Est-ce à dire qu’il n’existe pas aujourd’hui 6

de qualifications de type ingénieur dans ces pays ? Certainement pas. Celles-ci se développent, sous l’impulsion notamment de formations initiales et continues de plus en plus nombreuses et dispensées tant au Nord qu’au Sud. Ces compétences viennent même contester la nécessité de la présence des nombreux experts du Nord censés apporter conseils et connaissances au Sud. Il s’agit par contre de s’interroger sur les formes d’expertise qui émergent, relativement aux besoins des pays concernés : ingénieurs généralistes, spécialistes, techniciens ? Les formations et les pratiques des acteurs de la coopération cherchent-elles à promouvoir la maîtrise des techniques du Nord ou à développer l’expertise autour de savoir-faire locaux ? Quels pôles de compétences cherchet-on à développer ? Selon les contextes, le besoin pourra se situer au niveau de techniciens qualifiés capables d’encadrer l’entretien des petites infrastructures rurales ou de villes secondaires, d’ingénieurs hydrauliciens pour les renouvellements et extensions d’infrastructures urbaines, ou d’ingé-

Photo ISF Nord

Olivier Jouzeau, bénévole équipe eau

Forage dans la région de Bakel, Sénégal.

nieurs spécialisés dans l’organisation du service public. Dans ce cadre, il est essentiel de questionner l’articulation des savoir-faire venus du Nord avec les aptitudes locales : sur quelles compétences portent les échanges et de quelle manière ? Se pose enfin la question du rôle des États du Sud face à cette situation. Ces derniers mobilisent l’essentiel des financements qu’ils obtiennent pour augmenter le nombre d’infrastructures, assurant un accès immédiat au service. Mais, bien souvent, ils ne proposent pas de politique définie, cohérente et affirmée déterminant les orientations et contenus des formations et planifiant l’insertion professionnelle de leurs ingénieurs. Alors que de plus en plus d’acteurs s’interrogent et se positionnent sur cet enjeu, il paraît pourtant nécessaire de proposer des cadres nationaux et locaux leur permettant de s’inscrire dans une démarche globale, seule à même de contribuer durablement à l’amélioration de l’accès à l’eau et à l’assainissement. l 1. Citation issue de la charte d’ISF.


urs du Sud dans le domaine de l’eau ? Eau et assainissement en Afrique francophone : ISF donne la parole aux ingénieurs du Sud

LEUR FORMATION ET LEUR INSERTION PROFESSIONNELLE DANS LE DOMAINE DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT

».

LE SUJET EST ISSU D’UN ENSEMBLE DE QUESTIONNEMENTS DES ADHÉRENTS D’ISF QUI, DE RETOUR DES MISSIONS DE TERRAIN, SE SONT INTERROGÉS SUR LES MODALITÉS DE MOBILISATION DE L’EXPERTISE DU

Photo ISF Strasbourg

Nicolas Laurent, délégué général d’ISF

EN 2008, LA FÉDÉRATION ISF A DÉBUTÉ UNE ÉTUDE SUR LE THÈME « LA PLACE DES INGÉNIEURS DU SUD,

SUD DANS LES PROJETS DE DÉVELOPPEMENT. stratégies pour la construction d’une ingénierie locale pérenne. L’offre de formation initiale dans le domaine de l’eau et de l’assainissement est structurée d’une manière telle que ces ingénieurs sont de plus en plus spécialisés mais parfois sans lien avec les besoins du terrain. De plus, les collectivités locales et l’État offrent peu de possibilités de recrutement, ou à des conditions peu avantageuses. Ainsi les compétences de type ingénieur sont surtout implantées dans les entreprises et les ONG.

École Polytechnique de Thiès, Cameroun.

Dès le démarrage, l’idée de réaliser un travail de recherche a été écartée. L’orientation choisie a été de donner la parole aux ingénieurs du Sud, afin de la diffuser et de susciter un débat dans le milieu de la solidarité internationale. Une dimension d’éducation au développement a également été souhaitée, en associant un ensemble d’acteurs à la réflexion et à la réalisation de l’étude(1) aux côtés des membres de la fédération. L’étude est cofinancée par le F3E(2) et le CFSI(3).

Plus de 200 acteurs interviewés Le travail s’est focalisé sur trois grandes questions stratégiques : Quelles sont les pratiques de coopération dans le domaine de la valorisation de l’expertise locale de type ingénieur ? La mobilisation de l’expertise Nord nuit-elle à l’émergence d’une expertise Sud ? Comment les politiques publiques nationales encadrent et participent à l’émergence d’une ingénierie locale dans le domaine de l’eau et de l’assainissement ?

Préparées méthodologiquement par le bureau d’études belge COTA et accompagnées sur le terrain par l’ONG ERA-Cameroun et l’Institut d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement, trois missions au Cameroun, au Burkina Faso et au Sénégal ont été réalisées cet été par les groupes locaux ISF Strasbourg, Limoges et Nord en binôme avec des étudiants des pays concernés. L’équipe bénévole « eau » de la coordination nationale d’ISF et le groupe de Lyon ont prolongé ce travail en France par une analyse focalisée sur la formation et les appels d’offres. Au final ce sont plus de 200 interviews qui ont été réalisées auprès d’ingénieurs du Sud, de responsables de collectivités locales, d’ONG, d’entreprises, etc.

Premiers constats Les pays du Sud sont engagés dans de nombreuses actions pour la réalisation d’infrastructures d’accès à l’eau et à l’assainissement, mais n’ont pas défini de véritables

Les acteurs de la coopération décentralisée rencontrés au Cameroun et au Burkina Faso ainsi que les ONG au Sénégal ont bien intégré la nécessité de renforcer les compétences d’ingénierie locales, mais il subsiste dans la pratique un certain nombre de travers favorisant l’expertise Nord. Les ingénieurs du Sud manifestent une volonté de continuer à collaborer avec des entités du Nord tout en souhaitant avoir des accès plus ouverts aux financements et à des expériences professionnelles au Nord. Sur la base de ce travail et des rapports d’enquêtes, des ateliers de restitution ont été organisés au Cameroun et au Burkina Faso afin de faire émerger une analyse et des recommandations collectives. D’autres espaces et outils de valorisation seront déployés et les discussions avec les pouvoirs publics locaux seront prolongées dans le courant de l’année 2010. l 1. Programme Solidarité Eau, Coalition Eau, Agence COOP DEC Conseil, Division eau et assainissement de l’Agence française de développement (AFD), Institut Régional de Coopération-Développement (IRCOD) Alsace. 2. Fonds pour la promotion des études préalables, des études transversales et des évaluations. 3. Comité français pour la solidarité internationale.

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ZOOM

Quelle place pour les ingénie

Photo Pascal Bousso

Impliquer les ingénieurs du Sud dans les projets : facile à dire, facile à faire ? Yovann Loir, groupe ISF Strasbourg

« IMPLIQUER LES ACTEURS DU SUD DANS LES PROJETS DE COOPÉRATION » EST UNE PHRASE QUE L’ON ENTEND CONSTAMMENT DANS LES DISCOURS DES ONG ET DES ACTEURS DU NORD. C’EST UN FACTEUR DÉTERMINANT POUR ASSURER LA DURABILITÉ DES PROJETS À LONG TERME. MAIS COMMENT PASSER DU DISCOURS AUX PRATIQUES ? EXEMPLE DU PROJET « GOUVERNANCE DE L’EAU DANS LE MBAM ET INOUBOU » (GEMI) AU CAMEROUN, DONT LE GROUPE ISF STRASBOURG EST PARTENAIRE. Démontage d’une pompe à Omendé (Cameroun).

Le projet GEMI vise à améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement de base des communes du département Mbam et Inoubou, par la mise en place d’une structure de gestion de l’eau. Au terme du projet, d’une durée de 4 ans, la structure intercommunale créée devra gérer l’ensemble des points d’eau du département. 8 communes rurales camerounaises sont concernées, soit 400 points d’eau et 200 000 bénéficiaires environ. La première question qui se pose est de savoir où trouver des ingénieurs locaux compétents dans le domaine. L’IRCOD Alsace (Institut Régional de Coopération-Développement), porteur du projet, fait appel à l’expérience d’ERA-Cameroun – une ONG locale basée à Yaoundé et maître d’œuvre du projet – pour sa connaissance des acteurs de l’eau au Cameroun. Cette dernière a recensé les formations et les bureaux d’études locaux compétents pour réaliser les prestations et études relatives au projet. Les compétences locales sont ensuite mobilisées durant la phase d’exécution du projet : de manière directe en employant des ingénieurs locaux, et de manière indirecte en ayant recours à des bureaux d’étude camerounais pour réaliser diverses prestations. 8

Impliquer les étudiants et susciter des vocations Dans le cadre des travaux d’ISF, toutes les études sont réalisées en binôme : un membre d’ISF Strasbourg est associé à un étudiant de l’École Nationale Supérieure Polytechnique de Yaoundé (ENSP). Ceci permet d’impliquer les étudiants ingénieurs du Sud dans les thématiques des projets. Les formations suivies n’étant pas spécialisées dans le domaine de l’eau, cette première expérience permet de motiver, de former et de susciter des vocations. Arsène, étudiant à l’ENSP en filière génie civil et stagiaire de l’IRCOD, déclare ainsi : « Avant, dans ma promotion, personne ne voulait travailler dans le domaine de l’eau et de l’environnement. Tous les étudiants voulaient travailler dans le BTP. Depuis que j’ai réalisé mon stage avec ERA-Cameroun pour le projet GEMI, tout le monde veut travailler dans l’environnement ! ».

Impulser durablement une expertise locale Dans le contexte de décentralisation des services de l’État vers les collectivités territoriales, l’émergence de compétences techniques locales est primordiale, et leur absence se fait cruellement sentir actuellement. Ainsi, au-delà des expériences ac-

quises par des étudiants lors de missions de courtes durées, l’IRCOD forme le personnel de la cellule projet. Celle-ci est constituée d’une ingénieure issue d’une filière génie civil de l’INSP, accompagnée de plusieurs animateurs. Cette équipe devra à terme gérer seule l’intercommunalité. Pour cela, l’ingénieure participe à de nombreuses formations spécialisées dans le domaine de l’eau – notamment au Nord, à Strasbourg. Elle bénéficiera par ailleurs de l’expérience de terrain qu’elle aura acquise au terme des 4 ans d’exécution du projet. Si l’équipe est actuellement rémunérée par le projet et ses bailleurs du Nord, des études sont réalisées pour mettre en place des financements locaux de la structure : cotisations des usagers, subventions de l’État et des communes… Afin d’assurer à terme la stabilité d’une équipe compétente et de confiance – n’oublions pas que la corruption est omniprésente – l’ingénieure possédera un salaire motivant. Cette approche a des limites, et les obstacles rencontrés sont nombreux, mais le financement durable des ingénieurs du Sud est primordial. Seul le développement d’une véritable expertise locale financée par le Sud pourra mener à l’autonomie et à l’indépendance vis-à-vis du Nord. l


urs du Sud dans le domaine de l’eau ? Imaginer l’ingénieur africain de demain Témoignage d’un acteur de la formation continue au Burkina Faso propos recueillis par Olivier Jouzeau, bénévole équipe eau

ISF - Pour assurer leur pérennité, les structures de formation proposent des cursus payants. Cela pose-t-il problème ? H. K. - Cela pose des problèmes d’accès de tous aux connaissances et au savoir. Il est dommage que les opportunités de financement des formations se réduisent au fil du temps. Les écoles d’ingénieurs sont de plus en plus destinées aux étudiants dont les parents ont les ressources suffisantes ; certains parmi les plus brillants sont exclus de la formation faute de moyens. Heureusement, certains pays comme le Burkina Faso offrent des bourses de formation d’ingénieurs, en général destinées aux candidats ayant obtenu d’excellents résultats universitaires. De

INGÉNIEUR DU GÉNIE RURAL

CHARGÉ DE RECHERCHE AU CREPA(1) DEPUIS 2007. ET

IL PARTICIPE À LA FORMATION CONTINUE DES INGÉNIEURS ET TECHNICIENS DU SECTEUR DE L’EAU ET DE L’ASSAINISSEMENT, AINSI QU’AUX ENSEIGNEMENTS À L’INSTITUT INTERNATIONAL D’INGÉNIERIE DE L’EAU ET DE L’ENVIRONNEMENT

(2IE) DE OUAGADOUGOU. INTERVIEW.

plus, certaines banques acceptent aujourd’hui d’accorder des crédits aux jeunes pour leur inscription dans les écoles d’ingénieurs. ISF - Quel est le rôle de l’État burkinabé dans la construction des cursus de formation ? H. K. - Le rôle de l’État est essentiel dans la construction des cursus d’ingénieurs dans les pays en développement. Il définit les orientations et les priorités en matière de développement, en tenant compte du contexte et des défis au niveau national, régional et mondial : mondialisation, économie libérale, opportunités d’emplois des jeunes diplômés, décentralisation… Mais, force est de constater que le désengagement des États dans le financement d’une école telle que 2iE n’offre plus tellement de possibilité d’influencer les curricula proposés. ISF - Ces cursus émergent souvent avec l’appui d’acteurs internationaux. Les contenus s’inspirent-ils de ceux du Nord ? H. K. - De mon point de vue, l’ingénieur africain doit servir le développement de l’Afrique. Dans le secteur de l’eau, il s’agit de satisfaire les besoins actuels en termes d’animation et de structuration d’un service communal de l’eau, d’appui à l’élaboration et à l’application d’une réglementation communale, de gestion des services d’eau et d’assainissement en situation d’urgence. Dans un tel contexte, nous devons dessiner le « portrait robot » de l’ingénieur africain de 2030, pour servir la vision de développement à long terme de l’Afrique. Or, de plus en plus, les cursus proposés sont inspirés du

Photo CREPA

ISF - En quoi les formations du CREPA sont-elles adaptées à la réalité locale ? Halidou Koanda - Nos formations s’inspirent de résultats de recherche-actions menées sur le terrain : elles tiennent compte des besoins des acteurs, des pratiques et savoir-faire locaux, des atouts et contraintes socioculturels. Ainsi, les technologies développées et promues ne sont pas « hightech » mais conçues à partir de la créativité des artisans et des matériaux locaux. Dans les pays où nous dispensons ces formations, les acteurs locaux font face à des difficultés d’accès à l’eau potable et au manque d’ouvrages d’assainissement et d’hygiène. Ils attendent des solutions simples et adaptées à leurs capacités. À travers les enseignements du CREPA dans les écoles d’ingénieurs et les universités, nous arrivons à influencer les curricula des ingénieurs et techniciens.

HALIDOU KOANDA EST

Formation d’ingénieurs et techniciens à la gestion des eaux usées, Lomé (Togo).

Nord, notamment avec le basculement dans le système Licence/Master/Doctorat. Le problème est qu’ils sont adaptés aux besoins et au contexte du Nord, c’est-à-dire pour servir un système planifié et déjà en place. Ce qui est rarement le cas dans nos pays, caractérisés par une organisation et une planification insuffisantes voire déficientes. Les nouveaux diplômés ne sont pas immédiatement opérationnels et s’insèrent difficilement dans le milieu professionnel. l 1. Centre de ressources du secteur de l’eau et de l’assainissement, couvrant 17 pays de l’Afrique de l’Ouest et du Centre. Il accompagne le développement de services d’eau potable, d’assainissement et d’hygiène – en priorité pour les populations défavorisées.

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Développement agricole

Valorisation des fruits locaux au Burkina Faso :

« il faut fédérer les énergies »

Anthony Sintes, groupe ISF Savoie

L’ASSOCIATION POUR LA VALORISATION DES FRUITS LOCAUX (AVFL) EST UNE JEUNE ASSOCIATION DYNAMIQUE DANS LE DOMAINE DU DÉVELOPPEMENT AGRICOLE ET DE LA SOUVERAINETÉ ALIMENTAIRE, DANS LA RÉGION

NORD DU BURKINA FASO. SES PRINCIPAUX OBJECTIFS :

L’ORGANISATION DE LA PRODUCTION ET DE LA COMMERCIALISATION DE FRUITS

NORD, LA VALORISATION DES RESSOURCES VÉGÉTALES EXISTANTES, LA RESTAURATION D’UN ÉQUILIBRE VÉGÉTAL, ET PAR CE BIAIS, L’AMÉLIORATION DES CONDITIONS DE VIE DES PRODUCTEURS. TÉMOIGNAGES. Photo Anthony Sintes

DANS LA RÉGION

L’équipe du projet devant ses nouveaux locaux.

Dans toutes les provinces de la région Nord du pays, le même constat est fait : manque d’organisation de la filière, disparition progressive d’espèces végétales ou encore précarité grandissante des cultivateurs. « La pharmacopée traditionnelle fait partie intégrante de la culture au Burkina, et des espèces comme le wéda, le gingembre, ou le tamarinier sont en train de disparaître, c’est un véritable danger pour les générations fu-

tures » nous expliquent les responsables de l’association(1). L’État, conscient de la fragilité de la situation, s’organise pour valoriser cette filière. La nécessité de créer une association, en charge de coordonner les actions, est apparue comme évidente. « L’association joue le rôle de catalyseur, de formateur et d’informateur. C’est le lien entre les partenaires et les communautés rurales ».

L’État, malgré sa volonté, n’a pas les moyens suffisants pour mener à bien tous les projets. Le rôle premier de l’association est donc d’accompagner l’État dans ses démarches. Dans le domaine de l’Agriculture et de l’Hydraulique, la région Nord dispose de dix ingénieurs tout au plus. « Le temps d’attente est trop long » pour obtenir les services d’ingénieurs locaux. Tout le monde s’accorde à dire que des ressources financières mises à la disposition de l’association permettraient de diminuer considérablement ce délai d’attente. En contrepartie, l’État s’engage à reconnaître et à soutenir l’association. Cette dernière est alors encouragée à travailler en collaboration avec les structures déconcentrées de l’État. Les habitants et la structure associative sont respectivement les initiateurs et le porteur du projet, mais sa réalisation repose très largement sur l’intervention de partenaires, notamment au Nord. « Le partenaire est un acteur à part entière du projet. Il existe une interdépendance forte entre les trois entités que sont les communautés rurales, l’association et le partenaire. L’absence de l’une d’elle compromet totalement le projet. La coopération est nécessaire. Aujourd’hui, nous avons toujours besoin d’ingénieurs expatriés ». C’est aussi à ce niveau que les difficultés commencent pour l’AVFL. La principale barrière est celle de la communication. Le fossé entre le Nord et le Sud, à la fois géographique et culturel, doit être surmonté pour arriver à des partenariats durables. l 1. Adama Ouedraogo, Georges Sebgo et Ousséni Doubaré.

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Coton équitable : changeons d’étiquette L’association Max Havelaar France assure surtout la labellisation de produits alimentaires : café, cacao, thé, banane, etc. Depuis 2005, elle s’est aussi lancée dans la labellisation de coton destiné aux textiles. L’enjeu est l’amélioration des conditions de vie et de travail pour des milliers de producteurs de coton et d’ouvriers agricoles en Afrique de l’Ouest et en Inde. Si des jeans en coton équitable labellisés Max Havelaar sont déjà disponibles, les marques de prêt à porter sont encore très timides en France sur ce sujet. 10

C’est pourquoi Max Havelaar France, en partenariat avec le collectif Actions étudiantes pour le commerce équitable (ACT2e), lance une campagne de mobilisation pour exiger du coton équitable dans les boutiques. ISF relaiera cette campagne dans ses groupes locaux début 2010. Il s’agira notamment de collecter des étiquettes de vêtements, qui seront assemblées sur de grandes fresques (voir quatrième de couverture).


Résoudre l’équation climat et développement

Thomas Champigny, vice-président de la fédération

DU 7 AU 18 DÉCEMBRE, COPENHAGUE ACCUEILLE LA CONFÉRENCE DES NATIONS UNIES SUR LE CHANGEMENT CLIMATIQUE. LES DIRIGEANTS DU MONDE ENTIER DOIVENT PARVENIR À SURMONTER LEURS DIVERGENCES D’INTÉRÊTS POUR DONNER UNE SUITE AU PROTOCOLE DE KYOTO. AU-DELÀ DES RÉSOLUTIONS SUR LA RÉDUCTION DE LEURS PROPRES ÉMISSIONS, LES PAYS INDUSTRIALISÉS DEVRONT S’ENGAGER À SOUTENIR LES PAYS DU SUD EN SITUATION D’INJUSTICE CLIMATIQUE. EXPLICATIONS. Le Nord doit financer l’adaptation du Sud Les pays en développement sont les plus sensibles aux impacts du changement climatique, ne possédant généralement pas les moyens techniques et financiers pour y faire face. Ainsi, un récent rapport de l’ONU(1) indique que la vulnérabilité de l’Afrique face au réchauffement climatique est plus conséquente que ce que l’on pensait auparavant. Sans changement de cap majeur, 30 % des infrastructures côtières d’Afrique, notamment sénégalaises, gambiennes, égyptiennes et du Golfe de Guinée, risquent d’être submergées par la montée des eaux. 25 % à 40 % des habitats naturels d’espèces végétales pourraient disparaître d’ici 2085, tandis que le rendement des cultures céréalières baisserait de 5 %. Nous sommes donc face à une situation d’injustice climatique : les populations les

moins responsables de cette crise en seront – et en sont déjà – les principales victimes. Car la majorité des gaz à effet de serre aujourd’hui dans l’atmosphère ont été émis par les pays du Nord pour asseoir leur développement ! L’enjeu de Copenhague est donc double : les pays industrialisés doivent diminuer drastiquement et immédiatement leurs émissions, mais aussi s’acquitter de cette dette écologique. Ils doivent ainsi aider les pays du Sud à s’adapter aux dérèglements du climat, par des financements et un soutien technologique approprié. Selon Oxfam International, 40 milliards d’euros par an au minimum seront nécessaires pour cela d’ici à 2020. Cette somme devra être additionnée à l’aide publique au développement, car les changements climatiques représentent bien un obstacle supplémentaire pour le développement des pays du Sud.

Photo ISF Nord

Énergie

Saint-Louis, Sénégal.

Rien sans un système de financement solide et démocratique Si des engagements chiffrés sur l’atténuation des émissions et le montant des financements sont une priorité, il ne faut surtout pas laisser de côté les enjeux de gouvernance. Copenhague doit mener à la création de mécanismes juridiquement contraignants, différents du système de contributions volontaires du Protocole de Kyoto qui n’a réussi ni à générer des fonds suffisants ni à les allouer de manière équitable. L’enjeu étant planétaire, on est au cœur du problème de mise en place d’une démocratie mondiale, qui soit à même de faire primer l’intérêt de l’Humanité face aux intérêts particuliers des États. Des garanties de représentation doivent notamment être données aux pays du Sud. Un fonds mondial pour le climat doit être mis en place sous l’égide de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CNUCCC), sans ingérence des institutions non représentatives que sont la Banque mondiale ou le Fonds monétaire international. l 1. Rapport sur l’atelier régional pour l’Afrique consacré à l’adaptation, Secrétariat de la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, 2007.

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Une seule planète À l’initiative du CRID, plusieurs organisations d’Europe et de pays du Sud lancent pour trois ans un programme de sensibilisation et d’éducation au développement. Intitulé « Une seule planète », il porte sur la gestion durable des ressources naturelles pour le développement de tous, tant au niveau local que mondial.

Les « Journées d’études sur la thématique de l’eau », premier événement marquant, se sont déroulées les 24 et 25 novembre derniers. Était présent Étienne Rogeau de l’équipe eau. Ce fut l’occasion de faire un état des lieux et d’échanger sur les crises de l’eau actuelles et à venir (droit d’accès à l’eau potable et à l’assainissement, évolution des ressources) mais aussi de débattre sur les modes de gestion de l’eau. Les groupes ISF pourront travailler sur ce programme, notamment sur les thèmes de l’accès à l’eau ainsi que sur les ressources minières et alimentaires. 11


Transformer la société : quel rôle et quelle légitimité pour une association ? EN COOPÉRATION AVEC LE FORUM DE DELPHES(1), LA FÉDÉRATION ISF A INITIÉ EN 2008 UNE RÉFLEXION SUR LA THÉMATIQUE « GOUVERNANCE ET PARTICIPATION DE LA SOCIÉTÉ CIVILE », À LA LUMIÈRE DES PROJETS PORTÉS PAR ISF. LE GROUPE ISF BORDEAUX A AINSI MENÉ UNE RÉFLEXION SUR SES PRATIQUES ASSOCIATIVES ET SUR LA PLACE LAISSÉE AU DÉBAT, AU SEIN DU GROUPE ET AVEC L’EXTÉRIEUR. EXTRAITS. Lorsque le FDD a interrogé le groupe de Bordeaux sur les motivations de son adhésion à la férération ISF, la réponse la plus fréquente était l’accès à de l’information dans le but de la redistribuer. L’appartenance à un collectif permettrait ainsi à ses membres de se doter de savoirs et de moyens pour influencer l’opinion publique. Il convient alors de se demander si cette forme de pouvoir, que l’on se donne en tant que collectif, est légitime.

Ingénieurs sans frontières : un espace d’information ou d’expression ? Il est apparu que souvent, lors des campagnes de sensibilisation, les personnes auxquelles le groupe s’adresse ne disposent pas du temps de réflexion nécessaire afin d’exprimer leur opinion dans les meilleures conditions. La diffusion de l’information, lorsqu’elle se fait par la distribution de tracts et la signature d’une pétition, ne constitue pas un échange à « armes égales » mais réellement une forme de prosélytisme vis-àvis de « receveurs ». ISF se positionne alors seulement en tant qu’apporteur de connaissances, ce qui n’apparaît pas légitime.

Pour sensibiliser, il est possible d’adopter une position différente : construire avec l’autre quelque chose de nouveau en se confrontant avec la différence d’opinion. Des formes de sensibilisation telles que la projection d’un film suivi d’un débat – par exemple le festival de films de la campagne AlimenTerre 2008 – paraissent alors beaucoup plus constructives. Le débat argumenté peut provoquer un changement sur soimême autant que sur autrui, ce qui est fondamental. Que se soit à l’échelle d’une campagne de sensibilisation ou d’un projet de solidarité au Sud, la problématique s’avère identique : l’action ne doit pas être envisagée sans espace de dialogue. C’est ainsi que lorsque le groupe s’est vu proposer un projet au Togo, les membres se sont longuement interrogés sur le bien-fondé de leur intervention. Ces temps de débats se sont révélés constructifs, permettant une réelle appropriation par chacun des différents enjeux du projet – jusqu’à une remise en cause de celui-ci.

Bérénice Bois, groupe ISF Bordeaux

Quelles relations avec le pouvoir politique ? Les campagnes relayées par ISF interpellent les élus, pour qu’ils prennent en charge les problèmes dénoncés. Cependant, les actions du groupe se sont souvent limitées à une critique, sans toujours formuler de propositions constructives – de peur d’engager leur responsabilité ? Par exemple, la rencontre d’un député européen d’Aquitaine lors de la campagne « Soignons la PAC » s’est surtout attachée à la dénonciation des désagréments causés par la PAC. La responsabilité n’incombant pas à l’association mais au pouvoir politique, il est intéressant de se demander dans quelles limites on peut dénoncer certains faits auprès du pouvoir local sans proposer de solution concrète. Enfin, il s’est avéré que le groupe ISF Bordeaux, dans les montages de projets au Sud, développait peu de relations avec les pouvoirs locaux ou centraux. La collaboration avec le pouvoir politique local est pourtant un bon moyen de pérenniser un projet au Sud. Mais n’est-ce pas difficile pour des étudiants de prendre la mesure de leur rôle politique dans ces projets ? l

1. À travers des études sur l’échec des politiques de coopération Nord-Sud, le Forum de Delphes (FDD) interpellait les acteurs du développement afin d’analyser la gouvernance et l’intervention de la société civile dans les prises de décision politique. L’association a récemment cessé ses activités.

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Assemblée générale d’ISF

ISF Nancy sensibilise aux enjeux de l’huile de palme

La prochaine assemblée générale d’Ingénieurs sans frontières aura lieu le 16 janvier 2010. Événement majeur de l’année, l’AG est l’occasion de faire un bilan de l’année écoulée, d’aborder les projections à venir et les principaux enjeux de l’association. Notez dès à présent cette date, une invitation sera envoyée à tous les adhérents et aux groupes locaux. Une occasion de suivre l’actualité d’ISF et de venir rencontrer les membres d’ISF ! Renseignements et inscriptions : secretariat@isf-france.org

Ce mois-ci, ISF Nancy organisera une formation de 6 heures destinée aux étudiants de 7 écoles d’ingénieurs. De nombreux intervenants illustreront la complexité de la question : « L’huile de palme : entre désastre écologique et nécessité alimentaire ». Après la présentation de cette substance, de son utilisation et de sa production, différents spécialistes en exposeront les impacts environnementaux, économiques et sociaux, avant de confronter perspectives et alternatives lors d’une table ronde.


Ingénieur citoyen

De l’école d’ingénieur au militantisme propos recueillis par Simon Paye, bénévole coordination nationale

ISF - Quel a été ton parcours à ISF ? Samuël Foutoyet - Je suis entré à ISF en intégrant l’INP de Grenoble, en 2000. Les rencontres et la vie associative m’attiraient. J’y ai fait d’abord des actions autour du commerce équitable. Puis j’ai rejoint le programme « Ingénieur citoyen » nouvellement lancé par ISF. Une invitation à réfléchir : quelles sont les conséquences sociales du métier d’ingénieur ? Quelle cohérence entre notre profession et nos idéaux ? À qui profite la technique dans une société capitaliste ? Autant de questions absentes de nos formations.

« La politique africaine de Nicolas Sarkozy est une perpétuation de la politique néocoloniale que chaque président français a poursuivie depuis les “indépendances” africaines. » Nicolas Sarkozy ou la Françafrique décomplexée, Samuël Foutoyet, Éditions Tribord, 145 pages, 2009.

AUJOURD’HUI SOUS LES FEUX DE LA RAMPE DEPUIS LA SORTIE DE SON LIVRE « NICOLAS SARKOZY OU LA FRANÇAFRIQUE DÉCOMPLEXÉE », SAMUËL FOUTOYET NOUS RÉVÈLE SON PARCOURS. OU PLUTÔT, SON ODYSSÉE. DEPUIS SES PREMIÈRES COLLABORATIONS AVEC ISF, IL A TRAVERSÉ DES MILIEUX PROFESSIONNELS ET ASSOCIATIFS DES PLUS DIVERS. UNE TRAJECTOIRE SEMÉE D’EXPÉRIENCES AUSSI RICHES EST À FAIRE PÂLIR LES INGÉNIEURS LES PLUS ÉCLECTIQUES. L’ÉCLECTISME : N’EST-CE PAS LÀ UN DES TRAITS DE L’INGÉNIEUR CITOYEN ?

Nous avons créé le Bureau des Humanités, association militant pour introduire des ateliers d’esprit critique, de sociologie ou d’écologie dans notre école. Nous avons obtenu quelques résultats. Nous avons aussi créé des week-ends de réflexion, avec des formes originales : théâtre, simulations… Je raconte ces expériences dans un rapport écrit en 2003, complété par une brochure en 2005(1). ISF - Ingénieur de formation, comment en es-tu arrivé à une carrière dans le monde associatif ? S. F. - Une fois mon diplôme en poche, j’ai travaillé plusieurs années comme ingénieur, en tant que responsable d’exploitation à la Générale des Eaux. Je voulais comprendre les dessous du capitalisme, je n’ai pas été déçu…(2) Écœuré par les pratiques de mes employeurs, j’ai démissionné et pris une année sabbatique. Une année de libération ! Du temps pour penser, vivre plus sereinement, remplacer un gros salaire par une grande richesse sociale. Cette année-là, j’ai découvert le livre « La Françafrique » et rencontré son auteur, François-Xavier Verschave. J’ai rejoint l’association Survie, dont je suis devenu salarié. Je me suis aussi lancé dans Les Renseignements Généreux, petite maison d’édition de brochures pédagogiques. Pour écrire ce premier livre (ndlr : voir enca-

dré), j’ai enquêté pendant un an sur les réseaux Sarkozy et Pasqua : sur Areva, EADS, Bolloré, l’Armée française en Afrique… J’en sors changé, tant la réalité dépasse l’imagination. ISF - Quels sont les projets dans lesquels tu es engagé actuellement ? Te sens-tu toujours ingénieur ? S. F. - En ce moment, nous concevons un projet d’agriculture biologique avec des amis. J’aimerais devenir « paysan militant » : paysan pour l’autonomie et la relocalisation de l’économie ; militant parce que face aux crises sociales, économiques et environnementales - et le pire reste à venir - il me semble raisonnable de s’engager dans l’action politique. Je me sens toujours ingénieur dans le sens où j’essaye d’aborder mes engagements avec rationalité et efficacité. Il me semble rationnel, lorsqu’on étudie la situation actuelle, d’entrer en résistance. Développer les médias alternatifs, lutter contre les politiques injustes, modifier nos modes de vie, relocaliser l’économie… Pour notre avenir et celui de nos enfants, il y a tant à faire ! l 1. Disponibles sur le site du projet « Former l’ingénieur citoyen » : http://formic.isf-france.org 2. Pour un aperçu de la Générale des Eaux, lire « L’eau des multinationales : Les vérités inavouables » de Jean-Luc Touly, Fayard, 2006.

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Transformons les orientations des écoles d’ingénieurs

Repenser l’ingénieur

Dans le cadre de ses projets « Former l’ingénieur citoyen » et « Transformons nos formations », Ingénieurs sans frontières a été convié par la Commission des titres d’ingénieur à plusieurs réunions sur la formation des ingénieurs, notamment sur les questions de développement durable. La CTI, organe d’habilitation des formations d’ingénieurs, tirera de ces rencontres avec ISF et d’autres partenaires un document d’orientation enjoignant les écoles d’ingénieurs à tendre vers ses recommandations.

Dans le cadre du projet de recherche « Former l’ingénieur citoyen : savoirs, pratiques, acteurs » en partenariat avec ISF, des conférences sont programmées à l’ENS Jourdan chaque troisième jeudi du mois jusqu’en juin 2010. Coordonnées par Antoine Derouet, doctorant en sociologie à l’École des hautes études en sciences sociales, elles interrogeront l’histoire de la profession d’ingénieur et les pratiques actuelles, aussi bien sur les fonctions techniques des ingénieurs que sur leurs fonctions sociales. 13


Décembre 2009 - n° 69

EN PRATIQUE

Ingénieurs sans frontières 146, rue de Crimée - 75019 Paris Tél. : 01 53 35 05 40 courrier@isf-france.org www.isf-france.org

Nouveau site web

de la fédération

Dépôt légal : à parution

Alexandro Pocchiesa, bénévole équipe de refonte du site web

Après plus d’un an de travail bénévole, c’est désormais un tout nouveau site Internet que vous trouverez à l’adresse www.isf-france.org Outre l’amélioration de l’ergonomie générale, des informations supplémentaires et de nouveaux outils sont disponibles. Une partie privée permet d’accéder à des fonctionnalités complémentaires, telles que la possibilité de commenter les articles, d’échanger au sein de forums de discussion, de proposer ses propres articles ou d’annoncer des événements. Ce mode « connecté » est encore en version de test, avec un nombre d’utilisateurs restreint, mais il sera prochainement ouvert à l’ensemble des adhérents et donateurs. Une autre nouveauté importante est la possibilité d’effectuer des dons en ligne. En effet, en vous rendant dans la rubrique « Soutenir ISF », vous pourrez en quelques clics contribuer au financement de l’association de façon simple et complètement sécurisée.

Directeur de publication : Guillaume Nourrit

Par ailleurs, le mode de conception du site par modules lui permettra de répondre aux besoins futurs de la fédération. Le site restera ainsi en perpétuelle évolution, avec l’arrivée à moyen terme d’outils d’écriture collaboratifs, de forums de discussion plus complets, ou de systèmes d’interaction entre les utilisateurs connectés. Il prendra ainsi résolument le virage du Web 2.0 ! Ces évolutions sont rendues possibles grâce à des changements informatiques importants au sein de l’association et l’utilisation de différents logiciels libres ; le tout mis en place par une solide équipe de bénévoles. Pour toute remarque ou question concernant le site, nous vous encourageons à utiliser le formulaire de contact en ligne. Bon surf et naviguez solidaires !

2010, un tournant pour les finances de la fédération Jérôme Costanzo, trésorier de la fédération

À l’issue de l’exercice 2008-2009, dont le bilan est tout juste positif, force est de reconnaître que la fédération ISF se trouve dans une situation financière fragile. Si la stabilité des ressources d’origine privée(1) est rassurante, de profondes incertitudes affectent nos autres sources de financement, au premier rang desquelles les subventions publiques qui soutiennent toujours la fédération à hauteur de 45 % environ. Malgré le partenariat renouvelé avec certains ministères (MEEDDM, MSS), l’exercice 2009-2010 s’avère délicat pour la fédération et impose une discipline budgétaire accrue, voire des économies drastiques à réaliser en cours d’exercice. Cependant, au-delà de ce constat préoccupant se profilent des évolutions majeures de notre financement. En sus de subventions spécifiques à certains programmes, l’enjeu de cet exercice est désormais de mettre en place des partena14

riats pluriannuels finançant l’ensemble du projet fédératif. La stratégie 2010-2013 d’ISF, en cours d’élaboration par le bureau national et le conseil d’administration, et qui sera présentée en janvier lors de l’assemblée générale, servira de socle à cette démarche. D’autres pistes, jusqu’à présent relativement marginales (déconcentration des demandes de financement au niveau régional par l’intermédiaire des groupes, partenariats ISF-entreprises), sont en cours d’expérimentation. Enfin, les réflexions sur les nouveaux modes de financement amorcées lors des journées nationales 2008 connaîtront une nouvelle actualité. Ces pistes, quoique nombreuses, restent hypothétiques, et les ressources traditionnelles d’ISF, notamment les dons, restent plus que jamais indispensables. 1. Essentiellement les dons, représentant environ 26 % des recettes – hors recettes exceptionnelles : 45 000 € sur cet exercice – mais aussi les adhésions (4 %), participations des membres ISF (7 %) et cotisations des groupes (3 %).

Rédacteur en chef : Thomas Champigny Comité d’orientation : Nicolas Laurent, Guillaume Nourrit, Thomas Champigny Secrétariat de rédaction : Nicolas Laurent, Aurore Stephant, Simon Paye, Olivier Jouzeau, Thomas Champigny Ont également contribué à ce numéro : Tanguy Martin, Jérôme Costanzo, Fabien Duchaussois, Polen Lloret, Annabelle Acharrok, Antoine Derouet, Yovann Loir, Bérénice Bois, Anthony Sintes, Goulven Maréchal, Alexandro Pocchiesa, Mathieu Quittet, Étienne Rogeau Maquette et mise en page : René Bertramo Crédits photos : - Couverture : Forage dans la région de Bakel, Sénégal - Photo ISF Nord - 4e de couverture : Max Havelaar France Publicité et abonnements : courrier@isf-france.org Impression : K’prim 162, route de Beauge 72000 Le Mans La revue Alteractif est imprimée sur papier recyclé.

ABONNEZ-VOUS ! Bulletin de commande disponible sur www.isf-france.org


À DÉCOUVRIR

Ekotekoo : pour vos économies, vos éco-technologies et énergies renouvelables www.ekotekoo.fr Ekotekoo est le portail collaboratif de référence pour partager les expériences concrètes d’énergies renouvelables pour l’éco-habitat, avec une part importante d’auto-construction et de sobriété : solaire thermique, isolation, puits canadien, éolienne, récupération des eaux de pluie, rénovation de moulin à eau, etc. Les ingénieurs fondateurs d’Ekotekoo sont convaincus des synergies existant entre ces réalisations et celles des pays dans lesquels ISF intervient. Un partenariat a déjà été noué avec le programme Maurice Ile Durable. Les membres d’ISF sont les bienvenues sur Ekotekoo pour témoigner de leurs réalisations, recueillir les avis des éco-citoyens fréquentant le site Ekotekoo et peut-être susciter des vocations d’entraide. Une plate-forme d’intelligence collective vient d’être lancée pour que les entrepreneurs verts puissent échanger avec les internautes autour de leurs projets de développement avec un reversement d’une part des revenus pour ISF. Des projets ISF pourraient y être présentés. Rendez-vous sur http://projets.ekotekoo.fr Pascal Decaux, initiateur du projet

Du vert dans les oreilles : une aventure sonore à la découverte de producteurs durables Auteurs : Goulven Maréchal (ingénieur agronome) et Alexis Lis (assistant son) Ingénieur agronome de formation, un voyage lointain via ISF m’a paradoxalement donné envie de mieux connaître les territoires proches de chez moi et de rendre hommage aux acteurs locaux d’une véritable alternative. Car si le milieu agricole est souvent accusé pour ses excès, les projets durables et innovants se multiplient en milieu rural ! Nous avons donc pris un an, avec un ami technicien son, pour aller à la rencontre de paysans français qui ont opté pour des pratiques alternatives et réaliser des portraits radiophoniques de vingt d’entre eux. D’octobre 2008 à juin 2009, nous avons vécu aux côtés de ces passionnés qui osent rêver d’autre chose. Les premiers jours, nous prêtions la main à la ferme tout en faisant du son. Les derniers jours, nous réalisions le montage sur place. Nos épisodes de 23 minutes sont diffusés sur des radios associatives et sur notre site web. Nous réalisons actuellement un CD autour de formats plus courts et thématiques : l’attachement au patrimoine, le temps, la biodynamie… Photos, épisodes et contacts sur www.duvertdanslesoreilles.fr Goulven Maréchal, ancien d’ISF Rennes

Quel commerce équitable pour demain ? Auteurs : Corinne Gendron - Arturo Palma Torres - Véronique Bisaillon, Éditions Charles Léopold Mayer, 270 pages, 2009. Au début des années 90, le commerce équitable portait en germe le principe de changer les pratiques commerciales internationales en posant l’Humain au cœur du système économique. Il s’agissait d’assurer un développement équilibré du Sud, en s’affranchissant de l’aide humanitaire par des relations plus égalitaires avec le Nord. Qu’en est-il de la situation en 2009 ? Illustré par sept exemples, l’ouvrage dresse un état des lieux critique de la hausse des ventes et de la multiplication des partenariats : les résultats sur le développement du Sud sont à nuancer. Si les progrès économiques et techniques sont incontestables pour les producteurs, la structure des relations marchandes reste bien souvent inchangée. Le commerce équitable est devenu un segment très convoité des échanges traditionnels, au détriment de sa dimension politique. Le Nord impose toujours ses règles et ses prix, partage peu son pouvoir et ses richesses, et modifie à son avantage les conditions de production du Sud. Comment relancer la dynamique politique du mouvement et assurer sa pérennité ? Le livre explore les pistes de l’éducation des consommateurs, de la hiérarchisation des labels ou de l’ouverture des instances aux pays du Sud. Cependant, il aborde peu ces actions dans une perspective globale : quel avenir pour un concept occidental face à des pays émergents, aux priorités différentes et porteurs d’une nouvelle donne internationale ? Annabelle Acharrok, coordination nationale

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CFSI


Alteractif n°69 - Décembre 2009