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L’International Hors-série

La Droite Copé en deux La trêve se fait attendre à Gaza

Moody’s retire un A à la France

Hors-série - 0,50 €

Le geek, c'est chic !


Sommaire

Evénement

UMP : Le grand cafouillage

p. 4

Copé tient sa droite

p. 6

De la droitisation à la frontisation

p. 7

La trêve se fait attendre à Gaza

p. 8

Monde

Le Congo, à feu et à sang

p. 10

France

Nantes : Les anti-aéroport ne cèderont pas p.12 Civitas, l’intégrisme au coup par coup

p. 13

Les internes toujours en colère

p. 14

Une enfance envahie par les écrans

Economie

p. 15

Moody’s retire le triple A français

p. 16

Taxe Nutella : Ferrero jette de l’huile sur le feu p. 17

Culture La culture trinque avec la crise

p.18

Le geek, c'est chic !

p. 19

Claude Miller tire sa révérence en beauté

p. 20

The Newsroom, de la réalité à la fiction

Sport

p. 21

Le « naming », mine d’or du ballon rond

p. 17

Le PSG fait le coup de la panne

p. 23

Le karaté fait son show à Bercy

p. 24

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Edito

Ed i

to

Halte au catastrophisme

Mardi dernier, la France a (une nouvelle fois) perdu son triple A. Après Standard & Poor’s en janvier, c’est cette fois Moody’s qui dégrade d’un cran la note française à AA1. Mais plus que le choix de la sanction, c’est son timing qui étonne. Moody’s a rendu son jugement quelques jours seulement après la conférence de presse de François Hollande. Et le président y annonçait des mesures qui allaient dans le sens des agences : volonté de réduire le déficit, d’améliorer la compétitivité des entreprises et de lancer une réflexion sur la flexibilité du travail. D’ailleurs, cette dégradation n’a pas jusqu’ici eu de répercussions sur les marchés. Depuis mardi, le taux sur les prêts à dix ans, la référence du marché, n’a augmenté que de quelques centièmes de pourcentage. Une infime variation qui semble montrer que les marchés avaient anticipé depuis longtemps les difficultés financières de la France. Contrairement à la première dégradation en janvier, les politiques évitent

de tomber dans la dramatisation. Alain Minc avait alors parlé du triple A comme d’un « trésor national ». Aujourd’hui, à gauche comme à droite, la baisse de la note est vue comme un simple avertissement et comme un appel à poursuivre les réformes. Un relativisme qui trouve un écho de l’autre côté du Rhin. Wolfgang Schäuble, le ministre allemand des Finances, assure que « la note de la France est encore très stable ». Difficile de lui donner tort à la vue du nombre pays qui disposent encore d’un triple A selon Moody’s. Dans la zone euro, seuls l’Allemagne, la Finlande et le Luxembourg ont conservé leur triple A selon les trois grandes agences de notation. Tandis que dans le monde, 12 pays ont encore la notation maximale, et parmi ceux-ci, seulement 7 ont des perspectives « stables ».

Jean-Romain BLANC

Rédacteur en chef Jean-Romain BLANC Secrétaire de Rédaction Thomas CIRET Maquettiste Elyes KHOUAJA Rédacteurs Lucie ALEGRE Axelle BICHON Jérémy BLAIS Kahina BOUDARENE Erwan CARFANTAN Mathieu CARLIER Hugo DERRIENNiC Raphaël DOR Chloé EMMANOUILIDIS Grégoire GANTOIS Raphaël HOMASSEL Thomas INGLOT-FANTUZZI Charles JEGOU Justine KNAPP Julie LACOURT Charles LAFON Delphine PROUST Arthur SCHERER

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Evénement

D.R.

UMP : Le grand cafouillage

Le divorce est peut-être déjà acté entre les Jean-François Copé et François Fillon

Le scrutin qui a porté Jean-François Copé à la tête de l’UMP s’est transformé lundi en une longue « guerre des chefs ». Copéistes et fillonistes ont tous deux revendiqué leur victoire et se sont accusés de tricherie durant les vingt-quatre heures d’un incroyable cafouillage.

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0,03% c’est une très courte majorité pour Jean-François Copé. Alors que François Fillon était annoncé largement vainqueur par les sondages, la soirée électorale ne s’est pas tout à fait déroulée comme prévu… À 19h30, dimanche, les premiers résultats émergent sur les réseaux sociaux. Les soutiens de Jean-François Copé et de François Fillon, s’appuyant sur leurs propres chiffres, annoncent chacun l’avance de leur champion. Le clan Copé, surpris,

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accuse certains bureaux de vote de fraudes, notamment à Nice, fief des fillonistes Eric Ciotti et Christian Estrosi, ainsi que dans le 16ème arrondissement de Paris. Le clan Fillon réplique en déclarant avoir observé des irrégularités dans les Bouches-du-Rhône et à Toulouse. Un point partout.

François Fillon se remet rapidement de la nouvelle et s’engouffre dans la brèche en déclarant lui aussi, vingt minutes plus tard depuis son QG : « Nous avons reçu les résultats de tous les départements. Ils me donnent une courte victoire de 220 voix ».

23h30, à la surprise générale, Jean-François Copé prend la parole au siège de l’UMP : il annonce sa victoire « avec 1000 voix d’avance ». Stupéfaction générale.

Les scènes de liesse dans les deux camps donnent à la situation un aspect complètement surréaliste. Ce bras de fer dure jusqu’au lendemain soir : tous les lieute-

Une guerre de tranchées


Evénement gnent de la cohue durant la journée de dimanche qui les a empêchés d’aller émarger après le vote. Risques de scission Au milieu de la cohue, certaines voix s’élèvent. Alain Juppé, qui ne s’est prononcé pour aucun des deux candidats, déplore une « situation lamentable » et appelle tous les membre de l’UMP à davantage de retenue et de patience dans l’attente des résultats définitifs. Peu de ténors du parti suivront son exemple, à l’exception de Xavier Bertrand (filloniste) et Jean-Pierre Raffarin (copéiste). Peu à peu, le mot d’ordre du « respect des militants » s’impose auprès des ténors. Tous redoutent un clivage irréparable, un éclatement complet de l’UMP. L’ombre du Congrès de Reims du Parti Socialiste en 2008 plane sur leurs têtes (voir encadré). Lundi, vers 22h45, la COCOE rend enfin sa décision : Jean-François Copé l’emporte avec 98 voix d’avance sur 176 608, soit 50,03% des suffrages.

nants de chaque camp réaffirment leur victoire, avancent leurs chiffres – toujours les mêmes – renouvellent leurs accusations de fraudes et s’empoignent allègrement. Le nom de la COCOE, commission interne chargée de superviser l’élection, revient sans cesse. Depuis 10h lundi, elle procède à une vérification des tous les votes, département par département. Tout le monde attend avec impatience son verdict. Certains fillonistes osent même remettre en cause son impartialité, Patrice Gélard son président étant un proche de Jean-François Copé. « Sur les cas litigieux, les deux camps ne sont toujours pas d’accord » se désole Roger Karoutchi, soutien de M. Copé. Dans de nombreux bureaux, le nombre de bulletin est beaucoup plus élevé que le nombre de signatures. Mais des militants, notamment niçois, témoi-

M. Copé prend alors la parole pour la deuxième fois en vingt-quatre heure pour (re)confirmer sa victoire et lance une perche à son adversaire : « Je propose à François Fillon de me rejoindre. Mes mains et mes bras sont grands ouverts » déclare-t-il. Sa proposition – purement symbolique – est de nommer M. Fillon vice-président du parti. Evidemment, celui-ci refusera, et Eric Ciotti la qualifiera même de « grotesque ». L’ancien Premier ministre, dans sa dernière allocution, déclare « prendre acte » du résultat, mais reste convaincu que de nombreuses irrégularités ont eu lieu. Patrice Gélard confirme même ses soupçons : « Il y peut-être eu de la fraude à tel ou tel endroit. Elle n’a été prouvée nulle. Dans certaines fédérations, la fraude faisait partie des habitudes historiques. » Mais la blessure est plus profonde. « La fracture qui traverse notre camp politique est manifeste. Elle est à la fois politique et morale ; la réduire et la dépasser, tel est l'objectif que je m'assigne » avance François Fillon. Sans plus de précisions. Le lendemain, la gueule de bois est douloureuse. « Nous avons été dans ce qu’il y a de plus abject » regrette Laurent Wauquiez. Chacun assure vouloir rassembler les ruines du parti, mais le clivage est toujours présent. Les bataillons se mettent

en ordre de bataille pour la primaire de 2016.

Un précédent au PS Congrès de Reims, novembre 2008. Le premier secrétaire du PS doit être nommé. En lice : Martine Aubry, Ségolène Royal et Benoît Hamon pour succéder à François Hollande. Le vote des motions (censé tracer la ligne politique du parti et désigner les membres du conseil national) place la motion de Ségolène Royal en tête, suivie de celle déposée par Bertrand Delanoë puis Martine Aubry, tous trois dans un mouchoir de poche. Cette première étape ravive déjà les tensions, puisqu’aucun leader ne se détache clairement. L’ombre de la division sur la Constitution Européenne de 2005 plane toujours. Delanoë retire sa candidature au poste de premier secrétaire pour ne pas « ajouter à la division ». Mais ce n’est pas fini. Irrégularités Deux semaines plus tard, les adhérents désignent au premier tour Ségolène Royal et Martine Aubry avec respectivement 42,9 % et 34,5 % des voix. C’est le second tour qui achèvera de diviser le PS. Après une longue nuit, à 6h du matin, Martine Aubry se revendique en tête avec 42 voix de plus de sa rivale sans attendre la publication les résultats officiels. Ségolène Royal conteste ces chiffres, alors que de nombreuses irrégularités ont été observées, surtout dans le Nord. La commission réexamine tous les procès-verbaux et confirme, trois jours plus tard, la victoire de Martine Aubry avec 102 voix d’avance.

Raphaël DOR

L’International

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Evénement

Copé tient sa droite D.R.

Charles JEGOU

Le maire de Meaux a créé la surprise et s’impose à la tête de l’UMP au terme d’une élection ultra-serrée. Dans la continuité de Sarkozy, il l’a emporté sur une ligne « à droite toute ». Au lendemain de sa victoire, l’UMP apparaît plus divisée que jamais.

A

l’issue d’une bataille à couteaux tirés, J.F. Copé remporte d’un cheveu la présidence de l’UMP après plus de 24 heures de suspens. Le héro de la « droite décomplexée », « des vrais sujets », « sans tabous », « qui intéressent les français », a déjoué les pronostics et obtient 98 voix de plus que son adversaire François Fillon. Il l’avoue lui même, Jean-François Copé « a perdu beaucoup d’amis » en prenant ce virage à droite dans le but de grappiller les voix du Front National. Lâché par de nombreux cadres du parti qui ont rallié François Fillon, comme Laurent Wauquiez ou Valérie Pécresse, le nouveau président de l’UMP se réclame de l’héritage de Nicolas Sarkozy en s’inscrivant dans ses thématiques lors de la campagne présidentielle. « Copé représente une droite fière de ses valeurs et décomplexée. C’est ce qu’a apporté Nicolas Sarkozy et les militants UMP ont peur de perdre cela », a déclaré Valérie Rosso-Debord, député UMP de Meurthe et Moselle et soutien de Jean-François Copé. Il représente une droite qui place l’immigration et les valeurs liées à la famille au cœur de son programme. Une posture politique que François Fillon refuse dans le fond et dans la forme : « Je suis frappé par la fracture politique et morale qui traverse l’UMP ». Force est de constater que le calcul politique de Copé 6 | L’International

Jean-François Copé, l’ancienne nouvelle forte tête de la Droite

a fonctionné. Au moins aussi bien que le côté « rassembleur » de celui qui fut Premier Ministre de Nicolas Sarkozy pendant cinq ans. La stratégie de Buisson fonctionne Les militants de l’UMP ont choisi, à 98 voix près, une certaine vision de la droite. Une droite qui tente de s’accaparer les électeurs de Marine Le Pen : « Jean-François Copé va se retrouver confronté à l’incohérence qui est la sienne : comment peut-on aller sur les thèmes du Front National et en même temps indiquer que le FN c’est le diable », se demande-t-elle. Car rien ne dit que cette orientation, qui place désormais le parti d’opposition à la droite de la droite, plaira aux électeurs du FN. Cette orientation, c’est celle de Patrick Buisson, conseiller politique de Nicolas Sarkozy aux présidentielles de 2007 puis de 2012. Avec l’élection de Jean-François Copé, que Buisson a adoubé dans un article du Figaro, on constate la continuité dans laquelle se place l’UMP. Cet ancien journaliste de Minute estime qu’à terme, une alliance de plusieurs droites est nécessaire pour vaincre la gauche. Une droite forte, qui placerait le discours

identitaire au centre de sa stratégie. Discours qui joue sur l’affect des classes populaires, qui fait appel à la passion des électeurs, comme le rappelle la polémique du pain au chocolat, et non à leur raison, surtout en période de crise économique et sociale. Est-ce que cette droite forte sera au rendez-vous aux prochaines élections municipales et législatives de 2014 ? La question se pose car elle apparaît affaiblie au lendemain de ce scrutin. Il existe désormais deux courants au sein de l’UMP, le « décomplexé » qui tire vers l’extrême droite incarné par Copé. Et le « modéré » incarné par Fillon. Cela bénéficie au PS, qui voit l’opposition se fissurer dans une mauvaise période de François Hollande dans l’opinion publique. Mais surtout à l’UDI de Jean-Louis Borloo, pour qui « l’illusion de l’existence d’un parti unique à l’UMP n’existe plus ». Pierre Méhaignerie est d’ailleurs le premier centriste de poids à quitter l’UMP pour rejoindre l’UDI. « Je suis aujourd’hui convaincu qu’il faut résister aux tentations du populisme, de la démagogie et agir dans le cadre d’une force politique capable de porter des valeurs de paix civile et de rigueur intellectuelle et morale » s’est exprimé l’ancien ministre.


«Ce n'est pas la droitisation, c'est la frontisation»

Evénement

D.R.

choses par leur nom, vers des idéologies racistes. On entend des propos, des jugements, des diagnostics au sein de la société française qu’on n’entendait que de la bouche des pieds-noirs. Paradoxalement, les « Arabes » sont à la fois des assistés et ceux qui volent le travail des Français. Mais il ne s’agit que d’un courant du parti, porté par Copé et qui ne concerne qu’un militant sur deux. Une part non négligeable de l’organisation reste fidèle à l’UMP créée par Jacques Chirac qui voulait contrer le Front National en rassemblant les trois familles de la droite républicaine : centriste, libérale et gaulliste. L’UMP peut-elle alors imploser ? Thomas Guénolé, politologue et maitre de conférence à Sciences-Po.

«Il n’y a dans mon esprit comme dans mon cœur ni amertume, ni rancœur», a déclaré Jean-François Copé au lendemain de sa victoire. Mais le lyrisme du nouveau président de l’UMP ne convainc pas tous les cadres du parti. D’un côté, François Fillon, vaincu, réfléchit aux «formes que prendra, à l’avenir, son engagement politique» ; de l'autre, quelques députés UMP se réunissent pour décider d’un éventuel ralliement à l’UDI de JeanLouis Borloo. L’UMP peut-elle imploser ? Elements de réponse avec Thomas Guénolé, politologue et maitre de conférence à Sciences-Po. L’International : Peut-on parler d’une droitisation de l’UMP

Thomas Guinolé : Les médias évoquent une « droitisation » du parti, ce qui ne veut pas dire grand chose puisqu’il existe plusieurs visions de la droite. Il faudrait plutôt parler de « frontisation ». La tactique de Jean-François Copé consiste à récupérer systématiquement les diagnostics du Front National sur la société française, quitte à y apporter des réponses républicaines. Sa stratégie n’a rien d’innovant. Le début de la frontisa-

tion, c’est Sarkozy avec le Karcher, le ministère de l’Identité nationale, le discours de Grenoble, la circulaire Guéant ou encore le débat sur la laïcité qui en pratique était un débat sur l’Islam… Y’a t-il un réel clivage au sein du parti ? La victoire de Jean-François Copé s’est faite avec 50,03 % des voies. Cela veut dire que les militants UMP tendent de plus en plus vers des idéologies proches du Front National ou, pour appeler les

En aucun cas, parce que cela supposerait un nouveau parti. Lequel ? Plus extrémiste ? Il existe déjà : le Front National. Ou alors créer un parti central ? Il y a l’UDI. Concrètement, les seuls changements auxquels on peut s’attendre sont des « migrations » de cadres de l’UMP vers le parti de Jean-Louis Borloo. L’UDI, le nouveau centre, pourrait-il à terme devenir le premier parti d’opposition ? L’UDI dispose d’un espace politique et d’électeurs. Alors, est-ce que c’est possible ? Oui. Est-ce que cela va arriver ? Tout dépend de Borloo. Les centristes sont loin d’être des machines de guerre électorale. L’UDI, tout comme le MoDem, est difficile à gérer parce que les centristes sont toujours tentés de balancer plus à droite ou plus à gauche. Tandis qu’à l’UMP, on est dans une culture bonapartiste. Comme le dit Rama Yade : «Le militant UMP, c’est un soldat qui n’attend que les ordres de son chef.»

Kahina BOUDARENE

L’International

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La trêve se fait attendre à Gaza

D.R.

Monde

Un cessez-le-feu temporaire pourrait être décidé le 21 novembre. Alors que le bilan humain s’alourdit, les efforts diplomatiques se poursuivent pour atteindre cet objectif.

A

ucun terrain d’entente n’a été trouvé entre Israël et l’Autorité palestinienne. Le 20 novembre, une trêve devait être proclamée. Au lieu de cela, les tirs de roquettes et les bombardements se sont intensifiés de la part du Hamas, au pouvoir depuis 2007 dans la bande de Gaza, et de Tsahal, l’armée israélienne. Le début de la trêve devrait être reporté à ce mercredi selon le Hamas. En attendant, l’opération « Pilier de défense », lancée par l’Etat hébreu le 14 novembre dernier, continue. Tsahal justifie son intervention militaire par le fait que « 3 missiles par jour en moyenne ont été tirés [de la bande de Gaza, ndlr] ces 11 dernières années ». Des tirs qui se sont intensifiés ces derniers mois : 800 missiles ont explosé sur le territoire israélien seulement depuis le début de l’année 2012. Des armements inégaux Depuis une semaine, le bilan humain s’alourdit chaque jour Les plus touchés sont les civils palestiniens. Sur les 132 morts à la date du 20 novembre, 128 vivaient dans la bande de Gaza. Une disproportion due au déséquilibre des armements. Bien que l’ouverture de la frontière palestino-égyptienne, avec l’arrivée de Mohamed Morsi, a permis au

Hamas d’acquérir de nouvelles armes, la puissance de Tsahal demeure incomparable. Le Hamas attaque avec des tirs de roquettes ou des obus de mortiers qui atteignent à présent des villes de plus en plus éloignées. Ainsi mardi, un tir de roquette a explosé près de Jérusalem, sans faire de blessés. Un grand nombre des tirs palestiniens sont intercepté par le système de défense aérien « Iron Dome ». Situé à Sdérot, le dispositif peut neutraliser des roquettes dans un rayon de 4 à 70 kilomètres. L’armée israélienne réplique principalement en bombardant des points stratégiques de la bande de Gaza. L’Etat hébreu a envoyé ses soldats devant la frontière gazaouite et autorisé la mobilisation de 75 000 réservistes. L’Egypte arbitre les négociations De son côté, la diplomatie internationale se bat pour un cessez-le-feu. Ainsi, le secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU), Ban Ki-moon, s’est rendu mardi en Israël pour rencontrer Benyamin Netanyahou, le premier ministre israélien. Hillary Clinton, la secrétaire d’Etat américaine lui a emboité le pas dans la soirée. Ces deux hauts représentants doivent se rendre ce mercredi à Ramallah, en Cisjordanie, pour y rencontrer Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne légitimement élu en

2006. Il n’a néanmoins aucun contrôle sur le Hamas. Mais de tous les représentants étrangers, c’est probablement Mohamed Morsi, le président égyptien, qui est le mieux placé pour négocier les termes d’un cessez-lefeu entre les deux camps. Le Hamas est plus susceptible de l’écouter puisque ce mouvement incarne la branche palestinienne des frères musulmans, une orga-

L’opération israëlienne « Piliers de défense » menéescontre le Hamas 8 | L’International


Monde

Anonymous attaque Israël

Ambiance détendue dans les rangs deTsahal

nisation née en Egypte. Mohamed Morsi doit également composer avec les accords de Camps David, qui ont instaurés la paix avec l’Etat hébreu en 1978. Malgré les efforts diplomatiques, les négociations s’avèrent difficiles. « La grotesque agression israélienne va cesser aujourd'hui, mardi, et les efforts pour parvenir à un cessez-le-feu entre Palestiniens et Israéliens vont avoir des résultats positifs dans les prochaines heures », avait déclaré le 20 novembre Mohamed Morsi. Mais son projet n’a pu se concrétiser dans les délais annoncés.

un succès des efforts diplomatiques », a annoncé un haut responsable israélien. L’Etat hébreu tend ainsi la main à l’Autorité palestinienne et se montre prêt à négocier pour obtenir la fin du lancement de roquettes de la bande de Gaza. En contrepartie Israël pourrait, pour la première fois depuis le putsch du Hamas en 2007, lever partiellement le blocus imposé à la bande de Gaza. Sa zone de pêche dans la Méditerranée pourrait par exemple être étendue.

Des efforts au long terme ? Néanmoins, tout espoir d’une trêve n’est pas vain. « Une décision a été prise de suspendre provisoirement tout projet d’offensive terrestre pour donner des chances à

Delphine PROUST

« 44 millions d’attaques ont été détectées contre le site web du gouvernement » a déclaré l’Etat hébreu le dimanche 18 novembre. En guise de protestation contre les raids israéliens sur Gaza et à la menace de Tsahal de couper l’accès à internet dans les territoires palestiniens, les Anonymous, ont piraté plus de 650 sites gouvernementaux de l’Etat hébreu. Le groupe a revendiqué dans un communiqué la défense du « peuple palestinien oppressé et le retour des populations dont les territoires sont occupés ». Les Anonymous ont affirmé avoir réussi à supprimer la base de données de la Bank of Jerusalem et à bloquer le site du ministère des Affaires Etrangères. Les pages d’accueil comme celles du Mossad et de la police israélienne, restent à ce jour inaccessibles. Les Anonymous sont même parvenus à publier une liste de 3000 personnes qui soutiennent l’organisation sioniste américaine, Unity Coalition for Israel. De son coté, l’armée Israélienne ne semble pas vraiment dépassée par ces attaques. Et c’est dans l’optique de gagner la bataille sur Internet que l’Israel Defense Force a marqué une nouvelle étape dans la guerre « 2.0 » en racontant son assaut sur la Bande de Gaza sur Twitter et sur Tumblr. L’International

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Monde raison de leurs antécédents en matière de droits humains. La liste des accusations est longue : viols en bande organisée, pillage, détournement de mineurs, meurtres arbitraires… Mais le M23 n’est pas le seul à profiter de la situation chaotique au Congo. L’est de la RDC, où sévissent les combats, est un territoire difficile d’accès. Les routes sont quasi inexistantes, coupées par des zones de forêts denses. Les groupes de l’armée congolaise en profitent alors pour faire leur loi. Ils exploitent des richesses agricoles et minières, instaurent des taxes, des droits de passage.

Kahina BOUDARENE

D.R.

Le Congo, à feu et à sang Vintage Violence, Richard MUSSO, 2011, au Centre culturel irlandais

Les rebelles du Mouvement du 23 mars (M23) sont entrés mardi dans Goma, capitale régionale du Nord-Kivu dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Une réponse au refus catégorique du Président Josef Kabila de négocier et de démilitariser la ville.

G

oma est tombée, après Kibati et Kibumba. Dimanche, le porte-parole des rebelles du M23, lançait un ultimatum au Président congolais : «Si l’armée de Kabila nous attaque, nous allons poursuivre l’ennemi jusqu’à ce qu’il soit rejeté très loin de Goma.» Les autorités ayant catégoriquement refusé de négocier, la capitale du Nord-Kivu est tombée aux mains des rebelles mardi. Derrière, le Rwanda

A Kinshasa, le Président Josef Kabila a aussitôt lancé un appel «au peuple ainsi qu’à toutes les institutions» à combattre le M23 qu’il qualifie de «forces fictives mises en place par le Rwanda pour dissimuler ses activités criminelles en RDC». Une thèse appuyée par les Nations unies qui affirment avoir des preuves convaincantes d’un soutien rwandais aux rebelles. Un rapport confidentiel de la Monusco (Mission de l’organisation des nations unies en République démocratique du Congo) cite des soldats qui affirment avoir été recrutés et entrainés au Rwanda. Louise Mushikiwabo, ministre des Affaires étrangères rwandaise a dé10 | L’International

menti l’information à la BBC : «La mission de l’ONU au Congo a menti, rien n’a été vérifié. (…) Que gagnerait le Rwanda à créer l’instabilité aux alentours de ses propres frontières ? Ca n’a pas de sens.» Pourtant, le rapport affirme que certains leaders du M23 sont d’anciens rebelles tutsis liés au Rwanda. Sur place, l’ONU 6700 casques bleus ont été mobilisés par les Nations Unies pour venir en aide aux forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC). Dimanche, des hélicoptères de l’ONU qui appuient l’armée gouvernementale ont tiré des roquettes et obus pour tenter d’endiguer l’avancée rebelle vers Goma. Sans succès. La France a alors de nouveau déposé une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU demandant l’implication éventuelle d’autres pays dans le conflit. Sur le plan diplomatique, la communauté internationale réagit vivement aux exactions des rebelles du M23. Avant les mutineries, au moins cinq des chefs actuels figuraient sur une liste noire de l’ONU en

L’objectif revendiqué des forces armées sur le territoire, qu’elles soient rebelles ou régulières, est pourtant de protéger les civils. Mais aucun des partis ne semble avoir d’intérêt à ce que le conflit s’arrête. A nouveau, ce sont les populations qui sont les premières victimes de la guerre.

La guerre en clichés La série Infra, exposée jusqu’au 14 décembre au centre culturel irlandais, montre l’intégration de l’actuel M23 au sein de l’armée congolaise. Pour représenter la réalité de cette guerre, l'artiste a choisi la pellicule photo infrarouge Aerochrome de Kodak, récemment retirée du marché. Elle était utilisée par l’armée américaine dans les années 1940 pour déceler des camouflages. Cette pellicule révèle des couleurs que l’œil humain ne peut pas distinguer. La végétation prend une teinte magenta, les uniformes deviennent violets ; la couleur des corps, elle, ne change pas. Avec cette technologie, le photographe révèle la violence inscrite dans le paysage. Le décalage chromatique entre les corps et la végétation montre la rupture entre le peuple congolais et sa terre, occupée par des forces étrangères. Le sol semble imbibé de la couleur du sang versé. Un travail sublime : d’une terre de combat, Richard Mosse fait une image poétique.


Afghanistan : Les troupes française quittent Kapisa

D.R.

Combats sanglants au Mali

Monde

Les combats dans la ville de Ménaka, au nord-ouest du Mali, entre les islamistes du Mujao (Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest) et les rebelles touaregs du MNLA ont fait des dizaines de morts depuis vendredi selon des sources de l’AFP. La ville avait été l’une des premières prises par les rebelles touaregs. Le MNLA voulait en faire la base de sa contre-offensive pour reconquérir le nord du Mali, occupé depuis fin juin par les groupes islamistes armés Mujao, Aqmi et Ansar Dine. L’Union Européenne a décidé lundi soir d’apporter son soutien aux soldats maliens pour l’intervention dans le Nord-Mali proposée par la Cédéao (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest).

L’armée française a mis fin mardi à sa mission de combat dans la province de Kapisa en Afghanistan là où elle combattait depuis 2001. 700 soldats français rentreront à la fin de l’année, deux avant le délai de l’OTAN. En 2013, la France comptera 1500 soldats dans le pays, basés à Kaboul. Un millier d’entre eux organiseront le rapatriement des véhicules et conteneurs français d’Afghanistan. Entamée en 2008 la mission en Kapisa, province très infiltrée par les Talibans, était considérée comme la plus difficile pour les Français en Afghanistan.

Grèce: Une crise sans solution

D.R.

La Birmanie accueil Obama

Syrie : L’UE adoube la Coalition Lundi 19 novembre, l’Union Européenne a reconnu la légitimité de la coalition de l’opposition au régime Al-Assad. A l’issue de leur réunion à Bruxelles, les ministres européens des Affaires Etrangères ont affirmé que « l’UE considère la coalition comme le représentant légitime des aspirations du peuple syrien ». Cependant, les 27 ne la considèrent pas comme l’ « unique représentant légitime » du peuple, mais se disent prêts à travailler avec la Coalition. La majorité des composantes de l’opposition syrienne a signé le 11 no-

Le président Barack Obama s’est rendu, lundi 19 novembre, en Birmanie pour une visite historique afin de soutenir les réformes politiques mises en place depuis la dissolution de la junte, il y a un an et demi. Il a déclaré à son arrivée à Rangoon que son déplacement visait à « tendre la main de l’amitié » à une nation en mutation abandonnant ainsi un régime de persécution. Le président des Etats Unis s’est entretenu avec le président Thein Sein ainsi qu’avec l’opposante Aung San Suu Kyi. Cette rencontre vise à renforcer la coopération économique entre les deux pays. Barack Obama avait annoncé quelques jours avant sa visite, la levée de l’interdiction des importations en provenance de Birmanie, décidée il y a plus de dix ans. vembre à Doha un accord créant une coalition visant à lutter contre le régime AlAssad. Lundi, les groupes islamistes armés qui combattent à Alep ont annoncé le rejet de la Coalition et se sont prononcées pour un Etat Islamique.

Chloé EMMANOUILIDIS

Les ministres des Finances ont échoué mercredi matin à Bruxelles à trouver un accord pour débloquer la nouvelle tranche d’aide de 44,6 milliards d’euros. La Grèce avait rejeté lundi 19 au soir la demande du FMI de licencier 22 000 salariés dans le secteur public d’ici à 2014. En plus des 22 000 licenciements exigés, le plan d’ajustement budgétaire sur quatre ans dicté par la Troïka et voté récemment par le parlement grec prévoit d’ici à 2016 de réduire de 125 000 le nombre de fonctionnaires. Lundi soir, le ministre des Finances grec, Yannis Stournaras a annoncé que la Grèce avait rempli toutes les obligations vis-à-vis des créanciers.

La Turquie condamne Israël Le Premier ministre turc Recep Tayip Erdogan a qualifié Israël d’ « Etat terroriste » l’accusant de mener un « nettoyage ethnique » suite à son offensive sur la bande de Gaza. « L'important est de faire en sorte, de faire comprendre et de faire sentir aux habitants de Gaza qu'ils ne sont absolument pas seuls », a dit Ahmet Davutoglu, le ministre des affaires étrangères à la presse à l'aéroport d'Ankara avant d'embarquer pour l’Egypte. « 75 millions de Turcs sont à leurs côtés », at-il ajouté. Les liens entre la Turquie et Israël se sont considérablement distendus depuis 2010, après l'assaut meurtrier de l'armée israélienne sur un navire turc qui d'aide humanitaire au large de Gaza, une opération internationalement condamnée qui avait coûté la vie à neuf Turcs. L’International

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France

Aéroport de Nantes : Les riverains ne cèderont pas

Erwan CARFANTAN

mis en place pour négocier le départ des occupants. Notre-Dame-des-Landes semble en effet être une réelle bombe à retardement. Chaque jour qui passe apporte un nouveau risque d’explosion : les fourgons arrivent toujours plus nombreux, et l’ACIPA (association citoyenne intercommunale des populations concernées par l’aéroport de Notre Dame des Landes) continue à rassembler. La situation va-telle tourner à l’affrontement ? Pour Dominique Fresneau, coprésident de l’ACIPA, « le but n’est pas de riposter à une éventuelle violence, mais de ne pas se laisser faire ». Il explique que « si la police attaque, on résistera sans courtoisie, mais pas violemment ». Un discours qui se veut rassurant, qui contraste avec l’aspect belliqueux de certains occupants. « Le mépris entraîne la haine, forcément les gens sont remontés contre ce gouvernement qui ne nous écoute pas ».

D.R.

« Toute négociation est inutile »

Tracteurs et autres véhicules ont barré les routes de Notre-Dame-des-Landes, samedi

Alors que 40 000 personnes ont manifesté samedi 17 novembre à Notre-Dame-des-Landes contre le projet d’aéroport au nord de Nantes, les occupants de la zone de construction continuent à exprimer leur colère. La confrontation avec les forces de l’ordre est inévitable.

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outes bloquées, champs occupés, Notre-Dame-des-Landes a l’air d’un vrai champ de bataille. Et pour cause, la guerre est belle et bien déclarée entre le gouvernement et les riverains de la zone de construction du futur aéroport Grand Ouest : ils étaient plus de 40 000 à manifester samedi 17 novembre. La scène se passe à 30 kilomètres de la paisible ville de Nantes, l’ancien fief de Jean-Marc Ayrault. Ancien élu local, l’actuel Premier ministre porte le projet : en tant qu’instigateur, il défend cet aéroport international, qui serait un accélérateur économique pour la région de Nantes. Pour les habitants de la ZAD, la zone

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d’aménagement différé, le lieu de construction de l’aéroport, c’est un siège qui se prépare. Des tracteurs en travers de la route, des cabanes de fortune bâties, symboles d’une volonté farouche d’empêcher le début du défrichage des lieux, et le début des travaux prévus pour début 2014. « On résistera sans violence » Du côté du service de l’aménagement du territoire, au Conseil Général de Loire-Atlantique, les responsables du déroulement du projet ne souhaitent pas s’exprimer sur les moyens qui vont être

« Les paysans veulent garder leur terre, mais désirent avant tout faire comprendre à Jean-Marc Ayrault qu’on ne veut pas de ses projets inutiles », explique Dominique Fresneau. Il y a déjà 40 aéroports en France, et ce projet vieux de 50 ans semble « futile et secondaire » aux yeux du coprésident de l’ACIPA. « Toute négociation est inutile, que la ZAD soit à Notre Dame des Landes ou ailleurs, nous l’occuperons », assure-t-il, ajoutant « notre action se veut nationale, on veut que le gouvernement comprenne que la France n’a pas besoin de perdre de l’espace agricole et résidentiel pour son projet ». Des groupes de soutien se créent en effet un peu partout en France, de Rennes à Annecy, en passant par Paris. Manuel Valls a pourtant déclaré mardi 20 novembre que « l'Etat sera ferme » et qu’il y aura « en temps utile des évacuations parce que nous devons être très déterminés ». Si le discours du ministre de l’Intérieur est respecté, il y a peu de chance que l’occupation de Notre Dame des Landes reste longtemps pacifique.


France

D.R.

Civitas, l’intégrisme au coup par coup

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Démonstration de force des militants de CIVITAS face au activistes du FEMEN

imanche 14h30, neuf membres de FEMEN font irruption dans la manifestation des Civitas, se déshabillent et aspergent le cortège à l’aide de petit extincteurs domestiques en scandant « In gay we trust ! ». Très vite, les militantes se retrouvent prises à parti et reçoivent des coups, portés par le service d’ordre de Civitas, des manifestants et des membres du GUD, groupuscule réputé pour ses excès de violence et historiquement proche du Front National. Sur les images de la manifestation, on peut voir qu’il n’y a pas que les membres du GUD, facilement reconnaissable à leurs blousons bombers. Des « pères de famille en colère », comme le décrit Alain Escada, Président de Civitas, qui ont aussi participé aux tabassages. Inconnus hier, Civitas a brusquement fait la une de l’actualité. Proche des milieux d’extrême droite, cette association se définit comme un « lobby catholoque » et cherche à « restaurer une France dont les décisions seraient inspirées de la doctrine de l’Eglise. » Sur le site internet, Alain Escada explique mener « une reconquête politique et sociale». Si il ne nie pas les violences, il tente de les justifier : « Lors de notre marche de ce dimanche, des extrémistes

féministes et homosexuelles se sont présentées entièrement dénudées devant les enfants. » A ce titre, il a décidé de porter plainte contre le Femen, ainsi que contre Caroline Fourest, journaliste également frappée durant la manifestation. Un mouvement marginal Civitas n’est pas le seul mouvement à revendiquer des idées contre le mariage homosexuel. Samedi 17 novembre, l’association a d’ailleurs été devancée par une manifestation contre le mariage pour tous, qui avait réunie environ 100 000 personnes. Le groupe intégriste a rassemblé près de 18 000 personnes lors de leur manifestation (9 000 selon la police). C’est peu, compte tenu de l’ambition d’Alain Escada, qui veut « restaurer un gouvernement de droit divin ». Preuve que ce mouvement reste marginal et ne fait guère parler de lui, à l’exception de « coups » médiatiques, souvent violents. Civitas affirme représenter l’orthodoxie catholique et n’en est pas à son premier acte polémique. L’œuvre Piss Christ, un Jésus Christ plongé dans un récipient rempli d’urine, a été vandalisé en avril 2011. Cinq mois après, la pièce Sur le concept du visage de Dieu de Roméo Cas-

La manifestation contre le Mariage pour tous, organisé par l’Institut intégriste religieux Civitas, a occasionné des débordements dimanche 18 novembre. Les filles de l’association FEMEN, célèbre pour ses actions radicales, ont été agressées et frappées. De nombreuses personnalités politiques demandent la dissolution de Civitas, ainsi que celle du Groupe Union Défense, plus souvent appelé GUD. telucci, fut interrompue en pleine représentation, au Théâtre de la Ville de Paris. Ces nombreux débordements ont finit par attirer l’intention des politiques sur Civitas. Six députés socialistes ont appelé à la dissolution de Civitas, dans un courrier adressé à Manuel Valls, le Ministre de l’Intérieur. « L’Institut Civitas, en tant que mouvement organisateur, a permis à la manifestation du dimanche de servir d’exécutoire à toute une frange de mouvements extrémistes », peut-on lire dans la lettre. « Ces débordements tant sur le fond que sur la forme, indignes de notre démocratie, nous conduisent à demander la dissolution immédiate de l’Institut Civitas ». Une épée de Damoclès qui plane désormais sur l’association intégriste.

Lulie LACOURT

Charles JEGOU

L’International

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France

D.R.

Les internes toujours en colère

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Manifestation des internes en médecine, le 20 novembre, Paris

Lucie ALEGRE

arisol Touraine a annoncé dimanche 18 novembre son plan de lutte contre les déserts médicaux. Elle prévoit la création d’un contrat de praticien territorial. C'est-àdire que les jeunes médecins pourront aller dans ces déserts médicaux avec une garantie de revenus pendant deux ans. De plus, elle propose la mise en place d’un guichet unique pour aider les étudiants à s’installer en leur fournissant les informations administratives et pratiques nécessaires. Ce projet est fortement contesté par les internes qui n’ont pas hésité à manifester. Place de Catalogne à Paris mardi 20 novembre. Près de 2000 « blouses blanches » sont venues de toute la France pour manifester. Ils viennent de Paris, Poitier, Toulouse, Lyon, ou encore Montpellier. « Nous sommes plus de 300 venus de Lyon ce matin », affirme Lucas interne en chirurgie. Vêtus de leur tenue de travail avec une mention « interne en grève », ils crient tous en cœur « Marisol t'es foutu, les internes sont dans la rue ». Des messages à l'encontre du gouvernement sont aussi présents sur les pancartes prépa14 | L’International

Les internes font front contre les réformes de la ministre de la santé Marisol Touraine. Ils s'exaspèrent face à l'annonce du plan de lutte contre les déserts médicaux. Ces régions en manque de médecin deviennent un vrai problème social. rées par les internes. « La santé n'a pas de prix, mais elle a un coût » ou encore « Santé en danger », toutes témoignent de l'inquiétude du corps médical. Mécontents de la politique de Marisol Touraine, les internes sont cependant de très bonne humeur. En effet, trois camionnettes munies d’enceintes sont présentes dans le cortège. Les internes se lâchent au rythme de la musique et dansent au milieu de la rue. Malgré les fortes et importantes revendications la manifestation reste très pacifique. Les internes râlent Pour Jérôme, interne en médecine générale, la proposition de la ministre de la santé ne tient pas la route. « Elle propose des maisons pluridisciplinaire, mais elles existent déjà. Elle annonce une nouveauté qui n’en est pas du tout une. » Par ailleurs, sur ce sujet l’un des problèmes principaux est le manque de motivation des internes. « On ne peut pas nous forcer à pratiquer notre profession loin de nos proches », affirme Hervé, interne à Paris. « Il faut nous assurer une vie de famille

normal. Si le gouvernement nous promet des écoles pour nos enfants et du travail pour nos conjoints, nous serions disposés à nous installer dans ces régions délaissées », s’exclame-t-il. Laura, interne à Lyon rejoint Hervé : « Je n’irai jamais travailler dans ces déserts médicaux », confie-t-elle. Les habitants de ces zones géographiques oubliées sont aussi en colère et fortement agacés par cette situation. Gérard, un touriste originaire de Normandie regarde avec bienveillance cette manifestation et raconte une mésaventure qu’il a connu il y a peu. « Je comprends tous ces futurs médecins et je les soutiens. Ce qui me gène c’est qu’ils ne veulent pas venir chez nous. Il n’y a pas longtemps, mon petit-fils de 3 ans a eu 40° de fièvre. Malheureusement l’hôpital le plus proche est à 30 min en voiture et aucun médecin n’exerce aux alentours. » Une fois arrivés à l’hôpital, les médecins leur ont annoncé que l’enfant avait une infection et que quelques minutes de plus lui auraient été fatales. « Nous avons vraiment eu de la chance ! Ce n’est pas de leur faute à ces jeunes mais il faut les motiver, souligne t-il, nous avons besoin d’eux ! »


France

Une enfance envahie par les écrans

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Justine KNAPP

Les 7-12 ans passent près d’un jour entier par semaine devant les écrans

martphones, consoles de jeux, iPod, téléviseurs, ordinateurs, ou tablettes numériques, la surexposition des plus jeunes aux écrans s’accentue. La problématique a été disséquée au sein du rapport consacré au thème enfant/écran, remis hier au Président de la République par Marie Derain, Défenseur des droits consacré aux Droits de l’enfant. Pour Olivier Gérard, coordinateur du pôle TIC-Médias de l'UNAF, qui a contribué à sa préparation en août, « il faut être attentif à ce que les enfants regardent et au temps qu'ils y consacrent ». Et pour cause, les usages ont changé. En France, l'âge moyen pour la première navigation sur le web est de 9 ans, et le temps passé devant la télévision continue de progresser (2h18 en moyenne par jour chez les 4-14 ans en 2011, contre 2h11 en 2009) « La problématique des écrans chez les enfants n'est pas nouvelle », selon le membre de l'UNAF. « Ce qui change la donne, c'est la multiplication des écrans dans les familles. On ne passe pas d’un média à un autre, mais on les superpose, et leur utilisation est simultanée ». La nouvelle géné-

Les enfants passent de plus en plus de temps devant les écrans. En cause, la multiplication des supports technologiques. La thématique a été abordée dans un rapport rendu hier au Président. ration « 4 yeux, 4 jambes » est née de ce contexte. Elle maîtrise tous les médias en même temps, et y passe près d’un jour complet par semaine (sondage réalisé auprès des 7-12 ans). Et la tâche s'avère facile grâce à la convergence et à la mobilité des écrans. Difficile dans ces conditions d'instaurer un contrôle parental efficace, quand il y en a un. Agnès Niedercorn, auteur du blog histoiresdeportables.com, a été témoin de nombreux cas extrêmes : « La dernière fois par exemple j’ai vu une fillette de 8 ans dans le métro pianotant sur son Blackberry. On ne peut pas arrêter le progrès, mais on peut s’éduquer, et les parents en premier ». Mission éducative

La première mission de l'UNAF dans la rédaction du rapport a donc été de rap-

peler la place des parents dans la régulation des écrans. « Aujourd'hui être parent, c'est prendre en compte le monde numérique dans lequel évoluent les enfants et inclure cet aspect dans son éducation », explique Olivier Gérard. Déjà responsable du mauvais développement de l'enfant (problèmes de sommeil ou de déficit de l'attention), la multiplication des écrans menace de surcroît la famille au complet. « Le temps familial a beaucoup diminué. La technologie étant indispensable et inévitable, nous conseillons donc de relancer le temps de partage en utilisant les écrans. En jouant avec son enfant aux jeux-vidéos par exemple. C'est une manière de recréer du lien et d'aborder le sujet », conclut-il. Le mariage de la prévention et du partage serait donc la clé. Pour autant, près de 90% des parents déclarent quand même « beaucoup discuter » avec leurs enfants. L’International

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Economie

D.R.

Moody’s retire le triple A français Le couperet de Moody’s est tombé : la France a perdu son triple A

La France a perdu son triple A auprès de Moody’s. L’agence de notation américaine sanctionne les difficultés économiques actuelles de la France. Mais les conséquences de cette décision sont encore difficiles à prévoir.

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e couperet est tombé. L’agence de notation Moody’s a finalement abaissé la note de la France d’un cran lundi 19 novembre. Après Standard & Poor’s, qui avait déjà retiré le triple A de la France pour un “AA1” au tout début de cette année, la seconde grande agence d’évaluation financière a rendu le même verdict. Elle a par ailleurs assorti cette note d’une perspective négative. Conséquence directe, la note de l’hexagone pourrait à nouveau être abaissée dans les mois à venir. Pour expliquer cette décision attendue, Moody’s invoque les difficultés de la France à se réformer pour retrouver de la croissance dans un contexte économique européen alarmant. La zone euro est toujours dans l’oeil du cyclone et Moody’s doute de la capacité de l’économie française à faire face à de fortes turbulences provenant de ses partenaires économiques du sud de l’Europe.Concrètement, si les banques françaises se sont renforcées, elles ont tout de même des engagements significatifs envers certains pays européens, parmi lesquels l’Italie ou 16 | L’International

l’Espagne connus pour leur fragilité. En outre, l’agence de notation américaine déplore “une perte de compétitivité graduelle mais continue” de la France et “des perspectives budgétaires incertaines en raison de la dégradation des perspectives économiques”. Le gouvernement table sur une croissance de O,8 % en 2013 et de 2 % en 2014. Des prévisions bien trop optimistes pour Moody’s, comme pour la commission européenne et la majorité des économistes. Moody’s craint également l’impact négatif des mesures budgétaires d’austérité sur la croissance. Une sanction mesurée Mais la politique menée par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault n’est clairement pas le seul et unique responsable de cette dégradation. Moody’s avait placé sous surveillance le triple A de la France alors que Nicolas Sarkozy en était encore le président en exercice. Le ministre des finances, Pierre Moscovici, a déclaré mardi matin que la perte du triple A était “une sanction de la gestion du passé” et

a tenu à minimiser l’impact de la décision de Moody’s. En effet, la baisse de la note n’est que d’un point. Une «sanction» mesurée qui s’explique en partie par les récents engagements pris par François Hollande et son gouvernement. La réduction des charges promise par le premier ministre et les réformes structurelles prévues, notamment sur le marché du travail, ont quelque peu calmé les velléités dépréciatrices de Moody’s, qui salue d’ailleurs ces réformes. Mais cette dépréciation aura-t-elle plus de conséquences que la première ? Difficile à prévoir. Néanmoins, cette note de “AA1”reste très élevée par rapport à celles d’autres pays bien plus en difficultés. Notée “BBB-“, l’Espagne doit, par exemple, rembourser ses créanciers avec des taux trois fois supérieurs à ceux alloués à la France.

Hugo DERRIENNIC


Economie

« Taxe Nutella » : Ferrero jette de l’huile sur le feu

Après l’annonce d’une hausse de 300% de la taxe sur l’huile de palme, le groupe Ferrero contre-attaque avec une double page de pub.

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D.R.

’habitude discrète, la marque italienne Ferrero dégaine la publicité pour défendre l’huile de palme – plus de 50% d’acides gras saturés – l’un des composants utilisés dans la pâte chocolatée. Vendredi 16 novembre, le groupe italien s’est offert deux pages dans de nombreux quotidiens français : « Nutella, c’est délicieux, mais pourquoi y at-il de l’huile de palme ? » questionne le fabricant de la célèbre pâte à tartiner. Ferrero joue la carte de la transparence pour défendre son produit. Cette taxe actuellement à 98,74 euros pour une tonne d’huile de palme est beaucoup moins couteuse qu’une autre : l’huile de coprah (noix de coco) s’élève, elle à 107,8 euros pour une tonne. La fameuse huile permettrait de garantir l’onctuosité et la sta-

bilité de la recette. Un composant nécessaire à la liste ultra simplifiée par Ferrero : « Le Nutella est composé essentiellement de noisettes, de cacao, de lait en poudre, de sucre et d’huile de palme. » Le groupe annonce également vouloir atteindre 100% d’huile de palme durable dites « ségrégée », pour à long terme, mettre en place une filière d’approvisionnement « respectueuse des hommes et de l’environnement ». Le point de vue de Ferrero n’est pourtant pas partagé par tous. « Ces huiles sont peu chères, mais très riches en acides gras saturés, nocifs pour la santé et pour l’environnement. » explique Yves Daudigny, sénateur socialiste. Le Sénat a tout de même préféré rejeter, jeudi 15 novembre,

le projet global de budget pour la Sécurité sociale, dont faisait parti l’amendement « Nutella ». La commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale a également repoussé l’amendement ce mercredi. Une « victoire » pour Ferrero. Gérard Bapt (PS) a expliqué qu’il était préférable d’attendre un futur projet de loi de santé publique plus global, afin de traiter les lipides de manière plus générale.

Julie LACOURT

La campagne d’information de Ferrero sur l’huile de palme L’International

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Culture Axelle BICHON

Si la fréquentation des salles de cinéma a augmenté d’environ 1% début 2012, le spectacle vivant s’effondre avec la crise.

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’est devenu un symbole. Les menaces qui pèsent sur le théâtre Paris-Villette sont un révélateur des difficultés du spectacle vivant. Les petites structures souffrent depuis un moment du développement de lieux culturels importants. Mais les difficultés s’accumulent désormais avec la désaffection du public et la baisse des subventions provoquées par la crise. Pendant la campagne présidentielle, François Hollande avait pourtant fait de la culture l’une de ses priorités. Ce qui ne l’empêche pas aujourd’hui d’assumer

La culture trinque avec la crise une rigueur budgétaire qui touche tout particulièrement le ministère de la culture. Son budget devrait baisser de 4,3% et plusieurs projets engagés par le précédent gouvernement ont tout simplement été abandonnés. Les crédits du ministère ne dépasseront pas les 2,43 milliards d'euros pour l’année 2013, et cette baisse devrait se poursuivre jusqu’en 2015, selon le budget triennal 2013-15. Déjà très vulnérables, les musées nationaux, les monuments, ou encore les théâtres devront alors faire face à une diminution de leurs subventions de 20 millions d'euros par rapport à 2012, soit d'environ 2%. Tous les moyens sont bons pour s’en sortir. Le cinéma d’auteurs le Balzac, près des Champs Elysées, n’a pu être sauvé que grâce à un financement via les réseaux sociaux. Véritable institution, le théâtre de la Huchette, l’un des 54 théâ-

tres privés de Paris, multiplie les initiatives pour sortir la tête de l’eau. Depuis plus de 50 ans, les deux premières pièces de Ionesco, La Cantatrice chauve et La Leçon, y sont jouées chaque soir, dans cette salle de 90 places. Mais depuis le début de la crise, Jean-Noël Hazemann, le directeur des lieux, s’alarme d’une forte baisse de la fréquentation. Et ses mécènes Pierre Berger et la Caisse d’Epargne n’y ont rien changé. Malgré l’aide octroyée par l’association du fond de soutien des théâtres privés, 60% du budget restent encore à trouver. « Nous tentons de faire connaître de nouveaux auteurs, difficiles à trouver sans trop de moyens ». Il n’avait jamais imaginé louer sa salle pour des séances de lecture d’auteurs ou des cours de coaching d’entreprise. « Une exposition de la Huchette se tient même à la Mairie du 5e arrondissement pour nous soutenir », explique-t-il.

« Au milieu de nulle part » : la photographie du rien

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A l’occasion du Mois de la photo à Paris, le Centre culturel canadien présente une exposition inclassable. Des photos surgies de nulle part, résultat de montages étranges.

Untitled#10, de Thomas Kneubühler Kneubühler

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ulle part. Pas de lieux déterminé, aucun espace délimité et des sujets vides de sens. Les quarantecinq œuvres des photographes Pascal Grandmaison, Isabelle Hayeur et Thomas Kneubühler proviennent de différentes séries réalisées entre 1998 et 2011. Mêlant réel et absurde, les artistes visent qu’un objectif : sortir de l’académisme photographique, aller contre l’attention naturelle pour représenter un autre monde : l’ailleurs. Il y a des choses qu’on ne remarque plus, que l’on voit sans voir mais qui n’en font pas moins finalement partie du décor, qui ne sont pas moins des décors omniprésents dans nos vies. Elles n’ont plus réellement leur place dans la réflexion. L’exposition met ainsi en lumière l’espace dans lequel ces choses « sans réelle utilité » sont représentées telle une oasis au milieu du désert. Le milieu de nulle part désigne un «

quelque part » qui ne peut exister puisque nulle part ne saurait avoir de milieu. Cette absurdité photographique semble tout droit inspirée du théâtre de Beckett dans lequel il définit entre autre la vie comme « des grains qui tombent un à un, pour former un petit tas, un petit tas de rien ». L’accumulation de tous ces clichés d’une extrême banalité finit par dégager une poésie du rien, comme une esthétique de l’insignifiant. La photographie révèle ainsi son pouvoir de représenter des espaces-temps hors de notre monde quotidien et de tout ce qui attire notre œil en général. Pascal Grandmaison, Isabelle Hayeur et Thomas Kneubühler, proposent finalement à travers un angle original un autre découpage du réel pour emmener le spectateur ailleurs, au milieu de nulle part.


D.R.

Culture

Le geek, c'est chic !

Ambiance Star Trek au Dernier bar avant la fin du monde

Mathieu CARLIER

Au printemps dernier, deux bars d'un genre nouveau ont ouvert leurs portes. Le concept ? Mettre à l'honneur la culture geek, ce genre en vogue, patchwork de gamers, de férus de BD et séries TV. Reportage au cœur d'une mouvance plus si « underground ».

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2D2 à l'entrée, Batman dans les escaliers, Indiana Jones au soussol : ne cherchez plus, Paris a trouvé son sanctuaire du geek et il s'appelle Le Dernier bar avant la fin du monde. Un titre un peu long pour un concept assez simple. Ici, tout ce qui est imaginaire est bon à prendre. Thibaud Villanova, attaché de presse, explique : « Le concept central du Dernier Bar, c'est le partage des passions. BD, jeux vidéo, séries télé, peu importe du moment qu'on est passionné. » Et les propriétaires ont vu les choses en grand : sur les trois étages et 400 m2 qu'occupe le bar, l'on pourra trouver, pêle-mêle, des centaines de jeux de société, une bibliothèque de mangas, des bornes d'arcade vintage ou des vitrines à la gloire de la culture geek. Souci du détail oblige, même les toilettes sont surmontées de tablettes tactiles. « Ici, on vient moins pour boire ou draguer que pour étoffer ses connaissances en sous-culture », plaisante Thibaud Villa-

nova, avant d'ajouter : « En fait, tout le monde est un peu geek, c'est un terme galvaudé. »

Tout le monde, certes. Mais les clients sont en majorité de vrais connaisseurs, prêts à discuter des après-midi entières des origines du manga ou du bien-fondé d'un septième épisode de Star Wars. « Ils sont ceux qu'on montre du doigt dans la rue. Les vilains petits canards un peu autistes et asociaux. Ici, ils sont à l'aise parce qu'ils sont entre eux. » Un lieu publique dédié aux « asociaux », c'est peut-être là toute son originalité. Hardcore gamers et néophytes Car avant l'ouverture du Dernier bar, en juin dernier, Paris ne bénéficiait d'aucun établissement dédié aux comics, mangas, jeux vidéo, science-fiction... En un mot, au geek, expression hybride désignant l'amoureux éperdu d'un média, souvent au détriment de sa vie sociale. Aucun, ou

presque. Car le Meltdown avait déjà ouvert ses portes en mai. Mais le Meltdown, c'est une autre ambiance pour un autre concept. A l'inverse du Dernier Bar, les références ne sont pas affichées de but en blanc dans la déco. Les murs en pierre, le long zinc, la lumière sombre : à première vue, rien ne distingue le Meltdown d'un pub traditionnel. C'est au moment où les écrans géants se déploient et les rétroprojecteurs s'allument que l'on comprend le principe. On s'adresse au hardcore gamer, à l'acharné de jeux vidéo prêt à visionner religieusement des parties interminables de Starcraft, Street Fighter ou Counter Strike. Des parties souvent disputées à l'autre bout du monde, en Corée, où se concentre le gratin des joueurs professionnels. Rien à voir avec l'ambiance bon enfant du Dernier Bar. Ici, c'est du sérieux. « Le concept a été créé il y a une dizaine d'années en Angleterre, raconte Jérôme, un fidèle client du Meltdown. On appelle ça le Barcraft (mélange de « bar » et de « Starcraft », NDLR). Franchement, je suis content qu'on n'ait plus à traverser la Manche pour s'adonner à notre passion. » En tout cas, une chose est sûre : qu'il s'agisse de discuter autour d'un jeu de société ou d'admirer les exploits vidéoludiques d'un adolescent coréen, le geek bar est un filon à part entière. Tandis que le Meltdown ne désemplit pas, Le Dernier Bar s’apprête à inaugurer un nouvel espace dédié au rétro-gaming. Au programme : Donkey Kong, Mario et Pac Man. L’International

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Culture

D.R.

Claude Miller tire sa révérence en beauté Arthur SCHERER

Sortie posthume de la dernière œuvre du regretté Claude Miller, Thérèse Desqueyroux est à partir d’aujourd’hui sur les écrans. Un film sombre, porté par une très grande maîtrise technique.

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'était le 4 avril dernier, un triste jour pour le cinéma français qui a vu un grand bonhomme le quitter. Claude Miller, réalisateur de L’effrontée et Garde à vue parmi tant d'autres, donne rendez-vous à ses fans une dernière fois aujourd'hui avec la sortie de Thérèse Desqueyroux. Il s'agit de la deuxième adaptation cinématographique du roman de François Mauriac paru en 1927, après la version de Georges Franju (1962). Fait rare : le film fut présenté en cérémonie de clôture du festival de Cannes à titre posthume. Audrey Tautou interprète Thérèse Laroque, future Madame Bernard Desqueyroux, qu'elle épouse autant par amour que pour ses terres landaises, comme il était d'usage au sein des grandes familles bourgeoises de l'époque. La jeune mariée, plutôt l'esprit libre et pas vraiment adepte de ce genre de conventions, va tenter d'agir pour se libérer de ses chaînes sociales. Et c'est la prestation d'Audrey Tautou qui va réellement donner vie à ce drame sentimental, auquel elle offre une froideur et une impassibilité à glacer le sang. Un sentiment représenté par la très belle affiche du film. Maquillée et métamorphosée, Amélie Poulain semble avoir pris quelques décennies dans la vue. Gilles Lellouche, le 20 | L’International

Audrey Tautou et Gilles Lelouche, les années vingt leur vont si bien

mari bourgeois, brave gars un peu dépassé par les événements, enfile à merveille ce nouveau costume pour ce qui est vraisemblablement son meilleur rôle. Pas évident pour un acteur plutôt abonné aux personnages de lourdingues dans les comédies. Par moment, le mimétisme avec son pote Jean Dujardin est inquiétant. Si ça peut lui apporter un Oscar après tout... Au final, les deux personnages vont peu à peu révéler leur part d'ombre et de mystère sans pour autant laisser le spectateur prendre parti pour l'un ou pour l'autre, contrairement à l'atmosphère très manichéenne du roman. Austérité et émerveillement Le duo d'acteurs se révèle au diapason d'une réalisation extrêmement soignée. Claude Miller s'est appliqué à travailler chaque plan, auquel il confère une luminosité splendide. Aux scènes d'extérieur

une lumière naturelle, et aux scènes d'intérieur une bougie et des jeux de miroir renforçant le confinement de la sombre Thérèse. La narration enchaîne les plans muets, longs passages de description romanesque avec des dialogues fidèles au livre, très respectueux de l’œuvre de Mauriac. Quitte à avoir, à plusieurs moments, l'impression d'écouter une longue récitation. Un gros travail a également été réalisé sur les costumes et décors. Le combo tweed/bretelles/moustache sied à ravir à Gilles Lellouche, et les personnages se fondent à merveille au sein des châteaux bourgeois de l'Aquitaine ceints de leurs hectares de pins, seuls décors dans lequel ils évolueront. Thérèse Desqueyroux se révèle une œuvre relativement austère et lente, mais qui émerveille par la beauté de sa réalisation et les prestations majuscules de ses interprètes. Thérèse peut enfin rire.


Culture

Charles LAFON

The Newsroom, de la réalité à la fiction

La dernière série d’Aaron Sorkin, créateur de « A la Maison Blanche », débarque en France sur la chaîne OCS Novo. Bourrée de bonnes intentions, elle laisse pourtant un goût d’inachevé.

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’Amérique n'est pas le plus grand pays du monde ». Voilà le véritable point de départ de The Newsroom. William McAvoy, (le très bon Jeff Daniels), présentateur vedette de la chaîne câblée imaginaire ACN, n’en peut plus de la bêtise ambiante. Alors il craque, et en direct. Un déclic. Fini l’information prémâchée et abrutissante, il se mue en « Don Quichotte » hertzien. Dans la droite lignée d’Edward Murrow (tombeur du sénateur McCarthy à qui Georges Clooney a consacré le film Good Night and Good Luck) ou Walter Cronkite (son reportage sur le Vietnam aurait poussé Lyndon Johnson à ne pas se représenter), dont les visages apparaissent dans le générique. D’influences, la série en regorge. La référence la plus visible reste Network de Sidney Lumet, que la première scène évoque franchement. A moins que ce ne soit un

hommage direct à Studio 60 on the Sunset Strip, autre feuilleton signé Sorkin suivant la genèse d’un clone du Saturday Night Live, célèbre émission de divertissement. Avec The Newsroom, le scénariste de The Social Network tente de faire un best-of de ses œuvres. Dans Sports Night (1998-2000), une émission d’actu sportive faisait la part belle aux relations entre les journalistes et leurs boss. A la Maison Blanche (1999-2006) se penchait sur les coulisses du pouvoir. Studio 60, mésestimée série sur le rire post-11 Septembre, critiquait la télé américaine. Journalistes, Pouvoir, Télé : les trois piliers de The Newsroom.

Sorkin est même allé plus loin, puisque contrairement aux autres séries du même genre, il a pris le parti de coller à l’actualité. Celle d’il y a deux ans, de la marée noire de BP à l’exécution de Ben Laden, en passant par la catastrophe de

Fukushima. Malheureusement, la série semble avoir un train de retard. Là où A la Maison Blanche anticipait l’actualité (l’élection d’un candidat issue d’une minorité à la Présidence) et où Homeland l’incorpore directement (les attaques de drones). D’autres défauts apparaissent en filigrane, comme ce penchant pour les discours pompeux et moralisateurs. Une carence visible dès le premier épisode lorsque la productrice de l’émission (Emily Dickinson, moyenne) insiste lourdement sur la nécessité de faire de la « vraie information ». Malgré tout, l’ensemble demeure on ne peut plus correct, que ce soit grâce à la force intrinsèque de la démarche ou au talent pur de Sorkin. Une deuxième saison a d’ailleurs été commandée par HBO, diffuseur de la série aux Etats-Unis.

D.R.

3 scènes pour Steve Jobs

Jeff incarne un "Don Quichotte" du petit écran dans la nouvelle série d'Aaron Sorkin, The Newsroom.

Aaron Sorkin n’est pas qu’un créateur de série télé. Déjà oscarisé pour le scénario de The Social Network, il va cette fois s’intéresser à une autre vedette de l’informatique, un certain Steve Jobs. Un biopic peu banal: « Le film n’aura que trois scènes et trois scènes seulement », révèle-t-il au micro de The Daily Beast. « Tout sera en temps réel. Il n’y aura pas de montage, pas de temps coupé. Trois scènes en temps réel, chacune prendra place dans les coulisses avant le lancement d’un produit Apple. La première sera avant le lancement du Mac, la seconde pour NeXt après qu’il ait quitté Apple et la troisième pour l’iPod. » Vaste projet pour le réalisateur, pas encore désigné, que de suivre un tel script. L’International

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D.R.

Sport Thomas INGLOT-FANTUZZI

Les clubs sportifs professionnels rebaptisent de plus en plus souvent leurs stades au nom de leur sponsor. Une nouvelle source de revenus, non sans risques, puisqu’elle remet en question l’identité même de ses institutions.

B

ientôt un « Stade Vélodrome Orange » ou un « Stade Vélodrome - Veolia » ? C’est en tout cas ce qui risque bien de chambouler les habitudes des amateurs de football. Le stade de l’Olympique de Marseille, actuellement en rénovation en prévision de l’Euro 2016, a toutes les chances de se voir débaptisé au profit d’un partenariat commercial. Le club phocéen a décidé de lancer un appel d’offres auquel « trois grands groupes français », dixit Vincent Labrune, président de l’Olympique de Marseille, auraient répondu. Le club marseillais n’est pas le seul prêt à sacrifier une partie de son identité au profit des intérêts financiers.

L’exemple le plus marquant du naming a eu lieu dans le championnat de première division de football autrichienne. En 2005, le club de l’Austria Salzburg fut en proie à de très graves difficultés financières. Le club, menacé de relégation sportives pour des raisons financières se retrouve alors mis en vente par son propriétaire de l’époque. L’entreprise Red Bull, en recherche d’une publicité de grande ampleur, ainsi que d’une incursion profonde dans le monde du sport, décide de s’offrir la licence du club au sein de l’Austrian Bundesliga. A partir de ce moment, l’histoire du football à Salzburg est oubliée, livrée en pâture aux intérêts marketing de la firme austro-thaïlandaise. Le logo de l’équipe est changé, le passé du club est oublié, l’équipe est reconstruite et le club est re22 | L’International

Le « naming », nouvelle mine d’or du ballon rond Vue du Stade Vélodrome de Marseille version 2016

baptisé Red Bull Salzburg. Un investissement de 70 millions d’euros qui, malgré une modernisation des infrastructures et une nouvelle dynamique sportive, a coupé le club historique d’une partie de sa base de supporters originels, perdus et vexés par le changement brutal induit par ce mécénat. Analysant les conséquences de l’exemple de l’extrémisme des méthodes salzbourgeoises, de nombreux clubs européens tels qu’Arsenal au travers de l’Emirates Stadium et le Bayern Munich avec son Allianz Arena, se sont engouffrés dans la brèche, finançant leurs enceintes flambant neuves par des opérations de naming. La création des nouveaux stades n’ayant pas impliqué de changement de nom, ces sponsorings patronymiques furent plutôt bien perçus par les supporters, fiers des efforts de modernisation de leurs clubs. Le naming comme alternative à la destruction ? En février 2012, la mairie de Paris a refusé l’idée d’une destruction du Parc des Princes actuel stade du PSG. Qatar Sports Investments, société d’investissement propriétaire du Paris Saint-Germain, a alors pensé à vendre le nom du stade au plus offrant. La Qatar National Bank

(QNB) associée à QSI propose de faire rentrer près de 400 millions d’euros par an durant les quatre prochaines saisons, sur la base d’un sponsoring élargi. Que pensent les supporters parisiens d’un éventuel Parc des Princes QNB ?« Changer le nom du Parc ? C’est une erreur grave » tance Alain, supporter historique du PSG abonné à la tribune Boulogne depuis près de vingt ans. « Je ne reconnais plus le club. L’argent a tout piétiné. Le nouveau propriétaire pense certainement que l’argent peut acheter l’histoire » renchérit-il avec exaspération.

S’il est un point sur lequel les supporters du PSG et ceux de l’OM ont toutes les chances de se retrouver, c’est sans aucun doute sur la crainte de la perte d’identité de leurs clubs respectifs. L’arrivée des qataris au Paris Saint-Germain fut le premier acte d’un plan de sponsoring élargi en France. Bien aidée par les 300 millions d’euros investis dans le club par QSI depuis juin 2011, la nouvelle équipe dirigeante du PSG a monté une équipe compétitive appelée à jouer les premiers rôles dans un championnat qui lui tourne le dos depuis 18 ans. Une manière de tempérer les ardeurs des supporters les plus hostiles à la prise en main qatarie de leur club de cœur.


Grégoire GANTOIS

Le PSG fait le coup de la panne

Paris vient de concéder sa deuxième défaite de rang à domicile en Ligue 1. Alors que Carlo Ancelotti a décrété l’ « état de crise », son équipe se cherche toujours un collectif.

A

près sa deuxième défaite de la saison en Ligue 1 contre Rennes, et seulement un point pris sur les trois derniers matches, le Paris SG patine. Pire encore, le club de la capitale peine à créer une émulation sur le terrain. Quatre mois après la trêve estivale et pas moins de 145 millions d’euros investis sur le marché des transferts, le PSG semble très loin d’avoir trouvé un équilibre. Quelques minutes après la déroute contre Rennes, Carlo Ancelotti n’a d’ailleurs pas hésité à tirer la sonnette d’alarme. « Oui, c’est la crise, je n’ai pas de problème pour le dire », a avoué le coach parisien particulièrement énervé par la performance de ses joueurs le week-end dernier. « Si nous avons le caractère et le professionnalisme, nous pourrons en sortir vite. » Javier Pastore ne cesse de décevoir

Symbole des difficultés de Carlo Ancelotti à trouver la bonne formule : jamais l’entraîneur n’aura affiché le même onze titulaire deux fois d’affilée depuis le début de la saison. A noter aussi les prestations

Sport plus que décevantes d’éléments-clefs. Javier Pastore, transféré de Palerme pour 43 millions d’euros en 2011, semble aujourd’hui très loin de son réel niveau de jeu. Incroyable en automne dernier, l’Argentin enchaîne les mauvaises performances au point de se voir reléguer sur le banc des remplaçants lorsque l’effectif est au complet. A l’inverse d’autres individualités transcendent l’équipe. L’incontournable Zlatan Ibrahimovic est devenu indispensable. L’attaquant aux dix buts en dix matches de championnat fait gagner 2,10 points par match à son équipe lorsqu’il joue, contre 0,67 lorsqu’il n’est pas aligné. Pourtant en crise, le PSG peut marquer ce soir un tournant dans son histoire. En déplacement à Kiev à l’occasion de l’avantdernier match de la phase de poule de la ligue des champions, les Parisiens pourront tenter de faire oublier leur mauvaise passe en décrochant une première qualification pour les huitièmes de finale depuis 1995. La deuxième seulement dans l’histoire du club.

Réveil tardif pour Lille

Pour cette avant-dernière journée de groupes de Ligue des champions, Lille s’impose vainement face aux biélorusses du Bate Borisov. Le Chakhtior Donetsk, Valence, le Bayern, Barcelone et Manchester United sont qualifiés pour les huitièmes de finale.

A

près quatre défaites pour autant de journées de ligue des champions, Lille s’est réveillé sur la pelouse du Bate Borisov. Une victoire 2-0 avec une équipe remaniée. Pas de quoi permettre aux Dogues d’obtenir la troisième place synonyme d’Europa League. En tête de ce groupe F, le Bayern et Valence se sont quittés sur le score de 1-1, et se partagent la première place avec dix points chacun. Ils iront en huitième de finale, alors que le Bate Borisov restera troisième, avec pour l’instant 6 points en poche. Dans le groupe E, seuls les Ukrainiens du Chakhtior Donetsk ont pu se qualifier lors de cette avant-dernière journée en battant le petit poucet danois de Nordsjaelland (5-2). Parallèlement la Juventus de Turin, forcée de l’emporter à domicile,

a aisément disposé d’une équipe de Chelsea qui se complique sérieusement la vie pour la suite (3-0). Donetsk se retrouve donc momentanément en tête avec 10 points, talonné par la Juve (9 points) et Chelsea (7 points). Le club danois ne pourra pas éviter la quatrième place. La Juve affrontera Donetsk lors de la dernière journée, tandis que Chelsea rencontrera Nordsjaelland. De son côté, le Barça plie l’affaire en s’imposant à Moscou face au Spartak (3-0) et s’adjuge définitivement la première place du groupe G. Le Benfica Lisbonne remporte les trois points après un succès à domicile face au Celtic Glasgow. La deuxième place qualificative se jouera donc lors de la dernière journée entre Benfica et le club écossais, qui comptent 7 points chacun.

La tête du groupe H était déjà promise à Manchester United, qui se déplaçait à Galatasaray avec une équipe remodelée. Les mancuniens se sont inclinés 1 à 0, permettant à la formation stambouliote d’accrocher provisoirement la seconde place avec 7 points. Une seconde place également occupée par Cluj (Roumanie), vainqueur des portugais de Braga (3-1). Braga finira bon dernier, au moment où Cluj et Galatasaray se livreront un duel à distance pour se qualifier lors de l’ultime rencontre.

Raphaël HOMASSEL

L’International

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Sport

D.R.

Le karaté fait son show à Bercy

«Q

Lolita Dona est l’un des plus grands espoirs français au championnat du monde de karaté.

Jérémy BLAIS

uarante ans qu’on attendait cela ! » Thierry Masci va enfin pouvoir goûter aux joies d’un championnat du monde à domicile. Le Directeur technique adjoint chargé des équipes de France de karaté sera bien présent au Palais Omnisport de Paris Bercy, du 21 au 25 novembre, pour assister aux mondiaux de karaté. Après la génération dorée (Setrouk, Sauvin et Valéra) qui avait remporté le titre par équipes à la maison en 1972, c’est une nouvelle vague de champions qui tentera de faire aussi bien, voire mieux, durant ces cinq jours de compétition. Ces championnats, ce sont leurs Jeux olympiques à eux et les athlètes français ne comptent pas les rater. Habitués au gymnase Pierre de Coubertin dans le 16e arrondissement de Paris, où ils disputent chaque année les championnats de France, les tricolores vont découvrir la salle surchauffée de Bercy. Thierry Masci espère que sa délégation imitera l’exploit des judokas qui, l’an passé, avaient glanés six titres dans cette 24 | L’International

Pays hôte des prochains championnats du monde de karaté pour la deuxième fois de l’histoire, la France compte bien collectionner les médailles cette semaine. Un moyen de faire de la publicité à un sport encore sous médiatisé dans l’Hexagone. même salle : « L’objectif affiché est d’être parmi les trois premières nations mondiales au classement des médailles». La France confirmerait alors son statut de nation phare avec le Japon, l’Italie et l’Espagne. Athlète concernée, Nadège AïtIbrahim veut réussir son mondial. « Je suis là pour gagner ! Ma préparation a été longue mais bénéfique. Je suis déterminée et j’ai hâte d’y être », assure la vice-championne du monde 2010. Après sa deuxième place en Serbie, elle sait qu’elle n’a pas le droit à l’erreur cette année : « Évoluer à domicile est un plus. Le public va pousser derrière nous. Mais cela amène aussi une pression supplémentaire. Nous savons que cette compétition est particulière, nous n’avons pas le droit de nous rater. » Promouvoir le karaté

Pour Thierry Masci c’est clair, les championnats du monde seront un moyen de « promouvoir ce sport encore trop méconnu du grand public ». Une façon de placer en haut de l’affiche cet art martial

qui compte 227.000 licenciés. Une bonne santé affichée qui pourrait s’accroître avec de bons résultats des Français cette semaine. À ce titre, Nadège Aït-Ibrahim nous promet du beau spectacle, « selon moi, chacun a les moyens de remporter une médaille, on a tous l’envie et la détermination ». Pourtant la pensionnaire du centre de formation de Montpellier annonce ses coups de cœur : « Pour moi les plus à même de ramener l’or sont Lolita Dona et mon compagnon d’entraînement Nadir Benaissa ». La fédération a en tout cas mis les moyens pour réussir ses mondiaux. Un outil vidéo a été mis à la disposition des athlètes pour étudier leurs adversaires. Le suivi médical a été renforcé et Annette Sergent, ancienne championne du monde de cross, a pris en charge les combattantes féminines pour travailler leur mental. En attendant, en juin prochain, une possible intégration au programme des Jeux olympiques en 2020, le karaté tentera de séduire un public français qui peine à s’intéresser à cette discipline.


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