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Saison 2007 - N°11

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SCOOP Le magazine des métiers du journalisme • Une publication réalisée par les étudiants de l’ISCPA - Institut des Médias - Paris

L’essor du journalisme citoyen

Un jour, tout le monde sera (un peu) journaliste

Où en est la PQN sur internet ? J.-F. Leroy, Visa Pour l’Image : « Soyez journaliste avant d’être photographe ! » Bienvenue au desk arabe de France 24 !


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PROGRAMMES ET DÉBOUCHÉS ECOLE PROFESSIONNALISANTE L’ISCPA - Institut des Médias de Paris forme 450 étudiants aux métiers de la communication, du journalisme, et de la production audiovisuelle, TV, cinéma, musique, jeux vidéo, spectacle vivant. Créé en 1991, l’ISCPA-Institut des Médias a pour spécificité de former : - En 3 ans après le baccalauréat : des journalistes - En 3 à 4 ans après le baccalauréat : des chefs de projets en communication - En 2 ans après un bac + 3 : des responsables de la communication et des relations extérieures - En 3 ans après un bac + 2 ou en 2 ans après un bac + 3 : des professionnels de la production dite " entertainment ". 3 FILIÈRES DISTINCTES Elles intègrent - des stages de longue durée chaque année (stages à l’étranger possibles, sous convention ) - une pédagogie axée sur des apprentissages professionnels (tournages, journaux, compétitions d’agences, pitchs…). Le mode d’évaluation des étudiants est tourné vers le Système Académique répondant aux normes des crédits ECTS, système initié par le Groupe IGS (Institut de Gestion Sociale) auquel l’école est rattachée. Ces méthodes d’organisation semestrielle et d’évaluation pédagogique permettent une plus grande ouverture sur la poursuite d’études en Europe.

(programmes détaillés sur simple demande)

Journalisme (Bac+3) Les débouchés du métier de journaliste, reporter, secrétaire de rédaction ou rédacteur en chef se situent dans la presse écrite ou on-line, la télévision, la radio ou les agences de presse. - 1ère année : Validation d’acquis de culture générale, de techniques d’enquêtes, des bases rédactionnelles et apprentissage des outils. - 2ème année : Mises en situation professionnelle dans les médias (presse écrite, Internet, radio, TV). - 3ème année : Spécialisation au travers de projets et partenariats (TV, radio, Presse écrite). Titre accessible en VAE

Communication (Bac+5) Les débouchés sont variés : communication externe, interne, événementielle, relations presse ou publiques, sectorielle, d’influence, de crise, création publicitaire…, tant en secteur privé, associatif, public ou au sein des agences. - Bachelor Professionnel (Bac+3), 1ère année : Découverte (initiation) de l’univers de la communication (acteurs, méthodes, langage, actions de communication professionnelles…). - 2ème année : Application pratique des outils de la communication, de la publicité, de l’audiovisuel, du multimédia ; cas d’entreprises… - 3ème année : Spécialisation métier (média / hors média) et ancrage professionnel via les compétitions d’agences. - Cycle de niveau Master professionnel bac+5 : Communication d’entreprise et d’influence (2 ans) - Projet : cycle de niveau Master professionnel bac+5 : Stratégie Média (2 ans) - sous réserve d’ouverture

Production – TV, cinéma, musique, jeux vidéo, spectacle vivant (Bac+5) Il s’agit d’apprendre, en tant que futur producteur, à maîtriser un projet dans sa continuité, de l’évaluation de sa faisabilité à sa diffusion. Ce métier de coordination, de gestion et d’impulsion offre des débouchés variés dans les univers de la télévision, du cinéma, de la musique ou du multimédia. - 1ère année (Bac+3) : Mise à niveau et contacts avec la profession - 2ème année (Bac+4) : Compréhension des équilibres de la production en France et en Europe. - 3ème année (Bac+5) : Maîtrise globale du métier de producteur. Développement de projets. MOYENS TECHNIQUES

EVENEMENTS

ADMISSION

L’ISCPA - Institut des Médias de Paris met à disposition de ses étudiants de nombreuses caméras numériques, un studio radio/régie, un studio TV/régie, de nombreux bancs de montage Final Cut Pro, des amphi-théâtres, des salles informatiques équipées de Pentium orientés PAO et multimédia, un accès libre Internet sur le campus …

La participation des étudiants aux événements et associations de l’école crédite leur CV d’expériences vécues et concrètes, en autonomie et en équipe : - l’Open de Tennis des Médias de l’ISCPA (tournoi joué entre professionnels des médias, organisé par les étudiants) - le BDE (Bureau des Elèves), - la Pépinière Junior Entreprise “ IDM Création ” (missions effectuées auprès d’entreprises comme une vraie prestation d’agence de communication) - l’Association des Anciens Elèves, - et tous les événements de l’école (festivals, tournois sportifs, clubs culturels).

Directe ou en admission parallèle selon les places disponibles : Examens : - étude du dossier, culture générale, expression écrite, anglais, entretien de motivation, test de grammaire et d’orthographe. Frais de dossier et de tests d’aptitude : 75 € TTC (tarif 2007)

VIE ASSOCIATIVE CONTACT : ISCPA - Institut des Médias - Paris Campus Parodi, 12 rue Alexandre Parodi, 75010 Paris Tél inscriptions 01 40 03 15 56 Tél secrétariat pédagogique 01 44 84 30 64 Tél stages / relations entreprises 01 44 84 30 80 Fax : 01 40 03 15 31 Email : iscpaparis@groupe-igs.asso.fr Site Internet : www.iscpa-paris.com Etablissement d’Enseignement Supérieur Privé


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■ Métier

Le journaliste fait-il un bon héros TV ? • Une interview de Olivier Kohn, promoteur de la série Reporters sur Canal +.

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• Jean-François Leroy, organisateur du festival Visa Pour l’Image, s’exprime sans détour sur la réalité du métier de photo-journaliste.

p.12

• Le documentaire, un apostolat : interview de Marie-Claude Lui Van Sheng, de Ciné Horizon.

p.13

• Catherine Lamontagne nous parle du journaliste culinaire.

p.14

A la chasse au lecteur virtuel… • Reporters Sans Frontières et Le Dauphiné Libéré ont ouvert un bureau dans Second Life.

p.4

Dans la meute de Sarkozy • Patrice Machuret a suivi le candidat UMP pendant la présidentielle 2007.

p.5 • Tristan de Bourbon-Parme est correspondant à Pékin pour plusieurs quotidiens francophones. p.15

■ En couverture UN JOUR, TOUT LE MONDE SERA JOURNALISTE • Ouvert à Paris en juin 2006, le site Scooplive permet au citoyen ordinaire de proposer aux grands médias des documents photo et vidéo d’actualité. Nous faisons le point avec un de ses fondateurs, Mathieu Stéphani, sur la réalité du « journalisme par la base ».

p.6

• Un exemple de site participatif : cafebabel.com.

p.9

• Comment une web TV s’affirme comme un acteur social : Mixité TV.

p.9

■ Actualité

SCOOP n°11 - Saison 2007 est un magazine réalisé dans le cadre des cours de pré-spécialisation Presse par les étudiants en journalisme de 2ème année.

ISCPA INSTITUT DES MÉDIAS - PARIS : 12, rue Alexandre Parodi 75010 Paris 01 40 03 15 56 iscpaparis@groupe-igs.asso.fr

p.15

• Bienvenue au desk arabe de France 24 ! Interview de la rédactrice en chef, Hala Kodmani.

p.16

• Christine Ferrand, rédactrice en chef de Livres Hebdo, nous initie à la presse professionnelle.

p.17

■ Portrait • Gilles Comte, rédacteur en chef de Vélo Magazine, est écoeuré par le sport de haut niveau.

Où en est la PQN sur internet ? • Les sites web de la presse quotidienne parisienne sont en perpétuelle mutation, à la recherche d’un modèle économique viable. Interview de Denis Carreaux, rédacteur en chef adjoint au Parisien.fr.

• Portrait d’un ancien de l’ISCPA : Romain Marchal, JRI à Direct 8.

p.18

p.10

Rédacteur en chef : Didier Mervelet (professeur)

Direction artistique : Jean-Jacques Morello (professeur)

Ont collaboré à ce numéro : Fanny Adjadj, Sophie Babaz, Alexandre Claude, Thomas Fédérici, Guillaume Flaux, Géraldine Grand Colas, Sarra Guerchani, Sébastien Jacquet, Léonore Jaury, Mathieu Jean, Fabienne Marcel,

Marie-Charlotte Meysson, Laura Oudin, Eve Pavesi, Gédéon Richard, Agathe Seydoux, Aurélien Soucheyre, Charlotte Velut, Grégoire de Villepoix . Les portraits photographiques sont de la rédaction sauf indication contraire.

Support logistique et diffusion : Vincent Biet Cédric Malroux

Responsable d’édition : Sabine Defrémont (responsable communication de l’école)

Directeur de la publication : Photo de couverture : Masta - Dreamstime.com

Michel Baldi (direction pédagogique).

>www.iscpa-paris.com

Sommaire

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Le journaliste fait-il un bon héros TV ?

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Amuse-gueule

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■ PAR EVE PAVESI ET LAURA OUDIN

En juin 2004, Canal + et la société de production CAPA Drama lancent un appel d’offres pour une série explorant l’univers du journalisme. Le projet choisi est celui d’Olivier Kohn. Directeur littéraire à CAPA Drama pendant six ans, il est aussi producteurauteur de la série Age sensible diffusée sur France 2 en 2002. La série Reporters plonge le grand public dans la vie quotidienne de deux rédactions, celle du JT d’une chaîne d’Etat, TV2F, et celle d’un grand quotidien du matin, 24 heures dans le monde. SCOOP : Dans le premier épisode, 24 heures dans le monde est sur le point d’être racheté par un groupe industriel. Est-ce une dénonciation du contrôle des médias par le grand capitalisme ? Olivier Kohn : Non, il ne s’agit pas d’une dénonciation, mais plutôt d’un constat. C’est un fait, les grands groupes rachètent de plus en plus des entreprises de presse. Sans idées préconçues, nous avons voulu explorer concrètement comment cela se passe et les conséquences que cela entraîne.

Quelle est l’idée centrale de cette série ? Je me suis mis à la place du téléspectateur qui allume sa télévision et ne voit que le produit fini, le journal télévisé. Il y a une telle force dans l’image et dans la prestance du présentateur qu’on a l’impression que l’information tombe du ciel. La série parle de sa fabrication et elle est en cela un processus de démythification. L’information est devenue une marchandise, la question « est-ce que cela va intéresser le public ? » devient incontournable. On est

par exemple amené à parler de l’étranger en abordant le sujet sous l’angle des people. C’est de tout cela que nous voulons rendre compte. Pourquoi deux médias ? Dans le synopsis initial proposé à Canal +, la fiction retraçait la vie de trois rédactions – TV, presse écrite et radio – pendant la campagne présidentielle de 2002. Mais je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas assez de principes unificateurs pour que les personnages puissent se rencontrer. L’intrigue devenait difficile à construire et j’ai donc réduit à deux médias, ce qui déjà n’est pas facile à gérer. Par ailleurs, le contexte des élections s’est finalement révélé peu pratique pour illustrer au mieux le métier de journaliste. J’ai donc plutôt opté pour une période neutre. Avez-vous une expérience du journalisme ? La seule que j’aie date de plusieurs années. A l’époque, j’écrivais des critiques de cinéma dans le mensuel Positif. Je savais donc ce qu’était un SR (secrétaire de rédaction), qu’un papier de 3 feuillets faisait 4500 signes, mais

j’avais une idée peu précise du métier. Le producteur Claude Chelli de Capa Drama, le département fiction de l’agence de presse, s’est fait le garant de la crédibilité du projet. Pour me prémunir contre les clichés, j’ai voulu affiner le profil des personnages en rencontrant des journalistes. Quels professionnels avez-vous rencontrés ? J’ai diversifié au maximum ! Je suis allé dans les rédactions du Monde, du Figaro, à I–télé, France 2, France 3 et TF1. J’ai voulu rencontrer le «fait-diversier» de Libération, pour en apprendre un peu plus sur ce poste en particulier. Tout cela m’a permis de confirmer mes choix, d’affiner les caractères des personnages, de m’imprégner de l’ambiance d’une rédaction et de bien comprendre son fonctionnement. Comment avez-vous été reçu ? J’ai eu un bon contact avec tous ceux que j’ai rencontrés. Ils avaient envie de parler de leur métier, on pouvait sentir que ça leur tenait à cœur. Ils ont d’ailleurs été plutôt objectifs sans chercher à embellir la situation.

A la chasse au

lecteur en 3D…

■ PAR MATHIEU JEAN econd Life est un univers virtuel dans lequel chacun peut créer son double ou avatar, acheter un terrain et interagir avec les autres utilisateurs. Conçu et développé par la société Linden Lab, il est apparu sur la toile en 2003. Ce n’est pas un jeu mais une simulation, un chat géant dans lequel il est possible de faire des affaires grâce à la monnaie en cours : le Linden dollar. On peut créer des objets personnalisés, les vendre et les protéger grâce à la propriété intellectuelle en vigueur. Le programme ayant beaucoup fait parler de lui à ses débuts, de nombreuses marques, sociétés, célébrités ou organisations s’y sont inscrits. Pendant la campagne présidentielle, la plupart des grands partis français y ont ouvert un bureau. Le premier média à avoir franchi le pas fut l’agence Reuters. Dans son sillon, Reporters Sans Frontières et le quotidien régional Le Dauphiné Libéré.

S

« C’est un excellent

« Pour toucher une

endroit pour débattre »

population plus jeune »

Benoît Raphaël, responsable multimédia au Dauphiné Libéré, s’est lancé dans Second Life alors que le quotidien n’a même pas de site Internet. « Quand on a vu arriver les partis politiques dans Second Life, on s’est dit qu’il se passait quelque chose. Notre but n’est pas de faire de l’audience, car le nombre de personnes qui viennent nous voir est anecdotique. Nous avons plutôt envie de tenter une aventure, d’explorer la navigation virtuelle. C’est un excellent endroit pour débattre, une sorte de chat en 3D. Mais ce n’est que le début, nous allons aménager l’espace, mettre un bureau, en faire un lieu de contact. Pour nous, tout ça est très nouveau. Il n’y a même pas de service Internet au Dauphiné. En ce moment, on est deux à assurer une présence tout en travaillant à côté. Pour le journal, c’est intéressant, car ça ne coûte rien et c’est une très bonne opération de communication».

Reporters Sans Frontières a ouvert un bureau dans Second Life le 3 mai 2007. Jean-François Julliard, chef de l’info, nous explique pourquoi. « On avait un œil rivé sur Second Life depuis un certain temps. Le vrai déclencheur a été l’entrée de Reuters dans le jeu. Puis il y a eu l’entrée des partis politiques : plusieurs médias s’y sont également installés. Investir cet espace avec notre ONG nous a alors paru assez évident. Nous voulons toucher une population plus jeune ainsi que les internautes habitués à ce monde virtuel. Notre but est toujours d’avoir une grande visibilité, on fait déjà beaucoup de manifestations, on est très présent sur le terrain, là c’est un espace en plus que l’on investit. Pour le moment on ne sait pas où ça va nous mener, mais l’expérience semble intéressante. Ce qui est sûr c’est que ça ne remplacera jamais le militantisme traditionnel, mais c’est un plus qui peut s’avérer payant. »


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© Eve Pavesi

Quel est votre regard aujourd’hui sur le métier ? L’opinion publique a beaucoup évolué à propos de la profession. Nous sommes passés de la

Olivier Kohn, créateur de la série Reporters, a reçu le prix FIPA 2007 (Festival International de Programmes Audiovisuels) du meilleur scénario dans la catégorie Fiction et série télévisée.

Reporters, à partir du 8 mai 2007, 2 épisodes tous les mardis à 20h50 sur Canal+. Auteurs : Olivier Kohn, Alban Guitteny, Séverine Bosschem et Jean-Luc Estèbe

Dans la meute de Sarkozy ■ PROPOS RECUEILLIS PAR FABIENNE MARCEL ET MARIE-CHARLOTTE MEYSSON

Patrice Machuret, journaliste politique à France 3 Ile-de-France et intervenant à l’ISCPA, a suivi le candidat UMP pendant la présidentielle de 2007. Scoop : Comment en êtes-vous arrivé à couvrir la campagne de Nicolas Sarkozy ? Patrice Machuret : C’était une opportunité. La journaliste qui devait le faire est partie à France 24, on m’a proposé cette mission et je l’ai acceptée. Concrètement, comment se déroulait votre travail ? Il y a toujours plusieurs équipes par rédactions. A France 2, il y en avait trois, chez nous, il y en avait deux. Nous étions quatre personnes à suivre Nicolas Sarkozy en permanence lors de ses déplacements, ses meetings. Par exemple, lors de sa visite à Rungis, mon JRI et moi avons passé trois heures

sur les lieux. Nicolas Sarkozy, par des moyens privés, s’est envolé pour Nice juste après. La deuxième équipe a pris le relais et l’attendait sur place pendant que je montais le sujet de Rungis. Lors d’un gros événement comme par exemple le meeting de Bercy, où 20 000 militants étaient présents, toutes les équipes étaient là. Côtoyer longtemps un homme politique favorise-t-il la connivence ? Quand on passe six mois avec une équipe de campagne, on finit par tutoyer le staff du candidat, que ce soit le chef de cabinet ou l’attaché de presse. Tout le monde le fait, c’est même un

moyen pour avoir des infos. Si on s’obstine à vouvoyer les gens, on crée une distance qui ne favorise pas le off. Mais on ne peut pas parler de complicité. On fait notre travail de la façon la plus déontologique possible, ce qui n’empêche pas que des amitiés peuvent se nouer. Nous ne sommes pas en guerre contre les hommes politiques, il en existe de très sympas, il ne faut pas croire (rires). Après, chacun a ses limites. Je ne tutoierais jamais un élu, ni n’accepterais des dîners ou ce genre de choses. Que retenez-vous de vos relations avec Nicolas Sarkozy ? Vous savez, pendant la campagne, il était entouré en permanence par 30 à 80 journalistes. C’est ce qu’on appelle « la meute ». Difficile dans ces conditions d’avoir une relation quelconque avec l’homme. En six mois, nous avons eu trois rencontres lors de petits déjeuners organisés entre

ma direction et lui. Mais il faut savoir que son staff contrôlait toutes ses communications avec les journalistes. Contrairement à Ségolène Royal, qui venait les voir après les meetings, Nicolas Sarkozy, lui, a beaucoup verrouillé ses interventions avec les journalistes. Par crainte des dérapages, sans doute, comme cela est arrivé au candidat Jospin en 2002. Nicolas Sarkozy est connu pour ses amitiés avec des patrons de puissants médias. N’est-ce pas un risque pour la liberté d’expression ? Oui, c’est un risque, mais à France 3, je ne le pense pas. Mon directeur d’antenne et mon chef de rédaction viennent de la radio, ils ont l’habitude de laisser une grande liberté aux journalistes. Nous n’avons jamais cédé aux pressions. Nous sommes d’ailleurs réputés pour être une rédaction ingérable (rires).

Amuse-gueule

tradition du « journaliste-héros » à celle du journaliste dont il faut se méfier. Je pense qu’il n’y pas de mauvais ou bons journalistes. Personne n’est à l’abri d’une erreur, d’une manipulation ou d’un faux pas. Mais je suis frappé par la difficulté du métier. Aujourd’hui, avec l’information en continu, les journalistes sont pris dans le piège de l’urgence. Comme s’ils devaient produire un scoop avant que l’événement ne se produise ! Mais en même temps, l’information doit être fiable et vérifiée et faire un papier en deux ou trois heures n’est pas une bonne condition pour qu’elle le soit. L’un des buts de la série est d’humaniser les journalistes. Mettre le spectateur dans des cas difficiles pour qu’il se rende compte de la difficulté du métier, car c’est souvent la méconnaissance qui entraîne le mépris.

Dans l’un des premiers épisodes, un journaliste, soumis à un chantage, est obligé d’espionner un collègue. La question de l’éthique est-elle pour vous importante ? L’éthique est un thème sous-jacent de la série. Comme celui de policier, de professeur ou encore d’avocat, le métier de journaliste est délicat, car lié à la démocratie. Ceux qui exercent ces métiers doivent se frayer leur propre chemin, qui peut parfois être très ambigu. C’est d’ailleurs pour cela que l’on fait souvent des fictions mettant en scène des policiers et des avocats. Des journalistes, en revanche, c’est plutôt rare. Il y a une idée reçue qui dit que le journalisme n’intéresse pas. Pourtant, tous les ressorts dramatiques sont là : le côté enquête, haletant du journalisme d’investigation ; la plongée dans le réel avec le «fait-diversier» ; les coulisses du pouvoir avec le journaliste politique...


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Un jour, tout le monde sera j Donner à des personnes sans formation journalistique la possibilité de jouer un rôle actif dans le processus de récupération, d’analyse et de dissémination de l’information, telle est la définition du journalisme citoyen selon le rapport We media : How audiences are shaping the future of news and information de Shayne Bowman et Chris Willis… Egalement appelé journalisme « par la base » (grassroots journalism), en réseau, participatif ou de « bas en haut », il s’est développé aux Etats-Unis dans les années 2000 et il est lié à un homme, Dan Gillmor. Journaliste spécialisé en technologie et ancien chroniqueur du Mercury News de San Jose, il est le premier à avoir créé le blog d’un journal et a publié en 2004 We, the media.

Des agences spécialisées dans le rachat de photos d’amateurs ont récemment fait leur apparition. Fin 2006, Yahoo a lancé le site YouWitnessNews qui recrute en ligne des « reporters-contributeurs ». NowPublic, un site canadien pionnier dans le domaine, « emploie » plus de 80 000 reporters, répartis dans 140 pays. Léonard Brody, membre de l’équipe de NowPublic explique que « 50 % des nouvelles que nous lirons, que nous verrons ou écouterons dans cinq ans seront produites par des gens ordinaires. » Scooplive, lancé à Paris en juin 2006, compte déjà 10 000 contributeurs. Nous avons rencontré Matthieu Stephani, un de ses animateurs.

■ PROPOS RECUEILLIS PAR THOMAS FÉDÉRICI

Qui sont vos principaux concurrents ? Dans le secteur du document d’actualité, nous sommes seuls en France. Notre concept innovant nous permet d’être leader par défaut en la matière. Il y a bien les Britanniques de Scoopt, mais là où nous faisons la différence, c’est que nous disposons de technologies informatiques

Quelle est la date de naissance de Scooplive.com ? Le projet date de l’été 2005 et on a vraiment commencé à y travailler en septembre 2005. Nous avons mis en ligne dès avril 2006 une version bêta pour les besoins d’une émission télé (Lundi Investigation), ce

sait des appels à témoins pour recueillir des images de l’événement, car les quartiers touchés étaient bouclés et aucun journaliste n’était sur place. Avec les nouvelles générations de téléphone portable, chacun a les moyens d’être un reporter en puissance. C’est sur cette tendance que nous entendons surfer.

Combien de personnes travaillent pour Scooplive ? Scooplive aujourd’hui, c’est trois personnes à plein temps, plus trois stagiaires en règle générale qui s’occupent du développement informatique du site. Le noyau dur est composé de Philippe Checinski, un ami rencontré lors de mes études, de Julien Robert, qui s’avère être mon cousin, et de

Matthieu Stefani, Scooplive : « Canaliser l’expression sans la brider, voilà quel sera le grand enjeu du journalisme citoyen » qui nous a mis le pied à l’étrier. Et le 20 juin 2006, le site était officiellement lancé. Comment vous en est venue l’idée ? L’idée de Scooplive a germé dans mon esprit lors des attentats londoniens de juillet 2005. J’habitais sur place et je suis passé par la station de métro Liverpool Street Station dix minutes avant que la première bombe n’explose. Peu de temps après, la BBC pas-

Quelle appellation convient le mieux pour définir Scooplive.com ? Plate-forme de paiement ? Agence de presse ? Courtiers en scoop ? Notre portail est avant tout un intermédiaire. Nous sommes plus ou moins positionnés comme une agence, mais nous n’en possédons pas le statut. Le but est de permettre aux citoyens reporters d’exister dans le circuit de l’information en fournissant des documents photo et vidéo.

bien plus performantes dans la collecte et la diffusion des documents qui nous sont envoyés. Nous développons nous-mêmes ces technologies, quand les autres externalisent cette fonction. C’est ce qui explique notre avance. D’ailleurs, sur les trois plus gros sites comme le nôtre aux Etats-Unis, deux nous ont contactés pour nous représenter en Amérique du Nord.

moi-même. Nous avons fondé ensemble Scooplive. Combien de photos recevez-vous par jour ? Entre 100 et 200. A titre d’exemple, nous avons reçu courant avril 2007 entre 10 000 et 15 000 contributions. Et pour les vidéos ? On reçoit encore peu de vidéos, quelques-unes par jour. Mais ce n’est donc que temporaire, le temps de


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monde sera journaliste Quelle évolution percevezvous au niveau de la qualité ? Honnêtement, plus on avance, plus la qualité se dégrade. On reçoit de plus en plus de déchets, au fur et à mesure que l’on se fait connaître. Au début, 80% des contributions étaient intéressantes et exploitables. Aujourd’hui, ce serait plutôt de l’ordre de 65%... Sur un événement comme l’échauffourée de la Gare du Nord du 27 mars 2007, vous avez vendu une photo à France-Soir qui a été publiée à la Une. Combien de documents aviez-vous reçus ? Du 27 au 30 mars, une centaine de pièces nous ont été transmises par quatre ou cinq personnes différentes. A côté de ça, les gens doivent comprendre qu’on ne peut pas vendre des documents qui nous parviennent trois jours après l’événement. Mais c’est une question d’éducation, il faut le temps que les citoyens reporters saisissent les impératifs de l’information. La photo de France-Soir a été vendue le surlendemain, mais c’était particulier puisqu’il s’agissait d’un gros événement, en pleine campagne présidentielle. Qui sont vos principaux clients ? On est surtout sollicités par les magazines people ou d’information, et par la télévision, souvent pour le 20h. On touche aussi la presse quotidienne, mais c’est un peu différent. Il y a une exigence de réactivité et de clarté dans le référencement de nos documents. A qualité égale, ils préfèrent encore les documents fournis par des professionnels. Mais on y travaille (sourire)… Dans combien de pays vendezvous vos documents ? Environ 20 pays différents, essentiellement en Europe

mais aussi en Amérique du Nord, en Amérique du Sud avec le Brésil et en Asie avec le Japon. Des pays où existent des médias puissants avec des moyens importants. Qui achète le plus ? Clairement, c’est la presse people. Ils ont été les premiers à nous démarcher. A terme, on pense se replier sur l’actualité générale, mais le 50/50 est possible. On estime que le people fait aujourd’hui partie de l’information et nous n’avons aucun complexe là-dessus. En parallèle, on fait très attention à tout ce qui nous arrive avant de valider. On qualifie les contenus et on hiérarchise l’information. Nous ne sommes pas sans foi ni loi. Les déchets sont jetés à la poubelle dans la foulée. Il en va de notre crédibilité ! Nous militons pour l’info, pas pour l’intox. Nous contrôlons en amont l’intérêt d’un document, pas en aval comme Youtube ou Dailymotion, qui ne regardent pas le contenu des vidéos qu’ils diffusent. Sentez-vous un mépris de la part des médias traditionnels ? Collaborer avec des citoyens reporters est un phénomène neuf, en tout cas à l’échelle actuelle. C’est clair que ce n’est pas encore totalement considéré comme une manière professionnelle de fonctionner. Mais on travaille en ce moment avec les plus gros médias français, cela démontre une certaine reconnaissance naissante vis-à-vis de notre activité. A noter que les plus réactionnaires ne sont pas forcément ceux auxquels on s’attendrait. Certaines rédactions nous ont explicitement « allumés » quand on s’est lancé, mais c’est tant pis pour eux ! Ils se privent tout seul de ce que leurs concurrents n’hésiteront pas à exploiter. Et de la part des photographes professionnels ? Dans ce cas précis, on peut effectivement parfois parler d’animosité… Certains n’ont pas compris que nous ne sommes pas là pour saper leur fonds de commerce, encore une fois ce n’est pas

notre positionnement. D’ailleurs beaucoup de photographes professionnels indépendants nous fournissent des documents. Nous sommes de temps à autre invités à des colloques sur l’image où nous rencontrons des éditeurs, des photographes ou encore des directeurs d’agence de presse qui s’intéressent à ce que l’on fait. Ceux que l’on dérange ne nous empêcheront pas de pratiquer notre métier. Quelle est la fourchette de prix de vente des documents que vous proposez ? De 100 à environ 50 000 euros. Les enchères entre acheteurs se font sur le site ou par téléphone sur une période de 30 jours. Combien comptez-vous de contributeurs ? On garde une trace de tout le monde. On dénombre aujourd’hui une dizaine de milliers de vendeurs et environ 150 acheteurs réguliers. Existe-t-il des avantages pour les contributeurs réguliers ? La somme touchée par le vendeur augmente en fonction de son chiffre d’affaires. De un à 50 000 euros de ventes cumulées, nous prélevons 25% du prix de vente ; de 50 000 à 100 000 euros, nous touchons 20% ; à partir de 100 000 euros, notre commission ne s’élève plus qu’à 15%. Ce chiffre de 100 000 peut paraître élevé, mais les prix flambent vite sur de véritables scoops. Pour les 25% de commission, je peux vous assurer que ce n’est pas beaucoup. La preuve, Scooplive est encore loin d’être rentable. Les contributeurs vendent leurs documents plus chers qu’ailleurs et ils sont assurés d’une diffusion internationale.

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lancer la machine. Il faut savoir que nos contributeurs proviennent de 70 pays différents tout autour du globe. 80% de nos contenus sont envoyés de pays francophones.

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Matthieu Stefani, 28 ans, est l’un des co-fondateurs de Scooplive.com, qui met en contact les citoyens reporters avec les médias institutionnels. Auparavant, il avait touché au droit, au recrutement et à la publicité au sein du groupe Métro International, dont il avait été le premier salarié français.

Qui choisit l’acheteur d’un document ? Le vendeur a-t-il un droit de réserve ? C’est nous qui déterminons qui sera l’acquéreur. En déposant sa contribution dans notre base de données, l’auteur nous cède une licence de commercialisation sur trois mois. Pour simplifier, il n’a plus le droit de la vendre à quelqu’un d’autre pendant le premier mois ; ensuite il peut la vendre ailleurs, mais pas sans nous consulter. Il faut dire ce qui est : l’un des principaux critères d’évaluation d’un document est sa rentabilité, donc on optera généralement pour le plus offrant. Si le vendeur a des souhaits spécifiques, il faut qu’il le spécifie en amont. Quels sont les chantiers de développement de Scooplive ? Nous misons beaucoup sur les technologies que nous avons élaborées. Beaucoup de médias de plusieurs pays, comme les Allemands de Bild, s’y intéressent et souhaiteraient les utiliser pour créer leur propre interface sur le modèle

Scooplive. Cela nous permettrait de faire rentrer de l’argent frais pour ouvrir d’autres bureaux à l’étranger. Il y aurait des possibilités en Espagne, en Italie et en Angleterre. Et nous avons encore une cinquantaine d’idées à développer sur notre site qui n’attendent que d’être concrétisées… … Par exemple ? Imaginez que vous assistez à un événement dans la rue, que vous le filmez avec votre portable dernier cri et que vous voulez l’envoyer à un média. Imaginez maintenant que vous puissiez dans la foulée lancer une visioconférence avec un média via la technologie 3G pour lui soumettre votre témoignage vidéo. Voilà l’un de nos projets encore en gestation, mais qui est à l’heure actuelle réalisable. C’est exactement le concept de base de Scooplive.com : réduire au maximum le fossé qui sépare le citoyen reporter du média professionnel, pour favoriser le flux de l’information.

Qu’est-ce que le journalisme citoyen représente pour vous ? Il peut être dangereux comme il peut être incroyablement enrichissant. Canaliser l’expression sans la brider, voilà quel sera à mon sens le grand enjeu du journalisme citoyen. Les secrets vont être de moins en moins bien gardés, puisque tout le monde sera susceptible de créer l’information et de la diffuser à l’attention de tous. Le risque de détournement

grandira en même temps que la liberté d’expression, mais je pense que c’est un risque qui vaut sûrement la peine d’être couru. On s’éloigne petit à petit de la vision de départ du web participatif, qui consiste à ce que n’importe qui pouvait dire ce qu’il voulait ; à Scooplive, on estime que l’on peut dire ce que l’on veut, mais que l’on se doit avant tout d’affirmer des choses vraies.

Comment un média citoyen a fait trembler Apple n article publié le 18 U mai 2007 sur le site américain Engadget annonçait le report de la sortie du très attendu Iphone d’Apple. Les six minutes qui ont suivi la publication de la nouvelle ont vu la capitalisation boursière d’Apple chuter d’environ quatre milliards

de dollars… Un démenti rapide d’Apple a permis de rétablir la situation. Une anecdote qui souligne l’impact des médias participatifs outre-Atlantique mais pose aussi la question de la fiabilité des informations qu’ils diffusent.


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■ PAR AGATHE SEYDOUX ET CHARLOTTE VELUT

Traduit en sept langues, cafebabel.com a été fondé à Paris par quatre étudiants. won’t print ! », « faltan hojas », « no credo che è l'inchiostro » : dans la rédaction de cafebabel.com, située en plein cœur du Marais à Paris, l’ambiance est… polyglotte ! Normal, puisque depuis 2001, ce site couvre l’actualité du continent en pas moins de 7 langues. En janvier 2001, 4 étudiants impliqués dans le programme d’échange universitaire Erasmus fondent l’association Babel internationale. Un mois plus tard, Cafebabel.com fait son apparition sur le web en quatre langues. Aujourd’hui, la majorité des articles, exceptés quelques sujets très pointus, sont publiés en anglais, français, allemand, polonais, italien, espagnol et catalan. La rédaction regroupe 12 journalistes, dont 8 rédacteurs en chef de nationalités

«It

différentes : « Nous devons recruter des nouvelles plumes, proposer des angles, coacher les bénévoles, relire leurs articles, et parfois en réécrire certains » : Prune Antoine est rédactrice en chef de la version française et gère la rubrique Société. Régulièrement, elle interpelle son réseau de rédacteurs et de traducteurs sur des évènements européens liés à sa rubrique. Chaque mois, une ville d’Europe est présentée sous un regard multiculturel et neuf, celui de visiteurs étrangers, membres de cafebabel. En avril 2007, Vilnius était à l’honneur. Prune y a séjourné en compagnie de trois jeunes Européens, membres de son réseau. Chacun a décrypté une facette de la capitale lituanienne. Prune, elle, s’est focalisée sur l’insertion des homosexuels :

« Entre les saillies homophobes des frères Kazcinsky à Varsovie ou l'interdiction de la Gay Pride lettone à l’été 2006, les gays sur les rives de la Baltique ne voient pas vraiment la vie en rose. ». Pas de sujets élitistes, l’objectif est avant tout de proposer un large éventail d’évènements européens et d’anecdotes fraîches et originales. Cliquez sur « Tour de babel » et des expressions françaises sont revisitées en langue polonaise ! Brunchez avec une figure de l’Europe, c’est aussi possible et ça se passe tous les samedis. Le musicien Yann Tiersen a répondu présent à l’invitation. Le journalisme participatif a aussi ses inconvénients : la charte éditoriale et les délais ne sont pas toujours respectés par les participants. D’autre part, le multilinguisme impose certaines contraintes : « Le décalage avec l’actualité est inévitable, il faut prévoir à l’avance les sujets pour assurer à temps les sept traductions ». Récompensé en 2004 par le

prix de l’initiative européenne, le site jouit d’une notoriété confortable, avec plus d’un million de pages lues par mois. De nombreux partenaires, privés et publics, ont apporté leur soutien financier. La Commission européenne, la mairie de Paris, Courrier International ou encore France Inter font confiance au site. Pour l’avenir, l’équipe fonde ses espoirs sur l’utilisation de la vidéo, de l’audio et sur l’hébergement des blogs, afin d’assouplir le concept et renforcer l’aspect communautaire.

Comment une web TV s’affirme comme un acteur social ■ PAR GÉDÉON RICHARD

Mixité TV propose des formations en journalisme aux jeunes des quartiers. ixité TV est le fruit de la collaboration entre Nathalie Plicot, réalisatrice et productrice chez Makadam vidéo, et l’association Ni Putes Ni Soumises. Début 2005, cette militante bénévole propose en complément du site de l’association de développer une plate-forme multimédia afin que la jeunesse s’exprime et participe aux débats de société. Autre objectif, celui de couvrir les actions de l’association et réagir à l’actualité. L’idée plaît et quelques mois plus tard Mixité TV voit le jour. La chaîne est financée par Philip Morris et sponsorisée par Apple, qui lui confie quatre IMac, des disques durs de plusieurs tetra-octets et des licences Final Cut Pro pour monter les vidéos. Maxell fournit les cassettes d’enregistrements.

M

Mixité TV diffuse en mars 2005 ses premiers sujets au format MP4 : des reportages et des témoignages de 4 à 10 minutes maximum. Tournés avec une caméra Mini DV, ils dénoncent des discriminations et des violences, par exemple les mutilations sexuelles. Plus tard, en novembre 2005 et au printemps 2006, Mixité TV fait réagir la population face aux émeutes des banlieues et aux manifestations contre le CPE . Rapidement, Mixité TV se tourne vers la culture, diffusant des clips et des messages de soutien d’artistes comme Princesse Anies, Sniper, Axiom et Abd El-Malik. En mai 2006, la chaîne organise un festival de courts-métrages, Le tremplin pour le respect, dont les productions sont

diffusées dans le cadre de l’émission Les films faits à la maison sur Canal+. En décembre 2006, Nadjib Sellali, ancien professeur de théâtre et d’audiovisuel, devient responsable de la web TV. Rapidement, il propose des formations professionnelles audiovisuelles en journalisme comme en cinéma aux jeunes en difficulté et en réinsertion professionnelle, en partenariat avec une association, le centre Laser. « On leur apprend à cadrer, à monter leurs plans, et à écrire leurs commentaires » précise-t-il. Avec eux, il réalise l’émission plateau Slam à femmes, des slams engagés sur des thèmes comme les mariages forcés et les banlieues gays. Les stagiaires de Mixité TV organisent aussi Les jeunes des quartiers face aux candidats, auxquels ont participé Arlette Laguiller, Olivier Besancenot, Dominique Voynet et François Bayrou, ainsi que des débats publics

Nadjib Sellali, boss de Mixité TV.

sur des terrasses de café et dans des jardins publics où chacun intervient librement (l’émission Culture rapide). Au cours de l’été, Nadjib et ses apprentis ont mis en place un journal d’informations nationales et internationales avant de lancer Initiatives infos, la présentation d’entreprises et associations qui luttent contre les discriminations, et Femmes de combat, des portraits de femmes au pouvoir. De quoi attirer de nouveaux internautes sur www.mixite.tv, qui comptait déjà près de 1000 visiteurs par semaine en mai 2007, selon Weborama.

En couverture

Un exemple européen de site participatif

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Où ensurest la PQN Internet ?

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Actualité

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■ PAR AURÉLIEN SOUCHEYRE

Les grandes manoeuvres sur le web ont commencé il y a dix ans pour les grands quotidiens parisiens, qui n’ont pas cessé depuis d’affiner le fonctionnement de leur site et de la rédaction qui le gère. Scoop fait le point sur les dernières tendances.

Jean-Baptiste de Fombelle, chef de service de La Croix.com.

’heure est au changement pour les sites de la presse quotidienne nationale. De mai à septembre 2006, L’Humanité et Le Parisien ont complètement modifié leur mouture Internet. Le Monde, Libération et Le Figaro sont eux aussi en période de rodage bien que déjà confortablement installés. Du côté de La Croix.com, une nouvelle formule est prévue pour novembre 2007. Un grand séminaire a d’ailleurs eu lieu en septembre 2006 pour mobiliser le personnel et la rédaction, afin de « clarifier la situation et de dynamiser le fonctionnement de notre site », précise Jean-Baptiste de Fombelle, chef de service de La Croix.com.

L

Tout va très vite sur Internet. Si vite que Jean-Baptiste de

Fombelle parle de « demiannée » pour mesurer les avancées d’un journal en ligne. Il a pourtant fallu près de dix ans pour que la rédaction de Libération.fr passe de 4 à 12 journalistes à plein temps. 12 titulaires, tout comme au Parisien.fr depuis peu (voir notre Interview) mais moins qu’au Figaro.fr, animé par une équipe de 20 journalistes. Le web prend donc une place de plus en plus prépondérante dans la vie d’un journal, à tel point que les locaux de Libération.fr sont installés au cœur de la rédaction depuis quelques mois. Cette avancée « montre bien que le site fait désormais partie intégrante du système nerveux du journal », s’enthousiasme Ludovic Belcher, rédacteur en chef adjoint à Libération.fr.

L’édition Internet du Figaro a elle aussi rejoint le bâtiment principal depuis peu. Un déménagement « aussi pratique que symbolique » pour Laurent Guimier, directeur de la rédaction du Figaro.fr. « Auparavant nous étions à 100 mètres de distance dans une rue voisine, la frontière était énorme et les deux équipes ne se connaissaient pas vraiment. Désormais, leur complémentarité a été réorganisée et les 300 journalistes du Figaro sont susceptibles d’intervenir pour le web à tout moment. » Un travail d’organisation qu’il reste à accomplir pour La Croix.com puisque l’équipe web « reste un peu à part et ne fait pas encore partie prenante de la rédaction » explique Jean-Baptiste de Fombelle. Un écart néanmoins compréhensible car le groupe Bayard déménage courant 2008 et profitera de l’occasion pour réorganiser ses locaux. Complètement payant puis partiellement gratuit pour les uns, archives offertes ou payantes au bout de huit jours pour les autres, articles du jour gracieusement mis en ligne sans aucune barrière puis abonnement pour les dossiers et les frises chronologiques… La gratuité ou non des articles de presse sur le web fait encore débat. Aujourd’hui, les principales informations du jour sont accessibles gratuitement sur tous les sites Internet des principaux quotidiens francophones. Les archives deviennent payantes pour Le Monde, Le Figaro, La Croix et Libération, l’inverse pour L’Humanité et Le Parisien.

l’actualité et de faire le lien entre les deux éditions.» La complémentarité est un mot qui revient très fréquemment lorsque les journalistes évoquent la relation qu’un titre papier doit entretenir avec son alter ego sur le net. Laurent Guimier considère que le site web doit être avant tout « réactif et donner de l’information chaude. » L’actualité est immédiatement traitée par les équipes rédactionnelles qui réalisent majoritairement un travail de desk. Les reportages sur le terrain sont pourtant de plus en plus fréquents et certaines équipes partent déjà sur le terrain, jusqu’à préparer des sujets audio et vidéo. Un studio pour produire et diffuser des reportages audio et vidéo est en préparation à Libération.fr. La possibilité de développer des titres « plurimédia » sur le net promet « un potentiel de développement énorme » espère Ludovic Belcher. Nous assistons cependant aux balbutiements d’une telle démarche, qui devrait exploser dans les années à venir. Cette révolution attendra. Une autre a cependant pointé le bout de son nez, mais cette dernière fait débat. Il s’agit de révolution des blogs, qui « a bousculé le journalisme, estime Ludovic Belcher, puisqu’il faut désormais tenir compte des réactions des professionnels amateurs qui maîtrisent mieux certains sujets que les journalistes eux-mêmes. » Une vision qui n’est pas partagée par Laurent Guimier. Ce dernier considère que « le métier de journaliste reste le même :

Archives payantes ou gratuites ? Chacun se démarque avec des offres par abonnement ou non, mais surtout par sa ligne éditoriale. L’ambition est d’ailleurs la même pour l’ensemble des web journaux : « il ne s’agit pas simplement de mettre en ligne le quotidien papier », confirme Ludovic Belcher, mais plutôt de « suivre en permanence

rechercher l’information, la vérifier puis la restituer. Les blogs et Internet permettent juste d’accélérer et d’augmenter l’interactivité directe avec les lecteurs. » Pour le reste, « la responsabilité éditoriale reste celle du Figaro. » Car le lecteur, « exige non seulement d’obtenir gratuitement et rapidement l’information,


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De « légèrement déficitaire » à « en situation d’équilibre » en passant par « sur la voie de la rentabilité », les journaux sur le net possèdent pourtant de plus en plus de ressources. Elles viennent pour la plupart des accords publicitaires, des

abonnements, des partenariats mais aussi des archives payantes. Si la bonne formule semble avoir été trouvée, elle

Belcher. Au Parisien, de nombreuses formules se sont succédées avant la dernière mise en ligne (voir Interview).

Les sites seront-ils bientôt rentables ? tire de nombreux enseignements du passé. A Libération, on regrette de n’avoir pas su résister à l’éclatement de la bulle Internet : « Il fallait continuer à investir même si cela coûtait plus d’argent sur le court terme. Nous avons été distancés alors que nous occupions une position de leader », se souvient Ludovic

Enfin, pour le groupe Bayard, le développement sur le net est longtemps resté très progressif et prudent après la déconvenue du grand portail Bayard en 2001. « Un ambitieux et large portail qui rassemblait tous les titres Bayard et qui était animé par 75 personnes dont 35 journalistes, rappelle Jean-Baptiste de Fombelle.

Les internautes n’étaient cependant pas prêts à payer pour une telle offre et il a fallu faire marche arrière. Chaque site a ensuite été adossé à son titre, d’où la création de La Croix.com en 2003. » Un site tout jeune qui fonctionnait l’été dernier avec 4 journalistes et un webmaster. Les autres plumes du journal écrivaient pour lui uniquement sur la base du volontariat, d’où la nécessité de rendre complémentaires un journal papier et sa version en ligne et de synchroniser les équipes rédactionnelles, « ce qui passe évidemment par de nombreuses négociations », conclut Jean-Baptiste de Fombelle.

Du changement

pour le web du Parisien

Denis Carreaux est rédacteur en chef adjoint au Parisien.fr depuis le 1er mai 2007. Il a supervisé la refonte totale du site, de son contenu à son mode de fonctionnement.

des 300 journalistes qui travaillent pour Le Parisien et Aujourd’hui en France. En ce qui concerne l’accès à nos articles, nous avons pris le contre-pied de ce qui se fait actuellement. L’édition numérique du journal papier reste payante mais une bonne partie des principaux articles devient gratuite. Bien entendu, les articles rédigés spécifiquement pour nos sites web sont gratuits et nos archives le deviennent au bout de 8 jours.

SCOOP : Quelles ont été les grandes étapes du site Internet du Parisien ? Denis Carreaux : En 1999, le Parisien.com était intégralement gratuit. 15 journalistes s’occupaient de son animation éditoriale et la rédaction se situait à Issy-lesMoulineaux. Cette version ambitieuse n’était pas du tout rentable, c’est pourquoi il a été décidé de la rendre totalement payante en 2005. Cela nous a permis de baisser les coûts mais a considérablement fait chuter l’audience du site. Ce dernier n’était pas du tout adapté. Il proposait uniquement l’édition papier du jour et était intégralement payant.

Quelle est l’ambition de ces nouveaux sites ? Nous souhaitons proposer un réel traitement de l’actualité chaude en suivant continuellement l’information heure par heure. Nos sites sont complémentaires et s’inscrivent dans le prolongement de leurs éditions papier. Il possèdent chacun leur propre contenu et leurs propres lecteurs. L’information y est traitée avec des angles ciblés et spécifiques. Nous avons par exemple l’intention de devenir un site de référence sur l’Ile-de-France grâce à nos atouts naturels : à savoir notre maillage départemental et notre capacité à sortir du scoop. En dehors de l’actualité internationale et nationale, nos sites proposent aussi des informations plus orientées et locales, sous le leitmotiv de « Mieux vivre ma ville ».

Aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé ? Leparisien.com a été remplacé par deux sites : Leparisien.fr et son petit frère Aujourd’huienfrance.fr. Leur contenu et leur mode de fonctionnement ont été complètement revus. Ces deux sites possèdent leurs propres articles et une équipe rédactionnelle commune de 12 journalistes à plein temps. A long terme, nous nous appuierons aussi sur l’ensemble

Quels sont vos projets à plus long terme ? Puisque Internet nous le permet, nous allons traiter l’information avec du son et de la vidéo. Nous sommes encore dans une période de bouleversements et il

reste énormément à accomplir. Pour l’instant, il s’agit surtout de relancer notre site Internet en le rendant complémentaire à notre journal papier. Ce dernier va certainement adapter son contenu et proposera plus d’analyses, de reportages, et bien sûr de scoops.

Actualité

s’exclame Jean-Baptiste de Fombelle, mais il exige aussi la qualité de traitement liée à la marque, au titre du journal. » Deux conditions apparemment nécessaires au succès d’un quotidien sur Internet. Un succès qui s’est souvent fait attendre et qui a nécessité de nombreuses remises en question pour être viable.


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Jean-François Leroy : « Soyez journaliste avant d’être photographe ! » commerce et font de la presse avec un plan de financement.

Jean-François Leroy dans son bureau. Sur le mur en haut à droite, un portrait de Roger Thérond.

■ PAR ALEXANDRE CLAUDE

Organisateur de Visa Pour l’Image, le festival international de photo-journalisme de Perpignan, Jean-François Leroy s’exprime sans détour sur la réalité du métier. SCOOP : Est-ce que, aujourd’hui, un photographe peut encore vendre un reportage ? Jean-François Leroy : C’est tout à fait possible s’il est bon. Le réel problème est le même depuis un certain temps : des tas de gens disent qu’ils font des reportages et n’amènent rien du tout, en tout cas rien de bon. Mais si vous êtes bon, il n’y a aucune raison de ne pas pouvoir vendre votre travail. Dans ce métier, je ne crois pas aux talents méconnus. Pour donner un exemple concret, prenez un évènement comme la concentration de SDF autour du canal SaintMartin en décembre. J’ai reçu 157 sujets, il n’y en a pas un seul qui soit montrable. Ils me disent tous que personne ne s’intéresse à leurs sujets. Ce n’est pas vrai, c’est parce qu’ils sont mauvais. Alors de quoi a besoin un reportage pour être montrable ? Il a besoin déjà de se démarquer des autres. Ce n’est plus un problème technique. Aujourd’hui, la technique… les

appareils photo modernes font presque eux-mêmes la photo. L’appareil compense le contre-jour, règle la mise au point… Mais si le photographe n’a pas d’œil, s’il n’a pas de regard, de sens journalistique, son sujet ne passera nulle part. Aujourd’hui, il y a plein de gens qui se disent photographe alors qu’ils font de la photo. Ce n’est pas du tout pareil. Une photo nette ne fait pas un photographe. Est-ce que le prix de la photo de presse a changé ? Oui, les prix sont en chute libre ! Des reportages qui étaient vendus il y a quelques temps 200 000 francs sont aujourd’hui vendus environ 10 000 euros, soit près de 3,5 fois moins. C’est un constat. Les journaux disent qu’ils n’ont plus d’argent, mais, pour moi, cela relève du mensonge pur et simple. Je vais être très amer, mais quand j’ai démarré ce métier, les journaux étaient aux mains de journalistes. Maintenant, les journaux sont tenus par des financiers. Arnaud Lagardère n’est pas Roger

Thérond, Vincent Bolloré n’est pas Hubert Beuve-Méry. Rencontrez-vous les mêmes problèmes avec les agences photos qui ont été rachetées par des grands groupes ? Le fait que ce soit des financiers qui gèrent change la donne. Si vous voulez envoyer un photographe au festival de Cannes par exemple, on sait combien cela coûte et on sait qu’on va vendre. Mais si demain on doit envoyer trois

Le photo-journalisme est-il en crise ? C’est la presse qui est en crise. Regardez les journaux, baladez-vous dans un kiosque, c’est effrayant ! Vous avez environ 200 couvertures de Sarkozy ! Ok, il est Président de la République, mais est-ce que cette année, vous avez vu une couverture de magazine sur le Darfour ? Non. Est-ce que cette année vous avez vu une couverture de magazine sur l’Afghanistan ? Non. Est-ce que cette année vous avez vu une couverture de magazine sur la Tchétchénie ? Non. Voilà pourquoi la presse est en crise. Honnêtement, je ne me reconnais pas dans ce monde-là. Roger Thérond, qui était le patron de Paris Match quand j’ai démarré Visa, a été mon plus grand soutien. C’était un monsieur qui avait un sens de la presse et qui ne se gargarisait pas d’études de marché. Quand j’avais 20 ans, c’est des mecs comme lui qui me faisaient rêver. C’était mon dieu vivant, mon « pape » du journalisme. Aujourd’hui, je ne pense pas que ce soit très « bandant » de rencontrer Arnaud Lagardère ou Vincent Bolloré.

« Roger Thérond, qui était le patron de Paris Match quand j’ai démarré Visa, a été mon plus grand soutien. » photographes en Afghanistan, c’est très cher et ce n’est pas forcément rentable. Je m’amuse beaucoup depuis quelques années à entendre parler dans les agences photos de « prévisions ». On peut prévoir Roland Garros, le Festival de Cannes, le Tour de France… mais qui pouvait prévoir le 9 juillet de l’année dernière que l’armée israélienne allait entrer au SudLiban ? On n’a pas la même conception du journalisme. Aujourd’hui, j’ai affaire à des petits jeunes très gentils, mais qui sortent d’écoles de

La presse ne cherche-t-elle pas à s’adapter à la demande des lecteurs ? Est-ce la poule qui fait l’œuf ou l’œuf qui fait la poule ? Ce que je constate, c’est que je montre à Perpignan des reportages photo qui n’ont jamais été montrés dans la presse. J’ai près de 180 000 visiteurs chaque année, 180 000 pékins qui viennent dans mon festival pour voir des photos que la presse ne leur montre plus. Cherchez l’erreur ! Cela veut dire qu’il y a du matériel, qu’il y a encore des journalistes. Pourquoi


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Le documentaire, Ne serait-ce pas les lecteurs qui ont changé et non la presse ? Non, je ne crois pas. Les lecteurs n’ont pas changé. Simplement, à une époque, la presse respectait ses lecteurs et leur fournissait des choses intelligentes. Puis, on est tombé sur des mecs complètement cyniques, qui n’ont qu’une seule idée en tête : donner aux lecteurs des choses qui se vendent. Cela fait 19 ans que je m’occupe du festival. Si cela devait s’arrêter demain, je serais dans la merde parce que, objectivement, il n’y a pas un seul journal au monde dans lequel j’ai envie de travailler. Ou peut-être le Canard Enchaîné, mais il n’y a pas de photo, je ne leur sers à rien. Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut percer dans le métier ? Soyez journaliste avant d’être photographe ! Si vous avez un œil journalistique sur votre sujet, vous avez fait la plus grande partie de votre travail. Parce que vous savez quoi photographier, pourquoi, comment…

La 19ème édition du Festival international du photo-journalisme / Visa Pour l’Image s’est tenue à Perpignan du 1er au 16 septembre 2007. L’objectif premier du festival est de créer un point de rencontre entre professionnels, amateurs et curieux pour faire le point sur le rôle de la photo de presse. Dix lieux d’exposition éparpillés dans toute la ville sont ouverts au public. L’évènement comporte également des remises de prix : Visa d'Or de la presse quotidienne, Visa d'Or Magazine, Visa d'Or News, Prix du jeune reporter de la Ville de Perpignan, Prix Canon de la femme photo-journaliste…

■ PROPOS RECUEILLIS PAR SOPHIE BABAZ

Basée à la Réunion, Marie-Claude Lui Van Sheng anime la maison de production Ciné Horizon depuis dix ans. Scoop : En quoi consiste le travail de producteur ? Marie Claude Lui Van Sheng : Je suis le maillon entre un réalisateur qui me propose un sujet et la chaîne qui va le diffuser. Je choisis les sujets en essayant d’évaluer au mieux leur potentiel, j’essaie de déterminer s’il est dans l’air du temps et quel public il pourra intéresser. Mon travail consiste alors à trouver une chaîne qui puisse coproduire et diffuser le documentaire. Comment en êtes-vous arrivée à la production de documentaires ? En 1995, le genre a commencé littéralement à exploser en France. Le CNC mettait en place le COSIP*, qui était plutôt rassurant pour des jeunes producteurs… Le documentaire a donc été en quelque sorte une fenêtre pour se faire une place dans le monde de l’audiovisuel. Je parviendrai probablement par faire de la fiction un jour ou l’autre… Mais ce n’est pas le même budget, pas le même circuit. C’est un autre monde.

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Visa marche alors que je montre l’opposé de ce qu’on voit dans la presse ?

Elle regroupe tout de même neuf stations, couvrant tous les Dom-Tom. J’ai la possibilité d’accéder gratuitement aux archives de la chaîne, ce qui n’est pas négligeable lorsque l’on fait du documentaire social et historique… Il faut savoir qu’une minute de droit de diffusion d’images de l’INA coûte entre 800 et 1 000 euros**… Antenne Réunion est la chaîne locale de l’île avec qui je peux aussi être amenée à travailler. Elle possède le même budget que RFO, mais ne possède pas l’industrie… Je n’ai jamais travaillé avec les chaînes nationales. Il faut avoir des relations, c’est plus long, plus compliqué… Quels sont les bonheurs et les difficultés rencontrés dans votre métier? Chaque projet est un défi pour moi et pour la personne qu’on accompagne. C’est un travail d’équipe. C’est aussi une expérience humaine extrêmement enrichissante. La relation avec le réalisateur est passionnante mais dure, car chacun a sa manière de voir les choses. Ils ont leurs exigences artistiques

« Il faut se baser sur un budget moyen qui oscille entre 60 000 et 100 000 euros. »

Comment finance t-on un documentaire ? Il faut se baser sur un budget moyen qui oscille entre 60 000 et 100 000 euros. On vit grâce aux subventions françaises et européennes. L’argent vient de deux sources. D’abord d’une chaîne de télévision, à qui je demande en général 30% du budget global. Elle me fournit tout ce qui concerne l’industrie (l’équipe technique, le matériel de tournage…) et 6 000 euros au démarrage. A moi de planifier les journées de tournage et d’évaluer ce dont j’aurai besoin. Le Centre National de la Cinématographie me fournit aussi une grande partie de l’argent : le COSIP est un soutien financier automatique de 25 000 euros par documentaire. La seule exigence pour en bénéficier est que le producteur est tenu de produire et diffuser chaque année au minimum trois films de 52 minutes. Il me reste en général, une fois tout remboursé, 10 000 euros pour ma société, qui seront réutilisés en grande partie sur un autre projet. Quelles sont vos relations avec les chaînes de télévision ? Il y a dix ans, j’ai fait le choix de travailler sur l’Océan Indien. RFO est donc la chaîne avec qui je coproduis la plupart du temps.

et de mon côté, il faut que je veille à ce que les finances soient claires… Voir un projet se réaliser, c’est l’aboutissement d’un travail de longue haleine et ça procure un sentiment de satisfaction personnel. Mais il ne faut pas s’attendre à être riche… Le problème, c’est que les chaînes ont de moins en moins d’argent et achètent de plus en plus à l’étranger. C’est moins cher et moins risqué d’acheter que de produire puisqu’ils ont sous les yeux un produit qu’ils peuvent juger ! Il faut donc faire marcher le réseau… Un conseil pour de jeunes réalisateurs ? C’est bouché, il faut être honnête. Mais si le réalisateur est convaincu qu’il tient le bon sujet, on peut y arriver. Il n’y a pas de recette miracle. Croire coûte que coûte en son projet. Et puis avoir beaucoup d’énergie. Mais ce n’est pas gagné d’avance. Car quand bien même un réalisateur trouve un producteur, ce qui est déjà bien, il faut encore que le film soit diffusé ! Ce n’est pas un choix facile. Mais il faut aller de l’avant et croire à ce que l’on fait. * COSIP : Compte de soutien à l’industrie de programmes. ** Pour une minute de droit Monde permettant l’utilisation des images pendant cinq ans.

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Une journaliste culinaire : « On travaille au forfait ou à la page finie. »

■ PROPOS RECUEILLIS PAR FANNY ADJADJ

Pigiste depuis 1996, Catherine Lamontagne, ancienne cameraman, écrit pour Cuisine Actuelle, Guide Cuisine, la rubrique cuisine de Femme Actuelle... SCOOP : Pour quelles raisons vous êtes-vous dirigée vers la presse culinaire ? Catherine Lamontagne : Tout est parti d’un quiproquo. Je travaillais comme assistante monteuse et cameraman de cinéma quand j’ai remplacé quelqu'un lors d'une conférence de presse. Je me suis prise au

pays, d'un produit… mais à l'heure actuelle, ce genre de déplacement est assez rare, car assez cher. Notez-vous une différence de ligne éditoriale entre les différents magazines pour lesquels vous travaillez ? Oui. Il y a toujours un rédacteur en chef qui souffle « l'âme du journal ». Pour un même sujet, on ne choisit pas les mêmes produits, ni les mêmes façons d'en parler. Et les lectrices ne sont pas les mêmes non plus. D'un journal à l'autre, elles n'ont pas les mêmes attentes : du rapide, du bluffant, du pointu, du pas cher, du nouveau, du « de saison »…

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jeu, j'ai posé des questions. On m'a prise pour une journaliste et proposé une pige à écrire d’urgence. Je l’ai fait par défi. Le texte a plu. On m’a commandé un second texte. Puis un troisième… Quels types de papiers fournissez-vous à vos employeurs ? Je me suis spécialisée dans les nouveaux produits et le « bien choisir ». Il m'arrive aussi de faire des recettes ou de donner mon avis sur des restaurants. J'espère que les reportages vont revenir à la mode, car j'adorerais faire découvrir aux lecteurs la cuisine d'une région, d'un

Combien êtes-vous rémunérée ? Dans les magazines pour lesquels je travaille, le feuillet de 1 500 signes est devenu rare. On travaille au forfait ou à la page finie, et c'est tant mieux, car les textes sont réduits mais les enquêtes parfois longues. On est payé à l'écho, à l'enquête, à la page de produits sélectionnés. Les tarifs dépendent du tirage, des rubriques, il n'y a aucune règle… Au journaliste de trouver un équilibre en acceptant d’être « mal payé » sur une longue enquête, mais en se rattrapant sur plusieurs petits échos plus faciles. Combien d’articles écrivezvous par semaine ? Tout dépend des semaines et de l'envie de travailler ! J'essaye de plus en plus d'avoir des sujets d'avance, car faire un test huile d'olive, chapelure ou foie gras, c'est marrant de loin, mais au cinquième produit goûté, les papilles vrillent parfois un peu et il faut conserver en mémoire mais faire une pause. Sans compter qu’il faut parfois cuisiner les produits… Tous

les jours, je teste de nouveaux produits, il faut faire des shoppings… Tout ça, c'est du travail d'enquête en amont. L'écriture n'est qu'une maigre partie de l'iceberg. Faut-il être une bonne cuisinière pour être une bonne journaliste culinaire ? Ce n'est pas indispensable, mais ça aide. L'important, c'est de comprendre pour qui on écrit et quelle est la demande. Et puis, on devient bonne cuisinière un peu malgré soi, au fil des expériences, des rencontres… Surtout, on apprend à choisir les bons produits, car on a un peu tout goûté et craché les plus mauvais ! Mais si vous devez écrire des recettes, alors là, oui, il faut savoir cuisiner.

mode. Pas de féminin sans pages cuisine. Les ouvrages pullulent, il sort plus d'un livre de cuisine par jour ! Peut-on se fatiguer d’écrire en permanence sur la nourriture ? Quand on aime, on ne compte pas ! Et puis, on en parle à chaque fois différemment. C’est un domaine si vaste, riche de rencontres, d'anecdotes, qui lie l'essentiel au futile, le voyage au psycho. Ouvrez le frigo de quelqu'un et vous saurez ce qu'il vit ! Non, vraiment rien d'écoeurant à tout cela. De quels grands chefs vous inspirez-vous ? Les rencontrezvous ? Les rencontrer bien sûr, les interviewer aussi… s'en inspirer, c'est toujours délicat,

« C’est un domaine vaste, riche de rencontres, d'anecdotes, qui lie l'essentiel au futile, le voyage au psycho. » Comment détectez-vous les plats et aliments tendances ? Il y a les salons, les rencontres avec les producteurs… et puis à force, on flaire, on sent ce qui émerge et ce qui coule. C'est un peu comme dans la mode : d'abord il y a les présentations haute-couture, puis ça se démocratise et arrive en grandes surfaces… et enfin, c'est démodé ! Il y a des recettes qui traversent les cuisines et marquent une époque. Avez-vous noté des changements dans le comportement alimentaire des Français depuis dix ans ? Oui, mais de façons très variées. Une grosse partie de la population est à la recherche de produits tout prêts, pour une cuisine ultra rapide et pratique. Le bio prend de l'importance, l'équitable aussi. De plus en plus d'hommes entrent en cuisine. On voyage et on aime les saveurs insolites. La preuve, le couscous est le deuxième plat préféré des Français, qui en oublient qu'il n'est pas de chez nous ! La cuisine est à la

disons qu'ils nous influencent forcément. Je respecte leur travail, mais entre un chef et son équipe dans une cuisine équipée pro et ma lectrice qui fait ses courses le samedi matin et doit nourrir deux enfants et un mari toute la semaine, mon rôle est plutôt de faire rêver l'une avec l'autre et d'adapter les conseils ou les recettes pour les rendre possibles. J'aime l'idée d'être une « sorte de filtre » entre plusieurs mondes : les chefs, les producteurs, les grandes surfaces… pour ensuite m'adresser aux lectrices et me rendre utile à leur vie, les aider à connaître, à acheter et à se faire plaisir. Quelles études avez-vous suivies ? J’ai passé un Bac B. Puis j’ai étudié les langues orientales et fait une école d'audiovisuel où l'on apprend à écrire des scénarios. J’ai ensuite commencé comme assistante monteuse et cameraman, un peu en télé mais surtout au cinéma.


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Il brave la censure chinoise A 32 ans, Tristan de Bourbon-Parme est correspondant à Pékin pour plusieurs quotidiens francophones comme La Croix, la Tribune ou encore le Temps. Installé depuis deux ans dans l’empire du milieu, il nous éclaire sur ses conditions de travail.

Corée du sud. Quand Pékin a obtenu les Jeux Olympiques de 2008, j’ai enfin pu y partir facilement. Pourquoi avoir choisi le métier de correspondant ? En Australie, j’ai découvert que le métier de correspondant était très intéressant et me permettait d’être beaucoup plus libre vis-à-vis des rédactions. C’est aussi un moyen ludique de découvrir un pays tout en travaillant et en étant payé. J’ai l’opportunité de rencontrer des gens que je ne verrais jamais en France, comme des ministres, des réalisateurs, des professeurs…

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Êtes-vous reconnu en tant que journaliste par les autorités chinoises ? Oui, je suis officiellement ici en tant que correspondant et chef du bureau de La Tribune, que j’ai moi-même ouvert. J’ai donc un visa d’un an renouvelable et une carte de presse chinoise.

SCOOP : Pourquoi avoir choisi la Chine ? Qu’est ce qui vous a poussé à aller là-bas ? Tristan de Bourbon-Parme : J’ai fait du chinois il y a dix ans à l’université de Jussieu et même si j’ai presque tout

oublié j’avais beaucoup aimé cette langue. J’ai ensuite vécu en Australie puis j’ai voulu partir en Chine. Cela s’avérait trop compliqué en tant qu’indépendant, je suis donc d’abord parti deux ans en

Que peut le gouvernement chinois contre les journalistes occidentaux ? Il ne peut pas grand-chose puisque nous sommes étrangers. Au pire, il peut ne pas renouveler leur visa mais cela n’arrive vraiment pas souvent. Par contre dans notre travail il est possible

qu’on nous interdise l’accès à certains endroits par des justifications souvent tordues. Lors d’un déjeuner avec une personnalité du ministère de l’information, on m’a tout de même bien rappelé que tous mes articles étaient lus. Pouvez-vous nous éclairer sur la nouvelle loi qui permet une plus grande mobilité aux journalistes ? Auparavant les journalistes devaient se procurer une autorisation du gouvernement afin de pouvoir se déplacer sur le territoire chinois en toute liberté. Mais depuis l’obtention des JO, la communauté internationale fait pression pour que leurs journalistes exercent leur profession dans de meilleures conditions. Depuis le 1er janvier on peut donc se balader dans le pays librement. Mais cette nouvelle loi prend fin le 17 octobre 2008, donc un mois après l’achèvement des Jeux Olympiques… Tous les sites étrangers sont censurés. Comment faites-vous pour travailler ? J’ai un programme spécial qui me permet de contourner la censure tout en restant invisible. Jusqu’à maintenant les autorités chinoises m’ont laissé tranquille…

Portrait d’un ancien ISCPA Paris Romain Marchal, promo 2004, JRI à Direct 8 ■ PAR GUILLAUME FLAUX « Je ne me serais pas vu enfermé entre quatre murs pendant toute la journée », confie Romain Marchal. Cela tombe bien : avec son poste de Journaliste Reporter d’Images à Direct 8, il est toujours en vadrouille, que ça soit à Nantes lors de l’affaire Sophie Gravaud, aux quatre coins de la France pour couvrir les Universités d’été des différents partis politiques ou encore quotidiennement à Paris à la recherche du sujet du jour. Quand il était encore étudiant à l’ISCPA, il pensait plutôt se diriger vers la presse écrite. Il a voulu découvrir un autre média et a choisi la spécialité télé. Lorsqu’il est arrivé à Direct 8 pour son stage de fin d’étude, il a d’abord été rédacteur pour les émissions « Vocation » et « Face à Alain Minc ».

Petit à petit, il a commencé à manier la caméra et est devenu JRI. « J’aime beaucoup filmer, c’est très intéressant et ça permet d’exprimer sa créativité », témoigne-t-il. Comme tout bon JRI, Romain a plusieurs casquettes : il est tout à la fois caméraman, preneur de son et journaliste. Chaque matin, Romain écoute les informations, choisit ses sujets en parle avec ses collègues et part en reportage, la plupart du temps tout seul. Puis il revient à la rédaction pour monter son sujet, avant le journal, diffusé à 20h. Romain se plaît à Direct 8 qui est d’ailleurs en train de se doter de cars-régie. A seulement 24 ans, il a des projets plein la tête. Mais pour l’heure, il se plaît bien à Direct 8 où règne une bonne ambiance de travail.

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■ PROPOS RECUEILLIS PAR LÉONORE JAURY

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Bienvenue au desk arabe de France 24 ! ■ PAR SARRA GUERCHANI

Le 2 avril 2007, après les canaux français et anglais ouverts en décembre 2006, était lancé le canal arabe, avec six mois d’avance sur son planning.

Hala Kodmani, syrienne, diplômée du CFJ à Paris, est rédactrice en chef du desk arabe. Elle a travaillé dans plusieurs service de communication d’organisations internationales avant de rejoindre France 24.

estiné aux pays du Maghreb, du Proche et Moyen-Orient comme aux communautés arabophones d’Europe, le canal arabe de France 24 propose une synthèse quotidienne de l’actualité internationale en arabe littéraire classique.

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Un service modeste pour commencer, juste 4 heures en arabe sur les 24 heures d’infos que propose la chaîne d’information en continu. « Nous avons la ferme intention d’allonger les heures de diffusion pour passer à 6 heures puis à 8 et puis peutêtre même à 12 heures. » informe Hala Kodmani, rédactrice en chef du desk arabe. L’horaire de diffusion, 16h–20h, permet de couvrir l’actualité du Maghreb plus tôt et celle du Moyen Orient un peu plus tard dans la journée. Le reste du temps, le canal diffuse en anglais avec un sous titrage arabe. Tous les matins, les membres des trois rédactions de France 24 – française, anglaise et arabe – se réunissent et débattent de l’actualité. Les événements internationaux restent les plus importants. Il arrive cependant qu’une actualité française ouvre le journal. Ce fut le cas pour l’élection présidentielle, en mai 2007. Le canal en langue arabe propose les même informations, les mêmes émissions et aussi les mêmes images que les deux autres canaux, en simultané. Les journalistes, pour la plupart bilingues ou

trilingues, font un vrai travail d’adaptation, car certaines expressions françaises ne peuvent pas se traduire en arabe. Hala Kodmani, en donne un exemple sur le blog du canal : « Pour qualifier la fragilité du nouveau cessezle-feu entre les deux parties palestiniennes, l’un des rédacteurs arabes avait utilisé la métaphore des trous dans le gruyère. Il a fallu le convaincre que c’était incompréhensible, car les fromages dans le monde arabe n’ont pas de trous ! ». Le desk arabe a commencé avec une équipe de 22 journalistes, soit une dizaine de nationalités arabophones. Leurs points communs ? Plusieurs langues à leur arc et une expérience dans les medias de leurs pays respectifs. Des critères indispensables pour faire partie de « ce monde arabe miniature ». Seul hic : les nombreuses fautes d’orthographe sur le site internet et parfois dans les programmes télé. Les journalistes n’auraient pas le temps de corriger leurs papiers. Un défaut de jeunesse qu’il faudra corriger si le canal veut gagner de la crédibilité aux yeux de la communauté arabophone.

Petite histoire des chaînes d’information internationales en langue arabe > Novembre 1996 : lancement de Al Jazira (« la péninsule » en arabe) avec 30 millions de dollars. La chaîne est basée à Doha au Qatar.

> 2003 : l’émirat de Dubaï, avec l’aide de capitaux saoudiens, lance Al Arabiya qui émet en langue arabe uniquement, avec un budget de 300 millions de dollars.

> 1997 : le président Jacques Chirac annonce qu’il veut créer une chaîne multilingue d’informations internationales.

> Février 2004 : les USA lancent Al Hurrah pour concurrencer Al Jazira et contribuer à améliorer l’image du pays dans le monde.

> 1998 : Al Jazira émet 24 heures sur 24. La chaîne est captée dans plus de 35 pays à travers le monde, son public est estimé à 50 millions de téléspectateurs.

> 25 octobre 2005 : la BBC annonce la création de BBC Arabic TV, une chaîne de télévision en arabe qui doit être opérationnelle à partir de l’automne 2007.

> 15 novembre 2006 : Al Jazira lance une chaîne en anglais. > 6 décembre 2006 : le vœu de Jacques Chirac se réalise 9 ans plus tard, France 24 est lancée. La télévision émet pour le moment en trois langues (français, anglais et arabe), le canal espagnol devrait suivre. > 4 mai 2007 : une nouvelle chaîne satellitaire en langue arabe, financée par la Russie, a commencé à diffuser. Roussia Al Yaoum a été créée par la même entreprise de presse qui avait lancé la chaîne Russia Today en 2005.


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Trois questions à Hala Kodmani SCOOP : Peut-on parler de concurrence entre France 24 et les autres chaînes d’information arabophone ? Hala Kodmani : Il y a une dizaine de chaînes arabes, il ne faut donc plus raisonner en terme de concurrence ou d’exclusivité mais en terme de diversité. C’est un nouveau regard à côté des regards existants, qu’ils soient anglophones, chinois ou russes… Ce dernier pays a lancé au mois de novembre sa chaîne en arabe. France 24 c’est avant tout un regard français. Quelles sont les limites pour les journalistes du desk arabe de France 24 ? Peuvent-ils tout dire? Les journalistes de France 24 sont indépendants et libres. Ils ont une totale liberté de parole, sans aucune censure. En ce qui concerne la morale, si dans des images on doit déboucher le champagne on le débouchera, si on doit montrer une femme un peu dénudée on la montrera, l’actualité est comme elle est. Je ne pense pas que les téléspectateurs aient déjà été choqués, car si c’était le cas on aurait déjà eu des retours sur internet. Quel est le public arabe regardant le plus le canal arabe ? On a une vraie audience au Maghreb et plus particulièrement en Algérie. Les pays du Maghreb sont sans aucun doute plus à l’écoute de ce que fait la France, de par le passé, les liens familiaux, la langue… Les Maghrébins regardent beaucoup les chaînes françaises depuis qu’ils ont la parabole. C’est donc logique qu’ils soient plus intéressés par France 24 que par d’autres chaînes arabophones.

« On écrit pour et sur nos lecteurs en même temps.» ■ PROPOS RECUEILLIS PAR GRÉGOIRE DE VILLEPOIX

Christine Ferrand est rédactrice en chef de Livres Hebdo depuis décembre 2003. Elle y a débuté en 1980. SCOOP : Pouvez-vous nous présenter votre magazine ? CHRISTINE FERRAND : C’est un hebdomadaire professionnel qui n’est pas vendu en kiosque mais distribué par abonnement. Le titre est édité par Electre SA, qui gère aussi une base de données bibliographique et une maison d’édition destinée aux professionnels. Sur 10000 exemplaires diffusés chaque semaine, 3500 sont achetés par des libraires, 3500 par des bibliothécaires et une grande partie de ce qui reste tombe entre les mains des éditeurs. La rédaction compte 17 journalistes encartés et fait travailler une dizaine de pigistes chaque semaine.

le contenu : là où la presse grand public se focalisera sur le côté artistique de la profession, nous préférerons une approche plus économique de l’industrie du livre.

Comment Livres Hebdo a-t-il évolué depuis sa création en 1979 ? Au début, le contenu rédactionnel était beaucoup moins riche et les chiffres recueillis moins fiables. La forme actuelle date de 1990 et la couleur n’est apparue qu’en 1997. Ces changements, accompagnés par l’arrivée des critiques, ont donné à Livres Hebdo une orientation plus magazine. En 2002, nous avons commencé à travailler avec Ipsos pour les classements.

« Notre classement des meilleures ventes est unique en France »

Quel contenu votre magazine propose-t-il à ses lecteurs ? Outre les parutions de livres, le magazine comporte des critiques, des sujets économiques et un classement particulièrement complet des ventes de la semaine, fondé sur des données recueillies par l’institut Ipsos aux sorties de caisse. Livres Hebdo est unique en son genre sur l’Hexagone. Il ressemble à Book Seller en Grande Bretagne, Publisher Weekly aux EtatsUnis, plus proche des éditeurs, et au mensuel Book Report en Allemagne. Quelles sont les principales différences avec un magazine grand public consacré à la lecture ? On écrit pour et sur nos lecteurs en même temps. La presse professionnelle est un jeu d’équilibre. Une autre différence tient dans

Êtes-vous prescripteurs auprès des libraires ? Oui, surtout à travers notre classement des meilleures ventes, qui est unique en France, et nos critiques, qui sont désormais reconnues par la profession.

Et Internet ? Depuis juin 2006, Livres Hebdo a son site internet et ses blogs. Une grande partie du site est réservée à ceux qui sont abonnés au magazine. Au début, nous n’avions pas les droits pour reprendre les articles en ligne. Maintenant que les accords sont signés, nous offrons une sélection d’articles et d’études. Les journalistes en ligne sont ceux de la version papier. A la fin du mois de juin 2007, le site sera enfin doté d’un moteur de recherche et nous prévoyons une toute nouvelle version pour le printemps 2008.

Votre classement hebdomadaire des ventes de livres ne risque-t-il pas de favoriser les têtes de listes ? Si, bien sûr, comme tous les classements du même type, mais c’est un outil indispensable aux professionnels. Et nous essayons de compenser cet effet avec les critiques, en nous attardant un peu plus sur des ouvrages moins connus.

Que pensez-vous de la presse grand public consacrée à la littérature ? Je pense que les suppléments de la presse quotidienne ont pris le dessus sur la presse spécialisée. Je pense également que la grande évolution de fond ces dernières années est sans aucun doute la médiatisation accrue des auteurs.

Extrait du site web de Livres Hebdo.

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Christine Ferrand, Livres Hebdo :

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Ecœuré par le sport de haut niveau

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■ PAR SÉBASTIEN JACQUET ET GÉRALDINE GRAND COLAS

Gilles Comte, le rédacteur en chef de Vélo Magazine, a souffert des affaires de dopage, qui entamaient la crédibilité de son magazine.

L’Equipe. Aujourd’hui encore, il vante les mérites d’une compagnie « dans laquelle il y a une vraie culture du journalisme » et « qui possède un quotidien important ». En 2000,

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Portrait

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rès tôt, le jeune Gilles n’a qu’un seul objectif : faire le Tour de France, par n’importe quel moyen. Il comprend vite que ce ne sera pas en deux-roues, et se tourne vers le journalisme : « C’est le vélo qui m’a amené au journalisme, et pas l’inverse », s’amuse-t-il à préciser. N’ayant pas les moyens financiers d’intégrer une école, Gilles Comte s’inscrit à l’université, où il obtient une licence de lettres modernes et une maîtrise de linguistique. A l’époque, tout son temps libre est consacré à la recherche de travail ou de contacts dans le domaine du journalisme.

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A force de persévérance, Gilles décroche quelques piges à Radio France Besançon, à L’Est Républicain et à France 3 Franche-Comté. Pour le journaliste, « l’idée était de toucher à un maximum de médias, afin d’acquérir une expérience riche et diverse ». A la fin des années 1980, Gilles monte sur Paris pour faire le tour des rédactions de la presse spécialisée. Il devient pigiste pour Cyclisme International. Mais faute d’un emploi à temps plein dans une rédaction,

il devient, quelques mois plus tard, professeur de français dans un collège de banlieue. Une parenthèse qui ne durera qu’un an. En 1991, Gilles Comte reçoit un appel du rédacteur en chef de Cyclisme International. A la clé, un contrat à temps plein, à Bruxelles. Sans hésiter, il accourt en Belgique où il restera trois ans. Là-bas, les conditions de travail ne sont pas simples. Le magazine n’a qu’une petite équipe et son budget est faible. En 1994, un autre appel, celui de Claude Droussent, rédacteur en chef de Vélo Magazine, accélère l’ascension du jeune journaliste. Gilles Comte devient pigiste pour le numéro un de la presse cycliste. Il se souvient : « J’ai pris un gros risque à cette époque. Je passais du statut de journaliste à temps plein, c’est-à-dire avec un travail assuré, à celui de pigiste, où l’avenir était plus incertain ». Très vite, ce choix s’avère payant. Deux années de piges pour Vélo Magazine suffiront à Gilles Comte pour devenir l’adjoint du rédacteur en chef. Dès ses débuts, il découvre tout l’intérêt qu’il y a à travailler pour le groupe

Claude Droussent est nommé directeur des rédactions de L’Equipe. Gilles Comte prend alors les rênes de Vélo Magazine, et assure le lancement d’une nouvelle formule dès sa prise de fonction. C’est le début des années noires du cyclisme. La question du dopage est omniprésente. Depuis 1998 et l’affaire Festina, les révélations se succèdent. Que se soit avec les coureurs ou avec les lecteurs, les relations se compliquent. Le climat est pesant, y compris avec les journalistes spécialisés dans d’autres sports. Gilles Comte se souvient : « Au début, la remarque était souvent la même : vous et votre sport de dopés (…) Maintenant, ils sont plutôt respectueux quand ils voient les conditions dans lesquelles on travaille ».

Les années noires Pas facile de vanter dans un article les qualités d’un coureur, et d’apprendre, le lendemain, que ce dernier était dopé. L’affaire Landis, lors du Tour

de France 2006, en fournit un bon exemple. Dans le numéro d’août qui suit la compétition, Vélo Magazine titre : « Un Tour à visage humain ». En couverture, une photo de Floyd Landis, héros de la Grande Boucle, vêtu de son maillot jaune. Quelques jours après la parution du numéro, la rédaction apprend le contrôle positif du coureur américain. Gilles Comte avoue s’être senti complètement désemparé : « Durant tout le mois d’août, j’ai reçu des courriers de personnes scandalisées par notre une et notre magazine. Les gens sont très durs. Pour eux, la presse cautionne le dopage, le seul but pour nous étant de faire des ventes. Une personne m’a écrit qu’elle se réjouissait de savoir que pendant un mois j’aurais honte… Moralement, c’est très dur. J’ai passé un été terrible ». Depuis, d’autres révélations ont continué d’entacher l’image du cyclisme. Par exemple, le cas Ivan Basso, vainqueur du Giro 2006, impliqué dans l’affaire Puerto. Lassé de ces turpitudes, qui menacent le sport de haut niveau, Gilles Comte envisage de tourner la page. Jusqu’ici, il avait toujours maintenu que son sport était sur la bonne voie. Si des coureurs se faisaient prendre, c’était la preuve que le milieu s’assainissait. Aujourd’hui, il avoue son désenchantement : « J’en arrive même à avoir des doutes. Et si 100% des coureurs étaient réellement dopés ? Et si je m’étais trompé ? ». Paradoxalement, Vélo Magazine continue de bien se vendre. La Petite Reine est encore vaillante et suscite toujours l’intérêt des Français. En 2007, le magazine a atteint un record historique de 23 000 abonnés et une nouvelle formule a vu le jour en mai, qui accorde un peu moins de place à la compétition et s’oriente davantage vers les pratiquants. « Cette nouvelle formule, c’est un peu la mienne. Je l’ai créée de toutes pièces », souligne Gilles. A 44 ans, après sept années passées à la tête de Vélo Magazine, il estime avoir bouclé la boucle. Les derniers tours de roues, en somme.


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L’OPEN ISCPA Institut des Médias - Paris

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OPEN DES MÉDIAS

14ème édition 2008 L’équipe organisatrice 2007

Organisé par les étudiants des filières communication, journalisme et production audiovisuelle au TCBB - Tennis Club de Boulogne Billancourt Site longchamp.

tennismen classés, ou amateurs de tennis professionnels des médias, à vos balles ! A deux pas de Roland Garros, dans un cadre dépaysant et très fréquenté par les amateurs de tennis du monde des médias, se déroulera en 2008 la 14ème édition de l’OPEN ISCPA. Ce tournoi de tennis d’une durée de deux semaines offre la particularité d’être organisé par une école du monde de la presse et des médias pour des professionnels des mêmes milieux. Au-delà de l’événement sportif, l’Open ISCPA est un lieu d’échanges et représente un challenge en terme d’organisation d’événement sportif pour les étudiants de l’ISCPA - Institut des Médias - Paris. C’est ce qui fait et fera encore longtemps le charme de l’Open ISCPA. L’équipe d’étudiants se donne pour ambition principale de faire passer un bon moment à des professionnels des médias parfois stressés par leur métier. Certains de ces mêmes joueurs réaffirment chaque année ne vouloir manquer un Open ISCPA pour rien au monde pour peu que leur emploi du temps leur permette de jouer. Petit extrait du livre d’or : « C’était vraiment sympa, je reviendrai l’année prochaine avec plaisir » Denis Brogniart « C’est un très agréable tournoi qui doit beaucoup à la gentillesse et à la compétence des étudiants qui l’animent » Christian Quidet « Je ne fais que deux tournois par an avec Roland Garros : celui-ci est le meilleur ! » Valentin Macovescu

L’équipe organisatrice nous révèle ses impressions sur l’édition de septembre 2007 : « Depuis 13 ans, les membres de l’Open oeuvrent pour que la compétition se passe dans les meilleures conditions. Cette année encore, pendant la quinzaine du tournoi, nous en avons fait autant, voire plus. Nous avons veillé à ce que les professionnels présents s’amusent un maximum sur le terrain. Beaucoup de cadeaux ont été distribués à l’ensemble des participants grâce aux nombreux partenaires qui nous ont fait confiance (Coca Cola, BNP Paribas, Lagardère France…). Le gagnant du tournoi : Olivier FRANCO (Sport MX 99.9) est déjà prêt à remettre en jeu son titre en 2008 ! Qu’on se le dise ! »

www.openiscpa.com

Contact pour participer au tournoi : openiscpa@groupe-igs.asso.fr

© Caroline IENNE & Julia BRECHLER

Ont aussi déjà participé à l’OPEN ISCPA : Patrick Poivre d’Arvor, Antoine Cormery, Nelson Montfort, Frédéric Jaillant, Bruno Millienne, David Barouh…


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