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DE NULLE PART P. 24

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“D’ICI, D’AILLEURS, DE NULLE PART” Directrice de la publication : Marie-Geneviève Lentaigne Directeur de la rédaction : François Longérinas Rédacteurs en chef : Jean Stern, Lorenzo Virgili, avec la collaboration d’Olivier Quelier

Amandine Cailhol

ICI

éditorial

MEDIALIBRE

Est étranger celui qui migre vers une terre plus prometteuse, l’apatride, le demandeur d’asile. Cet homme ou cette femme, passager de court terme ou qui fait le choix d’un nouveau départ, ailleurs. C’est aussi celui qui se sent exclu parce qu’il ne se reconnaît pas dans sa propre société, qu’il soit d’ici ou qu’il vienne d’ailleurs. Celui qui ne trouve pas sa place là où il est, qui ne souhaite pas la prendre ou qu’on ne veuille pas la lui donner. C’est enfin cet autre, qui sait transcender les différences, en faire une force.

Est français celui qui est né en France ou à l’étranger d’au moins un parent français. Celui qui, par le droit du sol ou par le mariage, parvient à se faire naturaliser. C’est celui qui, selon le Code civil, justifie de son assimilation à la communauté française, parce qu’il connaît sa langue, son histoire, sa culture. C’est surtout celui qui, d’où qu’il vienne, se plaît à vivre ici, au pays de Molière, de Marianne, des droits de l’homme, des Lumières, de Brassens et de bien d’autres. Nationalité, identité, papiers : autant d’artifices pour étiqueter l’humanité. Français, étranger : chacun sa case ? La frontière entre les deux n’est pourtant pas toujours si bien définie. Entre être et se sentir d’ici, de là-bas ou de nulle part, chaque homme, chaque femme compose, à sa façon, son chemin de vie. Se sentir de quelque part, c’est encore eux qui en parlent le mieux. Nous sommes partis à leur rencontre.

Directeurs artistiques : Martine-Jeanne Billot, Émeric Thérond Rédactrice en chef : Amandine Cailhol Rédacteurs : Hélène Février, Mehdi Guiraud, Jean-Mary Nicolas, Laurence Panelay, Laure Pouget Secrétaire générale de rédaction : Maylis Laharie Secrétaires de rédaction : Françoise Bourgaut, Hugo Jalinière, Claire Laborde Graphistes : Adeline Daoudal, Claire Espinosa, Marie Gandois, Baptiste Lamy, Isabelle Torresi Rédacteur en chef photo : Paul-Marin Talbot Photojournalistes : Hugo Aymar, Simon Lambert, Yann Merlin, Pierre Vassal, Olga Villalba, Imprimé en France sur papier recyclé par XXXXXXXXXXXXXXX

Médialibre n°106, avril 2013 Commission paritaire n° 65547 ISSN 7-590-997 Dépôt légal : 2e trimestre 2013 Ce magazine a été conçu et réalisé par les promotions 2013 de rédacteurs multimédias, de secrétaires de rédaction multimédias, de graphistes multimédias et de photojournalistes de l’École des métiers de l’information. École des métiers de l’information (EMI-CFD) 7, rue des Petites Écuries – 75010 Paris www.emi-cfd.com

D’ici, d’ailleurs, de nulle part, un magazine bimédia. Retrouvez plus d’articles, des billets, des vidéos, des diaporamas sonores sur notre site Internet :

www.medialibre.info/3d

Quand on a une double culture comme moi, on est beaucoup plus souffrant que les autres. Toujours tiraillé, toujours dans une interrogation sur notre identité. Finalement, on a envie d’être quelque chose pour ne pas être constamment dans cet écartèlement.

Le destin a fait que je suis né dans une toute petite oasis du sud de l’Algérie, dans une famille conventionnelle du pays. Malheureusement orphelin de mère, à quatre ans, je suis confié par mon père à un couple de Français sans enfant. Je n’avais que deux ou trois kilomètres à faire pour changer de famille. Je passais de la tradition qui était la nôtre à la modernité. Dans une double appartenance où les éléments divergent, qui a raison ? Le petit enfant que j’étais se demandait : « Qui suis-je ? Suis-je du Nord ou du Sud ? » À quatorze ans, avec beaucoup de déchirement, je suis ma famille d’adoption à Oran, à huit cents kilomètres de mon lieu de naissance. De plus en plus éloigné de mes propres racines, je m’occidentalise, me francise, si l’on peut dire. Jeune adulte, je finis par quitter Oran. J’arrive à Paris avant de retourner à la terre, dans les Cévennes.

« » Ce moi qui n’a pas eu de choix est-il issu d’un acte d’amour entre deux civilisations ou du viol de l’une par l’autre ? […] Une issue existe-t-elle en dehors des reniements pour celui qui n’est plus adapté à son propre terreau d’origine et ne le sera jamais tout à fait à celui de son pays d’accueil ? Telles ont été mes questions jusqu’au jour où j’ai compris que les conflits et l’ambiguïté dont je souffrais étaient les mêmes que ceux dont souffre la planète entière. *

Pierre Rabhi

aux Cévennes

D’AILLEURS P. 14

du Sahara

D’ICI P. 4

Nos cultures, nos appartenances, nous maintiennent prisonniers de notre histoire. Sans les renier, il faut les transcender. Et cela devient alors une richesse.

Paysan, écrivain, penseur, défenseur de la « sobriété heureuse », Pierre Rabhi est un homme engagé. Du Sahara aux Cévennes est son premier livre, suivi par de nombreux ouvrages au service de sa réflexion écologiste et humaniste. Depuis 1994, il anime le réseau Oasis en tous lieux favorable à « une terre nourricière ». En 2007, il crée Colibris qui promeut une société alternative. Tentant d’être candidat aux élections présidentielles de 2002, il lance, dix ans plus tard, la campagne « Tous candidats ! » Sa pensée est au cœur du documentaire Pierre Rabhi, au nom de la terre de Marie-Dominique Dhelsing. * Pierre Rabhi, Du Sahara aux Cévennes. Itinéraire d’un homme au service de la Terre-Mère, Albin Michel, 1983


Photo : Simon Lambert

MAUX ET PAROLES DE QUARTIER P. 5-7 DIRE « JE SUIS FRANÇAIS », C’EST RINGARD P. 8 ON L’APPELLE TATIE YO P. 9 EDWIGE, NOUNOU TGV P. 10-11 UNE FAMILLE EUROPÉENNE P. 12 BRÈVES P. 13

Maux et paroles de quartier

Les Français qui se sentent étrangers : leur nationalité de papier ne leur suffit pas à se considérer comme de France. Ils sont d’ici mais se sentent d’ailleurs.

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D’ICI

Certains jeunes issus de l’immigration vivent un malaise identitaire profond. Ils ne se reconnaissent pas dans les discours de ceux qui veulent leur imposer d’être Français à part entière. Et pourtant… Texte : Jean-Mary Nicolas

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vril 2013. Le débat autour du mariage pour tous a remplacé celui sur l'identité nationale. Nicolas Sarkozy a quitté le pouvoir, Kärcher en sac, et Depardieu revisite le concept « la France, tu l'aimes ou tu la quittes ». « Lui, il a tout compris ! » dit en ricanant Ceerano, 31 ans, et « habitant de toujours » de la cité Cambrai, bloc de dix-sept tours plantées dans l’Est parisien (19e). Soit le plus grand ensemble HLM de Paris en surface et en population : du béton, du bitume, de grands travaux entrepris en 2009, mais aussi une crèche, un centre d’animation et même une épicerie solidaire. Et surtout, parmi ses 11 500 habitants, des jeunes Français dits « issus de la deuxième ou troisième génération », stigmatisés lors d’émeutes – que eux appellent « révoltes » – accusés de ne pas aimer la France, muets dans les médias.

Journalistes et RG Objectif ? Entendre leurs mots, connaître leur sentiment d’appartenance. Au cœur du quartier, le centre d'animation Curial offre pléthore d’activités culturelles pour tous contre une modique cotisation. Expos, théâtre et concerts de jazz favorisent la mixité des publics. Devant l’entrée, Oktav et Selim, respectivement producteur et rappeur, grillent une « cigarette » entre deux sessions. La France, les origines, l’identité ? « On a des trucs à dire, passez après la répèt. » Sauf que plus tard, Oktav devient fuyant et Selim, plus bavard tantôt, esquive et finit par s’emporter :

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« N’insistez pas. Pas de photos, pas d’interview. Vous êtes des RG ou quoi ? » Oktav vient en renfort : « On fait notre chemin. Les Arabes, les Noirs, on travaille avec tout le monde. On est Français, t’inquiètes, personne ne brûle la France dans mes sons. » La méfiance s’installe. Plus personne ne daigne répondre. Au bord d’un terrain de foot, Fabrice observe les joueurs. Arrivé en 2009, cet italien de naissance a une explication : « Normal, vous n’êtes pas d’ici. Des journalistes en plus. » Retour au centre avec Mariama, directrice adjointe. Elle prévient : « Les jeunes que vous recherchez squattent ici, mais rien ne les intéressent. Pas sûr qu’ils veuillent vous répondre. » En effet, Franklin, 19 ans, et Sissoko, 16 ans, seront deux exceptions. Le premier, né à Colombes (Hautsde-Seine) de parents originaires du Sénégal, se définit comme « francosénégalais ». Il réfute le discours « trop d’immigrés en France », car « c’est eux qui tiennent le pays ». Sissoko, lui, est né à Conakry, en Guinée. Lorsque ses parents emménagent « à Flandres » la cité voisine, il a 2 ans. Quatorze années en France. Mais se sent-il français pour autant ? « 100 % guinéen ». Et sans être capable de préciser, il affirme : « c’est bête d’aimer la France ». Leurs activités quotidiennes dénotent pourtant un mode de vie très occidentalisé. Et si ce n’était la langue d’origine parlée à la maison, aucun signe fort d’appartenance ne transparaît.

il produit les talents du coin dont Medio One, 16 ans. Né à la Réunion, et arrivé en métropole à 5 ans, il se dit français « sans honte », mais aussi africain par ses parents originaires des Comores. Chez lui « on mange avec les mains ». Le racisme ? Issu d’une île métissée, il « ne comprend pas qu’on puisse haïr une couleur de peau. On peut être critique sans rejeter. » Comme Franklin, Sissoko ou Medio One, les jeunes ont donc des avis sur le sujet. Certes avec des divergences. Ceerano : « Cambrai c'est une ville dans la ville. Il y a de tout. Banlieusards, parisiens fashion, bouddhistes, musulmans. C’est un vrai brassage. Les jeunes s’identifient à plus de choses qu’ils ne le croient. Les médias parlent peu de cette richesse. » À bon entendeur. Photos : Hugo Aymar

Un passage de la cité Cambrai, ensemble de tours érigées il y a vingt ans dans le 19e arrondissement à Paris.

Ceerano (à gauche), animateur à Curial, fait une pause cigarette entre deux répétitions avec les jeunes. Il s’implique beaucoup dans la vie du quartier.

« À un moment, vous pétez un plomb » Gardien d’immeuble, Bakary gère le Café nocturne à disposition des jeunes le soir. « Ces gars qui traînent, vous n’allez rien en tirer. Politique, identité, ils s’en fichent. » Mais les autres ? « Ils ont une activité culturelle, ils s’intellectualisent. Je peux vous les présenter. » Pour lui, l’éducation est la clé. Et le décor n’aide pas : « le quartier est pourri, les profs et l’école, pareil. À un moment vous pétez un plomb. » Autre refuge : le rap. Ceerano est un de ceux que voulait nous faire rencontrer Bakary. Animateur à Curial, sous le label Koupjaret,

Les jeunes de la cité sont venus assister au concert dont les bénéfices seront reversés aux habitants du quartier en prison.

Répétition pour le concert avec Média One et El Foudroy, deux jeunes rappeurs.

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questions à 

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Evelyne Ribert

Docteur en sociologie au CNRS, auteur de Liberté, égalité, carte d’identité : les jeunes issus de l’immigration et l’appartenance nationale, éditions La Découverte, 2006.

dire « je suis français », c’est ringard

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Selon vous, nationalité et identité ne sont pas liées ? Quand on interroge les jeunes sur leur sentiment d’appartenance, les réponses varient. Certains se revendiquent portugais sans en prendre la nationalité, d’autres se sentent davantage marocains, ou estiment qu’étant nés en France, ils sont français. Le caractère mondialisé de la société joue sur leurs représentations. Ils ne veulent pas s’embêter avec ces histoires de « pré carré français ». Pourquoi cette perte du sentiment d’appartenance nationale ? Les jeunes préfèrent véhiculer leur identité plurielle. Ils peuvent se sentir stigmatisés pour leurs habits, leur façon de parler. Ils s’identifient plus par le groupe. La France, ils l’aiment, mais c’est ringard de le dire. L’origine ne prime donc pas sur la nationalité ? La revendication de ses origines peut émerger en période de conflit ou de manifestations sportives. Mais ces critères ne sont pas liés à un ancrage ethnique fort. Le pays des ancêtres représente le lieu de vacances, l’histoire familiale. Là-bas, ils sont les « Français » et ont du mal à s’y projeter. Cependant, ils restent en accord avec cette double origine, considérée comme une richesse.

On l’appelle Tatie YO Le jour où Yolande s’est mariée à un Béninois, c’était comme enterrer sa famille, clairement positionnée française de souche et désirant le rester. Reniée à vie, elle a trouvé un second foyer et s’est investie socialement au Bénin. Texte : Jean-Mary Nicolas

Propos recueillis par Jean-Mary Nicolas et Hugo Aymar

Mohamed, totalement français

Photos : Hugo Aymar

« Je suis totalement français. Je suis né ici, mes parents sont nés ici. » À presque 18 ans, Mohamed habite toujours la cité d’Épinay-surSeine (93) qui l’a vu naître. Si lui se sent français à part entière, « beaucoup de gens me disent que je ne suis pas chez moi en France », notamment la police. Une situation difficile à vivre pour lui, sa mère lui ayant toujours appris à ne pas se faire remarquer et à rester discret. « Je compte bien faire ma vie ici. Mais si ça se dégrade, je préfère partir au bled. »

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Ashley, fière de ses origines Avec ses origines martiniquaise, congolaise et iranienne, Ashley,18 ans, se sent « française et bien intégrée ». Plus tard, elle souhaite fonder une famille, « si Dieu le veut ». Fière de son métissage, elle estime qu’il est important de transmettre à ses enfants les cultures dans lesquelles elle a baigné. « On peut être français et avoir ses propres cultures. Mais il ne faut pas que ça soit extrême. »

Photos : Hugo Aymar

Tatie Yo chez elle à Sannois, dans le Val-d’Oise.

Mamadou, malien avant tout « Je suis malien avant tout. » Mamadou, 16 ans, en seconde électrotechnique, ne se sent pas très français. « Je suis plutôt rejeté. On se fait souvent contrôler juste parce qu’on est noir. » Il aurait aimé « être considéré comme un Français, comme tout le monde ». En réaction, il se sent donc plus proche de ses origines maliennes : « on ne peut pas oublier d’où on vient. »

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e Bénin est ancr�� dans le cœur de Tatie Yo, comme on la surnomme là-bas. Voyage après voyage, elle y a trouvé « spontanéité, simplicité et partage », des valeurs qu’elle affectionne. Vingt ans de carrière à la Sécurité sociale, animatrice de quartier, tontine bénévole pour footballeurs sans-papiers et cofondatrice d’une école de foot à Porto Novo, elle dirige, depuis 2009, l’association franco-béninoise Action formation découverte. Un engagement de tous les instants qui remonte à loin.

Marquée par la xénophobie de ses parents Elle est née en 1953 à Oued Fodda, en Algérie française. Ses parents, comme nombre de pieds noirs, fuient le pays pendant la guerre.

Ils s’installent à Pierrefitte-sur-Seine (Seine-Saint-Denis). Elle a alors 5 ans et elle y restera jusqu’à sa majorité. Une jeunesse marquée par la xénophobie de ses parents : « Je me rappelle de mon premier vote. Mon père m’avait traînée de force dans l’isoloir pour m’obliger à voter pour l’extrêmedroite... » (Elle serre les poings).

Pendant un an, Yolande cache sa liaison La rupture avec sa famille est définitive lorsqu’elle rencontre Julien, un footballeur béninois : « Il venait faires ses courses à l’épicerie familiale. Il m’a invitée au cinéma et voilà... » Pendant un an, Yolande va cacher sa liaison. Quand le secret éclate, son père tente d’assassiner Julien. Il dénonce aux autorités la situation irrégulière du jeune homme

qui finit par être incarcéré. « Vous pouvez l’oublier, on le renvoie chez lui ! », lui dira l’officier de police. Mais Tatie Yo est une obstinée. « Je leur ai dit qu’ils n’avaient pas fini d’entendre parler de moi ! » Un long combat juridique s’engage. Elle écrira même à François Mitterrand. Julien est libéré et ils décident de se marier. La cérémonie se déroule sous escorte de la gendarmerie. Auprès de son époux, elle retrouve une famille qui l’accepte. « Avec le recul, cet épisode a favorisé mon engagement personnel envers les immigrés. Ce n’est pas une couleur de peau qui détermine l’accomplissement de belles choses. » Elle fixe alors le portrait de ses enfants. Émue et convaincue.

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Edwige, nounou TGV Venue de Côte d’Ivoire, elle partage son temps entre ses enfants à Tours et ceux des autres à Paris. Récit au long cours d’une journée ordinaire. Texte : Maylis Laharie

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Marc, deux ans et demi passe ses journées chez Élisa, qui a le même âge, et Léon, 4 mois. Leurs parents emploient en garde partagée Edwige, titulaire du Certificat de qualification professionnelle de garde d’enfant et du brevet européen des premiers secours. Biberons, couches, jeux d’éveil et parc rythment leurs journées.

Photos : Pierre Vassal

uartier Montparnasse. 14 heures. Au deuxième étage d’un immeuble haussmannien, Élisa et Marc, 2 ans et demi, et Léon, 4 mois, font la sieste. Edwige, leur nounou, s’est réchauffé une boîte de Pasta Box qu’elle mange debout, accoudée au bar de la cuisine. C’est sa première pause de la journée. Edwige, française, est originaire de l’ancienne capitale ivoirienne, Grand Bassam. Elle raconte sa vie passée, très confortable : « J’avais tout. Un gardien, un chauffeur, une femme de ménage et une cuisinière. » Tout en dosant le lait en poudre pour le biberon de Léon, elle explique comment le conflit politico-militaire l’a décidée à quitter le pays. « Un matin, je partais au travail. J’ai vu des cadavres en pleine ville et les caniveaux rouges de sang. Je suis restée enfermée chez moi plusieurs jours. »

Des attaches à tours Ce matin, comme d’habitude, Edwige a embrassé son fils et sa belle-fille à 5 h 55, avant de quitter la maison. Elle a pris le train en gare de Saint-Pierre-des-Corps à 6 h 11 et a embauché à 8 heures à Paris. Ses attaches sentimentales sont à Tours où elle s’est installée pour être près de sa mère et de ses frères et sœurs qui sont tous là-bas. Elle y a rencontré son mari, un Français d’origine togolaise parti travailler aux États-Unis depuis 2007. Elle y élève son fils, Layle, âgé de 6 ans, et sa belle-fille, qui a 18 ans. Et confirme que la vie y est moins chère. « J’ai un cinq pièces pour 530 € par mois. À Paris ce n’est même pas le prix d’un studio. » Les parents d’Élisa et Léon paient Edwige 1 056 €. Ceux de Marc, 940 €. Son salaire s’élève donc à 1 996 € et les transports lui

coûtent 600 € par mois. Aussi, quand les parents d’Élisa ont eu leur deuxième enfant et qu’ils n’ont, s’appuyant sur la convention collective, augmenté le salaire d’Edwige que de 10 % (96 €), elle a tenté des négociations qui n’ont pas abouti. Adhérente au Syndicat des nounous, Edwige milite pour que l’augmentation passe à 300 € pour chaque nouvel enfant à garder. « Un enfant supplémentaire, c’est une grande charge. » Et si elle a signé un CDI, elle souligne la précarité du métier : « Ce sont finalement des CDD. À 3 ans, les enfants entrent à l’école et je dois trouver une nouvelle famille. »

Une certaine discipline Pourtant, les rapports avec ses employeurs sont bons. « Il n’y a jamais eu de prise de bec, ou de discussion sérieuse où il faut s’asseoir. » Edwige s’amuse tout de même de certains aspects de l’éducation des petits occidentaux : « Il y a des enfants qui ne sont pas réglés par leurs parents. Qui grignotent à n’importe quelle heure, compote, gâteau, jambon... Avec moi c’est réglé. C’est pas l’école militaire mais je leur apprends des choses. » 15 h 30. Léon digère son biberon et Edwige réveille les enfants pour le goûter. Une compote qu’elle a elle-même préparée. 16 h 10. Les enfants sont prêts à sortir. Edwige a enfilé un manteau noir à grands carreaux multicolores et recouvert ses lèvres d’un violet irisé. Une fine paire de lunettes rectangulaire sans montures parfait le style qu’elle arborera auprès de ses collègues au parc. 18 h 36. Edwige monte

dans le train. « Dans deux ans et demi, j’arrête. Je suis fatiguée avec ces trajets-là. » À 42 ans, elle commence à être lasse de sa vie de nounou TGV. Elle veut que son fils, Layle, fasse sa scolarité au lycée français en Côte d’Ivoire. « Pour l’instant, il n’imagine que la chaleur et les moustiques » mais « ici, il y a trop de problèmes. Même si ça doit me coûter 1 million de francs CFA (1 500 €) chaque année, je veux qu’il soit cadré. »

Ne pas rester isolée

Dans ce métier, tout en solitude, le square est pour certaines nounous l’unique moment de socialisation de la journée. C’est dans l’un de ces jardins qu’est née, en 2010, l’Association des nounous d’Île-de-France (ANIF). Portée par une quinzaine de femmes, la plupart d’origine ivoirienne, l’association compte 700 adhérentes. Elle est gérée par Sylvie Fofana : « Quand on est nounou, on est très isolée », se souvient-elle. « Grâce à l’ANIF, nous ne sommes plus seules. » Il y a un an, elle a aussi créé le Syndicat national des nounous (SYNN). Des années de silence, et un jour, un déclic. Un différend avec une famille, une histoire, qu’elle qualifie de « pas belle », un contrat rompu de manière arbitraire. Elle qui, jusqu’alors, faisait confiance « les yeux fermés », a pris conscience de la nécessité de se mobiliser. Et de la force du collectif : « Le jour où nous descendrons toutes dans la rue, la France sera paralysée ! » Texte : Amandine Cailhol


it a r t r o p

Texte : Hélène Février

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Photos : Hugo Aymar

À Paris, le foyer se construit autour du petit Dante, qui profitera de l’environnement multilingue de ses parents.

ohanna, la trentaine, est comédienne. Née à Marseille de parents néerlandais « voyageurs », très tôt, elle a « ce goût d’ailleurs ». Polyglotte, elle se forme à Paris, Amsterdam, Londres, Berlin. Simone, la quarantaine, est architecte. Né à Modène, en Italie, il vit et travaille depuis quatre ans à Paris. Son enfance ? Italienne. « Mon seul ami étranger, je l’ai rencontré tard. Il est groenlandais ». Ce n’était pas un choix, autour de lui il n’y avait pas d’étrangers. Leur rencontre ? Le hasard d’une fête à Pantin. Côté hollandais, cet heureux mélange n’a pas vraiment surpris. Côté italien, ce fut une nouveauté immédiatement appréciée. La vie dans cette triple culture, un problème ? Non, une richesse. La relation ouvre d’autres perspectives. « Grâce à Johanna, j’ai découvert que l’on pouvait prendre le petit déjeuner ailleurs qu’au café  », dit en riant Simone.

Mode de vie multiculturel Finalement, leur mode de vie est assez proche, d’autant qu’ils habitent dans une métropole. Se sentent-ils italien, néerlandais, français ? Difficile à dire. Plutôt européens. Ils ne sont pas viscéralement attachés à une nation. Johanna insiste : « Ce

n’est pas une culture au dépens de l’autre. C’est l’une et l’autre. Après, ça se déplace en fonction de ta vie. » Simone va demander la nationalité française, notamment pour pouvoir voter. « Je vis ici. C’est normal de m’investir. » Il jette un regard vers Johanna. Blotti dans les bras de sa mère, Dante, nouveau-né d’une semaine, dort paisiblement. « Pour lui, cette question d’appartenance ne se posera probablement pas. Il sera européen et ses petits-enfants peut-être "mondiaux". »

Ouverture sur le monde Sur les papiers, la nationalité de Dante sera triple, l’héritage multiple. À la maison, chacun parlera sa langue maternelle. À l’école, il apprendra le français. Des Pays-Bas, Johanna lui transmettra la tolérance et l’ouverture sur le monde. De l’Italie, il aura la poésie, l’opéra et le scooter Lambretta, seul objet italien auquel Simone tient. Dans le futur, le couple n’exclut pas de vivre ailleurs. Mais pour l’heure, ils profitent de Paris. Une ville qui offre « une certaine mixité ». Leur immeuble est à « 80 % égyptien ». Qui sait, peut être que Dante va apprendra également l’arabe ?

37%

Les descendants d’immigrés, bien que de nationalité française, sont encore 37 % à ne pas se sentir véritablement reconnus. Une perception que ne partagent pas les descendants de couples mixtes (11 %). Trajectoires et origines : enquête sur la diversité des populations en France. INED, octobre 2010.

« Jeunes

de France, barrez-vous, sinon pour vous du moins pour vos enfants. Votre salut est, littéralement, ailleurs. 

»

Félix Marquardt, Mokless et Mouloud Achour, dans une

Être français

Johanna, franco-néerlandaise, et Simone, italien, vivent à Paris. Ils viennent d’avoir un petit européen dont l’héritage sera multiple, et le futur, peut-être mondial.

Photo : Pierre Vassal

une famille européenne

« Je parle avec ma petite mélodie, mon accent, mais je ne m’en rends pas compte. Avec le temps, les gens se sont habitués et c’est d’ailleurs comme ça qu’on me reconnaît à l’antenne. » Heïdi, journaliste allemande.

s e v è r b

Bertrand Dutheil de La Rochère, conseiller République et laïcité de Marine Le Pen « Il y a d’abord une définition juridique au fait d’être français : est français celui qui est français. C’est un raisonnement binaire. On est français parce qu’on a été naturalisé, parce que l’un des parents est français. Ça n’a aucun lien avec la religion ou la race. »

tribune publiée par Libération

Manuel Valls, ministre de l’Intérieur « Être français, c’est adhérer aux valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité et laïcité. C’est faire siennes ces valeurs dans sa vie quotidienne. [...] On peut l’être en gardant son histoire, ses origines, ses habitudes culturelles, dès lors que tout ceci reste compatible avec les valeurs de la République. »

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Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche « Un Français, c’est quelqu’un qui vit en France, qui a le sentiment que ce pays est le sien et qui partage des valeurs communes : République, liberté, service public, sécurité sociale, etc. » Thierry Mariani, député des Français de l’étranger et vice-président de l’UMP « Il y a des moments où l’on peut se sentir plus oublié qu’étranger en France. Des Français peuvent se sentir étrangers en France quand ils ne sont pas entendus par les pouvoirs publics, quand ils ont des problèmes de sécurité, quand ils vont trente fois à Pôle emploi sans avoir une réponse correcte »

le 4 septembre 2012

Français étaient enregistrés comme résidents hors du territoire national au 31 décembre 2012, selon le ministère des Affaires étrangères. Parmi eux, 155 266 jeunes de 18 à 25 ans se sont expatriés, soit une augmentation de 14 % en quatre ans. Un étudiant en école de commerce sur cinq et un étudiant sur dix en école d’ingénieur partent une fois leurs études terminées. En 2010, 13 % des diplômés des Grandes écoles étaient en poste hors de l’Hexagone.


Photo : Simon Lambert

LA CÉRÉMONIE QUI REBAT LES CARTES P. 15-17 LES NOUVEAUX FRANÇAIS P. 18-19 ÉTUDIER EN FRANCE P. 20 TORTURÉS ET ÉXILÉS P. 21 LE MARCHÉ DES SANS-PAPIERS P.22 BRÈVES P. 23

La cérémonie qui rebat les cartes

Les étrangers qui se sentent français : tolérés, éconduits ou finalement acceptés et reconnus, ils sont étrangers au regard de la loi, et pourtant ils ont adopté la France comme leur terre. Parfois depuis si longtemps.

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D’AILLEURS

À l’issue d’un parcours, parfois long, les étrangers naturalisés sont invités dans les préfectures pour célébrer l’événement. De nouveaux citoyens entrent en scène. Texte : Hélène Février

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endredi matin, souspréfecture du Raincy (Seine-Saint-Denis), dans quelques heures, trente-huit femmes et trente-quatre hommes originaires des cinq continents deviendront français. Un à un, ils sont appelés à la cérémonie : « M. El Assaoui, Mme Giordano… » Dernières procédures administratives, dernières inquiétudes. En fait, sur le papier, tous les participants conviés sont déjà français. Leur décret a été signé. Pourtant, dans le hall, la tension est palpable. Peu à peu, les visages se décrispent, quelques rires éclatent. « On essaye de faire retomber la pression, d’apporter un peu de bonne humeur », dit un agent avant de poursuivre : « Les gens sont un peu émus et stressés. C’est un moment important. » La valse des noms reprend : « Mme Mazaki, M. et Mme Hachiche… » Cédric Kari-Herkner, chef du bureau des étrangers précise : « C’est la première fois que nous réunissons dans la même cérémonie ceux qui acquièrent la nationalité par décret et ceux qui l’obtiennent par mariage. » Thierry Quéffelec, sous-préfet, ajoute : « la naturalisation est une démarche très personnelle qui implique de répondre pleinement aux valeurs républicaines de la France. » Sur les 8 000 dossiers traités chaque année, environ 2 000 sont acceptés. L’acquisition de la nationalité par décret n’est pas un droit. Elle est soumise à l’appréciation de l’administration.

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3. Les anciens titres de séjour sont restitués, puis détruits. Un homme hésite. L’agent sourit : « Mais vous n’avez plus besoin de votre carte, vous n’êtes plus étranger ! »

1. Il est presque 9 heures. Chacun se presse vers la salle des cérémonies après avoir présenté sa convocation à l’entrée.

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« Même si le postulant remplit toutes les conditions, elle peut lui être refusée », rappelle M. Kari-Herkner. Robert, 23 ans, vit en France depuis dix ans. Sri Lankais d’origine, il voulait devenir militaire. Le jour où sa naturalisation a été validée, il s’est précipité à l’église pour prier. Puis il a envoyé son dossier à l’armée. « Tous mes amis sont de nationalité française. Maintenant je vais pouvoir dire haut et fort : moi aussi ! »

« Tous mes amis sont français. Je vais pouvoir dire haut et fort : moi aussi  ! » « Ma famille est là-bas, mais mon amour est ici », dit Mégi, la cinquantaine, qui est devenue Mme Peclet « le 6 décembre 2006 ». En Géorgie, elle était professeur de chimie. Ici… prothésiste ongulaire. Plusieurs fois, au cours d’entretiens d’embauche, on lui a dit : « Vous êtes étrangère. On prend d’abord des Français. » Elle espère que sa nouvelle nationalité lui permettra d’avancer. « Je n’ai pas dormi de la nuit, je suis tellement contente. »

« la france vous a dit oui » Dhamani, d’origine marocaine, vit ici depuis treize ans et se sentait déjà français avant : « Je suis intégré, je paie mes impôts, je suis marié avec une française depuis sept ans et nous avons des enfants… Il ne

2. Olivia, du service Étrangers de la sous-préfecture, présente le dossier de nationalité qui sera remis aux nouveaux citoyens.

manquait que le décret. » Pour obtenir sa déclaration par mariage, il a d’abord dû justifier de quatre ans de vie commune. Son diplôme de littérature anglaise n’étant pas reconnu en France il a aussi dû passer un test prouvant sa maîtrise de la langue : « Pour moi, le QCM n’était pas trop difficile. » Robert, qui a été à l’école en France, n’a pas eu à passer le test de « Français langue d’intégration ». Il a tout de même « lutté » pendant un an et demi avant d’obtenir le sésame. Complétude de dossier, entretien d’assimilation... « Même si c’était un peu galère, au final, je suis là. C’est le plus important. » Sous l’ancienne législature, les critères de naturalisation avaient été durcis. La circulaire Valls, publiée en octobre dernier, les a « assouplis » (suppression des QCM sur l’histoire et la culture française, raccourcissement de 10 à 5 ans de la période de présence sur le territoire, fin du CDI obligatoire). Le principal critère de refus demeure la mauvaise maîtrise du français. Pour ceux qui n’ont pas été scolarisés dans leur pays d’origine, « il est assez difficile d’obtenir cette attestation », précise M. Kari-Herkner. Les portes se ferment, la salle est comble. Solennel, le souspréfet prononce son discours : « Vous avez demandé à rejoindre la communauté et la France vous a dit “oui !” C’est un honneur que l’on vous fait. Mais c’est aussi un

honneur de vous accueillir dans notre communauté... » S’en suit un petit film, un peu kitsch, qui reprend l’essentiel du discours : principes de liberté, d’égalité, de fraternité ; respect de la laïcité, nécessaire maîtrise de la langue française... Le souspréfet invite le public à se lever pour écouter La Marseillaise. Puis, il remet à chacun son dossier de nationalité : décret, lettre d’accueil dans la citoyenneté, extraits de la constitution, déclaration des droits de l’homme et du citoyen, paroles de l’hymne national.

4. Devant une salle comble, le sous-préfet, Thierry Quéffelec, remet le précieux décret de naturalisation. Photos : Simon Lambert

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« Ce pays est le mien » Ils ont la possibilité de prendre la parole, mais aujourd’hui, personne ne se décide. Tous défilent, plus ou moins émus. « Clic », la photo officielle est prise. « Elle leur sera envoyée en souvenir », dit tout sourire le préfet. La cérémonie dure depuis deux heures et l’attention faiblit. Un petit garçon s’est endormi sur sa chaise. Pour finir, une collation est proposée. Des élus sont présents. « Dès que je peux, je mets un point d’honneur à venir à ces cérémonies », déclare la première adjointe au maire de Clichy-sousBois (Seine-Saint-Denis). Franco-marocaine, elle aussi est passée par là : « Je sais ce que c’est de dire : ce pays est le mien. » La cérémonie touche à sa fin. Chacun repart dans sa vie de nouveau citoyen français.

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histoires de nouveaux français Textes : Maylis Laharie, Laurence Panelay

Par hasard, amour ou nécessité, ils ont choisi d’acquérir la nationalité. Un Canadien, une Portugaise, une Vietnamienne et une Polonaise racontent leur parcours.

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LUC

MARTA

Luc Rollin, 33 ans, est arrivé à Paris en 2007 pour effectuer sa dernière année de MBA Finance. Deux ans plus tard, il fait une demande de naturalisation. Un stage à la Société Générale devient un CDI et lui permet d’obtenir un titre de séjour salarié d’un an renouvelable. Mais Luc en veut plus : « Ma situation était stable, ça allait me simplifier la vie : plus besoin d’aller à la préfecture. » Et puis, « Avoir la nationalité française veut dire s’exprimer, voter. C’est aussi avoir le droit de se plaindre ! » Il envoie son dossier en 2009. Il est invité à la cérémonie de naturalisation en 2011. S’il pense « qu’être français n’est pas aux antipodes d’être canadien », quelques différences subsistent : l’administration canadienne est plus simple, mais la vie politique hexagonale est « plus présente, théâtrale et viscérale ». En tous cas, il ne regrette « certainement pas la nourriture ! » Luc se tient au courant de ce qu’il se passe au Canada. Il y retourne voir sa famille et ses amis deux fois par an. Sa mère, qui ne croyait pas qu’il resterait, vient régulièrement en France. « Si j’étais resté à Montréal, elle n’aurait pas fait le trajet aussi souvent depuis Québec », plaisante Luc. En souvenir de ce jour de septembre 2010 où il est devenu français, Luc a acheté le Journal officiel où est inscrit son nom.

Marta a rencontré Pierre lors d’un mariage d’amis à Cracovie en 2005. Six ans plus tard, ils se marient à Paris. Dans deux ans, Marta, 31 ans, fera sa demande de naturalisation : son mariage lui permet de déposer son dossier au bout de quatre années passées sur le territoire, au lieu des cinq habituelles. Marta, polonaise, peut travailler et se déplacer librement en Europe. Et voter aux élections municipales. Mais ce n’est pas suffisant : « Je suis impliquée dans la vie française. Je veux pouvoir m’exprimer à toutes les élections. » Si elle s’estime intégrée, elle se sent toujours polonaise. Pour autant, elle n’a pas envie de nouer de liens avec la communauté polonaise de Paris. « Les Polonais, j’en ai en Pologne ». Même si « les gens, l’excès : les rires, les pleurs » lui manquent. « On rigole plus, on a un humour un peu absurde qui n’est pas compris ici. » Au mois d’août, une petite fille viendra agrandir la famille. Le prénom n’est pas encore trouvé, mais il doit pouvoir se prononcer dans les deux langues. « Plus tard, je nous vois en France. C’est mieux pour les enfants. La mixité est un plus, et en Pologne il n’y en a pas. » Marta lui apprendra-t-elle le polonais ? « Oh je lui parle déjà en polonais », dit-elle en caressant son ventre rebondi.

NATURALISATION Elle ne peut être accordée qu’à l’étranger justifiant d’une résidence habituelle en France pendant les cinq années qui précèdent le dépôt de sa demande.

à cause d’un garçon

naturalisé par CDI

MARIAGE

MINH QUYEN ANNE

Un étranger marié à un Français depuis quatre ans peut demander à acquérir la nationalité française par déclaration.

l’ado aux trois prénoms Sur sa carte d’identité, un nom et trois prénoms. Ses amis d’enfance l’appellent Anne, parce que c’est son prénom français. Ceux du lycée, Minh, parce qu’elle a renoncé a corriger ses professeurs lors de l’appel. Et sa mère, Quyen, parce que c’est son prénom usuel vietnamien. Elle laisse à ses parents le karaoké dernier cri qu’ils ont importés du Vietnam jusqu’au salon familial, à Malakoff (92). Les murs de sa chambre sont recouverts de ses dessins mangas, et ses ongles sont multicolores. Minh Quyen Anne, née il y a 16  ans à Ivry, voudrait être avocate, ou prothésiste ongulaire. En première, elle se préoccupe surtout du baccalauréat et de ses vacances aux États-Unis chez sa tante cet été. C’est pour cette raison qu’elle a fait une demande de nationalité française anticipée : « Les Français obtiennent plus facilement le visa que les Vietnamiens. » Son père, après avoir connu la « guerre, la faim et la peur », est le premier à arriver en France, en 1978. Sa mère le rejoint et l’épouse en 1989. Tous deux travaillent dans un supermarché. Minh Quyen Anne est allée au Vietnam pour la troisième fois cet été. Elle ne parle pas bien le vietnamien, mais si là-bas, personne ne la comprenait à cause de son accent, tout était comme elle l’avait imaginé : « Le Vietnam, c’est le soleil, c’est magnifique et les gens sont gentils. »

Photos : Simon Lambert

DROIT DU SOL  Tout enfant né en France de parents étrangers acquiert de manière automatique la nationalité française à sa majorité. Il peut l’obtenir par déclaration anticipée à partir de 13 ans.

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MONICA

a deux pays Cette année, la mère de Monica, qui ne s’était jamais trop posé de questions sur la nationalité de sa fille, a inscrit « française » sur ses papiers officiels d’inscription au baccalauréat. Après coup, la famille a appris qu’étant née en France de parents portugais, Monica était portugaise jusqu’à ses 18 ans. De « peur d’être interdite d’examen » parce qu’elle n’aurait pas de pièce d’identité française à présenter, elle a entrepris les démarches pour obtenir, en deux semaines, la nationalité. Depuis, Monica est « 50 % Française et 50 % Portugaise, franco-portugaise ». Pour elle, « le Portugal c’est son QG ». C’est la grand-mère et les cousines au village, les vacances, la cuisine, le club de foot local et le rock portugais. C’est aussi l’éducation : deux heures par semaine, en plus du cursus habituel français, d’école et de catéchisme en portugais du CP à la troisième. D’ailleurs, Monica ne sait prier qu’en Portugais. En première S à Malakoff (92), elle considère que son double héritage culturel est un atout et hésite entre la France et le Portugal pour faire ses études supérieures. Mais si elle devait partir, la France lui manquerait. Monica y a grandi, sa famille, ses amies, ses repères y sont. Sauf son meilleur ami, qui vient de s’installer au Portugal.

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enquête

Étudier en France, et y rester

Alexia, jeune Camerounaise diplômée de Sciences Po, ne sait pas où elle sera l’an prochain. Comme d’autres étudiants étrangers, pour qui rester en France à la fin de leur cursus est compliqué.

En France, 125 000 exilés ont besoin d’être soignés de tortures subies. La directrice du centre Primo Lévi raconte comment chasser leur souffrance.

Textes et photo : Hugo Jalinière

P 20

rès d’une année après l’abrogation de la circulaire Guéant, le 31 mai 2012, l’image de l’Hexagone reste très abîmée chez les étudiants étrangers. Même pour les mieux intégrés, accomplir ses études ici peut être compliqué. Et plus encore quand il s’agit de trouver une première expérience professionnelle. Alexia, Camerounaise de 27 ans, connaît bien le sujet. Arrivée seule à 13 ans, elle a effectué tout son cursus en France, jusqu’à l’obtention de son master à Sciences Po en 2009. « Depuis que je suis arrivée, j’ai toujours considéré la France comme mon pays », dit-elle. Pourtant, chaque année, le 31 janvier, elle doit « montrer patte blanche à la préfecture. Ce sont des moments qu’on vit difficilement, c’est toujours un gros moment de stress. »

Passage du statut étudiant à travailleur Mais elle a l’habitude : à 14 ans, elle renouvelait déjà toute seule son titre de séjour, fournissant ses relevés de notes et celui du compte en banque dûment approvisionné par ses parents depuis le Cameroun. Quand il a fallu trouver un stage pour valider sa formation, elle n’a pas pu profiter du réseau international de l’Institut d’études politiques à cause des difficultés pour obtenir des visas. « L’école prend tout en charge quand tu es français. C’est plus dur quand tu es étranger. » Pour des jeunes comme Alexia, la période la plus compliquée

est le passage du statut d’étudiant à celui de travailleur. Les démarches qui incombent à l’employeur sont lourdes : taxes à payer à l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii), lettre de motivation à l’embauche, respect de la non-opposabilité de l’emploi et autres frais pouvant aller jusqu’à 1 500 €. Et bien souvent, en toute illégalité, le patron répercute ces charges sur le salaire de l’employé, qui n’a d’autre choix que d’accepter. Alexia rêve de se faire naturaliser. On lui a expliqué qu’elle pouvait « tenter le coup », tout en la prévenant que ça n’aboutirait pas… Aujourd’hui, elle cherche un CDI qui renforcerait sa demande. Dans un éclat de rire qui traduit une angoisse bien apprivoisée, elle dit qu’il lui reste neuf mois pour trouver. Au-delà, elle pourrait faire l’objet d’une Obligation de quitter le territoire, pour retrouver un pays qui n’est plus tout à fait le sien.

interview

Sibel Agrali

« La torture est niée dans beaucoup de pays » Photo : Paul-Marin Talbot

Propos recueillis par Laure Pouget

Carte de séjour salarié, à renouveler chaque année. À l’issue de sa formation, un étudiant peut rester en France s’il trouve un travail dans les 6 mois.

Un projet de loi avant l’été Afin d’améliorer les conditions d’accueil des quelque 300 000 étrangers étudiants en France, le gouvernement prévoit de modifier le Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA). Selon le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, « une des pistes envisagées sera de stabiliser la situation des étudiants étrangers en leur permettant d’accéder à un titre de séjour pluriannuel et en simplifiant leurs démarches en préfecture ». La proposition de loi relative à l’attractivité universitaire de la France a été confiée au député PS, Matthias Fekl. Son rapport doit servir de base au débat qui s’ouvrira au Parlement le 17 avril 2013.

Médialibre : Quel parcours vous a conduite jusqu’ici ? Sibel Agrali : Je suis née en France d’un père turc et d’une mère française. J’ai passé une partie de mon enfance en Turquie, avant de revenir à Paris pour mes études supérieures. Je me trouvais à l’aise dans cette ville cosmopolite et tolérante aux différences. Étudiante, j’ai travaillé pour une association française dédiée aux exilés victimes de tortures. J’étais interprète pour les Turcs. J’y ai découvert l’existence de la torture en Turquie. Ça m’a ébranlée. J’ai éprouvé un sentiment de culpabilité d’avoir été protégée, dans une bulle, sans agir. Avec des collègues, nous avons décidé de créer le centre Primo Lévi pour soutenir et soigner les victimes de torture. D’où viennent les exilés ? On assiste à un changement des provenances. Aujourd’hui, nous rencontrons beaucoup de personnes originaires d’Afrique subsaharienne : République dite démocratique du Congo, Angola, Rwanda, Guinée Conakry. D’Europe aussi : du Kosovo, qu’on croit apaisé, de Turquie, de Tchétchénie... Mais le vrai changement, c’est qu’on reçoit autant de femmes que d’hommes.

Où trouvez-vous la force pour combattre tant d’inhumanité ? Il est difficile d’accompagner seul une victime de torture. La pluridisciplinarité est la réponse adaptée pour des exilés qui ont besoin d’être pris en charge, dans la durée, tant pour leurs problèmes physiques que psychiques, sociaux ou juridiques. Encore faut-il qu’ils puissent rester en France. On a beau essayer de soigner les blessures du passé, si le présent continue à être traumatisant, on peut ramer longtemps. Je mène un combat qui me dépasse : restaurer en l’homme la confiance perdue. Mais je vois évoluer des patients qui vont mieux, qui tissent à nouveau des liens sociaux, des familles qui retrouvent une dynamique. Les enfants ne voient plus leurs parents comme des gens qui ont été maltraités devant eux. Parvenez-vous à influer sur les politiques de prise en charge des demandeurs d’asile ? La torture est niée dans beaucoup de pays. Nous essayons de faire comprendre que ces personnes, qui sont là parmi nous, ont besoin d’être écoutées, soignées et accompagnées. Le système français ne le fait pas de façon adaptée. Les gens pensent qu’une fois la torture terminée, la personne va mieux. C’est faux.

Sibel Agrali, directrice de la première structure spécifiquement dédiée à la prise en charge des victimes de torture et de violences politiques.

La torture laisse des séquelles. Les victimes ont des problèmes de mémoire, de sommeil, de concentration. Ils revivent chaque jour les actes subis. Pour vous, la France est-elle toujours le pays des droits de l’homme ? Beaucoup de ceux qui arrivent ici croient qu’ils vont y être bien accueillis. Même si la

« Depuis lors, à une heure incertaine, Cette souffrance lui revient, Et si, pour l’écouter, il ne trouve personne, Dans la poitrine, le cœur lui brûle. » Primo Lévi, Le Survivant (extrait)

réputation de la France en matière de droits humains s’est beaucoup détériorée. Dans la devise républicaine, le modèle de construction de la société française est imprégné d’universalisme. Dans les faits, il n’en est rien. On dit que tous les hommes naissent égaux... Certains sont plus égaux que d’autres. Les obligations de la France, comme de l’Europe, sont vastes en matière de droits de l’homme et de droit d’asile, mais à mon sens, elle n’y adhère pas comme elle le devrait.

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S

elon les chiffres du ministère de l’Intérieur, les sans-papiers sont environ 450 000 en France. En général entrés légalement sur le territoire – l’illégalité de leur situation n’intervenant qu’après l’expiration de leur titre de séjour –, la plupart d’entre eux travaillent et nombreux sont ceux qui paient des impôts.

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Un atout pour la régularisation Interrogée par téléphone le 26 mars 2013, Violaine Carrère, chargée d’étude au Groupe d’information et de soutien des immigrés (GISTI), dresse un rapide tableau de la situation de ces sans-papiers et des documents utiles à l’obtention d’une carte de séjour. Souvent employés au noir, les travailleurs clandestins peuvent aussi être déclarés sous leur véritable identité par leur employeur, utiliser le titre de séjour d’un tiers ou posséder de faux papiers. Quelle que soit leur situation, le GISTI les incite à déclarer leurs revenus à l’administration fiscale. Par sens civique, pour obtenir la reconnaissance de leur participation active à l’économie française, mais aussi pour étoffer leur demande de carte de séjour. Tous les documents permettant de prouver leur présence sur le sol français sont primordiaux pour étayer les dossiers de régularisation : factures d’électricité, bulletins de salaire, procès verbaux de garde à vue,

résultats d’analyses médicales, et bien sûr déclarations de revenus. Mais, bien souvent, selon Violaine Carrère, les sans-papiers voient leurs déclarations refusées aux guichets du Trésor public.

Contribuables sans papiers Saddock Guitoun, coordinateur du Collectif sans-papiers 92, prépare un ouvrage dédié au « marché juteux des sans-papiers ». Il estime à 8 milliards d’euros par an l’apport économique des

Y., sénégalais, est ouvrier du bâtiment dans la journée et employé de restauration le soir, il paie chaque année ses impôts sur le revenu. (photomontage)

Green bird

40 %

des doctorants en France sont des étrangers, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur. « Chaque homme a son accent, sa couleur, son histoire. Quand on arrive en France, au début, on ne comprend pas du tout ce que les gens nous disent. Et puis on s’habitue. » Sidibe, journaliste burkinabé.

Manuel Valls, ministre de l’Intérieur « La force de nos valeurs républicaines, c’est leur universalisme. C’est aussi pour cela que je suis devenu français. Et les étrangers qui adhèrent à ces valeurs et se sentent français doivent, s ‘ils répondent aux critères, pouvoir le devenir s’ils le souhaitent. » Thierry Mariani, député des Français de l’étranger et vice-président de l’UMP « Si, à force d’être en France, un étranger se sent plus proche de la France que de son pays, c’est un début d’assimilation inconsciente. Il peut demander la nationalité française. » Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche « Il y a des étrangers qui résident depuis quarante ans en France et qui n’ont pas la nationalité. Contrairement à ce qu’on croit, ce n’est pas si facile de l’acquérir. S’ils ne vous disaient pas qu’ils n’ont pas les papiers, vous ne pourriez jamais le deviner. » Bertrand Dutheil de La Rochère, conseiller République et laïcité de Marine Le Pen « Un étranger, s’il se sent français, peut demander la naturalisation. La démarche n’est pas compliquée. Se sentir français dépend des individus. Il peut y avoir des Français qui ne se sentent pas français, comme ces footballeurs qui refusent de chanter La Marseillaise. Ils s’excluent de la nation. »

s e v è r b Entre 1994 et 2008, l’immigration légale et familiale a stimulé la croissance, selon une étude menée par trois économistes dont Hippolyte d’Albis, prix 2012 du meilleur jeune économiste. Un gain pour le PIB de 300 millions d’euros.

Migrants positifs

Texte et photo : Claire Laborde

travailleurs clandestins. Bien qu’ils occupent souvent les emplois sous-qualifiés, délaissés par les Français, et paient des impôts, les sans-papiers n’ont officiellement pas le droit d’être en France. Il dénonce l’hypocrisie de ce système, illustrée par la circulaire du 28 novembre 2012. « Nous avons soulevé la contradiction de cette circulaire qui demande à des sanspapiers vivant dans la clandestinité de produire des fiches de paie pour être régularisés », déclare-t-il à la presse lors d’une manifestation à Asnières-sur-Seine (Hauts-deSeine), le 29 janvier 2013. Une hypocrisie que l’on retrouve dans le vocabulaire légal, riche en euphémismes : l’« expulsion » est devenue « éloignement ».

Photo : Pierre Vassal

Ils paient des impôts mais ne sont pas reconnus par l’État français. Associations et collectifs pointent l’hypocrisie d’un système qui s’enrichit de l’économie très rentable des sans-papiers.

Français dans l’âme

enquête

Le marché juteux des clandestins

Créée en 2003 au Japon, Green Bird nettoie les rues des villes. Vêtus de vert, les bénévoles de cette association internationale prennent possession, depuis 2007, de lieux parisiens. Leur ambition : « faire prendre conscience à la population de la réjouissance de se promener dans des lieux propres et de l’importance du respect de l’environnement », rapporte la représentante de l’association en France. Si certains Parisiens sont encore sceptiques, la majorité des réactions sont positives.

«  J’ai commencé à bien parler le français

et à bien le comprendre, je me suis dit "pourquoi ne pas faire ma vie ici ?" 

»

Yuliya Andreyeva, ex-joueuse du club de basket-ball ukrainien NRB, naturalisée à l’été 2010.

En France, sur 231 100 mariages célébrés en 2011, 13 % concernent des

couples mixtes.

Pour la période 2008-2010, la France se place au sixième rang de l’Europe, où, dans une union sur douze, un des deux époux est étranger.


NATIONALITÉ UNIVERSELLE P. 25-27 SANS PATRIE NI FRONTIÈRES P. 28 RAZZY HAMMADI : À PROPOS DU VOTE DES ÉTRANGERS P. 29 LE BULLETIN PARTAGE L’EUROPE P. 30 BRÈVES P. 31

qu’ils soient apatrides, citoyens du monde, ou simplement en terre étrangère, ils sont de partout, insaisissables.

Ils ont choisi la nationalité universelle

Photo : Simon Lambert

Les étrangers qui se sentent étrangers :

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DE NULLE PART

Des hommes et des femmes militent pour la citoyenneté universelle et mettent en avant l’humain et la démocratie. Ils sont rassemblés au sein d’une association, le Registre des citoyens du monde. Texte : Amandine Cailhol

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ls sont 160 00 citoyens du monde, enregistrés dans 111 pays. C’est le chiffre annoncé par le Registre des citoyens du monde (RECIM), une association rassemblant tous ceux qui se réclament de cette mouvance. Ensemble, ils forment « un mouvement spontané d’hommes et de femmes qui veulent reprendre la place publique et discuter de ce que sont vraiment la planète et la démocratie », explique Laurent Son, directeur adjoint du RECIM. Le registre existe depuis la fin de la seconde guerre mondiale. La communauté internationale, sous le choc du conflit planétaire, crée l’Organisation des Nations unies pour favoriser le dialogue international. Des voix s’élèvent pour mettre l’humain, et non les États, au cœur de ce dispositif. « La paix ne se fera que par les peuples libres, les nations ne sont que source de guerre » : tel était le message des fondateurs, selon Laurent Son. Garry Davis devient le symbole de cette lutte : en mai 1948, bouleversé par la guerre, ce jeune bombardier américain remet son passeport à l’ambassade des États-Unis, à Paris. La légende dit qu’il l’aurait déchiré ou brûlé. Il s’installe devant le palais

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du Trocadéro où se tient l’Assemblée générale des Nations unies, et se déclare « premier citoyen du monde ». Breton, Gide, l’abbé Pierre, Camus et Vercors : les intellectuels français lui apportent leur soutien. Un an plus tard, les surréalistes rédigent un tract : « Dans l a mesure où nous nous sentons citoyens, il va sans dire que nous voulons être citoyens du monde, et nous demandons ici notre inscription sur le registre qui consacrera enfin un état de fait qui fut toujours pour nous un état d’esprit. » Aujourd’hui, les héritiers de cette pensée continuent le combat. À Paris, le RECIM dispose d’un local dans le 13e arrondissement. L’association propose de s’inscrire

au registre, d’acquérir une carte d’identité et de participer à des élections mondiales.

Passeport mondial De l’autre côté de l’Atlantique, à 91 ans, Garry Davis milite pour le passeport mondial. Délivré par le World Service Authority, il n’a pas de valeur officielle. Pour autant, le site World Government of World Citizen assure qu’il a déjà, au moins à une reprise, été accepté par les autorités de 180 pays. Pour Laurent Son, « l’idée est excellente mais prématurée. Il faut d’abord remettre les pendules à l’heure : placer les peuples au cœur de la gouvernance. » Le RECIM préfère, pour le moment, l’action symbolique. « C’est avant tout un acte politique de réflexion, ouvert à tous », précise

Laurent Son. Un engagement qu’il lie à celui des Indignés : « La bataille est la même. C’est un renouveau de l’idée de citoyenneté universelle. Celle-là même qui se trouve dans l’article 2 de la Constitution française : le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple. » Nouveau vent contestataire, crise ou facilités d’enregistrement par Internet depuis 2008, le directeur-adjoint du RECIM est formel : les nouveaux

« C’est avant tout un acte politique de réflexion, ouvert à tous. » Laurent Son, RECIM

inscrits affluent. Sans compter ceux qui n’ont pas besoin de papiers pour se sentir citoyens du monde.

aux arts citoyens 26

« La musique, un langage universel »

« La nationalité, c’est juste l’endroit où l’on naît »

Steeven, ingénieur du son, ne se sent pas français. Allocataire du RSA, il ne parvient pas à vivre de sa passion en France. À défaut de pouvoir prendre la nationalité de citoyen du monde, il a demandé la nationalité hongkongaise. « Je ne veux pas appartenir à un seul pays. Je veux voir plus grand. Je veux d’abord appartenir à moi-même. C’est grâce à la musique que je me suis senti citoyen du monde. Tout petit, j’ai compris que c’était un langage qui n’avait pas de frontières. »

David, sculpteur sur métal, vient de la Martinique. Il pense que ses origines, plurielles, sont à chercher bien au-delà de sa nationalité ou de son lieu de naissance. « Un coup martiniquais pour certains, un coup français pour d’autres : je suis un mélange des deux, et au fond, une combinaison de plein de choses. Les êtres humains ont voyagé, se sont mélangés. Je ne me dis pas forcément français, j’ai plusieurs sangs dans mes veines. »

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Photos : Yann Merlin

« Je suis dans un monologue universel et non pas nationaliste » « Se sentir humain parmi les humains »

« On a un ADN commun »

Vincent, producteur et illustrateur, aime ses racines et se présente comme français. Mais il est aussi citoyen du monde et se sent relié à tous les hommes. « Je suis fier de là où je viens : ma région, mon pays, mes ancêtres, mes traditions. C’est quelque chose que je ne dois pas perdre. En même temps, il ne faut pas tomber dans le jeu du nationalisme ou du régionalisme. Confronter nos expériences et nos traditions avec les êtres qui nous entourent, c’est cela être citoyen du monde. »

Hammy est humoriste. Sa famille est algérienne. Il pense que sa double culture lui permet d’être plus ouvert à l’étranger. « Je n’ai pas de nationalité, mais j’ai une origine, celle de mes parents. J’ai grandi dans un quartier marqué par une grande mixité. Quand tu es avec un Tunisien, un Marocain, un Algérien, un Cambodgien et que tous rigolent aux mêmes blagues, tu te rends compte que  tout le monde est pareil. Les plaisirs sont tous les mêmes. »

Charles est chanteur dans le groupe La Tendre Émeute. Il a la conviction que personne ne lui est étranger. Ce mot le dérange car il enferme les gens dans des cases. « La Révolution a inventé la nationalité . Une bonne intention, mais l’enfer en est pavé. Dès lors, certains se sont sentis plus français que d’autres. Moi, je défends la France contre les Français. Quand je suis au Maroc, je suis du Maroc et non marocain. On est terrien et céleste. Seules les choses matérielles ont une nationalité. »

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nombre d’apatrides pourcentage de femmes sources : rapport d’activité 2011 OFPRA

33 71

39%

1 8

25%

9

0%

45%

0%

0%

DANEMARK

1

RUSSIE

ESTONIE LETTONIE 1 LITUANIE

ALLEMAGNE POLOGNE

HOLLANDE BELGIQUE

2

TCHÉCOSLOVAQUIE

100%

67%

PORTUGAL

3 33%

3

UKRAINE

8%

1

24 42% 50%

12

7%

GRÈCE

38% 13

42%

38

2

3

38% 13

92

67%

100% 1

41 2%

37%

Infographie : Isabelle Torresi

28

Les apatrides peinent à faire reconnaître leur statut hors du commun. De frontières en guichets, ils sont à la recherche de pays d’accueil sans certitude de succès.

U

n enfant né au Koweït sans nationalité, une famille originaire d’un ancien pays de l’Est, une minorité oubliée lors de la définition de nouvelles frontières... Officiellement, un apatride est « une personne qu’aucun État ne considère comme son ressortissant par application de sa législation », dit la convention signée à New York en 1954. La complexité de l’apatridie explique le faible taux de demandes. Par exemple, un demandeur d’asile peut être hébergé dans un centre d’accueil d’urgence, pas un apatride. Du coup, « des gens qui pourraient être considérés comme apatrides préfèrent faire des demandes d’asile », explique Adeline Claude, de la Cour nationale du droit d’asile (CNDA).

No man’s land juridique Mourad Derbak, de l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA), explique

enquête

Sans patrie ni frontières

que, contrairement au demandeur d’asile, « le demandeur d’apatridie ne bénéficie pas de statut particulier pendant l’instruction de son dossier. » Les apatrides sur le sol français, qui ne sont pas concernés par la directive européenne relative au droit d’asile, appelée « directive accueil », se trouvent repoussés dans un no man’s land juridique. Au lendemain de la première guerre mondiale, les traités de paix dans l’Empire austrohongrois et l’Empire ottoman ont divisé l’Europe et provoqué des déplacements de populations et de nombreuses demandes d’apatridie. Un phénomène qui s’est reproduit avec la migration des Rroms lors de l’éclatement de la Yougoslavie et de l’URSS. Face à l’hégémonie des États-nations, les minorités ethniques et religieuses n’ont pas de levier pour imposer leurs particularités. Les naturalisations de communautés d’apatrides sont souvent perçues comme des

Ces données comprennent les personnes dites apatrides arrivées en France depuis 1952, année de création de l’OFPRA. Le poids de l’exURSS domine, en raison des nombreux conflits ethniques qui ont marqué la région depuis vingt ans. Les apatrides nés en Estonie, en Lituanie, en Lettonie, en Arménie et en Azerbaïdjan depuis l’indépendance sont comptabilisés spécifiquement.

« Les Français nous en voudraient de ne pas nous battre »

AZERBAIDJAN

33%

45%

interview

192

FRANCE 15 6 SUISSEAUTRICHE HONGRIE ARMÉNIE ROUMANIE ESPAGNE ITALIE YOUGOSLAVIE TURQUIE 47% 15

100%

0%

URSS

menaces par les populations nationales. C’est le cas en Côte d’Ivoire. Depuis 2011, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) vient en aide au gouvernement du président Alassane Ouattara pour naturaliser 400 000 personnes, considérées comme apatrides, qui furent déplacées lors de la guerre civile après l’élection présidentielle de 2010. Le fait de leur accorder la nationalité ivoirienne est considéré par les opposants comme un déséquilibre démocratique en faveur du nouveau pouvoir. Autre cause d’apatridie, les 106 000 travailleurs domestiques du Koweït sont privés de toute protection sociale et juridique. Sous la pression des associations des droits de l’homme, telle Human Rights Watch, le gouvernement koweïtien a entamé la naturalisation en 2013 des apatrides, appelés bidounes en arabe. Texte : Mehdi Guiraud

Razzy Hammadi a été élu député de la septième circonscription de la SeineSaint-Denis (territoires de Montreuil et de Bagnolet)

«

Photo : Pierre Vassal

D’origine maghrébine, le député socialiste Razzy Hammadi défend le droit de vote des étrangers. Il milite pour que la 50e proposition du candidat Hollande ne reste pas lettre morte. Deux hypothèses d’action Aujourd’hui, nous avons la certitude de ne pas avoir les trois cinquièmes au Congrès sur la question du droit de vote des étrangers. Il nous reste deux hypothèses d’action : - Proposer un référendum. Personnellement, si cette option est choisie, je suis en faveur d’un référendum à plusieurs entrées. Il comporterait la question du droit

de vote des étrangers mais aussi les enjeux définis par les quatre textes déposés en vue d’une révision constitutionnelle. - Amender l’un des quatre textes. Il faut y intégrer la possibilité pour les étrangers non communautaires de participer aux élections locales avec une condition de résidence (ce qui n’entraîne pas nécessairement l’éligibilité). Cette option a ma préférence. Selon moi, la meilleure façon d’agir, c’est d’avoir une position tranchée à l’Assemblée nationale puis au Sénat. Nous disposons d’une majorité certaine à l’Assemblée et d’une majorité possible au Sénat. Je suis persuadé que les Français qui nous ont soutenus, notamment pour cette proposition, peuvent comprendre que nous n’ayons pas présenté ce texte au Congrès. Ne pas avoir les trois cinquièmes ne dépend pas de nous. Ils peuvent aussi comprendre qu’un référendum sur cette question unique est quelque chose de sensible. En revanche, je crois qu’ils nous en voudraient de ne pas essayer de ne pas nous battre. De ne pas montrer notre capacité à porter le débat.

Mettre la droite face à ses responsabilités Nous savons que, quoi qu’il arrive, la droite s’opposera au droit de vote des étrangers. On ne va pas emmener de force ses députés à Versailles, la pique dans le dos, pour qu’ils adoptent ce droit. Mais il faut les mettre en face de leurs responsabilités de députés et de représentants de la droite. Par le passé, beaucoup de centristes ont déclaré qu’ils

étaient en faveur du droit de vote des étrangers. Aujourd’hui, c’est pour des raisons politiciennes qu’ils s’y opposent, pour mettre la gauche en difficulté. Il faut que le débat ait lieu dans l’hémicycle. Notamment avec M. Borloo. Parce que des arguments du type « Je suis pour, mais c’est pas le bon moment », c’est zéro + zéro = la tête à Borloo.

Personne n’est contre chez les socialistes À ce jour, je pense qu’à gauche, personne n’est contre le droit de vote des étrangers, en tout cas pas chez les députés socialistes. Ce qui fait débat, c’est comment faire avancer la proposition. Dans quel véhicule : législatif ou constitutionnel ? Par quel biais : projet de loi, proposition de loi ?

La question de la réciprocité Introduire la question de la réciprocité pour arracher les trois cinquièmes à Versailles, pourquoi pas ? Est-ce qu’on aurait réussi le mariage pour tous si on n’avait pas fait le PACS d’abord ? C’est une première étape pour installer l’idée du droit de vote des étrangers non communautaires. Sachant que l’on se bat depuis trente ans, si la réciprocité nous permet d’obtenir l’inscription du droit de vote dans la Constitution dans moins de deux mois, il faut le faire. Toutefois, je pense que même en ajoutant ce point, la droite fera de la politique politicienne.

«

Propos recueillis par Hélène Février

29


S

ur les vingt-sept États membres de l’Union européenne, seize ont donné le droit de vote aux étrangers non ressortissants de l’UE aux élections municipales. Certains pays sont allés jusqu’à

leur accorder l’éligibilité. En France, la 50e proposition du candidat Hollande, le droit de vote des étrangers, risque bien de rester en l’état. Pour pallier le manque de représentation d’une partie de la population, une quinzaine de villes françaises ont constitué des Conseils des résidents étrangers (CRE) ou Conseils consultatifs pour la citoyenneté des étrangers (CCCE). La ville de Strasbourg a été précurseur en mettant en place un Conseil

*1 Éligibilité aux élections locales

*2 Droit de vote des étrangers aux élections locales

« À l’oral, je suis nul. Mon accent m’a causé énormément de soucis pour travailler à la radio. Il y a des sons très difficiles à prononcer, comme le "ch", le "gu" ou le "je".  » Bandon, journaliste laotien.

consultatif des étrangers dès 1992, sous l’impulsion de la maire d’alors, Catherine Trautmann. Les membres de ces conseils, souvent issus du monde associatif, servent de relais entre la municipalité et la population étrangère. Ces conseils sont fragiles. Si, aux prochaines élections municipales, la majorité change de camp, la nouvelle municipalité continuera-t-elle l’expérience ? Texte : Laurence Panelay

46

instituts culturels étrangers à Paris.
Un record. Leur objectif est de défendre les cultures vivantes et la diversité en organisant depuis onze ans la semaine des cultures étrangères, et de faire découvrir les richesses de chaque pays. Le Forum des instituts culturels étrangers à Paris (FICEP) qui les réunit est unique au monde.

Chaque année, les transferts d’argent des migrants vers leurs pays d’origine représentent des flux financiers d’importance pour les pays en développement*. Bancaires, postaux ou privés, les opérateurs de transferts garantissent des envois fiables, sécurisés et rapides. Le prix à payer : des frais élevés surtout pour les faibles montants (jusqu’à 20 %) et des taux de change défavorables. Récemment certifié par la Banque mondiale, le site envoidargent.fr permet de comparer les tarifs et gagner ainsi en transparence. *Banque mondiale, données 2011

*1

268 milliards d’euros

Seize pays de l’Union européenne ont instauré le droit de vote pour les étrangers aux élections locales. La France hésite encore à le faire adopter.

s e v è r b Photo : Pierre Vassal

enquête

Le bulletin partage l’Europe

Mêmes conditions que pour le droit de vote

finlande

Portugal

Depuis 1992, tout ressortissant étranger est éligible à tous les scrutins

estonie

Irlande

Mêmes conditions que pour le droit de vote

irlande

lituanie

pays-bas

Résidence de 5 ans

Royaume-Uni

Régime des nationaux pour les Islandais et Norvégiens Résidence de 3 ans pour les autres Régime des nationaux pour les citoyens du Commonwealth et les Irlandais Résidence de 5 ans et même commune pendant 6 mois

Luxembourg

Danemark

Régime des nationaux pour les Islandais et Norvégiens Résidence de 4 ans pour les autres Résidence de longue durée

Hongrie

luxembourg

pologne

R.Tchèque slovaquie

hongrie italie

Roumanie

slovénie

al

Slovénie

allemagne

autriche

tug

Résidence de 2 à 5 ans

france

por

Résidence de 51 jours dans la commune pour les Islandais et Norvégiens Résidence de 2 ans pour les autres

Sources : Sénat 2011 - Rapport d’information de Mme E. Benbassa / Site : www.touteleurope.eu

belgique

Pays-Bas

Suède

lettonie

Royaume-uni

Espagne

Finlande

suède

danemark

Espagne

bulgarie

grèce

Infographie : Isabelle Torresi

malte

chypre

Droit non accordé

Résidents de longue durée (5 ans et plus)

Ressortissants de certains pays, sous condition de réciprocité

Citoyens du Commonwealth (54 états) et citoyens Irlandais : scrutins locaux et nationaux

Résidents de 2 à 5 ans

Tout ressortissant étranger pour toutes les élections depuis 1992

Étranger de passage

*2 Manuel Valls, ministre de l’Intérieur « Dans le cadre d’un projet professionnel ou universitaire, on vient vivre deux, trois ou cinq ans en France avant de repartir vers son pays d’origine ou aller vers une nouvelle destination. Ces migrations peuvent être utiles à notre compétitivité et à notre rayonnement. » Thierry Mariani, député des Français de l’étranger et vice-président de l’UMP « Je pense qu’on donne aux étrangers des opportunités. À eux de faire des efforts s’ils veulent être intégrés. Mon père venait d’Italie, mais à la maison, nous ne devions pas nous exprimer en italien. Même en famille on parlait français, car on était en France ! » Martine Billard, coprésidente du Parti de gauche « Un étranger se sent étranger quand on lui renvoie à la figure sa culture, sa couleur de peau. C’est aussi valable pour certains Français […] Ceux qui sont contre les immigrés sont paradoxalement plus tolérants envers les gens du Qatar ! » Bertrand Dutheil de La Rochère, conseiller République et laïcité de Marine Le Pen « S’ils ne se sentent pas bien, qu’ils quittent la France. C’est un problème personnel. Même des Américains peuvent se sentir étrangers ici, avoir le mal du pays et rentrer chez eux. »

À LIRE La double absence : des illusions de l’émigré aux souffrances de l’immigré. Le sociologue Abdelmalek Sayad décrit la souffrance de l’étranger soumis à la double peine de l’émigration et de l’immigration. Pour lui, « tout homme est déterminé par la position du pays dont il tire ses origines  ».

« Il est étranger

à la société où il vit, il erre, en marge, dans les faubourgs de la vie privée, solitaire, sensuelle. 

»

L’Étranger, Albert Camus


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