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sauve mon âme de tous les périls pour les péchés qu’en ma vie j’ai commis ! » Il a offert à Dieu son gant droit, saint Gabriel de sa main l’a pris. Sur son bras il tenait sa tête inclinée ; les mains jointes, il est allé à sa fin. Dieu envoya son ange Chérubin et saint Michel du Péril ; et avec eux vint saint Gabriel. Ils emportent l’âme du comte en paradis. 177 Roland est mort, Dieu a son âme dans les cieux ; l’empereur parvient à Roncevaux. Il n’y a ni route ni sentier, ni espace vide, ni aune ni pied de terre où ne soit couché un Français ou un païen. Charles s’écrie : « Où êtes vous, cher neveu ? Où est l’archevêque, et le comte Olivier ? Où est Gérin, et son compagnon Gérier ? Où est Othon, et le comte Bérenger, Yves et Yvoire, que j’aimais tant ? Qu’est devenu le Gascon Angelier ; le duc Samson et le baron Anséis ? Où est Gérard de Roussillon, le Vieux, et les douze pairs que j’avais laissés ? » Mais à quoi bon, puisque personne ne répondit ? « Dieu, dit le roi, combien je peux m’affliger de ne pas avoir été au début de la bataille ! » Il tire sa barbe en homme désespéré ; ses barons chevaliers versent des larmes ; contre terre vingt mille s’évanouissent. Le duc Naimes en éprouve une grande pitié. [...] 179 L’empereur fait sonner ses clairons, puis il chevauche, le valeureux, avec sa grande armée. De ceux d’Espagne ils ont retrouvé les traces et ils les poursuivent tous d’une même ardeur. Quand le roi voit tomber le soir, sur l’herbe verte en un pré il descend, il se couche à terre et prie Notre Seigneur qu’il fasse pour lui arrêter le soleil, qu’il retarde la nuit et prolonge le jour. Voici venir à lui un ange qui a coutume de lui parler, et qui aussitôt lui a ordonné : « Charles, chevauche, car la clarté ne te manque pas. Tu as perdu la fleur de France, Dieu le sait. Tu peux te venger de la race criminelle. » À ces mots, l’empereur est monté à cheval. 180

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