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Numéro 15

Montsanto vous souhaite bon appétit ! Birmanie, le sourire et le fusil La nouvelle cabane du Mt-Rose

Le Bhoutan et le bonheur Greensburg, le nouveau rêve américain ? Le Dana building Voyageurs de l’impossible

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Mais qui se cache derrière tout ça ? Si l’Irrégulier ne sort que cette semaine, il y a une bonne raison : Yann et Timothé ont repris la direction du journal. Et il est clair que comparé à nos deux stresseuses professionnelles qu’étaient Nadia et Emilia (anciennes rédactrices-en-chef) il y eu du relâchement dans l’air. Cependant, si nous vous avons fait attendre, c’était pour balancer du lourd dans ce numéro ! Nous vous ferons voyager à travers l’Asie du Sud, du Bhoutan à la Birmanie en passant par le sommet du Mont Rose. Si le cœur vous en dit, vous pourrez aussi visiter le nouveau Cancun revisité par les écologistes du Kansas après le passage d’une petite tornade saisonnière. Autrement Pietro vous a concocté un petit « best of » des récits de voyages de nos chers étudiants en mobilité ! Après tous ces trajets mouvementés, nous proposerons un petit arrêt au Dana building, bâtiment universitaire américain reconstruit selon les principes du développement durable. Grâce à ses toilettes sèches révolutionnaires, le peuple américain peut dormir paisiblement, en laissant la clim’ allumée toute la nuit.

Parlons donc de conscience écologique, et donc de ce fameux rendezvous de fin d’année chez les Vikings. Et oui, car après les overdoses de petits fours et les cuites au champagne à répétitions nos chers dirigeants devront prendre une décision : se laisser mourir par étouffement, ou décider d’agir ! Et comme l’époque ou nous gouvernements avaient des couilles est révolue… nous penchons à priori pour la première option.

ces des workchopes du semestre de printemps iront directement dans nos poches… Pour vous organiser une fête de fin d’année dont vous vous souviendrez… ou pas suivant votre état ! Nous n’avons plus qu’à vous souhaiter de bonnes révisions ainsi que de charmantes vacances. Profitez bien de la neige et des glaciers, y’en aura bientôt plus ! Bonne lecture !

Cependant, ce n’est pas parce que nous chers politiciens ne lèveront pas le petit doigt au sommet de Copenhague que tout est cuit ! Les convictions de chacun peuvent faire la différence, et c’est pourquoi nous avons choisi des études comme les nôtres… Bon, faut pas s’le cacher, c’est aussi pour faire la fête. D’ailleurs en parlant de fête nous voulions sincèrement remercier la motivation incroyable de toutes celles et tous ceux qui sont venu au geo’s night et aux workchopes. En effet, nous avons passé des moments géniaux avec vous et espérons vivement vous voir encore plus nombreux le semestre prochain. Enfin, info top secrète, les bénéfi-

Timothé Caron et Yann Demont

“Pour qu’un écologiste soit élu président, il faudrait que les arbres votent.” - Coluche

Sommaire Mais qui se cache derrière tout ça ? Timothé Caron et Yann Demont La nouvelle cabane du Mt-Rose Lucien Grangier Le Bhoutan et le bonheur Paris Kiritsis Mosanto vous souhaite bon appétit! Timothé Caron Greensburg, le nouveau rêve américain? Mikhael Schwander Birmanie, le sourire et le fusil ! Yann Demont Rénovation et Durabilité : l’exemple du Dana Building Nadia Panchaud Voyageurs de l’impossible ! Pietro Bugnon L’Irrégulier n°15 Paru le 14.12.2009

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La nouvelle cabane du Mt-Rose Un phare dans la montagne Quoi de plus beau qu’une cabane de haute montagne comme cadeau d’anniversaire ? À l’occasion de son 150e anniversaire, l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), en partenariat avec le Club Alpin suisse (CAS) s’est offert une magnifique vitrine technologique au cœur des Alpes valaisannes.

d’altitude, ce petit concentré de technologie doit faire face à un environnement particulièrement hostile. Précipitations, vents et températures ont hanté les ingénieurs tout au long de la planification du projet et n’ont pas manqué de taquiner les 34 ouvriers sur le chantier, là où il neige même en été.

mosphère qui régnait dans nos cabanes en pierre du temps où il n’y avait que de vrais alpinistes. Aux premiers il faut répondre que le but n’était pas d’intégrer la cabane au paysage, mais plutôt d’en faire un symbole bien visible. Aux seconds, on dira qu’il n’est pas nécessaire d’en baver pour pratiquer et apprécier la montagne et que c’est avant tout les personnes qui vivent dans la cabane qui participent à la bonne ambiance.

Un bâtiment durable C’est en 2003 que l’EPFZ approcha les responsables du CAS afin de leur proposer de collaborer sur l’élaboration d’un bâtiment durable. Quelle aubaine pour la plus grande association sportive de Suisse qui, en raison de l’affluence croissante dans ses cabanes cherchait à rénover ses bâtisses de pierre. Après plusieurs semestres de travail, 14 dossiers furent proposés par les étudiants Photo : http://www.media.ethz.ch/news/Neue_Monte_Rosa-Huette de la haute école. Construite en 1895, la Monte Rosa Hütte, une des plus grandes cabanes du club alpin, avec ses 160 lits, prenait de l’âge. On estima qu’il était plus simple d’en reconstruire une nouvelle plutôt que de rénover celle-là. C’est ainsi que fut choisi le projet « Cristal de roche ».

Pour le CAS, ce projet est l’occasion « d’ancrer le club dans la modernité », mais ce n’est pas du goût de tout le monde. Avec cette nouvelle cabane, le club alpin cherche à attirer les jeunes, mais aussi une nouvelle clientèle de randonneurs qui ne fréquentaient pas les cabanes auparavant.

La cabane vient d’être inaugurée et trône fièrement au pied de la pointe Dufour « tel un phare dans la montagne », mais ce n’était pas gagné d’avance. Rivée à la roche à 2883m

Alors que certains trouvent tout simplement que l’édifice dénature le paysage, d’autres estiment que la cabane est bien trop confortable et craignent de perdre la bonne vielle at-

Encore fermée au public cet hiver, vous pourrez vous rendre à la cabane dès le mois de mars 2010. Vous y croiser peut-être des étudiants de l’EPFZ puisque la construction va servir de laboratoire en ingénierie du bâtiment. Quant à l’ancienne cabane elle sera tout simplement dynamitée… est-ce vraiment durable ?

Pour terminer j’aimerais citer cet extrait d’article publié dans la revue Reflex : « sur les 70 vols d’hélicoptères annuels effectués pour l’ancienne cabane, 50 apportaient la nourriture. Convaincre les randonneurs de porter sur le dos ce qu’ils veulent manger: voilà peut-être le dernier défi de la cabane Monte Rosa. »

Lucien Grangier

IMPRESSUM: paru le 14 décembre 2009 éditeur: FGSE comité de rédaction: Timothé Caron et Yann Demont page de couverture Yann Demont ont collaboré à ce numéro: Lucien Grangier, Paris Kiritsis, Mikhaël Schwander, Yann Demont, Timothé Caron, Pietro Bugnon, Nadia Panchaud et l’équipe de www.geos-blog.com mise en page et graphisme: Nadia Panchaud, Yann Demont Timothé Caron impression: Images3 Impression Numérique SA, ch. de Renens 52, 1016 Lausanne tirage: 300 exemplaires contact et publicité: L’Irrégulier, Faculté des Géosciences et de l’Environnement, Amphipôle, Université de Lausanne, 1015 Lausanne. lirregulier@unil.ch www.unil.ch/irregulier

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Le Bhoutan et le bonheur Connaissez-vous le Bhoutan ? Que ce soit le cas ou non, voici de quoi en savoir un peu plus sur un pays qui, encore à l’abri des intérêts et des enjeux, échappe aux marées de l’information médiatisée occidentale. C’est donc une occasion de regarder d’un peu plus près ce qui se cache entre les vastes taches colorées que forment sur les cartes les grands pays de ce monde. Ainsi que de remarquer que les bonnes idées en matière de développement ne viennent pas seulement de grands pays dispensateurs de l’aide humanitaire, mais aussi de petits pays comme le Bhoutan. Pays qui, en remettant en doute le rôle de seul guide possible sur les chemins du progrès que se sont arrogé les pays du Nord, a créé son propre indicateur, le Bonheur National Brut. À première vue, la très maigre présence médiatique du Bhoutan est compréhensible. En effet, le pays, qui fait à peu près la taille de la Suisse, est coincé entre l’Inde et la Chine, dont la réputation n’est plus à faire. La situation géographique du Bhoutan contribue à son isolement. Situé dans le sud-est de l’Himalaya, le pays est principalement montagneux et difficilement accessible, une seule route fait la liaison avec l’Inde. Entre la frontière Sud avec l’Inde et la frontière Nord avec la Chine (ce qui représente 150 km), il y a un dénivelé colossal de 7000 mètres environ. Sur tout ce véritable escalier de l’Himalaya sont nichés des paysages de grande variété et de nombreux écosystèmes différents. Pour les principales institutions monétaires, FMI Banque Mondiale, le Bhoutan est clairement considéré comme un pays sous-développé. Terme qui verse dans l’ethnocentrisme. En effet, les institutions occidentales ayant le monopole de la définition du développement, elles l’associeront plus volontiers avec la quantité de richesse qu’un pays produit et son PIB. De plus, les Bhoutanais vivent sous une monarchie héréditaire. Ce qui, pour le

monde occidental, relève du moyenâge. Cependant, depuis 1998, le roi Jigme Singye Wangchuck a opéré volontairement une transition vers un état démocratique. Il a abdiqué en 2006 en faveur de son fils Jigme Namgyel Wangchuck. Celui-ci accéléra le changement, pour aboutir, en mars 2008, à la mise en place d’élections législatives. Le Bhoutan reste donc inconnu du grand public, éclipsé par ses voisins, phares médiatiques du XXIe siècle. Pourtant, c’est dans ce petit pays qu’est née une idée originale en matière de

développement. En 1972 paraît une étude sévère relevant le faible développement du pays. Basée en grande partie sur des mesures de la performance économique, métronomes de ce développement, la situation ne pouvait être effectivement brillante. Arguant que la méthode est lapidaire en termes de perception réelle de la qualité de vie des Bhoutanais, le roi proposa en 1972 une alternative à l’un des indicateurs du système de mesures du développement utilisé jusqu’alors par les pays développés, le produit national brut (PNB). Le PNB représente la production de biens et services d’un pays en une année. À cet indicateur le roi oppose donc un nouveau concept, le Bonheur National Brut (BNB), qui lui se base sur des facteurs différents. Ceux-ci contribueraient plus largement au bonheur d’un peuple que la simple richesse matérielle. Ce sont les suivants : la croissance et le développement économique ; la conservation de la culture ; la sauvegarde de l’environnement et l’utilisation durable des ressources ainsi qu’une bonne gouvernance responsable de la part du gouvernement.

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S’il reste difficile de mesurer objectivement le bonheur d’une population, on peut imaginer que ces quatre principes se rapprochent d’une idée du développement plus précise que les indicateurs de base utilisés ailleurs. L’intérêt de cette petite révolution au niveau du référentiel de mesure du progrès est clair. Pour permettre le développement et contribuer au bonheur, on ne va plus seulement œuvrer à développer l’économie. La préservation de la culture, de l’environnement et des traditions sera au cœur des politiques en vue du progrès général. Depuis sa création, la notion de BNB s’est répandue. Hier considérée comme utopique, abstraite et sans fondements scientifiques, elle est aujourd’hui le sujet de conférences organisées par le gouvernement bhoutanais ainsi que par divers instituts économiques. Pierre Bourdieu, grand sociologue français parlait lui aussi de la nécessité de se rapprocher d’une « économie du bonheur », qui prend en compte dans ses calculs non seulement les coûts monétaires, mais aussi les coûts sociaux et environnementaux. (1) Pourtant, la situation actuelle du Bhoutan reste celle d’un pays isolé, ancré dans sa culture, et principalement en paix. Depuis 1987, le pays se protège des crues touristiques d’été, en imposant une taxe de séjour d’environ 200 francs par jour de résidence (!), ainsi qu’en étant desservi par une seule compagnie aérienne dans un seul aéroport. Il n’attire par conséquent qu’une clientèle de luxe ainsi que des amateurs d’écotourisme disposés à traverser la moitié du monde en avion pour voir les paysages préservés de la région. De plus, la télévision, n’a fait sa triomphale entrée au Bhoutan qu’en 1999, aboutissement de sa conquête planétaire, le Bhoutan ayant été le dernier pays sans TV du monde jusqu’à cette date. Entrée accompagnée de son lot de hausse de la criminalité, atomisation familiale,


5 et occidentalisation d’une société aux traditions très riches et variées et surtout préservées depuis des siècles. Fatalement, les programmes diffusés sont ceux des chaînes internationales, américaines, indiennes ou encore coréennes. Il n’y a qu’une seule chaîne nationale. Depuis cette arrivée, le directeur du département de l’information et de la communication a regretté cette arrivée : « Avec le recul, nous regrettons un peu d’avoir ouvert le pays si tôt, la société bhoutanaise n’était pas prête ». Il juge son impact « plus négatif que positif ».(2) La situation politique du Bhoutan est particulière. Pour des raisons historiques, l’Inde gère les affaires extérieures du pays en échange d’une noningérence dans les affaires intérieures. Comme dit précédemment, jusqu’à peu le roi était le lieu géométrique du pouvoir dans le pays. Ce qui semblait convenir aux Bhoutanais qui se sont quand même rendu aux urnes ce mois de mars 2008 pour élire des parlementaires. Une certaine incompréhension, voire un peu d’inquiétude, s’est fait sentir au sein de la population qui ne voyait pas l’utilité de ces élections, qui vont à l’opposé de leurs traditions. Certains avoueraient même avoir voté uniquement parce que c’était là le vœu du roi. Alors la démocratie n’est-elle pas nécessaire au bonheur des Bhoutanais ou a-t-elle juste été mal importée, mal comprise ? Le Bhoutan offre l’occasion de voir si une démocratie même non désirée par le peuple, s’avère être le système de gouvernance parfait. La préservation de l’environnement, autre trait particulier du pays, est garantie par le gouvernement bhoutanais ainsi que par la population elle-même. Selon les buts fixés, 60 % du territoire doit rester boisé et 23 % de la surface du pays est protégée. Cet attachement des Bhoutanais à leur terre n’est pas le fruit d’une prise de conscience récente, il a toujours existé. Il découle du lien très étroit entre environnement, culture et religion présent dans les mentalités. Contrairement à chez nous, l’écologisme au Bhoutan ne vogue pas au gré des brusques courants de la mode. Là bas c’est un état de fait, ancré dans les esprits.

La situation du pays n’est pas idyllique comme le laisserait penser jusque-là cet article. Un des principaux sujets de tension, est celui du nombre exact d’habitants, non cité jusque-là. Il y a presque autant de chiffres que de sources. Le nombre officiel est d’environ 700’ 000 habitants, officieusement la population atteint 2,1 millions. La différence vient du fait que le pays accueille beaucoup d’immigrants, dont une majorité de népalais. Ces migrants ne sont pas considérés comme des citoyens à part entière, c’est pourquoi le gouvernement ne les compte pas dans ses recensements de population. Leurs droits sont souvent variables. Dans les années 80 et 90 les ethnies minoritaires ont été victimes d’une campagne de bhoutanisation : où l’on interdit la langue népali dans les lieux publics, le port des vêtements traditionnels bhoutanais devint obligatoire. Beaucoup de Népalais ont été contraints au départ, ils se sont réfugiés dans des camps des Nations Unies et sont considérés depuis comme apatrides. Le Bhoutan considérant qu’ils ont déshonoré le pays ne les accepte plus sur son sol. Leur retour est sujet à négociations entre le Népal et le Bhoutan, mais pour l’instant les discussions n’ont pas apporté d’avancées concrètes. Alors finalement le Bhoutan est-il le dernier village qui résiste toujours et encore au monde des échanges globalisés ? Difficile à dire : s’il s’en protège, il s’en rapproche en même temps. Est-ce par désir ou par contrainte ? Dans tous les cas, c’est le temps des grands changements pour les Bhoutanais, qui voient arriver chez eux, de plus en plus nombreux, des objets, purs produits de notre civilisation occidentale. En Europe nous avons eu droit à 50 ans pour voir passer la télévision du stade de grosse boîte en noir et blanc, aux écrans hyperfins et hyper colorés. À chaque étape de progrès technologique, notre esprit et nos habitudes ont eu un temps d’adaptation décent. Les Bhoutanais eux, voient apparaître chez eux, du jour au lendemain, de bien curieux objets complètement déconnectés de leur réalité. Pourront-ils s’adapter ? Garder leurs habitudes et leurs traditions intactes

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tout en passant leurs soirées devant la télévision, irrésistible attractrice des regards et des pensées ? Chanteront-ils les mêmes chansons après le passage du rouleau compresseur MTV(3) ? Ces prochaines années seront l’occasion pour les adeptes du libéralisme mondial, d’observer l’impact de l’exportation des produits d’Europe et d’Amérique, démocratie comprise, dans la vie de gens brusqués par toutes ces arrivées. À mon avis, le plus grand mérite de ce petit pays presque inconnu est d’avoir essayé de s’opposer à la mainmise des pays du nord sur la notion de développement. En leur montrant que le bonheur ne se mesure pas uniquement par la richesse. « L’argent ne fait pas le bonheur », la formule est facile, de là à en faire l’indicateur principal du développement, l’effort est considérable. Si les notions de Bonheur National Brut ou encore d’économie du bonheur chère à Pierre Bourdieu avaient bénéficié d’un écho plus fort, cela aurait pu saper certains élans de l’uniformisation du monde, au profit d’une recherche de développement ciblée et en accord avec les traditions de chaque pays. Malheureusement, il semble qu’à ce jour, ce soit toujours sous des conditions FMIstes qu’un pays se voie fortement contraint de se développer. Si vous ne devez tirer qu’une seule conclusion de ce petit article, que ce soit au moins celle-là ; ne vous rendez pas au Bhoutan pour vos prochaines vacances ! (ni pour les suivantes d’ailleurs) Que ce soit pour le bien de votre budget, ou mieux, pour le bien des Bhoutanais.

Paris Kiritsis (1)Pierre Bourdieu, Contre-feux (2) http://www.ecrans.fr/La-tele-jusquau-Bhoutan,3758.html (3) La chaîne musicale a finalement été censurée, jugée non nécessaire...


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Monsanto vous souhaite bon appétit ! Il était une fois un monde sans famine Un monde avec une agriculture saine et responsable, où les paysans sont respectés, où la science préserve l’environnement et où le progrès se met au service de l’homme. Bref, un monde que nous serions stupides de refuser. Bienvenu mesdames et messieurs dans le monde merveilleux de Monsanto. Et oui Monsanto. Avec ses plantes génétiquement modifiées résistantes aux herbicides nonsélectifs et pourtant totalement inoffensives. Quel miracle de la science moderne ! Plus besoin de se soucier des mauvaises herbes et des insectes, il suffit simplement de déverser le fameux herbicide total de Monsanto « Roundup » sur les champs d’OGM et le tour est joué. Moins de pulvérisations sont nécessaires et un rendement supérieur aux plantes est assuré. Mais alors pourquoi l’utilisation des produits de cette entreprise est sujette à tant de controverses ? Les agriculteurs et consommateurs ont-ils des raisons craindre ces produits qui révolutionnent l’agriculture ou font-ils preuve d’obscurantisme ? Faisons tout d’abord un bref retour dans le passé. Nous pouvons clairement dire que cette transnationale n’a pas fait preuve de la plus grande humanité et de l’éthique la plus irréprochable quant aux effets de l’utilisation de ses produits, quel qu’en soit le domaine ou le but visé. À partir des années trente, Monsanto devient fabricant de PCB, utiles dans la fabrication de plastiques, caoutchouc et autres fibres de synthèse. Les brevets sur ces PCB lui permettent de rapidement devenir le leader mondial sur ces composants chimiques. Monsanto fut averti depuis

1937 de la haute dangerosité de ces composants à la suite d’une étude scientifique dont les résultats furent présentés lors d’une réunion à l’université de Harvard. Réunion à laquelle de nombreux producteurs de PCB furent invités. Il y est statué que les PCB sont des composants hautement cancérigènes et bioaccumulateurs, c’est-à-dire qu’ils résistent aux dégradations biologiques naturelles et qu’ils s’accumulent dans les tissus vivants, tout au long de la chaîne alimentaire. Pas besoin donc d’être ouvrier pour y être exposé, même le nourrisson y passe avec le lait maternel. Monsanto multipliera dès lors les campagnes de désinformation envers ses clients et faussera ses études afin de protéger les intérêts et l’image de l’entreprise. Par ailleurs, ce cas de désinformation n’est pas isolé. Monsanto a notamment gardé secrètes des informations sur la toxicité du désherbant qu’elle vendit à l’armée américaine lors de la guerre du Vietnam. Ce désherbant, plus communément appelé « agent orange » était déversé sur les forêts afin d’empêcher l’armée du Viêt-Cong de se cacher. Évidemment, la population Vietnamienne ainsi que les soldats de l’armée américaine furent massivement exposés à la dioxine. Actuellement les estimations de malformation à la naissance sont de 150’000 et 800’000 personnes au Vietnam sont supposées être malade par la faute du déversement de cet herbicide. Est-il donc possible de faire confiance à une aux graines miraculeuses de cette entreprise lorsque l’on sait ce qu’elle fut capable de cacher pour répondre à ses enjeux commerciaux ? Leurs produits rapportent toutefois beaucoup d’argent à l’agriculture intensive. C’est probablement cet argument qui permet à la multinationale de

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vendre ses graines, et ses bidons de Roundup qui vont avec, pour couvrir 110 millions d’hectares de cultures. Cela fait désormais plus de 10 ans que ces aliments génétiquement modifiés sont consommés à grande échelle, principalement en Amérique du Nord. Alors avant de crier au loup pourquoi ne pas observer les résultats ? Aux États-Unis, premier producteur de plantes génétiquement modifiées, la population n’a à première vue pas l’air de se plaindre. La majorité de la population a foi en cette technologie et en ses concepteurs et les rendements pour les cultures concernées (principalement le maïs, le soja et le coton) ont augmenté. Il y a toutefois des problèmes dans l’arrière-boutique. Les agriculteurs ne respectent pas du tout les mesures de prudence à la dissémination des gènes modifiés dans le milieu naturel et à la possible résistance des pesticides par les insectes « nuisibles ». Ces mesures de prudence consistent à cultiver des plantes non modifiées en bordure du champ, appelées zones refuges, afin d’éviter la dissémination dans les champs voisins. Les producteurs ne respectent pas ces conformités par la forte pression des prix liés à la crise alimentaire récente. En terme de santé publique, un argument est sans cesse répété par l’industrie agrochimique : « si les OGM étaient nuisibles, après 10 ans de consommation, cela se verrait. » On ne peut qu’être en admiration face au fondement scientifique derrière ce constat pertinent. Effectivement, la mortalité n’a pas augmenté de façon brutale dans le pays. Il n’y a toutefois aucune analyse pertinente de la variation de l’état de santé entre une population non consommatrice d’OGM et une population qui en consomme. En outre,


7 l’état de santé de la nation américaine n’est pas exemplaire. Le taux de mortalité infantile est supérieur à celui de la France par deux fois et l’espérance de vie moyenne en est inférieure. Il n’y a donc aucune preuve que les OGM ne soient pas en partie responsables de cette légère dégradation de l’état de santé nationale. Qu’en est-il de la situation des pays du tiers-monde ? Prenons l’exemple de l’Inde, avec le coton Bt, une plante génétiquement modifiée, avec des toxines de la bactérie du sol Bacillus thuringiensis incorporées directement dans la plante, qui permettent théoriquement de tuer les prédateurs parasites sans même avoir besoin de répandre de l’herbicide. Il s’avère malheureusement que cette variété est un véritable échec. Les insectes s’adaptent bien plus rapidement que prévu à cette variété censée les empoisonner. Ce coton planté sur 9 millions d’hectares est considéré comme mort par les paysans. Les bulbes sont ravagés par les insectes. Résultat, les plantes plus chères à l’achat s’avèrent inefficaces et les paysans se retrouvent finalement réduits à répandre l’insecticide théoriquement inutile, afin de sauver les restes de leur récolte. C’est de cette façon que des centaines de milliers de paysans indiens se retrouvèrent dans la spirale de l’endettement. Après avoir emprunté à des usuriers, après avoir vendu une part de leur terre pour amortir les coûts des mauvaises récoltes, 25’000 d’entre décidèrent de mettre fin à leurs jours, trouvant la honte de l’échec trop lourde à porter. Partons maintenant vers l’Argentine, 2ème pays producteur de cultures génétiquement modifiées au monde. Les premières semences de soja Roundup Ready (qui résistent à l’herbicide Roundup) furent plantées en 1996. Aujourd’hui, deux constats sont observables. D’un côté, la croissance économique se fait ressentir, de l’autre, nous pouvons clairement parler d’une détérioration sociale et sanitaire sans précédent dans le pays. L’Argentine était utilisée comme région test de production des semences de Monsanto. Les semences n’étaient pas brevetées dans le pays et l’herbicide

était vendu au tiers du prix du marché. Ceci arrangeait tout de même bien les affaires des agriculteurs argentins qui pouvaient se revendre les graines entre eux sans risquer la prison pour utilisation non autorisée de produit breveté, comme c’est le cas dans d’autres pays. Aujourd’hui, plus de quinze millions d’hectares de soja RR sont cultivés dans le pays. Si le gain financier est présent, grâce à la hausse constante du cours du soja depuis 2000, la détérioration écologique et sanitaire des zones rurales du pays est sans précédent. La déforestation massive liée à cette culture ainsi que l’utilisation du Roundup conduisent à un appauvrissement progressif de la pampa argentine,

Photo : Y. Demont

zone la plus fertile du pays. La santé publique dans les zones rurales, en particulier la santé des agriculteurs, est également très mauvaise, avec encore une fois, pour cause le fameux Roundup. Certes, le Roundup est nocif partout, mais particulièrement pour les paysans des pays en voie de développement n’ayant pas les moyens ou l’information pour se protéger de l’exposition de ce produit. Les agriculteurs se retrouvent donc avec des sols moins riches qu’auparavant, contraints d’acheter plus d’engrais, ce qui compense très rapidement la plusvalue gagnée par la hausse temporaire du rendement. Les paysans se retrouvent donc rapidement dépassés par le bouleversement de leurs méthodes de culture et se retrouvent parfois contraints de cesser leur activité, sous la pression de la concurrence des domaines agricoles plus sophistiqués. Ce qui conduit à un autre constat négatif, la baisse du nombre d’exploitants agricoles, malgré l’augmentation de surface de plantation. Nous voyons encore une fois que les OGM ne profitent pas à tout le monde. Leur situation

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sanitaire est également altérée, avec entre autres choses, de sévères problèmes cutanés, rénaux, intestinaux et respiratoires. Résultat des course, l’Argentine se trouve dans une situation d’accroissement de la monoculture, avec des risques économiques et sociaux importants à long terme, une part de petits exploitants agricoles qui diminue comme peau de chagrin, des sols qui s’appauvrissent, des nappes phréatiques intoxiquées par les pesticides et herbicides, ainsi qu’une population rurale en mauvaise santé. C’est dans ce genre de situation que l’on constate les effets néfastes d’une accaparement du marché par l’industrie agro-chimique. Nous voyons clairement que le rêve de produire des matières premières agricoles à moindre coût grâce aux OGM relève du mythe. Certes les rendements peuvent, dans certains cas, être plus élevés, mais les mises au point coûteuses de ces semences par l’industrie agro-alimentaire sont commercialisées dans le but premier, non pas de nourrir le tiers-monde ou d’améliorer la qualité écologique des cultures, mais de massivement rentabiliser les investissements de la recherche agro-chimique. Dans une situation où il ne sera possible de faire marche arrière que par des législations internationales drastiques, la question n’est plus tant de savoir si la recherche dans la manipulation génétique de végétaux peut, dans le meilleur des mondes, améliorer la situation alimentaire des plus démunis. La question est plutôt de savoir si ce n’est pas encore une fois un bon moyen pour les détenteurs de capitaux de maximiser leurs investissements par le biais de brevets sur le vivant et de produits dérivés aboutissant à une obsolescence volontaire, au détriment de la population des pays pauvres qui subissent les conséquences d’une nouvelle révolution verte non légiférée... Sur ce, Bon appétit !

Timothé Caron


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Greensburg, le nouveau rêve américain ? « Better, greener, stronger » Petite ville américaine de 1500 habitant,s au cœur des plaines, Greensburg a été touchée en 2007 par une tornade dévastatrice. C’est dans la soirée du 4 mai que le phénomène météorologique de puissance F5 (maximum sur l’échelle de Fujita) d’un diamètre de 2.7 kilomètres a littéralement rasé la ville ; 95% des bâtiments ont en effet été détruits. Au lendemain de la catastrophe, un autre danger menaçait la ville. Beaucoup de gens ayant tout perdu dans la catastrophe hésitaient à revenir vivre à Greensburg, une ville agricole où l’avenir n’était plus très prometteur. Pour un certain nombre de personnes, il a été rapidement évident qu’il fallait reconstruire la ville. Mais, afin de faire revenir les habitants, la reconstruction devait lui rendre une attractivité encore plus importante. Les autorités se sont rapidement rendu compte que

le fait qu’il ne restait rien représentait aussi une opportunité intéressante de revoir complètement le plan de la ville et de reconstruire « mieux » qu’avant. C’est ainsi qu’est née l’idée de bâtir une ville verte. Il s’agissait d’un pari osé, car construire «  vert  » entraîne un coût plus élevé. Il fallait réussir à convaincre les habitants que, malgré les investissements de départ élevés, il serait bénéfique à long terme de rebâtir tout en limitant l’impact sur l’environnement. Il ne restait aux autorités qu’à donner l’exemple, ce qu’ils ont fait avec brio ! Il a donc été décidé de reconstruire tous les bâtiments publics en respectant le label LEED Platinum (Leadership in Energy and Environmental Design). Il s’agit d’un label permettant de certifier les bâtiments « verts » ; Platinum est le degré le plus élevé possible.

Greensburg, GreenTown Une organisation, nommée « Greensburg, GreenTown  », à but non lucratif, a été fondée pour la reconstruction de la ville. Sa mission est de « fournir l’inspiration et le leadership pour le comté de Kiowa, avec pour objectif d’être un modèle de vie durable pour le monde  ». L’organisation permet notamment de récolter des dons, car les aides à la reconstruction du gouvernement et le budget de la petite ville sont insuffisants pour financer la réalisation de tous les projets en cours. Il n’a pas été facile non plus de persuader tous les habitants de reconstruire leur maison dans le respect des normes écologiques, ceci principalement pour des raisons financières. Mais globalement, les «Greensburgeois» ont joué le jeu à des degrés divers. Une chose est certaine toutefois beaucoup de personnes ont découvert l’écologie ; jusque-là, ils pensaient que ce mot était synonyme de « treehugger » (littéralement, embrasseur d’arbres). Ce projet de ville verte a permis de redonner une seconde vie à cette petite ville vivant essentiellement de l’agriculture. En effet, la population diminuait depuis quelques années ; les jeunes n’y voyant pas d’avenir quittaient la ville pour leurs études et n’y revenaient pas. Aujourd’hui plus de deux tiers des habitants sont de retour (un pari qui n’était pas gagné d’avance au lendemain de la catastrophe). Greensburg est devenue en quelque sorte un laboratoire, une vitrine des nouvelles technologies «  vertes  » ou encore un outil de marketing. Plusieurs entreprises ont décidé de venir s’y implanter en construisant, bien entendu, des bâtiments LEED. Les premiers furent General Motors et John Deere (leader dans les machines agricoles).

Photo : http://mkeating52.files.wordpress.com/

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9 Beaucoup de compagnies participent à l’aventure. Celles-ci travaillent dans différents secteurs, de la réalisation de panneaux solaires à la grande distribution en passant par la construction automobile. Chacun contribue au projet à sa manière, notamment par des donations, dont certains ont atteint $ 50’000 . Grâce à cet engouement collectif, nombre de projets ont été réalisés ou sont en cour de réalisation. Il est vrai que posséder son siège, une succursale ou encore une usine dans la première ville verte des États-Unis est aujourd’hui un atout pour l’image de l’entreprise. Diverses initiatives sont régulièrement prises pour rendre la ville encore plus attractive. Récemment, un concours d’architecture a été organisé. « The Chain of Eco-Homes  » est un projet dont l’objectif est de construire une douzaine de maisons « modèles » de différentes dimensions à Greensburg. Chaque habitation sera utilisée comme «  laboratoire vivant  » testant diverses techniques de constructions, offrant différents prix et caractéristiques d’efficacité énergétique. Chaque construction sera unique et pourra être utilisée comme un centre d’information et un logement écologique où les gens pourront expérimenter la «  vie verte  ». Ces maisons seront également utilisées pour étudier comment chaque technologie de construction se comporte et évolue dans des conditions réelles. Elles permettront également de calculer les économies d’énergies obtenues grâce à ces innovations. Il s’agit du premier projet de ce type aux États-Unis. Il constitue un élément important pour le succès du processus de reconstruction de Greensburg. Ces éco-habitations ne vont pas seulement permettre aux habitants de Greensburg de découvrir des moyens pour bâtir leur propre demeure; elles contribueront également au développement de l’éco-tourisme et pourront ainsi être une source de revenus pour la communauté. GreenTown est d’ailleurs en train de mettre en place un tour de ville guidé pour permettre aux visiteurs de découvrir l’histoire de la ville, les

différents projets en cours et présenter toute une série d’informations et astuces sur l’écologie.

l’orientation «verte».On peut pratiquement affirmer aujourd’hui que le projet est en voie de réussite même si la tâche est loin d’être terminée.

Photo : http://www.volunteerksumanhattan.org

Un autre projet d’envergure, actuellement en cours à Greensburg est la construction d’une dizaine d’éoliennes non loin de la ville. La première a été inaugurée récemment, un événement auquel les habitants ont été conviés. La ferme éolienne devrait être opérationnelle dès mars 2010. On peut aussi relever d’autres projets de moindre envergure, mais non négligeables pour autant. Il s’agit par exemple d’un programme de prêt de vélo ou de programmes de promotion des produits locaux. Une base de données créée récemment regroupe tous les bâtiments verts, construits ou en construction, qu’ils soient résidentiels, publics ou commerciaux. On peut par exemple y découvrir des récits de famille ayant vécu l’aventure de la reconstruction de leur habitation. En août 2009, il y avait 4 bâtiments LEED achevés et 5 autres en passe d’obtenir la certification. Greensburg est un bel exemple de volonté de reconstruire en tenant compte de l’évolution et des «erreurs» du passé. Il est vrai que la destruction de la ville a grandement favorisé

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Mais il est utile de relever qu’avec de la volonté et surtout une communauté grandement engagée, beaucoup de choses sont soudain possibles. En moins de trois ans, une grande partie de Greensburg a déjà été reconstruite et l’avenir s’annonce plutôt prometteur.

Mikhael Schwander


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Birmanie, le sourire et le fusil ! Le paradoxe d’un pays à découvrir Dès son arrivée à l’aéroport de Rangoon, le voyageur est frappé de plein fouet par cette avalanche de sourires. Des hommes, des femmes, des enfants, tous accueillent dans leur pays les étrangers avec un profond respect et des yeux pétillants. La gentillesse du peuple birman frappe n’importe quel touriste en vadrouille, et marque à jamais le cœur d’un voyageur. Mon cœur a été marqué au fer rouge par cette chaleur humaine et a fait de la Birmanie, un des pays qui m’attirent le plus. Par deux fois, j’ai foulé cette terre d’Asie du Sud-Est, et par deux fois mes découvertes y ont été magnifiques et terrifiantes. La Birmanie (ou Myanmar) est située au nord-ouest de la Thaïlande et possède des frontières communes avec cette dernière, ainsi qu’avec l’Inde, le Bangladesh, la Chine, et le Laos. Cette ancienne colonie anglaise de près de 48 millions d’habitants

militaire et s’empare du pouvoir, ce qui donne lieu à la situation actuelle : une dictature militaire en place depuis 47 ans. De ce fait nait un débat légitime autour de ce pays: aller ou non en Birmanie  ? En effet, chaque voyageur qui s’apprête à pénétrer dans cette nation, devrait intimement se poser la question, et y répondre, avant même de faire une demande de visa. D’un côté, il est impossible de voyager là-bas sans donner un sou au gouvernement, ce qui évidemment est rebutant. Mais il est possible d’aborder le problème dans un autre sens. On peut essayer en tant que touriste responsable, de minimiser cette somme en n’utilisant que des compagnies de transport privées, des auberges non gouvernementales, ou encore essayer de ne pas payer les entrées officielles pour certains hauts lieux touristiques (si si, c’est possible). Il me semble que si l’on respecte certaines règles d’un tourisme responsable, il est possible d’apporter du bon dans ce pays.

écoutée et simplement considérée, alors que si les touristes ne venaient plus, elle se sentirait délaissée. Étant donné le climat ambiant, il n’est pas très facile d’aborder les sujets politiques avec les Birmans. Les espions du gouvernement sont partout, et les sanctions très lourdes. Cependant, il m’est arrivé de parler plusieurs fois de sujets difficiles avec certains habitants. La plus forte de mes rencontres fut à Sipaw, une petite ville dans l’état Shan (nord-est). J’avais réussi à entrer en contact avec la femme du dernier prince Shan de la région, qui est emprisonné. Elle m’avait accueilli dans son palais (modeste maison coloniale) et avait accepté de répondre à toutes mes questions et de parler de la situation. Nous avions eu une discussion très émouvante, sur son mari bien sur, qui était à la prison de Mandalay et qui avait droit à des visites une fois par mois. Mais elle m’avait également bien expliqué comment fonctionnait l’espionnage du peuple par le peuple. Les récompenses attribuées pour la délation sont tellement élevées, que les familles pauvres cèdent facilement à la dénonciation pour nourrir leurs enfants. Nous avons aussi abordé la haine de la population pour les soldats. En effet, chez presque tout le monde, la simple vue d’un uniforme dégoute. Mais l’ambigüité vient du fait que sous l’uniforme, se trouvent desBbirmans. Des enfants des rues, des pauvres, des personnes qui n’ont rien, souvent récupérés à l’âge de 8-10 ans par la junte pour en faire des soldats. La haine se dirige donc particulièrement vers l’uniforme et le gouvernement.

Photo : Y. Demont

prend son indépendance le 4 janvier 1948 et devient une démocratie parlementaire. Malheureusement, en 1962, le général Ne Win fait un coup d’Etat

Pour ma part, les rencontres incroyables que j’ai faites en Birmanie n’ont fait que confirmer ma conclusion, à savoir que la population se sent

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Une haine qui, le 08.08.1988 se traduisit par des protestations pacifistes, qui se soldèrent par la mort de plus de 3000 civiles. En 2007 de nouveau, la population et les moines descendi-


11 rent dans la rue, armés d’idéaux et de slogans, et se firent durement réprimés, à coups de fusils et de bâtons.

la richesse et la joie de vivre. Comme s’il fallait compenser la laideur de l’armée par la beauté du sourire.

Mes voyages en Birmanie m’ont toutefois apporté tellement de beauté et d’apaisement, qu’il est difficile de comprendre comment deux extrêmes peuvent continuer à exister en un seul

Et heureusement, il existe certains havres où l’armée ne va pas, ou des familles vivent momentanément en paix. Dans les environs de Sipaw, à environ deux jours en moto, se trouve

leur avenir, recevoir des conseils, ou encore parler de leurs problèmes. Je me rappellerai toujours de l’accueil de ce vieillard, qui nous a offert le gite et le couvert malgré nos différences. À travers cet article, je voulais simplement partager ma vision d’un pays, d’un peuple, d’une expérience… Je ne peux que vous encourager à aller voir de vos propres yeux cette région, à aller sentir l’odeur de l’encens, à aller vous remplir le cœur de sourires birmans… Simplement, je vous en prie… un questionnement doit précéder le départ, une interrogation de soi-même est nécessaire, tant un mauvais tourisme peut faire du mal, et tant l’image que l’on dégage de l’occident en Birmanie doit être bonne…

Yann Demont Photo : Y. Demont

et même pays. Il faut, je crois, dissocier deux choses fondamentales : le gouvernement et la population. Une population qui, comme pour contrebalancer ces horreurs gouvernementales, pousse à l’extrême la gentillesse,

un sommet plus haut que les autres. Sur ce sommet vit toute une famille, dont le doyen est astrologue. Tous les habitants des villages voisins entreprennent donc des pèlerinages pour lui apporter des cadeaux et connaître

Deadline pour le prochain numéro 4 Avril 2010

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Rénovation et Durabilité : l’exemple du Dana Building Alors que le projet Geopolis pour le nouveau bâtiment des GSE et des SSP est en route, je vais vous parler ici d’un projet de rénovation un peu différent qui montre ce qu’une faculté dans le domaine de l’environnement peut faire quand elle doit rénover son bâtiment principal. Pour cela, traversons l’Atlantique pour nous rendre sur le campus principal de l’Université du Michigan à Ann Arbor pour découvrir le bâtiment de la faculté des ressources naturelles et de l’environnement. À première vue, le bâtiment n’a rien de spécial et se fond parfaitement dans le décor de briques et de lierres du campus ; cela est trompeur. Mais reprenons depuis le début. Historique et projet À la fin du XXe, la faculté des ressources naturelles et de l’environnement est trop à l’étroit dans ses locaux qui datent de 1903 et qui nécessitent une rénovation complète allant de l’électrique à la plomberie. La faculté veut alors en profiter pour appliquer les principes qu’elle enseigne tout en augmentant la surface disponible pour des salles de classe et des bureaux. En 2004, après 5 ans de processus et de travaux, le « Samuel T. Dana Building » a fait peau neuve et a subi de nombreux changements. La cour intérieure est devenue un espace d’intérieur, illuminé par un immense atrium et un quatrième étage a été ajouté, ce qui a fait gagner 20 % de surface utile. Le projet avait pour but d’augmenter l’efficacité énergétique du bâtiment, d’améliorer la gestion de l’eau et de l’air à l’intérieur de celui-ci et de prendre en considération le cycle de vie des matériaux utilisés à travers un grand effort de recyclage et de réutilisation des matériaux de démolition. Énergie et eau Entre panneaux solaires (30kW de photovoltaïque) et utilisation de l’éner-

gie passive du soleil grâce à l’atrium, associé à des détecteurs de mouvements pour l’éclairage et les robinets, le bâtiment est très économe en électricité provenant d’énergies fossiles. Les murs ont été isolés et durant l’hiver rigoureux du Michigan, cela permet de grands gains d’énergie. Dans les grands auditoires, la climatisation, commodité si appréciée par les Américains, mais très gourmande en énergie, a été remplacée par des tuyaux en cuivre qui font circuler de l’eau froide dans le plafond. En plus de l’efficacité énergétique due au fait que l’eau est un meilleur agent de transfert thermique, il est agréable de ne pas avoir le bruit constant de la climatisation pendant les cours. La tuyauterie a été intelligemment pensée pour économiser l’eau, mais l’attraction principale du bâtiment pour les étudiants du campus sont les toilettes sèches réparties sur les différents étages en addition aux toilettes traditionnelles. Plus une publicité pour le bâtiment qu’une réelle économie d’eau, elles permettent néanmoins de faire connaître la spécificité de celui-ci en dehors de la faculté. Néanmoins, le bâtiment utilise maintenant 30 % d’énergie et d’eau en moins. Recyclage et réutilisation Un aspect important de la rénovation fut la gestion des déchets de l’ancien bâtiment, surtout lorsque l’on sait que les déchets de construction représentent entre 25 et 30 % des déchets aux USA. Les anciens tableaux noirs ou blancs ont été conservés pour être remis dans le bâtiment rénové. Les briques ont été nettoyées et conservées pour être réutilisées lors de la rénovation, les fenêtres de la cour intérieure furent données à un centre de recyclage à but non lucratif et une partie de l’ancienne charpente a été transformée en meubles pour les différentes salles communes du bâtiment. Les anciennes portes furent rénovées et remises en place.

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Lors du choix des matériaux, tels que moquettes, catelles sur les murs des toilettes, sièges dans les auditoires, couverture du sol dans les couloirs, meubles dans les bureaux, l’accent e était mis sur des produits recyclés. « Spirit » du bâtiment Certes, toutes ces améliorations technologiques incorporées dans une rénovation réussie qui a su garder l’âme du lieu font de ce bâtiment un champion de la durabilité : c’est en tout cas ce que disent tous les certificats affichés sur les murs qui prouvent que ce bâtiment a gagné des prix de « sustainability » ou qu’il est approvisionné par l’énergie éolienne et solaire. Mais, à mon avis, la plus grande réussite de cette rénovation fut de construire un lieu où il fait bon étudier et travailler avec une atmosphère que l’on ne retrouve nulle part ailleurs sur le campus et le tout en gardant la structure d’origine du bâtiment. Autre particularité, le bâtiment est entouré par des plantes natives de l’état du Michigan, ce qui permet aux étudiants d’observer la flore locale directement. Imaginez ce que cela aurait été d’avoir toute la flore de Suisse à Dorigny pour le cours de Végétation de Suisse... La faculté profite également de mettre en avant ces principes en organisant des visites et animations pour les écoles à l’intérieur du bâtiment. Les murs de celui-ci sont d’ailleurs occupés par des panneaux didactiques expliquant la recette (magique) pour un bâtiment durable. Il ne reste plus qu’à suivre les instructions !

Nadia Panchaud http://www.snre.umich.edu/greendana


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Voyageurs de l’impossible ! Chroniques du Geo’s Blog

L’Université de Lausanne propose à ses étudiants plusieurs possibilités d’échanges qui offrent des places d’études sur les cinq continents. Les types d’échange sont nombreux. Cela va de l’échange en Erasmus aux conventions bilatérales, en passant par les accords facultaires. Pour s’y retrouver, on ne peut que vous conseiller la page des relations internationales sur le site unil.ch. Paris, Berlin, Dundee, Montréal, Ann Arbor et Bruxelles… Les villes dans lesquelles sont partis quelques apprentis géographes de l’Université de Lausanne. Ils ont en effet décidé de quitter la capitale vaudoise pour diversifier leur horizon de formation, pour rencontrer d’autres cultures, d’autres langues, d’autres gens…

Quoi qu’il en soit, nos géographes en herbe sont partis aux quatre coins de la planète. Pour la plupart, le début du séjour a rimé avec quelques difficultés de logement et d’acclimatation. On retiendra les péripéties de Micaël, le nouveau parisien. Sans logement, il s’est vu obligé de vivre pendant deux semaines chez le beau-père de sa compagne. Quelle aventure ! Comme de jeunes enfants, nos explorateurs de la première heure ont découvert pas à pas leur nouvel environnement. Plongés pour la plupart dans une nouvelle culture, ils ont dû s’y acclimater. Au détour d’un verre de Whisky, d’une currywurst ou d’une bonne poignée de frites belges, ils nous racontent leur périple, dans un blog spécialement créé pour l’occa-

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sion. L’Irrégulier a choisi pour vous le meilleur du meilleur... Que ce soit à Paris, à Berlin, à Dundee, à Montréal, à Ann Arbor et à Bruxelles, laissez-vous emporter par leurs récits !

Pietro Bugnon


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Flavien Rouiller Bruxelles, le 7 novembre 2009 Bon alors voilà, déjà un petit guide pour démystifier Bruxelles, les légendes vérifiables et les autres : Le Manneken Pis : Les touristes viennent tous voir ce petit mec qui urine fièrement dans une fontaine proche du centre. Les pauvres, ils prennent tous des photos et doivent tous avoir sérieusement l’impression de s’être fait tordre par l’agence de voyages : ce gaillard fait quelque chose comme vingt centimètres et se voit régulièrement affublé de tenues grotesques (Michael Jackson, la tenue officielle de la confrérie des buveurs de bière, garde royal, et d’autres). Bon, ce que les touristes ne voient pas, mais qui à mon avis est la vraie signification du Manneken Pis, c’est que c’est une excellente illustration de la vie nocturne bruxelloise. Prenez une capitale de la bière, mettez-y des toilettes PAYANTES, même dans les bars, vous obtenez des types qui se soulagent dans les rues. Les gaufres : Bon ça c’est une légende (et ça me déçoit un chouia). On en trouve au centre-ville à un prix exorbitant. Allez plutôt à Liège, c’est d’ailleurs à mon programme, on peut voyager pour pas très cher en Belgique. Les frites : Ah ouais, ma nourriture de base. Là on est très loin de la légende. Il y a des friteries à chaque coin de rue, des frites à toutes les sauces (je vous recommande andalouse), des frites partout. Ils en mettent même dans les kebabs, ils les trempent dans leur café au déjeuner (non ça c’est pas vrai). Certains fritiers sont très réputés, d’autres vous vendent de vieilles frites réchauffées trois fois dans de l’huile ayant servi également à frire du poisson. C’est l’aventure à chaque fois, youhou. Les bières : J’ai testé, c’est pas des carabistouilles, il y en a des bières à Bruxelles. La grande place : C’est très joli, bravo, pas grand chose d’autre à dire.

Ah si, le centre-ville de Bruxelles n’est pas qu’un musée. Les Bruxellois y vivent vraiment, de jour comme de nuit. C’est toujours étrange de sortir d’un bar au milieu de la nuit et de croiser des cohortes de touristes qui prennent moult photos. Pouvoir, arriver : Dans des phrases comme : « Tu peux me passer cette enroule ? » Remplacer pouvoir ou arriver par savoir. Ça donne : « Tu sais me passer ce truc ? ». Eheh j’apprends une langue aussi. En ce qui concerne mon adaptation et la vie de tous les jours à Bruxelles. J’ai trouvé une petite chambre. Ils appellent ce genre de logement un « kot ». C’est une chambre dans un immeuble où il n’y a que des étudiants. Dans une pièce de 15m2, vous mettez deux plaques électriques, un frigo, un canapé, un bureau et un lit sur mezzanine, mal insonorisée, le tout proche de l’université et vous avez une idée de la chose. J’oubliais la douche, dans un coin de la chambre. Si j’étais dans un film américain, elle aurait pu ressembler à un frigo. En réalité j’en ai vu une presque pareille chez un ami avec la mention « made in RDA » dedans. Je partage les toilettes avec les autres locataires. Pour le reste ben je découvre chaque jour de nouvelles petites choses : comparer les prix des salons-lavoirs, que tel supermarché fait du 5 % de rabais pour les étudiants, qu’il vaut mieux acheter les fromages d’abbayes belges que les trucs avec des trous nommés gruyère, etc.

bref un mythe sur pattes. Ainsi que Steven ou Stephen ou Stephanos selon les langues et les humeurs, un savant mélange entre anglais et grec et Ciaran un Anglais du sud, de Londres pour être précis. Lieu de rendez-vous : un pub... Nous y dégustons un bon « Scottish Breakfast » qui ressemble en gros à un déjeuner anglais, mais avec quelques variantes, telles des saucisses qui ne se présentent pas sous une forme cylindrique, mais plus comme galette de pâté de saucisse et, quel bonheur, du black pudding ! Rassasiés par ce succulent déjeuner c’est donc parti en direction de Perth ! Le train est bondé de supporters de l’équipe de football principale de Dundee, le Dundee United, qui se déplacent tout d’orange vêtus au derby local contre l’équipe de Perth. Nous apprendrons ainsi qu’il est d’usage de tous se déplacer 4 h en avance pour pouvoir profiter des pubs locaux avant le match... Dès l’arrivée à Perth notre petit groupe tombe sous le charme de cette magnifique ville d’Écosse, qui en fut un temps la capitale, et qui serait selon la totalité des habitants que nous avons rencontré la ville où il fait le meilleur d’habiter soit en Écosse soit en Grande-Bretagne selon l’attachement des indigènes à leur ville. La journée se terminera bien entendu par un souper au... pub avant de regagner Dundee avec des supporters tout joyeux de la victoire de leur équipe favorite. Mais surtout, comme on dit par chez nous, « Enjoy yourselves » !!!

Lucien Blaser Dundee, le 30 Septembre 2009 Comme décidé le soir d’avant autour d’un petit pot dans un pub, lieu de socialisation par excellence dans ces contrées, le samedi 26 septembre sera dédié à la visite de Perth, petite ville en amont de la rivière Tay, à 20 minutes de train de Dundee. C’est donc avec plus ou moins de ponctualité que je retrouve Paul, un vaillant français de Pau, bravant le vent et les pluies des plus hautes montagnes d’Écosse avec son « survêt » blanc et sa jaquette, mais sans veste de pluie bien entendu,

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Marc Butticaz Berlin, le 23 Octobre 2009 Après ma deuxième semaine de cours à la FU (ndlr. Freie Universität Berlin), le temps est venu de vous donner quelques nouvelles du Nord (oui, au vu des températures, je confirme : c’est bel et bien le Nord.). Premièrement, les cours (surtout des séminaires, en fait) : de manière générale, j’ai réussi à participer à tous ceux que je voulais, sauf à un module qui n’existe pas encore, mais qui figure


15 dans le plan d’études. Pratiquement tous sont vraiment intéressants, voire passionnants, avec pas mal de lecture, parfois en anglais (lire en anglais, penser en français et traduire tout ça en allemand est un défi sympa !). Les cours de 1ère année ne sont pas très stimulants, mais espérons qu’on passe rapidement de la construction de profils sur des cartes topo à du SIG ! La déco de ma chambre commence à prendre forme – merci pour les Postkarten (et le sous-verre ;-) ) – et la vie y est toujours aussi agréable. Ces jours, j’accueille un pauvre compatriote qui est à la recherche d’une colocation pour suivre une école de langue. J’ai enfin pu trouver un aspirateur (le ménage à la brosse et à la ramassoire, ça va un moment !), grâce à Pascal qui en avait deux chez lui. Un paparazzi a même documenté le retour en U-Bahn. Cet épisode m’a un peu rappelé le voyage d’IKEA en S-Bahn. Difficile de ne pas trouver la source de meubles suédois : il suffit de remonter le flot des Tåbl, Måttela, Lidöplas, Tapy et autres accessoires nordiques portés par des étudiants se suivant à quelques mètres de distances sur le chemin du retour ! Lorsque c’était à moi de tout transporter, c’était tout de suite un peu moins drôle ! Tschüss !

Micaël Metry Paris, le 22 Octobre 2009 Voilà déjà un mois que je suis dans la capitale française et je n’ai pas vu le temps passer. Je suis arrivé le mardi 15 septembre après avoir fait un adieu à mes chers camarades de géographie le jour d’avant sur la pelouse de la Banane. Je me suis laissé jusqu’à dimanche pour trouver une chambre ! Haha, elle est bien bonne maintenant que j’y repense !! À Paris, c’est la galère !! Cette semaine-là tout ce que j’ai pu faire, c’est m’inscrire administrativement et pédagogiquement à la Fac (eh ouais en France on dit pas Uni, ou alors c’est

IN, bref..). J’avais heureusement ma tendre compagne pour m’héberger dans sa chambre de 10m2 remplie de sa vie et de la mienne, ça fait serré... De plus, elle a un beau-père un peu totalement inhospitalier et froid, ce qui fait qu’avec le reste de la famille, on a fait en sorte qu’il ne sache pas que je suis là... pendant DEUX SEMAINES ! Mes seules consignes étaient de me taire de 18 h à 21 h (heure à laquelle il allait se coucher, après « Plus beau la vie » évidemment). J’ai donc suivi deux semaines de cours depuis chez elle et le reste du temps je cherchais une chambre, un studio, un pont, bref quoique ce soit qui me fasse me dire : « ah ouais, là chuis installé! peinard Paris ! » À 50 sur une chambre dont la moitié sont salariés et l’autre moitié ont des garants en France, je me suis dit : « pt’être pas pour moi... » alors je change de stratégies, je vais aller voir les pensions ! « Même si je dois dormir au milieu de nonnes au moins je serais installée ! » Réponse : « COMPLET PARTOUT  » dernière solution : le CEP, une association qui mixe propriétaires et chercheurs (étudiants seulement...) et là bingo !! Après 4 jours je tombe sur un vieux pépé trop sympa qui me montre sa chambre de bonne au 7ème du plus beau quartier de la vie et là... « WOUAAAAAH » (voir photo) je lui demande si je suis le premier, il me dit que oui, je lui la prends (même avec ses 10m2 dont douche cuisine lit, table commode et armoire, il me reste juste de la place pour faire un demi-tour), il me dit OKé! J’apprends plus tard que mon propriétaire doit être une des personnes les plus friquées de Paris. L’autre jour, je passais chez lui et il me présente l’ex-directeur de TOTAL, j’étais là : « ah d’accord ! »

Nadia Panchaud Ann Arbor, le 27 Septembre 2009 Après un mois, jour pour jour à Ann Arbor, je suis allée voir mon premier match de football (américain, cela s’entend). Je passe l’étape des règles du jeu, juste pour dire que 1 h de

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jeu prend presque 4 h à jouer... Bref, ce samedi matin, je me suis rendue avec une amie au stade comme presque tout le reste de la ville et des environs. C’est un peu comme l’église, mais c’est le samedi : il y a tout un rituel et c’est très mal vu de ne pas y aller. Tout d’abord, il faut de la nourriture et à boire pour passer la matinée avant le match qui commence à midi. Puis, tous se rendent religieusement au stade en portant les couleurs de l’université : jaune et bleu. Une marée jaune envahit alors les gradins dans la section « student » du stade, mais pas seulement. Tout le stade est jaune et bleu... sauf quelques pauvres supporters de l’université de l’Indiana en rouge. Le « match » commence par une présentation sans fin de fanfares, de cheerleaders et autres amusements, alors que, moi, j’attends le jeu. Et enfin.... cela commence ! Debout sur les bancs, le quart du stade, rempli d’étudiants entonne les encouragements, slogans, chants et autres chorégraphies, alors je suis le mouvement. On saute, on crie, on rigole, on hue, on applaudit et on fait un max de bruit ! Après explication des règles de bases, je suis capable de suivre le match et franchement, c’est prenant ! À chaque fois que l’équipe marque, des groupes d’étudiants soulèvent une de leur copine dans les airs autant de fois que l’équipe a de points (les points vont de 7 en 7 la plupart du temps...). Le score est serré et l’ennemi (!) mène le jeu au début, mais les jaunes et bleus remontent et dans un final très serré, l’équipe de l’université fini par gagné, alors les supporters peuvent enchainer avec la...fin du rituel, BBQ et fête entre amis sur les perrons des maisons, derrière les voitures, sur les parkings et partout ailleurs. Et à bientôt pour de nouvelles aventures !

Le reste des aventures sur : http://www.geos-blog.com/


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Noé Favre Dundee, le 5 Novembre 2009. Ça y’est, j’ai enfin passé le cap où l’on boit plus de whisky que de bière lors des sorties ! Pour le moment, je m’en porte bien, mais jusqu’à quand ? J’ai ainsi atteint la première étape d’écossaisisation. Je vous l’accorde, ce n’était pas la plus difficile. La prochaine, c’est le haggis… Là, c’est un autre challenge ; cela fait deux mois que je m’y prépare mentalement et je n’ai pas encore l’impression d’être vraiment prêt pour une telle épreuve. J’ajouterais qu’il y a encore quelques signes d’attaches à la Suisse dont il faut que je me débarrasse si je veux vivre pleinement mon expérience scotch. Par exemple, je n’ai pas pu résister à l’alléchante invitation à une soirée fondue, ni à la tentation de rentrer quelques jours en Helvétie, à Noël, pour profiter de la poudreuse et de la raclette. Bref, je crois que malgré tous les efforts déployés pour s’accoutumer à une autre culture, quand on est Suisse, on reste Suisse… Sinon j’ai vécu mon baptême de Ceilidh ! Pour les novices, il s’agit d’une soirée de danse écossaise bien remuante ! J’offre une pinte à celui qui est capable de participer à chaque danse de la soirée sans tomber dans les pommes ! Si ça en tente quelquesuns, je vous préviens, il faut venir bien habillé (si possible en kilt, ou toutes autres tenues qui permettent d’aérer un peu le dessous des… vêtements). Autrement les soirées n’en finissent plus et il va gentiment falloir se responsabiliser un peu, car dans deux semaines, c’est la fin des cours. Et qu’est-ce qui vient en général après la fin des cours ? Devinette... À tout bientôt !

Pascal Briod Berlin, le 15 Novembre 2009. L’Histoire ne se rappelle pas si souvent à nous pour commémorer des événements aussi heureux que la chute du mur de Berlin. Les faits histo-

riques marquants sont beaucoup plus souvent l’occasion de se remémorer les pages les plus sombres de notre Histoire, plutôt que de se souvenir de ce qui reste un des symboles de liberté les plus forts de notre siècle.

vrai privilège, c’est de se laisser chaque fois surprendre.

Le pont de la Bornholmer Strasse, au nord de Berlin, est l’un des premiers points de passage à avoir été franchi la nuit du 9 au 10 novembre 1989. J’y étais aujourd’hui à 15 heures pour y voir passer, symboliquement de l’Est vers l’Ouest, Angela Merkel, Lech Walesa et Mikhaïl Gorbatchev, acclamés par une foule déjà bien compacte. J’ai ensuite entrepris de retourner en direction du centre-ville en suivant le tracé du mur. J’essaie en marchant de m’imaginer ce que pouvait être le quotidien des Berlinois durant la période du mur, les destins de ces hommes et femmes séparés, la confrontation de deux mondes si différente, mais si proche. Cette différence se ressent encore beaucoup dans l’architecture, et si le mur n’existe pas, il a laissé des traces. À certains endroits, c’est encore une cicatrice béante, un vaste no man’s land occupé que par les voies de S-Bahn.

Montréal, le 30 Octobre 2009. Le week-end dernier, j’avais envie de me changer les idées, alors une coloc m’a emmenée à la Ronde, le parc d’attraction de la ville ! C’était assez génial, on était comme des gamines !! Pas très original, mais les attractions te brassent bien, comme ils le disent ici ! T’as l’estomac un peu retourné en sortant, mais ça en vaut la peine ! C’est un peu Europapark, avec plus de grosses attractions... Et c’est pratique, parce qu’il est situé sur une des îles de la ville (donc t’es pas loin du centre ville) et quand tu montes, dans ton petit wagon, en haut des attractions, t’as une superbe vue sur la région ! Bon, c’est bref, parce que tu redescends vite, mais ça vaut le coup d’oeil !

Vivre dans une grande ville comme Berlin a quelque chose de palpitant et d’excitant, aujourd’hui plus que jamais, j’ai l’impression d’être là où il faut être. Ce jour a bien sûr quelque chose de particulier, mais à Berlin, tous les jours le sont d’une certaine manière. En foulant les pavés des rues et des places de Berlin, c’est une partie de l’histoire du dernier siècle que je traverse. Des pages importantes de l’histoire se sont écrites à Berlin, et cette ville, qui continue sa reconstruction, me passionne aujourd’hui pour l’effervescence qui y règne. S’émerveiller de son quotidien rend la vie tous les jours plus belle. J’ai cru un moment que vivre à Berlin me donnerait le privilège de pouvoir passer d’un air blasé sous la porte de Brandenburg, de traverser la Potsdamerplatz sans lever les yeux sur son imposante coupole, de ne voir en la Fernsehturm qu’un point de repère et de ne plus faire un détour pour errer entre les stèles du mémorial aux juifs assassinés ; j’ai compris maintenant que le

L’Irrégulier n°15 Paru le 14.12.2009

Stéphanie Mercier

Et le dimanche, c’est le traditionnel « Tam-Tam au Mont-Royal ». Chaque semaine, il y a une sorte de réunion de joueurs de tam-tam. Les gens y vont pour jouer, pour danser,... Le concept est vraiment sympa parce qu’on y trouve des joueurs confirmés, qui mènent le tout et d’autres qui apprennent. Il te suffit d’un tam-tam, tu y vas et tu y joues ! Puis, si tu fais quelques mètres, tu fais un saut de quelques centaines d’années dans le temps ! Là on s’y retrouve apparemment pour jouer à « Donjons et Dragons » (vous connaîtrez certainement mieux que moi) ! Et quand tu ne sais pas qu’il y a ça dans le parc et que tu débarques, tu ne sais pas trop ce qui t’arrive ! Tu te retrouves au MoyenÂge, au milieu d’une bataille ! L’atmosphère est poussiéreuse certains sont « déguisés » de la tête aux pieds, d’autres laissent apparaître des sigles tels que Nike ou Addidas sur leurs pompes, ce qui évite d’ailleurs de te faire flipper au point de te demander si tu n’as pas réellement fait un saut dans le temps ! Et c’est sympa à regarder... c’est bon-enfant, ça bouge dans tous les sens, ça saute, ça court, ça fait « HHAAAAAAAA », ça grimpe dans les arbres pour surprendre l’adversaire...

L'Irrégulier n°15  

Le journal des étudiants en géosciences et environnement

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