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tissent des liens avec des habitants, ouvrent le regard et la parole des uns et des autres. Des artistes invités ont disposé chacun de sept semaines de présence sur le territoire. La démarche a produit des films, des photographies et une exposition, des enregistrements phonographiques, une conférence, des textes, un spectacle Porte pas peine (2006) et une lecture-spectacle en musique Le Pays de là. Ce projet a connu un prolongement au Burkina Faso, avec le même principe de faire résonner les histoires personnelles avec les questions du paysage et de l’identité, mais aussi les réalités des Burkinabés confrontés à la modernité, au changement et à l’exil. Vêenem ou l’attachement (texte de Aristide Tarnagda) est un spectacle de 2009 issu de cette expérience interculturelle. Artiste associé de la Maison des Métallos à Paris depuis fin 2009, Marie-Pierre Bésanger a engagé le nouveau projet Cependant Tout Arrive où, pendant six mois, elle a parcouru la réalité très multiculturelle d’une partie du quartier de Belleville. Le spectacle présenté en fin 2011 porte la trace de ce voyage et plus particulièrement de la parole et de l’histoire de trois habitants (Afghanistan, Algérie, Burkina Faso), comme autant de figures de la question du déplacement. La volonté peut être d’aller à la rencontre d’un territoire donné et de ses habitants, pour collecter des témoignages et faire simultanément lien avec des figures de cirque, de danse et de théâtre, de façon à co-inventer une forme artistique où les gens se sentent aussi concernés par ce qui s’y dit et s’y fait. C’est l’option suivie depuis 2003 par les Veillées de la Compagnie Hendrick Van der Zee (Guy Alloucherie, directeur artistique) fondée en 1997 et installée à Loos-en-Gohelle, dans le bassin minier du Pas-de-Calais. Une trame d’action est observable de manière récurrente. Deux semaines de présence dans une ville ou un quartier, en rayonnant à partir d’un espace (social ou culturel souvent) identifié par les habitants. Du porte-à-porte pour faire connaissance, des jeux à partir de citations ou d’un court extrait de texte théâtral, un affichage public de maximes, des impromptus chorégraphiques ou acrobatiques pour partie déjà composés et qui sont réalisés dans l’espace public, des échanges à propos de l’art et de la culture, des entretiens où se racontent des histoires locales… Tout un matériau photographié, filmé, enregistré à partir duquel l’équipe artistique va construire un événement spectaculaire, auquel tous seront conviés. Cet aboutissement de Veillée propose un montage sensible de textes, films, danses, acrobaties qui redonne une image vivante et intime, mais aussi décalée, du territoire tel qu’il est habité par ceux que l’équipe a rencontrés et tel que perçue par cette dernière. Un journal de bord, alimenté au quotidien grâce aux textes produits et aux images enregistrées, est accessible sur un blog dédié sur le site Internet de la compagnie, les habitants pouvant y inscrire leurs commentaires et réagir. Ce support permet également de partager l’expérience avec un public, local ou non, en tout cas élargi.

Dans certains cas, l’aventure avec un quartier se prolonge sur les saisons suivantes dans de nouvelles actions. Comme dans le cas de La compagnie des hommes, on a affaire à un dispositif générique, qui se reconstruit et se réinvente pourtant empiriquement dans chaque contexte singulier. Plus de trente Veillées ont été réalisées partout en France (et même deux lors d’une tournée au Brésil) depuis la première mise en œuvre du dispositif. Avec L’Art de vivre (Yves Fravega, metteur en scène ; Pascal Gobin, compositeur ; Emmanuelle Gourvitch, administratrice), compagnie de création théâtrale et sonore fondée en 1995 à Marseille, on a un nouvel exemple de volonté de dépasser le simple cadre des ateliers de pratique artistique ou des projets d’action culturelle. L’objectif et en effet d’aller vers des “espaces de création partagée” entre personnes de différentes classes d’âge, entre hommes et femmes, entre amateurs et professionnels. La compagnie est installée depuis 2000 au Comptoir de la Victorine, où elle dispose d’un studio d’enregistrement et d’une salle de répétition équipée, tout en mutualisant d’autres espaces avec Les Pas Perdus que nous avons évoqués précédemment. La compagnie peut ainsi s’appuyer sur un véritable lieu de proximité qui facilite l’échange et le brassage entre les participants pour les ateliers marseillais. Elle est en tout cas en mesure de développer plus aisément son travail fondé sur des allers et retours permanents entre des temps de rencontre, de collecte ou d’élaboration d’éléments avec des personnes et des groupes, variables selon les projets, et des temps de formalisation de ces matériaux au sein de l’équipe artistique. La démarche repose avant tout sur un dispositif relationnel qui se décline au travers de deux grands supports. La Radio Belle Victorine réinvente la formule des radios qui s’installaient l’été sur des places, à la recherche de talents locaux et de spécialités régionales. Grâce à un “studio volant”, l’équipe formée de comédiensanimateurs, de musiciens et de techniciens crée une “histoire fictionnelle du pays”, à partir d’entrées simples liées à la réalité quotidienne, mais aussi aux étrangetés, du territoire où la radio est installée. Selon un principe d’“extrême fantaisie” dans le traitement de ces données, l’équipe accompagne les habitants dans des ateliers de création partagée et présentent avec eux les productions réalisées au cours de véritables émissions. Les ateliers de bricolage et d’excentricité permettent justement de mettre en place des conditions propices à ce perpétuel maillage entre professionnels d’une part, amateurs ou artistes occasionnels d’autre part. S’ensuit, en particulier depuis 2006, l’expérimentation et la production de fictions “dramaphoniques”, la réalisation de “fiches-cuisines” en sons et en images, des éléments d’“habillage sonore” (chants, musiques, bruits) pour les émissions ou les spectacles. Récemment, des projets menés dans le Grand Briançonnais, le Pays Gapençais, à Saint-Priest aussi bien que dans le 3ème arrondissement de Marseille ont permis d’affiner les dispositifs. La dernière année a ainsi permis de réaliser

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Arts en partage  

Artile de Philippe Henry

Arts en partage  

Artile de Philippe Henry

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