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/400 IRÈNE #4 // March 2013 LIMITED EDITION


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I.

I opened my book  and it was like  two hands parting my thighs.

II.

Referring back to the index my fingers seek  the ropes of muscles that pull under your skin  like the rigging of a ship.

OONA DOYLE

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LOU BENESCH 29


III.

Lips swirving against the edge of the page — my tongue licks paper cut — my lips bleed — red like guillotines in my head.

IV.

Pages flip- I spit for the paper to part easier, faster. red. I need to breathe — I go down  closer to the number of the page  you pull my hair, pull me back  and push where all pages bind — its core — a crease.

OONA DOYLE

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FOUCAULD DUCHANGE u marches le long du fleuve, vers l’Est, dans un sens qui te paraît ne jamais aller de l’avant. Tu parviens au niveau de la montée douce d’un pont et regardes ces filles qui sortent du boulot, leurs casques courts, les fantaisies qu’elles s’accordent aux lobes. Elles sont sages et leurs sillages évoquent la feutrine, les produits hydratants, une touche de parfum reçu pour Noël. Chahut d’étoffes, geste gracile d’une Italienne qui ramène sa mèche sous son bonnet, sans s’arrêter de parler. La neige tombe. Aucun asphalte ne la fixera. Elle te pique les yeux, se liquéfie, glisse sous le col. Tu voudrais que cette eau si froide soit celle de la mer en hiver. Tu veux connaître le sable noir, te rendre compte que les volcans viennent s’échouer ainsi, réduits en poudre de beauté. Sur la passerelle, il n’y a que le sel qui crisse et les souvenirs des touristes.

T

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Tu es passé sur l’autre rive et ressens le besoin d’entrer quelque part. Tu crois avoir oublié ce que tu fuis et t’engouffres dans un café. Des doigts consciencieux glissent sur des claviers dans le bruit du lait qui mousse sous la buse du percolateur. Non, tu n’attends personne. À mi-voix, tu demandes un chocolat et t’assoies dans le coin gauche. Ta gorge peste de sa nudité à chaque ouverture de porte. Des yeux cerclés d’écailles apportent ta commande. Le contraste de la crème froide et du liquide brûlant vient mordre ta langue avant de lui offrir un goût miellé, long en bouche. Tu ne lui laisseras pas le temps de refroidir car tu n’es plus ici pour être amoureux d’elle. Tu remarques seulement qu’on t’a privé de ces biscuits ronds, privilège d’antan. Tes doigts jouent avec les carrés de sucre, puis tu lèves la tête pour la première fois. Un couple s’enlace au bar. Une dame se lève pour s’envelopper de deux écharpes et coiffer une capeline plantée de fourrure. Tu revois les yeux d’acétate qui portent un plateau et évoluent d’un petit pas rigide et rapide, le tablier étroit comme un fourreau des grands soirs. Tes pieds sont humides et froids et tu songes que des brogues neuves n’auraient rien d’un luxe. Se projeter pour se consoler, ressortir sur un coup de tête. Les villes s’envisagent en hiver, justifiant ainsi leur hostilité. (...)


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Dans les poches de ta parka, tu serres et desserres alternativement les poings. Tes doigts jouent avec la doublure trouée de tes gants d’agneau glacé. Au pouce, une petite pique, lancinante. Une petite entaille comme celles que ta mère faisait à l’aide de la pointe de ses ciseaux à ongle pour figurer les piquants de tes hérissons en pâte à sel. La peau a séché, durci, et fait ressortir ses lignes dans un petit ergot. Quel est le terme exact ? Il faudrait demander à une esthéticienne. Mais les esthéticiennes ont-elles le goût du langage précis ? Tout à l’heure encore, tu laissais courir cet ergot contre une échine. Le dos frémissait lorsque le doigt abandonnait son empreinte digitale pour planter cette plaie comme un compas. À plat, la main touchait les hanches. Dressé, le pouce pivotait sur son axe, faisait tourner le corps. Tu étais déconnecté, distrait, et en même temps à ton affaire lorsque tu évoluais sur cette peau amie. À ton insu, tu sculptais ce corps pourtant disponible et soumis comme celui d’un modèle qui attend la pause ou la fin. Que devait penser ton odalisque ? Que tu comptais ses vertèbres ? Tu t’es mis à genoux pour planter tes deux pouces sur chaque fossette, ces cavités jumelles. Tu as plongé, puis d’elles-mêmes, tes paupières se sont fermées. Tu avais peur qu’elle voit passer un peu de gentillesse et de tristesse dans ton œil mort. Elle n’était pas ascète, mais sa veille coupait aux parisiens toute envie de fuir. En ce sens, elle détenait quelque chose de sa sainte patronne. Qu’étais-tu venu chercher entre ses bras ouverts, ses jambes que tu enroulais autour de ton cou, comme des boas à double révolution ? Tu avais capturé sa taille, ceint ses hanches. Tes dents s’étaient rétracté pour mordre des lèvres sa chute de rein, ses fesses de statue. Dans tes gestes, il y avait un mélange d’absolu et d’hésitation, de la rage contenue. Tu t’en voulais de reproduire ce qu’on t’avait enseigné : son visage régulier, sa gorge pleine et ses dents saines correspondaient à d’indéniables canons de beauté. En venant célébrer cet instant précis où le triomphe de sa jeunesse s’accordait aux expériences, où sa beauté parvenait à son faîte, sans augurer les avalanches de l’âge, ton esprit s’était tout à coup suspendu. Telle une balance attendant le poids qui la ferait pencher, tu étais partagé entre joies célestes et tristesses abyssales. Tu avais joui de la beauté. Bénéficiais-tu d’un privilège unique ou étais-tu en train de confire dans la banalité ? Devant les langueurs de ton odalisque, tu avais soudainement décidé de fuir l’empire du goût. Il te fallait autre chose. Une vertèbre bancale plutôt que trois supplémentaires. Tu as compris tes gestes de sculpteur, ton remodelage inconscient de son néo-classicisme. Tu cherchais des prises sur ce corps trop lisse qu’il convenait d’aimer. Au diable les convenances ! Tes mains ont cessé de courir sur ses sillons. Tu as laissé là cette stèle d’esthétique et versé dans l’inconfort d’une quête aveugle. Mais à la foi de ton emportement est venu s’ajouter un ergot, semblable à celui qui sourd en ton pouce : qu’avais-tu besoin de partir ? Tu te le demandes encore et manques de te faire renverser.

Il neige toujours sur la ville, mais les flocons ne tiennent que sur ta parka. L’asphalte est mouillé, tes mains sont piquées d’engelures. Tu vois passer les filles aux jambes nues, transies, les yeux cernés de ce khôl qui accentue leurs airs effrayés, méfiants, pressés. Ces apparats de fête hebdomadaires font peur. On s’habille de noir pour se jeter dans la gueule du loup. Mais ici les loups ne sont pas des steppes et leurs dents bien réelles ne font aucune différence. Puisque tu as dédaigné la beauté, te voilà chasseur. L’as-tu oublié ? Tu dissimules ton cœur d’agnelet et rentres les épaules. Les voitures tournent plus vite autour de la place et les plaques d’immatriculation sont extérieures au périphérique. Nulle démarcation ne semble plus exister pour stopper, contrôler, lorsqu’un feu libère un nouveau flot de véhicules où les queues de poisson sont constantes. Les villes n’ont pas de route. Les routes, les vraies, se mangent à grand renfort de lignes blanches et de piqûres de rappel. Inspiration vive ou lassitude cuisante. Un rien fait basculer d’un état l’autre.

Une musique. Est-ce elle ? Tu relèves la tête. Ton œil brille et tes incisives sectionnent L’ERGOT.


IRÈNE #4


IRÈNE #4

TAKE ME, take me, some of YOU While I’m here so young and true HERE I can my soul disguise Heave my breasts and roll my eyes

&

Let the sin be WARM and wrong Me BLOOD is burning your dancing tongue Light my eyes and tight my WRISTS Hit me, hit me, with your raging fist Take me, TAKE me, some of you While I’m here so young and TRUE Here I can my soul disguise Heave my BREASTS and roll my eyes Walked erect out of my sleep I scream and shout under the whip Stay until I LEARN the way How to LOVE and how to pray


JOHN&JEHN

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walked

Take me, take me, some of YOU While I’m here so young and true HERE I can my soul disguise Heave my breasts and roll my eyes Let the sin be WARM and wrong Me BLOOD is burning your dancing tongue Light my eyes and tight my WRISTS Hit me, hit me, with your raging fist Take me, TAKE me, some of you While I’m here so young and TRUE Here I can my soul disguise Heave my BREASTS and roll my eyes Walked erect out of my sleep I scream and shout under the whip Stay until I LEARN the way How to LOVE and how to pray

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JOHN&JEHN

Portrait by Colin Lane 49

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[ IRÈNE ] EST UN FANZINE CRÉÉ PAR GENEVIÈVE ELIARD DIRECTION ARTISTIQUE ESTHÈLE GIRARDET DESIGN EDITORIAL ET LUCIE SANTAMANS PRODUCTION & COMMUNICATION.

DEAR CONTRIBUTORS... Lou Benesch Illustrations Oona Doyle Textes Foucauld Duchange L’Ergot Janneke van der Hagen Coiffure / Maquillage : Margot van Essen (House of Orange) Modèle : Martine (Fresh Model Management) John & Jehn Take me Portrait : Colin Lane Ana Kraš Julie Lánsöm Modèle : Juliette Lamet Special thanks : Lucie Tescaro Rita Lino Modèles : Lina de Albuquerque, Rita Pais Special thanks : Bruno Bessa Cruz (Wohh! Store) Christelle Nisin

AND FRIENDS... Astrolab, Charles Bernard, Grégoire Dyer & Dyer’s family, Marie Eliard, FAUV≠E, Didier Girardet & ACDG, la patience de Véronique Guitel, Karolina Krupa, Anabel Navarro Llorens, Florence Peyron, Solab, Tigersushi et Alexandre & Marie Thumerelle d’OFR. IRÈNE remercie PASSION pour lui avoir prêté ses bananes et son ananas.

MERCI À VOUS TOUS POUR AVOIR SUBLIMÉ NOTRE IRÈNE, Erotic Fanzine #4

COUVERTURE : Esthèle Girardet COLLAGES : Lucie Santamans POSTER : Esthèle Girardet & Geneviève Eliard TOUS DROITS RÉSERVÉS irene-eroticfanzine.com


IMPRIMÉ EN FRANCE Escourbiac 258 rue Marcadet 75018 PARIS Route de Lavaur 81300 GRAULHET www.escourbiac.com



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