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Statement français

p 3

English statement

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Nina Beier & Marie Lund

p 5

Bertrand Lavier

p 6

Saâdane Afif

p 7

Luz Maria Bedoya

p 8

Jeremy Deller

p 9

Bibliographie

p 10

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Au commencement était le Verbe1, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.

« reconstitutions ou des séparations » qui ont succédé à la grande confusion divine2.

Le Verbe désigne la Bible et bien avant que celle-ci fut écrite, la parole de Dieu s’est transmise oralement, afin d’éclairer les esprits et de faire prendre conscience à l’être humain de la place qu’il occupe dans l’Univers. Le Verbe signifie la parole, la transmission orale caractéristique du langage humain et qui existe depuis la naissance de l’humanité. Depuis ses origines, l’Homme est animé d’un besoin insatiable de communiquer, de transmettre par la parole, d’informer sur les évènements qui l’entourent. Certains spécialistes s’accordent même à dire que ce besoin inné, cette aptitude biologique qui nous pousse à consacrer une majeure partie de notre temps à émettre des échanges verbaux, ferait de l’Homme un être unique en son genre. Surtout, c’est l’usage du langage humain et ses fonctions narratives, poétiques et argumentatives qui le distingueraient de celui de l’animal. Dès lors, le langage humain se fait singulier et à travers lui la personnalité, les motivations propres de celui qui l’émet influent sur les paroles prononcées. S’il y a autant de langages que de sociétés humaines, éparpillées sur la Terre, le mythe de la Tour de Babel semble expliquer métaphoriquement ce phénomène multi-linguiste qui divise les êtres humains. En punissant les Hommes de leurs ambitions de l’atteindre, Dieu les aurait dispersés entre eux et sur Terre en confondant leur langage unique. « Le résultat de cet acte ne fut ni création ni destruction, mais simplement un état général de confusion ». Depuis lors, les langues parlées entre les Hommes sont des

Qu’est-ce qui venu enrichir Quelle est la langage et sa

1 Traduction du Prologue de l'évangile selon Jean par Augustin Crampon (rédaction: 1864; édition: 1894):

a été perdu, qu’est-ce qui est les langages humains ? valeur ajoutée générée par le pluralité ?

Prêtons-nous au jeu du téléphone arabe et observons ce qui a été transformé, oublié, inventé, créé au cours de la transmission du message. Les œuvres présentées ici sont comme des expériences linguistiques qui tendent à observer les transformations qui s’opèrent lors d’opérations de traduction, d’interprétation d’un texte qui en produisent un autre. Les œuvres sélectionnées s’abordent à la manière de protocoles donnant les consignes à suivre pour la traduction orale, textuelle, poétique ou gestuelle d’un texte ou d’une oeuvre d’art. Arrêtons-nous pendant le cours instant de ce fanzine pour observer ces opérations de traduction, la richesse de ce langage humain ainsi produit, sans cesse renouvelé, en mutation perpétuelle.

2 Heller-Roazen Daniel, Echolalies essai sur l’oubli des langues, Paris : Editions du Seuil, 2007 3


At the beginning was the Word, and the Word was in God, and the Word was God.

The Word refers to the Bible and well before this one was written, the God’s words were transmitted orally, to enlighten minds and to raise awareness of the human being's position in the Universe. The Word means speech, the oral transmission is characteristic of the human language which has existed since the birth of humanity. Since his origins, human is animated by an insatiable need to communicate, to transmit by the speech, to give information about events surrounding him. Some experts even agree that this innate need, this biological aptitude that pushes human to devote much of his time to provide verbal exchanges, would make the human being unique in his kind. Above all, it is the use of the human language and its narrative, poetic and argumentative functions that would distinguish it from the animal’s language. Therefore, human language is unique and through it, the personality and motivations of the person who provide it influence on the pronounced words. If there are as many languages as human societies, strewn over the Earth, the myth of the Tower of Babel seems to explain metaphorically this multi-linguist phenomenon which divides human beings. By punishing men from their ambition of reaching him, God would have spread them between themselves and on Earth, by confusing their unique language. "The result of this act was neither creation nor destruction, but merely a general state of confusion." Since, the languages spoken between people are "reconstructions or separations" which have succeeded the great divine confusion.

What has been lost, what has enriched human languages? What is the added value generated by the language and its diversity? Let us play to the telephone game3 and observe what has been changed, forgotten, invented, created during the transmission of the message. The works presented here are like linguistic experiences that tend to observe the changes that occur during translation and interpretation’s operations of a text, operations that produce another text. The selected works have to be understood as protocols giving instructions to follow for the oral, textual, poetic or sign translations of a text or an artwork. Take the short instant of this fanzine and let observe the operations of translation, the richness of those human language, newly produced, constantly renewed, in constant mutation.

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In English, téléphone arabe has not the same meaning as in French due to historic background. In English, this expression is translated by Chinese whispers, Russian scandal or telephone game, expression that we will use here. 4


Nina Beier et Marie Lund The Imprint, 2009 Cartel et performance orale Durée variable Œuvre-performance, déléguée aux médiateurs, au service des commissaires, The Imprint est l’empreinte d’une œuvre existante et bien réelle, mais absente dans l’espace d’exposition. Une œuvre qui parle d’une autre œuvre en quelque sorte, matérialisée par un texte faisant office de cartel. A la demande des visiteurs, les médiateurs, médiums physiques pour la traduction orale, évoquent l’œuvre absente en faisant appel à leur mémoire, d’après les récits des commissaires d’exposition. A la manière du téléphone arabe, la description et le sens de l’œuvre absente est soumise à la qualité d’écoute et à la mémoire des différents interlocuteurs, d’où un message sans cesse modifié, réinterprété.

As an artwork-performance, delegated to mediators and at the disposal of the curators, The Imprint is the trace of an existing and real artwork, but absent in the exhibition space. An artwork that speaks about another artwork somehow, materialized by a text acting like a cartel. At the request of visitors, mediators, kind of physical mediums for oral translation, evoke the absent

Les médiateurs ont mémorisé la description des œuvres que les commissaires d’exposition voulaient inclure dans l’exposition, mais qu’ils nous pas retenues pour des raisons diverses. A la demande des visiteurs, ils transmettent cette description.

artwork using their memory, according to the accounts of the curators. In the manner of the telephone game, description and meaning of the absent artwork is subject to the listening quality and memory of various interlocutors, from which a constantly modified and reinterpreted message results.

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Bertrand Lavier Polished, 1976 12 éléments en bois, papier, verre, métal, ficelle 36 x 8 x 8 cm chacun 12 textes imprimés et encadrés, 36 x 10 cm chacun Un protocole rédigé en français donne des consignes pour réaliser une sculpture simple : un morceau de sapin, dont une moitié est peinte en vert, une extrémité, enveloppée de papier doré et le milieu ceint d’une ficelle rouge, une entaille et quelques griffures creusées par un poinçon posé devant le bout de bois complétant l’objet. Ce protocole sera ensuite traduit en douze langues passant du français à l’anglais, de l’anglais à l’arabe, de l’arabe au russe… produisant à chaque fois une nouvelle sculpture. Si les douze sculptures paraissent semblables dans leur forme globale, elles sont toutes différentes dans leurs détails de réalisation. En effet, que veut dire « vert lumineux », comment cette couleur est-elle perçue par un français, un anglais, un arabe ? Si les informations rationnelles sont respectées (mesures, matériaux utilisés), les différences apparaissent dans les éléments sujets à une interprétation plus libre rendue possible grâce à la richesse de la langue utilisée (couleur, épaisseur de l’entaille, choix de la ficelle…). Par cet exercice, Bertrand Lavier met en évidence la polysémie de certains mots (polished signifie à la fois en français vernis, poli, ciré) et l’écart entre les énoncés textuels et énoncés charnels, dont de nombreuses variables (richesse lexicale et langue traduite, interprétation subjective, matériel disponible…) influent sur le produit fini.

A protocol written in French gives instructions to make a sculpture: a piece of fir, half of which is painted green, one end wrapped in golden foil and the middle wearing a red string, a notch and a few scratches dug by a punch put in front of the piece of wood completing the object. This protocol is then translated into twelve languages from French to English, English to Arabic, Arabic to Russian… producing each time a new sculpture. If the twelve sculptures appear similar in their overall shape, they are all different in their details. In fact, what is means "light green", how the color is perceived by a French speaker, an English, an Arab…? If rational information are respected (measurements, materials), differences appear in elements subject to free interpretation which are made possible by the richness of the language used (color, thickness of the cut, choice of the string…). By this demonstration, Bertrand Lavier highlights the words’ polysemy (polished means in French polish, varnish, wax) and the gap between text and object, from whom many variables (lexical richness and translated language, subjective interpretation, material available…) affect the finished product. 6


Saâdane Afif Everyday, 2004 Journal Everyday sur socle Lettres adhésives, papier holographique

Un socle sur lequel pendant chaque jour de l’exposition un journal local est déposé afin de composer une sculpture évolutive. Au cœur de sa démarche artistique qui consiste à susciter la collaboration d’acteurs extérieurs pour refaire (et non pas faire) ses œuvres, Saâdane Afif a demandé ici à Lily Renaud Dewar, amie écrivaine, d’écrire un texte poétique, interprétant l’œuvre Everyday. Le protocole impose que le texte comporte des rimes, qu’il ait le même titre que l’œuvre et qu’il soit cosigné. En opérant cette transposition textuelle de son œuvre, l’artiste permet à celle-ci une variation, un autre regard qui vient nourrir l’oeuvre et sa forme d’existence. A la fin de la balade composée par Lily, le mot « cemetery » rappel la charge symbolique et la vanité présents dans Everyday, ce temps qui s’écoule nous rapprochant chaque jour plus près de notre fin.

On a plinth and every day during the exhibition, a local newspaper is drop in order to compose a growing sculpture. At the center of his artistic approach, which consist to convoke external collaboration of a various range of

actors in order to remake (and not just to make) his works, Afif asked Lily Renaud Dewar, his writer friend, to write a poetic text, interpreting Everyday artwork. The protocol requires that the text must include rhyme, takes the title’s artwork and will be cosigned. By doing this textual transposing of his artwork, the artist allows to it a variation, another way of interpreting it, which actually feeds the artwork and its form of existence. At the end of the ballad composed by Lily, the word “cemetery” recall the symbolic meaning and vanity present in Everyday, this time that elapses, bringing us each day closer to our end. 7


Luz Maria Bedoya La Dirrection, 2006 Video muette, 4’47’’ http://www.youtube.com/watch?NR=1&v=HjSq dwNwzPk&feature=endscreen Dans la ville de Lima, un inconnu demande son chemin à des passants. La vidéo étant muette, nous n’entendons pas les explications orales et nous devons nous référer aux indications gestuelles abstraites des guides improvisés. Très vite, on se perd dans un schéma complexe de signes abstraits et indéchiffrables visuellement. On se rend compte que ces messages, pourtant basiques, ont besoin d’un élément supplémentaire pour être décodés : le son qui les accompagne. Finalement, il devient impossible de décrypter et de comprendre ces indications dont le lieu à atteindre semble se situer entre « quelque part » et « n’importe où ».

In the city of Lima, a stranger asks at passersby his direction. The video is silent, we do not hear the oral explanations and we must refer to the abstract gestural information provided by the improvised guides. Shortly, we get lost in a complex pattern of abstract signs which are visually indecipherable. We realize that these messages, tough basic, need an

additional element to be decoded: the sound that accompanies them. Finally, it becomes impossible to decipher and to understand the indications of which the place to achieve seems to be situated between "somewhere" and "anywhere".

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Jeremy Deller Hand signs for the Middle Class (Slide Show), 1996 Series de diapositives, son Slide Show est une série de diapositives présentant divers projets de Jeremy Deller réalisés entre 1990 et 2009, performances publiques ou plus intimes, réflexions personnelles, projets réalisés ou à l’état d’ébauche…. Dans Hand signs for the Middle Class, il présente un langage des signes spécialement inventé à destination de la classe moyenne britannique. S’inspirant de la culture des gangs, Jeremy Deller imagine ce langage des signes afin que la classe moyenne au Royaume-Uni puisse communiquer secrètement entre eux si un jour ils deviennent hors la loi, « au cas où écouter Radio 4 deviendrait un passe-temps illicite ». En parodiant des us et coutumes de la Middle Class d’une manière très stéréotypée (tasse de thé, nom d’une émission de téléréalité très populaire…), l’artiste crée un langage qui se veut être une farce, très ironique.

Slide Show is a series of slides presenting various projects of Jeremy Deller produced between 1990 and 2009 such as public or private performances, personal reflections, projects realized or in their draft form… In Hand signs for the Middle Class, he presents a sign

language invented and specially destined for the British middle class. Inspired by the gangs culture, Jeremy Deller imagine this sign language in order that the Middle Class in the UK can communicate secretly with each other if one day they become outlaws, "just in case if one day listening Radio 4 become an illicit pastime." Parodying the customs and habits of the Middle Class in a very stereotypical way (cup of tea, name of a very popular reality show ...) the artist creates a language that is meant to be a joke, very ironic. 9


Dessalles Jean-Louis, Aux origines du langage - une histoire naturelle de la parole, Paris : HERMES Science Publications, 2000 Dessalles Jean-Louis, Picq Pascal, Victorri Bernard, Les origines du langage, Paris : Editions Le Pommier, 2010 Francblin Catherine, Bertrand Lavier, Paris : Flammarion, 1999 Gauthier Michel, Saâdane Afif : saturne et les remakes, Paris : Les Presses du Réel, 2010 Heller-Roazen Daniel, Echolalies essai sur l’oubli des langues, Paris : Editions du Seuil, 2007 Ralph Rugoff, Rob Young, Stuart Hall, Matthew Higgs (dir.), Jeremy Deller : Joy in People, New York : Hayward Publishing/Art Book, 2012

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Lost in translation  

A fanzine edited by Iragaëlle Monnier

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