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EDITO

SOMMAIRE

“ Ah c’est donc vous In Vodka Veritas ? ” Le sourire carnassier aux lèvres, dans un costume flanelle gris, le grand gominé nous interpelle un jour de vente en Péniche, il y a quelques semaines maintenant. “ C’est bien, c’est bien, mais je trouve que vous vous êtes ramollis ”, toujours le même sourire aux lèvres. “ Bon, y’a bien les conneries de mon blog mais ça... ”. Et son excellence s’en est allée, allant poster une nouvelle connerie sur son blog. Ramollis hein ? Puisque sa seigneurerie en veut plus, nous allons lui en donner plus. Certes les “Conneries de Richie”, c’est du bisounours. Celà dit, non seulement on ne relève pas tout (on pourrait en faire quasiment un numéro entier), mais en plus elles sont symptomatiques à plusieurs titres. Outre de la qualité intellectuelle de notre wanabe-le-remplaçant-de-Darcos préféré, elles témoignent d’un directeur qui n’a, semble-t-il, que ça à faire de ses journées (et de ses nuits). 3 à 4 posts par jour parfois, une dizaine de commentaires quotidiens, “ RD ” s’ennuie. En tous cas c’est autant de temps de moins passé à s’occuper de son école.

Allo Sciences Po Bobo

p. 3

La chronique du Dr F. Yion

p. 6

Chronique de l’ambition ordinaire

p. 7

Et pendant ce temps là, à Sciences Po

p. 8

Une journée dans l’université de Richie p. 14

Sait-il par exemple que ça fait plus de neuf mois qu’il n’y a pas d’infirmerie à Sciences Po ? Qu’il ne faut pas aller bien au-delà de la péniche pour dénicher des scandales dans la gestion de sa belle école ? Certes, à force de fréquenter banquiers et autres gentils “ partenaires ”, on s’éloigne un peu des préoccupations étudiantes...

Le phylactère et le marteau

p. 15

Ramdam autour d’une constitution

p. 16

La glandouille dans les Highlands

p. 17

Viva Tijuana !

p. 19

IN VODKA VERITAS VOUS ECOUTE !

Si se ramollir c’est ne pas le mettre en couverture, l’insulter ou évoquer les sujets de fond de tiroir à son encontre, mais parler de sa gestion parfois calamiteuse, alors nous sommes heureux de nous ramollir. Maintenant, ça lui ferait trop plaisir qu’on assimile notre dégoût amusé de Sciences Po à sa seule personne : soyez rassurés, il n’y en a pas que pour lui dans le numéro, loin de là. Sinon, du coq à l’âne (ou de l’âne au coq en l’occurence), vous pourrez découvrir dans ce numéro une nouvelle mise en page (due à des circonstances trop longues à expliquer ici). En espérant que ça vous plaira, nous vous donnons rendez-vous le mois prochain pour un numéro spécial pour les 2 ans du journal...

Une question, une information, une délation intéressée ? Envoyez un mail à

redaction@invodkaveritas.com

LES MEMBRES DE LA REDACTION Denis Carlier Germinal

Sébastien Chavigner Crottin de Chavignol

Nathanel Amar Tibet libre

Antoine Caullet Soupaloñon y Crouton

Naïke Desquesnes Tecktoniqueuse

Fidel Castro Fidel Casse-toi !

Samuel Andre-Bercovici Berlin-pinpin

Maud Borie Titicaca

François Bayrou Manque de Pau

Louis Moulin Directeur de la publication

Béatrice Cointe Screaming Bagpipe

Gilles de Robien Fatale Picardie

Nedal Jounaidi Cry me a döner

Viviane Gravey IVV-VIVI

John Mc Cain A la frite

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ALLO SCIENCES PO BOBO

ENQUETE SUR L’INFIRMERIE L’enquête au coeur du réel

A Sciences Po, les bobos, on connait : ils s’y multiplient aussi vite que des bactéries dans une boîte de Petri, avec une forte propension à traîner près du local du Bureau des Arts. Mais lorsqu’il s’agit des vrais bobos, ceux qui font mal, de l’écorchure du genou au déboîtement d’épaule en passant par la rupture du frein, il n’y a plus grand monde. A vrai dire, il ne fait pas bon tomber malade -ou simplement dans les escaliers- à Sciences Po. Car depuis juin 2007, il n’y a plus de service d’infirmerie à Sciences Po, alors que les étudiants n’ont jamais été si nombreux. Une situation scandaleuse qui ne pouvait nous laisser indifférents…

Toujours sur la brèche, nos vaillants journalistes, véritables parangons de l’investigation, ont mis les mains dans le cambouis, tels les Albert Londres ou les Carl Bernstein du XXIème siècle, pour une enquête de tous les dangers à… l’infirmerie de Sciences Po. Récit d’un authentique morceau de bravoure, un vrai, un qui mérite au moins le prix Pullitzer.

Imaginons un duo de choc genre les Dupondt ou Laurel et Hardy et un scénario béton où l’un des deux journalistes feint une soudaine faiblesse tandis que que l’autre l’accompagne à l’infirmerie : il n’en a pas fallu Blouse blanche’s blues plus pour vérifier qu’il n’y avait effectivement pas d’infirmière à Petit rappel des faits. L’année Sciences Po. Ainsi, lorsque l’on passée, il y avait encore une se sent mal et qu’on sollicite infirmière à Sciences Po, les appariteurs, ils proposent la bien-nommée Nathalie quasi-immédiatement Bourreau. Cette dernière a d’appeler les pompiers. “Non, quitté l’école à la fin de l’année non, ce n’est pas la peine, c’est scolaire, et n’a toujours pas été juste un petit coup de fringale remplacée plus de neuf mois je crois, ça m’est déjà arrivé” a après. Neuf mois pour trouver aussitôt dit un des deux rois de une nouvelle infirmière : on l’investigation, peu tenté par un peut dire que la Direction prend tour dans une navette “Premiers son temps pour trouver le/la Secours” tous gyrophares meilleur-e professionel-le à ce dehors juste pour le fun. “Mais poste, le/la plus apte à chérir il n’y a pas d’infirmière ?” ses Sciences Poupons. Ou ajoutait immédiatement son alors que la Direction se fout ouvertement de la gueule du “Plusieurs Bothan sont morts pour nous ramener comparse. “Oh ben on peut vous ouvrir la salle de repos, monde. En réalité, Aurélien ces informations” oui”. Et une minute après, les Krejbich, DRH de Sciences Po et Didier Destal (l’ex-psy du Loft nouveau psy pipo) sont voilà entrés dans l’infirmerie... en pleine prcédure d’embauche. Mais d’après ce dernier “les deux dernières candidates étaient terrifiantes et avaient l’air Sciences Po m’a tuer rigide”. A Sciences Po, on ne recherche pas spécialement la compétence, mais au moins de la tenue : une infirmière Ce n’est certes pas facile de rentrer à Sciences Po (les portes aguicheuse et guimauve, c’est quand même plus sexy ! De là à sont lourdes), mais certains n’en ressortent jamais. Comme faire des parallèles avec le recrutement de certains professeurs Jean Sarkozy avec David Martinon, certains y sont “à mort”. sur leur nom plus que sur leurs mérites propres, il n’y a qu’un Tels Mac Mahon, ils ont pu fièrement s’exclamer : “J’y suis, pas que nous franchissons allègrement. j’y reste”. Imitant Robin Williams, ils forment le Cercle des Potards Disparus. On apprend ainsi de la bouche d’un membre Les syndicats peuvent s’enorgeillir d’avoir oeuvré à la création de l’administration qu’”à Sciences Po, on est quasiment à un de l’infirmerie. Pourtant, celle-ci a moins été créée moins mort par an en moyenne”. Et René Rémond ne compte pas ! pour satisfaire leur demande que pour répondre à l’obligation des entreprises de plus de 500 salariés de disposer d’une On se souvient de l’étudiant qui a perdu la vie en Chine et infirmerie. Et la direction de Sciences Po semble n’avoir jamais qui avait occasioné un mail de l’administration de Sciences accordé plus d’importance que ça à l’infirmerie. Nathalie Pod’une imprécision et (donc?) d’une lourdeur effarantes, que Bourreau rappelle le mépris qu’elle a pu ressentir de la part nous avions d’ailleurs raporté dans nos colonnes. A priori, d’une hiérarchie qui “ne reconnaissait pas [s]on métier” et qui l’étudiant qui, selon les mots de la direction avait “été tué” en la considérait comme une “technicienne”. Elle était d’ailleurs Chine, serait mort dans un accident de voiture. Il y a quelques soumise au -peu avantageux- régime des employés et a du années, un étudiant avait péri dans un attentat à l’université faire un recours devant Richard Descoings pour pouvoir obtenir de Jérusalem. On comprend du coup que la DAIE soit parfois le statut de chargée de mission. un peu frileuse sur certaines destinations. Et puis il y a aussi cet étudiant atteint d’une maladie dégénérative qui “n’a même L’infirmière a mis en place de nombreuses actions : don du pas passé le stage d’intégration”. sang, vaccinations contre la grippe, prévention, formation AFPS, mais elle dérangeait tout de même. Sûrement à Mais la palme de la mort la plus spectaculaire revient au force de parler du “rôle social” de son métier et de dénoncer dernier mort en date, un étudiant italien en échange à Sciences l’indigence des moyens mis à sa disposition… Du coup, on lui Po qui y est passé au début de cette année scolaire. Jugez a gentillement signifié d’aller voir ailleurs. Histoire d’en rajouter plutôt : après avoir foutu le feu à sa chambre de bonne, il dans le registre sympathique : lorsqu’elle est partie, on l’a poignarde son couple de proprios (seule la femme y passera) obligée à prendre un mois de congés sans solde. Un départ devant leurs enfants, avant de se jeter du haut de l’immeuble. qui en rappelle d’autres (ré-exprimons notre réserve sur celui Il ne manquait plus qu’un viol et ça faisait six pages dans de Gaëlle Coutant -ancienne SUDiste- par exemple). Détective.

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Il faut savoir que tous les appariteurs de Sciences Po sont censés avoir une formation de secouriste (12h par an, payées par Sciences Po). C’est eux qui, de fait, soignent petits et gros bobos depuis le départ de Nathalie Bourreau, comme ont pu le constater nos superbes enquêteurs-cheveux-auvent en parcourant le registre d’admission à l’infirmerie. Mais évidemment, malgré toute leur sollicitude et leur professionnalisme jusque dans le pincement des gros orteils, les appariteurs ne sont pas habilités à dispenser des médicaments et encore moins à prodiguer des conseils médicaux au-delà du traitement immédiat. Et en l’occurence, après quelques palpations et des verres d’eau sucrée, ils n’ont pu que laisser notre malade imaginaire “se reposer un peu”.

En tous cas, nous pouvons l’affirmer haut et fort, après cette enquête de terrain de haute volée : administrée par des personnes non-habilitées, dans des locaux inadaptés, sans réel suivi : la santé à Sciences Po est un vrai scandale.

A votre santé !

On nous a dit en janvier que la nouvelle infirmière arriverait en même temps que le déménagement de l’infirmerie vers le 13 rue de l’Université après les vacances d’hiver. Force est de constater que rien n’a été fait. Comme nous l’a dit cet appariteur du bâtiment René Rémond, dans un beau retournement dialectique : “il n’y a pas d’infirmerie puisque de toutes façons il n’y a pas d’infirmière”. Parti comme c’est, on pourrait bien avoir une année scolaire entière sans infirmière. Aux dernières nouvelles, la nouvelle infirmerie devrait se situer à la place du Malgré des recherches approfondies, nous n’avons secrétariat du 1er cycle, un malheureusement pas trouvé de Subutex. jour, peut être.

Super opportunité pour fouiller dans l’infirmerie (il n’y a effectivement pas grand chose au niveau matériel) et pour constater l’exiguïté du lieu et surtout sa position des plus malvenues. A-t-on idée -à moins de disposer de cloisons complètement insonorisées, ce qui n’est évidemment pas le cas- d’installer l’infirmerie en voisinage immédiat avec la Péniche et tout le passage et le bruit qu’elle occasionne. On pourra souligner aussi que pendant l’heure où ils sont restés seuls dans l’infirmerie, nos héros du journalisme auraient pu s’administrer sans problèmes tous les médicaments qui leur tombaient sous la main (mais là encore, nos champions de l’enquête ont su raison garder).

Pourtant, officiellement, le recrutement de l’infirmière avance. Aux ressources humaines, on nous a expliqué que les infirmières sensibilisées aux problèmes des étudiants sont des infirmières qui ont un contrat type Education Nationale et que c’est “compliqué à manager”. Salauds de fonctionnaires ! Du coup, on se tournerait plutôt vers une infirmière qui travaille en entreprise mais qui connaît tout de même la spécificité des étudiants. La quadrature du cercle en somme. Et en attendant, ben, rien. Intéressant cas d’école,

Didier Destal : du Loft à Sciences Po

complexe du RDV chez le psy et « lorsqu’ils décident de se soigner, au moins ils le font bien ! » Les causes d’une consultation sont diverses : papa maman qui mettent la pression, stress des exams et yaourt Bio de Danone, chagrin d’amour, impression qu’on n’aura jamais le salaire tant rêvé… Tant de problèmes existentiels qui entraînent constipation et manque de sommeil. On le savait déjà, entrer à Sciences Po et y rester 5 ans, cela cause des dégâts psychiques souvent irréversibles… Parfois, Didier doit même prescrire anti-dépresseurs et anxiolytiques, lorsque la situation devient vraiment préoccupante.

A défaut d’infirmerie pour se soigner le corps, les étudiants chanceux de Sciences Po ont la possibilité de se soigner l’âme : Didier Destal, ancien psychiatre du Loft -mais aux talents reconnus-, reçoit depuis octobre 2007 dans une petite salle de classe du 13 rue de l’université, tous les mardis et vendredis de 17 heures à 19 heures. Le style décontracté et les lunettes qui vont avec, Didier, c’est un peu le psy idéal à Sciences Po : d’ailleurs, toute la direction l’adore, de Richie à Cyril Dollé… Alors forcément, à côté de ce bellâtre quinquagénaire, Nathalie Bourreau faisait pâle figure.

Les étudiants étrangers sont parmi les plus nombreux à venir consulter : souvent, ils évoquent le manque d’intégration. Les bourgeois de Sciences Po n’aiment pas les autres, c’est bien connu, surtout en dehors du périmètre du 7e arrondissement. Et pour l’élite, le plus dur, c’est la confrontation avec les autres premiers de classe. Les étudiants «ne supportent pas de ne plus être aussi performants qu’avant » : et oui, l’estime de soi est une maladie trop répondue à Sciences Po et le «surmoi est un peu rigide» explique Didier. A part ces petits problèmes de surmoïte aiguë, au moins, «il n’y a pas les problèmes d’alcool qu’on observe dans les autres grandes écoles», constate-t-il. Le BDE a donc encore du chemin à faire s’il veut se hisser à la hauteur du taux d’alcoolémie de toutes les grandes business school parisiennes. En tous les cas, Didier explique que «le soutien est bien mieux construit et organisé à Sciences Po que dans les autres grandes écoles » et il semble tirer une certaine fierté de cette organisation souple et si rassurante entre lui, la direction et l’élève. Un élève si bien chouchouté que faute de pouvoir lui administrer un doliprane à l’infirmerie, on peut au moins lui prescrire des antidépresseurs. Bienvenue dans la société du mal-être…

Tout a commencé à l’été 2005. Didier Destal fait interner dans son centre de psychiatrie de Saint-Ouen une jeune étudiante en deuxième année à Sciences Po et contacte alors la direction de la scolarité pour aménager l’emploi du temps de l’élève. C’est le coup de foudre avec Cyril Dollé et le début d’une grande collaboration, au service des bobos du cerveau des étudiants de Sciences Pipo. Et la demande est forte : en une année scolaire, Didier a reçu dans son bureau environ 200 élèves, tous niveaux confondus. S’il n’y a pas de véritable particularité dans le mal être d’un étudiant à Sciences Po, le psychiatre rappelle quand même que les étudiants sont ici « très intelligents » car ils ont dépassé ce

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de communication en la matière, comme l’organisation de conférences sur le handicap, Sciences Po est encore très loin d’être handi-friendly. Nous l’avions souligné pour la bibliothèque (nous attirant par là les louanges de… l’UNI) mais ça vaut pour les autres bâtiments de Sciences Po, à commencer par le 27 rue Il en va ainsi par exemple Saint-Guillaume : ascenseurs de l’assistance sociale. Si qui ne sont pas aux normes, une assistante sociale a été absence de mains courantes recrutée, c’est à mi temps, pour les personnes à mobilité seulement pour les salariés et réduite, etc. Nathalie Bourreau c’est un poste externalisé (elle avait aussi plaidé pour travaille dans une entreprise, l’acquisition d’une “chaise qui paye des vacations à d’évacuation pour descendre mi-temps pour les salariés). les handicapés ou femmes Serait-ce trop demander enceintes en cas d’incendie”. d’avoir une assistante sociale Le prix : 2500 €, peut-être un à temps plein, indépendante, dixième du coût du nouveau qui puisse s’occuper aussi logo… De toutes façons, la loi bien du personnel que des de 2003 oblige les universités étudiants ? Plus largement, à se mettre en conformité pourquoi ne pas prendre aux normes handicap d’ici l’exemple sur l’ENS dans 2010. En même temps, ils ne lequel psy, assistante sociale semble pas qu’être hors-la-loi et infirmière sont regroupées Le registre d’admission à l’infirmerie. Oui, la dérange beaucoup Sciences dans un pôle santé unique ? photo est floue mais de toutes façons on aurait Po… Seul problème, l’argent pas pu montrer les noms, d’abord ! On sait trop bien que dans pour le handicap sera versé le domaine médico-social, le sous la forme de subvention, travail en équipe est souvent essentiel… et vu l’opacité dans la gestion, il n’est pas sûr que tout sera réellement utilisé pour la question du handicap. On pourrait aussi parler de l’accessibilité : malgré ses coups Enfin, au niveau de la sexualité, la situation est tout simplement dramatique puisque strictement rien n’est fait. A croire Hors de SciencesPoPoint de salut ? que dans le monde merveilleux -et bourgeois, et blanc- de Sciences Po, le SIDA n’existe pas. Ou que les étudiants sont Comme on l’a vu, il ne fait pas bon être malade ou souffrant à tous abstinents… A la fac les infirmières ont un budget pour Sciences Po. Outre le point de vue purement sanitaire et social, les préservatifs, ce qui n’est pas le cas à Sciences Po. Idem la nécessité de recruter une infirmière et d’ouvrir une infirmerie pour la pilule du lendemain, pourtant en théorie disponible digne de ce nom est aussi une obligation juridique. C’est ce que dans tous les établissements de France à partir du lycée. nous dit le décret n°88-250 du 3 mai 1988 relatif aux services Mais comme l’a déjà affirmé un membre de l’administration : de médecine préventive et de promotion de la santé (SUMPPS), “La pilule du lendemain c’est tout de même un avortement ! ”. décret signé par le Chi qui était alors Premier ministre. L’Opus Déi ne dit pas mieux… où le management pour le management remplace l’intérêt à proprement parler des utilisateurs, ici les étudiants. Mais au-delà de la question essentielle de l’infirmerie, c’est tout le chantier de l’assistance médico-sociale à Sciences Po qui reste encore à construire.

Le décret nous informe de la nécessité pour chaque université d’« organiser une protection médicale au bénéfice de ses étudiants. Elle crée à cet effet un SUMPPS ». Ce service de médecine préventive est chargé de l’organisation d’un contrôle médical préventif. Ce contrôle médical censé être obligatoire s’effectue lors de votre première année à Sciences Po. Pour ceux que ça intéresse, sachez qu’il faut vous rendre dans le petit hall du 27 Rue Saint-Guillaume, arrivé là il faut bien observer les panneaux où sont indiquées les dates de visite médicale. On voit bien que pour l’administration de Pipo envoyer des mails pour nous prévenir d’une énième réunion corporate est plus important que de prévenir ses étudiants d’une visite médicale (gratuite ?).

Circulez y’a rien à voir Sciences Po est hors-la-loi, et après ? Non seulement ce n’est pas la première fois, mais il est peu probable qu’il ne se passe quoique ce soit. Car au fond, le plus scandaleux dans l’affaire, c’est que tout le monde s’en fout, et ce n’est pas cet article qui changera grand chose. Les pouvoirs publics continueront leur mutisme complaisant, l’étudiant de base continuera à dormir sur ses deux oreilles. De toutes façons, c’est toujours les autres qui tombent malades, pas vrai ?

La Connerie de Richie

Pour ne pas être d’une mauvaise foi absolue notons au passage que le décret prévoit une mutualisation des SUMPPS. Néanmoins les prestations médicales que sont les soins d’urgence et qui sont bien mentionnées par le texte réglementaire peuvent difficilement faire l’objet d’une collaboration avec d’autres sites universitaire, et la solution des appariteurs est tout sauf satisfaisante.

«“Tocard” c’est sympa (Panafieu)

Le malthusianisme est une doctrine, pas une injure.

Par ailleurs on imagine aisément que certains problèmes de santé doivent être pris en charge par un personnel professionnel et formé spécifiquement. Le Dr. Fyion pourra d’ailleurs nous le confirmer très simplement. Il est donc temps pour l’administration de se bouger un peu afin que l’ensemble des étudiants puisse avoir accès à une infirmerie et à une ou un infirmier universitaire, on ne sait jamais le pire pourrait arriver (Cf. l’encadré « Sciences Po m’a tuer »).

Une doctrine très à la mode d’ailleurs : elle n’a de connotation ni positive ni négative ; elle est le résultat d’un choix multifacteurs au sein d’une ensemble complexe.» Richie, tous les mois dans IVV et tous les jours sur son blog !

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LA CHRONIQUE DU DOCTEUR F. YION

Chers lecteurs, comme vous le savez, nous à IVV, on vous aime bien. C’est pour cette raison éminemment profonde que nous avons décidé d’accueillir le Dr Francis Yion dans le journal. Le Dr. F.Yion sera chargé d’apporter un soutien psychologique aux étudiants de Sciences Po qui en feront la demande par courrier. Il prend ainsi en quelque sorte la relève du Dr. Love qui avait eu droit de cité dans nos colonnes il y a déjà plus d’un an. En grand spécialiste, les personnes au fond du trou feront l’objet de toute l’attention du Dr. Après des études de proctologie, de gastroentérologie et de gynécologie (sa thèse : « Un trou est un trou » reste une référence - à lire en complément son essai controversé d’optique « Et la bite n’a pas d’ œil » ), il décide de changer d’air et de mettre son intelligence à l’œuvre dans la psychologie. Praticien réputé, il a assisté de nombreuses célébrités sur la route de la guérison, notamment Mickaël Jackson, Britney Spears, Kurt Cobain et Pierre Bérégovoy.

que ton ex a eu tout le temps d’établir des comparaisons sordides entre toi et ton père. La jeune fille dans le métro pouvait très bien être un appât manipulé par quelque gang de barbares de nos banlieues, elle pouvait aussi avoir des mycoses ou te refiler une chaude pisse carabinée ou toute chose de ce genre. Pour ce qui est de l’urine sache que dans certaines sociétés amérindiennes, l’urine est valorisée comme un liquide divin aux propriétés magiques. Cette dernière info ne t’est sans doute d’aucune utilité mais tu comprendras son sens en réfléchissant bien. Le conseil du Dr F. Yion : Evitez malgré tout les poissards ! C��� D� F. Yi�� ,

C��� D� F. Yi�� ,

J� ��i� é�u�i�n�� � S���n�e� P� e� �� d�i� v�u� ���� ��� m� ��� es� �� c��v���� . J� �� �r���� ��ec������n� ��è� l�i�� .J� ��i� c�������� p�� �e� é�u�i�n�e� s����n� ���� h������e� e� ���� ma������e�, ��n�e� e� ����e�. U�� f�i� d�n� l� ��� , �� ����� c����� �’� ���� ��m�n�� �� �uto�r���� p�r�� ��’�l� �’�n� ��i� p��� B��r�n� R�n�r� , �� g�r� �e� C����e� e� �e� L���e�.

J� v�u� é��i� c�� �� �r���r�� ac��������n� ��� pa�� ��è� �i�fi���� . J’�� �’����es�i�� ��� �� s�� �’a�h���� ��� m�� ��e� �� �l�i��� ����ist�����i��� . (E� �ro� m� ��� �’es� c���� �� m�� ���� �’ét�i� �� m�r��i� �� Sa�� e� ��� m� ���� �’ét�i� s� s���). M� ��� �m����u�� es� �ro��� �� �é�n� ����i� ��� m� c����� �’� ����� . E� u���is�n� s�� �r�� , �� �� ��i� ��n�� c��p�� ��� � ’ét�i� d�n� l� ca�ég���� « Pl�� Q » �� s�� ��N. L� �r������ �’es� ��’�� ét�i� �r�i� d�n� l� ca�ég���� : m�� �������� ��� e�… m�� ���� . D� c���, � ’�� �é�i�� �� l� ������.

J� �� �’ac��p�� ��u� c���� �� ��i� D� F. Yi�� , ��� d�i�-�� f���� ? Chère machine,

Tu me dis que tu te trouves moins belle L� ��n��m��� d�n� l� �é�r� �� Leçon de proctologie menée par le que les autres étudiantes qui sont, v�i� ��� ����� ����� ma���fi��� elles, bien maquillées, bien habillées, Dr. F. Yion. �us�� �� fa�� �� m�� , ���� ���� �e� minces et élégantes. Je pourrais te ���� ��r� m�� �u�n� �� s�r� �� l� r��� , �� f�i� �� dire beaucoup de choses pour te redonner le moral te dire �r�n� s������ e�… �e� p��e� �� �e�����n�. A��è� �v��� que ce qui compte c’est l’intérieur. Blablabla. pa�� l� ��i� � ������� � c�u�� �� m� ��p���� , �� �’�nd�r� �� ����� B�u���. Pa� �� s�u�� ��is��� La vérité c’est que si tu ne bouges pas ton gros tout, personne �� ��i� �� ������ e� ��� �� ��� �’�� f�u�. J� �� ne viendra te sortir de ta misère physique. Tu penses un seul �������� �v�n� l� �� �� c��r� ��e� ��� �����u�� instant que c’est facile pour ces étudiantes que tu prends en ����� �� f���� ���� , �� ��r�n�� t�u� �� m�n�� , � ’�� modèle de devoir passer une à deux heures par jour à se �r�i� � ��� ��m�r��� �� ���, m�i� �� �’�� ��’��� maquiller et à choisir leurs vêtements ? Tu penses que c’est �b�es�i�� : �e� t�����e�. Ar���� l� �� ���� ���� �� facile de faire des séances d’abdos fessiers et des footings s��la���, m�i� �� ��n� c���� �� ��u� �h�u� . C’es� pour rester maig… heu... mince ? Et ces centaines voire milliers l� ��� �� �� �������� �r����n� e� ��� �� �� ��nd� d’euro que leur père gagne et qu’elles dépensent en fringues c��p�� ��� �� ��i� t��j��r� �� ����� . qu’elles ne mettront pas l’année d’après, c’est pas ton pauvre prof de maths de père qui va te les filer ! J� �� �r�i� ��u� �� l� ��� D�. F. Yi�� !!! J’espère bien que tu vas décider de prendre ta vie en main (à défaut de vits) soit en changeant de modèle soit en changeant de corps. Cher …, Il faut parfois dire la vérité même si elle est difficile à entendre. Par la même occasion ce conseil vaut pour tous les thons de Sciences Le phénomène que tu décris comme de la malchance n’est Po qui auraient envie de m’écrire pour se plaindre de leur face. en fait qu’une perception totalement déviée de la réalité. Laisse moi t’en faire la démonstration. Le conseil du Dr F. Yion : Pour vous mesdemoiselles, si vous êtes jolie, élégante et intelligente je ne saurai trop vous Estime toi heureux d’avoir évité de prolonger une relation conseiller de devenir amie avec une plus laide que vous. uniquement basée sur le mensonge, surtout quand tu imagines Votre éclat n’en sera que rehaussé.

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CHRONIQUE DE L’AMBITION ORDINAIRE - 2

poste de responsabilité supplémentaire ? Cette personne a-t-elle jamais tapé dans un ballon de football ou joué à Super Mario ?

Les blogueurs sont pour la plupart les “nouveaux philosophes” des années 2000. Ils peuvent affirmer avec Maurice Clavel : “ Au fond je n’ai jamais rien pensé ”. Ce sont de petits romantiques, écorchés adeptes du “je-me-moi” et d’un renouveau des croyances, des paroles définitives sans aucun contenu et de la communication sans nuance. Le web devient lieu de l’égologie où chacun attend de devenir célèbre, partant dans son fantasme de l’ambition irraisonnée. Comme le dit (presque) une publicité pour une voiture dite “verte” (la couleur, sans doute), “ soyez é [g]olo, c’est dans l’air du temps !”.

Et pour ne rien arranger, Rémi Bétin est de droite. Ses interviews pour son journal (Jean-François Lamour ou sa mairesse Nathalie Kosciusko-Morizet) en sont déjà un indice, mais ses réactions stupides à l’actualité le confirment clairement. Un jour de grève ? “Je-me-moi”, Rémi Bétin sort sa petite individualité et ne s’interroge même pas sur les raisons du mouvement social. On le brime ! On l’empêche d’exercer son droit au travail ! “ Pourquoi cherche-ton toujours à nous gâcher un plaisir que l’on a mis tant d’années à acquérir ? (sic - qu’en est-il des droits défendus par les travailleurs ?) Pour la première fois, je prenais un plaisir inconsidéré à aller en cours, à tous les cours, je m’épanouissais. Tout cela c’était avant…aujourd’hui. ” Le pauvre petit ! On en pleurerait ! Mais il faut dire qu’il n’est pas peu fier d’être à Sciences Po, au point… de compter les jours. “ Cela fait 1 mois que j’ai été admis à entrer en première année du premier cycle de Sciences Po ! ” Hmm, OK.

Je rêve de Pipo depuis tout petit... Après Rémy Cérésiani au numéro 11 (Chronique - 1) et l’inénarrable Nicolas Vinci au numéro 10 (qui a finalement préfiguré cette chronique), découvrons ensemble mes amis un nouvel exemple de ce qu’il est convenu d’appeler un ambitieux. Notre spécimen, ce mois-ci, s’appelle Rémi Bétin. Son blog : http:// journaldabord.free.fr/, son site : http:// remi.betin.free.fr/

Nous ne parlons pas ici de ...et quand je serai grand, je n’importe qui car monsieur, pourtant seulement dans sa première année serai Président ! du supérieur, a déjà une longue carrière derrière lui ! Jugez par Rémi Bétin est de ces étudiants qui vous même : “ délégué de classe à ont du mal à comprendre le concept de cinq reprises (6° - 5° - 3° - 1° - Tle) ”, distance critique. On apprend ainsi que “ représentant des élèves suppléant “fréquenter Sciences Po, c’est avoir au Conseil d’Administration ” pour professeurs les personnalités les au collège, “ Représentant plus éminentes et reconnues. Bien que des élèves à la commission Dominique Strauss-Kahn - qui jouit permanente et suppléant au d’une adoration quasi cultuelle chez les Conseil d’Administration ” au élèves (sic) - ait été promu Directeur du lycée et “ Délégué de conférence Fonds Monétaire International (FMI) et - ‘Méthodologie des sciences n’exerce dans ces conditions plus à sociales : Sciences Politiques ’” à Sciences Po, il reste des grands noms Sciences Po (“ campus de Paris ”, parmi l’équipe éducative.” De grands bien sûr !). Monsieur est aussi un noms comme… Olivier Duhamel. Si, grand journaliste, en témoigne la si ! Duhamel est une “personnalité liste de ses articles et des exploits “Je-me-moi” en clair-obscur. Bientôt exigente” qui exhorte ses étudiants à de mise en page qu’il a pu réaliser. “devenir intelligents (sic)”. Duhamel est dans toutes les mairies. Enfin, monsieur est un artiste virtuose donc également très optimiste. (chorale et théâtre). Enfin l’élément le plus amusant, en plus de l’omniprésence de Mais tout cela n’est que foutaise au vu d’une vie politique déjà l’image du dénommé Bétin, est le fait que l’apprenti parasite bien remplie : “ représentant de la France ” au “ Ve Forum des s’est carrément confectionné un logo, suivant ses initiales. Mais jeunes de l’UNESCO ” où il a porté “ la parole de la France ”, ce côté professionnaliste à outrance ne peut laisser passer la participant à une demi-douzaine de colloques, assises, faiblesse infantile universités d’été, “ membre du Conseil Municipal des Jeunes qui transparait de Longjumeau (91) ”, “membre du Conseil Départemental dans tout le de la Jeunesse, des Sports et de la Vie Associative de site… Comment l’Essonne ”, “membre du Conseil National de la Jeunesse ”, justifier ce “ administrateur de l’Institut National de la Jeunesse et de besoin de mettre l’Education Populaire ”… C’est déjà le cumul des mandats en avant l’expérience la plus insignifiante ? Qu’est-ce qu’avoir avant l’heure. A quand le cumul des mandales ? le 14 septembre 2007 à 17h - moment du dévoilement des admissions - gravé à jamais dans la mémoire ? Plus que Mais une question pointe le bout de son nez : à quel âge l’agacement face à l’insupportable prétention, c’est presque Rémi Bétin a-t-il donc mis son premier costume trois la pitié qui finit par primer, une fois le rire méchant passé. Mais pièces ? Comment avoir une vie quand on est pris par son reste que ce monsieur mérite de figurer dans notre panthéon “ engagement assidu ” dans le but d’assurer une “ visibilité des fats. Et qu’on ne va pas se priver de vous faire part de accrue et un fonctionnement optimisé de notre conseil ces méchantes remarques pour de basses considérations [départemental de la jeunesse] ”, quand on n’est que éthiques. C’est le prix de la surexposition du “je-me-moi”. A “ sérieux et souci de perfectionnisme ”… Quand on brigue un bon entendeur… Une prochaine victime le mois prochain !

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ET PENDANT CE TEMPS LA, A SCIENCES PO...

Soldes : - 70% sur le pouvoir d’achat !

Vient alors un commentaire, émis sur le forum de Sciences Po : qu’en est-il dans ce cas des membres du Conseil constitutionnel eux-mêmes comme Olivier Dutheillet de Lamothe qui donne le cours de Questions sociales en master Affaires publiques à l’IEP de Paris ? En effet, s’il y a nomination et non élection, il est relevé sur le forum que le devoir de réserve des sages sur les questions touchant à la vie politique n’est pas tout à fait respecté.

A l’UMP Sciences Po on se lance dans le marketing agressif ! Rien de moins qu’une “OPERATION SPECIALE” ! Ami pipoteur, tu rêves de voir de près Michel Barnier ? Tu vendrais père et mère pour le faire ? Tu ne penses qu’à lui ? Mais si… Le type, là, euh, il doit être ministre ! Enfin, je crois… Eh ben donc sache que tu aurais pu le rencontrer, si seulement parmi les 20 premiers à t’inscrire auprès de ta section UMP ! “Le nombre de places pour cet évènement [était] très restreint” (nous soulignons). Et ce n’est pas tout ! Car tu peux aussi rencontrer Samuel Baroukh ! Mais si ! Le “chef-adjoint de cabinet du Ministre du travail” Xavier Bertrand ! C’est “EXCEPTIONNEL” ! De quoi vivre quelques dizaines de minutes “dans les coulisses du gouvernement” !

Cette différence de traitement entre juges et députés tient pourtant de l’hypocrisie quand on sait que cette incompatibilité des fonctions vise à garantir l’indépendance des députés. Faut-il en conclure que les juges sont naturellement plus indépendants que les députés ? La jurisprudence telle que rapportée dans les Cahiers du Conseil constitutionnel finit enfin par une phrase à foudroyer sur place un Richie : “Etait également sans conséquence le fait que deux des trois députés soient professeurs associés à l’IEP de Paris et non à l’université”.

Pour la prochaine rock-star du gouvernement que tu pourras rêver d’aller voir, sache que l’UMP Sciences Po compte installer un numéro surtaxé et prendre des appels en direct sur RSP. Il te faudra alors crier “SARKOZY !” le plus fort possible dans le combiné pour être sélectionné pour serrer la main d’Alain Marleix voire si tu es chanceux ou chanceuse… de Valérie Létard !

Accident : car y est Un bus transportant 48 étudiants de Sciences Po Lille, de retour d’un voyage au ski a pris feu sur l’A48, en février dernier. Selon nos informations, il ne s’agit pas d’un accident mais bien d’un attentat d’un groupe d’action directe visant à la suppression des différents AS et BDS. Et ça vaut aussi pour les BDE.

Ce n’est pas à un vieux sage qu’on apprend à faire des grimaces Le Conseil constitutionnel a pris le 14 février une décision de la plus haute importance : “les fonctions de professeur associé [ici “à l’université ou à l’Institut d’études politiques de Paris”] sont incompatibles avec l’exercice par MM. Bruno Le Maire, Pierre Moscovici et Henri Plagnol de leur mandat de député”. Plagnol enseigne à Dauphine, Le Maire et Moscovici à Sciences Po Paris.

Que ceci vous serve donc d’avertissement : à la prochaine soirée “Champagne et gros seins”, passez votre chemin !

My stub at war Camille Bedin, à la tête de l’UMP Sciences Po, nous le dit : sa section est “un exemple du militantisme étudiant de l’UMP GE” (GE = Grandes écoles). Voilà donc une analyse pleine de nuance !

Es-tu plus...

Bedin nous apprend ainsi dans son texte publié sur le site de l’UMP GE (http://www.umpgrandesecoles.eu/national/ index.php?option=com_content&view=article&id=87:lumpsciences-po) que “Sciences Po est un lieu de débat, d’ouverture intellectuelle et d’intérêt pour la politique et la chose publique” (si, si) tout en écrivant pourtant que l’IEP “est le plus souvent un lieu de ‘pensée unique’ en plein cœur de Saint[-]Germain[]des[-]Prés”. Les personnes concernées apprécieront. Oui, on vous le dit aussi tous les mois mais au moins on ne fait pas semblant de vous aimer.

...marque-ombrelle ou Marc-Aurèle ? Richard Descoings parle de SciencesPoPoint comme d’une “marque-ombrelle qui rassemblera sous un même oriflamme [1] les centres de recherche aussi bien que la bibliothèque, la formation continue comme la formation initiale, et qui organisera l’unité dans la diversité [2]”.

Notons aussi le sophisme absolu contenu dans l’expression “pensée unique” recrachée sans réflexion aucune sur sa signification. Difficile ensuite d’affirmer que l’UMP agit pour “faire bouger les lignes”, “sans jamais rester dans le cliché, sans jamais rester dogmatiste” (nous soulignons).

Il est intéressant de voir comment Dédé parle la langue du marketing pour parler de la gestion de l’établissement qu’il dirige. Richie, patron de Sciences Po Corporation ?

Toutefois les “militants” en costume-cravate ont des amis tout aussi modestes et humbles : les bobos du PS. Sur le site de la section, l’on peut lire : “La Rose au Poing, journal de la section Sciences Po [est en ligne] : nouveau numéro, nouvelle maquette, la rénovation, on vous l’avait dit !” (nous soulignons). Normal, avec un numéro mis en page par le “meilleur graphiste que la planète socialiste (et pas que…) ait porté”. Une question reste : sur quelle planète vivent donc les membres du PS ?

[1] L’oriflamme, rouge orangé, est le signe de la basilique de SaintDenis devenu celui de la royauté. La couleur du nouveau logo de Sciences Po en prend toute une autre dimension… [2] “L’unité dans la diversité” est la devise de l’Union européenne. C’est que Coin-coin a de l’ambition !

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Pécresse, si tu savais…

Palmarès stupides

Descoings tire la sonnette d’alarme. Lui, le chantre de l’autonomie, qui pose Sciences Po comme modèle de ce que devrait être l’université française. La raison en est simple : l’autonomie ça va tant que ça ne me menace pas.

des

groupes

Facebook

les

plus

n°4 - “Evil appariteurs” Le groupe des gens qui n’aiment pas les appariteurs parce qu’ils ont pas voulu les aider à mettre du papier dans l’imprimante (ouvrir un tiroir soi-même semble être trop difficile), parce qu’ils font sonner la cloche pour signaler l’heure (horreur !), parce qu’ils ouvrent les portes aux heures d’ouverture et les ferment aux heures de fermeture (inadmissible !).

« Plus les universités deviennent autonomes, moins leurs composantes le sont », s’exclame-t-il, évoquant les bastions gauchistes « d’autogestion » que sont médecine et droit, et qui pourraient subir le même sort que les IUFM (formation des maîtres). De plus, les universités tendent à fusionner (le contexte de mondialisation et de mise en concurrence des universités, toussa), ce qui amène à fusionner des programmes et à supprimer de la diversité dans l’enseignement.

On retrouve dans ce groupe toute la haine bourgeoise pour les larbins qui font le boulot à leur place. Les messages du groupe réadaptent à la sauce Sciences Po tous les clichés anti-fonctionnaires. Bref, la haine bourgeoise dans sa plus belle expression.

Mais tout ça Richie s’en fiche un peu. Ce qui l’intéresse le plus – et l’information est en effet terrifiante – c’est que les IEP se classent au ministère dans la catégorie « droit-économiegestion ». « La science politique n’est plus mentionnée », s’emporte notre directeur préféré. « Si les IEP sont dans le même domaine que le droit, quelle sera l’attitude des facultés de droit à l’égard des IEP ? Souhaiteront[-]elles leur laisser l’autonomie et la capacité de sélection des étudiants dont elles ne bénéficient pas, à leur grand regret ? ».

n°3 - “Grenelle de la bibliothèque de Sciences-Po” A quand un “Grenelle du PQ qu’il faut changer” ? Voir les numéros 10 et 11 sur la réalité de la situation à la bibliothèque. n°2 - “Pour que l’on continue à écrire Sciences Po et pas SciencesPo.”

Pauvres IEP, à la merci des méchants juristes qui voudraient marcher sur nos belles plates-bandes ! Jean-Claude Casanova se devait bien de rassembler en session extraordinaire les présidents d’IEP et/ou leurs représentants !

“ ‘Sciences Po’ est l’une des seules choses, avec le 27, que l’on ait gardé de Boutmy et de Leroy-Beaulieu”, “ ‘SciencesPo.’, c’est l’école de Pompidou, de Proust et de Paul Claudel qui passe à lère du “.com”, de l’éphémère et du jetable”…

Rappelons simplement que c’est Sciences Po qui est venu court-circuiter les facs de droit en obtenant en mars 2007 le droit de décerner pour les masters droit économique et carrières judiciaires et juridiques un diplôme équivalant à une maîtrise de droit. Ce titre permet de passer les épreuves des CRFPA (formation des avocats).

C’est tellement beau. On en pleurerait. n°1 - “Pour un HYMNE des Etudiants de Sciences Po !” Tout est dans le nom. IVV suggère en complément la création des groupes “Pour un UNIFORME des étudiants de Sciences Po !”, “Pour une MILICE des étudiants de Sciences Po !” et “Pour un peu d’ESPRIT CRITIQUE chez les étudiants de Sciences Po !”. A quand un groupe “René Rémond au Panthéon” ?

En avril dernier, Coin-coin parlait carrément d’un « avis de tempête » à propos de la polémique déclenchée dans les facs de droit par son succès dans le lobbying ministériel. Descoings a beau jeu de se poser à présent en victime, prenant pour changer la défense de tous les « IEP » et non plus de la seule « marque-ombrelle » (sic) Sciences Po.

En attendant, on peut s’amuser un peu à la lecture du fil de discussion de ce groupe. Les gentils pipoteurs suggèrent un texte “assez guerrier” mais aussi “un peu sérieux quand même” mais “sans pour autant se prendre au sérieux” mais “qu’il n’y ait surtout pas de propos sexuels” mais, etc. On en revient toujours à la même chose à Sciences Po : Konsensus Mou über alles.

Les critiques ne Montaigne pas L’institut Montaigne, think-tank néolibéral de Claude Bébéar (AXA) a ce mois-ci fait le bonheur de Coin-coin en classant l’IEP de Paris premier établissement français en terme de recherche dans la catégorie « Sciences de l’homme et de la société » (wouah !). Ce classement très sérieux a été établi… sur la seule base du « pourcentage de publiants dans des laboratoires reconnus internationalement pour l’ensemble de ses chercheurs » (sic). Avec 67,68%, Sciences Po arrive devant le Collège de France (61,80%) et l’ENS Paris (54,80%).

Et attention, c’est du sérieux cette histoire d’hymne : “il ne faut pas se priver je pense de quelques investigations pour donner plus de profondeur et de pérennité à cet hymne tout en veillant par la suite à enrober cela dans beaucoup d’humour et de légèreté sur la forme !”. Avec de telles phrases, ça commence bien…

Parmi nombre d’autres critères nécessaires à une étude sérieuse, le nombre de chercheurs, mentionné, ne semble pas mériter d’être pris en compte (95 à Sciences Po contre 1191 à Paris-X classée 15e, par exemple). Enervé par les critiques sur la pertinence d’une étude aussi superficielle, Richie réagit : « Vous avez raison : évitons sy [s] tématiquement d’avoir des raisons de nous réjouir ». Sans rapport aucun, notons perfidement qu’au sein du conseil d’orientation et du comité directeur de l’Institut Montaigne, on trouve des professeurs de cours magistraux à Sciences Po, comme Alain-Gérard Slama, Marie-Anne Frison-Roche ou Guy Carcassonne.

Et pour ce qui est

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Es-tu plus...

...marque-ombrelle ou mèremaquerelle ?


de la musique, un des intervenants propose le pompeux “Conquest of Paradise” de Vangelis. “Highway to Hell” nous semble pourtant nettement plus approprié. Sinon, à défaut de paradis, on peut toujours chanter qu’avec Sciences Po, “on ira tous au paradigme”…

Outre l’idéologie nauséabonde qui dégouline des propos de Gaudin, il est intéressant de constater qu’à l’UMP on croit encore que Libération est de gauche. Remarquez, Laurent Joffrin aussi.

“J’irai la chercher avec les dents”

Le mariage SciencesPoPoint - Acheussé : trop bandant !

La direction de Sciences Po, toujours à la recherche d’une manifestation consensuelle-molle de plus à ajouter à son actif, a organisé avec le Comité de soutien à Ingrid Betancourt un rassemblement devant l’école le 6 mars dernier. C’était l’occasion pour Richie le Magnifique de s’afficher avec Valérie Pécresse et le fils Betancourt, de rappeler que l’otage est une ancienne élève de Sciences Po (elle y aurait même fricoté avec de Villepin) et surtout de surfer tardivement sur la vague médiatique. Et pour ce faire, on y met les moyens : puisque c’est la mode, un portrait géant de la franco-colombienne a été déployé sur la façade du 27 rue Saint-Guillaume.

Chouette, un nouveau double-diplôme ! Sciences Po et HEC lancent à la rentrée prochaine un double diplôme : une «expérience de formation unique et de très haut niveau » qui fera de nos étudiants les « meilleurs décideurs » de demain indique le communiqué de presse. Sciences-Po et HEC vont enfin pouvoir faire de très beaux enfants sachant manier sur le bout des doigts tous ces concepts jouissifs du management, du business plan et de la stratégie d’entreprise… Chic, un cours sur le « comportement managérial » pour savoir penser, manger et parler à sa femme/son mari comme un vrai décideur.

Ouvrons d’ailleurs une parenthèse esthétique pour nous insurger contre cette nouvelle photo, où Ingrid Betancourt apparaît affaiblie, amaigrie, usée par sa détention, et où elle est loin d’être dans son entière dignité comme sur les précédents clichés déployés en bâches sur les façades des hôtels de ville. On rétorquera que “c’est pour souligner l’urgence”, argument facile.

Les étudiants de Sciences Po s’excitent déjà sur le forum de lapeniche.net. Trésor frétille : « Mooooon double-diplôme, ça me met en joie !!!!!!!!!! Chic, chic, chic…[…] Big applause, moi je l’aime ce double diplôme », Totor se masturbe : « Bandant ! » et Ebitda engueule tout le monde avant de se laisser séduire : « Ce diplôme est très séduisant » Tout le monde est super content, Laurent Bigorgne le premier, à l’initiative de cette magnifique avancée vers le monde du progrès. En attendant, l’Observatoire Boivigny rappelle que « les droits de scolarité de ce double diplôme seront ceux de HEC1, soit le double de ce que déboursent en moyenne les étudiants de Sciences Po » On fait l’amour avec toutes les business schools du monde, mais sans les pauvres.

Il n’aura de toutes façons pas duré longtemps ce portrait. On apprend ainsi dans la Newsletter du mardi 11 mars que ledit portrait a été vandalisé dans la nuit du samedi 8 mars et que la direction ne restera “ pas sans engager l’action judiciaire appropriée pour y répondre avec la plus grande vigueur ”. Un événement finalement assez prévisible et qui traduit sûrement un ras-le-bol du tintamarre médiatique autour de l’otage, ce qui n’enlève rien à l’indignité de sa situation. Alors où chercher les coupables ? IVV avance deux pistes : la section pro-FARC du VII e arrondissement, ulcérée par cette insupportable manifestation impérialiste contre-révolutionnaire ou la section locale du Betar, jalouse de ne pas voir à la place un portrait de Gilad Shalit, comme le propose d’ailleurs Panafieu, jamais en panne de conneries. Quoiqu’il en soit, que les partisans du consensus mou se rassurent, la direction “ réinstaller [a] très prochainement le portrait d’Ingrid Bétancourt, à qui nous réaffirmons notre soutien unanime. ” Unanime hein ?

Salauds de pauvres ! Jean-Claude Gaudin a exprimé en décembre dernier devant une soixantaine d’étudiants de l’UMP Grandes écoles (donc dont certains de Sciences Po) son mépris pour “les journalistes de Libération que nous reniflons dans les avions avec leur pullover serpillière, leurs cheveux longs et leurs ongles sales”, déclenchant le rire des bourgeois bien coiffés de l’assistance. Un mois et demi plus tard, c’était au tour de Patrick Balkany de parler de Libération comme d’un “journal de gauchistes”.

La Connerie de Richie «Richard Cœur-de-lion

Je propose une croisade démocrate contre le Gang des Grincheux.» Richie, tous les mois dans IVV et tous les jours sur son blog !

Jésus & Cie La conférence Olivaint, qui se proclame plus ancienne association étudiante de France, a été fondée en 1874. Elle porte le nom du père Olivaint, gentil Jésuite assassiné par les méchants communards quelques années plus tôt. L’idée est de faire de l’entrisme (les lambertistes n’ont rien inventé) au sein des élites de la troisième République naissante. Il s’agit de préparer “par le travail et l’exercice de Et le petit Jésus au lit vint. la parole, à devenir les défenseurs de l’Église et du pays”. Aujourd’hui ça se résume à participer à l’organisation du concours d’éloquence annuel… David Colon (président de la branche jeune 1995-96) cite dans un travail sur le sujet un texte relatant l’intervention d’un Olivaint à la tribune de la SFIO en 1922 : “Un orateur prétendait prouver l’inexistence de Dieu. Petit demanda la parole et prouva, textes en mains, que Voltaire, Rousseau, Darwin, Lamarck et beaucoup d’autres croyaient en Dieu. Il descendit de la tribune au milieu d’un silence impressionnant”. D’autres vont même voir les communistes, toujours dans le but de “répandre des idées justes dans les milieux ou triomphe facilement l’erreur”. A voir les membres actuels de la conférence Olivaint à Sciences Po, aussi insignifiants qu’une analyse politique de Nouvelle Donne, on se dit que les choses ont quelque peu changé.

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Après une période maurrassienne qui marque un déclin, une période d’Occupation partagée entre collaboration (au moins une dizaine de membres en 1941, selon Colon) et Résistance (“ plusieurs ”, selon le même), la conférence renaît en 1947, se voulant “ au dessus des partis ”. Une tendance bien de droite à se prétendre apolitique, qu’on retrouve ces dernières années chez nos “syndicats” inféodés à l’UMP (Nouvelle Donne et UNI). L’entrisme reste toujours la mission principale car, comme le dit Pie XII à propos de la conférence, “ il serait blâmable de laisser le champ libre pour diriger les affaires de l’État aux indignes et aux incapables ”.

Notre brillant lecteur nous rapporte que Descoings et Pomerol ont entammé les festivités par un discours barbant et classique au possible. Seule une sortie pleine de classe de Pomerol réveilla un peu les étudiants : “La sélection précoce, c’est comme l’éjaculation du même nom, ça nuit aux relations sociales”. Vient alors l’exposé de Jean-Claude Risset, d’après nos sources “nettement plus intéressant” et “relativement simple à suivre”. Mais vers la moitié de l’exposé, Pomerol craque : il a la tête appuyée sur le dossier derrière lui, la bouche ouverte, à la limite du ronflement et de la bave qui coule.

Après 1968, les Jésuites sont peu à peu mis dehors. Mais on lit dans Le Monde (21 janvier 2008) que ceux-ci prennent encore aujourd’hui Sciences Po comme base de repli (avec d’autres établissements d’élite). Ce sont, à lire Colon, les Jésuites qui ont fondé en 1942 l’aumônerie de Sciences Po. L’aumônier actuel est toujours jésuite, membre d’une communauté basée 14 rue d’Assas, quand l’Olivaint fut longtemps basée au 12 avant de devoir la laisser à la conférence Laënnec (équivalent jésuite en médecine).

Descoings résiste plus longtemps, mais finit par s’affaler sur sa table, la tête cachée dans les bras. Finalement quelqu’un viendra le chercher, lui permettant de s’éclipser de cette leçon qui l’avait tant passionné.

Il est à noter d’ailleurs que Sciences Po a hésité un temps à racheter une partie de l’ancien hôpital Laënnec, désaffecté en 2000, avant de se rabattre sur le 13, rue de l’Université. Mais on peut supposer que le nom faisait plus référence à l’inventeur de l’auscultation qu’à la conférence jésuite.

La pire question rhétorique du mois est avancée par… l’UNI pour sa con-férence intitulée “Quelle place accorder à l’entreprise dans l’enseignement supérieur français ?”. Nul doute que le député UMP Benoist Apparu (qu’on préfèrerait disparu), le directeur général de Véolia Denis Gasquet (qu’on préfèrerait simple trou-fion) et notre Jean-Baptiste Nicolas national de Sciences Po Avenir (qu’on préfèrerait ailleurs à l’avenir) sauront à trois pondre des analyses percutantes, gorgées de néolibéralisme.

Enfin David Colon n’est pas le seul à Sciences Po à avoir dirigé la conférence Olivaint. On compte en particulier Jean-Louis Bourlanges et un certain Jean-Claude Casanova, président de la FNSP. Le complot judéo-maçonnique n’est pas loin.

Un petit roupillon Richie ? Un lecteur bienveillant nous a envoyé ce cliché -accompagné de deux autres, moins nets- :

Mais heureusement, il est réapparu pour le cocktail final tenu après la leçon. La grande classe quoi !

Quand la prémisse s’immisce

Mais jamais il ne viendrait à l’esprit de nos moutons en cravate de se poser préalablement la question “ Pourquoi accorder une place à l’entreprise dans l’enseignement supérieur français ? ”…

SciencesPo Awards Et voici une nouvelle idée qui sort du chapeau de la direction : proposer une récompense pour les étudiants membres des BDE, BDA et AS ! La proposition repose sur le constat que le boulot à l’intérieur de ces associations permanentes est de toutes façons colossal -c’est d’ailleurs pour ça que ces associations sont permanentes- et que les étudiants les plus engagés méritent que SciencesPo, comme tout entreprise qui se respecte, reconnaisse son “ouvrier du mois”, ou plutôt son “étudiant of the year”. Les autres étudiants engagés dans des assoc’ non permanentes, mais qui en font deux fois plus, apprécieront.

Zzz Zzz Zzz Zzz. Au premier rang, Richard Descoings et Jean-Charles Pomerol, directeur de Paris IV en train de roupiller sec en plein amphi. Bel exemple pour vos élèves M. Descoings, qui ont au moins la décence d’aller sur Facebook plutôt que de dormir pendant les cours. Mais au fait, c’était où et quand que ces deux directeurs ont dormi ensemble ? C’est à l’occasion de la leçon inaugurale du double-cursus Sciences Po/et Sciences Sociales qui s’est tenue le mercredi 16 janvier quelque part rue Cuvier et effectuée par Jean-Claude Risset. Une leçon qui s’effectuait “sous le haut patronnage de Valérie Pécresse”, évidemment absente.

Comment cela se dérouleraitil ? Simplement, au cours de la cérémonie de remise de “diplômation” (barbarisme venu de l’occident), la direction remettrait des prix aux étudiants des associations sus-citées les plus méritants. Bandant non ? La direction ne sait pas encore en quoi consisterait ladite récompense… Sans doute pas d’iPod, le

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Es-tu plus...

...marque-ombrelle ou Louis Chauvel ?


BDE et l’AS s’en étant largement mis plein les poches.

beaucoup tous les jours à Sciences Po.

Afin d’aider nos gentils directeurs à l’imagination fébrile, nous proposons la liste suivante de cadeaux pour nos étudiants modèles : - BDE : un bon de 3000 euros d’achats chez Prada et Ladurée. - AS : un an de bières offerts dans plus de 80 bars conventionnés dans Paris. - BDA : des carambars et un billet pour aller au festival d’Avignon (en bus, faut pas mettre trop d’argent dans la culture, ça la fout mal).

Le bonheur est dans le Prévost

Ce qui nous fait bien marrer à IVV, c’est les critères sur lesquels la direction juge ce qui est “méritoire” : “Redresser un budget comme celui du BDE en un an, ce n’est pas rien, ça se récompense !” (sic). Money, money, money…

Témoin que rien On sait qu’à Sciences Po on prête plus attention à la personne qui parle plutôt qu’à ce qu’elle dit. Voilà à présent que le Centre d’histoire de notre institution de presse-tige (dirigé par Jean-François Sirinelli) se lance dans des “journées d’étude” people. Le 4 février dernier avait ainsi lieu une journée sur le thème “Le septennat de Valéry Giscard d’Estaing : la politique économique”, en partenariat avec l’Institut pour la démocratie en Europe (sic) créé par… Valéry Giscard d’Estaing. Y assistait d’ailleurs l’ex, en sa qualité de “grand témoin” (sic). On imagine à quel point l’analyse présentée devait en être affectée ! Un ancien président affublé d’un titre de pacotille pour flatter son ego, des conférences co-organisées par ses sbires… La neutralité scientifique en prenait un sacré coup (on imagine l’incident diplomatique si un intervenant avait l’outrecuidance de critiquer la politique d’un “grand témoin”), ce qui n’a pas empêché le Centre d’histoire d’organiser l’événement… De quoi semer le trouble, quand on lit que le Centre d’histoire organisait le 10 mars une conférence sur le thème de la relation entre “Le Premier ministre et le renseignement, 1988-1991”… en présence d’un certain Michel Rocard. Point de mention d’un “grand témoin”, une conférence organisée par le groupe de recherche, des intervenants probablement sérieux… Mais une si grande flagornerie envers un ancien Président ne peut que se répéter pour un ancien Premier ministre.

Es-tu plus...

...marque-ombrelle ou maïs Bonduelle ?

Rocard comme Giscard ont pleinement eu le temps pour s’exprimer sur la période où ils étaient en poste (et ils l’ont d’ailleurs fait). Quel besoin donc de les avoir “en vrai” ? Difficile de voir quel apport cette présence permet, à part une minable satisfaction d’avoir côtoyé les puissants. Celle, il est vrai, que l’on observe chez

Que de bouleversements à l’UNEF à l’occasion de la saison hivernale ! On apprend ainsi la démission d’Eve Robert de la présidence de la section de Sciences Po et la promotion d’un autre théorique militant de le section Sciences Po à la tête de la présidence nationale du syndicat étudiant : Jean-Baptiste Prévost. Eve Robert n’aura pas tenu plus d’une saison pleine à la tête de l’UNEF Sciences Po. Est-ce le fonctionnement bureaucratique stalinien des institutions qui a fini par la dégouter comme d’autres militants partis grossir les rangs de SUD à la fin 2007 ? Est-ce justement l’échec de parvenir à rassembler “le peuple de gauche de Sciences Po” (c’est un peu comme l’esprit critique, on en entend parler mais on continue de le chercher dans les couloirs de notre noble institution) autour de la bannière de l’UNEF, pour celle qui n’a jamais caché ses stratégies marxistes-léninistes de syndicat unique ? Est-ce des désaccords avec la stratégie nationale ? Ou bien est-ce tout simplement -et bien plus probablement- l’envie de voir un peu autre chose que les 5m² (qui plus est surchauffés) du local syndical ? Car si on appelle souvent le local syndical “local de l’UNEF”, ce n’est pas pour rien : ils sont bien rares les moments où il n’y a pas au moins un UNEFien qui y rode... Le plus marrant -ou le plus triste, c’est selon- c’est que, si l’UNEF Sciences Po affiche officiellement dans les 200 membres au compteur, ce sont toujours les 5 ou 6 mêmes que l’on croise. C’est dans notre immense mansuétude que nous leur donnons le conseil suivant : prenez exemple sur Jean-Baptiste Prévost. En voilà un qui a tout compris : il s’est fait bombarder président de l’UNEF alors qu’on l’a jamais vu militer activement au sein de l’établissement. A tel point que même parmi les pipoteurs qui suivent un peu les (d)ébats syndicaux au sein de l’établissement, on n’a pu s’empêcher un “Mais il sort d’où ce mec ?” à l’annonce de sa nomination à la tête du syndicat. Quoiqu’il en soit, l’avenir de l’ineffable Bruno Julliard -vous savez, celui du CPE puis de la LRU (si t’avances quand je recule, etc.)- ne nous inquiète pas plus que ça : il s’est vite reconverti en se présentant sur une liste PS aux municipales à Paris. Quelques prévisions : Eurodéputé PS dans un an, maire PS dans sept, ministre PS jour. Ah, et président d’SOS Racisme of course !

Sciences Po Fashion Il y avait du monde en péniche jeudi 13 mars : plusieurs tables avaient été rassemblées par l’association Model United Nations, qui se consacre à envoyer des gentils pipoteurs jouer aux Nations Unies avec d’autres membres des élites bourgeoises du monde entier comme on joue à la dînette. Une association dont on se sent proche quoi... Bref, les conformistes associés organisaient une bourse aux livres manifestement non-partisane puisque les ouvrages proposés allaient d’une biographie de Salan aux essais sur Mai 68. Mais ce n’est pas ce troc littéraire, finalement assez banal puisque l’UNEF en organise un tous les ans, qui a retenu notre attention. Sur une table attenante, les gens de MUN vendaient un tout autre type de produit... A la vente : des Tshirts ou des débardeurs gris écru sur lesquels s’étale, de son rouge caractéristique... le nouveau logo SciencesPoPoint. Des affiches éditées pour l’occasion proclamaient “ Vous aimez le nouveau logo ? Achetez le T-Shirt ! ” Et le pire c’est

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qu’il y avait des acheteurs !

des aimables étudiants potards, de dénoncer le déni de démocratie autour de cette question.

On pourrait railler lesdits acheteurs, moutons parmi les moutons, thuriféraires d’un esprit corporatiste aussi Les résultats ont donné respectivement 60% de votants poussiéreux que méprisable, mais dans notre infinie favorables au traité de Lisbonne et 60% se prononçant pour miséricorde nous les prendrons en pitié. On pourrait insulter une adoption par voie référendaire (ce qui nous fait tout de les membres de MUN qui ont eu l’idée de vendre pareils même 40% d’ennemis du peuple !). Le problème, c’est que effets, confirmant cette consultation a ainsi tout le bien que été organisée comme l’on pouvait penser qui dirait à l’arrache de cette association (sûrement dû aux corpo-conformiste ondes “glande” émises par excellence. Mais par SUD) : au fond comme souvent, du local associatif, réservons la primeur sans campagne de notre fiel à notre de com’ avant, etc. chère direction qui Du coup, c’est le a non seulement nombre mirifique accepté de céder à de 267 votants qui MUN le droit de vendre s’est présenté face à de telles horreurs, l’urne, soit moins de mais s’en est surtout 5% des étudiants de probablement servi Sciences Po… comme d’un test avant Quoiqu’il en soit, de reprendre à son cette consultation compte ce genre de aura au moins merchandising . Il n’est permis de constater pas impossible qu’à que Matthieu Creux défaut d’infirmerie, on (Nouvelle Donne, voie débarquer dans UMP) n’a rien perdu le hall de Sciences Po de sa légendaire une petite boutique capacité d’analyse. comme à l’entée Ainsi, sur lapeniche. des universités net, il déclare : “C’est américaines -toujours le même modèlemarrant, mais je sens proposant tout et l’instrumentalisation. n’importe quoi brandé Dans un sens ou S c i e n c e s P o P o i n t . La consultation sur le traité de Lisbonne à Sciences Po vue par dans un autre, Matthieu Creux. Du string au mug en ce référendum passant par l’oreiller (qui pourrait s’avérer utile en amphi) va servir à dire : et le porte-clés, celà nous promet bien des réjouissances. vous voyez, ce référendum montre qu’il fallait organiser un Serons-nous alors obligés de sortir un contre-T-Shirt référendum national. Quelques (sic) seront les résultats…” “SciencesPoFist” ? Alors évidemment, tout le monde pensait que les assoc’s et syndicats en question organisaient ça pour le fun, sans message politique derrière. Merci donc à Matthieu pour ce Consultation, piège à cons brillant éclairage ! Le 30 janvier, ATTAC, PAVéS, SUD et l’UNEF organisaient une grande consultation sur le traité de Lisbonne. Deux Le tube de l’été questions étaient proposées aux pipoteurs : “ Êtes vous favorable à l’adoption du traité de Lisbonne ? ” et “ Préférez Permettons-nous de compatir avec Julien Palomo, notre vous une adoption par voie réferendaire ou par voie censeur préféré, qui vient de changer de bureau. Certes, il parlementaire ? ”. Personne ne se faisait guère d’illusions est plus au calme que dans son ancien environnement de sur la réponse à la première question (à Sciences Po, travail, avec quatre autres de ses congénères dans la même c’est tout juste si on ne se faisait pas jeter des pierres pièce : dans son nouveau bureau, Julien Palomo est seul. En quand on était contre le TCE en 2005), mais la deuxième même temps, on imagine mal comment on pourrait en caser devait permettre, en comptant sur la fibre démocratique une autre, vu les 3 m² approximatifs de surface au sol. Notons quand même la remarquable hauteur du bureau, facilement 4 ou 5 mètres, qui permet à M. Palomo de bénéficier d’un superbe lustre. Et de lui donner l’impression de bosser dans un tube.

La Connerie de Richie «My name is Bond, James Bond.

Et mon nom est DESCOINGS, alias RichieD.» Richie, tous les mois dans IVV et tous les jours sur son blog !

Cette petite merveille architecturale se situe immédiatement à droite lorsque l’on monte vers les salles A11, A12, etc. Notons que la chaleur du lieu est renforcée par une porte capitonnée, qui prend la moitié de la place du bureau lorsqu’on l’ouvre. Et si, sur le même mode que les stages ouvriers, on s’amusait à échanger les lieux de travail au sein même de Sciences Po ? Desoings dans un petit bureau sous-pente, Colon dans la loge des appariteurs et lesdits appariteurs dans tout le premier étage du 27. Et Bigorgne dans le tube de Palomo...

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Fiction (?)

UNE JOURNEE DANS L’UNIVERSITE DE RICHIE

Jérôme a cours d’analyse financière tous les lundis.

En ce mois de février 2022, Richie Coin Coin en charge d’un rapport commandé par la Présidente Carla B. intitulé “Rapport sur comment libérer les forces vives des universités paralysées par les archaïsmes et autres blocages de ces gauchos de profs et par la dangereuse minorité de fumistes qui prend en otage les étudiants sérieux qui veulent travailler plus”, rend ses conclusions devant un parterre de journalistes.

En chemin, il ne peut s’empêcher de pester contre les pauvres qui tentent d’entrer en contact avec lui depuis l’autre côté des hauts barbelés qui séparent le campus du reste de la ville. “La clôture électrifiée ne suffit pas, peut-être faudrait-il les tuer tout simplement”, songet-il. Il en parlera au prochain conseil des sages administrateurs omniscients où il a droit à 15 secondes de parole. Jérôme Maréchal est très impliqué dans la vie de l’université.

Parmi eux, un membre de la rédaction du mensuel national In Vodka Veritas était là pour suivre cette conférence de presse. Pendant que les autres journaleux demandent à Richie comment il a fait pour maintenir sa chevelure intacte depuis qu’il a quitté SciencesPo, il y a 15 ans, notre vaillant gratte-papier écrit sur un coin de table l’article qu’il doit pondre pour la rédaction du numéro 1877 d’ IVV.

Comme le dit son père, la meilleure façon de rester riche c’est d’éviter que d’autres ne le deviennent. Heureusement que le concours d’entrée instauré pour l’université en 2015 inclut désormais des tests de compatibilité sanguine avec la pratique du pouvoir !

Malheureusement, le despotique directeur de la publication n’a pas retenu son papier lors de la conférence de rédaction. Mais par solidarité journalistique, nous le reproduisons ici à l’insu dudit directeur, parti accompagner la Présidente en vacances à Djerba…

“Une journée dans l’Université de Richie” Imaginez que l’Université française ressemble aux 890 mesures que préconise Richie Coin Coin dans son rapport remis aujourd’hui à la Présidente de la République. Ce matin du 4 février, Jérôme Maréchal, 21 ans, sort de son petit studio loué 899 euros à la Cité étudiante “Jean-Luc Lagardère”. Le bus de la compagnie Veolia, équipé du Wifi2 en libre accès, l’attendait pour partir vers le campus de son université, localisée Es-tu plus... à Créteil, auquel il arrive après un trajet de 15 minutes.

...marque-ombrelle ou Machiavel ?

Jérôme est étudiant en sociologie financière des entreprises, dans le programme “master en sciences rentables” de son université. Une fois descendu du bus Veolia, Jérôme doit emprunter l’allée L’Oréal, l’axe centrale du campus qui mène au bâtiment L. Parisot, lieu où

Jérôme Maérchal regarde l’heure à sa Rolex Daytona édition Président Sarkozy : il est midi. La France appartient-elle à ceux qui se lèvent tôt ? “Egalement à ceux qui se lèvent tard car seul compte le fait d’être riche”, comme aime tant à le préciser le célèbre professeur Chauvel, sans pour autant parvenir à faire rire son auditoire. Jérôme est heureux de constater en entrant que la dorure des portes du bâtiment L. Parisot a été refaite. Cela faisait 3 mois, ça ne brillait pas autant qu’avant ! Ah, on est loin des bâtiments au bord de l’écroulement du temps où les rouges faisaient entrer les pauvres dans le supérieur ! Comme quoi dès qu’on éloigne ces parasites, tout va mieux. Jérôme Maréchal monte l’escalier Claude Bébéar pour accéder à l’amphithéâtre Mouammar Kadhafi. Il se dépêche pour rejoindre les premières places : il doit absolument acheter en ligne les dernières mises à jour de Microsoft Word 2020 pour pouvoir prendre des notes sur son e-Cahier VAIO dernière génération. Le professeur Jean-Kevin Strauss-Kahn se fait quelque peu désirer puis finit par arriver avec 30 secondes de retard. Les regards, admiratif d’une telle audace, le suivent alors qu’il remonte la rangée d’étudiants, serrant des mains et signant des autographes le sourire aux lèvres.

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Une étudiante de l’UNEF demande à faire une annonce pour la campagne de pétitions contre la multiplication des frais de scolarité par trois à la rentrée prochaine. Huée par la foule, elle s’en va en pleurant. “ On n’est pas des communistes, nous on s’investit pour notre avenir ! Au boulot les fainéants !”, s’exclame un étudiant


en colère. Plusieurs personnes hochent alors la tête. Le cours commence sur un bref commentaire de l’actualité récente : la suppression de toute aide sociale par le gouvernement UMP. JKSK, comme l’appellent avec affection ses étudiants, explique à ses disciples pourquoi cela est une bonne chose. “Il n’y a pas d’acquis sociaux” dit-il, citant le prophète Serge Dassault. Une telle décision ne peut être que positive puisqu’elle permet au marché de s’autoréguler librement par la loi de l’offre et de la demande. Les étudiants écoutent attentivement et prennent des notes. Après une leçon sur les bienfaits de la pensée du grand Milton Friedman (paix à son âme), les étudiants prennent la direction de la cafétéria MacDonald. Jérôme Phion possède bien sûr la carte de fidélité. Pour 100 menus achetés, une action MacDonald est vendue à moitié-prix ! Quelle chance ! L’après-midi, Jérôme Maréchal se rend à un cours d’histoire managériale en salle Jean-Marie Messier. Cette

matière le passionne : cette semaine il est par exemple question du grand mouvement dit Scab pour la reconnaissance légale des briseurs de grève. Comment imaginer que celle-ci ne date que de 2009, pour éviter de nouveaux problèmes au Medef suite à l’affaire UIMM ? La journée est finie : Jérôme Maréchal rentre chez lui dans son bus Véolia. Arrivé dans son studio, il part sur l’Internet 3.0 télécharger des livres sur le site de la bibliothèque Bill Gates. L’université lui fait des tarifs préférentiels : 1 centime seulement la page. Bien sûr le fichier s’autodétruit au bout de deux semaines, mais c’est normal, il en paye juste la location. Enfin, après une partie de Half-Life 8, Jérôme Maréchal va se coucher. Il rêve de sa future entreprise, que l’université incubera avec plaisir, il rêve de colonnes de chiffres, il rêve d’exploitation des populations pauvres. Il rêve sa vie d’aventurier businessman, en somme.

LE PHYLACTERE ET LE MARTEAU LA BIBLIOTHEQUE ROUGE - 4

Comme tous les ans, fin janvier, c’était le festival de la BD à Angoulème. L’occasion dans notre rubrique de la Bibliothèque Rouge d’évoquer quelques albums plus ou moins connus, plus ou moins récents, engagés d’une façon ou d’une autre, pour le bonheur de petits et grands.

Commençons avec un classique du genre : SOS Bonheur. Le chef d’oeuvre de Jean Van Hamme, mis en dessins par Griffo, est une bande dessinée d’anticipation qui décrit le totalitarisme à différents étages d’une société. Le récit est d’autant plus fort que l’univers en question est très proche de notre réalité, seuls quelques dérapages, qui plus est plausibles, font basculer le tout dans la dictature. Le trait est simple, dans la droite ligne de l’école réaliste, ce qui renforce encore la force du propos. A mettre entre toutes les mains ! Dans la même lignée anarchisante de défiance du pouvoir, on ne peut évidemment pas passer à côté de V pour Vendetta. Le comic est -évidemment- bien meilleur que le film, lui-même pourtant tout à fait acceptable. On n’en rajoutera pas plus, celà fait juste partie de ce que la bande dessinée britannique a produit de meilleur Dans une veine plus historique, signalons la sortie prochaine de N’effacez pas nos traces, ouvrage de Jacques Tardi consacré à Mai 68, accompagné d’un CD de sa compagne Dominique Grange avec des chansons du mouvement. On se rappelle du travail du dessinateur sur la pochette d’albums de chansons révolutionnaires et surtout de sa tétralogique adaptation du roman de Vautrin Le Cri du Peuple. En pleine Commune de Paris, un capitaine d’infanterie recherche la femme dont il s’est épris, demoiselle interlope du Paris canaille. L’occasion de croiser quelques figures du mouvement (Vallès, Courbet) et de raconter remarquablement l’immense espoir et la sanglante répression de la Commune. Restons en France et évoquons le travail d’Etienne Davodeau,

notamment Rural, Les Mauvaises Gens et Un homme est mort, tous trois engagés de diverses manières. Dans Rural, Davodeau fait le portrait d’un agriculture paysanne dans son Ouest natal, en prenant pour point de départ l’histoire d’une ferme menacée par la construction d’une nouvelle bretelle d’autouroute. Les Mauvaises Gens s’inscrit dans la même lignée : l’évocation de la dureté du combat politique et syndical dans la région des Mauges il y a quelques générations de celà. Enfin, Un homme est mort, écrit par Kris, est le récit quasi-journalistique des grandes grèves de Brest après-guerre. Un trait simple et juste au service d’une histoire poignante. Album sorti assez récemment, Putain d’Usine racontre à la première personne l’histoire de Jean-Pierre Levray, qui pensait dans les années 70 s’engager dans une usine pour quelques années, le temps de mettre un peu d’argent de côté pour partir dans le sud, et qui trente ans plus tard est toujours enchaîné à son outil de travail. Le récit n’est pas toujours adroit, mais il est criant de vérité.

Signalons l’ouvrage collectif Tous Coupables, qui rassemble plus de 400 dessins d’auteurs tout aussi nombreux consacrés à nos amis de la Police Nationale. A l’origine du projet, la condamnation du dessinateur Placid pour la couverture de Vos Papiers !, édité par le Syndicat de la Magistrature, où il y figurait un policier par des traits porcins. Du coup, Tous Coupables s’apparente un peu à un catalogue de porcs (avec quelques boeufs tout de même) mais sa consultation est toujours aussi jouissive dans “la France d’après”. Enfin, comment ne pas évoquer Le Schtroumpf Financier, le meilleur moyen trouvé depuis Pif Gadget pour conscientiser votre petit neveu de cinq ans et lui apprendre que, si l’argent n’a pas d’odeur, il pue quand même souvent bien la merde. Le tout dans l’univers crypto-marxiste si cher à Peyo, ça n’a pas de prix !

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RAMDAM AUTOURD’UNE CONSTITUTION ET SI JE PASSAIS MA 3e ANNEE EN BOLIVIE ? « Avec Evo la Révolution continue », tels sont les mots inscrits sur les murs de la capitale bolivienne, La Paz[1]. Ces douces paroles contrastent avec les slogans qui résonnent dans la partie orientale du pays. À Santa Cruz, la prospère capitale de la province du même nom, on peut ainsi lire en divers endroits « Evo mourra à Santa Cruz ». Une chose est donc certaine, Morales ne fait pas l’unanimité, surtout à l’heure où il a entrepris de doter le pays d’une nouvelle Constitution.

Ce sont donc des modes de vie et des économies distincts qui caractérisent ces visages de la Bolivie. Une économie vivrière, fondée sur la débrouille et inscrite dans un contexte régional d’un côté, sur une base capitaliste et mondialisée de l’autre.

Autonomie et nationalisme, imbroglio autour d’une Constitution

« A La Paz, ils gardent l’argent sous le matelas ; ici les entreprises font des bénéfices, nous prenons des risques et investissons. Là bas ils ne savent pas ce qu’est une carte de crédit ». Telle sont les paroles d’un chauffeur de taxi santacruceño, agacé d’avoir En altitude, la à verser des Bolivie ressemble deniers pour aux cartes postales les affreux jojo du lac Titicaca, le de l’altiplano climat est rude et le et dénonçant relief accidenté. Le l’emprise de soroche[2] sévissant, la capitale les touristes n’y font andine. Ce pas de vieux os, sentiment d’autant plus que s e m b l e les variations de aujourd’hui températures sont p r e n d r e extrêmes. Vers l’Est, le dessus où se trouvent les À gauche : Inscription sur un mur de Santa Cruz, à droite : manifesta- dans 6 des 9 provinces dites de la tion de joie le 23/05/2005, jour de l’élection d’Evo, à La Paz ; le wiphala- départements Media Luna, le paysage drapeau symbole du mouvement indigène- flotte dans les airs du pays, est tout autre. Ainsi où se multiplient les appels à l’autonomie. Ils réclament une Santa Cruz est entourée d’une dense végétation tropicale où plus grande indépendance financière, mais aussi matérielle : la présence de Tarzan n’aurait rien de surréaliste. Au-delà du les emplacements des arrêts de bus sont aujourd’hui encore climat, c’est un clivage profond qui sépare ces deux facettes décidés par La Paz. Le centralisme est donc remis en question de la Bolivie. et les appels à la sécession se multiplient dans les milieux engagés. Dans les provinces andines, dites occidentales, où se trouve La Paz, le mode de vie est traditionnel, les croyances populaires Ajoutons qu’il existe aussi un sentiment raciste très marqué encore vigoureuses. Au contraire, les départements orientaux envers ceux de l’altiplano, où la proportion d’indiens est plus sont culturellement beaucoup plus proche de l’Occident (et ce importante. Les orientaux se veulent ainsi « métissés et n’est pas pour le plaisir de jouer sur les mots). modernes » cherchant ainsi à se distinguer des habitants de l’altiplano, « conservateurs et archaïques ». Dans « Cocalero », Dans les rues de La Paz, les femmes portent toujours la tenue un documentaire réalisé par Alejandro Landes, sorti en 2006, traditionnelle, un mille-feuille de jupons et de gilets de laine. on peut ainsi écouter une tirade haineuse (‘Indio de mierda…’) Leurs cheveux noirs sont systématiquement tressés et ornés d’un petit chapeau melon aux allures Belle Epoque. La ville elle-même est une sorte de marché à ciel ouvert où les biens les plus communs jouxtent les plus saugrenus. Dans certains quartiers des rues entières sont occupées par des étals de tournevis, d’écrous et autres ustensiles mécaniques ; un peu plus loin les mêmes étals sont garnis de pelotes de laine, de fournitures scolaires, de jupons et de fruits. Le tout forme un capharnaüm géant (ou encore un cafard à hommes, si l’on veut être kafkaïen) où s’entassent vendeurs et passants.

La Bolivie, entre les hauteurs de l’Altiplano et les forêts de la Media Luna.

Rien de comparable dans la partie tropicale du pays. A Santa Cruz on trouve certes des vendeurs ambulants mais surtout les mêmes entreprises que partout ailleurs En outre, derrière les bananiers, les narcotrafiquants ont déniché un jardin de Cocagne de toute beauté. Dans le centre ville il n’est pas rare de croiser des blancs becs en costard-cravate discutant négoce avec les chefs d’entreprises locaux. Constituant l’élite régionale, ces derniers ont su faire fructifier les ressources, gazières et minières, dont dispose la région : bénie soit la mondialisation. Toutefois depuis qu’Evo a promis de nationaliser les ressources le voltmètre perd la tête, la tension ne cesse de monter.

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destinée à Evo Morales alors qu’il faisait campagne à Santa Cruz. La Constitution prévoit un surcroit d’autonomie pour les départements mais prétend aussi redonner le pouvoir aux peuples autochtones (33 sont recensés) lesquels se trouvent majoritairement dans la partie andine du pays. Si les partisans du MAS (Movimiento Al Socialismo, le parti d’Evo) soutiennent la réforme, l’opposition, organisée autour de PODEMOS, accepte l’autonomie départementale mais refuse certains points clefs du projet, à savoir l’augmentation des capacités de gestion et d’organisation des peuples autochtones et la mainmise de l’Etat sur les ressources. Dans les mois à venir plusieurs référendums officiels et officieux sont ainsi attendus. Officiel celui visant à faire ratifier la nouvelle Constitution, approuvée par les membres de l’assemblée constituante (nb : en l’absence de plusieurs représentants de l’opposition) à Oruro le 9 décembre dernier. Officieux, les référendums appelant la population de certains départements sécessionnistes[3] à se prononcer sur l’autonomie. Le 8 mars

la CNE[4] a fait irruption dans le débat en demandant une suspension des référendums prévus pour le 4 mai. Etant trop rapprochés et réalisés dans l’urgence, ces derniers ne pourraient avoir lieu dans la continuité démocratique ; les consultations organisées par les départements ‘rebelles’ ont été déclarées illégales. En attendant c’est l’histoire de la Bolivie qui est en jeu mais aussi celle de la gauche ‘chaveziste’ sur le continent sud-américain. Fondant son discours sur la lutte contre le néolibéralisme et la décolonisation, Evo s’est fait l’avocat d’un modèle de développement coopératif et solidaire. Une renonciation de sa part pourrait être perçue comme une victoire du modèle de développement à l’occidentale. Comme dirait Lipietz, député européen, ‘La Bolivie, c’est drôlement compliqué, pire que les Verts !’[5] [1] Il existe une controverse à ce sujet, si La Paz s’avère être la capitale de facto, Sucre est constitutionnellement la vraie capitale du pays. [2] Mal de l’altitude, lié au manque d’oxygène. [3] Santa Cruz, Beni, Pando, Tarija. [4] Corte Nacional Electoral. [5]. Cf. http://lipietz.net/?page=blog&id_breve=96 (retour sur la situation antérieure).

LA GLANDOUILLE DANS LES HIGHLANDS ET SI JE PASSAIS MA 3e ANNEE EN ECOSSE ? Les nouvelles voyagent. Tout en exil-de-troisième année qu’on soit, difficile d’échapper aux échos et clameurs qui émanent de l’hexagone. Certes, passer ses journées (non, n’exagérons rien, disons, une partie non négligeable de ses journées) à feuilleter la presse française dans ses multiples avatars virtuels, miracle de l’Internet et joies de la procrastination aidant, n’est sans doute pas le meilleur moyen d’esquiver les nouvelles (mais il faut bien s’occuper). Bref, toujours est-il que même isolé et écossé, on peut sans problème suivre les tribulations du Monsieur Loyal de l’Elysée et de son cirque d’avaleurs de couteaux élimés, de cracheurs de fumée et de dresseurs de gastéropodes anémiques. On sait donc que la troupe déploie des trésors d’invention, et de grands renforts de trompettes tonitruantes, pour sortir de nouveaux numéros de son chapeau, dans le vague espoir d’éclipser le peu d’ampleur et de splendeur du spectacle en cours… L’un des benjamins a modestement été baptisé “ Espoir (vaste banlieues ” programme, n’est-ce pas ?), et comporte,

entre autres, une partie de voltige qui répond au doux surnom de “ Plan anti-glandouille ”. Au moins, on sait à peu près à quoi on devrait s’attendre : pas besoin de s’étendre des heures sur la définition de l’élégant terme “ glandouille ”, i a le mérite d’être assez éloquent. L’idée du plan anti-glandouille, c’est donc de mettre en place des mesures qui permettent à ceux qui n’ont rien à faire, à savoir, pour l’essentiel, les jeunes qui ne font pas d’étude mais ne trouve pas de boulot, de trouver quelque chose à faire – sousentendu, la glandouille, c’est pas bien (et il faut admettre qu’en termes d’épanouissement ce n’est effectivement pas ce qui se fait de mieux). Pendant ce temps, dans les écoles et universités, les autres jeunes, ceux qui au contraire érigent la glandouille en art de vivre, aimant à se vanter de glander mais de réussir quand même (alors qu’évidemment, ils ne glandent pas vraiment), se plaignent d’avoir trop de boulot. C’est vrai quoi, fin de semestre, examen, exposés, lectures… c’est que c’est épuisant, le train de vie estudiantin ! Eux, ce n’est pas d’un plan anti-glandouille qu’ils ont besoin, comprenez-vous, mais plutôt de plans glandouilles qui leur permettent de profiter des avantages (soirées, sorties, alcool, BDE, Crit) sans subir les inconvénients de leur condition étudiante. Pour ça, l’Union Européenne et quelques associations désireuses de consolider les relations extra-européennes ont inventé quelque chose de fantastique, que la noble Maison qui daigne éduquer les rédacteurs et les lecteurs du présent papier s’est empressé d’instituer comme pivot de son programme pédagogique : l’année à l’étranger.

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Glandouilleurs de tous les pays, unissez-vous ! Bien sûr, on a pensé aux forçats des études, ceux qui veulent profiter de l’occasion pour enrichir leur CV d’un passage dans les amphis des universités les plus prestigieuses et nourrir leurs cervelles de cours magistraux par des intellectuels renommés : libres à eux de demander un établissement apte à leur fournir ce qu’ils désirent. Pour les autres… il y a le reste, avec l’idée bien ancrée dans la tête que, de toute façon, ce qui compte dans les études à l’étranger ce ne sont pas tant les études que l’étranger, et qu’on ne s’en va pas pour bosser mais pour… euh… pour… glander ? Car une année à l’étranger, où le seul impératif est de valider ses cours (qui peuvent être à peu près n’importe quoi, dans les limites du raisonnable), sans que lesdits cours n’aient de réel impact sur le cursus à venir (là encore, dans les limites du raisonnable), ça n’incite pas vraiment à donner le meilleur de soimême, surtout quand il y a tout plein de distractions exotiques autour. Et aussi, tous les systèmes universitaires ne se valent pas, pas en nombres d’heures en tout cas. Prenons l’exemple de nos amis britanniques ; pas Oxbridge, évidemment, parce qu’Oxbridge rentre dans la catégorie “universités prestigieuses pour ceux qui veulent une année studieuse”. Une université britannique lambda, où – on aura été prévenu dès le début de l’année – “ce qui compte, ce n’est pas seulement les cours, c’est aussi beaucoup la socialisation”. Pour éviter les généralisations abusives, précisons qu’on parle ici essentiellement de l’Université de Strathclyde (“the place of useful learning”), à Glasgow. En moyenne, les étudiants en échange (pour beaucoup en troisième année) ont une petite dizaine d’heures de cours par semaine, réparties entre des cours magistraux de 50 minutes et des TDs bimensuels de la même durée. Le premier semestre dure 12 semaines, le second 10 – ce qui nous fait un total d’environ 220 heures dans l’année. Quelques uns ont plus, d’autres ont aussi beaucoup moins (… trois heures hebdomadaires en cinquième année d’architecture, par exemple), mais s’il y a bien un point qui fait consensus, toutes nationalités confondues, c’est qu’il y en a moins “qu’à la maison”. Ici normalement, le/a pipoteur/se amateur/rice de débat que vous êtes ne peut s’empêcher de remarquer que le principe des études supérieures, c’est que les cours servent de fondations sur lesquelles les étudiants sont censés bâtir leurs connaissances à grand renfort de travail de recherche personnel. Il doit donc y avoir beaucoup de boulot à fournir, simplement, au lieu de penser dans les amphis, on pense dans la bibliothèque, poursuivezvous. En effet, on peut s’amuser à aller réfléchir dans la bibliothèque, et à lire des chapitres et des chapitres des bouquins listés dans

les longues bibliographies des profs. Mais c’est vraiment juste si on en a envie, parce que mis à part une éventuelle présentation (non notée) en TD et un “essay” de 2000 mots à rendre à la fin du semestre, les profs ne demandent rien aux élèves. Certes, “mais les examens ?”, objectez-vous... Eh bien, pour réussir un examen, il suffit d’avoir révisé un tiers du programme, parce qu’on ne doit traiter que deux ou trois questions sur une demi-douzaine (au moins), et qu’en plus le thème de chacune des questions aura été révélé par le prof lors du dernier cours du semestre. Et non, les examens n’exigent pas un approfondissement extrême (deux heures pour répondre à deux questions, ce n’est pas une dissert’ interminable), non, les cours ne sont pas affreusement denses et rapides (la plupart du temps, ce sont des séances de lectures de powerpoints), non, les débats en TDs ne fusent pas à la vitesse de la lumière… D’autres objections ? Du coup, l’étudiant étranger fraîchement débarqué découvre une forme atténuée de la glandouille, qui a ses bons et ses mauvais côtés. Les bons côtés : savoir que ça ne va pas durer, avoir un pays à découvrir et des voyages à faire, pouvoir lire des vrais gros livres et écrire pour la cause de la pureté de la Vodka, avoir le temps de rencontrer des gens, disposer d’un sujet de conversation pratique et infaillible autre que la météo (qui marche aussi, ceci dit), pouvoir librement se complaire dans l’alcoolisme et l’ébriété puisque c’est le principe de l’année à l’étranger, non ? Mauvais côtés : manquer de substance pour nourrir sa cervelle affamée, avoir l’impression de perdre son temps aux peu de cours qu’on a, ne pas savoir quoi faire de ses après-midi quand il n’est pas encore l’heure de se complaire dans l’alcoolisme et l’ébriété, s’ennuyer un peu trop pour sa santé mentale et subséquemment être capable de sauter de joie pour des raisons absolument dérisoires (mais il faut bien dépenser son surplus énergétique), réaliser qu’on peut rendre son boulot à temps sans même le bâcler quand bien même on a passé son semestre à procrastiner. Ajoutons à cela un risque d’accoutumance aux flux RSS, qui fait qu’on finit par éplucher tous les épisodes de la nouvelle saga sponsorisée par TF1, “Nicolas S. : seul au sommet” (d’ailleurs, plus ça va, plus le scénario est brinquebalant… on voit les conséquences de la grève des scénaristes hollywoodiens). La boucle est bouclée, mais, comme les étudiants britanniques sans être des étudiants étrangers n’ont pas tellement plus à faire, une question subsiste : comment diable apprennent-ils quoi que ce soit ?

DES LIVES POUR L’ETE ROCK AROUND THE VODKA

En apéritiif, et puisque les beaux jours devraient pas tarder à revenir, une petite sélection de dix lives qui sonnent particulièrement bien quand ils sont écoutés sur une terrasse avec un verre de rhum. Vers 20h, ça me paraît nickel. Mais c’est pas obligé. 1) Les Sheriff – Les Deux Doigts Dans La Prise. 2) Led Zeppelin – How The West Was Won.

5) Crosby, Stills, Nash & Young – 4 Way Street. 6) Jefferson Airplane – Feed Your Head (Live 196769). 7) Grand Funk Railroad – Caught In The Act. 8) Dead Kennedys – Mutiny On The Bay.

3) Ludwig Von 88 – Houlala III L’Heureux Tour.

9) The Allman Brothers Band – Live At The Fillmore East (+ Eat A Peach)

4) Steppenwolf – Live.

10) Inner Terrestrials – Escape From Newcross.

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VIVA TIJUANA

ROCK AROUND THE VODKA « De San Diego à Tijuana… Passant d’une ville fondée sur le consumérisme à une autre qui ne survit que par la débauche, nous fûmes jetés en quelques instants au beau milieu d’un endroit qui ignorait l’idée de frontières, de limites. Armés d’une bonne réserve de caguamas et de tequila, nous étions prêts à montrer à ces Mexicains comment on fait la fête de l’autre côté de la frontière. Finalement, on s’est retrouvés avec un dealer transsexuel mexicain vêtu de latex dans les toilettes, des putes qui se masturbaient sur scène, et une bande de musiciens traditionnels locaux visiblement mal informés sur les raisons de leur présence et franchement choqués du spectacle. Le concert fut incroyable, et miraculeusement on a réussi à boucler le set. Et malgré une amende de 800$ pour « urination publique » et la disparition totale de notre équipement, on a pu repasser la frontière et rentrer chez nous ». Autant dire que les Black Lips savent donner envie d’écouter leurs disques. Précédés d’une réputation scénique acquise à grands renforts d’interdictions de jouer dans plusieurs Etats (sans grande surprise, on trouve trace ici et là d’accusations de « masturbation publique », « appel à la débauche », « violence en groupe », etc.) et de rumeurs diverses (les sempiternels enfants amenés sur scène et autres réjouissances zoophiliques), le quartet d’Atlanta ne pouvait se priver d’un album live. Même si leurs albums studio (au moins jusqu’au récent Good Bad Not Evil) jouissait d’un côté bordélique assez poussé qui se rapprochait finalement des conditions du live. Mais un son crade ne remplacera jamais l’ambiance d’un concert. « A certain time and place », hein ? A dire vrai, on a même l’impression à l’écoute de cet enregistrement que les Black Lips ont trouvé leur Terre Promise, et que rien de ce qu’ils feront par la suite ne pourra ne serait-ce qu’approcher cet horizon indépassable. Pour atteindre cette grâce absolue, ce truc proche de l’extase, les Black Lips DOIVENT être à Tijuana. Dans un état second. Face à une foule pour le moins interlope et franchement far out. Du début à la fin des douze morceaux du disque, on sent que le groupe est proche du point de rupture. Les morceaux sont joués vite, le plus vite possible, et tous les membres du groupe chantent ensemble sur presque tous les morceaux, donnant l’impression de ne plus faire qu’un avec le public. On retrouve chez eux toute une ambiance façon garage 60’s, proche des premiers Kinks et des compils Nuggets, ce qui en soit est assez courant en ce moment. La différence, c’est que personne ne le fait avec autant de classe et de sincérité que les Black Lips. Surtout, le groupe possède une classe absolue en matière d’écriture de morceaux, avec des refrains et des riffs d’une qualité rarement égalée ces derniers temps. C’est basique, c’est parfait. On se prend à sourire devant les centaines de pages compilées par Rock & Folk sur le « renouveau garage » des Naast et consorts, on pouffe devant les albums des Strokes, et on ressort les vieux albums de Dutronc. Dont le « Hippie Hippie Hourrah » est d’ailleurs repris par des Black Lips en plein trip cosmique, à grands coups de « yé souis… yé souis… hippippippie » pleins

de reverb lancés par le chanteur Cole Alexander. On doit sans doute beaucoup au producteur John Reis, qui parvient à donner une qualité de son assez remarquable à l’ensemble sans toutefois sacrifier une once de l’énergie du groupe et du vaste bordel régnant dans la salle tout au long du concert. On entend parfaitement tous les commentaires des musiciens, les hurlements de la foule (toute petite salle et public à 30 cm du groupe ; d’ailleurs la « foule » n’excède manifestement pas 100 personnes) et les trompettes mexicaines qui reviennent ici et là nous rappeler la présence de cet orchestre Mariachi égaré.

Au début du concert, après l’annonce hallucinée d’un présentateur mexicain probablement ravagé, l’un des membres du groupe annonce fièrement : « This is gonna be the best live record of all time ! ». Et le pire, c’est qu’il n’est pas loin d’avoir raison. Los Valientes del Mundo Nuevo possède une qualité extraordinaire, celle de donner l’illusion à celui qui l’écoute qu’il se trouve effectivement sur place, au milieu du public, à chanter avec le groupe dans cette salle qui pue la sueur et la tequila bon marché. A bien y réfléchir, c’est extrêmement rare. Et très précieux. Et puis les Black Lips ont un côté très « gars du coin » qui fait plaisir à voir. L’identification marche à plein. Ce qui ne veut pas dire que ces types sont des crétins ; il n’y a qu’à les voir sur scène et écouter leurs interviews pour comprendre l’étrange forme de finesse qui se cache derrière leur côté potaches alcooliques (voir notamment l’excellent showcase acoustique et l’auto-interview sur http://spinner.aol.com/artists/theinterface/black-lips). Ce qui explique sans doute l’immense culture musicale qui affleure sous chacun de leurs morceaux et l’instinct qui semble toujours les mener vers les meilleurs choix. Les Black Lips, c’est un peu comme si votre petit frère avait monté le meilleur groupe du monde. C’est comme un concert où la bière serait gratuite et fraîche. C’est l’essence du punk et de l’hédonisme rock sans les mauvais côtés. En clair, ils font partie de ces quelques groupes (on les compte sur les doigts d’une main depuis un paquet d’années) sur lesquels on ne trouve rien à redire. Au final, Los Valientes del Mundo Nuevo constitue une sorte de quintessence de l’enregistrement live, du genre à fermer leurs gueules aux imbéciles qui ne jurent que par la surproduction et le « polissage » des studios. Chaque écoute vous dégoûtera pour quelques heures de Paris et vous enverra sur les sites d’agences de voyage regarder les prix des vols pour le Mexique. Mais c’est pour la bonne cause. Et surtout : les Black Lips seront en concert à la Maroquinerie (ô joie ! une petite salle, l’une des meilleures de la ville) le 11 avril. Black Lips - Los Valientes Del Mundo Nuevo, Vice Records, 2007

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In Vodka Veritas n°12