Page 1

N° 22 / 2010 05

L’invention de la Suisse

10

AOC – IGP

16 - 18

Francophonie et mondialisation

RESEAU DE COMPÉTENCES

Jumelé avec l'Association des Inventions de Chine

1


ÉDITO

Narcisse Niclass Rédacteur

Retrouvez nos articles sous:

Si vous reproduisez nos textes, veuillez toujours mentionner la source.

a un réseau privilégié de relations grâce au jumelage avec

Des échanges ont lieu régulièrement depuis 1987

2

Innovation – Francophonie Suisse A Genève, il y a 20 ans, le World Wide Web est né au CERN. Ce logiciel, inventé par Tim Berners-Lee, mis au point avec l’aide de Robert Cailliau, devint un outil grand public dès 1994. Cette annéelà, plus de quatre cents développeurs participèrent à la première conférence sur le WEB. Il y avait déjà 10 millions d’utilisateurs et 10’000 serveurs. En 1995, la Commission Européenne donna l’impulsion pour fonder le Consortium international de la gestion du WEB et assurer son utilisation générale.

Une institution internationale à soigner. La poste c’est aussi les télécommunications et le partage de l’information.

En 1995 également, la Suisse entre à part entière dans le monde de la francophonie. Un réseau, créé il y a 40 ans, qui touche les cinq continents. Les préoccupations ne sont pas les mêmes mais les enjeux sont importants avec la mondialisation qui écrête les spécificités culturelles. 25% des Suisses seulement parlent le français, mais c’est tout le pays qui est membre de la francophonie. Les institutions helvétiques ont toujours su jouer cette carte gagnante de l’ouverture.

Le français est l’une des six langues officielles de l’OMPI

En 1883, la Convention pour la propriété industrielle est signée à Paris mais le Bureau international de l’union pour la protection de la propriété industrielle est sous l’autorité de l’administration helvétique. La langue de travail fut le français. Aujourd’hui, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle a son siège à Genève.

En 1874, l’Union postale générale est en œuvre et deviendra l’Union postale universelle en 1878. Son siège est à Berne et sa langue officielle le français.

L’innovation, le travail en réseau, l’usage du français, ont toujours été des atouts pour le développement de la Suisse. Le mot francophonie a été inventé en 1880 et la Suisse parle le français depuis aussi longtemps que la France. C’est pourquoi les francophones du monde entier se sentent chez eux sur les bords du Léman. C’est pourquoi, cette région contribue à l’enrichissement de la culture française. A l’entrée du Panthéon à Paris, vous avez Voltaire et Jean-Jacques Rousseau, deux natifs de la région. Narcisse Niclass

IROmagazine

IMPRESSUM

case postale 1303 CH 1701 FRIBOURG www.invention.ch paraît 3-4 fois l’an / 20’000 exemplaires LAYOUT IROmag ÉDITIONS Monique Brasey e-mail: iromag@invention.ch

RÉDACTION Narcisse Niclass Alain-Jacques Czouz-Tornare Michel Giannoni Michel Bugnon-Mordant Daniel Mange Laurent Passer Jean-Jacques Schwab

IMPRESSION PCL Presses Centrales SA

ILLUSTRATIONS www.raa.ch

Av. de Longemalle 9, C.P. 137, CH-1020 Renens 1 Tél. 021 317 51 51 Fax 021 320 59 50 pcl@worldcom.ch www.pcl.ch

CORRECTRICE Laura Zinetti


BIENVEILLANCE & Excellence Jean-Jacques Schwab Directeur

Avant de parler de performance, en premier, il faut fixer un objectif précis et élaborer un plan directeur qui donne l’orientation à suivre. Comme chef d’entreprise ou manager, vous définissez les contraintes du projet que vous désirez réaliser : délai, budget, ressources, … Aujourd’hui, vous entendez parler de performance, d’efficacité et de temps, en omettant la bienveillance que tout un chacun doit porter à son environnement personnel et professionnel.

Pour créer des valeurs au service de vos

Cette approche exige une vision à

Etudiez la possibilité d’externaliser les services suivants :

360° de l’entreprise et son environnement externe et interne. Elle s’inscrit dans une culture d’entreprise pour aboutir à l’excellence au niveau du personnel, des clients, des fournisseurs et naturellement des produits et services fournis.

Dans le but d’optimaliser et sécuriser vos activités, nous préconisons la gestion des objectifs par l’analyse des risques en

objectifs, vous désirez vous concentrer sur votre cœur de métier ou de compétences afin d’optimaliser vos résultats ?

• administration, facturation • paiements, contentieux • trésorerie – financement • contrôle de gestion – budgets • comptabilité, TVA (y. c. Europe), impôts • gestion salaires et assurances • gestion de projet – organisation • gestion de crise – médiation

Savoir dynamiser vos équipes et fédérer vos compétences vers un objectif central sont les enjeux majeurs de la conduite de votre entreprise. Nos experts et partenaires vous apportent des compétences pointues dans les domaines nécessaires et utiles à toutes vos activités de patron et d’indépendant.

Pour réaliser votre objectif et atteindre l’excellence, la culture de gestion de votre entreprise repose sur les éléments clés suivants : • communication – écoute • anticipation – réactivité • contrôle de gestion – finances • business plan • ouverture – interactivité • rapidité – rigueur • outils de pilotage proactifs • diagnostics opérationnel et financier

Nos solutions Toolbox Vision PME +

Membre Fiduciaire I Suisse Association Suisse d’Organisation Rue du Grand-Chêne 4 1002 Lausanne Tél. +41 (0)21 534 54 05 Fax +41 (0)21 310 77 19 info@abo-audigestion.ch www.abo-auditgestion.ch

• • • •

Evaluer Conseiller Accompagner Promouvoir

3

R ÉS E A U

recommandant aux chefs d’entreprises de disposer d’un plan de rechange ou de secours. Souvent en affaires et lors de la concrétisation de vos contrats, vous êtes appelé à négocier un prix ? Pensez à intégrer le principe du prix du regret en cas de renoncement de votre part.

Nos concepts «Polyclinique de l’entreprise» et «Centre de Conseils Financier & Fiscal» vous assurent un accompagnement personnalisé et des conseils indépendants d’experts-métiers en matière d’assurances, de ressources humaines, de finance, d’immobilier et d’informatique. Nous vous accompagnons aussi dans l’organisation de patrimoine lors de transfert d’entreprise ou de succession et pour le marketing et la communication.

Notre différence = Votre force Nos apports = Vos résultats

MEMBRE

(y.c. outil de gestion comptable ERP et CRM ABC-Gestion) vous donnent l’avantage de piloter vos transactions, relations clients et vos résultats en temps réel. En plus vous bénéficiez d’une économie de 25% minimum sur vos frais de comptabilité.


LA MARQUE, votre marque Le chiffre de 60’000 marques en activité, et qui font le commerce mondial, est admis. En fait, il y en a bien plus, mais combien ont une réelle valeur intrinsèque ? Les classements révèlent 100 à 150 marques connues du public, mais ce sont des marques internationales, généralement pour des biens de consommation ou de semi-investissement. Cette liste est partiellement orientée US et ne reflète pas la réalité des zones économiques mondiales. En Suisse, les marques préférées sont Migros, Coop, Swatch, CFF, Banque Raiffeisen, Lindt, Nescafé, La Poste, Rolex, IKEA, Nokia,... La 112e et dernière marque de cette liste helvétique est une grande banque, mieux classée (76e) sur le plan universel. Il y a 3 ans, elle était 42e aux USA. Que penser, aujourd’hui, de la grande notoriété de BP ? L’affaire Liliane Bettencourt n’affecte pas l’image de L’Oréal. La marque de chocolat Cailler avait failli sombrer pour une faute de la direction qui souhaitait imposer de nouveaux emballages. Marche arrière et le public a pardonné l’écart.

Constat : une marque vit, se gère. Elle

I D EN T IT É

est le reflet d’une activité commerciale. Certes, c’est aussi un capital intellectuel qui se protège, mais une marque sans chiffre d’affaires, qui en veut ? Swissair avait paraît-il de la valeur ! Justement, une marque peut en cacher une autre. Swiss appartient à Lufthansa. Le propriétaire allemand devra un jour reconstruire l’ADN de cette marque en tissant un lien fort avec une institution suisse. Une marque ne vaut que si l’on s’en sert.

Définition La loi est large. Tout signe représentable graphiquement peut devenir une marque enregistrée, sur un territoire donné. C’est un signe distinctif qui permet de distinguer sans équivoque, commercialement, un produit, un service

4

parmi l’offre concurrente. Les marques sonores sont acceptées, comme les marques verbales ou en trois dimensions. Il existe des marques nationales, communautaires et internationales dont le statut est réglé par L’Accord de Madrid de 1891 et son Protocole additionnel de 1989. Cet arrangement international permet, sur la base d’un enregistrement national régulier dans le pays d’origine du demandeur, d’obtenir la protection d’une marque dans un ou plusieurs autres états membres par le biais du dépôt d’une seule demande d’enregistrement auprès du Bureau international de l’OMPI à Genève : www.ompi.org. Les pays de l’Afrique francophone bénéficient d’un complément à ces accords.

Montreux Jazz Festival, une marque dessinée par le sculpteur Jean-Tinguely

L’univers des marques est bien curieux et permet de retracer l’évolution de la société. Dans l’Antiquité, les marques de fabrique existaient déjà. Les potiers marquaient leur production d’un signe distinctif. Des appellations d’origine étaient connues : les raisins de Corinthe, le bois de Cèdre du Liban, les marbres de Carrare, les épées de Tolède. Les tisserands marquaient leurs étoffes dans la trame. Les papetiers inventèrent le filigrane. Les ébénistes connaissent l’estampille. Les orfèvres ont toujours leur poinçon. Pour les grands créateurs, souvent, leur signature suffit. Narcisse Niclass

Villars, une marque suisse sauvée par un Français amoureux du bon chocolat

Le Festival du rire choisit la tenue du Sommet de la francophonie pour se nommer Montreux Comedy Festival ?


UNE SUISSE inventée par la France Alain-Jacques Tornare Historien

Ce qu’on appelait le Corps helvétique est avant 1798 à peine un Etat de droit, bien plutôt un conglomérat de petits Etats très différents les uns des autres puisque associant plus ou mois étroitement des Etats libres, tous à dominante alémanique et centralisés, contrôlant des territoires colonisés. Après l’abolition des restes des droits de suzeraineté de l’Empire sur les couvents et les évêques, l’incorporation à la Suisse du Fricktal, et par le traité de Lunéville (9 février 1801), l’affranchissement définitif à l’égard d’une Autriche contrainte à reconnaître la république helvétique, l’Acte de Médiation du 19 février 1803

peut être considéré comme la matrice des constitutions futures de la Suisse, à commencer par celle de 1848 qui marque toujours la naissance officielle de la Suisse moderne. Ce faisant, la France restructure les frontières intérieures de la Suisse, établit l’égalité entre des cantons redimensionnés et définit le fédéralisme helvétique dans le sens qu’on lui connaît depuis. Napoléon Bonaparte confirme le caractère majoritairement francophone du canton de Fribourg et impose l’existence de six nouveaux cantons dont un de langue italienne (Tessin) et un de langue française : Vaud, unique entité entièrement francophone de 1798 à 1815, donnant tout son sens à une Suisse plurilingue et de structure fédérative. Le 4 juillet 1803, le Landamann Louis d’Affry procède à l’ouverture solennelle à Fribourg de la première Diète fédérale. C’est une véritable révolution culturelle ! Finies les discriminations entre cantons et ex-territoires alliés, cantons primitifs et nouveaux venus, Alémaniques et Latins (Vaud, Tessin, Fribourg dans sa nouvelle version). Née un 4 juillet pourrait ainsi être le titre d’un film suisse traitant de l’émergence de l’Etat fédéral ! Le choix de cette cité-pont entre les cultures est hautement symbolique pour donner sens à la nouvelle Suisse, foncièrement multiculturelle et plurilingue. Trait d’union inter-helvétique, cette ville médiatrice

fut un lieu idéal pour recommencer la Suisse aux frontières des langues. Finalement, s’il ne fallait retenir qu’un apport essentiel de Napoléon Bonaparte à la Suisse, il faudrait citer la Suisse plurilingue, instituée de facto par la République helvétique en 1798, enracinée par le Premier Consul en 1803. Sans cette attribution, la Suisse restait pour un temps indéterminé une Confédération alémanique porteuse de la légitimité ancestrale de la Suisse des Waldstaetten avec dans ses marges une minorité latine profondément discriminée et pas assez nombreuse pour espérer s’inscrire un jour dans une Suisse plurilingue. En imposant à la vieille Confédération d’essence germanique la reconnaissance de sa composante latine, l’Acte de Médiation a donné toute sa raison d’être à une Suisse plurilingue et fédéraliste, fondée sur les principes de liberté-souveraineté et d’égalité, seule capable de justifier l’existence de la Confédération suisse au cœur des nationalismes exacerbés.

La Genèse et mise en œuvre de l’acte de médiation aspects des relations franco-suisses autour de 1803 Sous la direction d’Alain-Jacques Czouz-Tornare ISBN : 2-908327-52-X

5

H I S TO IR E

Sur la longue durée, qu’elle fut royale, républicaine ou impériale, la France assura un minimum de cohésion interne dans la Confédération, qu’elle maintint sous une tutelle plus ou moins visible et ce, dans les limites naturelles... de ses intérêts qui, par chance, coïncidaient souvent avec ceux des Suisses, bien incapables de trouver un terrain d’entente pour reformuler la Confédération sur de nouvelles bases au tournant du XIXe siècle.


Rapportez vos bouteilles en PET, sinon elles manqueront ailleurs. Les bouteilles en PET vides servent non seulement à faire de nouvelles bouteilles, mais aussi des textiles de qualité, par ex. des parapentes. Le PET se recycle écologiquement et peut être valorisé à 100 pour cent. Rapportez donc vos bouteilles en PET au point de collecte. www.petrecycling.ch


LE CHINOIS c’est facile

La preuve que le mandarin est une langue facile : plus d’un milliard de Chinois le parlent et le comprennent. La population mondiale est de 7 milliards. La population suisse est de 7 millions, soit un millième de l’humanité. Si nous étions seulement dix fois plus, serions-nous encore capables de vivre en bonne harmonie avec nos langues et nos cultures ? Denis de Rougemont n’a-t-il pas dit que les Suisses s’entendent bien parce qu’ils ne se parlent pas ? C’est certes un bon mot mais l’absence de réels problèmes, dans cette nation qui s’est voulue, est le secret de sa réussite. Quatre langues nationales, dont trois (allemand, français, italien) sont des langues officielles sur tout le territoire. Curieusement, c’est en 1996 seulement que le statut du romanche s’est amélioré. Cette langue devient officielle pour les rapports entre la Confédération et les citoyens de langue romanche.

«L’américain» n’est pas encore la cinquième langue nationale. La question des langues est presque toujours associée à la culture. Pourtant, avec la mondialisation, c’est devenu un facteur économique. Si les pays du Commonwealth, aidés par les Américains, ont fait de l’anglais un outil de conquête commerciale, la France n’a pas encore compris les enjeux. Pour acheter et vendre à la bourse, il suffit de baragouiner sommairement le «globisch». Serait-ce le

nouvel Espéranto ? En Suisse, les publicitaires choisissent souvent la facilité dans la communication en utilisant un anglais approximatif avec des mots comme wellness, discount, hit, melting-pot,… Les communicateurs de La Poste, régie fédérale, ne sont pas en reste dans cet effort d’imposer l’anglais comme dénominateur commun, réducteur. Grâce à l’engagement d’associations, de mouvements volontaires et de quelques parlementaires, le français et l’italien sont mieux défendus à Berne.

Un dialecte comme sixième langue nationale ? L’uniformisation, l’ennui, la coupure, le danger arriveront-ils à cause du Schwitzertütsch ? Si nous suivons les territoires des langues, lors des votations, ou pour certaines statistiques, l’observateur est vite tenté d’accepter un recoupement total. Toutefois, c’est toujours des différences légères qui font pencher le vote, région par région. Les gagnants sont plutôt dans le camp des abstentionnistes. Par contre, il apparaît que le Schwitzertütsch véhicule un autre risque : nos frères alémaniques deviennent de plus en plus faibles dans leur langue. A Zurich, les Confédérés en font un complexe, source de tension face aux travailleurs immigrés allemands. J’ai aussi entendu un intellectuel bâlois se plaindre que le Schwitzertütsch était pollué par plus de 2000 mots français.

Plus que les langues, c’est l’économie et la concurrence entre les régions qui sont source de fraction et de frictions. J’illustre ce propos par deux exemples : il a fallu vingt ans à l’Ecole polytechnique de Lausanne pour se faire une place comme Ecole polytechnique fédérale de Lausanne... puis dépasser, à force de génie et d’acharnement, l’EPFZ, avec un Z comme Zurich. Le Salon international des inventions de Genève, voisin de l’OMPI, Organisation mondiale de la propriété intellectuelle, a été régulièrement attaqué en 40 ans d’existence par les centres de foires de Bâle et Zurich. Dans d’autres domaines aussi, cette concurrence est exacerbée par le pouvoir économique caché sous la question des langues. Non, les cultures, la culture ne seront pas une source d’éclatement de la Suisse. Vive le multiculturalisme, outil propice à l’esprit d’innovation. NN

7

M ULT I C ULT URA L IS M E

Est-il possible d’inventer une langue et de l’imposer à plusieurs cultures ? L’Espéranto reste une tentative. L’ONU a choisi six langues : français, anglais, russe, espagnol, arabe et mandarin. L’Union européenne traduit tous ses documents en plus de vingt langues. Quand les règlements et les manuels dominent, la compréhension n’est pas toujours idéale. A l’est, nous pouvons constater, depuis 10 ans, un recul du russe chez les anciens partenaires du bloc soviétique. En Moldavie, les caractères cyrilliques, imposés par l’URSS, sont abandonnés et c’est le retour aux caractères latins. Ce pourrait être une chance pour la langue française.


CLAUDE BLANCPAIN, un homme – des visions Certains ont une «impasse» à leur nom juste parce qu’ils ont été élus. Les manuels d’histoire ne vont pas attribuer de grands faits d’armes à Claude Blancpain mais il a un jardin public en ville de Fribourg. Une place froide qui ne rappelle en rien la courtoisie du personnage, son esprit inventif et généreux. Un concours d’idées est ouvert pour améliorer les Terrasses Claude Blancpain afin d’en faire un lieu convivial et agréable. Cet homme a tout de même été baigné dans la gastronomie, l’art de vivre et la culture francophone. Le pays de Fribourg traînait une image de région arriérée encore dans les années soixante et plus. Ses fils partaient travailler à Genève. Passer de la campagne à la ville était vu comme un vrai exil. Ces émigrés fribourgeois se plaisaient au bout du lac jusqu’à s’y installer définitivement. Pourtant Fribourg avait des entreprises de renom, fruits de génies inventifs. Des capitaines d’industrie, comme on les nommait encore, avaient régulièrement développé des productions entièrement destinées au marché national et à l’exportation. Ces propriétaires d’entreprises, ces patrons, n’ont pas préparé leur succession. Leurs sociétés ont changé de main, sont passées sous contrôle d’autres entités avec des directions hors sol. La Brasserie du Cardinal, dirigée par Claude Blancpain, n’a pas échappé à cette évolution mais la production est encore à Fribourg en 2010. Malheureusement, 2011 sera une autre année.

8

Cardinal - Blancpain : une histoire de famille puisque trois générations se sont succédé à la direction de l’entreprise de 1899 à 1970, jusqu’à la création d’une entité importante, Sibra Holding, qui contrôlait six brasseries, dans un marché en expansion. C’est en 1971 et jusqu’en 1978 que Claude Blancpain occupa la présidence de la Chambre fribourgeoise de commerce et de l’industrie. Il succédait à Louis Guigoz, un autre grand nom de l’agro-alimentaire de la région. Cette présidence coïncidait avec l’arrivée d’un nouveau directeur à la Chambre, Gérard Ducarroz. Deux hommes neufs qui avaient respectivement choisi leur épouse à Paris et à Bruxelles, ce qui explique un peu leur ouverture d’esprit. C’est dans ces années que le décollage de l’économie fribourgeoise a eu lieu. Une vraie amicale de patrons, parfois concurrents, qui savaient déjà travailler en réseau et jouer la carte de la complémentarité. Certains de ces propriétaires bourgeois ont marqué le paysage local. Claude Blancpain sort certainement du lot avec Henri Renevey (Gainerie Moderne), Marcel Boschung (machines d’entretien), Adolphe Merkle

(VibroMeter), Hans Teische (Fabromont tapis). Plus d’une quinzaine d’autres entreprises importantes ont fermé, ont quitté Fribourg ou ont été fortement redimensionnées sous un autre actionnariat. Claude Blancpain a vendu lui-même à Nestlé, en 1971, son entreprise Dyna, créée en 1942, pour répondre aux besoins alimentaires entraînés par le blocus de la Suisse. Cette jeune entreprise conditionnait une pâte, Tartex, composée de levure de bière et de matières végétales. Ce produit naturel avait la faveur des Helvètes, contraints de changer leurs habitudes à table. Après la guerre, en 1945, les ventes s’effondrèrent avec la fin du rationnement. C’est là que Claude fit preuve d’opiniâtreté et de vision en améliorant sa recette de base avec du foie et de la truffe. Le Parfait est né et des générations d’enfants adoreront ce produit en tartine et en sandwich. C’est un symbole helvétique comme le lait, le fromage et le chocolat. En 2007, le géant mondial de l’agro-alimentaire déplace la production du Parfait dans son usine Thomy à Bâle. Fribourg perd une partie de son identité et de son patrimoine.


faveur de l’agrandissement du musée, en 1981, dans les anciens abattoirs au bas du Varis. Œuvre menée à terme, justement en face des Terrasses qui portent son nom depuis 2004. Admirateur de Jean-Tinguely, tout naturellement il a soutenu la création (1998) de l’Espace Jean Tinguely - Niki de Saint Phalle. Dix ans plutôt, il avait fait don de sa collection d’objets témoins de la culture brassicole à Fribourg, en créant le Musée Cardinal de la bière, une institution sympathique ouverte au public dans la Brasserie éponyme.

La francophonie avant l’heure Claude Blancpain avait les moyens de ses visions et ses engagements étaient toujours réfléchis, motivés. Allié par mariage à une grande famille française, son amour de la culture française s’explique aisément. Dans les actes, c’est un peu l’air de Paris qu’il a emmené sur les bords de la Sarine. L’Alma Mater de l’Université de Fribourg ne s’est pas trompée en lui décernant le titre de docteur honoris causa en 1973.

Toutefois, en 1976, il pérennise son action en inaugurant à Fribourg une section de l’Alliance française. Une démarche originale dans une ville francophone, mais précieuse dans la cité des Zaehringen, où la culture germanique tente de s’imposer. En 35 ans d’activité, cette société a invité de nombreux orateurs prestigieux. Elle organise des conféren-

ces en collaboration avec la Faculté des lettres et de philosophie ou d’autres institutions culturelles. Soucieux de l’avenir de la culture francophone à Fribourg, toujours en visionnaire, en 1976, Claude Blancpain crée la fondation qui porte son nom, pour soutenir les arts et la culture française. Depuis son décès en 1998, c’est son fils François-Dominique Blancpain qui préside cette institution privée, utile à la collectivité. Depuis l’été 2010, ce président de la fondation qui honore son père, est revenu de Paris dans la propriété familiale de la campagne fribourgeoise. En 2011, il y aura 100 ans que Claude Blancpain est né et 35 ans que sa fondation enrichit la vie culturelle locale et le patrimoine fribourgeois. Rouge, blanc, un peu de bleu. Le panache de la bière et le partage d’un moment d’amitié. La subtilité du Parfait et sa recette naturelle. Grâce à la culture, à sa culture, l’homme demeure présent à Fribourg, flambeau de l’esprit francoNN phone ouvert.

Repères 1942, comme jeune ingénieur et docteur ès sciences et physique de l’Université de Genève, il fonde Dyna qui produit le Tartex qui donnera naissance au «Parfait».

1943, il siège, avec ses frères Pierre et Bernard, au Conseil d’administration de la Brasserie du Cardinal à Fribourg. 1970, il crée Sibra Holding SA, un groupe brassicole important en Suisse. 1971, c’est la présidence de la Chambre fribourgeoise de commerce et il accompagnera le développement du canton jusqu’en 1978. 1973, titre de docteur honoris causa de l’Université de Fribourg 1976, création de l’Alliance française de Fribourg et constitution de la Fondation Claude Blancpain pour le soutien de la culture française à Fribourg. 1981, participation active, avec la Commission du Musée d’art et d’histoire, à l’extension du dit musée, puis à la réalisation de l’Espace Jean Tinguely - Niki de Saint Phalle. 1988, réalisation du Musée Cardinal de la bière, ouvert les mardis et jeudis, dans la brasserie ( ? ) Reconnaissance de la ville et cité de Fribourg, Les Terrasses Claude Blaincpain, industriel et mécène, ont été inaugurées le 18 mai 2004.

E N GA GEM EN T S

Cardinal - Le Parfait n’expliquent pas les Terrasses Claude Blancpain. En effet, c’est son amour pour les arts et la culture qui a révélé les sentiments profonds de l’homme. Il était par ailleurs colonel dans l’Armée suisse et notable au naturel. On retrouve ainsi ce côté bourgeois qui générait tout de suite du respect lors de rencontres. Toutefois, son engagement envers la cité est constant et probant. Vice-président de la Commission du Musée d’art et d’histoire, il veille aussi à la sauvegarde du patrimoine bâti. Il s’est engagé fortement en

9


LES PLUS SUISSES des produits suisses

T R A D I T I O N & T ER RO I R

www.aoc-igp.ch La Suisse offre bien plus que des montres précises, de belles montagnes et des écoles prestigieuses. Comme ses voisins européens, l’Helvétie a aussi des produits traditionnels protégés, reconnus, qui valent la découverte.

800 entreprises agréées : fromageries, boucheries, boulangeries et distilleries. Cette production certifiée représente un chiffre d’affaires annuel de plus d’un milliard de francs.

Le Gruyère AOC est certes le représentant le plus prestigieux des produits suisses AOC et IGP. La Poire à Botzi, spécialité des vergers fribourgeois, porte également une AOC, alors que le fameux Saucisson vaudois ou encore la tendre Viande séchée du Valais sont pourvus d’une IGP. Vous vous interrogez sur la signification de ces deux sigles de qualité ?

C’est depuis une dizaine d’années seulement que les produits AOC et IGP sont protégés en Suisse. A l’exemple de l’UE, la Confédération créa, le 29 avril 1998, un registre des appellations d’origine et des indications géographiques. Un travail exemplaire fut réalisé dans le cadre de la loi sur l’agriculture. Des cahiers des charges, de la formation et des contrôles ont été mis en place afin de garantir qualité et traçabilité aux consommateurs. Un an seulement après sa création, ce nouveau registre pouvait inscrire l’AOC du fromage de l’Etivaz, une spécialité de la région romande du Pays-d’en-Haut.

AOC – Appellation d’origine contrôlée – est la garantie que depuis les matières premières jusqu’au produit fini, tout provient d’une région d’origine déterminée. IGP – Indication géographique protégée – est également une attestation, garantie de provenance, mais moins restrictive que l’AOC. Une spécialité IGP est soit produite, élaborée ou anoblie dans son lieu de provenance. Cela peut signifier, par exemple pour un produit carné IGP, que la viande achetée ailleurs en Suisse est transformée en spécialité dans une région précise. Une exploitation agricole sur six est concernée par la fabrication d’une ou l’autre des quelques dix-huit AOC et neuf IGP enregistrées à ce jour. Ces produits agricoles sont transformés dans environ

10

Tradition avec une histoire encore récente

Vu l’attrait du consommateur pour les produits certifiés, l’intérêt des producteurs fut spontané. En deux ans, la reconnaissance fut accordée à la semoule Rheintaler Ribelmais AOC, à la Viande séchée du Valais IGP, à la Tête de Moine AOC, au Gruyère AOC,

et à l’Eau-de-vie de poire du Valais AOC. Le dernier produit qui vient d’obtenir son IGP est la St. Galler Bratwurst. La Suisse et l’UE signeront prochainement un accord mutuel qui garantira une protection pour les produits suisses sur les marchés européens ainsi que pour les 800 spécialités européennes en Suisse. Toutefois sont exclus de l’accord les spiritueux et l’Emmentaler AOC, victime de son succès, ce nom étant dans le dictionnaire des mots courants.

Un futur assuré Pour les agriculteurs et les entreprises agro-alimentaires, les sigles AOC et IGP constituent une garantie importante pour leur exploitation. Avec l’ouverture des marchés et la baisse des subventions, il est de plus en plus difficile de se battre sur le prix et de résister à la concurrence accrue. En se distinguant avec un label, reconnu internationalement, garantie de qualité et de provenance, il est possible d’aller sur des marchés de niche. Les traditions culinaires, le savoir-faire et le renom de la région sont un précieux capital. L’AOC et l’IGP donnent une exclusivité, une distinction à des produits authentiques pour se démarquer et séduire des consommateurs connaisseurs et amateurs de bonne chère. Avec le concours de l’Association AOC IGP Monique Brasey


REQUIEM, feu le train du XXIe siècle Rodolphe Nieth avec le Dr Pierre Triponez, dernier président de SWISSMETRO SA

Ce n’est pas le moment ? Un tel chantier dure de 10 à 15 ans. Il génère plus de 12’000 emplois. Il dope la recherche et le développement de nouvelles technologies. Nous avons trouvé les fonds pour les nouveaux tunnels du Gothard. Avec ce complément dans nos réseaux de transport, les CFF gagneraient tout un trafic capillaire. Chaque point de Suisse pourrait être atteint en moins de 90 minutes. Notre pays deviendrait une seule agglomération.

LE CONCEPT Cabine pressurisée et climatisée, comme un avion. Navettes spacieuses, longues de 80 à 130 mètres, pour 200 à 400 personnes. Circulation à plus de 400 km/h en tunnels à 50 ou 100 mètres sous la surface. Tubes de 5 mètres de diamètre avec vide d’air. Le sous-sol helvétique est idéal pour ce type de construction. Les seules emprises en surface seraient les sorties d’ascenseurs pour les gares souterraines et des puits techniques tous les 15 km. Les objections - techniques, économiques, sécuritaires - ont été levées. L’écologie ne peut pas rêver d’un meilleur projet, les passagers non plus : Genève - Lausanne en 8 minutes. Genève - Zurich en 40 minutes.

LA SÉCURITÉ Toute collision est totale-

LES MAUVAISES QUESTIONS Des

LE SEUL PROBLÈME Dans ce dossier,

LA TECHNIQUE SWISSMETRO est en

coûts démesurés ? Le tronçon Genève - Lausanne en 2003 aurait coûté un peu moins que la capitalisation de SWISS, soit 3,5 milliards. La liaison Genève - Lausanne - Berne - Lucerne - Zurich St-Gall, en 2010 aurait été réalisée pour le budget des NLFA : moins de 20 milliards pour 330 km et les infrastructures.

les politiciens ont fait preuve d’un NN manque de vision et de courage.

lévitation grâce à la force magnétique. Des électro-aimants soulèvent le véhicule qui ne subit aucun frottement mécanique. Le guidage latéral suit le même principe. Pour le lancement, il suffit d’un «moteur» tous les 200 mètres et, à pleine vitesse, un tous les 5 km. Le besoin en énergie est faible. A titre de comparaison pour un passager-km, le TGV à 300 km/h consomme 100 Wh, une voiture 570 Wh à 120 km/h et SWISSMETRO seulement 72 Wh à 400 km/h.

ment exclue. Les rames se déplacent en sens unique, en cadence, chacune dans un tube. En cas de panne de moteur, le véhicule est freiné automatiquement par la résistance électrique, tombe de 2 cm sur ses patins et peut regagner la station suivante avec un moteur autonome. Les déraillements sont impossibles, pas de danger d’incendie non plus, en raison du choix des matériaux, de l’absence de carburant et de la rareté de l’air. Le confort est supérieur à celui du meilleur avion. L’autonomie en air d’une cabine est de 4 heures, mais la pression serait rétablie dans le tunnel en 150 secondes.

Des déblais importants et gênants ? Pour l’ensemble du réseau la ligne du Plateau plus la liaison Bâle - Bellinzona via Lucerne, et l’aéroport de Bâle relié à Zurich, le volume à excaver est égal à la totalité des tunnels routiers réalisés en Suisse. C’est inférieur au volume des tunnels des NLFA.

Les frais d’exploitation seront démesurés ? La dernière étude, remise en juin 2003 au Conseil fédéral, montre que des billets, Bâle - Zurich à 20 francs ou Genève - Lausanne à 18 francs, seraient très attractifs. Les besoins en énergie sont faibles et les frais d’entretien largement inférieurs à ceux d’un métro conventionnel. Les questions de sécurité sont simplifiées. Pas de déprédation, pas de problème atmosphérique, peu de consommation d’énergie, peu d’usure du matériel.

En juin 2010, le projet à été condamné par nos leaders – case tiroir pour SWISSMETRO. VERS L’INFINI ET AU-DELÀ La Suisse alémanique n’a jamais torpillé le projet. Simplement, elle ne s’y intéressait pas. Il faut noter, qu’en profondeur, ce projet faisait peur aux CFF et il était clairement annoncé qu’il fallait laisser passer le projet des NLFA. Initialement, le secrétariat de Swissmetro SA était à Genève, sous contrôle de Pierre Weiss. Mais en Suisse, il vaut mieux avoir une mauvaise idée à Zurich qu’une bonne au bout du Léman. Nos politiciens romands sont toujours à la traîne et absents des grands dossiers. L’Allemagne vend son Maglev et a construit en Chine la ligne commerciale de Shanghai-aéroport. L’aventure continue...

11

I D ÉE S UI S S E

Prenez un train moderne, carrossé comme un avion, auquel vous coupez les ailes et enlevez les roues. Ce véhicule, propulsé par un moteur électrique linéaire, circule dans un tunnel avec un vide d’air partiel comme à 15’000 mètres d’altitude. Il y a 40 ans que Rodolphe Nieth a eu cette idée. Les avancés technologiques, les développements et les expérimentations lui ont toujours donné raison. Pourquoi rien n’a bougé ? L’inventeur est philosophe : «Nous sommes en Suisse. Nos politiciens réfléchissent lentement, parfois avec trop de prudence. En 1974, je disais déjà, si je vois le premier coup de pioche de ce chantier, je serai content».


JE SUIS ENTRÉ EN ALLIANCE FRANÇAISE comme on entre en religion «Chaque homme a deux patries. La sienne, d’abord, et la langue française, ensuite». Cette pensée du président américain Thomas Jefferson m’a toujours séduite. Elle m’a permis de justifier – lorsque j’en étais requis par ceux qui pouvaient s’étonner qu’un citoyen helvétique manifeste son amour du français et de la culture française – mon engagement en faveur de la langue française, que nous avons en partage avec tant de frères humains, dans tous les pays formant la belle famille de la Francophonie, qui la pratiquent comme langue maternelle ou l’apprennent avec passion.

M

on meilleur ami, de langue maternelle hongroise – une langue si belle et si farouche qu’elle ne se laisse pas apprendre facilement – parle un excellent français, consolidé d’ailleurs à l’Alliance Française de Bruxelles, et, ensemble, nous traduisons ses poèmes du hongrois en français. Dans cette recherche passionnée et passionnante du mot juste – et qui est un véritable échange culturel et humain – de ce mot juste qui va traduire le poème sans trahir le poète, l’on ressent alors comme jamais la précision et la beauté de la langue française.

C ULT U RE E T PA S S I ON

L

a langue française m’a naturellement conduit à la France, pépinière des maîtres à penser qui ont essaimé dans le monde entier, terre d’élection pour les poètes et les peintres, pays du Tendre pour toute expression raffinée des passions. Et je me suis longtemps interrogé sur l’origine de ce goût pour cette «vieille terre, rongée par les âges, rabotée de pluies et de tempêtes, épuisée de végétation, mais prête, indéfiniment, à produire ce qu’il faut pour que se succèdent les vivants» (Charles de Gaulle).

E

st-ce dû à l’origine savoyarde des Passer, les Percevaux vivant à Salenches autour de 1660, puis émigrant au XVIIIe siècle à Tavel, terre germanophone

12

aujourd’hui dans le canton de Fribourg ? Est-ce, au cœur de mon enfance, ces vacances en France, que je dois à mes chers parents, qui me firent connaître Porquerolles, Paris, Audierne, Chambord, Chartres et tant d’autres lieux ? Souvenirs d’enfance, souvenir d’en France. Est-ce, au cours de ma scolarité, l’usage de la grammaire Claude Augé, dans son édition des années trente, qui me permit d’apprendre cette langue célébrée hier autant que menacée aujourd’hui par la globalisation, au point de craindre que le français ne se trouve un jour dans la situation de ces langues indiennes d’Amérique dont Chateaubriand disait que seuls les vieux perroquets de l’Orénoque en avaient gardé le souvenir ?

C

’est sans aucun doute aucun grâce à l’Alliance française – où je suis entré comme on entre en religion, en y faisant le serment irrévocable de servir cette langue et cette culture qu’elle transmet – que j’ai pu vivre intensément cette passion. J’ai présidé durant plus de treize ans l’Alliance française de Fribourg et exercé des responsabilités dans le réseau des Alliances françaises

en Suisse. Si l’Alliance offre une alternative culturelle à la mondialisation en faisant découvrir le monde à travers le prisme des cultures française et francophone, elle m’a aussi permis de vivre des moments extraordinaires, de faire des rencontres inoubliables, d’enrichir mes connaissances : entendre plus de cent conférenciers sur des sujets aussi variés que passionnants, discuter longuement de la francophonie avec Alain Decaux, alors ministre de la francophonie, boire une Ovomaltine matinale avec Jean d’Ormesson, fouler le gravier de la cour de l’Elysée – un des plus beaux sons du monde – contribuer, tel Saint Nicolas de Flüe et comme secrétaire général des Alliances françaises de Suisse, à ramener la paix à l’Alliance française de Lucerne en grave crise interne, porter la valise de Benoîte Groult, interrompre un conférencier trop bavard en m’approchant de lui comme le GIGN encercle progressivement un


preneur d’otages, entendre le président Jacques Chirac me dire «Ah, vous habitez Fribourg», vu, grâce à Edmonde Charles-Roux, le grand Balthus dans son chalet de Rossinière, dans un halo d’encens et de thé au jasmin...

J

’arrêterai ici l’évocation fugace de souvenirs à l’intérêt variable pour ne garder que ce fort sentiment d’avoir tenté de faire partager à d’autres la richesse des uns, l’expérience des unes, la culture de tous, la passion de beaucoup.

«Ne t’attarde pas à l’ornière des résultats, impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront» nous dit René Char.

’ignore si l’on s’habitue à ce que le risque soit notre clarté. La littérature, les rencontres furent et sont encore, heureusement, clarté dans ma vie. Bernanos, Ravel, Nicolas de Staël sont les petits dieux domestiques, avec beaucoup d’autres créateurs, d’un panthéon culturel classique et personnel qui m’est toujours clarté. Je n’oublie pas d’y célébrer d’autres cultures francophones, d’autres artistes provenant de cet espace de pensée et d’art unique au monde et, notamment, suis un passionné de littérature romande.

J

’espère par mon engagement de passeur avoir transmis à beaucoup ce goût de la France et des cultures

J

Né en 1964. Laurent Passer Conseiller juridique de la Direction de l’instruction publique, de la culture et du sport du canton de Fribourg. Ancien Président de l’Alliance Française de Fribourg et ancien Secrétaire général de la Conférence des Présidents des Alliances Françaises de Suisse. Secrétaire général de la Fondation Claude Blancpain pour le soutien de la culture française à Fribourg. Signes particuliers : passionné et engagé.

francophones, dans leur diversité et leur permanence, afin qu’à leur tour, celles et ceux qui ont pu y goûter y trouvent bonheur, risque et clarté.

L’OUVRE-BOÎTE 100 g de concentré pour réussir votre publicité Utile pour intégrer votre communication d’entreprise au marketing et à la vente.

Disponible en librairie Achat en ligne sur : www.pme-ch.ch, ou glissez CHF 10.– dans une enveloppe et envoyez, avec votre adresse, à : IRO magazine C. P. 1303 / CH 1701 Fribourg

13


des

couleurs pour cadencer la

vie

PCL Presses Centrales SA Avenue de Longemalle 9 – Case postale 137 – 1020 Renens 1 Tél. 021 317 51 51 – Fax 021 320 59 50 – pcl@worldcom.ch – www.pcl.ch


LA PRINCESSE cannibale Michel Giannoni Dr ès sc. ing. EPFL

S

ystème stellaire le plus vaste du ciel, Andromède, dont le diamètre apparent équivaut à cinq fois la pleine Lune, est une des rares galaxies visibles à l’œil nu. Or les astronomes ont observé, depuis longtemps déjà, que cette grande nébuleuse et la Voie lactée, qui toutes deux font partie du «Groupe local» dont elles sont les plus grandes et qui englobe une quarantaine de galaxies, se rapprochent l’une de l’autre à une vitesse vertigineuse. n se basant sur des simulations informatiques, deux chercheurs de Harvard, Thomas Cox et Abraham Loeb, sont arrivés à la conclusion que ces vastes ensembles d’étoiles, de poussières et de gaz se percuteront dans moins de

E

2 milliards d’années, soit beaucoup plus tôt qu’on ne l’avait supposé. La fusion de ces deux galaxies, qui foncent l’une vers l’autre à 120 km/s, débutera donc bien avant que notre Soleil arrive en fin de vie. Elle devrait s’achever lors d’une seconde rencontre, 3,5 milliards d’années plus tard, qui donnera naissance à un nouveau système stellaire de plusieurs centaines de milliards d’étoiles, que ces deux astronomes ont baptisé Milkomeda (contraction de Milky Way et Andromeda).

M

ais avant ce gigantesque syncrétisme cosmique, Andromède aura absorbé la galaxie du Triangle, bien plus petite qu’elle et avec laquelle elle est en interaction gravitationnelle depuis plus

d’un milliard d’années. Elle serait, du reste, en train de dévorer, comme l’ont découvert Alan McConnachie et ses collègues à l’aide du télescope francocanadien d’Hawaï, de nombreuses petites galaxies du Groupe local. Ainsi, lorsque le couple Andromède-Triangle fusionnera avec notre Voie lactée, il ne restera rien des trois anciennes spirales, la collision entraînant la formation d’une galaxie elliptique géante.

Q

uelles en seront les conséquences pour notre système solaire? Selon l’hypothèse la plus probable, étant donné qu’il se situe en périphérie de la Voie lactée, il sera vraisemblablement éjecté dans l’espace intersidéral au lieu d’être phagocyté par Andromède. Il existe pourtant une petite chance que le Soleil et ses planètes rejoignent la galaxie cannibale lors du second passage.

Q

uoi qu’il en soit, dans un avenir beaucoup plus lointain, lorsque l’expansion cosmique aura tellement éloigné les galaxies qu’elles échapperont à notre vue, Milkomeda représentera, à elle seule, tout l’Univers observable.

La Revue Polytechnique N° 1745

R EC H ER C H E

Dans la mythologie, Andromède est la fille de Cassiopée, reine d’Ethiopie. Parce qu’elle s’était vantée d’être plus belle que les Néréides, cette souveraine s’attira la colère de Poséidon, dieu des mers et des océans. Pour se venger, celui-ci envoya un monstre à qui Andromède devait être sacrifiée. Persée, fils de Zeus et de Danaé, tua la bête, délivra la jeune fille et l’épousa. Poséidon plaça alors Cassiopée dans le ciel et en fit une constellation; Athéna, déesse de la raison, fit de même avec Andromède, qui donna son nom à la galaxie qui nous est la plus proche.

15


FRANCOPHONIE et mondialisation Le XIIIe Sommet des chefs d’Etats francophones nous fournit l’occasion de procéder à une estimation de la situation des langues à l’heure où la mondialisation poursuit des ravages que rien ne semble devoir arrêter. Situation du français mais également de l’anglais, remplacé de plus en plus par le sabir américanisé qu’utilisent près de deux milliards d’êtres humains et dont la conséquence est de faire de la langue de P. D. James et de la reine Elizabeth (celle de Shakespeare n’est que rarement employée de nos jours) l’une des plus massacrées au monde.

Diversité linguistique menacée ? Selon les chiffres, 70 Etats, membres de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), représentent plus de 870 millions de personnes parlant le français, soit comme langue maternelle, soit comme première langue étrangère, soit encore comme langue de travail et/ou de culture. A l’ONU, les nations francophones constituent le tiers environ des Etats membres. L’OIF est active depuis 40 ans, avec un réseau sur les cinq continents. C’est dire si l’existence du français semble loin d’être menacée.

C RI T I QU E

Ce n’est là, cependant, qu’une vitrine pour donner aux peuples francophones l’illusion que leur langue est défendue et que leur patrimoine est régulièrement mis en valeur. La réalité quotidienne est légèrement moins flatteuse. L’abdication, devant les exigences de la mondialisation, de ce qui fait l’âme des peuples (pas uniquement francophones) est flagrante jusque dans les plus petits détails. Il suffit de voir à quelle cadence la langue française et l’enseignement du français dans les universités étran1

gères sont progressivement remplacés par l’anglais pour s’en rendre compte. Il est vrai que lorsque l’on connaît de l’intérieur l’efficacité du British Council, la motivation et la compétence de son personnel et qu’on les compare à l’abdication des autorités françaises, on comprend beaucoup de choses. Quelle raison invoquer pour ce fiasco francophone ? L’absence de volonté politique, bien sûr, répercutée à tous les niveaux. Ainsi, l’acceptation d’une législation européenne qui, en phase de concertation, est envoyée aux parlements nationaux à 80 % en anglais, ce qui laisse toute latitude à des interprétations divergentes. Et puis, il y a l’éducation. Pour les élèves de notre génération, correction et élégance syntaxiques et lexicales, exactitude orthographique résultaient presque automatiquement d’un apprentissage cohérent, qui impliquait un abord syllabique de la lecture et de l’écriture, au lieu de la méthode globale introduite dans les années soixantedix, source d’illettrisme. Dans le domaine de la littérature, avoir lu les classiques et en connaître des passages par cœur allait de soi. Même ceux que cela laissait

de marbre1 ont encore dans l’oreille des répliques, des vers, des sentences qui tissent la trame de leur identité. Aujourd’hui, les programmes scolaires incluent non seulement une majorité d’auteurs contemporains2 dont la légitimité ne repose que sur leur succès commercial ou leurs appuis people, au détriment des maîtres d’autrefois, mais également des traductions de romanciers étrangers – américains la plupart du temps – en contradiction avec le fait avéré que la langue spécifique aux traductions est essentiellement artificielle et finit par altérer la langue maternelle dans ce qu’elle a de plus profond, esthétique et spontané. Mais les aberrations pédagogiques ne font que traduire la volonté des promoteurs de la mondialisation, avec la complicité des élus politiques au plus haut niveau, d’effacer l’identité des peuples européens en s’attaquant aux langues nationales par l’imposition du «sabir unique transatlantique» (SUT), c’est-àdire anglo-américain. La Suisse n’est, de ce point de vue, pas mieux lotie que les autres pays européens. Les administrations de service public telles que les PTT ou les CFF (subrepticement privatisées, contre la volonté des citoyens) en sont les champions. Ouvrons un bottin de téléphone en ligne. Il ne s’appelle plus bottin, d’ailleurs, mais directory. Pour

La plupart de mes condisciples de la section économique, au Collège, en bons matérialistes obsédés de commerce et de profit, étaient d’avis qu’il fallait supprimer des programmes tout ce qui n’était pas matériellement utile : littérature, histoire, philosophie. Ce sont eux et ceux de leur trempe qui, ayant eu par la suite le pouvoir d’infléchir la direction prise par la société, l’ont engagée dans l’impasse où nous sommes. 2 98% de ce qui est publié en «littérature» est médiocre, avec des non entités littéraires comme Marie Darrieussecq, Amélie Nothomb, Marc Levy, de vieilles barbes n’ayant plus rien à dire depuis belle lurette comme Philippe Sollers ou des illusionnistes bobos comme BHL, soutenus par le microcosme politique et médiatique parisien.

16


Michel Bugnon-Mordant professeur émérite, géopolitologue

peu que l’on souhaite en approfondir les détails, on doit se contenter de soustitres tels que local Corner, local Banner, local Toplisting Exclusive, etc. La Poste exhibe partout ses intitulés : PostMail, Yellowcities, Track & Trace, PickPost, PhilaShop, E-tra- ding, etc. La liste des professions et institutions ne parle plus de coiffeurs, d’instituts de beauté, de conseils communaux ou d’entreprises de sanitaires mais de Hairdressers, Cosmetic Institutes, Municipal governments ou Sanitary facilities. Les banques suivent une logique identique. Tout n’est que Wealth Management,

Investment Banking & Securities, Asset Management, numéros de clearing. Les compagnies d’assurance suivent. Il n’y est plus question d’assurance maladie de base mais de Basic, ni d’indemnité de salaire mais de Salary, ni même d’assurance complémentaire hospitalière mais de Hospital Standard Liberty. D’ailleurs, on n’écrit pas au siège de la compagnie mais à son Service Center (ce dernier mot orthographié à l’américaine et non à la britannique). Quant aux petites et moyennes entreprises, il n’est plus un artisan ou un commerçant qui n’inscrive le mot shop sur sa devanture ou sa camionnette, ne précise qu’il est un group, qu’il s’occupe de management, de bikes, de coaching ou de flowers. La langue courante est de plus en plus à l’avenant. On n’«expédie» plus, on dispatch ; on ne «soutient» plus une équipe sportive, on la supporte ; on ne met plus «à niveau», on upgrade ; on ne relève pas «un défi», on affronte un challenge . Evidemment, on ne saurait «maîtriser une situation»

on l’a sous contrôle ; une difficulté ne «prend pas un sens précis» mais fait sens ; on n’est plus «chargé» de quelque fonction mais en charge. Le comble, en France, est atteint par les commerces : Carrefour est devenu Carrefour Market et Atac, joignant le ridicule à l’abaissement, n’est plus, en certains endroits, que Simply Market ! Quiconque a fait un peu d’anglais à l’école s’en accommode servilement, mais la vieille dame, le retraité ou le travailleur privé d’études supérieures, pour qui l’anglais reste à tous les points de vue une langue étrangère, sont tout simplement exclus de l’activité quotidienne d’un pays qui, après tout, est le leur.

Du tout anglais à l’impossibilité de penser la science Il y a toutefois plus grave encore. La submersion de la pensée scientifique par le SUT engendre une atrophie intellectuelle sournoise chez les chercheurs et les professeurs du monde universitaire. Elle ne diminue pas l’intelligence, elle la canalise, la détourne progressivement, au point qu’elle se calque ensuite sur un modèle unique : le modèle anglophone. Dans un ouvrage essentiel3, datant de quelques années déjà mais toujours actuel, l’ingénieur et professeur d’informatique Charles Durand dénonce la mainmise du système d’analyse angloaméricain sur l’ensemble de la pensée scientifique. Son expérience, née de sa longue activité d’enseignant aux Etats-Unis et au Canada, lui permet de peindre un tableau déconcertant de la pratique universitaire mondiale. >> 3

La mise en place des monopoles du savoir, L’Harmattan, 2001.

17


C R I T I QU E

<< Après avoir rappelé qu’aucune pensée n’existe hors de la langue qui la concrétise, il démontre combien la soumission à une langue unique occulte des angles de recherche originaux et prometteurs différents de ceux imposés par les maîtres anglo-saxons. L’anglais a été choisi non parce qu’il est la langue la plus favorable à l’expression scientifique mais parce que, sous l’impulsion d’une Amérique qui a bénéficié seule de la guerre civile européenne de 1914 à 1945, il a acquis une dimension mythique. Convaincus que seul le passage obligé par la recherche américaine donne lettres de noblesse et avenir, les chercheurs du monde entier rêvent d’être inscrits dans les citation indexes américains. Il est vrai que la majorité des directeurs de chaires et de laboratoires se basent sur eux pour l’engagement de leurs nouveaux chercheurs. Or, il est de fait que plus les scientifiques européens publient et communiquent en anglais, plus ils passent inaperçus. En premier lieu parce que, sauf exceptions, ils ne parviennent jamais à exprimer toutes les subtilités de leur pensée dans une langue qui n’est pas leur langue maternelle. En second lieu parce que, par conformisme et par nécessité, ils n’empruntent que des champs d’exploration allant dans le sens de la recherche anglo-saxonne. Enfin, parce qu’ils ne publient que rarement quelque chose d’original puisque les directions de recherche originales, c’est-à-dire s’éloignant de ce que veulent les instances américaines, ont été négligées. Parmi les autres effets pervers de l’abandon des langues autres que le SUT

18

figurent : l’aliénation intellectuelle par simplification de l’argumentation faute de maîtriser l’anglais aussi bien qu’un natif de cette langue, la confiscation des résultats par les Anglo-Saxons (Duschene avait trouvé le penicillium glaucum avant Fleming, de Martinville avait conçu le tourne-disques et Charles Cros construit le premier enregistreur avant Edison, Clément Ader fut le premier à décoller du sol dans un appareil, treize ans avant les frères Wright), la déformation de la représentation du monde (la tendance à ne consulter que des études anglo-américaines ou inspirées par elles offre une image des réalités chinoise, japonaise, indienne, etc. tronquée, surtout quand aucun auteur autochtone n’est sollicité), la mainmise anglo-saxonne sur l’édition scientifique, le «pillage et la marginalisation de la recherche non anglo-saxonne» (comme le prouve l’affaire Montagnier/ Gallo sur le virus du sida), la monopolisation du savoir par les Anglo-Américains, qui décident pratiquement seuls de ce qui doit être retenu, publié et utilisé (et qui en retirent les fruits commerciaux), l’endoctrinement des esprits et l’uniformisation de la pensée.

Comment se réapproprier la pensée scientifique Le premier remède à appliquer, suggère Durand, est de bon sens : que les chercheurs travaillent et communiquent dans leur langue maternelle. Il faut pour cela, bien entendu, l’appui de l’Etat et des institutions de recherche, lesquels doivent financer et favoriser des publications de haute qualité dans les langues utilisées par les chercheurs. Le deuxième remède consiste en une modification profonde

du brevetage. Face aux chercheurs américains pour qui le coût d’un brevet est relativement modique, le chercheur européen doit s’acquitter d’une somme faramineuse. L’aberration va jusqu’à devoir abandonner un brevet en cours de route (c’est arrivé à l’Université de Caen, il y a quelques années), faute de moyens financiers, brevet aussitôt repris par les Américains et exploité par eux. Enfin, il s’agit, d’une part, de remettre en vigueur les traductions d’articles et de conférences scientifiques, et, d’autre part, d’encourager le multilinguisme. Saisir la teneur d’un discours dans une langue étrangère est plus facile que d’en tenir un dans une langue qui n’est pas la sienne. Les chances que ces deux initiatives voient le jour sont malheureusement réduites. D’abord à cause du travail de sape de l’Union européenne, appliquée à faire de l’Europe, à tous les niveaux, un satellite des Etats-Unis. Ensuite parce que les autorités politiques des pays européens ont toutes été formées dans le moule de cette satellisation. Ce qui fait dire à Durand que les nations européennes sont peut-être irrémédiablement engagées dans une «régression évolutive» dont elles n’ont ni le courage ni la volonté de se sortir. Michel Bugnon-Mordant Dr en langue et littérature anglaises Président de l’Académie suisse de géopolitique4

4

www.realites-geopolitiques.com


DARWIN n’a pas tué Dieu Daniel Mange Prof. d'informatique

Les créationnistes sont catégoriques : la Terre a été créée en six jours, et avec elle toutes les créatures vivantes. La preuve, irréfutable, réside dans un texte, la Genèse de l’Ancien Testament. L’exégèse du même livre conduit l’archevêque James Ussher (1581-1656), du Trinity College de Dublin, à dater la création du monde au soir du 26 octobre 4004 avant Jésus-Christ 1.

patiente évolution jusqu’à l’émergence de l’ Homo sapiens sapiens . L’arbre généalogique des espèces nous relie à tous les organismes vivants, et nous fait pleinement participer à l’unité de la création. La moindre bactérie, la mousse la plus microscopique est notre cousine.

P

E

çable de la science. Cette méthode peut aussi détecter la fraude : le fantomatique Archaeoraptor, fossile capital qui devait constituer le chaînon manquant entre les dinosaures et les oiseaux, a été récemment démasqué... par des scientifiques 2. n tant qu’ingénieur, je vis, je perçois et je fonctionne dans un monde physique, obéissant aux lois de la nature, recensées et codifiées par la science : c’est un monde de raison, où les expériences acquises me permettent de survivre et, dans une modeste mesure, de façonner l’avenir. La réalité scientifique englobe la thèse de l’apparition de la vie, il y a trois milliards d’années, et de sa

E

N

ous avons dès lors deux visions de la création : d’un côté, l’acceptation sans réserve d’un texte sacré, une certitude absolue, un dogme ; de l’autre, une explication partielle, une théorie sans cesse changeante et revisitée, un doute lancinant. La méthode scientifique, cette quête patiente et laborieuse de la vérité, reste à ce jour le seul moyen de faire partager par toute la communauté des humains un même langage. L’analyse objective des faits, la description de leur enchaînement et de leur interaction sous la forme d’un modèle, la confrontation permanente de ce modèle à de nouveaux faits pour l’amender, l’affiner ou même l’abandonner, est l’outil irrempla-

Daniel Mange Collection Le savoir suisse

PLAN RAIL 2050 Plaidoyer pour la vitesse Rail 2000, plébiscité en 1987, constitue le grand projet de rénovation du réseau ferroviaire

n tant qu’être humain, j’ai accès, au plus profond de mon cerveau, à des intuitions, à des visions, à des représentations subjectives du monde qui m’entoure. La foi reste pour moi cet acte privé, intime, qui me permet d’accéder à une autre vérité, celle du sens que je donne à l’Univers. Cet acte est indémontrable, il est au-delà de la science et de sa méthode. Mais il n’exclut, ni ne contredit le message scientifique.

a foi peut cohabiter avec la théorie de l’évolution ; Darwin n’a décidément pas tué Dieu.

L 1

2

P.-Y. Frei, A. Duplan / Six mille bougies pour une Terre biblique, L’Hebdo, 24 octobre 1996, pp. 90-93. A. Vos / Ailes de poulet et cuisses de dinosaure, Le Temps, 3 avril 2001.

suisse. Ce livre, fruit du travail d’un groupe de spécialistes, propose ici un nouvel objectif d’envergure : intégrer enfin la Suisse dans le réseau européen à grande vitesse par deux corridors Ouest-Est et Nord-Sud, qui rapprocheront du même coup toutes les régions du pays. Tandis qu’on perce dans l’orientation Nord-Sud deux tunnels de base sous les Alpes (Lötschberg et Gothard), le corridor Ouest-Est vieillit. Tous les projets sur cet axe, des années 1960 à ce jour, sont décrits dans cet ouvrage, de la France voisine au sud de l’Allemagne via Genève, Lausanne, Berne, Bâle, Zurich et Saint-Gall. Trois étapes sont proposées pour bâtir le réseau ferroviaire de demain. La première, dénommée CADENCE, met en œuvre l’horaire rythmé à l’heure. La deuxième, FRÉQUENCE, vise à lancer un train chaque quart d’heure. Enfin la troisième, VITESSE, abrège le temps entre les métropoles. Dans le Plan Rail 2050, ces trois efforts se combinent en une véritable stratégie, qui prend en compte le trafic régional et unit la Suisse. Par la grande vitesse, trop longtemps négligée, on recrée d’excellentes communications avec les pays voisins.

19

P RI S E D E C O N S C I EN C E

our l’armée de scientifiques qui, tels des détectives, interrogent les couches géologiques, datent les fossiles, décodent le génome et reconstituent la filiation des espèces, l’enquête se poursuit et la lumière se fait peu à peu. Tous les indices convergent : le premier organisme vivant, notre ancêtre commun unique, est apparu il y a trois milliards d’années, quelque part sur cette Terre. L’autoréplication – la capacité de générer un double de soi – distingue définitivement cet organisme du monde minéral : il peut engendrer une descendance. Le mécanisme de réplication, imparfait, produit des copies altérées, légèrement différentes de l’original : seules survivront, et se reproduiront à leur tour, celles qui sont adaptées à leur environnement. Le processus de l’évolution des espèces démarre.


DEPUIS 1912, l’alimentaire une affaire de famille Samuel Barbey Directeur

Construire un team de direction dans une entreprise familiale pilotée par la quatrième génération, c’est un cas d’école. A l’heure du hi-tech et des IT, la clientèle est toujours plus exigeante. Si les habitudes changent, le plaisir de manger demeure. Il est essentiel de savoir évaluer les nouvelles habitudes pour les accompagner sans trahir son métier ni la qualité des produits. Dans cet art, Barbey SA est une signature. Dans le domaine culinaire les attentes sont grandes. On sait que la part du budget consacrée à l’alimentation a fortement diminué en 30 ans. Barbey SA est dans le créneau difficile de la restauration rapide. Un secteur exigeant : les produits doivent être beaux, bons, bon marché, pratiques et substantiels. Un défi qu’il est impossible de relever à la maison.

N AT UR E & T R A D I T I O N

L’histoire a débuté dans une boucherie de village. La clientèle était déjà courtisée par une concurrence vivante. La voiture et les grandes surfaces imposaient le changement. Dès les années huitante le choix des produits évoluait. En 1985, le virage était pris, Barbey SA se lançait dans la préparation de produits prêts à consommer. Cette décision stratégique s’est avérée excellente. Aujourd’hui, c’est huitante personnes qui apprêtent plus de cent produits déclinés dans plusieurs variétés avec des compositions et recettes subtiles et étonnantes. Avez-vous déjà goûté un sandwich à la Tête de Moine AOC ?

20

Barbey SA a ses propres marques mais les clients achètent avec les yeux. Aussi la recherche et le développement sontils importants. Pour l’instant, la troisième génération a gardé la main sur ce département. L’expérience, le savoir-faire et l’approche du consommateur ne s’apprennent pas dans les livres. C’est la capitalisation de 100 ans de passion. Le 90 % de la production est diffusée sous des marques de distributeurs. Les plus grands noms du marché suisse font confiance à cette entreprise familiale. Imaginez la qualité et le niveau de service qu’il faut garantir pour approvisionner Migros, Denner, Globus, Manor, Aldi, PAM, Spar, Aligro, Casino. Plus de trente distributeurs, revendeurs couvrent le territoire national et sont de fidèles partenaires-clients.

Samuel Barbey assure la direction générale. Avec sa famille, il adapte constamment le profil de la société. Sur plus de 2’500 m2, la production est à l’aise. Les flux de travail sont performants, tout est sur un niveau. Les locaux sont clairs, agréables et pratiques. On connaît l’importance de la qualité des équipements dans l’alimentaire. Certification ISO 9001, contrôles, traçabilité, sécurité et hygiène sont le credo quotidien.

à 6°. Le conditionnement se fait sans agent conservateur mais sous atmosphère contrôlée. La logistique est confiée à un spécialiste des transports ainsi Barbey SA se concentre sur son travail. Fin 2010, un million sera investi dans la construction d’une boulangerie interne, avec quinze postes de travail, pour améliorer encore les lignes de production.

Depuis 5 ans, le chiffre d’affaires progresse de 5 à 8 % par an. Ce succès est dû essentiellement à l’innovation et à la création de nouveaux produits. La flexibilité de service est aussi un point fort comme la capacité d’adapter les recettes aux profils des distributeurs.

Réflexion La production est un ensemble de tâches simples qui peuvent être confiées à des personnes bien encadrées. Il faut former les employées qui n’ont pas de CFC. C’est une grande charge et responsabilité mais c’est aussi un plaisir de voir comment des femmes motivées se créent ainsi un travail.

La devise de l’entreprise

Innovation dans le respect de la tradition culinaire, plaisir, confort et bien-être dans votre alimentation

Les locaux sont sous contrôle permanent. L’air est climatisé, filtré. La température du secteur production est à 7°, les frigos sont à 4°, l’expédition

Barbey SA • Z.I. Les Loveresses n°1 C.P. 37 • CH-1523 Granges-près-Marnand

www.barbeysa.ch


LA LANGUE DE BOIS langage universel

Quelques conseils utiles : • Commencez par une réflexion philosophique sur le sens de la vie en utilisant quelques citations connues. Vous précisez que c’est votre vision du moment. • Introduisez le sujet en confessant que vous n’êtes pas le spécialiste de la question mais trouvez au moins un élément fort et vrai qui suffira à démontrer que vous êtes à la hauteur et crédible. • Déclarez que devant un tel auditoire de connaisseurs, vous passez sur les éléments techniques, les chiffres, pour souligner un aspect important qui est souvent oublié et vous enchaînez avec une chose que tout le monde connaît. Votre auditoire sera content de son propre savoir. • Pour la conclusion trouvez une boutade «Le sage sait qu’il ne sait rien» ou posez une question embarrassante à votre auditoire.

!!? e... é t n e : i r r o u o n p stio 106 e g e d é t i l ... flexibi Pour le corps du sujet, truffez votre discours d’expressions savantes que vous créez à l’aide du tableau suivant :

Source 1

Source 2

Source 3

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9

0 1 2 3 4 5 6 7 8 9

structure flexibilité disponibilité tendance éventualité conception phase évolution potentialité contingence

de gestion d’organisation d’identification de régénération de coalition de fluctuation de transition de croissance de formation d’interprétation

concertée intégrée permanente systématique progressive fonctionnelle orientée restrictive qualifiée ambivalente

Comment utiliser cet outil ? C’est très simple. Vous prenez, au hasard, un nombre de trois chiffres et vous cherchez la réponse dans les sources proposées. Vous aurez une expression qui ne veut rien dire et vous la placez dans vos propos. Répétez plusieurs fois l’opération. Aucun auditeur, ou lecteur ne comprendra votre expression mais personne n’osera le dire par crainte de paraître idiot. 527

=

... conception d’identification restrictive ...

834

=

... potentialité de régénération progressive ...

976

=

... contingence de croissance orientée ...

595

=

... conception d’interprétation fonctionnelle ...

Sans le savoir, les politiciens utilisent déjà cette formule. A l’heure des mots à la mode, tout est possible. Ajoutez un zeste de systémique, de problématique, de paradigme et autres algorithmes et c’est gagné. N’oubliez pas une «approche visionnaire à 360°». Relevez ce «challenge», c’est tout de même plus fort qu’un défi. IRO + sources inconnues

21

C O N S EI LS

Mettez du génie dans vos discours. Devez-vous présenter un exposé, prononcer une allocution, prendre la parole sur un sujet qui n’est pas votre point fort ? Il est bon de préparer quelques effets pour étonner votre auditoire.


VOTRE ENTRÉE au Salon 2011 Si vous ne connaissez pas encore le Salon international des inventions le plus important au monde, il est temps d’imprimer, chez vous, votre billet à prix de faveur. Vous allez sur le site www.ean-pyramide.ch et vous imprimez pour vous et vos amis vos bons de réduction.

Jean-Luc Vincent Président et fondateur du Salon International des Inventions de Genève. La première édition a eu lieu en 1972 déjà.

l’occasion de se confronter à de nouvelles techniques et peut-être d’anticiper afin de produire une invention qui lui permettra de développer son activité. C’est aussi l’occasion de rencontrer des agents en brevets, des délégations étrangères pour nouer des partenariats ou des preneurs et vendeurs de licences. La foire aux idées, la foire aux nouveautés, la foire aux bonnes affaires. En période de changement, il faut savoir accompagner le changement, anticiper pour gagner. Votre premier gain : un billet à prix de faveur sur www.ean-pyramide.ch.

Plus de 10’000 m2 d’exposition pour un millier d’inventions en provenance de plus de soixante pays, avec la présence de six cent inventeurs passionnés, font un terrain propice à la découverte de nouvelles opportunités d’affaires. Pour un artisan, un chef d’entreprise, c’est aussi

6 -10 avril 2011

2011, comme une évidence ! Pour la 7e édition de la Place des affaires et de la franchise, imprimez maintenant votre carton d’invitation afin de noter cet événement incontournable qui se déroule à Palexpo, à Genève dans la Halle 7.

w w w.e

- ww w.r aa. UR G SA - FRI BO

ENC Y RO YA L AG

S A LO N S / E XP O S

treprises, a pour vocation de favoriser le dialogue, la convivialité et l’action en faveur de l’économie. C’est un club d’affaires. De Genève, ses contacts et ramifications s’étendent sur les deux rives du lac Léman, le canton de Vaud et la France voisine. C’est plus de mille membres qui partagent sa philosophie en faveur d’une économie durable au service du rayonnement régional.

! A GOGidO e. ch BONS an -pyr am

ch

Le CDE, Cercle des dirigeants d’en-

Sa présidente, madame Enza Testa Haegi, dirige sans s’imposer ce bataillon de chefs d’entreprises, de cadres d’institutions et de responsables d’administration.

22

Sa recette, outre un savoir-être exceptionnel, tient en trois mots : compétences, efficacité et sourire.

Du lundi 31 janvier, réservé aux exposants et à leurs amis, et jusqu’au 4 février, sur cinq jours, la Halle 7 s’anime, vibre avec un esprit de coopération qui relie les participants, les visiteurs, les autorités dans un climat positif, optimiste et contagieux.

Imprimez votre carton d’invitation sur www.ean-pyramide.ch et venez découvrir l’esprit de Genève, la ville internationale, étonnante et accueillante. Cette cité est un pilier de la culture francophone et c’est le meilleur profil de la Suisse.


NEWCOM.CH

               

       

www.loro.ch


A < B ? ; 2 G 9 2 1 < @ ¡

@ A. ; 1 . ? 1 6 @ .A 6 < ; ?Ă&#x17D; M>U K ) OĂ&#x17D; Ă&#x17D;  "   M>U "<N)

K@PB@JOM>U5MÂąNJGPH@IO@S>GPNDQ@)

))

3-4 ĂŠditions annuelles N 0 22 / 2010

IROmag, C.P. 1303 CH - 1701 Fribourg

TĂŠl. +41(0)26 476 60 49 Fax +41(0)26 476 60 50

9 .

IROmagazine N°22  

Revue de l'invention et de l'innovation en Romandie

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you