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08 Journal d’Etudiant(e)s en Science Politique et Relations Internationales

DOSSIER

NKOSI SIKELEL’ iAFRIKA


SOMMAIRE INTERNATIONAL.ink – n°08 Mai 2010 Edité par l’Association des Etudiants en Science Politique et en Relations Internationales (AESPRI). Imprimé par l’atelier d’impression de l’Université de Genève Financé par la Commission de Gestion des Taxes Fixes (CGTF)

ÉDITORIAL

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RÉDACTION Coordinateurs Mateo Broillet, Mohamed Musadak Membres Adrià Budry Carbó, Aude Fellay, Aurélia Bernard, Benjamin Keller, Cindy Helfer, Claire Camblain, Damien Callegari, Fabien Kaufmann, Flurina Marugg, Lukas à Porta, Marie Nicolet, Matthieu Heiniger, Mélanie Escobar Vaudan, Michaël Wicki, Mouna Algelly, Raphael Roux, Romain Roustant, Sophie Fellay, Victoria Barras, Youri Hanne Graphiste Thomas Betschart Illustrateur Mathieu Heiniger

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Photo de la page de titre Emile Germiquet Photos Dossier Emile Germiquet Site web www.aespri.ch/journal

Et venez visiter notre magnifique blog http://international-ink.blogspot.com

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ÉDITORIAL • Un peu de raison... PORTRAIT • Profil de Robert Kolb DOSSIER : AFRIQUE DU SUD : NKOSI SIKELEL’ IAFRIKA • Nkosi sikelel’ iafrika • Mariage gay : quand l’Afrique du Sud • nous donne le droit de rêver • Discrimination positive en Afrique du • Sud : un oxymore efficace ? • Résonnance • Quand l’or sud-africain avait plus de • valeur que les droits de l’homme… • Le Lesotho, un haut pays riche en eau • Invictus • Quand les journalistes et les politiciens • jouent au... football • Street opinions... ou micro-trottoir • Pages Z’inédites Zidane ZOOM : WORLD PRESS PHOTO • Mise au point • Le World Press Photo en quelques cli• chés marquants • L’humanité en guerre, VIE UNIVERSITAIRE • Impressions croisées sur l’Assemblée de • l’Université • Le BARI victime d’un réalisme hégémo• nique ? • « Economie politique générale », la faille • non maîtrisée

UN PEU DE RAISON... Le numéro passé, chers lecteurs, nous vous parlions de l’image de la Suisse. L’image. Une problématique générale, un souci de tous les jours… Soigner l’image ou n’en être qu’une parmi tant d’autres, telle est la question. Certaines associations d’étudiants, si elles ne se la posent pas déjà, devraient songer à le faire. Entendez par « associations » les véritables syndicats d’étudiants, les « dures », « les vraies », les « tatouées » politiquement et non pas ces ridicules cercles d’étudiants carriéristes, ces consortiums de « beaux-amis » que Maupassant n’aurait pas renié et qui foisonnent dans notre illustre université. Parmi les authentiques associations, les syndicats autoproclamés, se trouvent la CUAE et l’AESPRI qui nous intéressent, en tant qu’étudiants en sciences po et relations internationales, tout particulièrement. L’une, faîtière, ne prend que trop rarement, entres vociférations bruyantes et actions cinglantes, la peine de se préoccuper de sa piètre image, lui préférant largement une isolation satisfaisante. L’autre, la notre, peine encore à « communiquer » sur ses récentes réussites comme le réaménagement du plan d’études ou le passage à 100% de Mme Gonzalez qu’elle juge presque anecdotiques et insuffisantes. D’aucuns, sévères, estiment que ces associations ont élevé la contestation au rang de religion, que le conflit leur est devenu une passion et qu’elles prennent les tâches à l’envers, privilégiant toujours l’action à la négociation. D’autres, indulgents, pensent que le vacarme qu’on leur suppose n’est que le cri d’alerte qui tente désespérément d’arrêter une libéralisation inexorable, rampante, maquisarde de l’université. L’AESPRI et la CUAE souffriraient-elles du syndrome de Cassandre ? Face à elles, une masse d’étudiants amorphes, obéissants et préoccupés seulement par leur propre sort, indignés de ne pas avoir de master consécutif à leur bachelor mais ne tentant rien pour y remédier et qui pourtant ont la critique prompte et acerbe envers ceux-là même qui essaient. Au loin, du haut de leurs chaires, se tiennent les membres du corps enseignant et le rectorat, engoncés dans leurs cravates de convictions et de savoirs que cer-

REMPLISSAGE • Parce que l’inutile a son importance…

tains étudiants obséquieux confondent avec celle d’un notaire. Ils observent d’un regard distant, parfois amusés,

PAGES URBAINES • Quartier de la Jonction • L’humeur d’un jour • La goulache culturelle (Agenda) • Le Bouquin

souffrant de parler de « génération sacrifiée » pour expliquer les incohérences imbriaques d’un plan d’études qui

parfois agacés, les jacassements des petits riens que nous sommes. Trouvant que parfois on « exagère » et ne

change radicalement d’une année à une autre. Le véritable défi de l’assemblée universitaire sera de rendre harmonieuse cette cacophonie lassante et improductive, de rendre à l’université son identité, d’en refaire un lieu d’émulations d’idées, de retrouver le souci de créer des synergies en bonne intelligence. Malheureusement, la seule question qu’on se pose est de savoir si le débat sera sourd ou malentendant alors que pour rendre désuète cette interrogation, il suffirait d’être raisonnable…

Une réaction, un commentaire ou envie de rejoindre la rédaction ? Contacte-nous à

Mohamed Musadak

international.ink0@gmail.com 2

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PORTRAIT

PORTRAIT

« Je vous le dis, maintenant. Vous dormirez ainsi sur vos deux oreilles, sans vous poser éternellement la question. Je mesure 2m04. Voilà, c’est dit. » Le semestre de droit international public peut donc commencer dans l’auditoire du professeur Kolb. Robert Kolb c’est d’abord un style unique. Il fait partie de ces enseignants qui habitent leur matière, la transmettent avec passion, et savent capter votre attention par la seule force de leur éloquence, sans faire usage des « concurrents » que sont pour lui présentation powerpoint et rétroprojecteur. En relisant vos notes de cours, pas de digressions ou autres pirouettes académiques risquant de vous égarer dans la matière complexe. Le professeur Kolb suscite à la fois crainte et admiration. Si l’on spécule sur sa réputation d’exigence et sur le niveau insurmontable de ses examens, on croit savoir qu’il a travaillé à l’ONU et au CICR, et que les livres qu’il a écrits rempliraient à eux seuls un rayon de librairie. Passé la porte de son bureau, on retrouve l’éloquence du professeur, et l’on découvre, également hors du contexte d’un cours, un interlocuteur engageant et enthousiaste. Bien que tout le prédestinaient dès son enfance aux affaires internationales – sa mère était à sa naissance en poste dans le service diplomatique grec à Rome – le choix du droit, et plus tard du droit international, est pour lui lié à une véritable philosophie de vie. Son amour pour la logique et la force du raisonnement l’a d’abord poussé à s’intéresser aux mathématiques – qu’il pratique encore aujourd’hui de temps en temps pour son loisir –, avant de se décider pour le droit. Il trouve d’ailleurs de nombreux points communs entre ces deux matières, notamment dans leur recherche de l’équilibre et leur but, la résolution de problèmes concrets. Le droit l’a séduit par le dialogue qu’il propose entre l’être et le devoir être, la théorie et la diversité infinie des faits, qui le fascine. Nulle autre discipline n’analyse à ce point la réalité d’une manière empirique autant que normative. La passion du droit international s’est éveillée en lui lors de sa première année à HEI, entre 1991 et 1992. Cette année fut l’une des plus heureuses de sa vie et marquera la suite de sa carrière. Il découvre un ordre juridique fragile, « qui a particulièrement besoin de la sollicitude 4

d’esprits bienveillants ». C’est ce qui le pousse à s’y consacrer entièrement. Il sera dès lors mû par une volonté visible d’avoir une connaissance du domaine aussi complète que possible. Il est pour lui inconcevable de l’appréhender sans tenter à en voir toutes les facettes. Ainsi, et même s’il n’a jamais quitté le cadre académique, il multiplie les expériences. Pour élargir son horizon, il étudie pendant une année le droit de la mer et la pratique du droit anglo-saxon à Londres. Le CICR, le DFAE et d’autres requièrent ses services en tant que consultant. Plus tard, intégrer le groupe de juristes de l’armée suisse lui permet de côtoyer des militaires de terrain et comprendre comment le droit humanitaire est vu de l’autre côté du miroir, par ceux qui le pratiquent concrètement. Une idée en tête : ne pas franchir les limites de l’irréaliste, du fantasme théorique. Robert Kolb perçoit l’enseignement comme un partage de connaissances, qui doit passer par un don total de sa propre personne. Lorsqu’il enseigne, il se sent 100 % à lui-même, sans aucune hypocrisie. En dehors du cadre des cours, il est amené à plus de réserve, que ce soit lors d’une discussion sur le droit international, où il s’agit de doser judicieusement idées et arguments, ou dans son travail au sein de l’Université. Les lacunes et complexités parfois absurdes du cadre institutionnel de notre établissement l’irritent d’ailleurs grandement. Il prêche d’abord pour une « débolognisation », et se plaint des résultats « en dépit du bon sens » que provoque le découpage des cours et des attributions de crédits non harmonisées et parfois absurdes. La bureaucratisation et la centralisation du fonctionnement de l’Université représentent également à ses yeux un danger : les membres des facultés font face à de plus en plus d’obstacles techniques et perdent peu à peu leur liberté de régler eux-mêmes des questions les concernant directement. A terme, le professeur craint même pour la sacrosainte liberté académique. Sur un autre plan, l’uniformisation et la scolarisation des études l’inquiètent. La liberté toujours plus réduite dans la conduite de leurs études va de pair pour les étudiants avec une certaine perte d’autonomie face au travail. En cette période de débat sur l’avenir de la filière des Relations Internationales à l’Université de Genève, la priorité est pour le professeur de faire face à l’explosion du nombre d’étudiants, qui ne peuvent plus être encadrés correctement. Il

Damien Callegari / Antoine Roth

faut mettre fin au raisonnement absurde d’« attirer plus de monde pour recevoir plus d’argent » et garantir la qualité de la formation par un meilleur encadrement et un nombre raisonnable d’étudiants par cours. La pérennité du BARI dépend également de la simplification de son organisation, aujourd’hui tiraillée entre trois facultés aux traditions parfois antagonistes. Membre de la Commission de direction du BARI, notre interlocuteur est souvent frustré par le faible pouvoir de décision de cet organe et par les entraves que représente le fait de jongler entre trois cultures facultaires différentes. Plus sera simplifié et abrégé son travail administratif, plus le professeur Kolb pourra se consacrer à sa passion, le développement et la diffusion auprès de la prochaine génération du droit international public qui a, comme il le dit si bien, tant besoin d’attention bienveillante.

Des écrivains qui l’inspirent Marcel Proust pour sa nuance et la capacité à capter les situations de la vie quotidienne Le Journal de Julien Green pour la propreté et la simplicité de l’Écriture.

(illustration : Matthieu Heiniger)

PROFIL DE ROBERT KOLB

Honoré de Ba l zac, Vic t or Hugo et Fyodor Dostoïevski pour leur puissance narrative Un événement auquel il aimerait assister Une éclipse totale visible depuis les hauteurs du Jura. Un cours dont il ne voyait pas l’utilité à l’époque, mais qui lui parait essentiel aujourd’hui Le droit fiscal. On ne se rend pas compte en tant qu’étudiant à quel point le fisc peut être vicieux. Une équipe de football Barcelone pour le jeu, Rome pour le cœur. Un plat favori Toutes sortes de salades à l’huile d’olive Un défi mathématique 9 puissance 9 de tête. 5


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NKOSI SIKELEL’ iAFRIKA Le 10 juin 2010 à Soweto au Soccer City Stadium, par une cérémonie d’ouverture tonitruante, débutera la phase finale de la Coupe du Monde de Football. Cette édition, organisée par l’Afrique du Sud, s’invite pour la première fois sur le continent africain. Cinquante ans après le début du processus de décolonisation, vingt ans après la libération de Nelson Mandela, ou un an seulement après l’investiture du président actuel Jacob Zuma... L’occasion est trop belle pour ne pas marquer le coup et ouvrir nos pages à un dossier sur l’Afrique du Sud. Si bientôt les caméras de la planète entière seront braquées sur la compétition sportive, en toile de fond, l’histoire singulière du pays hôte et sa marche récente ne manqueront pas de susciter autant de curiosités que de stéréotypes. L’Afrique du Sud ? Ah oui, ces terribles années d’Apartheid, la marche vers la liberté, « The Rainbow Nation », et tout ça... Finalement, quelle image avons-nous de l’Afrique du Sud ? Quel écart s’étend entre nos perceptions et la réalité ? Et qu’avons-nous à apprendre?

Matthieu Heiniger

Les matchs du mondial commencent toujours par les hymnes nationaux des équipes engagées. A ce titre, l’hymne sudafricain, Nkosi Sikelel’ iAfrika (Dieu bénit l’Afrique), est tout à fait particulier. En 1996, la nouvelle démocratie relève le défit d’associer un chant de protestation Xhosa anti-apartheid, hautement symbolique, avec l’ancien hymne, celui des afrikaaners, Die Stem Van Suid Afrika. S’y ajoutent trois autres strophes, en zoulou, en sotho et en anglais : un pari osé, celui de rapprocher des partis liés par une vieille relation de haine, de mépris ou d’indifférence. De nos jours encore, nulle autre nation ne possède un hymne chanté en cinq langues. Pourtant combien d’états au monde sont souverains d’un territoire composé de communautés distinctes... Comment entrevoir l’A frique du Sud aujourd’hui ? Par son hymne, justement, miroir d’un idéal absolu, peut-être impossible, de cœxistence pacifique, et par la complex ité d’u ne q uête pa rei l le. La réflexion que chacun peut mener, face à un défi, est universel. A défaut de ne

jamais le relever complètement, le gouvernement sud-africain tente, au quotidien, de trouver des solutions. Rassembler la population autour de l’organisation de la coupe du monde, un objectif hautement collectif, en fait partie.

« ...Sounds the call to come together, And united we shall stand, Let us live and strive for freedom, In South Africa our land. » (dernière strophe de l’hymne national sud-africain)

MARIAGE GAY : QUAND L’AFRIQUE DU SUD NOUS DONNE LE DROIT DE RÊVER Youri Hanne

Le 15 mai 2004, le Président de la FIFA, Joseph Sepp Blatter, divulguait à des millions d’amoureux du football le nom du pays organisateur de la Coupe du Monde 2010. Le continent noir attendait cela depuis des lustres et à force, il s’était surpris à rêver. Le pays de Nelson Mandela pouvait officiellement mettre tout en œuvre pour s’offrir, à lui-même mais aussi à l’Afrique entière, une opportunité de rapprocher les peuples. Il avait acquis le plaisir simple du sport et le droit de faire rêver à son tour. Deux ans et demi plus tard, le parlement sud-africain adoptait le Civil Union Bill qui allait permettre à deux personnes de même sexe de se marier, au même titre que les hétérosexuels. Une grande première en Afrique. C’est nécessairement sur fond d’amour mais aussi de bon sens et de tolérance que le changement voit peu à peu le jour dans un pays déchiré par l’apartheid et en quête d’une nouvelle identité. Au-delà de son histoire propre, l’Afrique du Sud nous propose une voie à suivre, en même temps qu’elle tente de trouver la sienne.

homosexuels dans la bouche d’un chef d’État ne sont pas ce qui peut arriver de pire à la communauté qui demande des droits. Quand le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, s’enorgueillit de lutter contre ceux qui sont « pires que des porcs et des chiens », on croit atteindre des sommets rhétoriques. Jacob Zuma, fraîchement élu à la présidence en Afrique du Sud, s’était quant à lui distingué le Jour de l’Héritage, en 2006, en qualifiant le mariage homosexuel de « disgrâce pour la nation et pour Dieu ». Après le tollé suscité, il s’est finalement excusé. Toujours est-il qu’une fois adoptée, la loi sud-africaine autorisant les couples homosexuels à se marier n’allait pas tout changer pour la communauté LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels, transsexuels). Encore moins dans une Afrique du Sud postapartheid toujours frappée par des problèmes sociaux et une violence ambiante.

« L’Afrique du Sud est le premier pays au monde à reconnaitre les droits des gays et lesbiennes dans sa Constitution. » Les lois n’adoucissent pas les mœurs Si le parlement sud-africain s’est montré largement convaincu pour voter la loi sur le mariage gay2, le tabou homosexuel semble avoir encore de beaux jours devant lui. Pour preuve, l’écrasante majorité de l’opinion publique, institutionnelle et surtout religieuse, alimente la controverse. L’Église catholique qualifie pour sa part l’acte homosexuel de « désordre ». Elle s’allie alors avec les institutions religieuses qui partagent son point de vue pour

Un pavé dans la mare L’Afrique du Sud est le premier pays au monde à reconnaitre les droits des gays et lesbiennes dans sa Constitution. Depuis 1996, le texte interdit toute forme de discrimination au motif de l’orientation sexuelle. Lors de la 50ème Conférence Nationale à Mafeking, le Congrès national africain (ANC) a même voté une résolution garantissant une égalité totale aux homosexuels en matière d’emploi, de droits de la famille et la protection des jeunes gays et lesbiennes, notamment sur le plan scolaire. A ce moment, le droit sud-africain fait déjà désordre sur le continent. Les pays africains considèrent, pour la majeure partie d’entre eux, que l’homosexualité est un crime. Ce crime conduit le plus souvent à une lourde peine d’emprisonnement. Au Nigeria par exemple, des mises à mort par lapidation sévissent depuis la mise en œuvre de la charia dans le Nord musulman. La mort attend officiellement les homosexuels dans 9 pays en tout, dont trois pays africains1. Chez les dirigeants des pays qui punissent l’homosexualité le plus sévèrement, les exemples d’animosité sont multiples. À tel point qu’on peut se demander si les injures à l’égard des 6

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DOSSIER former « Alliance pour le mariage » et promouvoir le mariage exclusivement hétérosexuel. Et son co-président Moss Nthlha de s’autoriser: « L’union de deux personnes du même sexe ne fait pas non plus partie de la culture africaine : cela déshonore la communauté, les ancêtres et néglige la procréation. Ce n’est pas bien, ce n’est pas africain ! ». L’homosexualité, un vice importé d’Europe ou d’ailleurs ? Vous jugerez par vous même la qualité analytique de l’ecclésiastique3. Pour ce qui est de la procréation, les millions de jeunes et moins jeunes africains sont des êtres humains comme les autres. Des fins différentes de celle de la procréation les poussent parfois à coucher, n’en déplaise au Pape. Enfin, réduire le mariage – fût-il gay – à l’acte sexuel, c’est déjà une absurdité en soi.

DOSSIER au jihad, au point d’en appeler au meurtre de neuf hommes condamnés en 2009 pour homosexualité dans le pays 5. Dans un tel contexte de haine, il importe sans doute bien peu aux jeunes homosexuels, qui songent éventuellement à faire leur coming-out, d’avoir le droit de se marier. En quoi cette opportunité représente-t-elle un progrès ?

1 Afghanistan, Arabie Saoudite, Emirats Arabes 1 Unis, Iran, Mauritanie, Nigéria, Pakistan, Soudan, 1 Yémen. 2 Le 14 novembre 2006, le parlement accepte la loi 2 autorisant le mariage homosexuel par 230 voix 2 contre 41. 3 Une récente étude britannique relayée sur le site 3 web du Courrier International montre que l’homo3 sexualité était amplement tolérée dans l’Afrique 3 pré-coloniale. Selon plusieurs anthropologues,

« À tous les niveaux de la société sud-africaine, il reste difficile de vivre ouvertement son homosexualité. »

3 c’est l’homophobie, jusqu’alors inexistante en 3 Afrique, que le colon a apportée à travers les 3 alité n’est pas une maladie pour l’OMS. 4 L’Afrique du Sud détient le plus fort taux de séro4 positifs au monde. Elle compte entre cinq et six 4 millions de porteurs du virus selon les estimati4 ons, ce qui représente au moins un sud-africain 4 sur dix. Le pays subit à lui seul 500’000 viols par

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Un arc-en-ciel à l’horizon C’est précisément parce qu’elle s’enracine dans un contexte nauséabond que la progression des droits homosexuels en Afrique du Sud est hautement symbolique. Le droit au mariage pour tous n’est pas une révolution en soi. Pas même une priorité, assurément. On ne hiérarchise pas les luttes, on les mène, jusqu’au bout. Parce qu’il est une maigre consolation, mais aussi un pied de nez magnifique à l’homophobie, où qu’elle s’exprime, le mariage gay est forcément légitime. Le pays de l’apartheid a trop connu le racisme, la violence et l’exclusion pour réitérer les erreurs du passé. Si elle se sent capable d’organiser la première Coupe du Monde de l’histoire africaine, c’est la preuve que l’Afrique du Sud a les épaules d’un leader. Le parallèle est pertinent. Au travers du football, la société partage l’instinctif et le fantasmatique. Avec cette loi, l’Afrique du Sud organise sa société au-delà de ses propres mœurs. Il serait bienvenu, pour cette fois au moins, de s’en inspirer. L’Afrique du Sud a de beaux projets. Ils se gagneront sur le terrain. Avant Nelson Mandela, elle était déjà multicolore. Elle se peint maintenant en arc-en ciel.

« Dans un tel contexte de haine, il importe sans doute bien peu aux jeunes homosexuels, qui songent éventuellement à faire leur coming-out, d’avoir le droit de se marier. »

Victoria Barras

Douze ans après l’instauration de la discrimination positive en Afrique du Sud, le bilan reste mitigé.

3 doctrines religieuses. Depuis 1992, l’homosexu-

4 an. Un homme sur quatre reconnaitrait avoir violé

A tous les niveaux de la société sud-africaine et a fortiori dans les townships, il reste difficile de vivre ouvertement son homosexualité. Or, les lois, si progressistes soient-elles, n’y peuvent rien. Parmi les violences faites aux lesbiennes, nous retiendrons d’abord les viols dits « correctifs » puisque, loin de constituer un phénomène marginal, cet acte met en exergue la bêtise et l’ignorance qui règnent encore en Afrique du Sud face à l’homosexualité. Le viol a pour but de « corriger » l’orientation sexuelle des lesbiennes; un moyen de leur « donner goût » aux rapports homme – femme. Ensuite, les victimes ont plusieurs alternatives: soit elles traineront jusqu’à la fin de leurs jours les graves séquelles de cette pratique initiatique, soit, lorsqu’elles ne sont pas assassinées, l’un des auteurs du viol aura peut-être la maladresse de les contaminer par le virus du SIDA4. C’est à peu près ce qui est arrivé à Eudy Simelane, ex-joueuse de football de l’équipe nationale sud-africaine, sauvagement violée et assassinée. Si l’homosexualité affichée de la jeune femme n’a pas été officiellement retenue par la justice comme étant le motif même du drame, le cas interpelle. Simelane était surtout connue du public pour être une fervente militante de la communauté gay dans son pays. Le cas est extrême, toujours est-il que différents rapports de la communauté internationale et des associations militantes déplorent que les victimes sont rarement prises au sérieux lorsqu’elles osent porter plainte. En Ouganda ou au Cameroun par exemple, la presse facilite le travail des « corrigeurs » puisqu’elle n’hésite pas à publier des listes d’homosexuels présumés. De la sorte, la foule est plus encline à déraper, comme lors du meurtre de Zoliswa Nkonyana, une sud-africaine lesbienne de 19 ans, assassinée en 2006, au Cap. Au Sénégal, des imams ont même cru devoir recourir

DISCRIMINATION POSITIVE EN AFRIQUE DU SUD : UN OXYMORE EFFICACE ?

4 une femme au moins une fois dans sa vie. 5 Tout Sénégalais ne propose évidemment pas la 5 même lecture de la devise nationale : « Un peuple, 5 Un but, Une foi ». Ni même du Coran qui, quoi qu’en 5 disent certains orateurs peu clairs, n’écrit pas 5 noir sur blanc que la mort est le châtiment qui 5 attend les « homosexuels ». L’histoire de Loth, 5 de Sodome et de Gomorrhe est bien plus com5 plexe que cela.

Jusqu’en 1994, l’Afrique du Sud vivait sous un régime excluant toute notion d’égalité. Pour que la situation évolue, il a fallut attendre Nelson Mandela, qui mena une lutte d’émancipation puis fut élu à la tête du pays. Progressivement, le gouvernement instaura un principe d’égalité entre communauté noire et blanche. Mais, insatisfait du résultat, il décida alors d’outrepasser ce principe, à travers l’idée et la pratique de la discrimination positive (ou « affirmative action » en anglais). Cette dernière, née dans les années soixante aux Etats-Unis, vise à rétablir l’égalité des chances en favorisant les groupes de personnes qui sont ou ont été systématiquement victimes de discriminations. Cela fait maintenant douze ans que cette politique a été instauré en Afrique du Sud. Quel bilan peut-on en tirer ? A-t-elle prouvée son efficacité ou est-ce encore une baguette magique utilisée par les politiciens afin de faire croire au peuple sud-africain que les inégalités ont disparues du paysage ? En 1998, quatre ans après la fin officielle de l’apartheid, le pays se dote d’une constitution plus égalitaire. Marque de ce changement, deux lois sont votées: l’« Employment Equity Act » suivie peu après par le « Based Black Economic Empowerment Act » (BBEE). La première loi peut être comparée à l’article huit de la constitution suisse, qui instaure l’égalité entre tous les êtres humains, y compris dans le domaine de la formation, de l’emploi et de la rémunération. L’« Employment Equity Act » n’implique rien de très novateur aux yeux d’un helvète. Il en va tout autrement de la BBEE. Cette seconde loi favorise la communauté noire, dont les membres deviennent de fait un peu plus égaux que les autres lorsqu’il s’agit d’être embauché ou de participer à l’économie du pays. De prime abord, cela peut paraître assez légitime si l’on considère le retard accumulé et la nécessité de le combler. Le but de cette loi est, entre autre, de : “ Promoting economic transformation in order to enable meaningful participation of black people in the economy ” ou encore “ Achieving

a substantial change in the racial composition of ownership and management structures and in the skilled occupations of existing and new enterprises ”1. En pratique, le gouvernement avait pour objectif de redistribuer 30 % des terres aux Noirs d’ici à 2014, entreprise abandonnée récemment, tant l’échec est cuisant. « Actuellement, 90 % des fermes restituées à des paysans noirs ne sont plus productives. » 2 Si l’on considère les inégalités en générale, l’Afrique du Sud a un indice de Gini de 0.578 3. Ce cœfficient mesure l’inégalité des revenues dans un pays : le chiffre 0 représente une égalité parfaite (tous les revenues sont équivalents) et le chiffre 1 une inégalité totale (une seule personne s’accapare la totalité des revenues). En Allemagne, par exemple, il est de 0.283. Les revenus y sont donc deux fois mieux répartis qu’en Afrique du Sud. Bien que cet indice mette en avant les disparités au sein de la population, il ne montre rien concernant les disparités Noirs / Blancs. Malheureusement, elles n’en sont pas moins criantes malgré les vingt ans écoulés depuis la libération de Mandela. Certes, une classe moyenne noire, surnommée “ diamants noirs ” a émergé ces dernières années. Mais alors que le revenu mensuel moyen des Blancs s’est apprécié de 83,5 % depuis 1994, celui des Noirs n’a augmenté que de 37,3 % durant la même période4. De quoi se questionner quant à l’efficacité de la BBEE. Mais alors finalement, à qui profite vraiment cette loi ? Peut-être à des personnalités comme Julius Malema, président du mouvement jeune de l’African National Congress (ANC). Sans qualifications réelles, il mène aujourd’hui un train de vie fastueux, ce qui lui vaut d’être accusé de corruption. De plus, bon nombre de contrats étatiques ont été récupérés par des entreprises avec lesquelles il entretient des liens étroits. Alors dans ce cas, oui, la BBEE est respectée puisque ces transactions ont lieu entre l’Etat et la communauté Noire, ce qui la fait participer davantage à l’économie. Mais si cela doit privilégier un même cercle d’amis lié au pouvoir et ceci peut-être pour plusieurs générations, il serait peut-être temps d’inventer un « Based Poor Economic

Empowerment Act » qui obligerait le gouvernement à conclure des contrats avec les 26 % de la population, dont 61 % de Noirs, qui vit au dessous du seuil international de pauvreté (1.25 $ par jour) 5. Puis peutêtre un « Based HIV Economic Empowerment Act », qui concernerait les personnes atteintes de ladite maladie. Finalement, au lieu de promulguer de nouvelles lois, ne serait-il pas plus judicieux de s’attaquer au problème dans sa globalité plutôt que de se focaliser uniquement sur l’aspect économique qui représente un des maillons final dans la chaîne de la discrimination. A l’autre opposé de cette dernière, le gouvernement pourrait s’attaquer aux inégalités dans le domaine de la santé, sachant que seul 15 % de la population noire à accès aux soins médicaux contre 78 % chez les Blancs. Ou dans l’amélioration de l’accès aux installations « modernes » pour les 69 % des foyers noirs ne bénéficiant pas de l’électricité alors que seul 2 % des ménages blancs sont soumis au même régime 6 . Et si les prestations menant à une vie plus agréable s’améliorent pour toute la population, il n’y aura probablement plus lieu de se préoccuper de discrimination, qu’elle soit positive ou pas.

1 government gazette, 9 janvier 2004, no 25899 2 Ministre du développement rural, Gugile Nkwinti, 2 Le Temps 18 mars 2010 3 http://www.statistiques-mondiales.com/gini.htm 4 http://info.rsr.ch/fr/news/Les_inegalites_perdu4 rent_en_Afrique_du_Sud.html?siteSect=2010&si 4 d=11795029&cKey=1265918275000 5 http://www.unicef.org/french/infobycountry/ 5 southafrica_statistics.html 6 National Report on Social Development, http:// 6 www.sceren.fr/memoire/mandela/ecole-college/ 6 afrique_aujourdhui.htm

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DOSSIER

DOSSIER

RÉSONNANCE Un regard sur le processus de réconciliation du tout un peuple après le terrible régime de l’Apartheid : entre pardon et colère. 1993, je choisis cette année pour ouvrir mon article. 1993 en Afrique du Sud : une Constitution provisoire vient de naître, résultat des négociations entre le National Party1 et ses opposants, dont fait partie l’ANC2 de Nelson Mandela. Rapprochonsnous : guignons par-dessus l’épaule du rédacteur de ladite Constitution pour nous plonger dans la lecture de sa postface intitulée, National Unity and Reconciliation. C’est dans cette partie de la Constitution que nous trouvons les valeurs et les principes qui vont non seulement présider à la transition politique de l’Afrique du Sud vers une nouvelle démocratie, mais qui vont aussi inspirer la formation de la Commission vérité et réconciliation. Cette fois ça y est, le mot est écrit : la Commission vérité et réconciliation, tel sera le sujet du présent article. Si vous le voulez bien, faisons maintenant un bon de deux ans dans le temps pour assister à l’édiction de la Loi relative à la promotion de l’unité nationale et de la réconciliation ; loi appelant justement à la création d’une commission. 1995 toujours, Mr. Dullah Oman, Ministre de la Justice, déclare alors qu’une commission est un exercice nécessaire pour permettre aux Sud-africains de venir à bout de leur passé et de progresser dans la cause de la réconciliation.

1995 toujours, Mr. Dullah Oman, Ministre de la Justice, déclare alors qu’une commission est un exercice nécessaire pour permettre aux Sud-africains de venir à bout de leur passé et de progresser dans la cause de la réconciliation.

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Claire Camblain

Il est possible que vous ayez déjà entendu parler d’une de ces commissions car elles ne sont en aucun cas une idée nouvelle. Des pays d’Amérique latine tels que le Chili ou l’Argentine en ont eux aussi développé dans le but d’exposer et de condamner les violences perpétrées sous des régimes autoritaires. Ainsi, dans le cas précis de l’Afrique du Sud, la création de la Commission vérité et réconciliation faisait écho au régime de l’Apartheid et à ses violences. Son mandat consistait à la fois dans la révélation des violations majeures des droits de l’Homme en Afrique du Sud ayant eu lieu entre 1960 et 1993, mais aussi dans l’établissement des responsabilités des crimes commis, aussi bien au niveau étatique qu’au niveau individuel. La commission était formée par trois comités interconnectés : le comité d’amnistie, le comité des droits de l’homme, et le comité réhabilitation et réparation. Le point le plus important de cette commission provenait de son pouvoir d’amnistie, amnistie que seule la Commission sudafricaine a accordée jusqu’à présent. Les conditions d’amnistie étaient au nombre de trois : révéler toute la vérité, expliquer son acte par un objectif politique et enfin que la violation soit proportionnelle à cet objectif politique. Vérité et Réconciliation, telles sont les deux notions accompagnant la commission dans sa vaste entreprise, mais qui sont-elles réellement ? Premièrement, l’une des trois conditions de l’amnistie place la vérité au centre même du travail de la commission. Personne ne peut être amnistié si l’on considère qu’il n’a pas dit toute la vérité. Quel est le message contenu dans cette importance accordée à la mise en lumière de la réalité ? De manière générale, la vérité pose une base historique commune que l’individu peut interroger. De plus, l’établissement des faits, en rapprochant de la réalité crue de l’Apartheid, empêche certains de nier que tout cela s’est bel et bien passé. De façon plus individuelle, raconter sa vérité, son histoire, offre à la victime de pouvoir regagner un peu de sa dignité. Les défenseurs de la commission espéraient que la victime puisse ainsi avancer dans le cours de sa vie. Cependant, certains critiques de cette institution, et parmi eux, beaucoup de gens spécialisés dans l’aide psychologique, voyaient ces récits d’un mauvais œil, pensant que cela ne ferait que rouvrir des blessures et ne permettrait pas pour autant une cicatrisation. Un autre point personnel à considérer est la fin de l’ignorance dans laquelle étaient plongés les

individus : qu’est-il advenu de mon mari qui n’est jamais rentré de sa journée de travail ? Comment mon fils est-il mort en prison, s’est-il réellement jeté par la fenêtre ? Des réponses à ces interrogations donnent enfin la possibilité de commencer son deuil. D’autres critiques de la commission lui reprochent de montrer une vérité trompeuse parce qu’elle s’attache particulièrement à la violence extrême de l’Apartheid, et non pas à la violence plus insidieuse que représentent les violences vécues au jour le jour, tels que les déplacements forcés dans les townships. Je ne sais pas s’il faut véritablement prendre position ou non, mais j’aimerais ajouter que cette vérité découverte au travers d’une commission et non au travers d’un tribunal, émergeant des aveux des accusés et de leur confrontation avec les victimes, est une vérité historique et non processuelle, vérité voulue utile au bon fonctionnement d’une reconstruction de l’histoire du pays.

De façon plus individuelle, raconter sa vérité, son histoire, offre à la victime de pouvoir regagner un peu de sa dignité

L’Ubuntu, symbolise le pardon au-delà du naturel. L’Ubuntu est un lien qui nous unit tous les uns les autres : une résonnance. Ce qui se passe en soi résonne dans les autres. Ainsi, ce qui te nuit me nuit, et nuit à tout le monde. Selon l’idéologie de l’Ubuntu le seul moyen pour les victimes de recouvrer leur humanité, c’est donc de pardonner et de reconnaître l’humanité de leurs tortionnaires. Pour ma part, si je pouvais me prononcer, je trouve cette capacité de pardon d’une abnégation admirable, mais je ne me permettrais pas de juger un concept s’appliquant à une situation que je n’ai pas ressentie et vécue personnellement. Je soulignerais simplement que le succès a été mitigé : certains ont pu vivre une expérience profonde et accéder à une vérité qui n’aurait pas pu apparaître au cours d’un processus judiciaire ordinaire ; mais d’autres sont toujours rongés par la colère. En effet, l’amnistie pose le problème de la repentance : nombreux sont les coupables à ne pas s’être fait connaître, quand à ceux qui se sont présentés devant la commission, l’expression de leurs regrets n’a pas souvent été suffisante. L’amnistie pose un choix des plus délicat en demandant aux victimes d’accepter ce processus de pardon envers leurs tortionnaires, processus invoqué sur la base d’une unité nationale qui pour certains n’a jamais existé. Les individus en colère crient que

rien n’a changé, que la commission a eu l’effet d’une goutte d’eau dans l’océan, que la police reste toujours raciste et que des familles vivent encore dans l’ignorance. La différence des richesses persistant entre la population blanche et la population noire mérite que nous nous posions la question de savoir si l’on peut se réconcilier le ventre vide ? A mis ou ennemis de la Commission vérité et réconciliation, à vous de savoir si un tel choix est possible, ce qui me sem ble cependa nt év ident c’est que l’amertume et la douleur liées à c e s événement s dem a nderont bien plus que quelques années pour être apaisées.

1 Parti politique au gouvernement pendant la 1 période de l’Apartheid. 2 African National Congress

Sources • http://www.truthcommission.org

La différence des richesses persistant entre la population blanche et la population noire mérite que nous nous posions la question de savoir si l’on peut se réconcilier le ventre vide ?

• http://www.justice.gov.za/trc/report/ • finalreport/Volume%205.pdf • http://www.newsreel.org • http://www.trial-ch.org/fr/commis• sions-verite/afrique-du-sud.html • http://www.dhdi.free.fr/recherches/ • comptesrendus/archives/rap2-98.htm • •

http://base.d-p-h.info/fr/fiches/premierdph/fiche-premierdph-5581.html

In my coutry de John Boorman, 2003

Dans la Constitution de 1993 se trouvent les valeurs fondamentales de la Commission vérité et réconciliation, telles que l’interdiction de la vengeance au profit de la compréhension, l’interdiction de représailles au profit d’une réparation, et une avancée vers la reconstruction du tissu social et d’une unité nationale. Il me semble que l’on retrouve bien ces principes dans le concept de Réconciliation tel qu’il faut le comprendre dans la Constitution de Transition de 1993. La réconciliation est une nouvelle forme de communication. Les parties en conflit dépassent le mode d’actions-réactions pour établir un vrai dialogue. Là encore, le choix d’une commission à la place d’un tribunal peut être expliqué. Dans un tribunal le juge met fin au conflit de façon processuelle, sans pour autant qu’un dialogue puisse avoir lieu entre les deux parties concernées. Il a souvent été question de la Commission comme lieu d’application d’une justice réparatrice et non d’une justice rétributive qui privilégierait le châtiment aux excuses, aux réparations et à la vérité. La notion africaine traditionnelle d’Ubuntu illustre bien la notion de justice réparatrice. 11


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QUAND L’OR SUD-AFRICAIN AVAIT PLUS DE VALEUR QUE LES DROITS DE L’HOMME… Romain Roustant

Malgré son apparente pauvreté, l’Afrique du Sud renferme sous son sol de grandes richesses minières, dont en particulier le métal jaune tant convoité. Les grandes banques suisses le savent depuis longtemps, elles qui, tout au long du siècle dernier, ont su faire du commerce de l’or l’un de leurs principaux fonds de commerce... retour sur un sombre chapitre de l’histoire suisse, où neutralité rimait avec connivence avec l’apartheid.

Retour sur un sombre chapitre de l’histoire suisse, où neutralité rimait avec connivence avec l’apartheid L’Afrique du Sud a pendant tout le 20ème siècle été le premier producteur d’or au monde, avec une moyenne d’environ 300 tonnes par année. C’est un allié économique de poids pour notre petite Suisse qui, bien que son sous-sol n’en contienne que d’infimes traces, voit entrer sur son territoire plus de 1000 tonnes d’or nouvellement extraites chaque année selon les experts . Cette valeur refuge est d’ailleurs devenue le symbole de notre richesse nationale et de la fiabilité de notre monnaie. Avec une loi permissive sur la détention d’or ainsi qu’un système de ports francs « régulièrement dénoncés par Interpol pour leur implication dans divers trafics » (il en existe 16 en Suisse, dont 140’000 m2 d’entrepôts sont situés près de chez vous… à Genève, entre l’aéroport de Cointrin et la frontière française), la Suisse a su s’imposer comme une plaque tournante du commerce international de l’or. L’origine de ce succès à la sauce helvétique ? Elle est à chercher dans l’histoire des relations économiques qu’elle a longtemps entretenue avec l’Afrique du Sud. Suite aux pressions de l’opinion et du parlement, le Conseil fédéral mandata au début des années 2000 un programme national de recherche intitulé PNR 42+, ayant pour thème les relations entre la Suisse et l’Afrique du Sud entre 1848 et 1994. Le volet « Relations économiques » de ce 12

programme a donné lieu à un livre qui raconte en son préambule les conditions de travail auxquelles ont été confrontés les chercheurs. De sérieuses restrictions de temps et d’argent, pour commencer. Mais ce n’est pas tout : prétextant un risque de plaintes collectives contre les entreprises suisses, le gouvernement décida, contre toute attente et alors même que les chercheurs demandaient depuis 15 mois une ouverture progressive des archives non publiques, de refuser tout accès aux dossiers compris dans le délai de prescription de 30 ans. Pis, le gouvernement le fît passer, tout spécialement pour le PNR 42+, à 40 ans, ce qui constitua une première dans l’histoire suisse, et rendit la « recherche muselée », d’après les mots du président du PNR 42+ Georg Kreis. Quand aux archives sud-africaines, les autorités locales, probablement soucieuses « de ne rien entreprendre qui puisse échauder ou irriter [les milieux d’affaire helvétiques] », elles se montrèrent elles-aussi très peu coopératives. Or, pour ce type de recherches, « pas d’archives, pas d’histoire », déplorent les auteurs. En somme, les autorités fédérales ainsi que les banques ont tout entrepris pour empêcher le travail des chercheurs. Mais que ces investigations étaient-elles sur le point de dévoiler de si gênant ? Petite remontée dans le temps. 1956 : fondation à Zurich de la Swiss-South African Association (SSAA). Considérée au départ comme une chambre de commerce, cette organisation de défense d’intérêts privés a vu défiler dans ses rangs des membres particulièrement influents des milieux dirigeants de l’économie suisse. Bien que se réclamant d’une « stricte neutralité politique », son comportement fût d’après les chercheurs « tout sauf neutre dans le conflit entre droits de l’Homme et droits de l’entreprise ». Ainsi, en se justifiant par la conjonction nécessaire entre économie et politique (« Nous ne pouvons pas, sous prétexte que nous ne poursuivons pas de buts politiques, fermer les yeux sur les questions politiques qui influencent les relations économiques de l’Afrique du Sud avec […] la Suisse » ), ses membres osaient écrire sans vergogne dans les pages de leur bulletin interne : « La politique de l’apartheid du gouvernement est, dans ses

principes profonds, juste. La vie en voisinage de races différentes et de niveau de développement différent ne peut être assurée au mieux que par une certaine séparation ». Plus tard, en 1982, naîtra aussi l’Arbeitsgruppe Südliches Afrika (asa), présidée par un certain… Christophe Blocher. Cette organisation de lutte politique, bénéficiant de bons relais au parlement, fut créée en réaction au développement du mouvement anti-apartheid et avait comme objectif principal de corriger la « désinformation mondiale, au moins partiellement centralisée et souvent propagée de façon innocente, concernant l’Afrique australe ». Autrement dit, « à l’asa, on considérait Nelson Mandela comme un terroriste et Desmond Tutu comme un ecclésiastique suspect », dénonçaient déjà en 1999 les journalistes de Temps Présent. L’un des chercheurs résuma la situation par une « affinité, sur fond d’anti-communisme et de croyance en la supériorité de la race blanche, entre certains membres de l’élite helvétique et l’establishment sudafricain ». Durant la période qui sépare les créations de ces deux groupes d’intérêt, les entreprises suisses n’ont bien sûr cessé d’étendre leurs collaborations commerciales avec l’Afrique du Sud. C’est cette même période qui a vu le pays être progressivement mis au ban des nations, par la convention de l’ONU de 1973 qui fît de l’apartheid un crime contre l’humanité, puis par l’embargo international. Mais à Berne, on ne jugea pas bon d’appliquer cet embargo, et on préféra le contourner... On imagine d’ailleurs ce que les têtes pensantes de l’administration et des milieux d’affaires pouvaient bien se raconter entre elles : « - L’ONU introduit un plafonnement des exportations de capitaux, mais ne prend en compte que les montants inférieurs à 10 millions de francs… - Qu’à cela ne tienne ! On investira avec plein de petits crédits de 9.5 millions ! » Ou encore : « - Il y a un embargo sur les armes, mais qui ne s’applique pas au matériel de guerre fabriqué sous licence à l’étranger…

- Eh bien, il suffit de les faire faire en partie à l’étranger ! Ou mieux, de ne pas demander à Berne l’autorisation d’exporter ! » Et voilà ! Le tour était joué ! Facile, avec de telles marges de manœuvre… L’apartheid fût avant tout le résultat d’intérêts économiques, et a été maintenu pour cette raison. Pour le comprendre, il suffit d’analyser l’influence qu’elle avait sur l’économie du pays. Grâce à sa main d’œuvre noire, qui faisait partie des moins chères du monde pendant l’apartheid, l’Afrique du Sud pouvait extraire l’or à des prix défiant toute concurrence. En outre, les conditions d’extraction étaient horribles : « Pour mettre à jour cette mince couche d’or gisant à une profondeur allant jusqu’à plus de 3’500 mètres, le procédé est atroce et couteux. 500 mineurs chaque année sont tués dans des accidents sous terre���», explique Timothy Green. Gilles Labarthe ajoute de son côté : « Les mouvements syndicaux y sont interdits, ou vite réprimés » . Or, en raison de la configuration particulière des gisements aurifères (« une masse incalculable de minerai à faible teneur en or », dont « les récifs porteurs [...] plongeaient sous la terre, à un angle d’environ 25° »), seules les grandes compagnies – bénéficiant de capitaux et de connaissances technologiques élevées – étaient capables d’exploiter les mines alentours de Johannesburg en profondeur. Cela explique la présence de grands noms tels que Rothchild, Rhodes ou Oppenheimer. Le monde de l’or est une affaire de gros sous, où seuls peuvent régner les plus riches : la Suisse n’est donc pas en Afrique du Sud pour rien... Mais revenons-en au commerce de cet or. Les fameux gold swap, prêts gagés sur la production d’or, permirent aux entreprises suisses d’investir massivement sur l’or sud-africain. Puis, c’est avec la création du pool de l’or zurichois par l’UBS, le Crédit suisse et la SBS en 1968 que se concrétisa « l’âge d’or » des banques suisses en Afrique du Sud. Les subterfuges étaient nombreux pour permettre aux autorités helvétiques de continuer leur politique de collaboration en faveur du régime sudafricain, tout en cachant à la communauté internationale la masse des importations d’or en Suisse. L’exemple le plus marquant est la suppression de la mention « Afrique du sud », remplacée par une catégorie nouvelle, nommée « Rest of Europe ». Quant aux statistiques fédérales d’importation d’or par pays, elles étaient classées confidentielles. Grâce à cette politique, « dans les plus belles années, la place financière suisse [importait] à elle seule plus de 80 %

de la production totale du géant africain, avec un record à 805 tonnes en 1969 », commente Gilles Labarthe. C’est ainsi que « l’or devint rapidement la première ressource du gouvernement de Pretoria. » .

« Les subterfuges étaient nombreux pour permettre aux autorités helvétiques de continuer leur politique de collaboration en faveur du régime sud-africain, tout en cachant à la communauté internationale la masse des importations d’or en Suisse »

Par cette activité économique plus qu’intense, la Suisse permit donc au régime de Pretoria de se maintenir en place plus longtemps, de la même manière qu’elle avait fait fortune dans l’or en supportant le régime nazi pendant la seconde guerre mondiale. Dans les deux cas, on retrouve au cœur de la justification politique de la Suisse sa légendaire « neutralité ». Ce concept ambigu a eu dans l’exemple sudafricain l’avantage de pouvoir être utilisé tant par les milieux politiques, pour qui le terme semblait s’accommoder de la condamnation de l’apartheid, que par les milieux d’affaires, qui y voyaient de leur côté une justification aisée de leurs investissements et de leur commerce. Cette position conciliatrice de la Suisse officiel le, qui condamna moralement l’apartheid tout en refusant de s’associer aux sanctions, renforça « la confiance des dirigeants et des milieux d’affaires sudafricains en leurs partenaires suisses », d’après les dires d’un des chercheurs. C’est donc ainsi, en séparant savamment et pragmatiquement le geste de la parole, que notre célèbre neutralité servit de couverture idéologique à une collaboration aussi silencieuse qu’insupportable. Sources • Faute de place les notes de bas de page • et les sources ne pourront être consultée • que sur notre blog à l’adresse suivante : • http://international-ink.blogspot.com

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LE LESOTHO, UN HAUT PAYS RICHE EN EAU Aurélia Bernard

Le Lesotho, petit pays qui fait peu parler de lui sur la scène internationale, subsiste pourtant toujours au beau milieu de l’Afrique du Sud, accumulant des particularités. Le Lesotho qui est totalement enclavé au centre-est de l’Afrique du Sud, compte quelques 2 millions d’habitants répartis sur un territoire plus petit que la Belgique. Ses frontières sont naturellement établies entre de hauts plateaux volcaniques et l’Orange, fleuve qui traverse ensuite l’Afrique du Sud d’est en ouest. L’ensemble de son territoire montagneux (de 1’300 m à 3’000 m) lui vaut d’être le pays au monde le plus haut en altitude. Hors du temps, le Lesotho ne se laisse traverser qu’à cheval, seul vrai moyen de locomotion sur les petits sentiers de montagnes, ce pays étant quasiment dépourvu d’infrastructures routières.

L’ensemble de son territoire montagneux lui vaut d’être le pays au monde le plus haut en altitude Pourtant l’histoire du Lesotho, contrairement à sa superficie, est grande en remous politiques. Après avoir failli être colonisé par les Bœrs, des colons blancs originaires des Pays-Bas, et annexé par l’Afrique du Sud, il fût même parsemé de quelques pointes de dictatures dès le début de son indépendance gagnée à l’omniprésente puissance britannique. Par sa situation particulière, le Lesotho ne peut qu’avoir d’inévitables relations avec son grand voisin, qu’elles soient de l’ordre des tensions ou des accords. Dans les années 1970, le premier ministre catholique-conservateur Joseph Leabua Jonathan, soutenu au départ par la Grande Bretagne et l’Afrique du Sud, prit vite le contrôle du gouvernement. Il enclencha la suspension de la Constitution et du Parlement, pendant que le roi était exilé aux Pays-Bas et l’opposition sévèrement réprimée. Jonathan s’affirma dans une gouvernance autoritariste avec l’aide des moyens militaires sud-africains. Le Lesotho pourtant hostile à la politique d’apartheid ne pouvait rien dire face à son géant voisin. 14

Une position certainement oppressante qui, à la grande surprise de tous, incita le premier ministre Jonathan à tisser des liens avec plusieurs pays du bloc soviétique. Ces derniers purent alors implanter leurs représentations diplomatiques à Maseru, la capitale du pays. Ainsi, grâce au Lesotho, l’Union soviétique pouvait s’enthousiasmer d’être présente, comme un cheval de Troie, au cœur d’un grand pays du Commonwealth, et y soutenir la lutte contre l’apartheid. En 1983, le Lesotho est en état de guerre avec l’Afrique du Sud. Le Royaume est également l’endroit où les partisans du parti de l’ANC s’exilent d’Afrique du Sud, d’où ils sont réprouvés durant l’apartheid. Le petit pays devient dès lors la base d’infiltration des résistants de tout bord contre l’apartheid sudafricaine. Mais l’indignation du grand voisin fut très vive et poussa le gouvernement de Pretoria à riposter en soutenant les mouvements d’oppositions du Lesotho et en imposant au petit pays, un blocus commercial et financier en 1985. L’Afrique du Sud fit pression sur le Lesotho pour que celui-ci expulse les représentants de l’ANC qui s’étaient implantés à Maseru.

Le petit pays devient dès lors la base d’infiltration des résistants de tout bord contre l’apartheid sud-africaine Finalement, le dictateur Jonathan et son gouvernement tombèrent lors du coup d’Etat militaire en 1986, bien entendu soutenu par Pretoria. Sur un plan social, le Lesotho reste incontestablement un pays très pauvre où un quart de la population souffre de la faim et où l’espérance de vie n’était que de 40 ans en 2007. C’est un des pays au monde où le taux de contamination du SIDA est le plus important, avec un tiers de la population atteinte. Paradoxalement, il est le pays africain dont le taux d’alphabétisation est le plus élevé (85 %), et où les filles sont plus portées sur l’éducation que leurs camarades masculins (contrairement à de nombreux pays africains). Ce résultat positif est notamment dû au fait que l’école est obligatoire et gratuite jusqu’à l’âge de 13 ans.

Le royaume qui est pratiquement dépourvu de ressources, est très dépendant de l’économie sud-africaine. Le Lesotho est un Etat membre de la SACU et de la SADC au sein desquelles les décisions concernant les politiques financières, commerciales et douanières sont principalement influencées par l’Afrique du Sud et son hégémonie. Economiquement, le Lesotho présente une agriculture de subsistance et de l’élevage extensif. Quant aux quelques mines de diamants, pauvres en minerai, celles-ci offrent peu d’emplois et ne profitent guère aux populations. Cependant, le Royaume du Lesotho possède une ressource vitale, que le peuple lesothan nomme souvent « d’or bleu », et qui n’est autre que l’eau. Or, un projet mis en œuvre en 1986, le LHWP, vise à construire le plus grand aménagement hydraulique d’Afrique. Le contexte de ce projet est paradoxal, puisqu’il se tient sous régime d’apartheid, période durant laquelle le Lesotho soutenait l’ANC. Mais suite à une riposte de l’Afrique du Sud par son soutien au coup d’Etat militaire sanglant qui eu lieu au Lesotho, un traité de coopération entre les deux pays est signé en 1986, permettant à des représentants sud-africains et lesothans de se réunir pour commencer des études de faisabilité du projet. Et pour cause, ces pays y trouvent tous deux leur compte. Pour l’Afrique du Sud, la qualité de l’eau provenant des montagnes du royaume, non polluée et peu chargée en sédiments, est un attrait important. Un autre intérêt est celui de pouvoir approvisionner en eau sa région de Gauteng, et notamment d’en fournir à ses grandes capitales telles que Johannesburg ou Pretoria. De fait, le Lesotho devient le château d’eau de l’Afrique du Sud. Pour le Lesotho, ce programme habilite également à accroître l’économie et à fournir de l’électricité dans le royaume par le biais de barrages (telle que la centrale hydroélectrique de Muela), et de lui permettre progressivement une indépendance énergétique. Il s’avère que ce projet a aussi une portée géopolitique, puisqu’il permit à l’Afrique du Sud de contourner les sanctions internationales durant l’apartheid, qui lui supprimaient tous rapports avec des commanditaires. De telle sorte que la Banque mondiale, une des premières institutions internationales à financer ce projet, avait agit comme s’il s’agissait du seul dessein du Lesotho, car elle refusait de soutenir le régime tenu par Pretoria durant

l’apartheid. Mais ce grand projet n’a pas été dépourvu de petits problèmes de corruption. Une dizaine de multinationales auraient suborné six acteurs principaux du projet, dont l’ancien directeur général du LHWP, qui auraient reçu plus de 6 millions de dollars de pots-de-vin. Cet aménagement souleva bien des protestations sur la scène internationale. En 1999, l’affaire fût menée en justice par le Lesotho. Le gouvernement suisse laissa alors libre accès aux informations bancaires helvètes des accusés, ce qui fut une clé de succès pour faire progresser la procédure. En 2002, les sociétés impliquées furent sanctionnées à des amendes de plusieurs millions de

INVICTUS

dollars, et le directeur général fût condamné à une dizaine d’années de prison. Le procès fait par le Lesotho est également une victoire au sens où il permit de démontrer que même un pays pauvre peut engager efficacement des poursuites judiciaires contre la corruption. À d’autres égards, des critiques signalent les perturbations que pourraient entrainer ce projet faramineux sur l’écosystème. Cela ne risque-t-il pas à terme d’être préjudiciable pour la population rurale du Lesotho ? Puisque les barrages et les détournements de rivières traversent les plaines, l’effet pourrait-il devenir catastrophique pour les paysans déjà pauvres dont les terres cultivables

seront noyées ? Mais le projet LHWP est loin d’être fini. Si la première des quatre phases a été inaugurée au début des années 2000, les trois autres restent à terminer, et devraient se voir complétées durant cette année. En attendant, le Lesotho subsiste entre l’espoir du développement et la peur d’éventuels contrecoups.

le Lesotho devient le château d’eau de l’Afrique du Sud

Marie Nicolet

Invincible comme la volonté d’un homme, Nelson Mandela, d’emmener un pays audelà de ces limites, au-delà de la ségrégation qui l’habite… C’est autour de cet homme emblématique de la lutte pour l’égalité du peuple sudafricain que s’articule le nouveau film de Clint Eastwood, Invictus. Quatre ans après sa sortie de prison où il a séjourné pendant près de 27 ans pour s’être opposé au régime en place, Madiba de son nom tribal, est nommé en 1994 Président de l’Afrique du Sud. Cette accession au pouvoir bouleverse les structures politiques, mettant fin à la domination d’une minorité blanche et à la ségrégation. Noirs et Blancs doivent désormais travailler ensemble. Si Mandela a pu abolir la ségrégation, l’unification de la population reste un défi, encore d’actualité. Un élément qui a marqué le nouveau président d’alors est un

match de rugby opposant les Springboks (équipe nationale) à l’Angleterre au cours duquel il observe que les Blancs soutiennent l’équipe nationale alors les Noirs sont en faveur des Anglais, ces derniers considérant les Springboks comme symbole de l’apartheid. Mandela saisi ainsi l’opprotunité de la coupe du monde de l’organisation de rugby dans son pays pour tenter de réunifier les peuples. Pour se faire, il choisit François Pienaar, capitaine de l’équipe nationale et lui transmet le poème qui l’a soutenu durant ses 28 ans de prison, sur l’île de Robben Island, au large du Cap : Invictus, du poète anglais William Ernest Henley. Mandela et Pienaar représentent, chacun à son niveau, un exemple à suivre. Madiba, très humain, sans haine ni rancœur se bat pour que les Noirs et les Blancs cohabitent. Il sait qu’ils peuvent se transmettre mutuellement leurs différences culturelles. Il ne veut pas de la suprématie des Noirs mais l’égalité des deux peuples.

Au début du film, personne ne comprend l’engouement du Président pour le rugby. Puis, au fil des minutes, on découvre, étonné, que les mentalités évoluent dans l’optique souhaitée par Mandela. Clint Eastwood nous transmet l’intensité du combat que Mandela a mené toute sa vie durant. Ce film, tout comme son combat, est porteur d’un réel message de paix. Le réalisateur nous laisse sans voix mais les larmes aux yeux devant un homme invincible, dont le message est universel. Il n’a jamais pensé se venger de ceux qui l’ont emprisonné pour ses convictions. Cependant, cet homme a gardé en tête un de ses buts de vie : que l’Afrique du Sud change. Que reste-t’il aujourd’hui de ce message ? Les regards du peuple sud-africain se tourneront-ils lors de la prochaine coupe du monde de football vers une même équipe ?

Dans la nuit qui m’environne, Dans les ténèbres qui m’enserrent, Je loue les Dieux qui me donnent Une âme, à la fois noble et fière Prisonnier de ma situation, Je ne veux pas me rebeller. Meurtri par les tribulations, Je suis debout bien que blessé. En ce lieu d’opprobres et de pleurs Je ne vois qu’horreur et ombres Les années s’annoncent sombres Mais je ne connaîtrai pas la peur. Aussi étroit soit le chemin, Bien qu’on m’accuse et qu’on me blâme Je suis le maître de mon destin, Le capitaine de mon âme. William Ernest Henley (1849-1903)

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QUAND LES JOURNALISTES ET LES POLITICIENS JOUENT AU ...FOOTBALL Matthieu Heiniger

Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud, interview de Xavier Colin Tout est politique et médiatisé lors d’une coupe du monde, des tribunes occupées par les officiels aux bords des pelouses parées de photographes. A se demander qui joue vraiment les matchs, et surtout, qui les remporte au final. Xavier Colin, journaliste à la TSR dont l’émission Géopolitis cartonne en ce moment sur le Web et sur les chaînes TV5 et TSR2, répond à nos questions. Qui sont les acteurs politiques d’une coupe du monde de Football ? Premièrement le joueur, son équipe, son entraîneur. Seulement, bien que les sportifs témoignent souvent d’une certaine fibre nationaliste, le débat politique les dépasse. Ils peuvent y concourir, mais se présentent à la compétition pour jouer au football. Cependant, la limite entre le pouvoir sportif et l’ambiance politique se signale par le rôle de la FIFA. Cette dernière est assurément une organisation politique : rappelons-le, il y a plus de pays qui appartiennent à la FIFA que de pays parties aux Nations-Unis. Enfin, viennent les politiciens, président du pays hôte, présidents des nations des équipes du tournoi. Et ce monde politique est très habile pour « colorer » le monde sportif, pour s’en servir. Le propos du film Invictus en témoigne : lorsque Mandela convoque le capitaine de l’équipe sud-africaine de rugby, il s’agit d’un calcul politique. De Gaule disait toujours : « un pays, c’est à la fois un peuple, un destin et une mémoire ». On pourrait ajouter aujourd’hui : « ...et une équipe de football ! »

« Il y a plus de pays qui appartiennent à la FIFA que de pays parties aux Nations-Unis »

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« De Gaulle disait toujours : un pays, c’est à la fois un peuple, un destin et une mémoire. On pourrait ajouter aujourd’hui : ...et une équipe de football ! » ...Et les médias ? En effet, au milieu de cela, il y a les médias. Eux, ils font du politique quand cela les arrange, ou du sportif, ou encore du culturel... Dans une coupe du monde, ils font donc tout en même temps ? Oui en quelque sorte, comme lors des Jeux Olympiques. A la fois tant mieux, à la fois tant pis. Heureusement qu’ils rendent compte du résultat, du sport, de l’ambiance, en faisant généralement du bon travail. Mais tant pis, et c’est dommage, s’ils omettent parfois le contexte géopolitique. Le fameux match opposant le Honduras au San Salvador, en 1969, qui se termine littéralement par une guerre, en est un exemple formidable… Quand est-ce qu’un journaliste sportif se met-il à faire du commentaire politique ? Il en fait lorsqu’il parle de son pays, de son équipe et s’en approprie les exploits. On peut parler de chauvinisme rédactionnel, ce qui est déjà un acte politique. Le fait de dire « notre équipe », « notre champion ». Même si ce n’est pas forcement péjoratif. Face à l’engouement planétaire des spectateurs, les médias répondentils à une immense attente, ou alors ont-ils réussi à créer un événement nouveau et immanquable ? Les deux à la fois, c’est une question d’offre et de demande. Le but étant pour un grand média de susciter l’intérêt de tous. Cependant, en fonction des résultats de sa propre équipe nationale, à partir de quel moment un média s’engage ou se désengage de la compétition ? Si la France ne s’était finalement pas qualifiée pour la phase finale, est-ce que la couverture

médiatique aurait été la même ? Les médias doivent « jouer le jeu », être politiquement correct. Ce n’est pas toujours le cas... Au travers des caméras, des reportages, des commentaires, et parallèlement à la compétition sportive, les (télé)spectateurs entendront beaucoup parler de l’Afrique du Sud, le pays hôte. Mais à qui profite vraiment l’organisation de cette prochaine coupe du monde ? Il est souhaitable que cela profite vraiment à l’Afrique du sud. Les structures mises en place, comme lors d’une exposition universelle, sont prévues pour être durable. Mais c’est surtout au niveau médiatique, et donc politique, que le pays hôte réussit ou échoue. L’image internationale du pays est en jeu. Pour cela, il vaut mieux par exemple éviter les gros problèmes d’insécurité pour les visiteurs, ou des cas d’incivilité dans les stades... Finalement, que sait-on de l’Afrique du Sud ? Ou plutôt quelle image avons-nous de l’Afrique du Sud ? Est-ce la réalité ? Pour le moment, elle est brouillée par de nombreux préjugés. Comme celui de croire que Nelson Mandela tire toujours les ficelles politiques du pays. Les journalistes qui couvriront l’événement auront leur part de responsabilité. Mais pour une fois, et c’est à signaler, on parlera d’un pays africain autrement qu’au travers de reportages sur des guerres civiles ou des catastrophes humanitaires. A l’instar de la Chine il y a deux ans avec les Jeux olympiques, L’Afrique du Sud veut résolument jouer dans la cour des grands et compte le montrer à tout le monde.

« Quelle image avonsnous de l’Afrique du Sud ? Est-ce la réalité ? »

Street opinions ...ou micro-trottoir

(photos : auteur à déterminer ?)

Par le biais du Web, deux questions ouvertes ont été proposé à plusieurs étudiants sud-africains. Premièrement, qu’est ce que représente pour eux l’Afrique du Sud accueillant la prochaine coupe du monde de football. Deuxièmement, avec quelle image désirent-ils que les spectateurs repartent après l’événement. Les réponses, en toute spontanéité, parlent d’elles-même...

1) For you, personnally, what dœs it mean for South Africa to host the FIFA World Cup?In July South Africa will be hosting the 2010 FIFA world cup, what dœs it mean to you ? 2) What pictures of the country would you like the rest of the world to come away with, after the FIFA World Cup ? « A picture that South Africa can host a world class event just as well as any other first world countries » « Traffic ! inflated prices ! widespread disapointment... » « Pictures of hope, determination, spirit above adversity and of course the spectacular landscape ! » « A chance for Africa » 1) It means traffic congestion on the roads, and that I can’t go on holiday to the places I would usually go to because transports and accomodations would be more expensive. But it also means excitement, meeting more people, also better holiday jobs, such as promotion work and waitressing.

2) I would like the world to see that South Africa is actually quite developed. And more importantly, that there is more to our country than just crime. I would like them to see what awesome people our country has ! Monique Huysamen March 19 at 3:09pm

1) To me, the FIFA World Cup means employment for the poor people. And the tourists coming for the event will bring a lot of revenue for our economy. 2) Africa, the alpha and the omega, Africa is the mother continent ! Tebogo Mekgwe March 19 at 3:19am 1) A once in a life time opportunity! South Africa to host this awesome tournament will put the country on the map of so many people and nations.

2) South Africa is a beautiful and blessed place. It is one of the greatest countries in the world with so much cultural diversity and potential. Damian Whatley March 21 at 10:31am

1) To me, it means traffic ! inflated prices ! widespread disappointment... I do not think the event will bring widespread employment for the poor at all, and if it dœs, then only in the short term. 2) I’d like them to come away with pictures of hope, determination, spirit above adversity and of course the spectacular landscape ! Stephen Wright March 21 at 9:52pm

1) Personally, I think the world cup is a chance for Africa (and not only South Africa) to show the world all the beauty and potential that we got. Yes, it will be chaos with many different people coming into the country and potential traffic problems, power failures and crime, but that is how it is all over the world, isn’t it ? So far, it has meant jnew jobs and massive infrastructure development. I only worry about the sustainability of it all and the amount of debt and costs that will be passed on to the average South African...

2) I would like the world to leave South Africa with a picture of a land of untouched beauty. A land of great potential and so much natural resources. A land with so many different interesting cultures and people. But besides all that, a picture that South Africa can host a world class event just as well as any other first world countries.

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Tyren MacNamara, March 24 at 6:42pm


DOSSIER

LES PAGES Z’INÉDITES ZIDANE

Pour cet te édition, Inter national .ink of fre spécialement quelques lignes à la World Press Photo. En espérant que vous apprécierez ce qu’ils vous ont concocté, nous vous souhaitons une bonne lecture !

ZOOM WORLD PRESS PHOTO

Nous observons tout, tout le temps. S’il y a bien une époque où l’image nous est essentielINK

le pour avoir une lecture intelligible du monde, c’est bien la nôtre. Ces images, œuvres

M. ORIS a.k.a « goalus interuptus »

de photographes d’action, sont des fenêtres sur des milliers de figures qui recherchent

• Gardien de but • Que des numéros 10 dans sa team • Club : Ajax d’Amstel-dam

tantôt notre approbation, tantôt notre compassion. La photographie est devenue l’outil qui permet la diffusion d’une idée en une seconde. Mais quand la dignité de l’humain y est bafouée pour user de notre fragilité, quand ce même humain n’est plus qu’un sordide instrument qui nous pousse à la pitié, nous ne sommes plus très sûrs de lire ce monde INK

INK

S. HUG a.k.a « l’Hôpital »

S. CATTACIN a.k.a « Pastafaraï »

• Ailier (a)droit et méthodique • A lancé la campagne « free Hug’s » • Club : MU Method United

• Ailier gauche • Chante « Fratelli d’Italia » version reggae • Club : FC Internazionale.ink

avec la même clarté. A travers le World Press Photo et un entretien avec Patrick Grob*, nous braquerons l’espace d’un instant notre objectif sur la problématique.

MISE AU POINT MICHAEL WICKI • Chaque année depuis 1955, le World Press Photo récompense dans la catégorie World Press Photo of the Year, le meilleur cliché d’actualité de l’année écoulée. Le plus souvent, l’image retrace un événement majeur : un conflit, une catastrophe, une actualité qui frappe par l’urgence de sa situation. Les photographes, authentiques héros de l’actualité, toujours à l’affût pour dénoncer les drames de notre monde, parcourent le globe très souvent au péril de leur vie. Ils relayent l’information, témoignent d’une certaine réalité. En posant la question à Patrick Grob sur les motivations qui le mènent à exercer ce métier, on redescend doucement sur terre. « Ma première motivation et je crois pouvoir parler au nom de beaucoup de mes confrères, c’est le goût de l’aventure, être là quand ÇA se passe. On aimerait tout d’abord goûter à l’interdit, voir ce que le commun des mortels ne peut pas voir... Le reste vient après. Quand on se retrouve sur place, on se rend compte que ce qui se passe est très réel et c’est là qu’on commence à éprouver l’envie de témoigner. » En parcourant les archives du site internet du World Press Photo1 on constate que les photographies se distinguent souvent par leur brutalité. Triste mais nécessaire témoignage de la réalité pour certains, esthétisation de la violence et voyeurisme pour d’autres. Pour départager ces deux façons de voir les choses, posons nous une question. Une photographie est-elle plus percutante lorsque la violence y est exposée crûment ?

INK E. WIDMER a.k.a « Doudou Amadou-sans-Mariam » • Milieu récupérateur (de couples) • ...Le dimanche à Bamako, c’est le jour • du mariage oooh... • Club : Holistic football club

INK

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INK

(AI)R. KOLB a.k.a « la tour infernale »

OLARREAGINHO a.k.a « eye contact »

• Buteur (classe internationale) • Contestataire des décisions arbitrales • internationales • Club : Bologne FC (en rupture de contrat)

• Dragueur offensif • A été le jardinier de Lebron James • Club : FMI (Futbol Montevideo • Internacional.ink)

« On aimerait tout d’abord goûter à l’interdit, voir ce que le commun des mortels ne peut pas voir... » Cinquante-cinq ans de lauréats de la photographie de presse. Qu’en reste-il ? En voyageant d’année en année, on est souvent curieux, enthousiaste ou désabusé et triste. Les clichés sont souvent dur s, sans concessions. Les exemples sont nombreux : des mutilés, des enfants agonisants, des exécutions sommaires…

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En effet, on assiste souvent à une représentation iconique des drames. On repense à cette photographie de Franck Fournier, lauréate 1985 du World Press Photo, représentant une petite fille, Omayra Sanchez, en train de mourir prisonnière des débris et de la boue suite à une éruption volcanique en Colombie2 . L’image, lors de sa sortie a suscité une énorme controverse. Certains ont pensé que ce cliché a éclipsé les milliers d’autres victimes du pays. D’autres ont soutenu le photographe et les secouristes qui presque deux jours durant ont tenté de préserver l’espoir de cette fille en attendant une grue pour la sauver. Malheureusement la « niña Sanchez » mourut sous l’objectif des photographes et des caméramens. Elle déclencha derrière elle une vague de compassion du monde entier et beaucoup d’argent fut envoyé en Colombie. Malgré cet aspect positif, il est difficile de se sentir à l’aise à la vue de ce cliché, car on assiste là à un véritable marketing. On cherche à personnifier la tragédie pour appeler à la compassion du reste de l’humanité. L’exploitation de la sphère privée rend le message paradoxalement plus universel. La détresse du peuple colombien, c’est elle. Cette méthode, bien qu’efficace reste perverse car elle biaise une réalité, celle des conflits et des catastrophes dans sa représentation la plus froide. Nous sommes d’accord, le témoignage est vital, il fait prendre conscience et ne laisse pas dans l’oubli ces populations frappées par les tragédies. N’avons-nous pas attendu la venue des médias au Darfour pour enfin en parler ? Cependant, quand on a la charge de transmettre un tel message, on peut admettre que des précautions sont à prendre. 2010, le World Press Photo a récompensé l’italien Pietro Masturzo pour son cliché représentant une femme iranienne criant sur un toit de Téhéran . L’image, presque « douce »3 demande un temps de réflexion avant d’en saisir toute sa force. En effet, celle-ci se révèle finalement percutante. En prenant comme sujet le haut de l’immeuble, elle nous force irrémédiablement à regarder en bas, là où se déroule toute l’action. Car c’est bien là qu’il y a les manifestations, les cris et les slogans, la police, la répression… la jeune Neda 4 . Et on comprend


ZOOM

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WORLD PRESS PHOTO

WORLD PRESS PHOTO

LE WORLD PRESS PHOTO EN QUELQUES CLICHÉS MARQUANTS

soudainement la puissance de ce genre de cliché. Lorsque l’on regarde cette photographie, on ne subit plus une scène violente, livrée brut de décoffrage. Au contraire, celle-ci transmet un message, plus subtil. Elle nous oblige à réfléchir, à se plonger dans l’ambiance, à se poser des questions. C’est à travers sa propre imagination que celui qui regarde la photographie percevra la violence du conflit. Cependant, cette image manque peut-être de clarté et de précision pour quelqu’un qui ne suit pas l’actualité. L’avis de Patrick Grob ? « Moi j’aime bien, cette image est vaporeuse, suggestive, pas précise mais elle dit bien ce qu’elle veut dire. » Mais la question n’est pas simple. Le but du photographe étant d’informer, comment témoigner de l’atrocité ? Comment représenter l’insoutenable ? Le photographe s’impose-t-il des limites dans son travail ? « Je ne pense pas que je m’empêcherais de prendre un cliché, je ne le proposerais par contre pas forcement aux agences de presse si j’estime que le message peut être mal compris ou si il n’apporte rien de pertinent au lecteur. Pour moi, il est important de ne pas rebuter celui qui visionne l’image. Si celui-ci détourne le regard, c’est que le travail est raté ! ». En définitive, une bonne photographie de presse doit marquer sans dégoûter, transmettre le message le plus clair et le plus intègre possible. On admet donc au final qu’il en revient aux convictions ou au bon sens du photographe de choisir les images qu’il va laisser publier. SOURCES http://news.bbc.co.uk/2/hi/americas/4231020.stm http://www.worldpressphoto.org/ (photo : Michael Wicki)

* Brève présentation de Patrick Grob Patrick Grob est un photographe reporter indépendant qui travaille depuis dix ans pour la presse locale et nationale. Il est allé régulièrement couvrir des événements dans des pays tels que le Liberia, la Somalie, le Liban, la Palestine et l’Irak. Il a remporté en 2008 le 3ème prix Swiss Press. Site internet du photographe, disponible courant avril : www.patrickgrob.com

MICHAEL WICKI • La fondation World Press Photo fut crée en 1955 par l’Union des photojournalistes néerlandais pour « stimuler le photojournalisme et encourager le transfert des connaissances5 ». Au cours de son existence, l’organisation a contribué à mettre au grand jour des clichés qui ont marqué notre actualité et suscité la polémique. Nous allons donc retracer ces 55 dernières années à l’aide de quelques uns d’entre-eux6, qui m’ont personnellement touché.

En 1980, le britannique Mike Wells soulève la problématique de la faim avec une photographie représentant deux mains. Celle d’un petit enfant en Ouganda et celle d’un missionnaire.

En 1963, le photographe américain Malcolm W. Browne remporte le World Press Photo of the Year d’un moine bouddhiste entre train de s’immoler par le feu en signe de protestation contre le régime de répression anti-bouddhiste du président catholique Diêm. Restant une photographie de presse emblématique elle fut réutilisée en 1992 pour la pochette du premier album du groupe « Rage Against The Machine ».

En 1993, le canadien Larry Towell relate l’Intifada et gagne le concours avec la représentation de jeunes palestiniens armés.

En 1972, au Vietnam toujours, le photographe américain Nick Ut remporte le concours avec l’image de Kim Phuc. Celle-ci, une des plus célèbres du concours, représente une petite fille nue courant sur une route en hurlant. Le cliché a été pris lors d’une attaque d’une village au napalm par les américains.

En 2003, le français Jean-Marc Bouju est récompensé pour son cliché représentant un père irakien et son fils de 4 ans détenus dans une prison de guerre dans une base militaire.

En 1989, l’américain Charlie Cole, termine premier grâce au cliché d’un anonyme faisant front à une colonne de tank sur le square Tiananmen à Pékin.

En 1999, le danois Claus Bjørn Larsen gagne le premier prix en exposant sa vision des réfugiés de guerre. Ceux-ci sont albanais et fuient les violences du Kosovo.

L’HUMANITÉ EN GUERRE MICHAEL WICKI • Jusqu’au 25 juillet 2010, Le Musée International de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge propose une exposition gratuite retraçant 150 ans de photographie de guerre. Du premier cliché, lors de la Guerre de Sécession des Etats-Unis (1861-1865), à nos guerres contemporaines, nous retraçons en huit chapitres les différents conflits des deux siècles derniers. Ces images, pour la plupart tirées des archives du CICR, ont été prise par des photographes professionnels ainsi que par des collaborateurs de l’organisation. L’intérêt de cette exposition réside d’abord et surtout dans le choix des clichés. En effet, selon les paroles de Jacob Kellenberger 7, l’exposition « s’est efforcée de ne pas imposer l’horreur de la guerre… tout en montrant néanmoins ses conséquences dévastatrices pour celles et ceux qu’elle a pris au piège. ». Le but étant de défendre l’idée que « même dans la guerre, il y a place pour la compassion… ». Il est effectivement très intéressant d’admirer des images, en particulier les plus anciennes, témoignant sans violence excessive du drame et de l’horreur des conflits.

(photo : Michael Wicki)

NOTES DE BAS DE PAGE DES TROIS ARTICLES 1 http://www.archive.worldpressphoto.org/years 2 http://www.archive.worldpressphoto.org/search/layout/result/indeling/detailwpp/ 2 form/wpp/q/ishoofdafbeelding/true/trefwoord/year/1985 3 http://www.worldpressphoto.org/index.php?option=com_content&task=view&id=1789 3 &Itemid=50&bandwidth=high

L’exposition, relativement brève (une quarantaine de clichés), est présentée sous forme chronologique ce qui nous permet d’avoir une lecture claire des événements au fil du temps. De plus, les photographies ont très souvent été choisies pour l’aspect cruciale de l’instant qu’elles relatent. Des réfugiés des guerres du début du 20ème siècles à Stalingrad, de l’enfant nigérian qui attend au poste de rationnement sa nourriture, jusqu’au mur érigé par Israël en Cisjordanie, la nature des conflits s’est modifiée sans jamais changer l’expression de ceux qui les subissent. Un regard pour une pensée, des images pour soulever le questionnement, une exposition pour ne jamais oublier.

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(photo : Patrick Grob)

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4 Neda Agha-Soltan est la jeune femme de 27 ans qui a été tué par balle lors des mani4 festations post-électorales en Iran. Elle est devenue l’icône de cette révolte car sa mort a 4 été filmée et diffusée à grande échelle sur le net et les médias. 5 www.worldpressphoto.org 6 http://www.archive.worldpressphoto.org/years 7 Président du Comité International de la Croix-Rouge s’exprimant dans la préface du 7 livre « L’humanité en Guerre » photos du front depuis 1860, avril 2009. Ce livre a été 7 édité dans le cadre de 150ème anniversaire de la Croix-Rouge et on y retrouve une 7 grande partie des photographies de l’exposition.


IMPRESSIONS CROISÉES SUR L’ASSEMBLÉE DE L’UNIVERSITÉ L’Assemblée de l’Université siège depuis maintenant six mois. Ses membres s’échinent actuellement à passer en revue les articles statutaires que le rectorat leur soumet, non sans fréquemment les amender. Après des débuts tumultueux, les parties apprennent peu à peu à collaborer. Regards sur une institution en quête de reconnaissance. Nul n’osera affirmer que l’élection des membres de la nouvelle Assemblée de l’Université (AU) fut un évènement marquant. Avec un taux de participation extrêmement faible et un processus électif perfectible et mené à la hâte, le contraire eut été étonnant. Pour Ignace Cuttat, étudiant à la Faculté des lettres et membre élu de l’AU, cette élection fut « très morne et peu motivante ». Le désintérêt des étudiants, en partie expliqué par l’absence de campagne et de concurrence entre les listes – difficile lorsqu’il n’y en a qu’une ou deux par corps – est regrettable. D’autant plus que le travail mené par l’AU concerne chaque membre de notre institution et a

des conséquences importantes sur son fonctionnement interne. Quoi qu’il en soit, cet organe s’est réuni pour la sixième fois le mercredi 10 mars 2010. Nous avons assisté à cette séance1 et nous nous sommes entretenus avec Luc Thévenoz, professeur à la Faculté de droit et membre de l’AU ainsi qu’avec Ignace Cuttat, que nous avons déjà présenté2. Ces entretiens font apparaître l’image d’une institution où les tensions et les divergences subsistent mais dont les membres apprennent bon gré mal gré à se connaître ; un lieu où le débat et la collaboration prennent peu à peu le pas sur l’opposition et la confrontation.

« Un lieu où le débat et la collaboration prennent peu à peu le pas sur l’opposition et la confrontation. »

L’Assemblée de l’Université, miroir aux alouettes ou miroir « réfléchissant » ? 22

VIE UNIVERSITAIRE

VIE UNIVERSITAIRE

Antoine Roth / Lukas à Porta

Concertation contre système parlementaire Ignace Cuttat a présenté sa candidature à l’AU sans grand enthousiasme. La Conférence Universitaire des Associations d’Etudiants (CUAE), dont il est un membre actif, s’était fortement opposée à la nouvelle loi sur l’Université et avait entre autre particulièrement critiqué les dispositions régissant ladite AU. « Nos critiques, explique Ignace Cuttat, portaient essentiellement sur deux points : la répartition des sièges, que nous aurions voulus paritaires [à travers un nombre de sièges égal par corps, ndlr] ; ensuite les compétences de l’Assemblée, bien moins nombreuses que dans la loi de 1973 [l’ancienne Loi sur l’Université, ndlr]. L’Assemblée ne conserve en fait que la capacité d’amender et de voter le statut de l’Université, ainsi que celle d’élire le Recteur. » Entre nos deux interlocuteurs, on constate des divergences nettes quant au rôle dévolu à l’AU, divergences qui ont trait à deux visions antagonistes : l’une, dite démocratique, défendue en majorité par le corps

étudiant et certains membres du corps intermédiaire, et la seconde, dite participative, dont les promoteurs se retrouvent en particulier dans le corps professoral. Luc Thévenoz défend ce deuxième modèle : « L’Université est une communauté d’apprenants et de savants. Le bon fonctionnement de cette communauté implique la participation de tous mais pas la présence de mécanismes de démocratie parlementaire comme on les connaît dans les collectivités publiques3 ». La vision défendue ici attribue donc à l’AU une fonction de forum avant tout: c’est en son sein que sont discutées entre tous les corps les grandes orientations de la politique universitaire, sur lesquelles un consensus doit être trouvé. « Dans le cas de l’Assemblée, continue Luc Thévenoz, le plus important, outre son pouvoir de co-décision sur des actes importants tels que l’adoption du statut ou l’élection du Recteur, c’est sa capacité à débattre de la politique universitaire, de telle manière que lorsque les corps se mettent d’accord et formulent une recommandation, on ne peut pas les ignorer. C’est moins le vote que la discussion qui importe. » Ignace Cuttat reconnaît également l’utilité de disposer de ce forum de discussion, notamment lorsqu’il s’agit de rendre comptable de son activité le rectorat et d’obtenir des informations, « ce qui peut mener à des débats utiles si tant est que nous n’obtenions pas uniquement des réponses “ langue de bois ” ». Il est par contre plus dubitatif quant au résultat des discussions, qu’elles concernent les grandes orientations de l’Université ou des documents présentés par le rectorat. « Notre rôle est dans ces cas-là uniquement consultatif, explique-t-il, et j’ai peu d’illusions sur le poids réel de notre avis. » Ce scepticisme pousse notre interlocuteur étudiant à défendre une AU qui aurait le rôle d’un véritable organe législatif de l’Université, adoptant des règlements et contrôlant l’activité du rectorat par des votes contraignants, sur lesquels les revendications étudiantes se focalisent. En l’état, l’AU semble bien éloignée de cet idéal. Sans pour autant permettre une remise en question complète du fonctionnement de cet organe, les discussions sur le statut constituent néanmoins une occasion de corriger certains points litigieux liés à la Loi sur l’Université. Les statuts comme horizon indépassable ? S’i l e x i s t e u n g ra nd dé s ac c ord s u r le rôle de l’AU en général, tous les intervenants sont cependant unanimes à considérer comme crucial son travail actuel, à savoir l’examen et l’amendement du statut de l’Université. Il a d’ailleurs fallu

VIE UNIVERSITAIRE que l’AU se batte pour pouvoir en débattre dans de bonnes conditions. « Le rectorat, raconte Ignace Cuttat, espérait nous présenter un statut déjà rédigé que nous aurions approuvé ou rejeté, ce qui ne nous intéressait évidemment pas du tout. » « Le rectorat avait une lecture restrictive de l’espace que la Loi laisse au statut », alors que « l’Assemblée a estimé que la loi permettait de nombreux ajustements et a entamé un vaste travail d’examens et d’amendements », ajoute Luc Thévenoz. « Une commission, qui fonctionne relativement bien, a été créée afin de discuter du statut », explique Ignace Cuttat. Ce travail de longue haleine touche des sujets importants, tels que l’agencement des différents organes de l’Université ou encore l’organisation des études et des différentes facultés. Il devrait aboutir à l’adoption du statut d’ici à fin 2010. Nos interlocuteurs divergent quant au rôle et au pouvoir de l’AU suite à cette échéance. Pour Ignace Cuttat, « l’élection du Recteur reste une compétence importante ». Mais une fois ce cap passé, et « si l’on s’en tient à ce que le rectorat propose, l’Assemblée ne disposera outre de sa fonction d’organe de consultation, que de quelques compétences qui ne peuvent rendre son travail intéressant ». Il convient donc d’utiliser l’espace de liberté laissé par le statut pour « attribuer à l’Assemblée d’autres compétences concernant par exemple les conditions d’étude cadre, les exonérations de taxes ou l’élection de la Commission de Gestion des Taxes Fixes (CGTF) ». L’étudiant Jamal Al-Amine, membre de l’AU, partage cet avis. Lors de la première séance de l’AU, il affirmait que cet organe « doit récupérer le plus grand nombre possible de prérogatives dans le cadre de la loi4 ». Luc Thévenoz semble également aller dans ce sens, tout en nuançant son propos: « je suis convaincu que l’Assemblée doit pouvoir faire contrepoids au rectorat, aux doyens et à d’autres dans la maison. Ce n’est cependant pas tant la liste de ses compétences qui importe que la façon dont elle les exerce. » S’il considère les propositions formulées à la dernière séance de l’AU par Ignace Cuttat comme « tout à fait appropriées », le professeur réitère sa croyance en la centralité du processus de discussion, qu’il mène ou non à un résultat contraignant : « Un avis consultatif mûrement débattu peut avoir plus de poids qu’un vote. Je serai heureux lorsque nous pourrons débattre des enjeux sans se soucier directement de savoir qu’elle texte en sortira. » En quête de collégialité Pour que de tels débats puissent avoir lieu, il faudrait cependant que l’AU en facilite la

tenue. Les critiques fusent sur l’état actuel de la situation. Ignace Cuttat regrette que l’on « observe une tendance à occulter les sujets contentieux qui peinent ainsi à être débattus et qui sont pourtant à [son] sens les plus grands enjeux du statut. Nous passons malheureusement souvent plus de temps à apporter des changements cosmétiques aux projets du rectorat qu’à discuter du fond. » Luc Thévenoz critique quant à lui le caractère improvisé des débats actuels, notamment lors des questions au rectorat, qui ne sont pas connues à l’avance, hormis par celui ou celle qui les posent. Une solution pourrait consister à proposer à l’avance les questions importantes à l’ordre du jour, ce qui permettrait à chacun de se préparer et à une discussion constructive d’émerger. « L’Assemblée ne se saisit pas d’objets pour en débattre », regrette le professeur. Cela résulte peut-être du fait que les objets les plus importants sont également ceux qui, de manière assez logique, révèlent le plus les lignes de fracture au sein de l’AU. « Il y a essentiellement deux gros blocs qui préparent visiblement les séances ensemble, explique Ignace Cuttat: le corps professoral d’un côté, les étudiants et le corps intermédiaire de l’autre. Ces deux derniers groupes essaient de collaborer dans le but d’augmenter leur poids lors des débats et des prises de décision. » Cette division en deux blocs est patente sur certains sujets controversés comme le futur statut du collège des professeurs – objet de contentieux récurrent à l’AU – mais épargne néanmoins la plupart des discussions. Selon Ignace Cuttat, « ces deux blocs ne sont pas du tout figés et les positions sont bien plus diverses sur des sujets comme la féminisation du règlement. Il n’y a d’ailleurs pas de véritable discipline de vote, et les rapports entre groupes peuvent être très conviviaux comme tout à fait divergents ». Il continue en affirmant que les polémiques et autres controverses ne touchent qu’une minorité d’articles du présent statut : « nous approuvons sans discuter 80% des articles. Ce sont les 20% restants qui suscitent des débats. »

« Pour que de tels débats puissent avoir lieu, il faudrait cependant que l’AU en facilite la tenue. » De manière générale, nos deux interlocuteurs observent une véritable évolution dans la façon dont travaille l’AU, et notamment dans ses rapports avec le rectorat, présent à toutes les séances. « J’ai dès le 23


départ senti, lorsque nous avons discuté de la procédure à suivre pour débattre du statut, une énorme méfiance du rectorat envers l’Assemblée dans son ensemble », affirme Ignace Cuttat. Luc Thévenoz rejoint cet analyse, et précise que « cette méfiance était d’ailleurs réciproque, notamment chez certains représentants du corps étudiant », ce que confirme notre autre interlocuteur. Il évoque un processus « d’apprivoisement mutuel » entre le rectorat et l’AU qui s’est peu à peu mis en place. « Le dialogue s’approfondit », se réjouit-il. La même chose pourrait être dite de la collégialité au sein de l’AU elle-même. La séance à laquelle nous avons assisté ne laissait que peu transparaître les blocages ayant marqué les débuts de cet organe. Une telle diminution de la méfiance associée à l’amélioration des rapports entre corps au sein de ce dernier ne peut qu’être bénéfique à son travail. Elle laisse espérer la tenue de débats constructifs, qu’ils concernent la politique universitaire ou des sujets comme la tenue de conférences au sein de l’université5. En tant que principale autorité représentative de la communauté universitaire,

l’AU donne des avis et formule des recommandations sur des points précis ou plus généraux : il est indispensable que le rectorat les écoute, les respecte et dans la mesure du possible les honore. Pour contrebalancer le déficit de légitimité démocratique dont elle pâtit – une constante pour les organes élus de l’Université – il serait souhaitable qu’elle s’ouvre davantage et communique de manière plus large sur les actions qu’elle mène. Cela aurait le double avantage d’inciter les membres de la communauté universitaire à transmettre leurs soucis et revendications à l’AU, de permettre un contrôle plus étroit de son fonctionnement, que ce soit au niveau des relations avec le rectorat ou des débats qui s’y déroulent, voire une meilleure participation aux prochaines élections. A ce titre, il est dommage que l’article cinq du règlement interne, pourtant consacré aux procès-verbaux et à la publicité, ne contienne aucun alinéa allant dans ce sens. Pour terminer sur une note positive et de ce qu’il nous a été donné de voir et d’entendre, l’AU semble cependant tout à fait apte et prête à jouer un rôle positif dans la mosaïque des organes qui composent l’Université.

1 Les séances de l’AU sont publiques et ont lieu 1 chaque mois dans la salle Yves Fricker, au pre1 mier étage du bâtiment d’Uni Dufour

2 Pour des raisons de deadline éditoriale, nous

2 n’avons malheureusement pas eu le temps de

2 nou s ent ret en i r ave c u n mem bre du c or p s 2 intermédiaire ou du personnel administratif et

2 technique (PAT). Nous nous en excusons, et invi2 tons les représentants de ces corps – ainsi que 2 toute autre personne – à réagir à cet article ou à 2 le compléter sur notre blog (http://international2 ink.blogspot.com). Nous gardons la possibilité de 2 leur ouvrir nos pages à l’occasion de notre pro2 chain numéro

3 Lors de la première séance de l’AU, le professeur

3 Thévenoz défendait déjà une vision similaire. 3 Voir p.5 du PV de l’AU du 16.09.09 4 PV AU du 16.09.10, p.4

5 Le rectorat a interdit à un groupe, génération

5 Palestine, de tenir une conférence au sein de 5 l’Université, jugeant que celle-ci n’allait pas per-

5 mettre d’exposer tous les points de vue. Ce point

5 a été soulevé par un étudiant lors de l’Assemblée 5 du 10 mars mais n’a pas donné lieu à un débat de fond

• L’Assemblée de l’Université a été créée suite à l’acceptation de la Loi sur l’Université • du 13 juin 2008. Selon l’article 32 de ladite loi, elle est l’« autorité représentative de la • communauté universitaire, habilitée à se déterminer [...] sur les grandes orientations • de la politique universitaire et le fonctionnement de l’université ». • Parmi ces différentes fonctions, elle « désigne la rectrice ou le recteur proposé à la • nomination par le Conseil d’Etat » et « adopte le statut ». Elle peut donner son préavis • sur différents objets dont le rapport annuel de gestion de l’Université, le plan • stratégique, la convention d’objectifs ou encore la charte éthique et déontologique. • A titre consultatif, elle peut se prononcer sur chaque objet dont elle est saisie et peut, • « de sa propre initiative », formuler toute recommandation à l’intention du rectorat. • Elle est composé, selon l’article 31 de la même loi, de vingt membres du corps • professoral ; de dix membres du corps de collaborateurs de l’enseignement et de la • recherche ; de dix membres du corps estudiantin ainsi que de cinq membres du corps • du personnel administratif et technique.

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VIE UNIVERSITAIRE

VIE UNIVERSITAIRE

VIE UNIVERSITAIRE

LE BARI VICTIME D’UN RÉALISME HÉGÉMONIQUE ? Le nouveau syllabus du cours de Relations Internationales II, enseigné cette année par le professeur Roche en remplacement temporaire du professeur Braillard maintenant à la retraite, a fait resurgir en nous la crainte qu’un certain pluralisme intellectuel en science politique ne disparaisse dans le cadre du cursus du BARI. La question n’est pas de remettre en cause les qualités académiques du professeur Roche ni des autres professeurs du département, mais de souligner qu’à l’heure où le rectorat de l’UNIGE souhaite faire des Relations Internationales un pôle d’excellence de l’université (voir Rectorat de l’UNIGE 2008), le risque est grand pour la population estudiantine du BARI d’un manque de considération quant à la pluralité des approches enseignées au sein du cursus de Bachelor. Le rectorat de l’UNIGE (2008) s’est en effet fixé comme objectif de “ [f]aire de l’UNIGE un pôle reconnu mondialement pour sa capacité à intégrer la dimension internationale, dans l’enseignement et la recherche disciplinaires et interdisciplinaires ”. Force est cependant de constater que le cursus en science politique du BARI n’offre quasiment qu’une seule approche théorique développée en cours: le réalisme et ses formes. Comment notre université entend-elle être concurrentielle face aux pôles de recherche et d’enseignement en Relations Internationales en Europe et dans le monde dans ces conditions ? Parmi les meilleurs programmes en relations internationales (p.ex. l’université d’Aberystwyth, le Trinity College de l’université de Toronto, l’université d’Oxford, l’université de Queensland, etc.), les étudiantEs sont confrontéEs aux autres approches existant dans notre champ : le libéralisme néo-institutionnel, le post-structuralisme, le constructivisme, le marxisme, la théorie critique, le post-colonialisme, etc. Face à une telle concurrence, le BARI peut-il se permettre de former des étudiantEs qui n’auront aucune idée de l’existence d’autres approches clés de leur discipline, ou n’en auront au mieux qu’une connaissance très superficielle ? De plus, le BARI souffre de graves problèmes structurels. Par exemple, il n’y a aucune coordination entre les professeurs du département de Science Politique quant à la continuité des enseignements de Relations Internationales I, II et III. Ce manquement conduit à un cursus monotone, répétitif, manquant de cohérence. D’autre part, il est évident que le budget alloué à l’encadrement des étudiantEs est largement insuffisant pour assurer au

Adhemar Mercado / David Schœllkopf

BARI une place de renommée mondiale. Les rares séminaires disponibles pour le BARI sont surpeuplés et ne peuvent ainsi assurer leur tâche de développer les capacités de réflexion des étudiantEs. Si le rectorat est sérieux dans sa volonté de faire du BARI un pôle d’excellence, il se doit de lui en donner les moyens en lui octroyant les conditions cadres pour un suivi plus personnalisé des étudiantEs.

« Il n’y a aucune coordination entre les professeurs du département de Science Politique quant à la continuité des enseignements de Relations Internationales » Ces moyens doivent permettre aux étudiantEs d’élargir leur bagage intellectuel et de forger ainsi des opinions critiques et informées en étant confrontéEs à une multitude d’approches théoriques mettant en lumière une

diversité de phénomènes empiriques dépassant la guerre et la centralité de l’Etat-nation. La pensée critique ne peut se nourrir que d’une confrontation aussi large que possible à tous les courants de pensée présents au sein d’un champ académique. Un pôle de recherche en Relations Internationales ne peut donc pas décemment exister si une seule approche théorique y est enseignée. Genève, un des pôles de la société internationale, ne se devrait-elle pas d’avoir un programme en Relations Internationales où la diversité est célébrée et cultivée ? Si la réponse devait être l’affirmative, il nous paraît capital que différentes approches théoriques soient traitées, discutées, comparées et utilisées de façon complémentaire pour arriver à une meilleure compréhension des relations internationales. Pour ce faire, il est nécessaire que le corps professoral embrasse une lecture la plus large possible des approches issues de la discipline des Relations Internationales. Bibliographie • • • • • •

R ECTOR AT DE L’U N IGE (20 0 8). U n e v i s i o n p o u r 2 0 2 0  : P l a n s t rat é g iq ue de l’U N IGE. ht t p:// w w w.u n ige.c h / re c t o rat /s t at ic / pla n _ st rateg iq ue.pd f (accédé le 8 mars 2010).

L’université de Genève en proie aux réalistes ? 25


REMPLISSAGE

VIE UNIVERSITAIRE

« ECONOMIE POLITIQUE GÉNÉRALE », LA FAILLE NON MAÎTRISÉE Mateo Broillet

Tandis que lors de la rentrée passée, les étudiants en SES ont découvert un nouveau règlement d’études, il semblerait que l’administration en charge de la plus grande faculté de l’université de Genève en ait oublié certains... Comme ceux et celles qui débutent un bachelor en sociologie, géographie, histoire économique ou encore sciences politiques. La belle surprise a donc été de savoir que, alors même que le règlement limite à 6 crédits ECTS la possibilité d’avoir des notes comprises entre 3 et 4, le cours « Economie Politique Générale » en vaut à lui seul 9. Autrement dit, les étudiants sont obligés d’obtenir une note supérieure ou égale à 4 à cet examen, ce qui constitue un cas unique en SES. Où se situe donc le problème ? Dans l’oubli, la faille non maitrisée entre une transition et une autre qui va léser des centaines d’étudiants sans que la faculté ne prévienne de la situation aux principaux concernés. Au premier rang, Mme Sylvie Charlot, chargée de cours qui, s’ajoutant à la nonchalance générale, n’a même pas pris la peine de signaler l’erreur à ses étudiants lors de son cours. C’est ainsi que, durant tout ce semestre, le cours s’est déroulé tout naturellement pour fini par... un magistral examen. Normal non ?

Eh bien non. Il est déplorable qu’une telle attitude ne soit pas révélée en amont par l’administration, mais au final par le corps estudiantin. Pour illustrer le propos, prenons un exemple simple : imaginons un étudiant débutant un cursus en sciences politiques. Avec l’ajout au cursus du cours « Droit Constitutionnel I », le premier semestre comporte 33 crédits, soit 3 de plus que la norme prévue et conseillée par la faculté des SES. Étant donné que le cours d’économie qui nous intéresse est à 9 crédits, comme vieux cadavre de la licence, le seul fait de le rater inclue un redoublement sine qua non. Sauf qu’échouer son année universitaire n’était pas encore le fait d’avoir une note comprise entre 3 et 4, mais bien d’en avoir une en dessous de 3. Surtout que ce cours est particulièrement réputé pour ne pas être partie déjà jouée. Comment alors un tel trou a-t-il pu se manifester dans cette mécanique administrative pourtant si bien rodée ? Selon la conseillère aux études Valérie Vulliez, contactée par e-mail, ce cours « est offert par le département d’économie politique qui en défini le contenu et le nombre de crédits qui lui sont attribués » et a « de tout temps représenté un nombre de crédits importants en première partie, que ce soit en Licence ou en Bachelor ». Ce

ne sont donc ainsi pas les départements concernés par leur Bachelor qui fixent le nombre de crédits, ni le choix de leurs cours mais c’est une « offre » proposée par chaque département, ici celui d’économie politique. Et qui ne veut vraisemblablement pas vouloir se remettre en question par rapport au cas donné. Dans le même moment, il serait vainement spéculatif de s’imaginer qu’un tel oubli soit le fruit d’une volonté cachée de nettoyer quelques sièges à Uni-Mail, autrement dit de vouloir faire un examen sanction pour éliminer d’office des étudiants ne connaissant, pour la plupart, qu’à peine le système universitaire. Quel serait donc le but d’une telle opération pour la faculté des SES ? Aucun, à première vue. Malheureusement, il serait trop facile de juger aussi vite un élément aussi important que le débat sur l’accès aux études. On pourrait seulement donc soupçonner une certaine volonté de la faculté de limiter l’accès à la deuxième année et de rendre cette dernière plus difficile. Et ce notamment grâce aux nouveaux Articles 16 et 17 du règlement interne de la faculté1 qui stipulent une nouvelle limite à la conservation des notes basée non plus sur la moyenne, mais sur le système des crédits ECTS. On ne peut donc que déplorer cette « inaction » de la part de la faculté des SES. Il est pourtant tout aussi difficile d’imaginer une sortie du problème puisque le statu quo semble dominer au sein de l’organe participatif de la faculté, le conseil participatif2. Pis, la question n’a même pas été abordée officiellement...

(photo : Mateo Broillet)

Au royaume de Bologne, où la papauté sur créance semble régner, cette question fait mal. Il est bien facile de s’imaginer les nouvelles problématiques qu’impose cette réforme au sein de l’université. Celle-ci, comme une autre, en est une. L’unique transgression est qu’elle soit ad-hoc aux précédentes. La porte reste donc ouverte....

1 http://w w w.unige.ch /ses/formationi nitia le/ 1 Bachelor/BAreglements.html 2 On ne saura que trop vous conseiller de lire les 2 procès verbaux des séances ; http://www.unige.ch/ 2 ses/faculteSES/Organisation/Conseils.html#23

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27


LES URBAINES

URB. 1

Le quartier de la Jonction porte dr™lement bien son nom. Il sÕenfuit dans tous les sens, Žtend ses longues rues du c™tŽ du bois de la B‰tie, des Acacias et du Quartier des Bains et sÕoccupe de les relier. LÕancienne zone de cultures mara”chres de la Ville de Genve, situŽe ˆ la jonction (tiens!) entre le Rh™ne et lÕArve, est devenu un quartier industriel, riche en petits repres culturels intŽressants. De jolis noms pour de jolis lieux, allons y jeter un coup dÕoeil dÕun peu plus prs... De son rŽcent passŽ industriel, le quartier a, par exemple, gardŽ lÕancienne usine de robinetterie Kugler. LÕusine qui devait dÕabord servir ˆ accueillir lÕEcole dÕArchitecture, a ŽtŽ revendue ˆ lÕEtat. Certains locaux seront aussi donnŽs aux Beaux-Arts. Associations et squatters y cohabitent pendant un certain temps puis doivent se battre pour conserver les lieux. AujourdÕhui, lÕUsine Kugler abrite 5 associations ˆ buts artistiques et culturels, ainsi que leurs ateliers. Parmi elles, lÕEspace Kugler (19 avenue de la Jonction), espace dÕexposition autogŽrŽ et autofinancŽ, se voulant Çun espace dÕexpŽrimentationÈ qui donne Çla prioritŽ ˆ la jeune crŽation de la rŽgion genevoiseÈ.

Ah, oui. Il y a une autre Usine (4 place des Volontaires) dans le coin. Bastion et vestige de la culture alternative genevoise, Žgalement antre de concerts et soirŽes de qualitŽ, quÕon ait envie de faire un tour au Zoo pour voir se dŽcha”ner toutes sortes dÕanimaux ou dÕaller se faire une toile au Spoutnik, salle de cinŽma aux vrais canapŽs et abats-jour anciens, qui nous envoie tout droit dans un autre univers. Mais celle-ci dÕUsine, on la conna”t plus ou moins bien. La Parfumerie (7 ch de la Gravire), aussi issue du carcan industriel local, est un collectif de quatre compagnies indŽpendantes de thŽ‰tre et de danse qui occupent les locaux dÕune ancienne parfumerie au bord de lÕArve. On y voit donc dŽfiler rŽpŽtitions en tous genres, pices de thŽ‰tre, spectacles de danse, mais aussi festivals et soirŽes. CÕest notamment un des lieux qui accueillera le Mapping Festival du 7 au 13 mai, festival de V-jing, o lÕon pourra apprŽcier performances audiovisuelles et divers spectacles avant dÕaller prendre un verre au Grand CafŽ de la Parfumerie et/ou dÕaller rejoindre lÕUsine (pas Kugler, lÕautre).

SEL RU IAB SEN

De son passŽ de zone mara”chre, le quartier conserve sa dernire ÇChampignonnireÈ (4 Rampe Quidort), situŽe ˆ la rampe Quidort, sous les anciennes falaises, construite sur des gravires abandonnŽes, qui servait autrefois ˆ la culture de champignons de Paris. JusquÕau mois de dŽcembre dernier, cette grotte accueillait diverses soirŽes et concerts. Les sorties de secours et autres standards de sŽcuritŽ nՎtant plus vraiment au gožt du jour, le lieu est fermŽ aux oiseaux de nuit, jusquՈ nouvel ordre. Autre recoin, autre saveur, le Cabinet (54 bd St.-Georges), le cafŽ culturel encore tout jeune et tout pimpant puisquÕil est nŽ il y a quatre ans pour remplacer le CafŽ de lÕEspoir, rencontre un joli succs. Il faut dire que le concept est sŽduisant : un cafŽ o lÕon peut manger ˆ midi pour pas trop cher, qui offre des tapas ˆ lÕapŽro et qui propose des tas de rendez-vous mensuels ou ponctuels. Le lieu offre ses murs ˆ de jeunes illustrateurs, peintres, dessinateurs pour exposition, sa grotte pour des concerts, des lives, des dj-sets et des spectacles, son cafŽ pour des vernissages, des lectures et confŽrences dans une ambiance trs cafŽ littŽraire. Et comme si a ne suffisait pas, une fois par mois, le cafŽ est plongŽ dans le noir pour une sŽance cinŽ, voire un

cycle de films autour dÕune thŽmatique, et si lÕon vient jeter un oeil un dernier dimanche du mois, on aura la chance de dŽguster une cuisine toute particulire concoctŽe par un invitŽ. Ouf. Voilˆ, cÕest tout. Deux endroits du coin valent encore le dŽtour, la Maison des Falaises (nom inspirŽ par les falaises qui surplombaient le quartier) et le VŽlodrome. Le VŽlodrome (3 rue du VŽlodrome), rŽsidence secondaire des ex-artistes dÕArtamis, Žtait lÕancien centre artisanal de la Jonction. Il sert depuis quelques annŽes ˆ loger les nouveaux ateliers (environ une trentaine) de ces artistes. A voir aux Falaises ; les concerts qui y sont organisŽs de temps en temps (en automne dernier Glass Candy & Desire y ont fait un dŽtour apprŽciŽ).

Anciennes usines, ex-centre artisanal, parfumerie, la Jonction ou lÕart du recyclage de lieux, pour le bonheur de nos oreilles, de nos yeux et de nos sorties genevoises.

URB. 2

LES UR BAI NES


cdHFNQS@AÊM

7:GA>C:C<G6H Igor Tabˆn s'est rendu ˆ Berlin un peu par hasard. Dilapidant

son hŽritage, une fortune colossale, et poursuivant ses inspirations d'Žcrivain ratŽ, il est loin de s'y sentir comme un poisson dans l'eau. Au bout d'une nuit sans fin dans la cave

URB. 3

d'un club nihiliste post-soviŽtique, il s'effondre ivre mort sur un trottoir. Un passant rŽcupre son carnet de route...

-----------------------------------------------Je ne me sens pas très bien ici. Pourtant

Je suis d'accord avec l'idée d'imaginer que

à lui même, il pousse à faire, à agir. Je me

communiste ont tout de même raté une

l'air de Berlin est magique. Presque créateur suis

encore

retrouvé

cloisonné

dans

Kreuzberg, le quartier alternatif de l'Ouest. Eh bien oui, il existe encore deux Berlin. Alors que le mur est promener

autour

de

tombé, et que se

la

Spree

ne

nous

indique presque plus qu'il fût un temps où la ville se coupait en deux. Pourtant, d'un

côté à l'autre, ce n'est toujours pas la même atmosphère.

L'air est plus doux à l'est, toujours plus tentant.

Dans

cette

ville

tuméfiée

de

nombreuses fois le siècle dernier, pourtant

si fière de sa jeunesse retrouvée, il est encore

difficile

de

croire

qu'on

puisse

ceux

qui

sont

"ostalgiques"

de

l'époque

case historique. Malgré ça, il m'est encore

difficile de juger, vu que je ne connais pas les lieux. Je les fréquentes seulement. Et c'est ça, Berlin: Fréquenter. Nous

sommes

faisons

que

de

passer,

passage que

ici.

Nous

consommer.

ne

On

oublie vite ce que l'on a fait. On récupère et

on agit de nouveau, on déconstruit, et on

reconstruit. Berlin me fait penser à un Lego géant

auquel

anciennes

on

ne

constructions.

touche Bloc

pas

par

les

Bloc,

cette ville n'existe que comme ça, carré par carré, elle touche terre.

penser cela. Des trous partout. Des terrains

Mais trop souvent, un coup de vent ramène

dans une ville impasse. Une cloque éclate et

peut être un peu trop vite...

vagues qui me laissent penser que je suis laisse une cicatrice. Cependant, ici, il y en a partout.

dans le plus grand des déserts, on l'oublie

SEL RU IAB SEN

Lhinsdo`qL`sdnAqnhkkds

Menu du mois: Pour commencer, petite interlude musicale: Deux groupes du moment, piments ˆ notre soupe. A savoir, le doux mŽlange Žlectro de deux Žtudiants new yorkais: Cults. -> L'album est disponible en tŽlŽchargement gratuit: http://cults.bandcamp.com/. A dŽcouvrir ensuite: The Whitest Boy Alive. Si vous passe l'envie de penser ˆ autre chose que la ligne bleue de votre cahier de droit administratif. Une bonne dose mentholŽe, voilˆ le grand cru du Chef. En passant, n'oubliez pas d'Žcouter le dernier album de Sophie Hunger intitulŽ Ç 1983 È, d'une grande intimitŽ!les chansons folk-acoustiques de la suissesse parcourront peut-tre vos nuits d'ŽtŽ. Votre appŽtit culturel n'est sžrement pas comblŽ. Alors si vous ne vous tes pas encore rendu ˆ l'exposition Villa Sovietica du MEG, n'hŽsitez plus. Une stimulation physique est garantie sur l'ambiance soviŽtique par l'installation d'objets propres au temps du gris permanent. Autrement, une visite au MusŽe pour la photogaphie de l'ElysŽe, ˆ Lausanne, est ˆ envisager rapidement. L'oeuvre polŽmique de l'amŽricaine Sally Man vous plongera au coeur de votre enfance et de son inconscience. -> www.elysee.ch

Pour le dessert, on vous souhaite un tour sur les pages web suivantes : Chatroulette -> http://chatroulette.com Le principe de base est assez simple : deux webcams s'interposent l'une face ˆ l'autre... ‚ela vous rappelle peut tre le dernier skype avec votre copine ? Mais dans ce cas, votre webcam vous ramne devant un/une inconnue... A essayer en groupe, ou seul tard le soir. Ce site fait l'objet d'une vidŽo intŽressante, mme artistique, lorsqu'un pianiste dŽcide d'interagir avec son public et... la personne derrire l'Žcran. Rechercher Ç Ode to Merton È sur YouTube. Enfin, le 30 avril et le 28 mai, les Critical Mass printanires s'annoncent peuplŽes et sympathiques. DŽguisezvous et rejoignez avec votre vŽlo la foule ˆ 18 heures au Pont des Bergues en face de l'”le Rousseau afin de semer un peu de chaos en ville...

URB. 4

L'HUMEUR D'UN JOUR

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Le Bouquin Oqnonro`q@tcdEdkk`x

I]Z6hXZcid[bdcZn A financial history of the world Niall Ferguson

Fascinant et accessible, Ç The Ascent of money È est un Ç must read È ! Ç Pognon È, Ç fric È, Ç oseille È, quel que soit le nom que vous lui donniez, lÕargent revt aujourdÕhui plus que jamais une importance cruciale, dŽcidant de notre ascension ou de notre dŽclin. En proie ˆ la plus grande crise financire depuis la Grande DŽpression, le monde se demande si son argent nÕest pas plus en sŽcuritŽ dans un matelas que dans une banque. Quelle est la cause de ce Ç tsunami È Žconomique ? Avant de pouvoir en dŽterminer les origines, il semble indispensable de comprendre dÕo proviennent les institutions qui fondent aujourdÕhui la finance

mondiale. Dans son livre Ç The Ascent of money È, Niall Ferguson relate lՎvolution de la finance, de Babylone ˆ Wall Street, de John Law ˆ George Soros, des obligations aux Ç subprimes È, nous rŽvŽlant lÕhistoire (financire) se profilant sous lÕHistoire. De la bulle spŽculative qui provoqua la RŽvolution franaise ˆ lÕimpact dŽcisif des Rothschild dans lÕissue des guerres napolŽoniennes, Ferguson nous prouve ™ combien Ç The Ascent of man È est liŽ ˆ Ç The Ascent of money È.

Conception : Adrien & Matthieu Heiniger

LES UR BAI NES

La Goulache culturelle



International ink 08