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INTERf@ce > ACTEUR


éDITO

le magazine économique

caribéen

Directeur de la Publication Patrick Saint-prix. Directrice de la Rédaction & DVP : Rania Souhlal dg@interface-medias.com

éditori@l Cette reprise tellement attendue passe

Journalistes & Pigistes : Gaelle Picut; L.H, Estelle Gasnet, M. Maudet., Marie-France Grugeaux, Sandra Berté, Caroline Gomes.

aussi par la poursuite du grand chantier sur l’environnement durable. EDF perpétue inlassablement son action d’éducation auprès des entreprises pour leur permettre

Corrections : Corlet. Credit Photos : France Antilles/Jean Guy Cauvert, Jean Michel Planchat (1 ère de Couv), Interreg, D.R, Conseil Régional Guadeloupe, BMV, Terre d’image, Barret, Simax Communication, GTCM.

de faire le bon choix énergétique.

L

a reprise tarde à venir ! Et pourtant, au-

Naturellement, ce numéro consacre ses pages

rais-je tendance à dire, cette reprise

aux actions internationales, alors que le déve-

on la sent, on la voit frémir dans tous

loppement du tourisme aux Antilles reste un

les secteurs d’activité, par toutes les ini-

axe prioritaire décrété en janvier dernier par Mr

tiatives personnelles et collectives. Comme

le Président Nicolas Sarkozy.  

Régie Publicitaire & Abonnement : contact@interface-medias.com

à son habitude, Interf@ce aborde les problèmes de fonds communs aux trois Dépar-

Dans cet esprit, le Comité Martiniquais du

Site web : Interface-medias.com

tements Français d’Amérique (DFA). Dans

Tourisme accompagné d’une délégation

ce numéro, il sera question d’éducation, de

de professionnels de la Martinique ont

Maquette/Création Graphique : Samy1K : Directeur Artistique denis.leclerc75@gmail.fr Impression : PRIM - Guadeloupe éDITEUR : Medias Invest S.A.R.L Centre d’Affaires Agora Z.A.C Etang Z’abricot Bât. A, 4 ème étage 97200 Fort de France - Martinique Tél.: + (596) 596 56 66 90 Fax : + (596) 596 54 27 34 Email : contact@interface-medias.com

formation et d’intégration de la jeunesse. Le

participé au Seatrade de Miami, le salon

ministre de l’Education Nationale, Luc Cha-

mondial des compagnies de croisières et

tel a accepté de répondre à certaines de nos

armateurs. L’objectif était de repositionner

interrogations. Il nous fait part des priorités

et de vendre la destination de l’île. « Marti-

du gouvernement avec au premier plan la

nique is back » voici le slogan qui a su atti-

lutte contre l’illettrisme,l’accompagnement

rer au Seatrade, des clients et des parte-

des élèves en échec ou en difficulté scolaire,

naires potentiels. Lesquels ont compris la

l’intégration des langues dans le cursus

détermination des acteurs du tourisme et

scolaire ! Ceci pour mieux préparer les fu-

des politiques locaux à leur donner entière

tures générations à appréhender le marché

satisfaction.

mondial qui se profile à l’horizon. Dans nos rubriques habituelles, la cooMais la formation ne s’adresse pas unique-

pération régionale a toujours une place

ment aux jeunes, c’est d’ailleurs tout le tra-

de choix, cette fois-ci y est développé

vail entrepris depuis de nombreuses années

les actions positives d’Interreg, dans la

par la Chambre de commerce et d’indus-

Caraïbe, en faveur des entrepreneurs. Je

trie de Martinique (CCIM). Dans une inter-

me réjouis de la renaissance de l’île voi-

view accordée à Interf@ce, son président

sine, Haïti, inaugurant son premier bâti-

explique le fondement de ces choix : for-

ment reconstruit depuis le séisme de 2010.

mation des cadres locaux, des cadres

J’encourage en tant qu’actrice de cette

supérieurs et actions en faveur du multi-

reprise économique, la création de réseaux

linguisme. Le tout dans un contexte très

d’affaires et d’investissement comme le

difficile à l’heure où la chambre consulaire

fait Outre-Mer Network qui propose sur la

CPPAP & ISSN en cours Marque déposée à L’INPI N°013126312

vit la réforme nationale des CCI, mais aussi

toile des soirées Networking afin de mettre

la fin de sa concession portuaire et aéro-

en relation des chefs d’entreprise, des

portuaire, soit une baisse globale de 30%

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salariés, des porteurs de projets et des

de son budget. La région Guadeloupe de

investisseurs éventuels.

son côté va débloquer près de 10 millions d’euros à destination des jeunes de 18 à

Et bien sure, retrouverez les rubriques ten-

25 ans, alors que la Martinique va accueillir

dance et culture pour vous offrir l’évasion

sa première école de la deuxième chance,

le temps d’un instant !

à Trinité.

Rania Souhlal


INTERF@CE NUMéro 4

03

L’INTERFACE 06 05 12 14

20

. . . .

AVRIL/JUIN 2011

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AGENDA : Conférence débat UAG INVITIté : Entretien LUC CHATEL INITIATIVE : Formation et integration FOCUS : RELANCE DU TOURISME Aux antilles

ACTEURS

48 . haiti : le symbole de la rennaissance 50 . Interrreg : Invest Karaib 53 . consul de sainte lucie : coopération

56

20 . FIBandco à l’international 22 . ccim : Son président s’exprime 26 . BNP PARIBAS : Son bilan 2010

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FORMATION 29 30 33 37

39

. . . .

62

TENDANCES 62 . Idées pratiques 63 . HIGHTECH 64 . la methode silva

65

39 . AVI OFFICE : environnement et énergie 40 . EDF : éfficacité énergétique

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ENJEUX 56 . AIR FRANCE 2012 : ses projets 58 . SEATRADE MIAMI : il fallait y être

UAG : Visite de valérie pecresse ECOLE DE LA 2° CHANCE CCI & Université de sherbrooke Donner des ailes à la jeunesse

ENVIRONNEMENT

CARAIBES

CULTURE 65 . LES JACOBIN NOIR : revisite la négritude 66 . MIX’ART : martinique 2011

REGION 43 . Outre mer network : un reseau d’affaire 44 . Interreg : Bâtir ensemble la grande Caraïbe 46 . Conseil général : carib Risk Cluster s’exporte

www.interface-medias.com


Agenda

« Conférences »

Conférence débat

du 20 AVRIL 2011 à 17 H a l’université Antilles-Guyane

Le plurilinguisme : un atout au service de l’entreprise Les « plurilingues » sont en effet comme portés par une langue maternelle (ou matricielle) qui s’ouvre progressivement aux imaginaires des autres langues, ce qui les fait se confronter à la relativité de leur culture, à son incomplétude fondamentale, à son besoin de l’autre-langue/culture.

N Conférence à l’Université Antilles-Guyane.

L

a mondialisation de l’économie et l’accélération des échanges ont fortement contribué à rendre incontournable la maîtrise d’une ou de plusieurs langues étrangères. Désormais les parents ont à cœur de donner à leurs enfants les moyens de s’approprier très précocement une langue étrangère pour renforcer leurs chances de bénéficier d’une insertion professionnelle réussie. De même des cadres en exercice, tout autant que des employés et des agents de toutes catégories, entreprennent de renouer avec l’apprentissage des langues étrangères dont les souvenirs scolaires restent trop souvent flous et incertains, pour être plus à même d’évoluer dans leurs carrières, voire de décrocher un poste à l’international.

I

l ne fait pas de doute que dans un tel contexte l’imaginaire du plurilinguisme reste prégnant : chacun se plaît à se réinventer bilingue, évoluant aisément d’une

langue à l’autre, sans frein ni entrave. On peut cependant s’étonner que l’aspiration à la maîtrise des langues étrangères apparaisse tout à la fois comme centrale et périphérique. Centrale, car l’envie de s’approprier la langue est réelle ; périphérique en ce que les candidats à l’apprentissage d’une langue ont souvent envie de maîtriser cette langue étrangère comme atout supplémentaire sur leur CV, sans envisager pour autant d’en faire leur métier ni de valoriser les atouts qu’offre une telle expérience. S’il en est ainsi, c’est qu’on oublie trop souvent qu’apprendre une langue étrangère ne se résume pas à accumuler du vocabulaire, à enregistrer des règles de grammaire ou à avoir une connaissance globale des us et coutumes du pays. Un tel apprentissage suppose au contraire une capacité particulière à entrer en relation avec l’autre (Edouard Glissant n’est pas loin), dans le respect de sa singularité et de sa différence.

A

pprendre une langue est donc d’abord une expérience de l’altérité, une démarche de décentrement, de renoncement à la toute-puissance de sa culture, de son « soi ». Si l’on abordait l’apprentissage sous cet angle, plutôt que sous celui de la conquête de nouveaux territoires (je maîtrise ta langue, donc je te maîtrise, toi), il apparaîtrait évident que les « plurilingues » sont des personnes qui disposent en quelque sorte de pré-compétences interculturelles, qu’il s’agisse de communication, de médiation, de dialogue interculturels.

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www.INTERface-medias.com > agenda

ombre d’entreprises se privent à tort de potentiels aussi singuliers, simplement parce que l’accent est mis sur la maîtrise linguistique, plus que sur les compétences interculturelles qui l’accompagnent et lui donnent sens. Un diplômé en langues étrangères est aussi, voire d’abord, un passeur de cultures, un expert en matière de dialogue intra-culturel et interculturel, capable d’instaurer entre les personnalités et les profils multiples qui s’entrecroisent au sein d’une entreprise, un climat de tolérance, d’écoute et de respect mutuels. A l’heure où le quotient émotionnel (QE) est en train de concurrencer le quotient intellectuel (QI), où un des critères essentiels de la bonne santé d’une entreprise est la qualité des conditions de travail, garant de la convivialité qui y règne, les diplômés en langues et cultures étrangères gagneraient à être courtisés par les présidents directeurs généraux.

Q

u’il soit question de mener à bien des activités de traduction, d’interprétariat, de rédaction ou de communication en langue étrangère, partout, ces diplômés sauront aller au-delà de la dimension technique pour entrer dans la dimension symbolique qui structure tous les échanges humains. De même, leur savoir-faire en matière de connaissances des profils culturels, de kinésique, d’imaginaires et de représentations historico-culturelles pourront être mis à profit pour appréhender tout un chacun dans sa spécificité sans l’y enfermer ni l’y réduire pour autant. Il y a là une vraie richesse pour l’entreprise de demain qui se veut tout à la fois rentable et humaniste.

Ƿ ǷCorinne Mence-Caster, Doyenne de la Faculté des Lettres et des sciences Humaines.


Conférence débat du 26 mai 2011 à 17 H a l’université Antilles-Guyane Problématiques littorales : la baie du Marin en exemple Pascal Saffache - Président de l’université Antilles Guyane.

Parce que la survie d’une île passe aussi par la protection de ses baies et notamment de celle de ses coraux. En Martinique, la baie du Marin pourrait faire l’objet d’une protection spécifique et donner lieu à la formation de vrais gestionnaires des espaces côtiers.

D

’une superficie de 11 km 2 environ et d’une profondeur maximale de - 45 m, la baie du Marin est la plus belle échancrure de la côte méridionale de la Martinique. Jadis considérée comme un sanctuaire floristique et faunistique, cette baie est aujourd’hui un réceptacle où s’accumule un important volume sédimentaire. L’accès au port de plaisance le plus important de l’île devenant de plus en plus difficile, la municipalité s’est prononcée en faveur d’un dragage. Une opération coûteuse et en l’absence d’experts locaux, la Direction régionale de l’environnement (DIREN) a annexé son autorisation aux résultats de plusieurs études d’expertise. Ces dernières présentent un intérêt stratégique, car les solutions envisagées pourraient être appliquées à d’autres baies, comme celles de Port-au-Prince (Haïti), de Castries (Sainte-Lucie), ou encore de la Havane (Cuba).

Les raisons d’un désastre La baie du Marin est entourée de versants (20  km2 environ) dont la fragilité ne résulte pas de l’inclinaison, mais de la nature des sols. Il s’agit de versants argileux, constitués de particules de très petite taille (un micron environ) faiblement agrégées entre elles. Ces dernières étant très sensibles à l’eau, elles se dispersent facilement sous l’action des gouttes de pluie. En cas de ruissellement, de grandes quantités de particules terrigènes peuvent ainsi être mobilisées, même si les pentes sont faibles. Les versants qui enserrent la baie étant fortement inclinés, les volumes sédimentaires exportés sont généralement importants. Ces versants sont d’autant plus fragiles que la commune du Marin a connu une croissance démographique de 14,6 % au cours de la dernière décennie. Le bourg ne pouvant accueillir cet afflux massif d’habitants, les quartiers périphériques se sont densifiés ; en 10 ans, 760 permis de construire ont été délivrés. Sachant que ces constructions individuelles occupent une superficie moyenne de 150  m2, ce sont environ 12 ha qui ont ainsi été défrichés. La construction de maisons individuelles ne suffisant pas à loger tous les nouveaux arrivants, plus d’une dizaine de lotissements furent réalisés sur une surface moyenne de 8 ha. Au total, 20 ha furent défrichés et exposés aux précipitations. L’agriculture a aussi fragilisé les sols, puisque entre 1979 et 1990, la mise en place d’un périmètre irrigué a permis le développement de cultures maraîchères sur une centaine d’hectares.

Ces cultures ne protégeant quasiment pas le sol, l’énergie cinétique des gouttes de pluie s’y est exercée pleinement. Ainsi, ce sont 3 000 tonnes de sédiments environ qui s’accumulent annuellement dans la baie du Marin favorisant l’exhaussement des fonds.

Protéger les fonds marins Ces caractéristiques, qui perturbent le développement économique de cette baie, sont très fréquentes dans la Caraïbe. En Haïti, par exemple, les problèmes de malnutrition poussent les agriculteurs à cultiver des pentes de plus en plus fortes et, en l’absence d’amendement, à pratiquer le brûlis qui favorise l’érosion. C’est ce qui explique que dans la baie de Port-au-Prince, les sédiments terrigènes fossilisent les fonds marins sur plus de 20  m d’épaisseur. La dynamique n’est pas différente à Cuba, où l’utilisation non rationnelle des versants (culture dans le sens de la pente, mitage de l’espace, etc.) entraîne une hypersédimentation côtière synonyme de nécrose des platures coralliennes. Après de fortes pluies, d’importants panaches turbides sont d’ailleurs visibles dans la baie de la Havane et dans la partie orientale de celle de Cienfuegos. Des mesures adaptées devraient donc être initiées, mais pour ce faire encore faut-il pouvoir disposer de gestionnaires convenablement formés.

Un master de Gestion et Expertise des milieux littoraux Pour résoudre ces problèmes, mais plus globalement pour disposer de personnes

ressources (habilitées à gérer durablement les zones côtières), l’université des Antilles et de la Guyane s’est dotée d’un parcours de Master intitulé  : « Gestion et expertise des milieux littoraux ». Ce parcours accueillera en septembre 2011 tous les étudiants français ou étrangers titulaires d’un bac+4, ainsi que les professionnels (titulaires d’un bac+3) qui justifieront d’une expérience minimale de 5 ans dans le domaine. L’objectif est d’apporter à ces futurs opérateurs de terrain un ensemble d’outils et de techniques susceptibles de leur permettre d’obtenir une vision holistique et non plus seulement synoptique des problématiques littorales. C’est la raison pour laquelle ils suivront des enseignements en sciences exactes et naturelles (océanographie, géomorphologie, cartographie),en sciences sociales et juridiques (économie, gestion, aménagement, sociologie, droit, etc.), ainsi qu’en langues (anglais et espagnol). Cette formation théorique, suivie d’une période de stage de plusieurs mois, leur permettra de mettre en application leurs acquis et surtout nous permettra d’obtenir de vrais gestionnaires des espaces côtiers. Pour information, l’Association des Etats de la Caraïbe (AEC) estime que l’un des freins au développement de notre aire géographique est le manque de formation de ses ressortissants. Pascal SAFFACHE Président de l’Université Antilles Guyane. Contact : Médias Invest +596 (0) 5 96 56 66 90

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INTERf@ce > ACTEUR


INVITÉ

« Entretien »

Entretien

Avec Luc Chatel

Ministre de l’éducation nationale

Photo D.R.

Luc Chatel, Ministre de L’éducation Nationale.

La violence au sein des établissements publics est en constante augmentation aux Antilles, quels seront les moyens à mettre en œuvre, par votre Ministère, afin d’accompagner les Recteurs d’Académie sur le terrain? Je me suis engagé, lors des États généraux de la Sécurité à l’École, à garantir la sérénité de l’ensemble des établissements scolaires. C’est un travail de longue haleine. Faire reculer la violence en milieu scolaire suppose une mobilisation de tous les instants. Il faut remettre la règle au cœur de la vie scolaire pour mieux responsabiliser les élèves. Ainsi, j’ai souhaité que soient systématisés à la fois le déclenchement des procédures disciplinaires, en cas de violence verbale, et la tenue d’un conseil de discipline dans les cas de violences physiques à destination des personnels et la généralisation. J’ai également voulu qu’on institutionnalise les commissions de vie scolaire. En parallèle, il faut responsabiliser les élèves,

par des mesures d’utilité collective alternatives aux sanctions, et rendre à l’exclusion son caractère exceptionnel.Tous les établissements scolaires du second degré des Antilles ont fait l’objet d’un diagnostic de sécurité et les deux académies ont été dotées d’équipes mobiles de sécurité (EMS). J’ai d’ailleurs annoncé le renforcement de ce dispositif en Guadeloupe avec le déploiement de 5 postes supplémentaires. Je rappelle que la mise en place des EMS est une étape importante dans la mise en œuvre du dispositif de sécurisation des établissements scolaires. Avec elles, nous nous dotons désormais des moyens d’agir rapidement et efficacement sur le terrain de la violence : d’abord parce que les équipes mobiles de sécurité ont une mission de prévention, lorsque des tensions surviennent dans un établissement ; ensuite parce qu’elles ont une mission de sécurisation, en venant prêter main forte aux équipes de l’établissement ; enfin parce qu’elles ont une mission de restauration de la confiance, du dialogue et de l’autorité. Ces équipes agissent en étroite liaison avec les policiers ou gendarmes référents et avec les forces de sécurité, en liaison aussi avec les autorités préfectorales. Leur pouvoir s’arrête là où commence celui des forces de sécurité. La sérénité scolaire est une condition de la réussite scolaire. C’est un bien commun, un bien précieux et nous nous donnons les moyens de l’assurer grâce à une action concrète, pragmatique et complémentaire de celle que mènent déjà les chefs d’établissement.

Dans ces deux îles, le taux d’illettrisme reste élevé. Dans ce contexte, le renforcement de l’accompagnement éducatif prévu dans les écoles primaires est-il plus important que dans d’autres régions de France ? Face à cette situation dramatique, il faut absolument que nous réagissions. A l’occasion de ma visite du Salon du Livre, le 29 mars 2010, j’ai présenté un plan national pour prévenir l’illettrisme et susciter le goût de la lecture. L’objectif de ce plan, qui doit être décliné aux Antilles , consiste à  mettre en oeuvre une prévention précoce, dès l’école maternelle. Des actions, aussi bien en maternelle qu’au primaire, doivent être menées : apprentissage méthodique du vocabulaire, apprentissage par cœur de textes pour stimuler la mémoire,   lecture de textes de qualité suscitant le plaisir et favorisant la concentration, aide personnalisée. A ma demande, les recteurs ont désigné, dans chaque académie, un référent pour la prévention de l’illettrisme. Par ailleurs, le président de la République a annoncé, lors du CIOM du 6 novembre 2009, un vaste plan de lutte contre l’illettrisme outre-mer. Décliné localement, il a pour objectif de diminuer de moitié en dix ans l’écart entre les Antilles et la métropole en matière d’illettrisme, par des mesures concrètes, telles que la scolarisation effective à 100 % des enfants de trois ans, la multiplication de la création « d’écoles des parents » ou bien le recours aux langues régionales (dont le créole) pour faciliter l’apprentissage. C’est dans ce cadre qu’il

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INVITÉ

Photo D.R.

a été décidé d’étendre progressivement l’accompagnement éducatif, actuellement mis en œuvre dans les écoles de l’éducation prioritaire, à l’ensemble des écoles antillaises ; Des crédits supplémentaires ont été mobilisés à ce titre. Dès le 1er Avril prochain, un suivi individuel pour les élèves en difficulté sera mis en place afin de lutter contre le décrochage scolaire : quels seront les résultats attendus ? Le plan « Agir pour la jeunesse », annoncé par le Président de la République le 29 septembre 2009, a fait de la lutte contre le décrochage une priorité nationale. Lutter contre ce fléau qui conduit chaque année 120 000 jeunes à sortir du système éducatif sans diplôme implique une action déterminée et la mobilisation coordonnée de tous les acteurs   de l’éducation, de la formation et de l’insertion des jeunes. Pour répondre à ces enjeux, le ministère de l’éducation nationale, de la jeunesse et de la vie associative, placé au cœur du dispositif, a engagé une action volontariste. Au titre de la prévention d’abord, le ministère poursuit ses réformes destinées à créer les conditions d’une orientation progressive et réversible.Cette action de prévention s’accompagne d’une amélioration significative du repérage des jeunes qui ont quitté le système éducatif sans diplôme. Un système interministériel d’échanges des informations (SIEI) a été élaboré par les services du MENJVA en lien avec ceux des ministères de l’Em-

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ploi et de l’Agriculture. Le SIEI qui a reçu l’autorisation de la CNIL est aujourd’hui opérationnel. Il permet d’établir la liste des jeunes de plus de seize ans sortis prématurément du cycle de formation dans lequel ils étaient engagés. Afin de permettre une prise en charge rapide et adaptée de ces jeunes, une action résolue a été engagée pour organiser les partenariats entre acteurs de l’éducation, de la formation et de l’insertion. Des plateformes de suivi et d’appui aux décrocheurs sont en cours de généralisation sur l’ensemble du territoire. Mises en œuvre et coordonnées sous l’autorité des préfets en lien avec les autorités académiques, ces plateformes rassemblent au niveau local les responsables de l’éducation nationale, de l’enseignement agricole, des CFA, des missions locales, du service public de l’emploi (SPE), du réseau d’information jeunesse… ainsi que les collectivités territoriales compétentes. Enfin, l’objectif de la lutte contre le décrochage consiste avant tout à réinscrire le jeune dans un parcours de formation, d’accompagnement ou dans des activités   destinées à préparer au mieux son entrée dans la vie active. Le développement de dispositifs diversifiés dits de « seconde chance »  contribue à apporter des réponses personnalisées à chaque jeune. A travers cette action globale, l’objectif est que des réponses rapides, adaptées et coordonnées soient proposées à tous les jeunes en rupture de formation.

www.INTERface-medias.com > invité

Il existe déjà l’école de la deuxième chance pour les jeunes en échec scolaire. Aujourd’hui vous parlez de créer un établissement de réinsertion scolaire pour les élèves difficiles, dans quel but? Les Etablissement de Réinsertion Scolaire (ERS) constituent une solution intermédiaire entre les dispositifs relais, fondés sur l’accord des familles, et les centres éducatifs fermés (mesure judiciaire) ; ils s’adressent à des élèves sous obligation scolaire (moins de 16 ans). Les élèves y sont affectés par une commission départementale et sont accueillis du lundi au vendredi et parfois en continu entre deux périodes de vacances. Ce sont donc, dans toute la mesure du possible, des internats. Ces structures accueillent de petits groupes d’élèves ayant déjà bénéficié des dispositifs existants, ayant été exclus par conseil de discipline au moins une fois et posant toujours de gros problèmes de comportement. Les rythmes sont aménagés de telle sorte que l’apprentissage de la règle soit central, notamment par le biais de la pratique sportive intensive. Leurs activités sont centrées autour de la transmission des codes sociaux, seule garantie d’une véritable intégration dans la vie quotidienne et dans tout parcours de formation. Les ERS constituent l’une des réponses que nous mettons en œuvre pour éradiquer tous les phénomènes de violence à l’École. Ma détermination est


entière : je ne laisserai pas des élèves empêcher d’autres élèves de travailler, manquer de respect aux adultes. C’est un devoir que nous avons envers eux comme envers la société tout entière et j’ai demandé au recteur de Guadeloupe, Laurent Dever de poursuivre son travail et sa réflexion   quant à l’implantation d’un établissement de réinsertion scolaire dans l’île. Envisagez-vous, en Martinique d’ouvrir un internat d’excellence et à quelle date? Un pays qui recrute ses élites parmi 10% de sa population est un pays qui se prive de 90% de son intelligence .Toutes nos réformes, toutes les mesures que nous prenons, visent à élargir et à démocratiser nos élites. C’est un devoir moral ; c’est une nécessité économique. Les internats d’excellence constituent l’une des mesures dans lesquelles je crois le plus pour y parvenir. C’est une grande fierté de permettre à des élèves de milieux défavorisés de bénéficier d’un accompagnement pédagogique dans un environnement unique. Le Président de la République a souhaité qu’à terme soient créées 20 000 places d’internat d’excellence. Aussi, sur le modèle de Sourdun, 11 nouveaux internats ont été ouverts à la rentrée 2010. Cette dynamique se poursuivra en 2011 : 10 autres internats seront créés.La Martinique est pleinement engagée dans ce mouvement, avec actuellement 485 places offertes dans 8 établissements et 70 places labellisées dans 4 internats pré-bac. J’ai eu l’occasion de poser le 22 février dernier avec Serge LETCHIMY la première pierre du futur internat d’excellence du site Condorcet, dont les plans m’avaient été présentés l’année dernière lors de mon déplacement à Fort-de France. Il s’adressera dans un premier temps à un public  post bac ( BTS et CPGE), avec 74 places dès la rentrée 2011. A la rentrée 2014, 408 places supplémentaires (de la 6ème à la Terminale) seront ouvertes sur  le site de Ravine Bouillé: au total, ce seront alors quelque 500 élèves qui bénéficieront de ce dispositif innovant.

Une convention consacrée à l’enseignement du créole a été signée à la Martinique, comment allez-vous concilier l’apprentissage des fondamentaux  avec le créole? Je suis très sensible à l’intérêt pédagogique de cet enseignement. L’enseignement des langues et cultures régionales est assuré aux Antilles depuis plusieurs années. Dans le premier degré, un CRPE spécial créole a été créé et il y a également au moins un animateur de Langue Vivante Régionale par circonscription. Dans le second degré, on enseigne le créole dans les collèges et certains lycées, où les élèves sont peu cependant peu nombreux, alors que le nombre de ceux qui choisissent l’option au baccalauréat (LV3) est en augmentation (ils se présentent donc à l’examen sans réelle préparation). Je rappelle que, dans le cadre du plan de lutte contre l’illettrisme, le président de la République a annoncé, lors du CIOM du 6 novembre 2009, qu’il souhaitait développer le recours aux langues régionales pour faciliter l’apprentissage. L’enseignement du créole permet aux élèves de mieux comprendre ce qui relie étroitement et ce qui différencie cette langue et le français. L’étude du créole ne doit se faire ni au détriment de l’enseignement du français, ni au détriment de l’enseignement d’une langue étrangère. C’est la raison pour laquelle, si  l’heure et demie par semaine d’enseignement du créole a été rendue possible en supprimant une heure de français et une demi-heure d’activités diverses non linguistiques, nous avons beaucoup insisté sur un enseignement du créole contrastif, c’est-à-dire en comparaison permanente avec le français, afin que l’élève fasse le plus rapidement possible une claire différence entre ces deux langues, distinction tout à fait nécessaire pour un bilinguisme maîtrisé. C’est cette dimension contrastive qui permet d’estimer que l’enseignement du créole dans ces conditions est doublement profitable à l’enfant car il le prédispose à mieux apprendre aussi le français. Enfin, nous fai-

sons le pari qu’une pratique précoce de bilinguisme doit permettre des réflexes linguistiques accélérant l’apprentissage d’une langue étrangère. Le contexte géographique Caribéen où évolue les Départements Français d’Amérique n’impose-t-il pas un renforcement de l’ anglais et de l’espagnol? Il existe déjà aux Antilles des dispositifs d’excellence en matière d’apprentissage de l’anglais et de l’espagnol. En témoignent par exemple les filières Cambridge ou   Bachibac, ouvertes au lycée GERVILLE REACHE en Guadeloupe. La filière Cambridge prépare à la délivrance simultanée du A-LEVEL, équivalent du Baccalauréat britannique et du Baccalauréat français. Ainsi, la certification CAMBRIDGE ouvre de plein droit les portes des universités britanniques et anglo-saxonnes. Quant à la filière BACHIBAC, elle permet la délivrance d’un diplôme binational qui ouvre de plein droit les portes des universités françaises et espagnoles à tous ceux qui le détiennent. Pour en revenir à l’apprentissage de l’anglais, langue nécessaire dans les domaines social, économique et professionnel, il est scientifiquement démontré qu’il faut commencer son apprentissage très tôt, idéalement dès la maternelle. La maternelle est une véritable école : elle doit être le premier outil au service de l’égalité des chances qui passe par la maîtrise de la lecture, de l’écriture, du calcul ; La maternelle doit être le lieu par excellence de l’acquisition du vocabulaire. Je souhaite qu’en plus du vocabulaire français, on puisse aussi y apprendre du vocabulaire anglais. Concrètement, la maîtresse ou le maître de maternelle qui sait l’anglais assurera cet « enseignement » ; dans le cadre de la formation continue, des mises à niveau seront proposées. Ƿ Ƿ Propos recueillis par Rania Souhlal

Photos D.R.

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INITIATIVE

« Le Grand Défi »

Formation

et intégration

Le grand défi du Conseil régional DE GUADELOUPE L’enjeu majeur de ces prochaines années pour la collectivité régionale consiste à proposer une formation et du travail à de nombreux jeunes pour retrouver leur place dans la société Guadeloupéenne et devenir des acteurs positifs de leur environnement. Voilà pourquoi la Région Guadeloupe s’appuyant sur les propositions de la mission chargée de s’intéresser aux problèmes de fond de la jeunesse en déshérence, vient de prendre une première série de mesures concrètes. comme d’autres l’ont fait par le passé, mais « customisées ». Si la démarche est louable et digne d’intérêt, qu’en sera-til du résultat  : offrir quelques places de cinéma, ou la possibilité de tagguer des murs n’est que poudre aux yeux. Donner à ces jeunes une raison de se lever le matin et pas seulement pour « zoner » devient intéressant. Imposer à l’occasion des appels d’offres l’obligation d’associer aux grands travaux des chantiers écoles en contrepartie d’un salaire correct pour ces jeunes mérite que l’on s’y intéresse. A terme, cette clause d’insertion pourrait jouer sur la quasi totalité des marchés de la collectivité, soit environ 250 par an. Quand la Région décide de financer l’emploi de 500 jeunes au sein d’associations, qu’elle dépense 6 millions d’euros sur 3 ans pour que des jeunes sans qualification intègrent des entreprises d’insertion ou encore permette l’utilisation de chèque qualification jeunes, le vent de l’espoir souffle à nouveau. Que penser en revanche des 500  contrats d’apprentis-

sage supplémentaires annuels ou encore d’accorder une aide de 800 euros pour payer le permis de conduire de l’apprenti inscrit dans un CFA  ? Est-il d’actualité de former des jeunes à la conception de casiers et autre matériel de pêche alors que les derniers « rescapés » de cette profession peinent à vivre, croulant sous les dettes de leur cotisation sociale. 12  jeunes par an maximum auront la très grande chance d’être formés à la conduite d’engins non portés. C’est bien mais nettement insuffisant pour passer en deçà de la barre des 57 % de jeunes de moins de 25  ans sans emploi. Que penser de l’accès à un tarif préférentiel des transports en commun, s’il est impossible de contrôler l’utilisation de cet avantage  ? Au total ce sont 17 mesures déjà décidées pour un coût global de plus de 10 millions d’euros, certaines actions n’ayant pu être encore chiffrées. déjà décidées pour un cout global de plus de 10 millions d’euros, certaines actions n’ayant pu être encore chiffrées.

La Guadeloupe est devenue le département français où se commettent le plus d’actes de violence devant la Guyane et la Seine-Saint-Denis. Au centre pénitentiaire de Baie-Mahault comme à celui de Basse-Terre, la moitié des détenus ont moins de 30 ans. Selon la mission locale plus de 10 000 jeunes auraient quitté le système scolaire sans diplôme ni qualification, plongeant de plain-pied dans la rupture familiale et sociale.

de travail et d’investigation vient de rendre son rapport. Il s’est agit pour ses membres –  Danièle Devillers (ancienne présidente du tribunal administratif), Eulalie Surpin, Mickaël Périac, et David Dahomay, le chargé de mission jeunesse au cabinet du président de Région d’interviewer des professionnels de terrain, des acteurs publics et privés et des jeunes de quartiers sensibles. Ce travail s’est conclu par la rédaction de 40 propositions (voir encadré).

Il souhaite donc s’associer avec l’Etat, le Département et les communes pour lancer un plan d’urgence pour la jeunesse en déshérence. Un comité de pilotage prochainement mis en place sera chargé de l’élaboration de ce plan d’urgence.

Pour tenter de ralentir ce phénomène, le président de la Région Guadeloupe, à l’occasion de son discours de politique approfondie a engagé des mesures phares. Et c’est au conseiller régional Philippe Ramdini que l’on a demandé de lancer une mission sur la jeunesse en déshérence. Laquelle après 4  mois

L’objectif global est louable puisqu’il s’agit de rendre espoir et confiance aux jeunes, favoriser leur retour progressif à la vie en société, et les aider à s’insérer socialement et professionnellement. Victorin Lurel, le président de Région est certes conscient que la collectivité régionale ne pourra seule relever un tel défi.

Photo D.R : Conseil Régional de Guadeloupe.

57 % des jeunes Guadeloupéens qui ont entre 18 et 25 ans sont sans emploi. Voilà bien un domaine où d’année en année le sort de milliers de jeunes s’enlise un peu plus. Ont-ils cru que l’après 2009 serait meilleur ? Probablement pas, sinon quelques naïfs. Ils ont repris le chemin des galères et de l’oisiveté et se font de plus en plus présents, non plus seulement dans les grandes agglomérations, mais dans toutes les communes du département, entraînant dans leur sillage un climat d’insécurité si mal vécu par le quidam. Y mettre un terme ? plus facile à dire qu’à faire. Alors une nouvelle fois, une équipe compétente et dévouée va tenter de proposer des mesures « adaptées »

Il y a urgence à agir

12

www.INTERface-medias.com > initiative

Il s’appuiera sur les préconisations et les propositions du « rapport Ramdini ». Une relève attendu alors que le fameux « plan d’urgence pour la formation et l’emploi des jeunes », élaboré suite à l’accord du 4 mars 2009 entre le LKP (Liyannaj kont pwofitasyon), le préfet et les présidents du Département et de la Région, arrive à échéance le 28  février 2011 et n’a pas répondu de façon satisfaisante aux attentes de nos concitoyens. Ƿ Ƿ Propos recueillis par Marie-France Grugeaux-Etna


Les principales propositions

de la mission régionale sur lA jeunesse en déshérence. Dans le domaine de la formation et de l’apprentissage

Dans le domaine des arts, de la culture et du sport

La Région pourrait :

La région pourrait participer au développement des initiatives en matière

Revaloriser l’image des métiers de l’artisanat et de l’agriculture.

Revaloriser les aides régionales à l’apprentissage (aides à l’embauche et à la formation, ainsi que la prime d’embauche, versées à l’employeur).

Participer à l’ouverture de nouvelles sections d’apprentissage dans les CFA.

Inciter les collectivités, organismes et établis- sements publics à embaucher des jeunes en contrats d’apprentissage. Améliorer le tutorat au sein des entreprises.

Organiser, en partenariat avec l’Etat et le Conseil général, un forum sur l’apprentis- sage en présence des apprentis, des collé- giens et des lycéens.

artistique et appuyer l’action de l’ADI.

Dans le domaine de l’action sociale, de l’hébergement et du transport : La Région pourrait : Favoriser le transport des jeunes en difficultés sociale et professionnelle. Favoriser la mise en œuvre de structures d’hébergement pouvant recevoir les jeunes adultes. Accompagner plusieurs projets de prévention des conduites addictives, portés par le Réseau Addiction Guadeloupe et le GIP-AASPEG.

Développer en concertation avec le rectorat et certains CFA, avec discernement et de façonindividualisée, le préapprentissage pour les 14-16 ans en situation de rupture scolaire.

I

l faut aussi réactualiser et revaloriser l’offre de formation au regard des besoins en emplois du marché local, initier des actions de formation en faveur des détenus de moins de 30 ans, renforcer son partenariat avec le RSMA, créer un service d’éducation et d’insertion par l’activité économique (SEDIAE), valoriser l’expérience acquise dans le programme « Gwadloup an nou bel », pour poursuivre et amplifier les actions engagées.

Favoriser en Guadeloupe le développement « Groupement de Créateurs », implanté déjà dans plusieurs régions. Lesquels permettent à des personnes sans emploi, en priorité les jeunes de 18 à 25 ans résidant dans les quartiers visés par la Politique de la ville, de développer leur propre activité ou encore Aide au premier embarquement sur les navires de pêche.

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FOCUS

« Tourisme »

Relance du tourisme AUX ANTILLES

une mobilisation forte

Lors de son séjour aux Antilles début janvier, Nicolas Sarkozy a présidé à l’hôtel La Batelière (Schœlcher) une table ronde a tour du tourisme et du développement économique. Un signal fort avec l’annonce de plusieurs mesures dont l’ouverture en novembre prochain d’une desserte hebdomadaire au départ de Roissy vers les Antilles. La sa son touristique 2011 a plutôt bien commencé mais beaucoup reste à faire…

Les

5PRINCIPAUX POINTS

concernant la relance du tourisme en Martinique Une unité affichée l es professionnels et les élus martiniquais montrent une volonté forte, commune et cohérente de faire du tourisme l’un des piliers de la relance économique martiniquaise. Karine Roy-Camille, présidente du Comité Martiniquais du Tourisme, a indiqué que «  tous étaient réunis pour relever ce grand défi  » et indiqué que «  le train du tourisme est en marche », en demandant au Président « d’être à nos côtés ». Serge Letchimy a souhaité que l’engagement de l’Etat soit inscrit dans un contrat de projet.

Une nouvelle desserte aérienne Nicolas Sarkosy, Président de la République Française. Photo D.R : G.Picut.

Une urgence l a Martinique a perdu en 10 ans près de la moitié de ses touristes (près d’un million en 1999, 570 000 en 2009), 26 hôtels ont fermé (soit 1 000 chambres), le nombre de croisiéristes qui y font escale a été divisé par cinq. Sur 403 000 habitants, 4 500 personnes seulement travaillent dans le secteur du tourisme. La Martinique ne représente que 2,5% du tourisme antillais, loin derrière la République dominicaine et Cuba, qui attirent respectivement 22,7% et

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13,8%. Et pourtant Nicolas Sarkozy estime que «  le tourisme est une évidence pour la Martinique  ». Il a rappelé son potentiel important (naturel et culturel). D’autre part, «  servir n’est pas s’asservir. Ce qui aliène c’est le chômage, la pauvreté, le manque de formation ou encore le manque de culture  » a-t-il indiqué. De son côté, Yann Montplaisir (Club Med et la Batelière), a regretté que «  le tourisme assure le développement dans toutes les îles de la Caraïbe, sauf chez nous ». Il y a urgence à changer la donne.

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Nicolas Sarkozy a officiellement annoncé l’ouverture à partir de novembre 2011 d’une desserte directe hebdomadaire assurée par Air France (pourtant très réticente) vers Pointe à Pitre et Fort de France au départ de Roissy. Une demande formulée par de nombreux professionnels pour diversifier les marchés émetteurs (constitués à 85% de métropolitains actuellement) et pour attirer une clientèle européenne en facilitant les correspondances. « Air France a accepté de prendre le risque d’une liaison directe depuis Roissy mais, cette fois-ci, je veux que ce soit un succès », a prévenu le Président. « Je ne veux pas que les mêmes causes produisent les mêmes effets » faisant allusion


à progresser ensemble afin que tout le monde profite de la prospérité ».

Aides financières sous conditions

Serge Letchimy, Président du Conseil Régional de la Martinique. Photo D.R : G.Picut.

à l’expérience malheureuse entre 2003 et 2005 (pour rappel, Air France avait perdu quelques millions d’euros à cette époque).

Tous étaient réunis pour relever ce grand défi Un besoin de formation N icolas Sarkozy a insisté à plusieurs reprises sur l’urgence et l’importance d’améliorer la formation des jeunes et des professionnels du tourisme.

Il a formulé 3 propositions Nouer un partenariat avec une grande école hôtelière métropolitaine (le CFA Médéric, à Paris, a depuis cette table ronde signé un partenariat avec des écoles de Martinique), développer un master professionnel à l’Université Antilles-Guyane sur la gestion et l’accueil des touristes et mettre en place un système novateur de formation à destination des employés lors de la phase de rénovation des équipements hôteliers pour lesquels ils travaillent. « La réussite de cette relance ne dépend pas seulement des capitaux que l’on mettra dans les équipements touristiques mais également de la qualité des personnels qui y travaillent  » a-t-il dit. Parallèlement, Nicolas Sarkozy a plaidé «  pour une autre pratique du dialogue social dans nos îles. Au quotidien, il est important que qu’on apprenne à s’écouter,

N icolas Sarkozy a annoncé la nomination imminente d’un médiateur du tourisme aux Antilles et la réalisation d’un audit pour mettre à plat la situation sociale et fiscale (deux annonces saluées par Serge Letchimy). A l’issue de cet audit, sera étudiée la possibilité de baisser encore les charges et de revoir les plafonds d’exonération. De même, il se dit prêt à aller plus loin concernant les aides à la rénovation. Quant aux dettes colossales des hôtels s’élevant à 30 millions d’euros fin 2010, «  nous étudierons au cas par cas l’effacement des dettes  » a-t-il indiqué mais «  je n’envisage pas un effacement de façon indifférenciée  », rappelant au passage que seuls 30 % des groupes hôteliers parviennent bien à s’acquitter de leurs charges. Par ailleurs, Nicolas Sarkozy a indiqué que l’Etat était prêt à participer au financement de la rénovation de la piste de l’aéroport de Fort de France pour pouvoir y accueillir les Airbus A380 (qui permettraient d’augmenter le nombre de passagers et donc de faire baisser les tarifs de l’ordre de 20 à 25%). «  Mais je ne veux pas juste un équipement pour faire bien. Il faut définir un projet réunissant la CCIM, les compagnies aériennes et les collectivités ». Même chose pour Saint-Pierre, «  nous sommes prêts à vous aider à faire le quai mais il faut que cela s’accompagne d’un vrai projet avec des aménagements routiers, des infrastructures, des taxis et pourquoi pas une zone duty free ». Nicolas Sarkozy a conclu sur une note optimiste  : «  si la mobilisation comme celle affichée aujourd’hui se poursuit, l’Etat sera partenaire ».

Frédéric Lefebvre secrétaire d’Etat en charge du tourisme et Rania Souhlal, Directrice de la Rédaction Interf@ce. Photos D.R : G.Picut.

Karine Roy-Camille, Présidente du Comité Martiniquais du Tourisme. G.Picut.

Ƿ Ƿ Propos recueillis par Gaëlle Picut 15

Photo D.R :


FOCUS

« Réactions Pro »

Réactions

de professionnels du tourisme Benoît Le Cesne président de Zilea groupement d’hôteliers à la Martinique Nous allons dans le bon sens.

J

e note deux aspects historiques dans cette table ronde : la visite aux Antilles d’un chef d’Etat pour parler du tourisme constitue une grande première et l’annonce par Serge Letchimy de faire du tourisme une cause nationale est un signal fort. La détermination locale a contribué à la venue du Président et de ses ministres. Auparavant, on nous reprochait de ne pas avoir une vraie stratégie dans ce secteur. Aujourd’hui, au plus haut niveau, aussi bien des institutionnels que des professionnels, il existe une volonté très clairement affichée et le partage d’objectifs communs et clairement définis. Chacun n’est plus seul dans son coin. Tout le monde doit partager les informations et avancer dans la même direction car si un maillon ne va pas dans le même sens, la machine s’enraye. De toute façon, nous ne pouvons descendre plus bas. Nous avons perdu 20 à 30 ans et nous

ne pourrons pas rattraper ce retard en peu de temps. Mais il existe un certain nombre de signes encourageants. Nous devons en priorité accentuer nos efforts pour que le phénomène basse saison s’amenuise et pour diversifier notre clientèle. Il est urgent de faire venir davantage de provinciaux et d’Européens. Je pense que la Martinique est capable d’accueillir tous types de clientèles. Cela passe par de l’image, des actions de promotion, des évènements, de nouveaux produits touristiques et être présent dans les bons supports spécialisés (plongée, randonnée, bien-être, etc.). Nous devons véhiculer de la stabilité et de la sérénité mais surtout éviter de changer tous les 6 mois de « packaging ». Il ne faut pas jouer avec le marketing d’une destination. Nous devons mettre en avant que les Antilles sont un coin de France dans la Caraïbe. J’ai l’impression que l’on

parle davantage de la Martinique dans des termes positifs depuis septembre. Le lancement de la 1ére transatlantique est une excellente nouvelle. La campagne « Bâtisseurs de paradis » est importante car chaque Martiniquais doit être certain que le tourisme est bénéfique à son bien-être. C’était encore mieux de le manifester. Il semblerait que ces efforts commencent à porter leurs fruits. En ce début d’année, la fréquentation de nos hôtels est en augmentation de 15 à 20  % par rapport à l’an passé. Mais il faut faire attention à la part des ventes réalisées suite à des actions promotionnelles. Si le prix moyen des séjours est trop bas, cela n’aura que peu d’impact sur le chiffre d’affaires de nos structures. Pour terminer, je dirais que la rénovation de nos infrastructures touristiques est certes importante mais arrêtons de nous flageller : la Martinique dispose déjà de très beaux hôtels.

franck aubert directeur du Cap Est Resort Lagoon, Martinique Un important travail à mener concernant la formation et l’accompagnement du personnel.

Franck Aubert, Directeur du Cap Est Resort Lagoon. Photo D.R : G.Picut.

L

e Cap Est, seul hôtel 5  étoiles des Antilles, membre de la chaîne Relais & Châteaux, a eu l’honneur d’accueillir le Président Nicolas Sarkozy et sa femme en janvier dernier. Je constate que la clientèle internationale a été blessée par les évènements de 2009. Je suis assez convaincu qu’elle va revenir mais cela va être long. Nos concurrents se situent bien sûr dans la Caraïbe mais également à l’île Maurice ou aux Seychelles. Il nous est difficile de rivaliser avec leurs excellentes prestations et leurs charges bien moins élevées. Ce qui va peut-être nous aider, c’est que le gouverne-

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ment mauricien a remis en fonction le passeport. En tout cas, je suis persuadé qu’il y a de la place pour le luxe à Martinique. L’ile est splendide ! Les évènements en Tunisie et en Egypte vont peut-être favoriser le retour d’une certaine clientèle aux Antilles. Parmi les difficultés que je rencontre en tant que professionnel du tourisme, il y a celle liée au recrutement. Nous manquons d’écoles aux Antilles et les formateurs ne sont pas toujours au niveau. Je pense qu’il y a donc un énorme travail à mener sur la formation et l’accompagnement. Dans nos métiers, la formation continue est indispensable. Il faut augmenter à la fois le niveau des connaissances et renforcer l’envie de bien faire. Nous devons également travailler sur la concentration et la rigueur. Je rêve d’un grand centre de formation à la Martinique où les professionnels du tourisme pourraient parfaire leur métier, revalider leurs connaissances aussi bien techniques que celles liées à la culture générale, à la connaissance de soi, à la gestion des conflits, au droit social, aux normes CHSCT,

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aux conditions de travail, etc. Ce centre à vocation régionale devrait être monté avec d’autres pays de la Caraïbe. Je suis sensible à la motivation et aux actions positives menées par le CMT. Il est nécessaire de bien faire comprendre aux Martiniquais l’importance du tourisme au niveau économique. La campagne « Bâtisseurs de paradis » va dans le bon sens. Je suis heureux de voir que les choses bougent dans le transport aérien. Mais il faut également aller chercher le continent américain, je souhaiterai une reprise des vols en provenance des Etats-Unis car ils constituent un réservoir de clientèle important pour notre hôtel. J’ai la sensation que la fréquentation de 2011 va pouvoir recoller à celle réalisée en 2008. En janvier 2011, nous avons une hausse de 20 % par rapport à 2010. Mais avec l’augmentation des réservations de dernière minute, il est difficile de se prononcer pour le reste de la saison. Cette augmentation est cruciale car nous ne pouvons pas vivre avec des taux d’occupation de 45 %. 2011 va être année charnière.


Nicolas Vion président du Groupement Hôtelier et Touristique de la Guadeloupe En Guadeloupe, il manque encore une volonté politique clairement affichée en faveur du tourisme.

Nicolas Vion, Président Groupement Hôtelier Guadeloupe.

J

e ne peux que me féliciter de la tenue d’une table ronde sur le tourisme aux Antilles, présidée par Nicolas Sarkozy. J’ai noté des annonces intéressantes à exploiter, notamment autour de la gastronomie antillaise à mettre plus en valeur et de l’amélioration de la qualité de nos formations vers des niveaux internationaux. L’ouverture d’une ligne au départ de Roissy est également une bonne chose pour lisser notre saisonnalité et attirer une clientèle européenne qui a les moyens de dépenser plus (belge, alle-

mande, suisse, italienne, etc.). Nous avons déjà commencé à travailler avec les deux CMT et Air France afin de ne pas répéter les erreurs commises en 2003. Il y a un vrai potentiel, il faut arrêter d’être frileux. Il faut bien sûr que les tour-operators jouent pleinement le jeu. En Guadeloupe, l’ensemble des professionnels se mobilisent et une prise de conscience générale est perceptible. En revanche, je constate que, si à la Réunion ou en Martinique, les élus se sont également fortement mobilisés et affichent clairement leur volonté de faire du tourisme l’un des principaux leviers de la relance économique, cela n’est pas encore affirmé en Guadeloupe. Nous constatons en janvier 2011 une remontée de la fréquentation des hôtels en Guadeloupe, sur les niveaux de 2008 mais il faut rester prudent car l’hirondelle ne fait pas le printemps. Je pense qu’il

faut redresser l’image des Antilles, arrêter de faire croire que ce sont des destinations peu chères. Etant donné nos charges, si nous voulons que nos structures soient à nouveau rentables, il faut remonter les prix, la qualité du service offert et parvenir à attirer une clientèle à plus hauts revenus. Ainsi une spirale vertueuse se mettra en marche et les investisseurs rouvriront des structures, créant des emplois. Nous devons être capables de répondre aux exigences de cette nouvelle clientèle. Certes nous devons nous appuyer sur nos infrastructures mais aussi améliorer l’accueil, la gastronomie, la mise en valeur de nos sites, la qualité du personnel, la pratique des langues étrangères, etc. La Guadeloupe est une mine d’or touristique qui ne demande qu’à être exploitée.

Des pistes pour créer une identité

martiniquaise forte

K

arine Roy-Camille a redit la nécessité de forger une identité forte à la Martinique pour se différencier de la concurrence. « Il nous faut créer une marque forte si l’on veut que notre territoire soit attractif pour les touristes et pour les investisseurs ». Selon elle, cela passera par le développement d’un tourisme balnéo-culturel

et par la mise en valeur du patrimoine naturel, historique, culturel, culinaire et maritime. Elle s’est réjouie que la Martinique accueille sa première course transatlantique en solitaire en avril prochain (la Transat Bénodet-Martinique). De son côté, Nicolas Sarkozy a appelé à ce que la Martinique ait « un grand festival culturel qui pourrait rayonner

sur toute la Caraïbe ». Lorsque Serge Letchimy a rappelé qu’il existait déjà le festival de Fort-de-France, le Président a dit qu’il fallait lui donner beaucoup plus d’ampleur… Le président du Conseil régional a également plaidé pour l’inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco de la Montagne Pelée et du Tour des Yoles.

Roissy un coup de pouce important

mais non décisif

L

’ouverture à compter de novembre de l’ouverture de cette desserte afin 2011 de liaisons Air France heb- d’élaborer avec les professionnels un domadaires vers la Guadeloupe « contrat de destination », qui précisera et la Martinique depuis Roissy est une les engagements respectifs de chacun bonne nouvelle aux yeux de nombreux pour faire de cette nouvelle liaison une professionnels du tourisme, notamment réussite pour le tourisme aux Antilles. pour Karine Roy-Camille qui la récla- Ceci afin d’éviter les mêmes erreurs que mait depuis son arrivée à la tête du CMT. lors des deux tentatives précédentes en Le Gouvernement a confié à Christian 1999 et 2003 qui s’étaient soldées par Mantei, directeur général de l’agence des échecs, faute de rentabilité. Cepende développement du tourisme Atout dant, si cette nouvelle desserte est un France, une mission de préparation élément important, car elle devrait faci-

liter la venue aux Antilles d’une clientèle européenne, elle ne saurait constituer à elle seule une solution miracle dans le redressement du tourisme martiniquais. Les faiblesses structurelles doivent être également rapidement comblées : rénovation des structures d’accueil souvent obsolescentes, multiplication des produits touristiques, meilleure signalisation des sentiers de randonnée, propreté de certaines plages, meilleure formation des salariés, etc.

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FOCUS

« Entretien avec Philipe Thévenet, vice-président exécutif de l’association des hôteliers de Saint-Martin »

L’instauration du passeport A l’aéroport de Juliana

fait chuter le nombre de touristes français

Photo D.R.

Suite à une récente décision de la part du gouvernement hollandais de Sint-Maarten, les passagers français en provenance de Paris doivent être munis d’un passeport ; la carte nationale d’identité n’étant plus acceptée. Les répercussions de cette décision se sont rapidement faites ressentir avec une baisse de l’ordre de 20 % des touristes métropolitains. Une récente décision de la part du gouvernement de Sint-Maarten a instauré l’obligation pour les ressortissants français de posséder un passeport pour venir à Saint-Martin. Pouvez-vous rappeler la teneur de cette décision ?

P

our bien comprendre la teneur de cette décision, je voudrais rappeler que l’île de Saint-Martin possède deux aéroports, l’un en partie française à Grand Case ne bénéficiant que d’un trafic régional, l’autre en partie hollandaise avec tous les vols internationaux. Ainsi, si vous venez de Paris, vous atterrissez à l’aéroport international de Princess Juliana géré par les autorités hollandaises. Jusqu’à la mi-2010, et depuis toujours, les Français

pouvaient arriver à Juliana avec leur carte nationale d’identité. Or, les autorités de Sint-Maarten ont décidé de supprimer cette formalité de voyage au profit du passeport à l’égard de tous les Français, qu’ils séjournent en partie hollandaise ou française de l’île. Le seul argument qui ait pu être avancé serait lié à la sécurité. Ce qui est totalement absurde dans la mesure où vous pouvez aussi arriver de Paris en faisant une escale en Guadeloupe, à

l’aéroport de Grand Case où la carte d’identité suffit et, ensuite, vous pouvez vous rendre en partie hollandaise facilement et sans contrôle puisqu’il n’y a pas de frontière matérialisée entre les deux parties de l’île. Nous sommes absolument révoltés. Cette décision est une atteinte à la citoyenneté française et contraire aux conventions immémoriales entre SintMaarten et Saint-Martin, confirmées par le Traité de Concordia de 1648 !

Quelles sont les conséquences de cette décision ? La conséquence de cette décision est que des touristes se voient dans l’obligation d’annuler leur séjour ou de modifier leur vol en faisant escale à Pointeà-Pitre. Nous recevons par exemple beaucoup d’appels de touristes qui ont des enfants qui n’ont pas de passeports pour savoir s’ils peuvent quand même venir. Comme faire faire des passeports est contraignant et génère des délais et un coût supplémentaire, ils préfèrent annuler ou ne pas réserver, et donc choisissent d’autres destinations qui, elles, les accueillent bien volontiers avec une carte d’identité !

Quelles sont les répercussions de cette décision sur votre activité ? Nous avons estimé à janvier 2011 une baisse de fréquentation de l’ordre de 20  % de la part de la clientèle métropolitaine par rapport à janvier 2010  ; clientèle française qui représente un quart du marché total, lequel comprend 300 000 nuitées, soit 750 000 journées clients. Cette baisse de 20 % représente en année pleine une perte de chiffre d’affaires global de 6 à 7 millions d’euros pour l’ensemble de l’île. Sur un chiffre d’affaires total de 180  millions d’euros, une perte de 6/7 millions d’euros peut paraître modérée, mais en fait c’est énorme car à Saint-Martin, le tourisme

est le moteur de l’économie. Tout le monde vit du tourisme  : sur 100  euros dépensés, 62 % sont injectés dans l’économie locale et seulement 38 % vont aux hôteliers. C’est donc près de 4  millions d’euros qui ne vont pas être gagnés par Saint-Martin.

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En fin d’année dernière, le gouvernement de Sint-Maarten a décidé de rétablir la carte d’identité durant une période de six mois. Cela a-t-il permis de compenser la perte de clients ? Cette nouvelle décision a eu pour effet de semer encore plus le trouble. En effet, suite à la première décision établissant le passeport, toutes les compagnies aé-


riennes avaient donc mis à jour leur carnet de formalités destinés aux passagers et les manuels officiels font référence à cette exigence de passeports. Or, fin décembre, suite à un entretien entre les deux autorités politiques de l’île, il a été décidé de rétablir en effet, la tolérance de la carte d’identité jusqu’à fin juin. Or, si la tolérance a été actée verbalement, Sint-Maarten a tardé à la communiquer auprès des compagnies aériennes et en tous cas de manière telle que les manuels officiels ne peuvent être mis à jour pour 4  mois seulement. Aussi les clients-ci achètent-ils leur billet ou leur séjour, arrivent au comptoir d’enregistrement et là, ils se font refouler par les agents des compagnies, que ce soit Air France, Corsairfly ou Air Caraïbes, car ils ne possèdent pas de passeport et que la « tolérance » est pas ou mal appliquée. Il faut en effet savoir qu’une compagnie peut refuser l’accès à son avion à un passager s’il n’est pas en possession des bonnes formalités de voyage. Si elle l’accepte et que celui-ci se fait contrôler par les autorités de police locales du pays concerné, elle devra assurer son rapatriement et verser une amende qui est de 5 000 euros pour Sint-Maarten. Juste avant que nous débutions notre entretien, je recevais à nouveau

un appel de touristes qui se sont retrouvés bloqués à l’aéroport de Marignane. En résumé, la carte d’identité est tolérée à nouveau jusqu’à fin juin mais toutes les compagnies ne sont pas encore au courant et en tous cas pas de manière totalement officielle et efficace. Avez-vous initié des actions pour dénoncer la décision ? Nous avons été contraints de mettre en suspens toute collaboration avec la partie hollandaise en matière de communication commune. Cette décision est en fait la goutte d’eau qui a fait déborder un vase déjà bien plein. En effet, sur de nombreux salons internationaux, nous nous étions entendus pour partager les frais et faisions une communication commune à l’image de l’île sans différencier les parties. Or, Sint-Maarten ne respectait pas toujours les règles. Récemment, nous nous étions engagés à participer à cinq manifestations dans cinq villes des EtatsUnis, nous avons assuré notre présence dans trois villes comme prévu et SintMaarten n’a pas assuré la sienne sur les deux autres. De plus, comment collaborer sur le marché France par exemple si c’est pour voir une partie importante de

la clientèle française ne pas pouvoir se rendre... en France parce qu’elle ne possède pas de passeport ! Mais Sint-Maarten a-t-il vraiment besoin de vous ? Il faut savoir que les professionnels du tourisme de la partie hollandaise utilisent l’image française pour vanter leur destination. Combien de fois voyons-nous sur leur brochure l’îlet Pinel qui se trouve en partie française et nos plages, et nous y consentons bien volontiers ! Certes, ils accueillent près de 2  millions de passagers mais les trois quarts sont des croisiéristes qui ne consomment que très peu. Or, notre clientèle se diffuse largement également dans leurs commerces, leurs activités, voire les casinos qui se trouvent tous en partie hollandaise et alimente ainsi également leur économie. De plus, la French Touch et la gastronomie française constitue un attrait pour les Américains et même ceux qui choisissent de résider chez eux ! Quel serait enfin l’équilibre financier de l’aéroport de Juliana sans les taxes versées par nos clients et les compagnies aériennes françaises  ? En réalité, ils ont besoin de nous comme nous avons besoin d’eux. ǷǷ Propos recueillis par Estelle Gasnet

Panorama du tourisme à Saint-Martin

S

elon les statistiques de l’INSEE, sur les 5  681  entreprises recensées en 2007 sur l’île de Saint-Martin, 26,1  % exerçaient une activité de services aux entreprises, 24,9 % de commerce et 17,4  % dans le secteur de l’hôtellerie-restauration. Après avoir atteint 2,135  millions de passagers en 2005, la fréquentation touristique de l’île a diminué depuis de 12,5  %. En 2009, le nombre de visiteurs s’établit à 1  861  605  personnes dont les deux tiers sont des croisiéristes (1 228 529). Ce repli s’est traduit par une contraction de l’activité dans les hôtels de la partie française :

avec 1  839  chambres en 2009, la capacité hôtelière est inférieure de 42  % à celle de 1996. En raison d’une saison touristique médiocre, les taux d’occupation des chambres et le nombre cumulé de nuitées ont respectivement chuté en 2009 de 6,3 points et de 3,8 %. L’activité de croisière constitue le principal pilier du développement touristique de l’île  : avec plus d’un million de passagers accueillis par an depuis 2002, l’île reste l’une des destinations les plus prisées au monde. Sint-Maarten, qui abrite à Phillipsburg le seul port en eau profonde de l’île, a fortement développé son activité de croisière depuis la mise en service, en 2000, d’un quai dédié pouvant accueillir simultanément jusqu’à quatre paquebots. En 2008, la capacité d’accueil a encore été renforcée par la construction d’un nouveau quai permettant aux plus grands paquebots du monde (d’une capacité d’environ 6  000  passagers)

d’accoster. Le port de Marigot en partie française, ne disposant pas des infrastructures autorisant l’accueil de paquebots de croisière à fort tirant d’eau, a ciblé une clientèle haut de gamme voyageant sur des navires de plus petites tailles (100 à 360  passagers). Entre 2001 et 2007, le nombre de croisiéristes accostant à Sint-Maarten a augmenté en moyenne de 13,5  % par an. En pleine saison, jusqu’à huit paquebots accostent quotidiennement à Phillipsburg. Selon un premier bilan, Sint-Maarten a accueilli 1,5  million de croisiéristes en 2010.

D

epuis 2008, la tendance s’est inversée de manière favorable pour la partie française qui enregistre une hausse du nombre de croisiéristes en 2008 (+  7,6  %) puis en 2009 (+ 46 %2), alors que la fréquentation diminue dans la partie néerlandaise (- 5,4  % en 2008 et - 9,7 % en 2009). (Source : Iedom)

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ACTEUR

««Fibandco FibandCo» »

FIB and CO

une entreprise martiniquaise innovante aux ambitions internationales

FIBandCO est une jeune entreprise qui a mis au point un revêtement décoratif composé à 100 % de fibres de bananier. Un produit martiniquais mais destiné majoritairement à l’exportation.

Photos D.R.

C

’est l’histoire de deux amis trentenaires, Vladimir Hayot et Nicolas Cheminon, qui se sont rencontrés en école d’ingénieurs à Amiens et qui ont eu envie de créer leur entreprise en Martinique. Après avoir pas mal voyagé et regardé ce qui se faisait ailleurs, ils ont eu envie de valoriser une matière première présente en abondance sur leur île en la transformant en un matériau innovant et naturel. Deux pistes s’ouvraient à eux : la canne ou la banane. Après avoir longuement mûri leur projet, ils ont mis au point le Green Blade, un produit à valeur ajoutée à partir des pseudo-troncs 1 de bananiers. « A partir des fibres, nous fabriquons un revêtement décoratif, explique Kirsty Morgan, responsable commercialisation et marketing pour FIBandCO. Nous proposons 4 teintes principales. » Des noms d’îles des Caraïbes ont été attribués à ces teintes Bahamas, Havana, Aruba, SaintBarth. « Les Caraïbes évoquent le luxe et l’exotisme du projet. »

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Les feuilles de Green Blade peuvent mesurer jusqu’à 3,50  m de long sur 1,30 m de large. « Il s’agit d’un matériau 100  % bio-sourcé et issu d’un procédé éco-responsable, qui ne contribue pas à la déforestation et qui ne dénature pas les plantations puisque l’on prend le tronc et non la tête du bananier. » Tous ces arguments font mouche auprès des potentiels clients  : les professionnels de l’agencement, les designers, les architectes… Green Blade offre de nombreuses applications décoratives et industrielles (plaquage, emballage, tissu, papiers peints). « Nos prospects nous demandent des échantillons et montrent un grand intérêt pour les propriétés du produit  : sa souplesse, sa translucidité. Ils sont également très sensibles à ses éléments valorisants en terme d’image et de développement durable ». Les premiers clients sont essentiellement des Américains et des Français. D’où l’importance d’être basé aux Antilles, d’une part pour être le plus près de la matière première (et avoir une empreinte carbone la plus faible possible) mais également proche du continent américain (même si le transport aérien n’est pas toujours optimal pour se déplacer…). Une fois la technologie mise au point (un brevet a été déposé), une usine de fabrication a été construite à Ducos, avec certaines machines spécialement créées et d’autres déjà existantes mais modifiées. « Cela représente un important investissement. Nous avons bénéficié de l’aide de la Région et de l’Europe, au titre de matière innovante. La capacité de l’usine est actuellement de 20  000 m2 et pourrait atteindre d’ici quelques années 100 000 m2 ». Une usine où tout va être fait pour le respect de l’environnement : retraitement des déchets, réutilisation du jus de banane, etc. La prospection de FIBandCO se fait tous azimuts et dans le monde entier. En septembre dernier, FIBandCO a été exposé au salon Maison et Objet sur le stand VIA (valorisation de l’Innovation pour l’Ameublement).

www.INTERface-medias.com > acteur

En janvier, le produit a été également présent sur ce salon à travers un nouveau client, Pigment, entreprise spécialisée dans l’art de la table haut de gamme et qui a lancé une gamme de produits utilisant le Green Blade. En plus des salons professionnels, il y a les voyages de prospection à l’étranger et via Internet, les relations presse à destination des magazines de décoration, d’architecture avec des premières retombées très positives, etc. Les commandes commencent à affluer. En Martinique, les fondateurs notent une réelle curiosité pour leur produit. « Nous sommes régulièrement invités à le présenter, par exemple lors de la Fête de la Science, et nous percevons une fierté pour ce produit fait sur l’île ». Pour le moment, FIBandCO emploie 5 personnes et envisage de recruter localement 11 à 12  personnes courant 2011. « Nous travaillons notamment avec Pôle Emploi pour trouver les bons profils. Certaines personnes ont déjà travaillé dans le bois et les autres, nous les formons. Nous recherchons surtout des personnes motivées par notre produit », conclut-elle. (1)

On parle de pseudo-tronc car le bananier n’est pas un arbre mais une plante.

Ƿ Ƿ Propos recueillis par Gaëlle Picut


ACTEUR

« Entretien avec la CCIM »

Entretien

avec Manuel Baudouin président de la CCIM

Photos D.R.

Pour avancer, il ne faut plus qu’il y ait de sujet tabou.

Manuel Baudouin, Président de la CCIM.

Manuel Baudouin, 54 ans, a été élu président de la CCIM fin décembre 2010, à la tête d’une équipe placée sous le signe de la diversité et de la mixité. Il revient pour Interf@ce sur les principaux dossiers sur lesquels la CCIM compte bien faire avancer les choses.

Formation La formation est un dossier important et intervient dans un contexte de redéfinition du rôle des CCI (cf. encadré). Jusqu’à présent, la CCIM a été relativement à la pointe sur ce dossier et a plutôt visé juste. La formation des apprentis à travers nos CFA fonctionne bien et ces derniers obtiennent un très bon taux de placement. Nous réfléchissons à l’élargissement de notre offre en nous

Aéroport Aimé Cesaire.

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orientant vers davantage de formation de pointe. Pour la formation des cadres locaux, nous sommes assez bons pour le niveau Bac + 3 avec l’ESG mais il fallait aller plus haut. Différentes initiatives ont été mises en place récemment dans ce sens  : un MBA pour les cadres en exercice avec l’Université de Sherbrooke (cf. article p.33) ou encore le partenariat avec HEC Paris (cf. Interf@ce n°1 p.4344). Nous réfléchissons à l’opportunité de créer une antenne HEC à Fort-deFrance. Mais il faut veiller également à ne pas enfermer les cadres et à les inciter à bouger, à se former ailleurs puis à revenir. Il s’agit de réconcilier les élites avec leur pays d’origine. Outremer Développement est une bonne initiative sur ce sujet, à renouveler. Un autre dossier important  est la création, sur un terrain qui appartient à la CCIM, d’un centre de formation consulaire proche du campus universitaire pour regrouper l’ensemble de nos espaces de formation. Jusqu’à présent, nous payons des loyers sur différents sites, ce qui est coûteux. Ce chantier devrait permettre de rationaliser notre dispositif de formation et d’effectuer des économies d’échelle.

cité d’accueil sera renforcée. La nouvelle transat Bénodet - Fort-de-France en avril prochain est une très bonne chose. Quant au port de commerce de Pointedes-Grives, il est à la veille d’un rendezvous historique lié à la mise en fonction de la troisième écluse du canal de Panama en 2014. Cela va augmenter considérablement le tonnage et créer de nouveaux flux entre l’Extrême-Orient et les Caraïbes. Une compétition internationale est en train d’être lancée (sur laquelle se positionnent la Jamaïque, Panama, Porto Rico, Cuba ou encore Haïti) pour choisir le port qui jouera le rôle de plate-forme d’éclatement des marchandises.

Il faut relancer la plaisance et la croisière. Avec la Pointe-Simon, notre capa-

Si le Port de la Martinique était choisi, les retombées seraient considérables. En permettant des économies d’échelle, il ferait baisser le coût de passage. C’est bon pour le panier de la ménagère ! Cela serait aussi générateur d’emploi et boosterait l’économie endogène.Nous allons être très offensifs sur ce dossier. Lors de la conférence des ports d’outre-mer qui se tiendra en juin 2011 à la Martinique, nous allons expliquer l’intérêt et la nécessité d’une forte mobilisation, d’une chaîne d’union de tous les acteurs institutionnels et économiques autour de ce projet Martinique Hub Caraïbes. Nous disposons d’un atout important : un tirant

Port de Commerce de Fort de France.

Gare maritime de Fort de France.

Port

www.INTERface-medias.com > acteur


ACTEUR

d’eau remarquable de 14  mètres. On peut légitimement penser à dessiner un projet en deux phases : pour la première, il suffirait d’un investissement de 60 millions d’euros pour offrir 700  mètres de quai qui assureraient la fonction de transbordement. La 2 ème phase serait beaucoup plus ambitieuse. Pour le port de commerce, il s’agit d’une chance et d’une opportunité que l’on parle de lui positivement et j’en suis très heureux. L’opinion et les décideurs doivent viser la stabilité sociale et la flexibilité comme objectif, avec des coûts compétitifs.

Tourisme La relance du tourisme constitue une grande cause nationale martiniquaise. Je constate que les mentalités se réconcilient avec le tourisme et l’arrivée d’une nouvelle génération consciente de l’importance de développer cette activité, dans le respect de l’âme martiniquaise. Il nous faut mettre en avant tous ses atouts  : histoire, art, culture, distilleries, patrimoine… La future liaison au départ du Hub Roissy est un pas en avant, même si pour atteindre une masse critique, il faudrait au moins 3  rotations par semaine. Parallèlement, je suis très favorable à la venue de l’A380. On ne peut pas tourner le dos à un projet industriel de cette ampleur qui permettrait de baisser le prix du billet. Nous devons tous œuvrer pour une réappropriation de la destination Martinique par les classes moyennes française et européenne. Les Antilles doivent revenir à la mode. Concernant le projet Grand Saint-Pierre

auquel je crois beaucoup, je pense que l’on peut très rapidement installer une structure légère et provisoire pour permettre aux bateaux de croisière d’accoster. Mais il faut dès maintenant redonner du lustre au contenu de cette ville d’art et d’histoire (propreté, éclairage, signalisation…) et résoudre le problème de la circulation des camions. Je penche pour une solution mixte voie maritime-voie terrestre davantage que vers la construction d’une voie de contournement. SaintPierre et ses alentours ont matière à attirer les touristes et à faire du NordCaraïbe un lieu de séjour. Sur tous ces sujets, je suis persuadé que pour avancer au mieux et au plus vite, il ne faut plus qu’il y ait de sujet tabou. Ƿ Ƿ Propos recueillis par Gaëlle Picut

Un contexte

difficile

pour la CCIM

S

elon Manuel Baudouin, la CCIM a la déveine d’avoir à supporter trois réformes importantes qui entraînent un problème de visibilité majeure : la fin de la concession portuaire, aéroportuaire et la réforme des CCI au niveau national qui consiste à isoler les fonctions communes des départements pour les mutualiser à un niveau régional.

« Cette rationalisation est légitime en métropole mais inapplicable pour une région mono-territoriale telle que la nôtre », alerte le Président. « Notre budget va être amputé de près de 30 %, ce qui nous conduit à faire les pompiers alors que nous devrions être des maçons ! » S’il reconnaît la nécessité de faire des efforts budgétaires, il insiste sur la nécessité de desserrer les contraintes de cette réforme dans les DOM et compte bien maintenir l’influence de la CCIM en tant qu’acteur représentatif du tissu économique local.

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ACTEUR

« Entretien avec la BNP »

Entretien

Alain Tholliez

DIRECTEUR BNP PARIBAS MARTINIQUE

Il y a une vraie nécessité à rétablir un climat de confiance. pante, notamment dans le BTP, le logement, le tourisme, le petit commerce. Les secteurs qui s’en sortent sont la grande distribution et l’automobile, car ces entreprises font partie de grands groupes, solides, bien gérés et disposant de fonds propres. Elles ont fait des efforts pour s’adapter à la situation. Ce sont surtout pour les sous-traitants que la situation est devenue très périlleuse.

Comment la BNP Paribas a réagi face à cette crise de grande ampleur ?

Alain Tholliez, Directeur de BNP Paribas Martinique.

BNP Paribas Martinique est une filiale du groupe BNP Paribas SA. Elle emploie 220 salariés et possède 14 agences sur l’île. Le point avec Alain Tholliez, son directeur général depuis 2008.

Quel bilan dressez-vous de l’année 2010 ? La Martinique a connu de belles années de croissance entre 1996 et 2006. Mais en 2007, la décélération a commencé, et la crise financière mondiale de 2009 à laquelle s’est ajoutée la crise sociétale de février 2009 ont gravement et durablement aggravé la situation.

Notre activité est répartie en deux branches  : les grands comptes et les particuliers/les pros (comprenant les TPE/PME). Notre activité corporate n’a pas été trop affectée. La BNP Paribas a été moins exposée que les banques mutualistes par exemple qui comptent beaucoup de PME/TPE parmi leur clientèle. De notre côté, nous avons accentué nos efforts vers la clientèle particuliers et pro, en rénovant une grande partie de nos agences et en renforçant notre force commerciale. Des efforts importants de formation ont également été engagés, avec des contrats de professionnalisation par exemple.

Quelle est l’évolution de l’activité de crédit ?

Une bonne partie des richesses et de l’emploi martiniquais ont été détruits cette année-là. En 2010, la croissance devrait être légèrement positive mais on ne peut pas vraiment parler de reprise.

Contrairement à ce qui a été dit, le crédit n’a jamais été stoppé. En revanche, comme toutes les banques, nous nous sommes montrés beaucoup plus vigilants.

La commande publique, élément moteur de l’économie, fait défaut, la commande privée également. Il y a une vraie nécessité à restaurer un climat de confiance. Les investisseurs sont frileux et cette réticence mettra du temps à disparaître.

Il faut bien comprendre que dans un tel environnement dégradé, il devient plus risqué de prêter. Cette prudence, cette crainte dans l’avenir concernent tous les acteurs économiques (entreprises, banques, etc.).

Nous le constatons à travers nos clients : la situation reste très préoccu-

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Mais les encours continuent de monter. Je note quelques signes encourageants d’une reprise des investisse-

www.INTERface-medias.com > acteur

ments mais essentiellement en Guyane ou en métropole. Je pense que l’on a stoppé l’hémorragie mais que la vraie reprise aura plutôt lieu en 2012 qu’en 2011.

Vous venez d’être élu à la CCIM Avec quelles ambitions ? A titre personnel, j’estime important de m’impliquer dans la vie économique martiniquaise. Je participe à trois commissions  : port, accompagnement des entreprises et finances. Les choses sont en train de bouger dans le bon sens et il est important de soutenir et d’amplifier les projets en cours. ǷǷ

Propos recueillis par Gaëlle Picut


28 INTERf@ce > ACTEUR


FORMATION

« Bibliothéque Universitaire »

Valérie Pécresse, le 18 février 2011 sur le campus

Nous avons fait un effort considérable.

La bibliothèque de troisième génération

Valérie Pecresse, Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche.

Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, a passé une heure et demie sur le campus de Schoelcher. Elle a visité le chantier de la bibliothèque universitaire, inauguré l’Institut caribéen d’études francophones et interculturelles (ICEFI) et rencontré des étudiants haïtiens accueillis à l’UAG, à la suite du séisme du 12  janvier 2010. Au cours de ce déplacement, Valérie Pécresse a annoncé l’ouverture d’une quatrième année de médec ne en Guadeloupe, dès la rentrée prochaine, et l’installation par la suite d’une cinquième et d’une sixième année sur les différents points d’appui que sont les CHU des trois départements.  ǷǷ Propos recueillis par J.M.A France Antilles

Valérie Pécresse a pu constater l’avancement des travaux d’extension de la bibliothèque universitaire. Grâce à ce chantier, qui s’étend sur 3 800 m2, les problèmes d’inconfort que rencontraient jusqu’à présent les étudiants du campus de Schoelcher (ils sont 5  500) désirant travailler à la BU seront enfin résolus. 600  places assises pourront être proposées et tous les livres pourront être mis en libre accès, ce qui n’est pas le cas actuellement, faute de place. Les constructeurs ont rappelé à la ministre de l’Enseignement supérieur que l’objectif du projet n’était pas de reproduire l’existant en plus grand mais de construire une bibliothèque de troisième génération. En clair  : une place sur trois sera équipée d’un ordinateur et il sera possible aux étudiants, dans toutes les places qui ne seront pas équipées, de se raccorder électriquement et de travailler en Wi-Fi. Par ailleurs, l’UAG a annoncé qu’elle mettra en place le système RFID : ainsi tous les livres de la BU seront équipés d’une puce électronique. Grâce à cette dernière, les étudiants pourront effectuer eux-mêmes leurs transactions de prêt et de retour. Conséquence  : le personnel de la bibliothèque sera libéré de certaines tâches et pourra mieux se consacrer à l’accueil, aux renseignements et à l’information des étudiants. 

Des moyens pour une université autonome L’Université des Antilles et de la Guyane est éclatée sur trois sites, mais pour la ministre de l’Enseignement supérieur, Valérie Pécresse, ce n’est pas un handicap. « En réalité, c’est

une université en réseau comme nous essayons aujourd’hui de mettre en réseau les universités de la métropole », juge-t-elle. « L’UAG est donc une base avancée de l’université française dans la zone CaraïbeAmazonie, vers les Amériques. Cela donne à l’UAG un atout considérable ». Cependant, une université autonome doit avoir des moyens financiers, humains et des locaux aux standards internationaux. « C’est la raison pour laquelle nous avons augmenté de 33 % le budget de l’UAG depuis quatre ans, alors qu’il n’a augmenté que de 22 % pour les universités métropolitaines », rappelle Valérie Pécresse. « Cela signifie qu’on a mis de l’argent, on a en outre investi 68 millions d’euros pour la rénovation des trois campus. Nous avons fait un effort considérable parce que l’immobilier, c’est aussi la reconnaissance qu’on donne à la communauté universitaire et aux étudiants, et un campus aux standards internationaux attirera tous les étudiants de la Caraïbe et d’Amérique latine ».

Les étudiants haïtiens rassurés Les étudiants haïtiens accueillis sur le campus ont interpellé la ministre à propos de la deuxième année de leur master qu’ils souhaiteraient passer en Martinique. Or, il n’était pas prévu qu’ils restent plus d’une année sur le sol français. Bonne nouvelle : le président de l’UAG, Pascal Saffache, a annoncé aux étudiants qu’ils pourront bénéficier de bourses en avril, mai et juin pour terminer leur master  1. D’autres bourses leur seront également accordées pour la seconde année du master. Il restera à régler la question des visas. Valérie Pécresse a promis de s’en occuper.

Valérie Pécresse a pu constater l’avancement des travaux d’extension de la bibliothèque universitaire. Valérie Pécresse a inauguré l’Institut caribéen d’études francophones et interculturelles (ICEFI). Les étudiants haïtiens pourront effectuer leur master 2 sur le campus. Photos D.R.

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FORMATION

« Allez de l’avant »

Ouverture de l’école

de la 2 chance à Trinité ème

Un accompagnement sur mesure pour des jeunes

sans qualification

En décembre dernier a été inaugurée la première Ecole de la deuxième chance de Martinique, à la Trinité. Michèle Pain, sa directrice, présente le projet et ses ambitions. Depuis 1995, une soixantaine d’Ecoles de la deuxième chance (E2C) ont ouvert un peu partout en métropole et outremer, sur une initiative d’Edith Cresson, alors commissaire européenne. Destinées à des jeunes de 16 à 25  ans, sortis du système scolaire depuis au moins un an, sans la moindre qualification et sans emploi, elles donnent de bons résultats. En effet, 60  % des stagiaires trouvent dès leur sortie de l’école, un emploi, une formation qualifiante, un contrat en alternance ou un contrat aidé. En 2007, c’était au tour de la Guadeloupe d’ouvrir une E2C. Désormais la Martinique a la sienne, au centre de formation professionnelle de Trinité, dirigée par Michèle Pain, psychologue du travail puis directrice de centre à

N

otre Ecole applique le cadre légal mais n’est pas un copié-collé de ce qui existe déjà, elle a été adaptée aux spécificités locales et aux besoins de l’environnement. Nous disposons d’une grande autonomie concernant la pédagogie et l’organisation.

EN SAVOIR PLUS

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l’AFPAM. L’objectif est ambitieux  : une centaine de jeunes, issus de 18  communes du Nord, devraient suivre durant l’année 2011 des formations individualisées pour favoriser leur insertion dans la vie professionnelle. L’école bénéficie d’un budget d’environ 700  000  euros, financé par la Région, l’Etat et la communauté des communes du Nord-Martinique. Le coût moyen d’un stagiaire est évalué à 7 500 euros en métropole. « Notre Ecole applique le cadre légal mais n’est pas un copié-collé de ce qui existe déjà, elle a été adaptée aux spécificités locales et aux besoins de l’environnement. Nous disposons d’une grande autonomie concernant la pédagogie et l’organisation », explique Michèle Pain.

leur environnement social », détaille la directrice. « Pendant leur présence chez nous, on va leur apprendre des savoirs mais également le savoir-être ». Michèle Pain parle d’une « rééducation des comportements ». Un parcours personnalisé alternant période en école et période en entreprise est construit pour chacun d’entre eux, selon leurs atouts et leurs désirs. « Nous commençons par les cerner et par les écouter pour faire un point sur leurs connaissances et pour identifier leurs premiers choix d’orientation. Car on parle beaucoup des jeunes mais on ne les connait pas ! », estime-t-elle.

« Puis ces jeunes sont confrontés à la réalité de leurs choix directement en entreprise car souvent ils imaginent un métier mais ne savent pas ce qu’il représente au quotidien. Une fois cette première rencontre avec le monde de l’entreprise, es jeunes, majoritairement adres- on bâtit leur projet professionnel et le sés par la Mission locale, sont parcours d’apprentissage qui va leur persélectionnés sur leur motivation mettre de le réaliser », poursuit-elle. et sur leur capacité de mobilisation davantage que sur leurs connaissances. Un projet qui ne peut donc se faire qu’en Chaque stagiaire fait l’objet d’une prise synergie avec les dispositifs de formaen charge globale et d’un accompa- tion existants (CFA, AFPA, etc.) et avec gnement personnalisé. « L’objectif est l’appui d’un réseau d’entreprises partede les réconcilier avec les apprentis- naires. Un partenariat a notamment été sages à travers une remise à niveau des noué avec Contact Entreprises, le réseau savoirs de base (mathématiques, fran- FACE mais également avec des TPE de çais, informatique) mais surtout avec proximité ou encore le RSMA.

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www.INTERface-medias.com > FORMATION


Si l’accompagnement et le soutien sont constants, Michèle Pain est très claire : « Même si ces jeunes sont issus d’un environnement familial difficile et souvent en grande demande affective, je refuse de les considérer comme des victimes. Je leur dis bien que nous ferons avec eux mais pas à leur place. Nous sommes des partenaires. Nous devons partager des valeurs et une vision commune même si nous ne l’exprimons

pas de la même façon, sinon cela ne peut fonctionner. » La formation, d’une durée généralement de 6 à 10  mois, peut être interrompue à tout moment dès lors que le stagiaire accède à un emploi ou à une formation qualifiante. Cependant l’Ecole accompagne les stagiaires à l’école, en entreprise mais aussi pendant leur période d’entrée dans la vie active.

mettre leurs savoirs mais également des repères sociaux. Michèle Pain est très investie dans ce projet. « C’est important de montrer à ces «  naufragés  » du système scolaire, demeurant dans une zone parmi les plus défavorisées de la Martinique, qu’il y a une réponse quelque part, un endroit pour eux. » ǷǷPropos recueillis par Gaëlle Picut

L’E2C ne délivre pas de diplôme mais accrédite des compétences sous forme d’un certificat et d’un carnet de compétences qui peuvent être utilisés par le stagiaire lorsqu’il pose sa candidature pour un emploi ou une formation qualifiante. Les personnes qui accompagnent et encadrent ces jeunes, les « référents », sont soigneusement choisies. Issues d’horizons divers, du monde de l’entreprise ou de l’enseignement, ce sont des personnes polyvalentes et complémentaires, capables de trans-

l’association océan SOLIDARIté haïti

Les ordinateurs de la réussite

L’UAG s’est donc tournée vers différents partenaires, afin de lever des fonds. Pour ce faire, l’association baptisée Objectif Caraïbes Etudiants (O.C.E.AN) a vu le jour. Ses membres fondateurs proviennent de la direction de l’UAG. Mercredi dernier, ladite association a signé une première convention d’une durée de trois ans avec le Medef Martinique. Pierre Monteux (à droite), directeur de Banamart, remettant un ordinateur portable à une étudiante. 

A

près le violent séisme qui a ravagé Haïti, l’université des Antilles et de la Guyane a accueilli sur les campus de Fouillole et de Schoelcher de nombreux étudiants haïtiens, inscrits notamment en master. Cependant, cette solidarité nécessite d’importants moyens financiers.

Cette convention s’accompagne du versement d’une aide de 15 000 euros sur trois ans et la remise d’ordinateurs portables. Une seconde convention a été signée avec l’entreprise Banamart qui finance également l’achat d’ordinateurs. A noter que d’autres partenaires tels que Digicel, Dormoy, la ville du Lamentin, le Département et la Région ont accepté d’aider l’association

O.C.E.AN. Au total, ce sont 20 étudiants haïtiens inscrits en master (économie, droit, français langue étrangère) qui ont reçu des ordinateurs portables. Ils ont été choisis selon des critères sociaux mais également au vu de la qualité de leur dossier universitaire. Après la remise du matériel informatique, ô combien précieux, Magner Dantes, représentant des étudiants, a exprimé sa gratitude à l’endroit des autorités et de la population : « l’hospitalité martiniquaise a atténué la distance qui nous sépare des nôtres ». La cérémonie s’est achevée par un cantique pour le peuple d’Haïti interprété par une étudiante. ǷPropos Ƿ recueillis par J.M.A France Antilles

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FORMATION

« Partenariat »

CCI MARTINIQUE

et L’UNIVERSITé SHERBROOKE

La CCI Martinique et l’université de Sherbrooke ont passé un partenariat en 2009 afin de proposer un MBA pour cadres en exercice. La rentrée de la deuxième promotion a eu lieu le 14 janvier. Rencontre avec Francine Turmel, doyenne de la faculté d’administration à l’université de Sherbrooke.

Concrètement, comment se déroule le MBA en Martinique ? Quels sont les premiers retours ?

Francine Turmel, Doyenne de L’Université de Sherbrooke.

Pouvez-nous nous présenter l’université de Sherbrooke ? L’université accueille 35  000  étudiants, répartis dans 9  facultés, dont celle de l’administration des entreprises. Au sein de celle-ci, l’Executive MBA vient de fêter ses 20 ans. Il est destiné à des cadres en exercice, qui ont déjà une dizaine d’années d’expérience professionnelle.

Quels sont les points forts de ce MBA ? Le principal atout de ce MBA repose sur son approche pragmatique, nord-américaine, et au partenariat soutenu entre les entreprises et l’université. Il est également lié à la qualité des élèves (20 à 25 par promotion) et à l’importance accordée au travail en équipe qui représente 40  % du travail demandé. Nous avons délocalisé ce MBA au Maroc, en Algérie, à Paris, en Guadeloupe et en Martinique et un projet est en cours avec l’université du New Hampshire.

La formation dure 18 mois, elle est délivrée par nos propres enseignants à 75  % et à 25  % par des professionnels locaux. Les cours ont lieu le vendredi et samedi toute la journée ainsi que le mardi soir. Elle est adaptée à chaque pays  : ainsi les cours sont à peu près les mêmes mais les exemples sont pris localement. Elle comprend également 3  semaines à Sherbrooke, un temps fort apprécié des élèves. La première cohorte en Martinique n’a pas encore terminé (12 mois sur les 18) mais aucun abandon n’est à signaler et certains ont déjà bénéficié d’une promotion ou de la prise de nouvelles responsabilités. Leurs épaules s’élargissent !

attentes du monde économique. Nous allons réfléchir à la possibilité d’une formation en finances (avec délivrance d’un Certificat). Plus globalement, j’ai constaté un besoin de formation de la part des grandes entreprises mais également des mouvements associatifs, des groupements, avec des cadres qui auraient pour mission de créer des rapprochements et des effets de synergies. D’autre part, j’ai eu le sentiment qu’il y avait une réelle prise de conscience des opportunités à saisir en se positionnant comme porte d’entrée de l’Europe vers le marché caribéen et sud-américain, et enfin, que lorsque l’on travaille ensemble, il est beaucoup plus facile d’y arriver. Cela semble évident mais ce n’est pas toujours facile à mettre en place !

Quelle est la proportion de femmes dans la promotion qui vient de débuter ? Il y a 50 % de femmes, 50 % d’hommes. Les femmes sont très volontaires et motivées, peut-être parce qu’il est plus difficile pour elles de s’imposer dans le monde professionnel.

Avez-vous d’autre projets aux Antilles ? Suite à votre rencontre avec le président de l’université Antilles-Guyanes, projetezvous de mettre en place d’autres formations ? (Nous nous sommes manifestés de part et d’autre une ouverture à discuter de développements potentiels, sans plus.) Lors de ma venue en Guadeloupe et en Martinique, j’ai rencontré différents acteurs locaux de l’économie dans le but de recenser, au-delà du MBA, les éventuelles

Avez-vous un message particulier à transmettre ? Certes, les Antilles constituent un marché étroit mais à l’instar des Québécois qui ont réussi à faire leur place sur le marché nord-américain, je pense que les Antillais peuvent faire leur place au sein du marché caribéen. Dans cette optique, il peut être intéressant que les Antillais prennent ce qu’il y a de bon dans la culture nord-américaine mais en l’adaptant à leur culture et au marché. ǷǷ Propos recueillis par Gaëlle Picut


34 INTERf@ce > ACTEUR


FORMATION

« Les ailes de la jeunesse »

Donner des ailes

A la jeunesse antillo-guyanaise

Le 3 février 2011 s’est tenue à Bruxelles, la signature d’une convention entre l’Association des Pilotes Professionnels Antillo-Guyanais, l’APPAG, et le centre de formation de Bruxelles, CAE, afin d’apporter une offre de formation diplomante et de qualité aux jeunes Antillo-Guyanais désireux de devenir pilote.

L’association APPAG Créée en en 2001 l’APPAG est une association a but non lucratif, dont les membres, pilotes professionnels bénévoles se sont fixés pour objectif de promouvoir ce beau métier de pilote de ligne dans les départements Français d’Amérique. Les membres de l’APPAG travaillent en étroite collaboration avec le CIRAS (Comité d’initiation et de recherche aéronautique et spatiale), dépendant du ministère de l’Education nationale, qui forme chaque année une quarantaine d’élèves à la licence théorique de pilote privé. Rappelons que l’APPAG a tenu un rôle déterminant lors de la mise en place de la ligne transatlantique d’Air Caraïbes en 2004. Grâce à un travail de lobbying de son président M. Lucien Plaisance, et au soutien du conseil régional de la Guadeloupe, une convention fut signée. Ce mécanisme de progression a généré au sein d’Air Caraïbes, une véritable aspiration de jeunes pilotes sur le réseau régional.

La formation qualifiante pour un métier d’avenir Sélectionnés à l’issue d’un concours, en juin 2008, 17 Guadeloupéens, 22 Martiniquais et 4 Guyanais dont 6 filles ont été retenus pour suivre l’offre de formation

initiée par l’APPAG pour devenir pilote de ligne. Ils ont intégrés en septembre 2008 la formation théorique de pilote de ligne au CREUFOP, Université de Perpignan, formés par des professeurs de l’ENAC. Ils ont ensuite parfait leur expérience aéronautique en volant en métropole, au Canada et aux Etats-Unis, avant de débuter leur formation pratique. Tous portés par le désir d’embrasser une carrière de pilotes, ils sont aujourd’hui les ambassadeurs de l’excellence antilloguyanaise, capables d’œuvrer au développement du transport dans nos régions, mais aussi capables à l’issue de cette formation de s’exporter dans de grandes compagnies aériennes internationales.

Une convention établie avec les trois régions pour assurer une formation pratique de ces jeunes Pour ce qui a trait à la formation pratique, l’APPAG a pris contact avec CAE Bruxelles, en 2009. Un travail très fructueux entre les équipes de M. Yves Peeters, et de M. Bert Selis à Bruxelles, et les équipes de l’APPAG initiées par M. Remi Plesel, M. Lucien Plaisance, M. Francis Crochemar, a permis de concevoir un programme en langue anglaise,

effectué aux Etats-Unis et à Bruxelles, ayant reçu l’homologation des autorités aéronautiques européennes. Ajouté à cela l’effort de CAE, Global Académie, d’assurer un débouché professionnel à la sortie de la formation. Une convention a donc été signée le 3 février à Bruxelles avec la présence des ces trois régions d’outre-mer et de leur représentant dans le domaine de la formation  : pour la région Guadeloupe, M. Jocelyn Mirre vice-président emploi et formation, pour la région Martinique vice-président emploi et formation M.  Daniel Robin, pour la région Guyane, vice-président emploi et formation M. Michel Montlouis-Deva. Cette convention aboutissant à une offre pratique assure ainsi un avenir à ces étudiants qui, dans le contexte difficile que connaît l’emploi dans nos pays, auront la quasi-certitude d’être intégrés à ce service du transport dans la lignée des résultats théoriques de ces 43 jeunes en formation. Cela leur permettra d’être aux commandes de façon performante de ce véhicule volant qui rétrécie la terre et rapproche ses habitants. ǷǷ Contact PRESSE : M.-L. ButterflyMuriel Lantin 0690 61 49 44 muriel.lantin@gmail.com

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Environnement

« Contrôle de l’énergie »

Avi Office

Environment & Energy Eddy Virgal, consultant

Eddy Virgal est consultant au sein d’Avi Office Environment & Energy. Ce cabinet s’ingénie à accompagner les entreprises et collectivités territoriales dans leurs stratégies managériales et organisationnelles dans une perspective de développement durable.

Eddy Virgal consultant AVI Office Environnement.

E ddy Virgal est consultant au sein d’Avi Office Environment & Energy. Ce cabinet s’ingénie à accompagner les entreprises et collectivités territoriales dans leurs stratégies managériales et organisationnelles dans une perspective de développement durable.

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epuis quelque temps, force est de constater qu’il existe un amalgame chez beaucoup d’acteurs économiques et institutionnels. Et cette ambiguïté est largement entretenue par des médias qui souhaitent plus faire le buzz qu’aborder les enjeux fondamentaux autour de la question de développement durable. D’autres s’accordent à dire qu’il s’agit juste d’une lubie de certaines bureaucraties internationales qui voulait faire plaisir à des « hippies new ». Le développement durable est une conception de la croissance économique cherchant à concilier la préservation de l’environnement, le progrès social et l’éthique et ce, au niveau mondial. Ce vocable vient d’une traduction anglaise « Sustainable Development » : « développement soutenable ». D’où le triptyque réunissant l’économie, le social et l’environnement. Et, réduire le développement durable juste à son volet

écologique montre un raccourci, voire une incompréhension. Désormais, la déplétion du pétrole, ressource autour de laquelle toutes les économies et particulièrement celles des pays insulaires sont organisées, est avérée et aura inéluctablement un impact sur les structures de coûts. De plus, le réchauffement climatique est un paramètre qui suscite un engagement de toutes les grandes puissances à mettre en œuvre des stratégies coercitives pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. Alors, nous pouvons dire que c’est une mode, qu’on sollicitera des dérogations, mais, en qualité de manager, gérer une entreprise, c’est d’abord anticiper les événements qui devraient influer sur mon business. Alors, je dois m’en préoccuper. Le développement durable est un impératif opérationnel qui définira le XXI e  siècle. Les organisations qui réussiront à harmoniser leurs intérêts avec les besoins de la société attireront et conserveront constamment les meilleurs employés, produiront des capitaux plus stables et à meilleur marché et créeront des produits novateurs et durables. Les entreprises qui ne parviendront pas à répondre aux besoins du public s’exposeront quant à elles à des risques majeurs  : elles perdront des marchés clients, disposeront d’un accès limité au capital financier et souffriront de la rupture d’approvisionnement de leurs biens et services. C’est ce qu’ont compris d’une part toutes les grandes entreprises, en particulier celles du CAC 40, qui ont toutes créé des directions du développement durable dans leur organigramme. Les PME sont en train de s’intégrer elles aussi dans cette dynamique de durabilité, et il s’agit d’éviter que les TPE restent, comme trop souvent les oubliées de cette nouvelle dynamique

incontournable. C’est ce qu’ont compris par ailleurs les principaux Etats comme les USA. Dès son élection, le Président Obama les a inscrits dans le processus de Kyoto. C’est ce qu’a compris le Président Sarkozy qui a encouragé l’immense chantier du Grenelle de l’Environnement. Dès lors, pour nos organisations, un premier outil revêt un caractère stratégique :

le Bilan Carbone

Cette démarche, comme tout bilan, lorsqu’il est bien fait, permet tout d’abord de remettre en question les performances et l’efficacité de l’entreprise. En effet, un bilan réalisé selon la méthode d’analyse de cycle de vie tout au long de la chaîne de création de la valeur, est très efficace pour mesurer et analyser ses flux industriels, et donc, pour mesurer l’efficacité énergétique et écologique de ses procédés et produits. En ce qui me concerne, je recommande très fortement de faire un bilan carbone pour analyser la dépendance des achats et des procédés de l’entreprise en ressources fossiles comme le pétrole, mais aussi vis-à-vis des métaux. En 2009, en Europe, un baril passant de 80 dollars à plus de 150 dollars a causé beaucoup de faillites ! Pour plus d’informations : avioffice.contact@gmail.com

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Environnement

« Edf »

Efficacité

énergétique EDF aux côtés

des collectivités et des entreprises

La mission essentielle d’EDF Martinique est de trouver des voies diverses pour accentuer le développement des économies d’énergie. Ces axes concernent tous les segments de clientèle, sur tous les marchés : résidentiels, logements collectifs, entreprises et collectivités locales. Patrick Delorme, Attaché Stratégie en Maîtrise de l’Energie, nous explique les ambitions d’EDF.

Eliane Germont, Directeur E.D.F Martinique.

Quels sont les enjeux à saisir pour les petites, moyennes et grandes entreprises martiniquaises, sur le plan énergétique ? Je conseille aux décideurs, chaque fois qu’il y a un choix à faire en matière d’investissement, d’intégrer dans leurs réflexions la notion d’efficacité énergétique. La question centrale est : comment rendre ces investissements les plus économes possibles, tout en réduisant les coûts d’exploitation ? L’Agence Maîtrise de l’Energie d’EDF est en mesure d’aider les entreprises à opter pour des choix énergétiques pertinents. Avant de parler de retour sur investissement, ces choix énergétiques ont évidemment un coût, quel est-il ? Première démarche, il s’agit d’analyser l’environnement de l’intéressé. Pour les entreprises et les collectivités locales,

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à la différence des particuliers, l’investissement s’inscrit sur le moyen et long terme. Pour les entreprises, un diagnostic initial est indispensable. Nous faisons des choix prioritaires dont la finalité est l’optimisation de l’outil de production. Pour les collectivités locales, c’est un enjeu économique et également politique. Le choix retenu doit satisfaire les administrés en terme de service public. Par exemple, un éclairage public rénové, dure plus longtemps, il est plus économe et sécurise les quartiers de certaines zones plus stratégiques comme les sorties d’écoles, les hôpitaux et autres établissements publics. Intervenez-vous dans la prise en charge financière du diagnostic ? Les entreprises et les collectivités peuvent effectivement nous solliciter. Notre participation est étroitement liée aux défis économiques et environnementaux. Consommer moins, c’est bon pour le budget de nos clients, mais c’est aussi moins de CO2 rejetés dans l’atmosphère… tout le monde y gagne. Pour un professionnel, il est important que ses investissements soient pérennisés assez rapidement. Notre accompagnement sera donc proportionnel aux économies d’énergie dégagées. Quels sont les enjeux que vous considérez comme des axes prioritaires, à la fois pour EDF et pour l’ensemble de la collectivité, des entreprises et des particuliers ?

www.INTERface-medias.com > environnement

Nous privilégions tout ce qui nous permet de réduire massivement les consommations d’énergie des acteurs économiques de l’île, mais nous travaillons aussi au développement de la filière d’installateurs autour de chartes de qualité, ou encore à la création de nouvelle filière, celle des isolants par exemple. Pour les clients ce qui importe c’est d’avoir une vision globale de la gestion énergétique pour dégager le maximum d’économie tout en maintenant un confort optimum. Nous raisonnons de la même manière qu’un chef d’entreprise au niveau de la problématique énergétique. Nous recherchons les principaux postes de consommation, pour rapidement gagner en efficacité énergétique : air comprimé, production et gestion de froid, conditionnement d’ambiance, éclairage public, entre autres. Quel regard portez-vous sur le dernier Grenelle de l’Environnement ? Pensezvous agir en relation étroite avec les acteurs politiques pour diffuser vos actions ? Nous sommes très attentif aux conclusions du Grenelle. Il fixe notre cap et sert de référence à notre politique en matière d’efficacité énergétique. Notre objectif est de stabiliser la croissance de la demande d’électricité à moins de 1% par an d’ici 2020. EDF est un acteur très engagé dans la réduction des émissions de gaz à effet de serre et l’aide au développement des énergies renouvelables. Chaque année


nous communiquons aux Martiniquais le nombre de kilowatts économisés et le nombre de tonnes CO2 évités. Sur un plan plus global, nous avons des discussions avec le Conseil Régional, le Conseil Général, l’ADEME, la CCI, le MEDEF et la CACEM. Avec cet ensemble d’acteurs institutionnels, nous partageons notre savoir-faire et nous sensibilisons les décideurs pour répondre aux problématiques du Grenelle.

techniques, de régulation du froid (la « haute » et la « basse pression flottante »). Ce matériel leur permettra d’obtenir des gains de près de 20% d’économie d’énergie. Pour les collectivités locales, avec notre offre « éclairage performant », la Ville de Fort de France a rénové son parc d’éclairage public qui représentait près de la moitié de sa facture énergétique et à économiser 2 millions de KWh par an.

EDF est sectorisé par régions, cela signifie qu‘EDF sur l’Archipel de la Guadeloupe va agir en fonction des axes définis par les demandes du marché guadeloupéen. Pour le marché martiniquais, quelles mesures voyez-vous pour l’accompagnement des TPE-PME, pour à la fois leur apporter votre accompagnement technique et en même temps les inciter à être réactifs ? Nous avons développé à la maille Antilles-Guyane toute une gamme d’offres spécifiques pour les professionnels, artisans, commerçants, professions libérales, hôteliers et restaurateurs ; les trois offres majeures étant : « Soley’Eko Pro » pour promouvoir les chauffe-eau solaires, « EkonO°Clim Pro » pour l’acquisition de climatiseurs performants et enfin « Isol’Eko Pro » aide pour l’isolation des toitures et des combles.

Dans le secteur tertiaire, au niveau national, EDF a signé récemment une convention avec la FNAIM. Quel en est l’impact ? Cette convention est intéressante car elle sert de levier et donne une plus-value à l’agent immobilier en termes de conseils énergétiques. Elle a pour but d’essayer d’aider notamment les nouveaux entrants, locataires, propriétaires occupants ou bailleurs, à faire les bons choix en terme d’équipement.

C’est un marché très concurrencé. Etesvous dans ce contexte inquiet pour l’avenir ? Non, au contraire ! Plus nous serons nombreux à promouvoir l’efficacité énergétique, plus la Martinique y gagnera. Nous sommes prêts à rencontrer tous ceux qui ont envie de travailler avec nous et d’associer nos forces pour faire gagner du pouvoir d’achat à nos clients et préserver l’environnement. EDF Martinique propose, à l’instar d’EDF national, des outils pour comprendre et analyser les consommations des professionnels. Avez-vous des exemples d’entreprises qui ont joué le jeu ? Dans le secteur de l’industrie agroalimentaire, nous avons mis en place des systèmes de gestion de la production de froid et des systèmes de variation électronique de vitesse sur les machines tournantes. Dans l’immobilier et l’hôtellerie, nous avons lancé des systèmes de climatisation centralisés qui ont permis de réaliser près de 30% d’économie aux intéressés. Dans le secteur tertiaire, nous avons installé des systèmes de programmation aboutissant à 28% d’économie. Nous avons dans le domaine du froid alimentaire des solutions

Quel point souhaiteriez-vous mettre en avant sur la nouvelle dynamique commerciale d’EDF en 2011 ? Nous allons relancer en avril une campagne sur la prise à économie d’énergie et lancer deux nouvelles offres : Priz’Eko Pro et les systèmes hydro-économes. Pour les entreprises, la nouveauté 2011 concernera le conditionnement d’ambiance et le froid performant, les machines performantes et l’éclairage public également performant. Nous invitons les chefs d’entreprises, les directeurs d’établissements publics, les responsables de collectivités locales, à nous consulter pour les aider à concrétiser leurs projets. ǷǷ Propos recueillis par Rania Souhlal

Contacts utiles : Direction EDF Martinique BP. 573 97242 Fort de France Cedex 01 Accueil dépannage : 0810 333 972 Conseils aux particuliers : 0596 59 22 00 Accueil Professionnels : 0596 59 23 70 Accueil Entreprises : 0596 59 22 42 Accueil Collectivités Locales : 0596 59 22 38 Internet : http://martinique.edf.com E.mail : clients-edf-martinique@edf.fr

EDF Martinique en quelques chiffres : Directeur : Eliane Germont Date de création : 1975 Premier industriel de l’île avec 621 salariés, Chiffre d’affaires 2010 : 128 millions, 2 centrales thermiques : Bellefontaine et Pointe des Carrières 184.000 clients 4.542 km de réseaux électriques : 215 km en Haute Tension (63 000 Volts) 1 588 km en Moyenne Tension (20 000 Volts) 2 739 km en Basse Tension (400/240 Volts)

Future Centrale de Bellefontaine. Photos D.R.

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région

« Un réseau d’affaires »

Outre-Mer Network un réseau d’affaires ultra-marin

Outre-Mer Network est un réseau qui a pour objectif de contribuer à une meilleure visibilité des ultra-marins dans le monde de l’entreprise.

Sandrine Joseph, Outre-mer Network. Photo D.R.

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e réseau professionnel Outre-Mer Network présidé par Daniel Hierso, souhaite mettre en lumière les compétences et le dynamisme de la communauté ultra-marine. Régulièrement des soirées networking sont organisées depuis avril 2009. Gratuites, ces rencontres mensuelles qui réunissent une soixantaine de personnes permettent la mise en relation de chefs d’entreprises, salariés, porteurs de projets, investisseurs potentiels sur des thèmes variés dans le but de permettre aux plus jeunes d’acquérir la culture de réseau. Tous les responsables de groupements d’entrepreneurs ou Think Tank de la nouvelle génération ont eu l’occasion d’y échanger leurs expertises.

Des sessions speed meeting business ou petits déjeuners d’affaires permettent la mise en relation des grands comptes et certains entrepreneurs adhérents. Ces événements visent à élargir son réseau, partager ses expériences professionnelles, rencontrer de futurs partenaires, investisseurs ou clients, venir écouter le parcours de compatriotes qui ont réussi dans l’entrepreneuriat. « Les ultra-marins ont besoin de modèles pour avoir envie d’entreprendre, avec des personnes inspirantes telles que Jean-Claude Beaujour, vice-président du réseau et avocat d’affaires, associé gérant du cabinet Hobson, José Jacques-Gustave (créateur de G2J, fournisseur de solu-

tions globales de vidéoconférence), Alain nombre de clichés. Il y a une capacité Dolium, PDG d’OBAD, Carine Chassol, d’innovation réelle mais encore sousavocate associée du cabinet d’affaires exploitée en matière d’énergie, de gesAllen&Overy, Jocelyn Golitin, PDG de tion de la biodiversité, de R&D dans le JOCE trésorier et co-fondateur du réseau, développement durable, ou encore dans unique ultra-marin à Paris spécialisé les nouvelles technologies.  Il existe des dans le tourisme fluvial, Karine Barklay, réelles opportunités à prendre pour les fondatrice du cabinet K&B Partners » Antillais dans l’économie de services par souligne Sandrine Joseph, vice-prési- exemple. » dente d’Outre-Mer Network, elle-même très engagée dans la promotion de la La localisation géographique des dépardiversité et des femmes en entreprise. « tements et territoires d’outre-mer constiOutre-Mer Network est un réseau d’op- tue un atout non négligeable pour la portunités d’affaires et d’investissement. France dans l’économie mondiale. Il rassemble des personnes qui sont dans l’action et le concret », résume-t- « Le rôle d’Outre-Mer Network est bien elle. Les ultra-marins, porteurs de pro- de contribuer à la montée en puissance jets ou déjà installés souhaitant évoluer des ultra-marins dans le monde des dans leur développement, n’ont pas affaires où quelques-uns d’entre forcément les bons contacts avec les eux, ont déjà réussi. » investisseurs, les avocats, les experts ǷǷ Propos recueillis dont ils auraient besoin. « Or, au sein par Gaëlle Picut de la communauté ultra-marine, nous disposons de toutes ces compétences (marketing, finances, technologiques). L’objectif est de mettre en relation les bonnes personnes entre elles pour créer des synergies. Outre-Mer Network met à leur disposition des outils : expertise ainsi que des partenaires confirmés comme le fonds d’investissement Financités en métropole et en Guadeloupe. » Par ailleurs, Outre-Mer Network s’est ouvert à d’autres réseaux partenaires comme Diversitelles, RiskAngel co-fondé par Sandrine Joseph, le Club Efficience, auteur du Gotha noir de France, La nouvelle PME, et présente régulièrement la dynamique entrepreneuriale ultra-marine sur BFM RADIO et BFM Business TV. Ce réseau encourage les gens à se réunir pour avoir davantage de capacités d’innover, de réagir. « Nous essayons de leur ouvrir des portes, de leur présenter un maximum d’opportunités afin de donner de l’ampleur à cette énergie. » Sandrine Joseph regrette que l’Outre-Mer ne soit pas suffisamment mis en valeur. « Il faut sortir d’un certain

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région

« La Grande Caraïbe »

Bâtir ensemble

la Grande Caraïbe ! PROGRAMME INTERREG

L’insertion des départements français d’Amérique (DFA) au sein de leur environnement régional caribéen est aujourd’hui perçue comme une nécessité. Soutenues par le programme Interreg IV Caraïbes, les actions de coopération et de cohésion territoriales se multiplient sur la base d’un rapport gagnant/gagnant.

Photo D.R.

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es temps changent. Les régions ultrapériphériques (RUP) de la Caraïbe ont compris, à travers l’application des accords de partenariat économique (APE) signés le 15 novembre 2008, que leur développement économique passait aussi par l’intégration régionale dans leur espace géographique caribéen. C’est pour répondre à cet enjeu majeur que les Régions et Collectivités d’Outre-mer de Guadeloupe, Guyane, Martinique, SaintBarthélemy et Saint-Martin se sont regroupées au sein du programme Interreg IV Caraïbes période 2007-2013. Objectif  : renforcer les relations étroites avec les pays et territoires avoisinants de la Caraïbe, favorisant ainsi les échanges de connaissances, de bonnes pratiques et l’émergence de réseaux d’acteurs économiques en vue de développer des projets structurants pour la région Caraïbe.

Interreg Caraïbes, un levier financier Avec le programme de coopération territoriale Interreg IV Caraïbes, les collectivités territoriales, les instituts de recherche, de formation, les associations, les entreprises privées, les organisations socio-économiques, les ONG et les bureaux d’étude ayant leur siège dans les Régions et Collectivités d’Outre-mer disposent d’un véritable levier financier permettant de favoriser l’entreprenariat, la création d’emploi, le développement des entreprises (TPE, PME, PMI) à l’échelle régionale. Ce programme

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constitue une liberté économique et diplomatique d’ampleur. En effet, la zone de coopération Caraïbe concerne tous les pays et territoires qui ont une façade maritime avec la mer des Caraïbes. D’Anguilla à Haïti en passant par la Dominique, Trinidad, la Jamaïque, le Brésil, le Mexique ou le Venezuela. Ce sont ainsi plus d’une quarantaine de pays et territoires, 92  804 km2 et plus de 600 millions d’habitants qui se trouvent liés, au-delà de l’histoire ou de la géographie, par l’ambition d’un développement économique concerté que tous espèrent inscrit dans la durée. Dans ce contexte, la réalisation d’un projet de coopération «  gagnant/gagnant  » entre les régions d’Outre-mer et les pays de la Caraïbe constitue une démarche de longue haleine. Selon Charles-Édouard Nicaise, directeur du Secrétariat technique commun Interreg Caraïbes  : «  le montage d’un projet de coopération Interreg Caraïbes nécessite un temps de préparation minutieux  ; les objectifs et les activités à entreprendre doivent être dimensionnés de façon réaliste pour que le projet puisse atteindre ses objectifs et, au-delà se pérenniser ». En effet,  le programme Interreg IV Caraïbes s’est fixé comme objectif de chercher à optimiser et mettre en synergie les potentialités de la zone de coopération caraïbe au travers d’initiatives et d’activités résolument inscrites dans les secteurs économiques clés contribuant au développement concerté et harmonieux de nos régions. Ainsi, les projets éligibles au programme devront couvrir les secteurs porteurs tels que le tourisme visant la création de produits multi-destinations et le renforcement de l’attractivité de nos territoires ; les NTIC et la société de l’information à travers le développement des réseaux de télécommunications et le désenclavement numérique des territoires ; le transport maritime pour la facilitation des échanges commerciaux de marchandises. 45 projets ont d’ores et déjà été soutenus par Interreg depuis 2008, année de lancement du programme, pour un montant total de plus de 47 millions € (dont 34 millions au titre du FEDER).

www.INTERface-medias.com > région

Décloisonner les barrières institutionnelles Avec le lancement du troisième appel à projets Interreg Caraïbes, du 14 mars au 14 mai 2011, d’autres projets de coopération seront sélectionnés et pourront bénéficier d’un appui financier significatif. À travers les domaines prioritaires d’intervention de l’axe n°1 du programme (voir encadré), les acteurs publics et privés ressortissants des régions ultramarines et caribéennes auront l’opportunité de contribuer à la croissance économique et l’emploi par l’innovation et l’économie de la connaissance, et de renforcer leur attractivité par le désenclavement et la connectivité des territoires. « Il faut oser décloisonner les barrières institutionnelles et physiques qui ne demandent qu’à être franchies. » C’est le conseil qu’a suivi Marie-Thérèse Sow, chef de file du projet VIH Sida. Ce projet prévoit la mise en place d’un observatoire inter caribéen de prévention et de lutte contre le sida. « Le programme Interreg a permis d’améliorer les capacités des DFA à travailler ensemble et à collaborer avec leurs partenaires caribéens. Il nous a offert la possibilité de mutualiser nos expériences, d’améliorer notre capacité à nous structurer, à monter des projets complexes et cohérents. Déjà, des emplois ont été créés. Pour la mise en œuvre du projet VIH, nous avons embauché deux coordinateurs d’enquête pour chaque DFA et des enquêteurs. » Pour en savoir plus sur les projets soutenus, le type d’actions éligibles au troisième appel à projets, consulter le site Internet  : http://www.interreg-caraibes. org»www.interreg-caraibes.org Contact : Secrétariat technique commun Interreg Caraïbes Agenda rencontres : Tel. : 0590 47 06 00 Email : info@interreg-caraibes.org info interreg-caraibes.org


EXEMPLE DE PROJETS SOUTENUS

Des axes prioritaires

Les priorités thématiques du programme Interreg IV Caraïbes se regroupent en 3 axes :

AXE 1 Favoriser la croissance et l’emploi par l’innovation et l’économie de la connaissance  ; renforcer l’attractivité par le désenclavement et la connectivité des territoires.

AXE 2

Invest karaib Coopération dans les domaines du commerce et des investissements entre la Martinique et les Etats membres du CARIFORUM.

VIH Sida  Mise en place d’un observatoire intercaribéen du VIH.

Cabaré Création d’un réseau caribéen pour la prévention et le contrôle durable des maladies émergentes du bananier.

Géothermie  Production d’électricité d’origine géothermique à la Dominique et interconnexion vers la Guadeloupe et la Martinique.

1er salon multi-destinations  Création d’un salon de valorisation et de promotion des produits et du patrimoine des pays de la Caraïbe.

RICAE Rapprochement et intégration caraïbe par le biais de l’atlas électronique.

Valoriser et protéger le capital environnemental à travers la gestion commune et durable des ressources terrestres, maritime,… et la prévention des risques.

AXE 3 Stimuler le rapprochement des populations, le développement de services communs et des synergies entre les institutions et entre les territoires pour renforcer la cohésion et l’intégration sociale de l’espace Caraïbe.

Interreg IV Caraïbes en chiffres Budget  global : 63  millions d’euros dont 47 millions au titre du FEDER. 45 projets financés pour un montant total de 47 115 461,76 millions d’euros. Subventions FEDER accordées : 33 millions d’euros.

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région

« Carib Risk Cluster »

Carib Risk Cluster Quand le savoir-faire martiniquais s’exporte

Claude Lise, le président du Conseil Général, à la présentation officielle du Carib Risk Cluster 2010.

Risques majeurs, le Conseil Général en pointe.

Le drame qui vient de frapper le Japon l’a rappelé à tous avec brutalité  : le scénario catastrophe n’est pas l’apanage d’Hollywood, mais bien une réalité qu’aucun homme politique responsable ne peut se permettre d’ignorer au 21e siècle. La Martinique, que sa situation géographique soumet à une conjonction d‘aléas majeurs (cyclones, glissements de terrain, activité sismique, fortes précipitations, houles, etc…) est très directement concernée par la problématique de sécurisation des populations et des infrastructures en cas de catastrophe naturelle.

et la Martinique est aujourd’hui le moteur du programme caribéen de prévention des risques, le Caribbean Risk Cluster, un projet conçu et porté par les Services Techniques du Conseil Général de la Martinique et cofinancé par la communauté européenne. Bien entendu, il reste encore à faire : le Président de la Collectivité a rappelé à plusieurs reprises l’Etat à ses obligations, notamment s’agissant du Plan Séisme, qui prévoit une mise à niveau du bâti aux nouvelles normes antisismiques PS92, établies en 1998. Les sommes concernées sont conséquentes (on parle de plus d’une centaine de millions d’euros) et la collectivité ne peut à elle seule supporter une telle charge financière.

de la Région Poitou-Charentes, qui a remarqué que « La tempête Xynthia n’aurait pas fait autant de victimes si nous avions eu un tel système d’alerte ». Le réseau d’accéléromètres du Conseil Général contribue par ailleurs au Réseau Accélérométrique Permanent (RAP), un groupement scientifique mondial d’analyse et d’observation de l’aléa sismique.

L’innovation comme vecteur de développement : Dès le départ, la volonté de Claude Lise a été de domicilier en Martinique un véritable pôle d’expertise sur la problematique des risques majeurs, afin d’en faire un vecteur de développe-

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’intérêt, évident aujourd’hui mais beaucoup moins à l’époque, de la démarche initiée dès 1992 par le Conseil Général sous l’impulsion de Claude Lise, est qu’elle repose sur une double volonté : protéger les populations et les infras- tructures vitales en cas d’aléa majeur, Sensibiliser la jeunesse, un des axes forts de l’action du conseil Général.

domicilier en Martinique un pôle d’expertise lui permettant de se positionner au niveau régional comme un interlocuteur majeur sur ces questions, exportant son savoir faire et ses techniques afin de créer de l’emploi et des richesses.

Aujourd’hui, près de 20 ans après la mise en place de cet ambitieux programme, le bilan est très largement positif : plusieurs distinctions internationales ont récompensé les efforts de la collectivité sur ce plan,

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Une surveillance du territoire en temps réel. 30 accéléromètres permettent de suivre les mouvements sismiques, un marégraphe surveille en permanence le niveau de la mer sur le littoral martiniquais afin de détecter un éventuel danger (houles, tsunamis), et les cours d’eau de la Martinique sont sous observation permanente grâce à un système d’alerte de crues. La démonstration de ce système a beaucoup impressionné Ségolène Royale, Président

www.INTERface-medias.com > région

ment. Après la reconnaissance nationale et internationale des efforts de la Collectivité (consacrés par trois Prix Territoria dont deux en Or pour la Caravane de la Prévention et la conception d’un nouveau modèle de blocs de protection du littoral), l’étape suivante consistait à capitaliser sur le savoir local en installant la Martinique comme l’interlocuteur incontournable au niveau régional sur cette problématique des risques majeurs. Les Départements Français d’Amérique


Houlographe au large du prêcheur surveille les mouvements de la mer.

ne participent pas encore pleinement à la forte dynamique de coopération caribéenne dans ce domaine qui concerne notamment les Etats anglophones de l’Espace Caraïbes. Ainsi, ils ne sont pas partie prenante aux travaux des organisations régionales très fonctionnelles que sont la Caribbean Disaster Emergency Management Agency (CDEMA), le Caribbean Climate Change Centre (CCCC) ou encore le Caribbean Institute for Meteorology and Hydrology (CIMH). Caribriskcluster se propose donc de mettre un terme au cloisonnement existant à l’heure actuelle en intégrant la Marti-

nique dans la dynamique caribéenne évoquée plus haut. Il s’agit de renforcer la concertation et la coordination régionale par la mutualisation des capacités d’expertise et des outils d’alerte et de prévention des risques naturels dans la zone en prenant en compte l’expérience de l’AEC, de la CDERA, du CCCC ou du CIMH, les moyens existant en Guadeloupe, Guyane et Martinique et le savoirfaire mis en œuvre par le Conseil Général de la Martinique sur le territoire de la Martinique et à travers ses projets de coopération en cours avec Sainte-Lucie, la Dominique ou la Jamaïque. Caribriskcluster vise à sensibiliser les acteurs publics et privés de la Caraïbe notamment les entreprises, les organismes de recherche, les organismes de formation, à les mobiliser et mutualiser les efforts pour développer des activités économiques en matière de prévention et de gestion des risques naturels. A terme,

IMPLANTATION DES Accélérométres

l’objectif est de partager les expériences et développer des activités économiques en matière de prévention et de gestion des risques naturels dans la Caraïbe. Une convention en date du 2 juin 2010 a été signée entre le Conseil Général de la Martinique, chef de file bénéficiaire et le Conseil régional de la Guadeloupe, autorité de gestion du programme Interreg IV Caraïbes. D’une durée de deux ans elle définit l’objet de l’opération, ses modalités de mise en œuvre, les impacts attendus et les conditions de versement de la subvention qui s ‘élève à 641 801 euros.

Blocs anti-houle brevetés par le Conseil Général.

Risque de submersion du littoral

Développer la culture du risque

au sein de la population

Claude LISE aime à le rappeler : « La première action de la Collectivité pour protéger la population, c’est de diffuser par tous les moyens possibles les informations qui permettent de se protéger en anticipant les évènements. ». Précautions à prendre, gestes à faire ou à proscrire, produits indispensables à stocker chez soi, numéros de téléphone ou coordonnées utiles, toutes ces informations essentielles sont désormais diffusées de manière récurrente au grand public par le biais de « La Caravane de la Prévention » (un programme innovant doté d’un simulateur de séisme, récompensé par un Prix Territoria d’Or), des participations à diverses manifestations grand public (Fête de la Science, Journée de l’Eau , Village des Risques, etc) ou différents supports de communication : dépliants, sites informatiques, etc. 47


CARAïBE

« Une renaissance »

Le marché en Fer

symbole de la renaissance haïtienne

Le marché en Fer de Port-au-Prince fut entièrement détruit lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010. Aujourd’hui, il retrouve sa splendeur d’antan et donne un nouveau souffle à la capitale.

Un parcours semé d’embuches Plusieurs obstacles majeurs sont survenus au cours de la reconstruction notamment des inondations, l’épidémie de choléra et une tempête tropicale, obligeant l’arrêt des travaux pendant une vingtaine de jours. Plus grave, face au travail titanesque à accomplir pour la reconstruction d’Haïti, ce fut le manque de béton. Cette pénurie a contribué à retarder la construction des fondations du marché du Nord.

Photos D.R

A

près 11 mois d’intenses travaux, le et légumes, des produits alimentaires marché en Fer de Port-au-Prince secs et des produits de beauté. Pour le à Haïti est le premier bâtiment président Bill Clinton : « Denis O’Brien public entièrement réhabilité depuis le a été un catalyseur de multiples choses séisme du 12 janvier 2010.  Une initiative positives intervenues à Haïti, avant et financée par Denis O’Brien, le président après le tremblement ». En effet, depuis du groupe Digicel et son épouse, à titre l’année dernière, il a été un lien fort au personnel, pour un coût de 12 millions de sein du réseau d’actions et d’initiatives dollars. L’ouverture officielle de cet édifice « Globale Clinton de Haïti »(GCH), permeta eu lieu en janvier dernier en présence tant, grâce à ses contacts, de collecter de l’ancien président américain Bill Clin- 224 millions de dollars afin de remettre le ton, du maire de Port-au-Prince, Musca- pays en marche. « Je suis enchanté, pourdin Jean-Yves Jason, et symboliquement suivait Bill Clinton,  d’être ici aujourd’hui à de deux vendeurs du marché. Historique- l’ouverture du marché en Fer qui est dément, le marché en Fer avait été construit sormais un point de repère culturel, écodans les années 1890 à Paris. Destiné à nomique et social en Haïti ». Pour Denis une station au Caire, en Egypte, il sera O’Brien, ce lieu doit redevenir « une ruche finalement acheté par le président haïtien d’activité économique, un endroit où des Florvil Hyppolite. hommes et des femmes exerceront leur talent et répondront aux besoins de toute Un formidable une population ». Le marché en Fer était levier économique un joyau architectural, aujourd’hui c’est Il est prévu que 900 vendeurs s’installent tout à la fois le symbole du rétablissement dans le nouveau bâtiment dédié au com- de ce pays et une fenêtre sur un avenir merce des œuvres artisanales, des fruits plus lumineux pour les Haïtiens.

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Ces aléas mis à part, le chantier a permis à des centaines d’ouvriers, jusqu’à 750 à certaines périodes, de percevoir un salaire et de retrouver une raison de se lever chaque matin. Pour rester conforme à l’édifice d’origine, le toit de l’emblématique tour de l’Horloge a été recouvert de tuiles d’argile. Elles proviennent du même fabricant français qui a fourni celles d’origines en 1891. Mais cette fois-ci, elles vont partager l’espace avec 533 panneaux solaires qui en feront la plus grande installation solaire de la Caraïbe. Le mur du parapet est lui entièrement fait de briques achetées localement ou extraites des bâtiments endommagés. Celles des murs de la tour de l’Horloge proviennent de la structure originale réalisée en France puis démontée brique par brique. L’Horloge, malheureusement reste irréparable, aussi une copie a dû être réalisée avec un système d’éclairage additionnel. Le marché en Fer vient ainsi de retrouver sa superbe.


PortraiT CROIsé de Denis O’Brien

Homme d’affaires mais aussi homme de cœur, Denis O’Brien est insatiable et ses combats résonnent souvent comme des actions humanitaires.

Denis O’Brien, Président du Groupe Digicel.

D

enis O’Brien diplômé des universités de Dublin et de Boston, est le président du groupe privé Digicel, un des opérateurs mobiles qui a connu la croissance la plus rapide au monde. Denis O’Brien a fondé Digicel en 2001. La société a alors lancé un service de téléphonie cellulaire GSM dans toute la Caraïbe. Digicel a tissé un réseau sur 32 marchés avec plus de 11  millions d’abonnés dans

les Caraïbes, l’Amérique centrale et les régions du Pacifique. Il est un des entrepreneurs principaux Irlandais via des investissements vastes à travers plusieurs secteurs, incluant des télécoms internationales, la radio, des médias, l’immobilier, la location d’avion, le golf et d’autres activités de loisir. Il a aussi fondé le Groupe Communicorp qui possède et gère un portefeuille de sociétés médiatiques et de radiodiffusion en Irlande et huit autres pays européens. Denis O’Brien a fondé le Groupe de Télécommunication Esat plc pendant les années 1990 avant de la revendre à British Telecom plc pour 2.4 milliards d’euros. Au-delà du monde des affaires, il a présidé les Jeux Olympiques Spéciaux 2003 et les Jeux d’été en Irlande. C’est la première fois que ces derniers étaient organisés à l’extérieur des Etats Unis en présence de 160  pays et plus de 30  000  volontaires. Denis

O’Brien est également résident et le co-fondateur de Frontline, la Fondation internationale pour la défense des droits de l’Homme. Basée à Dublin, Frontline travaille pour assurer le respect, à travers le monde, des normes inscrites dans la déclaration de l’ONU sur   les droits de l’Homme, adoptée en 1998. En 2000, Denis O’Brien a lancé la Fondation Iris O’Brien pour identifier et aider des projets qui soutiennent les minorités ethniques. En 2010, il est devenu l’Ambassadeur de bonne volonté nommé par le maire de la ville de Port-au-Prince à Haïti en reconnaissance de ses efforts pour reconstruire Haïti et son implication à attirer les investisseurs étrangers suite au tremblement de terre de 2010. Il a également été nommé à la commission pour le Développement numérique.

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CARAïBE

« Le projet Invest Karaib »

Nos entreprises

pourront bénéficier

d’informations pertinentes sur les marchés caribéen

Financé dans le cadre du programme Interreg IV Caraibes, Maguy Marie-Jeanne, Chef de service des Relations internationales et de la coopération au Conseil régional de Martinique présente le projet Invest Karaib. Un projet dont l’objectif est d’améliorer la coopération économique et commerciale entre les RUP caraïbe et les pays du Cariforum. Comment a été amorcée la coopération entre le Conseil régional de Martinique et Caribbean Export ? Depuis 2002, le Conseil régional de Martinique, chef de file du projet Invest Karaib, est en contact et reçoit des demandes d’informations de la part de l’Agence caribéenne de développement des exportations (Caribbean Export).

nents du CARIFORUM et des RUP Caraïbe pour approfondir le volume d’échanges commerciaux et d’investissements dans la région. Ce projet va nous permettre de mettre nos compétences en commun, de nous approprier les expertises et les bonnes pratiques de la Caribbean Export notamment en matière d’accompagnement des entreprises.

En 2005, la Caribbean Export a sollicité la Région Martinique pour mettre en place une rencontre avec la Chambre de commerce et d’industrie de la Martinique (CCIM) et l’Agence de développement économique de la Martinique (ADEM). De cette réunion est née une proposition de collaboration avec les DFA. En 2005, s’est tenu un séminaire pour le développement de la coopération régionale dans la Caraïbe à travers les fonds européens.

Grâce à la mise en place de réseaux, nos entreprises pourront en bénéficier pour approcher de nouveaux clients et partenaires. Elles pourront bénéficier d’informations pertinentes sur les marchés. Déjà, dans le secteur des industries culturelles, l’un de nos secteurs prioritaires, nous avons organisé des rendezvous en B to B (Business to Business) entre professionnels de la Caraïbe et de la Martinique.

À partir de ce séminaire, il y a eu une déclaration finale qui a conduit à la mise en place de quatre groupes de travail dont l’un avait pour thématique le commerce et les investissements. L’agence Caribbean Export a été désignée pour animer ce groupe de travail et la Région Martinique y a pris part. Le projet Invest Karaib est la concrétisation de ces échanges.

Il y a eu des rendez-vous pris, des signatures de partenariats, certains artistes ont été bookés sur des shows dans la Caraïbe. Notre rôle en tant qu’institution était d’impulser et de mettre en place un environnement favorable aux échanges entre les RUP et les pays de la Caraïbe.

Concrètement, que va apporter Invest Karaib aux entreprises des RUP Caraïbe ? Ce projet est proposé dans le cadre de l’Accord de partenariat économique signé entre le CARIFORUM et la Communauté européenne et des efforts perma-

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L’un des secteurs identifié comme étant prioritaire est celui du tourisme sportif. Quelles sont les opportunités de coopération dans ce secteur ? Quelles actions ont déjà été engagées ? Une première réunion stratégique avec le CARICOM et d’autres professionnels sur le tourisme sportif a permis

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de faciliter l’élaboration du cahier des charges d’une étude sur les possibilités de coopération dans ce secteur. Nous n’avons pas beaucoup de données sur les opportunités du tourisme sportif. Cette étude permettra de guider les partenaires du projet sur de futures actions de soutien au secteur, de repérer les activités sportives capables de susciter une grande adhésion. Il ne s’agit pas seulement de créer des événements sportifs mais d’engendrer des courants d’échanges économiques et touristiques créateurs de richesses. Par exemple, en créant un championnat sur plusieurs îles de la Caraïbe. Quels sont les moyens humains et techniques dont vous disposez pour atteindre vos objectifs ? Si la Région Martinique est chef de file du projet, elle n’est pas seule. Elle a comme partenaires la CCIM et l’ADEM. Eux aussi, parce qu’ils sont en contact direct avec les professionnels, sont des relais d’informations. À la Région Martinique, deux personnes sont dédiées au projet, deux autres à la CCIM et deux à l’ADEM, sans compter les chargés de mission à Barbade et à Trinidad et Tobago. Nous travaillons à la mise en commun de nos compétences. Nous travaillons avec des outils partagés, et des logiciels de gestion des projets. Une formation à la maîtrise de ces derniers a été requise pour assurer et soutenir la durabilité des projets.


Promouvoir un développement

à l’échelle régionale de la géothermie  Paul Bonnetblanc, coordonnateur du projet Interreg III-B « Géothermie Caraïbe » insiste sur l’intérêt stratégique du projet.

Paul Bonnetblanc, Coordonnateur de Projet Géothermie.

À quelle(s) problématique(s) répond le projet Géothermie  ?  Lancé début 2008, le projet « Géothermie Caraïbe  » conduit par la région Guadeloupe et ses partenaires que sont la région Martinique, le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM), l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et le gouvernement de la Dominique, et que l’on peut maintenant renommer projet «  Géothermie Caraïbe Phase I  », s’est achevé avec succès en juin 2009. Son objectif était de compléter les connaissances acquises en Dominique sur le prospect géothermique de Wotten Waven situé dans la vallée de Roseau et de préparer la réalisation d’un programme de forages d’exploration géothermique. Ce programme de forages est en cours ; il est piloté par l’AFD. L’objectif final du projet en Dominique est de produire de l’électricité d’origine géothermique pour assurer l’autosuffisance énergétique de l’île et exporter l’électricité excédentaire produite vers la Guadeloupe et la Martinique au nord et au sud par câbles sous-marins.

consommation annuelle d’une île comme Ce projet a-t-il donné naissance à de la Guadeloupe ou la Martinique). Ce projet nouveaux projets ? a aussi permis de mettre en lumière les La réalisation du projet «  Géothermie spécificités de la zone concernée, remar- Caraïbe phase 1  » a permis de démarquable par la sensibilité de sa faune et de rer dans de bonnes conditions le projet sa flore mais aussi par sa grande difficulté conduit par l’AFD qui vise à caractériser d’accès (vallées étroites aux pentes escar- la ressource en Dominique par une campées). De plus, la haute vallée de Roseau, pagne de sondages d’exploration. Paralzone possible de développement pour lèlement, un nouveau projet dénommé la géothermie, est en bordure d’un parc «  Géothermie Caraïbe - phase 2  » est en national classé par l’UNESCO. La région cours de préparation par le chef de file, la Guadeloupe, chef de file du projet, et les région Guadeloupe et les partenaires : la partenaires communautaires : région Mar- Région Martinique, le BRGM, l’ADEME et tinique, BRGM et ADEME ont été félicités le gouvernement de la Dominique, rejoints par le gouvernement de la Dominique pour par l’AFD, la Caisse des dépôts et consila qualité du travail effectué et les retom- gnations pour ne citer que les principaux. bées immédiates en termes d’exploitation L’une des conclusions du projet mené sur des résultats acquis lors de ce projet, et en le programme Interreg III-B est la nécesparticulier l’étude de faisabilité environne- sité de promouvoir un développement mentale. Ce projet a montré que le déve- à l’échelle régionale de la géothermie. loppement de la géothermie en Dominique Des contacts ont donc été établis avec présente un intérêt stratégique et patri- d’autres pays du bassin caribéen : Nevis, monial pour la région Guadeloupe comme Sainte-Lucie et le Costa-Rica ... pour la région Martinique en permettant de la relier à une source d’approvisionnement énergétique s’inscrivant pleinement dans la politique locale, nationale et européenne de développement durable.

Quelles sont les conclusions de la phase I ? Les résultats du projet Interreg III-B en Dominique ont confirmé l’existence d’un potentiel géothermique important sur la zone investiguée de Wotten Waven (vallée de Roseau) grâce aux études de surface réalisées sur site. Ce potentiel destiné à la production d’électricité est estimé à 100 MW - 120 MW (soit environ la moitié de la

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CARAïBE

« Coopération »

Martinique Sainte-Lucie une coopération par petites touches

Ma mission consiste à incarner l’existence concrète de Sainte-Lucie

Keats Compton, Consul Général de Sainte-Lucie.

Selon les projections de Keats Compton, Consul général de Sainte-Lucie, une coopération entre l’île voisine anglophone et la Martinique et aussi les autre départements français d’Amérique, devrait se renforcer. Un flou entoure encore la politique des échanges. Le chantier est d’une ampleur considérable mais les procédures vont dans le bon sens, dans un esprit de compréhension. ll ne saurait y avoir de coopération réussie sans un engagement des autorités et de ses forces vives. Pouvez-vous partager avec nous brièvement votre nomination en tant que Consul ? Je suis de nationalité Sainte-Lucienne mais cela fait 30 ans que je viens en Martinique. J’ai suivi un parcours classique propre à la carrière diplomatique. Je vis et travaille en Martinique depuis le mois de mai 2009 après que mon prédécesseur a dû abandonner son poste lors d’un changement de gouvernement. Je m’inscris dans un sillage de fraternité avec les compatriotes martiniquais et notre proximité nous permet de le faire.

Pourtant, vous n’êtes pas défini comme francophone ? Je tiens à vous informer que le français sera parlé comme deuxième langue officielle de Sainte-Lucie, ce qui, à coup sûr, va jouer un rôle fédératif entre les deux peuples. Notre île a toujours adhéré à l’Organisation Internationale de la Francophonie par l’intermédiaire de la France. Et du Québec. Grâce à ce lien avec le Consulat et avec la France, j’ai bien l’impression que l’on peut «  faire  » de la culture, promouvoir d’avantage la langue  : tout cela représente un symbole de paix et d’amitié entre les peuples. Je continue donc mes activités et je peux désormais officiellement me lancer dans de nouveaux projets car je sens que le public est là, en attente de ces projets culturels. Il faudrait se détacher de nos barrières culturelles et sociales et faire en sorte que chacun fasse un pas vers l’autre. Etre Français à Sainte-Lucie, c’est quelque chose d’intéressant pour les deux communautés. Mon slogan pourrait être  : «  Venez à SainteLucie vivre une expérience différente et vice versa ! ».  Monsieur le Consul, est-ce que l’Ambassade vous fixe des objectifs ? Même si le sens ou la portée de certaines de mes fonctions sont d’ordre purement administratif qui sont déterminantes pour la qualité représentative de l’Ambassade d’autres actions se mettent en place lentement et difficilement depuis mon arrivée. Le droit de mener des négociations avec votre pays est possible mais la loi «  française  » fait office de rouleau compresseur. La multiplicité des intervenants rend difficile la coordination entre les acteurs. Pourtant, nous sommes prêts, de

concert avec les autorités et les acteurs économiques martiniquais, à approfondir l’amitié traditionnelle, et dans les années à venir, promouvoir le dialogue entre les élus, pour partager les expériences dans les domaines de l’éducation et du tourisme. En un mot, renforcer les échanges de haut niveau dans le but d’approfondir notre coopération. Elément plus important encore, dans le processus que nous avons engagé avec l’Europe, la signature d’un PEA «  Economic Partnership Agreement  » est un pas important pour établir une relation économique commerciale forte et durable visant les services la cuisine, la coiffure, la musique…Par ailleurs, il nous faut faciliter une collaboration plus étroite entre les services douaniers, portuaires, policiers et judiciaires pour sécuriser la chaîne logistique entre les deux îles dans le but d’ordre public. D’autres efforts avec des communes de Martinique et de Guadeloupe se sont portés dans la stratégie de coopération technique pour des applications dans l’industrie, la santé humaine, l’agriculture, la gestion de l’eau, la construction anti-sismique et d’autres secteurs. Il ne faut pas oublier la Guyane, où nous avons une diaspora saint-lucienne, qui est peut-être statistiquement/ politiquement/historiquement notre plus importante du monde. Parlez-nous du Consulat et de son organisation ? Le Consulat de Sainte-Lucie en Martinique est un précieux relais local pour l’Ambassade de Sainte-Lucie auprès de la France, basé à Londres. Il maintient une présence politique et consulaire avec une équipe réduite. Mais son rôle n’est pas limité aux formalités administratives (questions de

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CARAïBE nationalité et d’état civil et protection des Français de passage). Nous consacrons la majeure partie de notre temps aux «  activités d’influence » qui, au-delà du suivi de la communauté sainte-lucienne en Martinique, l’amène à assurer les contacts avec les politiques, les entreprises et les milieux de décision et de réflexion, dans les domaines les plus variés. Vous suggérez qu’il faudrait accorder plus d’importance au tourisme, dans la coopération ? Organiser des stages de technique pratique dans vos hôtels ? A Sainte-Lucie, le tourisme est l’activité économique numéro  1 devant la production de bananes, et je peux dire que ce secteur se porte bien, en dépit de la crise. Nos hôtels ont un bon taux de remplissage. Pour les hôtels, l’amélioration par rapport à 2009 est sensible avec ainsi 194  675 et 131  649  nuitées respectivement en août et septembre 2010 contre seulement 158 384 et 113 712 pour les mêmes mois en 2009  ; soit un total de 1  653  224  nuitées sur la période 2010 contre 1  452  071 en 2009. Dans cette augmentation, le tourisme américain y contribue à hauteur de 691  367  nuitées, suivi de très près par les Anglais UK avec 469  442  nuitées une tendance que l’on ne retrouve pas à priori s’agissant de la clientèle française. Le tourisme dans notre île est devenu une priorité à telle enseigne que l’industrie de la croisière s’est redressée et suit une progression au fil des ans. Nous accueillons environ 670  043  croisiéristes en 2010, et la clientèle américaine dépense en moyenne 68,53 US$ par personne (selon l’Association Croisière Floride Caribéenne FCCA), et par escale, d’où l’importance de l’accueil à terre. Ce qui importe pour le visiteur, c’est l’instant de convivialité, c’est un avant-goût extraordinaire pour un touriste qui souhaite se dépayser et se plonger dans la culture. Malgré les dégâts de l’ouragan Tomas, nous avons accueilli 305  937  touristes à terre, 10  % en plus de 2009, et pour les croisiéristes c’était augmenté par 4,2  % la Martinique et la Guadeloupe ont donné 20  323  ressortissants ! A Sainte-Lucie, le tourisme se développe car les habitants sont hospitaliers et ouverts, ce n’est donc pas un hasard. Nous avons des chaînes hôtelières et des enseignes reconnues d’origine, anglaises, canadiennes, barbadiennes, jamaïquaines, saint-Luciennes, Marigot, Windjammer Landing, Almond, Sandals, Bay Gardens…

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pour ne citer qu’elles… Le tourisme à la Martinique devra passer, à mon avis, par une prise de décision radicale pour intéresser les touristes car… Non !... c’est illusoire de croire que les touristes paient le prix d’un voyage dans le seul but de man-

ger local, ou se baigner dans la mer Caribéenne. La question est donc de savoir si les Martiniquais sont prêts à sourire, une vérité que l’on oublie trop souvent. ǷǷ Propos recueillis par Sandra Berté

Keats Compton, Consul de Sainte Lucie et Christine Lagarde, Ministre de l’Économie.

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Prochains séminaires avec l’Université Antilles Guyane Martinique : le 20 Avril sur le plurilinguisme, les 19 et 20 Mai sur «Engagement et participation vers une citoyenneté active» le 26 Mai sur la Gestion du litoral à partir de 17H00 / Colloque les 13 et 14 Octobre 2011 sur les thèmes Environnement, Culture et développement des Départements Français d’Outre-mer sous l’égide du haut commissariat.

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enjeux

« Air France »

Air France 2012 : l’Europe découvre la Caraïbe

Air France en 2010 a opté pour une politique commerciale « agressive ». Les premiers bénéficiaires en furent les Martiniquais, les Hexagonaux et les acteurs du tourisme sur l’île. Mais l’enjeu majeur de 2012 va bien au delà pour la compagnie. Il s’agit de conquérir une clientèle européenne, grâce à sa nouvelle ligne au départ de Roissy. Objectif : détrôner les destinations environnantes dans la Caraïbe. Rencontre avec Claude Sarre, Délégué Régional Air France-KLM Martinique-Caraïbe Sud, chef d’orchestre dans la mise en place de la politique commerciale et l’organisation des activités aéroportuaires.

Claude Sarre, Délégué Régional Air France-KLM Martinique

Aujourd’hui quelles destinations proposezvous au départ de Fort-de-France sur la Caraïbe ? Le réseau Régional d’Air France dessert 5 destinations, en Airbus A320 : Cayenne, Pointe-à-Pitre, Port-au-Prince, Miami et Saint-Domingue. Vous avez d’ailleurs pu voir récemment une campagne publicitaire sur les principaux axes routiers en Martinique, qui mettait en avant ce «  pont régional  ». Cette campagne est concomitante avec les autres départements d’Outre-mer. Quelle est la position d’Air France sur le marché Antillais face à la concurrence ? Air France est toujours leader sur le transatlantique en termes de parts de marché. Il y a eu une érosion les années précédentes, mais cette année, compte tenu des promotions menées, on a maintenu nos parts de marchés. On est parti à la reconquête de parts de marché sur le transatlantique. Il faut sortir de l’image

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de cherté qui a collé trop longtemps à la peau d’Air France. Si vous faites des comparaisons tarifaires sur le Net, vous verrez que même pour des départs tardifs vous pouvez trouver des tarifs intéressants. Ne perdons pas de vue que nous sommes sur un marché qui, aussi restreint soit-il, est subordonné à la loi de l’offre et de la demande !

européennes sont maintenues, elles le seront via Roissy, puisque le but premier est de faire venir les clients européens en Martinique et d’ouvrir des perspectives sur l’Europe pour les Martiniquais, sans changer d’aéroport. Toutefois Air France conserve au minimum un vol quotidien au départ d���Orly Ouest, même en basse saison.

Quel est le bilan d’Air France pour 2010 concernant le transport de passagers ? Sur le réseau transatlantique, le marché a été soutenu depuis plus d’un an grâce à une politique commerciale très offensive et innovante  : 40 promotions sur l’année, associées à une baisse conséquente du prix du billet. Ces offres ont bien sûr profité d’abord aux Martiniquais et Guadeloupéens, mais ont été aussi un formidable levier pour relancer le tourisme et l’activité économique de la Martinique et de la Guadeloupe.

Quels sont les moyens à mettre en œuvre pour que la reprise des vols Air France au départ de Roissy soit une réussite et non pas, comme certains détracteurs se plaisent à le dire, un coup d’épée dans l’eau ? Pour l’instant, le risque financier est entièrement pris par Air France. La Compagnie a su répondre, dans un délai très court, aux socio-professionnels ainsi qu’aux Politiques. Je rappelle que le premier vol Roissy-Fort-de-France sera opéré le 4 novembre prochain. Nos tarifs, fréquences et horaires sont d’ores et déjà disponibles dans les systèmes de réservation, donc déjà vendables.

Le Président de la République, Nicolas Sarkozy a annoncé le 8 janvier dernier l’ouverture de vols au départ de Roissy en fin d’année 2011 ? Air France va effectivement réouvrir l’axe Roissy-Charles de Gaulle/ Fortde-France et Pointe-à-Pitre, à partir du 4 novembre 2011. Ces vols seront opérés le week-end afin de donner toutes ses chances à la relance de l’activité touristique en provenance d’Europe. La desserte des vols Antilles au départ de Roissy était une attente forte des socioprofessionnels et si nos six destinations

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Depuis le 21 février 2011, toutes les agences de voyages et les tours opérateurs peuvent vendre les vols Air France au départ de Roissy et les faire figurer dans leurs publications. Notre mission était de sortir les fréquences et les horaires avant le mois de mars, ce qui a été fait. Tous les conditions sont donc réunies éléments pour partir à la rencontre des marchés européens dans les divers salons et vendre la destination Martinique.


Proposez-vous des offres préférentielles déjà une ligne qui dessert Miami, donc une à destination des chefs d’entreprise, des partie des USA. collectivités et de la clientèle d’affaires ? Depuis juillet 2010, cette clientèle béné- Avez-vous une relation privilégiée avec ficie d’une baisse de 38% sur le prix de certains professionnels du tourisme pour la carte d’Abonnement vers la Métropole, développer les échanges ? désormais à 350 euros. Nos équipes com- Air France est associée avec le SNAV* merciales font également des propositions Antilles-Guyane pour des discussions au de « contrats firme ». Et pour les Très Petites quotidien comme lors de leur convenEntreprises et les PME, qui sont le tissu éco- tion, de manière à voir comment booster nomique principal de la Martinique et de la la vente sur nos avions, dans un esprit Guadeloupe, Air France propose un produit « gagnant gagnant ». très intéressant : Voyageur REWARDS. Ce programme permet aux collaborateurs qui Que devient la charte Karam ? effectuent des vols avec Air France de ga- Elle est toujours d’actualité. Air France gner des miles et à l’entreprise d’accumuler s’est engagée à travers la charte d’engades points, qu’elle pourra ensuite distribuer gements volontaires à proposer, en période comme elle le souhaite. de pointe, 15% de la capacité de la classe économique au tarif le plus bas de sa grille Toutes les compagnies ont leur programme tarifaire. C’est la troisième année conséde fidélité, en quoi le vôtre est-il différent ? cutive qu’Air France le fait. Ce sont les Le programme de fidélité Flying Blue d’Air fameux tarifs Karam qui ont été mis à la France-KLM est le plus puissant et le plus vente récemment. Cette charte s’applique attractif d’Europe  ! Quand on sait que le à la Martinique, à la Guadeloupe, aux colprogramme de fidélité d’une compagnie lectivités d’Outre-Mer (Polynésie Française, aérienne est un des trois critères de choix Nouvelle Calédonie, Saint-Pierre et Miquedes clients, c’est un atout incontestable. lon, Wallis et Futuna) et à Saint-Martin deUn client qui veut voyager quelque soit puis septembre 2010. Il y a vraiment une le point du globe, trouvera forcément une volonté forte de faciliter les déplacements destination avec un partenaire SkyTeam. entre la métropole et les Dom. Il pourra, à la fois gagner des Miles s’il achète un billet sur l’une des compagnies En se basant sur toutes ces innovations, de l’Alliance, ou voyager en utilisant ses ces offres et ces nouveaux produits, Miles sur ces différentes compagnies. Les quelles sont vos prévisions pour 2012 ? Miles permettent aussi d’avoir des réduc- Air France espère que le vol au départ tions chez des partenaires non aériens  ! de Roissy-CDG se remplisse d’Euro(loueurs de voitures, hôtels, etc). Air France péens mais pas seulement, et je soupropose aussi Flying Blue Jeune pour les haite faire passer le message suivant : 2 à 24 ans. Localement, il est possible de nous Martiniquais et Guadeloupéens recevoir gratuitement nos offres promo- devons ensemble contribuer à rentabitionnelles, en avant première, via SMS et liser cette ligne en la privilégiant pour aussi sur le site martiniquais airfrance.mq. la préserver. A choisir entre un vol Je veux aussi dire qu’Air France est en per- sur Orly ou Roissy-CDG, on peut très manence en mouvement, et que concer- bien aller à Roissy-CDG, d’autant plus nant les medias sociaux, nous avons ouvert qu’il arrive le week-end. Il n’y a pas de un compte twitter en Martinique (twitter. problème de circulation routière pour mq). Air France s’est également lancé sur rejoindre Paris intra muros. L’exemple Facebook  en juillet 2010 et compte déjà doit aussi venir de nous utilisateurs et 313.000 fans ! également des agences de voyages en tant que préconisateurs. Sur les Etats-Unis, SkyTeam n’intègre pas la compagnie American Eagle ou Avez vous l’intention de réorganiser les American Airlines, pourquoi ? vols au départ d’Orly si les vols de Charles Notre partenaire Delta Airlines, membre de Gaulle se remplissaient ? fondateur avec Air France de l’Alliance Les vols du week-end partant d’Orly se SkyTeam, avec qui nous sommes en Joint- rempliront aussi, on a quand même une Venture transatlantique, est en concur- forte clientèle métropolitaine qui passera rence directe avec American Airlines qui ne par Orly, parce que c’est le hub d’Air peut pas être dans la même alliance. Le France pour desservir la Province. Il faut réseau régional d’Air France va jusqu’à maintenant aller chercher les Européens Miami avec deux Airbus A320 ; nous avons pour faire connaître la Martinique et la

Guadeloupe. C’est le travail des professionnels du tourisme, des politiques et des hôteliers en partenariat avec Atout France. Je pense aussi qu’un package tarifaire promotionnel devra être lancé du côté des professionnels du tourisme et notamment des hôteliers pour se placer au niveau de la concurrence mondiale. Je pense aux destinations caribéennes voisines comme Punta Cana, Saint-Domingue, Cuba, qui par rapport à des coûts bien inférieurs sont plus intéressantes. Air France a fait son travail en termes d’annonce et de choix des jours de vols. Les tarifs sont dans les systèmes de réservation et sont tout à fait compétitifs par rapport aux mêmes avions qui vont aller à Cuba, ou à Punta Cana ou à Santo-Domingo. ǷǷ Propos recueillis par Rania Souhlal * Syndicat National des Agences de Voyages

Chiffres clés AIR FRANCE 244 destinations dans le monde Il se décline en sous thèmes : Flotte : 380 appareils, dont 104 Long Courrier. 2 familles d’avions : Boeing et Airbus. 5 types d’appareils : A330-200, A340-300, A380, Boeing 747-400 et 777-200 et 300. Flying Blue : 17 millions d’adhérents, 108 partenaires aériens et non aériens. SkyTeam : 2 ème alliance mondiale. 13 membres. 13 .000 vols quotidiens, 898 destinations dans 169 pays.

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enjeux

« Seatrade Miami 2011 »

Seatrade MIAMI Cruise Shipping il fallait y être

Ce n’est pas le dernier salon à la mode puisqu’il fut créé en 1985 mais bien le salon incontournable dans le monde des professionnels de la croisière. Le Seatrade Cruise Shipping, c’est bien là où se dessinent les tendances futures et surtout où se tissent les contrats de demain. Cette année, à l’occasion de la 27 ème édition du salon mondial de la croisière « Seatrade Cruise Shipping » qui s’est déroulé du 14 au 17  mars derniers, ils étaient près de 11 000 professionnels à se retrouver à Miami. Des représentants de 118 pays répartis sur un espace de 15 000 m 2. Côte à côte, les stands des compagnies de croisière et des constructeurs, des courtiers et agents maritimes, les avitailleurs et les consultants en croisière, les organisateurs d’excursions, les compagnies aériennes, les autorités portuaires et les offices de tourisme, mais également des stands dédiés aux technologie de l’information et du divertissement, la conception et la rénovation des navires de croisière, les services à bord et les opérations hôtelières, l’équipement des paquebots et les différentes destinations.

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’e Seatrade Cruise Shipping Miami est le 1er salon professionnel international de la croisière. Plus qu’une exposition, le Seatrade de Miami est le lieu de rencontre pour les opérateurs et fournisseurs de l’industrie de la croisière, dans le monde. C’est également l’occasion d’intéresser les responsables des grandes Compagnies de croisière, voilà pourquoi le comité martiniquais du tourisme ne voulait pas rater cette occasion. Au programme de ces 4 jours, toute l’actualité touristique débattue à l’occasion de conférences et de table ronde. Il fut notamment question des nouveaux marchés et des sources émergentes, des

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stratégies de déploiement des compagnies, la présentation par les exposants des nouveaux produits et services, de la diversité des prestations. Mais les temps forts furent sans aucun doute le débat sur l’état de l’industrie de la croisière et la vision d’avenir avec des intervenants tels que le président de Carnival Cruise Lines, le président-directeur général de Royal Caribbean International, celui de Celebrity Cruises ou encore de Holland America Line, Inc, Norwegian Cruise Line et MSC Croisières. Autre moment important celle de l’analyse de Tony Peisley auteur de « La croisière dans le monde à l’horizon 2025 ». Mais il était également intéressant pour la délégation martiniquaise d’écouter les initiatives d’accueil mise en place dans de nombreux ports et les attentes des armateurs dans ce domaine. A cette occasion Ronan Mike, le vice-président de Royal Caribbean International, et également, responsable des relations gouvernementales avec les Caraïbes, l’Amérique, et l’Asie est intervenu pour faire connaître ses souhaits.

Nouveautés 2011 Les agents de voyage avaient aussi droit à la parole et ont notamment discuté autour de thèmes tels que l’origine du succès d’une vente. Ce fut l’occasion de présenter les 18 façons d’entretenir une bonne relation client et utiliser l’outil CRM pour extraire des informations précieuses. Autre débat toujours à destination des agents : « comment vendre avec succès à travers les cultures ». Les organisateurs du salon proposaient pour la première fois cette année, une plateforme 30 minutes pour que chaque T.O. (Tour Opérateur) intéressé puisse présenter sa destination de croisière à un public ciblé. Parmi les autres nouveautés 2011 figurait le Green Certificate. C’est un certificat en 3 niveaux, délivré par Cruise Shipping Miami et Sustainable Travel International à l’issu d’une participation à deux séminaires sur internet (webinaires) ou à deux sessions de face à face. Cette série d’ateliers a pour but d’aider les exposants et les profession-

Galo Beltran, American Eagle, Gael de Maisonneuve, Consul Général de France à Miami, Karine Roy-Camille, CMT, Evette Negron, American Airlines, Murielle Wiltord-Latamie & Valérie Vulcain, Martinique Promotion Bureau NYC (USA).

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nels du voyage à profiter des avantages liés au tourisme durable essentiellement sur 3 points : en améliorant la rentabilité et en tenant compte de la concurrence ; en augmentant leur impact sur le marché et ; en fidélisant le client, en améliorant la mise en commun des potentiels et la fidélisation des employés. Chaque année de nouveaux ateliers et de nouveaux « webinaires » sont proposés

afin d’accéder aux niveaux 2 et 3 et ainsi obtenir le certificat. L’autre nouveauté dans la mise en place du Cruise Shipping Virtual, c’est la nouvelle plateforme de commercialisation qui utilise la technologie de pointe pour mettre en ligne le salon et les conférences en temps réel. Elle permet de réunir les professionnels de l’industrie de la croisière, les principaux décideurs et fournisseurs pendant deux jours. ǷǷ Marie-France Grugeaux-Etna

Mme Geneviève Pillon, Mr Jacques Bajal ,Mme WiltordLatamie, Mme Roy-Camille

Martinique bien plus qu’un simple vol

Galo Beltran, le directeur du « Business Planning » au sein d’American Eagle/American Airlines intervient sur la zone Caraïbe, Floride et les Bahamas. Il coordonne les actions tarifaires, opte pour tel tel itinéraire, planifie les horaires et travaille à l’amélioration des connections au départ de San Juan (SJU) et Miami (MIA). lois locales soient respectées sans oublier les validations des contrats internationaux. Et enfin, je m’assure que les processus de paiement bancaire soient établis correctement avec nos clients. Dans ce but, nous avons élaboré un nouveau point subsidiaire d’Executive Airlines - Direction générale des services au sol ou EGS (www. GoEGS.com ).

Galo Beltran, American Eagle.

Dans votre domaine, vous ressemblez à un « homme-orchestre » en intervenant sur tous les fronts. La comparaison est-elle juste ? Effectivement, j’apporte mon soutien aux responsables des ventes d’American Eagle/American Airlines en leur fournissant des outils et la formation nécessaire pour accroître leur capacité à vendre. Je veille à assurer l’interaction avec les médias (en termes d’image et de communication), j’ai un regard attentif sur la gestion des coûts de fonctionnement (budget, finances, dépenses, performance) et sur toutes les opérations de vente et de marketing. Ma mission est globale. J’analyse le marché pour rechercher de nouvelles niches d’opportunités au sein de notre réseau et augmenter les offres des services qui se traduiront par des revenus supplémentaires. Mes tâches incluent également les ventes à l’international et l’assurance que toutes les exigences relatives aux

Avez-vous prévu de renforcer votre partenariat avec le Comité Martiniquais du Tourisme ? Notre partenariat est déjà solide. Nous avons ensemble élaboré de nouvelles opportunités comme encourager les mouvements des passagers des navires de croisière. Nous ajouterons des destinations « route » via des escales à San Juan ou de n’importe où dans la Caraïbe pour combiner les cultures française, Pour quelles raisons American Eagle espagnole, créole, anglaise et néerlana-t-elle augmenté ses rotations vers daise en un seul voyage. Avec des forfaits la Martinique en 2010 ? Quel est le « tout inclus » dans des hôtels de l’île, potentiel de cette destination pour les nous maintenons une croissance régumarchés américains et Portoricains ? lière des arrivées, toute l’année. Enfin La Martinique est un marché extrême- nous réfléchissons sur l’élaboration ment important pour American Eagle. d’un programme qui intégrerait les frais D’ailleurs, nous travaillons en tandem de scolarité pour étudier sur place la avec le Comité Martiniquais du Tou- langue française. risme et nous relayons tous les événements touristiques organisés dans Envisagez-vous de lancer une caml’île, afin d’augmenter la demande. pagne de communication avec des tarifs promotionnels vers et au départ La stabilité de l’île, son cadre naturel de la Martinique ? exotique et son héritage français et Une action est en cours. Un effort  qui créole la rendent unique au sein de s’appuiera sur le calendrier des évènotre propre réseau Caraïbes. Tous nements culturels majeurs de la Martices arguments ont été dans le sens nique et la possibilité de les parrainer d’une réévaluation rigoureuse de conjointement avec le Comité Martininotre présence sur cette zone. Pour quais du Tourisme. Il s’agit d’offrir une ces raisons, nous envisageons de destination avec de la valeur ajoutée revoir la capacité des vols à court plus une série d’options de voyage et moyen terme et d’augmenter le comme des excursions. Du même coup, nombre de nos passagers en prove- l’ensemble des acteurs du tourisme nance du Canada, d’Asie, des USA, en bénéficieront : hôteliers, chauffeurs d’Amérique Centrale ou du Sud, de de taxi, voyagistes, commerçants sans l’Europe et cela grâce à notre réseau oublier la population. ǷPropos Ƿ Recueillis par Rania Souhlal de One World Partners Alliance.

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enjeux

« Martinique is back »

Croisière la Martinique doit trouver sa place

L’industrie de la croisière continue de progresser dans le monde avec 13,5 millions de passagers en 2009. De leur côté, les compagnies ont dépensé 42 milliards de dollars pour développer leurs lignes et leur flotte. Dans un tel contexte, la Martinique qui connaît ces dernières années une crise dans ce secteur entend bien elle aussi récolter les fruits de cette envolée : communication auprès des médias étrangers, regroupement des acteurs locaux et soutien de l’exécutif régional sont autant d’arguments pour séduire les patrons des grandes compagnies. Mais le Comité martiniquais du tourisme (CMT) se devait aussi d’être présent au Seatrade Cruise Shipping (SCS) de Miami, en mars dernier.

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’intérêt d’un salon comme SCS reste la présence des principaux acteurs du monde de la croisière, détenteurs d’informations majeures et surtout visionnaires quand à l’avenir de ce secteur. Etre sur place, c’est être informé de la situation dans le monde et des perspectives d’avenir, des nouvelles sources à développer et des niches à trouver ou à provoquer.

l’industrie de la croisière. Parmi les nombreux autres intervenants, le représentant de l’institut national du tourisme d’Argentine, a argumenté sur l’attrait des villes portuaires et l’intérêt pour les passagers de bateaux de croisière à visiter les principales villes d’Argentine comme Buenos Aires, Ushuaia, Puerto Madryn et Mar del Plata.

L’Europe et les Caraïbes, première destination 2011

Il est certain qu’à l’occasion d’un tel salon, les prétendants aux escales sont légion. Chacun doit, armé de ses arguments, séduire les compagnies et les agents et les convaincre du choix pertinent de la destination. C’est dans cet esprit que le Comité martiniquais du Tourisme a participé au salon mondial de la croisière à Miami. C’est aussi pour cette raison qu’il n’a pas hésité à publier dans divers magazines américains et canadiens notamment France Today ou encore le très célèbre Wall Street Journal, des articles « vendeurs ». Le premier support rédigé en anglais s’adresse à un lectorat d’anglophone intéressé par les richesses culturelles et patrimoniales françaises. Le dernier numéro de mars était consacré à la cuisine Martiniquaise. L’article démontrait comment la mixité des cultures a eu une incidence sur la préparation des plats aux saveurs typiquement créoles. Quelques lignes sur les traditions culinaires notamment la culture du manioc, de la cassave, et du rocou que l’on retrouve encore dans les plats. Ce melting-pot culinaire associe au gré de l’histoire les influences espagnoles, allemande, africaines, indiennes et françaises, et où les produits de la mer tiennent une place de choix. Le contenu de

William Gibbons est le directeur de l’association des passagers croisiéristes. Il s’est attaché à présenter la situation de la croisière en Europe notamment en prenant comme exemple le Royaume-Uni dont l’activité ne cesse de croître depuis 20 ans avec en 2010, 1,2 millions de passagers. Mais d’une manière générale, c’est toute l’Europe qui voit son marché progresser sautant de 10  % d’une année à l’autre avec 5,5 millions de passagers.Aussi, si l’Angleterre reste leader, elle est désormais talonnée par l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne et la France, qui elle aussi connaît une progression constante dans ce domaine. Ricardo Amaral est président d’Abremar, l’association des croisiéristes brésiliens et le directeur managing de Royal Caribbean Brazil, créé il y a 30 ans. Le Brésil, se sont 40 ports et 4 600 miles de côtes et Ricardo Amaral confirme que si son pays est un fournisseur de passagers, ce doit être aussi une destination forte : « La clef de notre succès dans la région, c’est de casser la saisonnalité et de donner ainsi aux armateurs la possibilité de réaliser une année complète d’activité ». Avec une croissance annuelle de 30 % dans ce secteur, le Brésil compte désormais dans

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Merveilleuse Martinique

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l’article publié dans le Wall Street journal était naturellement très différent puisque s’adressant à des managers pressés dont le souci est de prendre quelques jours de vacances pour décompresser au maximum. Aussi le sujet avait l’originalité de se présenter sous forme d’agenda avec quotidiennement un emploi du temps où s’associait des moments de relaxation, de découvertes d’enrichissement culturel et naturellement de plats délicieux. Dans le « Travel and Leisure », édité à New-York et destiné au grand public, il s’agissait de séduite à la fois par les photos et par les textes. Huit pages attrayantes et suggestives pour donner envie à tout lecteur de se rendre sur place. Comment résister à ce « way of live » si caribéen avec la « french touch » que les américains adorent. A travers ces pages, ils voyagent au pied de la Montagne Pelée, entre les couleurs pastels des cases créoles, apprécient le sourire et l’accueil des habitants, portent un regard sur l’histoire de l’île depuis l’arrivée de Christophe Colomb, découvrent des traditions locales ancestrales, des plages magnifiques, les eaux turquoises, ses écrins de bananeraies, et naturellement le gout inégalé de sa gastronomie. Tout y est. Le Comité martiniquais du tourisme n’a rien laissé au hasard et a su cibler les points essentiels à destination d’une clientèle américaine aux exigences spécifiques. C’est donc armé de ces publications que le CMT s’est rendu au salon pour continuer encore et toujours à convaincre armateurs et agents. ǷǷ Marie-France Grugeaux-Etna


Galo Beltran, American Eagle, Evette Negron, American Airlines, Cinnamon Broceaux, Culinary tours, Karine Roy-Camille, CMT.

Le GTCM MONTE AU Créneau

Le Groupement du tourisme de croisière de Martinique tente de relancer la croisière vaille que vaille au cœur d’un environnement peu favorable. Toutefois, le soutien de la nouvelle présidence du conseil régional est un atout majeur et ensemble, les acteurs pourraient réussir à convaincre les armateurs. Rencontre avec Olivier de Reynald, Président du GTCM.

connues de tous : conflits sociaux, blocages, grèves… Je reste néanmoins convaincu que si la Martinique n’avait pas adhéré à la FCCA, cela aurait été pire. L’adhésion Platinum, revient à faire un chèque de 25  000 dollars. Et comme tout organisme américain, c’est à partir de ce moment que la FCCA commence à vous écouter, ce qui nous permet d’avoir un accès privilégié et direct auprès des principaux décideurs des compagnies maritimes. Olivier de Reynald, Karine Roy-Camille.

Le Groupement du tourisme de croisière de Martinique (GTCM) créé dans les années quatre-vingt-dix à l’initiative des agents maritimes locaux devait d’une part défendre le métier de consignataire de navire et d’autre part, attirer les compagnies de croisières. Parallèlement, il s’agissait de donner une nouvelle impulsion dans l’organisation même des divers secteurs touristiques. A l’heure actuelle, quelles sont, concrètement, les actions que vous avez menées et qui ont été favorables pour le développement de la croisière en Martinique ? Le GTCM est une sorte de « groupe de pression » auprès des compagnies maritimes. Voilà trois ans, il a adhéré à la FCCA (Florida Caribbean Cruise Association) comme membre Platinum. A ce jour, les résultats de cette action ne sont guère visibles puisque les chiffres de la croisière continuent de chuter pour des raisons

Considérez-vous aujourd’hui qu’il y a une véritable synergie entre les instances institutionnelles comme le Conseil régional Martinique, la Chambre de Commerce Martinique, le port, le Comité Martiniquais de Tourisme pour aller vers un développement réel de la croisière ? C’est certain, mais seulement depuis le changement de présidence au sein du Conseil régional. Aujourd’hui, le tourisme est enfin considéré par les politiques, comme un levier majeur de l’économie locale, ce qui ne fut pas le cas et même l’inverse, pendant des années où le tourisme avait une connotation vulgaire. Et le fait que la présidence du CMT ait été confiée à une professionnelle va dans le bon sens. On revient de très loin, on a du « pain sur la planche », mais nous sommes sur la bonne voie. Quel sera le délai pour provoquer un regain de confiance chez les professionnels du tourisme ?

Ce sera long, car les compagnies ont la mémoire longue. Aujourd’hui encore, elles font allusion aux blocages des années quatre-vingt-dix, aux problèmes de quotas que nous avions à l’époque avec les taxis, à la grève des taxis et demandent des garanties comme quoi cela ne se produira plus. Le travail de reconquête est titanesque mais les professionnels sont gonflés à bloc du fait du soutien réel et volontaire du Conseil régional et au formidable travail accompli par le CMT depuis un an. Comme nous l’a indiqué un des responsable de compagnies, « we need hassle free destinations », ce qui veut dire qu’ils ont besoin de destinations sans embêtement. Reste à convaincre chacun de ramer dans le même sens. Après le SEATRADE de Miami, avezvous prévu de participer à d’autres salons ? Le Cruise Three Sixty (360) qui se déroule le mois prochain à Fort Lauderdale réunit essentiellement les agents de voyages. Pour les opérateurs c’est le salon à ne pas rater. Cette année, le CMT a donc décidé d’y participer pour la première fois, peut-être avec le GTCM. Il y a également un autre salon de référence, celui de la SCCA FCCA en octobre. Entre les deux, il y aura, en juillet, une réunion Platinum à la Nouvelle-Orléans aux USA. A ce niveau c’est bien plus du lobbying et des rencontres avec les Top Executives et la FCCA. ǷPropos Ƿ Recueillis par Rania Souhlal

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TENDANCE

« Coup de cœur »

IDEES PRATIQUES, TENDANCE, DESIGN & INNOVATION ZAPPING INTERNET

OriginalDanceShoes Ouvre sa boutique sur Internet.

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e spécialiste de la chaussure de danse latine et de salon est enfin disponible sur le Net avec le tout nouveau site : originaldanceshoes.com La boutique en ligne offre une large gamme de chaussures latine et de danse standard pour homme et femme, et vous facilite votre achat

Artfinder propose un service novateur de recherche d’œuvres et d’objets d’art. U ne veille constante, une connaissance pointue du marché de l’art, un large réseau de professionnels, voilà une recette efficace pour mener à bien la mission d’Artfinder. Depuis en 2010 ce site propose un nouveau type de prestations pour collectionneurs et simples amateurs d’art. Le plus : Artfinder présente régulièrement des jeunes talents sur son site : www.artfinder.fr.

en toute sécurité ! Résultat d’une expérience de plus de 15 ans en danse en couple : la griffe OriginalDanceShoes marque déposée française propose en ligne l’exigence, la qualité et l’originalité. www.originaldanceshoes.com

quivisite.com Comment identifier et mieux connaître tous ces visiteurs qui sont autant de contacts stratégiques : prospects, clients, partenaires, … ? Cette nouvelle solution permet de connaître la raison sociale des entreprises qui visitent un site web et dépasse les outils traditionnels de mesure d’audience web en donnant un ensemble d’informations riches sur les visiteurs web professionnels. Seuls 2% des entreprises qui visitent un site internet remplissent une demande de contact en ligne et pourtant 97% des relations commerciales entre professionnels commencent par une recherche internet.

Appel à projets : Scopalto.com

FONDATION MUSTELA

Scopalto.com est le portail des revues culturelles francophones en ligne. Scopalto présente les revues culturelles papier francophones quels que soient leur tirage, leur pays d’origine et leur distribution (librairie, abonnement ou kiosque). A ce jour, près de 330 revues françaises, canadiennes, belges, suisses et luxembourgeoises sont référencées. La notion culturelle est prise ici dans son acception la plus large. Sont donc accessibles sur le site des revues d’art contemporain, de poésie, de street culture, de photo, de polar, de danse...

La Fondation Mustela lance la sixième édition du Prix de Pédiatrie Sociale, en collaboration avec la Société Française de Pédiatrie (SFP). Ce prix, d’un dotation de 10 000€, vise à soutenir une action de promotion de la « bientraitance » de l’enfant, de la naissance à douze ans, et de sa famille. Les dossiers de candidature sont disponibles

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sur le site fondationmustela.com et sont à déposer avant le 1er juillet 2011.


Fallait Osier ! N ouvelle tendance naturelle et bucolique de cet été est exprimée par les plus grands noms du luxe.

E n édition limitée le sac Picnic Kelly Hermès

Sac Lady Dior en tweed naturel brodé cannage

Innovation

Votre téléphone portable est déjà votre quotidien, demain il pourrait devenir votre carte bancaire, voire plus…

Eric BESSON, ministre de l’Économie numérique, a décidé - après Nice, première agglomération française à développer (depuis 2010) les services mobiles sans contact a grande échelle, de lancer neuf projets pilotes de déploiement de services mobiles sans contact. Les ville candidates et retenues par l’Etat pour expérimenter de nouveaux usages du mobile, sont : Bordeaux, Caen, Lille, Marseille, Nice, Paris, Rennes, Strasbourg et Toulouse. Ces villes pilotes testeront et développeront de nouvelles applications et de nouveaux services associés à cette technologie de demain.

Déamouv

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éamouv est une entreprise d’évènementiels spécialisée dans l’animation pour enfants. Particuliers, entreprise, école, voici la solution pour l’organisation d’ anniversaires et pour l’encadrement des enfants lors de mariages, meetings, colloques…Déamouv est une équipe dynamique et inventive pour divertir petits et grands. Créateurs d’événements, Déamouv propose également des idées originales et surprenantes pour la réalisation d’événementiels et de fêtes pour adultes.

Plus d’hésitation, deux numéros : Tél.: 05 96 64 48 35 Gsm : 06 96 83 6178 Fée Didy est à votre écoute. 45, avenue Condorcet 97200 Fort de France Email : deamouv@gmail.com Déamouv c’est aussi une « tite boutique » dans laquelle vous trouverez des déguisements, des articles de fêtes : perruques, chapeaux, accessoires etc., pour petits et grands. Jours et horaires d’ouverture : le mercredi et le samedi de 9h00 à 12h00 et 14h00 à 16h30 ; les autres jours sur rendez vous au 06 96 83 61 78.

La technologie NFC, Qu’est-ce que c’est ? NFC pour Near Field Communication, est un système de communication sans-fil (sans contact) à courte portée et haute fréquence, permettant l’échange d’informations entre des périphériques jusqu’à une distance d’environ 10 cm, et ce, à un débit maximum de 424 Kbits/s. Les mobiles nouvelles génération seront dotés d’une puce qui permettront de remplacer votre porte-monnaie, votre carte de crédit, vos cartes de fidélité, mais aussi de régler vos places de parking, réserver vos tickets de transport, etc. Cette technologie permettra de régler ses achats, y compris des micropaiements, de s’informer, de gérer ses déplacements avec un seul et même outil : le téléphone portable !

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TENDANCE

« La Methode Silva »

Le numérique apprivoisé grâce à Interf@ce

Retrouvez dans chaque numéro le lexique numérique.

Qu’est-ce que le Streaming ? C’est grâce au streaming (de l’anglais  stream, «  courant  ») que vous pouvez regarder des vidéos ou des émissions de TV en replay sur le Net sans les télécharger. C’est un flux de données exploitables sans que rien ne soit conservé dans votre ordinateur.

Qu’est-ce que le WiMAX ? Le Worldwide Interoperability for Microwave Access est une famille de normes de transmissions de données à haut-débit, par voie hertzienne. Le WiMAX est ni plus ni moins un Wifi boosté qui permet de surfer sans fil plus rapidement  sur le Net. Le WiMAX permet de de couvrir des zones plus difficiles d’accès et de lutter contre la fracture numérique en raison d’une couverture de zone de 15km, alors  que le WiFI lui est seulement accessible de 50 à 100m.

Pascale d’Astros Psychologue

Potentiels, Direction Canada Ouest & Région Antilles Les magazines Psychology Today, MacLean, Approche, Psychologie, Médecines Douces, etc. en ont parlé de façon enthousiaste.  Le programme complet tient la gageure de rendre compatible la recherche de l’excellence et de l’efficacité professionnelles, et l’équilibre personnel. Mise au point aux Etats-Unis suite à de nombreuses études scientifiques, la formation Silva repose sur des exercices progressifs pour apprendre à développer son potentiel et à optimiser ses facultés mentales (créativité, imagination, mémoire, capacité de concentration, intuition, etc).

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Quel est l’objectif n°1 de l’entreprise aujourd’hui  ? L’excellence. Quel est le plus grave problème de l’entreprise aujourd’hui ? Le stress. Programme de formation animé par Pascale d’Astros, Psychologue Potentiels Direction Canada Ouest & Région Antilles

Le « burn out » (syndrome d’épuisement professionnel) engen dre des répercussions financières énormes dans le monde du travail. La méthode Silva propose une formation visant le contrôle du stress et ses effets (insomnies, erreurs de décisions, perte de motivation, accidents du travail, problèmes de santé, addictions, etc.) et l’optimisation des performances.

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Apprendre à fixer des objectifs et se donner les moyens de les atteindre, trouver des solutions novatrices, prendre des décisions claires et opportunes, développer ses capacités individuelles d’organisation, comprendre et dominer les influences contre-performantes de son subconscient (auto-sabotage), telles sont les enseignements de cette méthode « Soyez plus positif donc constructif ! ».

Sceptiques ? Voilà de quoi vous conforter : l’Oréal Canada, Ford, Hoffman-Laroche, Fedex, 3M France, Peugeot Poissy, etc. ont fait confiance à cette méthode. 4 millions de stagiaires à travers le monde utilisent la méthode Silva (enseignée dans 120 pays) comme facteur décisif dans l’amélioration de leurs relations aux autres.

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Programme de formations dispensées aux Antilles francophones. le 1 er module est offert en conférence introduction (tout public) aux lecteurs d’Inter@ce (le préciser au moment de l’inscription) : Martinique : 10 mai 2011, 19h Hôtel La Valmenière. St-Martin : 28 avril 2011, 18h30 Beach Plazza. Guadeloupe : 5 mai 2011, 19h Gosier. Formations en week-end : 10h-18h30 St-Martin : 30 avril-1 er mai 2011 Guadeloupe : 7-8 mai 2011 Martinique : 14-15 mai 2011 Agréé formation continue, convention formation professionnelle sur demande. info@go-potentiel.com www.go-potentiel.com Canada : 604-925-0816 Antilles : 0696 979 844


CULTURE

« Revisite de la Négritude »

LES JACOBINS NOIR

revisite la Négritude de Césaire et de James

Ils comptent parmi les références majeures du monde de la négritude du XX ème siècle, Cyril Robert James le Trinidadien et Aimé Césaire le Martiniquais. De manière originale autant qu’inattendue, la « Black Diaspora visual arts » vient de tenter de décortiquer la manière dont leurs productions sont aujourd’hui intégrées aux arts visuels.

Photos Jean-Guy Cauvert.

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u début était un livre, celui de Cyril Robert James publié sous le titre « Les Jacobins noirs ». En 1789, les deux tiers du commerce extérieur de la France se faisaient avec sa colonie antillaise de Saint-Domingue. Tout cet ensemble reposait sur le labeur d’un demi-million d’esclaves. En août 1791, les esclaves entrèrent en révolte. Tous-

saint Louverture en sera l’un des principaux leaders tant politique que militaire. Leur lutte dura douze ans. La défaite des troupes napoléoniennes, en 1803, permit l’installation de l’Etat nègre d’Haïti, qui s’est maintenu jusqu’à nos jours. C’est la seule révolte d’esclaves dont l’histoire ait enregistré le succès. CLR James est né à Trinidad en 1901. En arrivant en Angleterre, 30 ans plus tard, il milite dans des mouvements anticolonialistes et panafricains, et exerce le métier de journaliste. A la même époque, un autre chantre de la négritude affirme son combat, il s’agit du poète et intellectuel Aimé Césaire. Ce dernier n’a eu de cesse de restaurer l’identité culturelle des africains noirs, allant lui aussi puiser son inspiration dans le terreau haïtien. Grâce à de tels écrits, la négritude fut considérée comme une force intellectuelle majeure.

Un héritage réinvesti La « Black diaspora visual arts » a organisé du 24 février au 1er mars un symposium sur le thème des Jacobins noirs. Cette initiative menée en partenariat avec plusieurs structures culturelles de Barbade et det Martinique a eu pour objectif d’examiner la contribution à la pensée contemporaine de ces deux grandes personnalités du XXème siècle qui sont CLR James et Aimé Césaire. L’un et l’autre se servant de leur littérature comme d’une arme politique et sociale. Il s’est agit d’analyser comment leurs idées sont aujourd’hui réinvesties dans les arts visuels de la diaspora caribéenne. La manifestation fut lancée à Bridgetown à la Barbade avec au programme la projection de films et de documentaires d’art et de nombreuses rencontres et discussions, avant de se poursuivre à la Martinique. Les forums se sont déroulés en présence des critiques et de commissaires d’art, d’artistes, d’universitaires, de professeurs de littérature, de philosophie, d’histoire ou encore d’arts plastiques et à chaque fois ǷǷMFGE avec la même passion.

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CULTURE

« Mix’Art »

MIX’ART

MARTINIQUE 2011 FONDATION CLément ARIANA

L’association ARIANA a pour vocation la promotion de la diversité culturelle et du pluralisme artistique auprès des collégiens et lycéens, au travers de la fusion des arts urbains. Son action nationale MIX’ART, inaugurée au Grand Palais en juin 2009, rassemble un collectif des meilleurs artistes de bande dessinée et de street art qui ont illustré leur vision de l’égalité des chances et de la lutte contre les discriminations dans l’album « MIX’ART, l’art liberté », un abécédaire inédit pour l’hymne à la diversité. La Martinique accueille cette année MIX’ART, une opération reposant sur deux volets :

MIX’ART à l’école  en partenariat avec le Rectorat de Martinique (DAAC)  : cette action pédagogique vivante et interactive, initiée depuis janvier, vise à valoriser au travers d’un concours de dessin en classe, la créativité et le talent des collégiens et lycéens martiniquais qui illustreront à leur manière les thèmes de la diversité, de la cohésion sociale et de l’égalité des chances.  «  MIX’ART à l’école  » s’achèvera par une remise des Trophées de la diversité aux lauréats du concours.

MIX’ART Madinina du 9 au 14 mai, ce festival culturel investira plusieurs centres artistiques de l’île, l’Atrium, le Centre Culturel du Fonds Saint Jacques, la Fondation Clément, mais aussi le Centre de Découverte des Sciences et de la Terre, l’Agora du Conseil Régional et l’Hôtel Bakoua. Le festival proposera des spectacles

de fusion, des expositions, des concerts et des performances, conçus autour de l’identité propre de chaque lieu et célébrant la diversité des arts. La Fondation Clément, partenaire de MIX’ART Martinique, a étroitement travaillé avec l’association Ariana et le Rectorat de la Martinique pour la mise en œuvre de cette opération et accueille pour l’occasion : une résidence d’artistes du 1er au 10 mai : artistes du collectif MIX’ART (YZ, Speedy Graphito, Artof Popof, DaCruz, Thomas Canto) et artistes martiniquais (Nux Xän, James Reno, Claude Cauquil, Mickaël Caruge et Rman)  ; Trois expositions du 13 mai au 19 juin  : exposition des œuvres réalisées lors de la résidence d’artistes ; exposition des plus belles productions des élèves réalisées dans le cadre de « MIX’ART à l’école »  ; exposition des œuvres originales de l’opération nationale « MIX’ART, l’art liberté ». La cérémonie officielle de remise des Trophées

du concours « MIX’ART à l’école » de l’Académie de Martinique le 12 mai : la cérémonie sera suivie d’un concert exceptionnel hymne à la fusion des arts pendant lequel les artistes réaliseront une fresque, puis du vernissage des trois expositions. Fondation d’entreprise de GBH, la Fondation Clément mène des actions de mécénat en faveur des arts et du patrimoine architectural et culturel dans la Caraïbe et l’Océan Indien. Elle soutient la création contemporaine avec l’organisation d’expositions, la constitution d’une collection d’œuvres et la coédition de monographies sur les artistes. La Fondation Clément a présenté au public plus de 35 expositions individuelles et collectives réunissant plus de 75 plasticiens de la Caraïbe. Aujourd’hui, elle accentue ses efforts pour favoriser l’émergence des jeunes artistes et la visibilité des plasticiens au-delà de leurs frontières. Contact presse ARIANA - MIX’ART : Catherine Proust, tél.: 06 85 52 32 70 Email : catherine.proust@ariana-paris.com Contact presse Fondation Clément  : Laurence Sauphanor, tél.: 06 96 23 23 11 Email : laurence.sauphanor@gbh.fr

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INTERF@CE N°4