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N°02 2012 # 2

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Dossier La cuisine dans tous ses états

Amnésie Internationale Une 6e édition inoubliable Football Mkhitaryan, la bombe arménienne


Abonnement : 10 euros/an (pour 2 numĂŠros)

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JAF/47 Avenue de Toulon/13006 Marseille

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EDITO HAYLIGHT DOSSIER FOODING ÇA S’EST PASSÉ À LA JAF AMNÉSIE 6 : INOUBLIABLE ! HAY NEWS COURANT D’ART HOT HOT HEAT

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Editeur JAF Président de la JAF Julien Dikran Harounyan Rédacteur en Chef Fred Azilazian Maquette / Photo Armen Catanasian Photo couverture leFotographe.com Ont collaboré à ce numéro Aurélie Ohanian Audrey Azilazian Victor Balayan Emilie Azilazian Bella Shakhnazaryan Jean-Michel Agopian Traduction Nuné Yessayan

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Edito/Médito finit par être assimilée. Une arménité qui s’efface et emporte dans l’oubli son passé, son histoire.

Dario C

J’ai eu l’opportunité fin novembre de visiter les camps d’Auschwitz-Birkenau. On se retrouve alors plongé dans l’antre de l’horreur, de la barbarie humaine. Une visite insoutenable mais nécessaire pour ne pas oublier. A l’entrée du camp, on peut d’ailleurs y lire cette phrase du philosophe américain Santayana : « Quiconque oublie son passé est condamné à le revivre ».

Julien Dikran HAROUNYAN Président JAF Marseille PACA

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l faut changer les codes Bientôt 100 ans que le génocide des Arméniens a été perpétré. On n’a pas fini de le dire, ni de l’écrire, malheureusement. 100 ans après cette tragédie, la diaspora arménienne s’est formée et structurée dans les différents pays du monde. Aujourd’hui en France, elle compte de nombreuses associations, personnalités politiques ou sportives. Mais aussi de nombreux anonymes identifiables ou pas au patronyme IAN, ou bien encore ceux descendants de familles arméniennes. Une diaspora intégrée, comme on aime l’entendre, et parfois tellement qu’elle en

Depuis plus de 60 ans, la JAF œuvre pour ne pas que l’on oublie l’Histoire du peuple arménien. En essayant sans cesse de se renouveler, créer, imaginer, la JAF travaille pour que la jeunesse arménienne de France n’oublie pas. A travers l’art et la culture, comme la danse ou la musique, elle transmet ce patrimoine. Mais dans cette nécessité de nous souvenir, nous devons continuer de regarder vers l’avenir. C’est cette jeunesse qui est au cœur de nos préoccupations et qui devra demain continuer cette mission. C’est à elle que nous devons nous adresser. C’est elle qu’il faut sensibiliser. Pour cela, la JAF a créé il y a 10 ans le journal Intch Ka. 10 ans après, et de nombreux déboires, Intch Ka est de retour mais changé. Un design plus jeune et du contenu plus frais. De la photo, du reportage, de l’information, du fond et de la légèreté. Une ligne éditoriale assumée, pour mettre en lumière les acteurs arméniens, ou pas, d’aujourd’hui sans oublier ceux d’hier. Le but : être le média arménien des jeunes. Nous avons essayé cette année, malgré les difficultés, d’éditer deux numéros pour tester la formule auprès des lecteurs. Mission réussie ! Aujourd’hui on en redemande ! Pour continuer d’être auprès de ceux qui se sentent jeunes, le Intch va révolutionner en 2013 les codes d’une communauté. PC, tablettes, téléphones, le journal devrait désormais devenir un pure player. Articles, photos, et désormais vidéos… Tout sera accessible d’un simple clic. Un média partenaire, qui vous accompagnera partout, et vous informera de tout en temps réel. En 2013, retenez bien, on passe notre info au 2.0.

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Le Navy Band prépare son retour ! Bonne nouvelle pour les fans de l’Armenian Navy Band : d’ici la fin de l’année, le groupe de jazz-fusion arménien devrait sortir un nouvel album, intitulé Sounds of our life (Part two), qui n’est autre que la suite de l’album Natural Seeds, sorti en 2004. Selon nos informations, la bande à Arto Tuncboyaciyan serait actuellement en plein mastering de ce 5e album officiel, enregistré il y a 5 ans en Arménie. Des dates de concert ne devraient pas tarder à tomber. Pour plus d’infos, rejoignez le groupe facebook de l’ANB !

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La cuisine dans tous ses états

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Manger salade, jamais malade

amais les Français n’ont autant vibré pour la cuisine. Emissions de télé, cours de cuisine, sites internet, guides en tous genres, la bonne bouffe (qu’elle soit arménienne ou pas) est aujourd’hui au centre de toutes les attentions. Pour son deuxième numéro, Intch Ka a naturellement choisi d’enquêter sur le phénomène de la Food Mania et, pour cela, est allé rencontrer Alain Alexanian, chef étoilé d’origine arménienne, apôtre de l’I-Food (l’art de manger intelligemment) et fervent militant de la santé dans l’assiette. Nous avons également rencontré le chef Rodolphe Bodikian (L’eau à la bouche) pour comprendre les raisons qui l’ont poussé à quitter la haute gastronomie pour ouvrir une pizzeria. Nous avons également eu l’immense plaisir de goûter la saucisse de Marseille, inventée par Charly Assirlikian, puis de nous entretenir avec le Jafiste Freddy Zamantian pour qui la dragée n’a presque plus aucun secret. Enfin, pour que le dossier soit le plus complet possible, nous n’avons pas hésité à faire le déplacement en Arménie pour un food trip des plus savoureux à Erevan. Bon appétit ! Bari Akhorjak !

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« L’engouement pour la cuisine constitue sans doute une réaction, une résistance face à l’époque actuelle: du concret dans un monde désincarné, de la convivialité et de la gratuité dans un monde individualiste et marchand, de la culture dans un monde sans repères, un peu plus de plaisir dans un monde de brutes » www.atlantico.fr 9


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La rencontre

Alain Alexanian

Apôtre du concept de l’I-Food (Intelligent Food) et fervent défenseur de la santé dans l’assiette – donc du bio – l’ancien chef étoilé Alain Alexanian nous avait donné rendez-vous début octobre à Lyon, Place Guichard, sur une terrasse ensoleillée, pour un entretien révolutionnaire sous forme de discussion à bâtons rompus. Savoureux…

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« Manger mieux pour vivre mieux et plus longtemps ! » D’où vient votre passion pour la cuisine ? De ma grand-mère arménienne. J’ai grandi pendant 10 ans à la campagne avec elle. Elle était cuisinière et me fascinait. Pour moi, c’était un demi-dieu. Lorsque j’avais faim, elle me disait « descend dans le jardin, tu trouveras plein de choses à manger ». Très jeune, j’ai été sensibilisé à la botanique. Le jardin, la campagne et la cuisine de ma grand-mère ont probablement forgé mon adolescence. Ensuite, j’ai naturellement voulu devenir cuisinier. Comment êtes-vous devenu chef étoilé ? Après mes études, j’ai fait un parcours de dix ans, comme un compagnonnage dans toute la France, où je suis passé par de nombreuses maisons étoilées. Je suis revenu à Lyon, ma ville natale, et j’ai ouvert un restaurant. Très tôt, je me suis intéressé à ce qui pouvait être le meilleur pour la santé, à ce qui nous correspondait le mieux génétiquement. Pour moi, faire à manger, c’était (et c’est toujours) faire les marchés. Et faire les marchés, c’est bien connaître les producteurs locaux. Lorsque j’ai ouvert mon restaurant, l’Alexandrin, j’ai voulu dire merci à tous ces producteurs. Et j’ai créé au milieu des années 80 un menu uniquement à base de légumes issus de leurs récoltes. Ce menu « légume », qui n’existait pas chez les étoilés, a beaucoup fait parler de moi parce que c’était nouveau. Je me suis vraiment intéressé à tous ces producteurs en cherchant à comprendre pourquoi ils ne mettaient pas de produits chimiques dans leurs légumes, pourquoi ils étaient contre les OGM, pourquoi il fallait absolument consommer local, et surtout mieux connaître les saisons. En fait, tout cela me rapprochait un peu plus de la cuisine de ma grand-mère. Inconsciemment, dans tout ce que j’ai fait, j’ai toujours cherché à retrouver le jardin de mon enfance.

Pourquoi avoir fermé l’Alexandrin en 2007, après avoir été étoilé pendant 25 ans ? Je n’avais plus la hargne d’être le meilleur de ma rue. Pourtant, j’étais acclamé de partout. Etre étoilé, c’est royal, tout le monde te cire les pompes, tu fais partie des 400 meilleurs en France, donc du monde. J’ai provoqué une cassure. J’avais 50 ans. Je me suis fait plaisir en gérant pendant deux ans les cuisines du Duc des Lombards à Paris, un club de jazz. Ensuite pendant un an, je suis parti sillonner les routes de France pour Pierre et Vacances afin de leur créer une charte du bien manger. J’ai créé l’A point Café, un petit resto bio à tendance arménienne et je travaille beaucoup pour l’hôtel Golden Tulip à Lyon, qui est le premier hôtel écologique de France. J’ai eu carte blanche pour créer la carte du restaurant, qui est, vous l’imaginez bien, 100% bio. Depuis quelques années, je fais beaucoup de consulting, notamment pour des restaurants d’hôtels qui font appel à moi pour trois raisons : 1. Comment faire pour cuisiner plus de légumes ? 2. Comment les acheter ? 3. Comment créer une carte bio dans un restaurant ? Vous avez également sorti un livre « l’art de bien manger bio » élu l’an dernier meilleur livre de l’année en France dans la catégorie santé et nutrition par le Gourmand world Cookbook awards, et qui détaille votre combat pour la santé dans l’assiette… Oui, parce qu’on oublie trop souvent que notre deuxième cerveau, c’est notre estomac. Si l’on veut vivre en bonne santé et le plus longtemps possible, tout vient de la manière de manger. Aujourd’hui, les médecins nutritionnistes disent qu’il y a à peu près 100 000 sortes de maladies qui rentrent dans les hôpitaux et qui pourraient

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être évitées si tu mangeais bien. Je ne suis pas médecin mais je sais qu’il y a des choses qui nous correspondent et d’autres pas. Bien manger est primordial. Après, c’est sûr que si tu manges bien mais qu’à côté de ça tu fais des insomnies, tu fumes comme un pompier ou tu vis dans une ville polluée, ça s’annule. Mais le mal-manger peut faire des ravages. Concrètement, c’est quoi mal manger ? Mal manger, c’est tout d’abord oublier la variété de légumes que l’on possède en France. Il y a 8000 ans, on était tous dans la nature, et on ne mangeait que des bêtes sauvages, des herbes, des racines, du miel, des choses qu’on trouvait réellement dans la nature. Aujourd’hui, quand on voit ce que l’on mange (sandwichs, pizzas, etc…), on se rend compte que l’on s’est beaucoup éloigné de la nature. Si je te demande de me citer 40 légumes, tu es incapable de le faire, n’est-ce pas ?

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Je confirme… Ce n’est pas normal, alors que c’est la base de la vie. Mon rôle à moi, c’est de réapprendre ces bases et de faire connaître des légumes dont on ne parle pas, comme le chou-rave ou la blette. Vous avez juste oublié une chose : ce qui vous fait si bien vivre et être en bonne santé, c’est de manger. Manger, ce n’est pas anodin. Aujourd’hui, la publicité rend totalement anodine la manière dont on mange. Il n’est pas fou de dire que bien manger rendra probablement moins bête. Parce que si tu manges des trucs qui ne te correspondent pas, l’estomac, qui, je le répète, est ton deuxième cerveau intelligent, va finir par ne plus rien comprendre, parce que le foie n’en pourra plus, la bile n’en pourra plus, donc ces organes vont t’envoyer des messages, c’est-à-dire des plaques, des boutons, et un jour cela créera des maladies. Forcément. Il faut donc manger intelligemment et se mettre à l’I-Food (Intelligent Food).


Comment définiriez-vous l’I-Food ? Les trois points les plus importants de l’I-Food sont : 1. Manger de saison. 2. Manger frais. 3. Manger plus de légumes. Si déjà tu suivais ces trois règles, je peux te garantir que tu pourrais vivre jusqu’à 120 ans en bonne santé, s’il ne t’arrive rien bien sûr. Il n’existe pas au monde d’animaux qui ont une dégénérescence naturelle des reins, de calcium... Je ne demande pas de tout changer, mais si au moins toi, tu achètes un bouquet d’herbe par semaine et que tu mets ce bouquet dans ce que tu as l’habitude de manger, déjà ce serait une belle avancée. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de voix comme la votre pour porter ce combat qui s’apparente presque à un combat de santé publique ? Je ne sais pas. N’oublie pas que tu es formaté par ton ignorance. On a beau te balancer n’importe quoi dans une publicité, tu vas le croire. Parce que tu ne vas pas chercher

5 CHIFFRES CLÉS

1900 Première édition du guide Michelin

sur internet ce qui est le meilleur pour toi. Tu ne tapes jamais sur le web « que vas m’apporter de la betterave ? ou du chou-rave ? ». Même si tu le tapes et que tu vois qu’il y a plein de choses qui te font du bien, tu ne vas pas acheter ces légumes car pour toi, comme pour la majorité des gens, une bonne bouffe, ce n’est jamais l’équivalent d’un poireau-vinaigrette. Il n’y a que 25% des gens qui savent manger aujourd’hui en France. Mais les Français ne sont pas cons. Une fois qu’ils savent ce qu’ils doivent manger, ils le font. Notre corps, c’est un peu comme une Ferrari. T’as beau lui mettre une mauvaise essence, c’est tellement bien fait que ça roule. Jusqu’au jour où ça ne roule plus parce que tu as tellement engraissé et encrassé le moteur que ça ne roule plus. Tu l’amènes chez le garagiste, donc ton médecin, en lui disant « je ne comprends pas pourquoi elle ne roule plus, c’est pourtant une Ferrari ». Lui va te dire : « c’est normal, tu lui mets une mauvaise essence, donne lui la bonne essence ». Donc il va te dire : « arrête de

1958 2010 Naissance des premières écoles hôtelières en France. Les femmes autrefois majoritaires dans les cuisines, sont remplacées par des hommes (Bocuse, etc…)

Lancement des émissions de télé Master Chef (TF1) et Top Chef (M6) qui font un carton

2012 1967

Première édition du festival du dolma en Arménie

Apparition du micro-ondes

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manger du sucre, du gras, trop de protéines, du gluten à outrance et mets toi à manger ce qui est bon pour la santé, c’est-à-dire des légumes ». Mais ce sera presque trop tard ! Tout ce qu’ils te disent une fois que tu vas chez le médecin, tu devrais le savoir avant. Mais comme tu ne le sais pas, tu prends n’importe quelle essence, celle qui te passe sous la main. C’est pour ça que j’ai écrit mon bouquin, pour permettre à tous de savoir concrètement ce qui est bon pour notre corps. Mais pourquoi le bio, qui est donc bon pour notre corps, est-il si cher ? Faire pousser une salade « en bio » mets deux fois plus de temps, avec les impondérables du climat, les inconvénients des limaces, il y a beaucoup de pertes, et ils ne peuvent pas te donner les premières feuilles qui sont un peu pourries. Comme il y a plus de pertes et plus de risques (grêle, etc…) c’est forcément plus cher. C’est un choix. Mais si tu achètes un poireau bio ou une pomme bio, tu es sûr à 100% qu’elle ne va te faire que du bien. Il faut également reconsidérer le menu de ta

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journée ! On mange trop aujourd’hui. Si tu ne manges plus que du bio, tu seras plus vite rassasié que si tu t’empiffres de trucs qui te donnent encore faim après. Si tu me donnes la somme d’argent de ce que tu as dépensé pour manger avec tes habitudes, tu verras que je vais réussir à te faire manger autant avec du bio. Mais tu ne vas pas manger la même chose, ah c’est sûr que tu vas manger beaucoup moins de féculents, beaucoup moins de gluten, tu ne vas manger que des choses qui vont te faire du bien. Alors au début, ton estomac ne va rien comprendre, tu vas transpirer, peut-être mal dormir pendant deux ou trois jours mais tu vas changer. Et après, très franchement, tu seras tellement bien que tu ne pourras plus jamais revenir en arrière. Attention également à l’excès inverse : il ne faut pas non plus que le bio soit une nouvelle religion. Tu peux vivre avec ce qui t’entoure. Continuer à aller manger au resto avec tes potes. De temps en temps, ce n’est pas grave. C’est comme le tabac : si tu fumes deux cigarettes par jour, je te jure que tu n’auras pas de cancer. Un paquet par jour, je n’ai pas du tout la même certitude…


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Pour conclure, quelle est votre analyse de l’engouement pour la cuisine et les chefs depuis 2010 ? Tout ça tient à une chose très simple : une génération a sauté dans la transmission de la cuisine. C’est-à-dire que tous ceux et surtout toutes celles qui regardent ces émissions de télé aujourd’hui n’ont eu absolument aucune transmission de leur grand-mère voire de leur propre mère. En effet, la cuisine s’est toujours transmise de femme en fille. Jamais entre hommes. Ou alors, si tu en connais un, garde-le bien au chaud, parce que c’est une exception. Cette génération de fille a voulu, ce qui est normal, travailler, sortir, s’émanciper, avoir du plaisir, être l’égale de l’homme. Du coup, l’homme ne faisant pas la cuisine, personne n’a plus rien fait. Aujourd’hui, les femmes regardent la télé, et sont ébahies en disant : « regarde ce qu’ils font avec une tomate !!! ». Elles sont en admiration devant la dextérité d’un cuisinier. Pour vous les jeunes, nous sommes des rock stars, des magiciens car nous transformons des aliments. Or, quand bien même tu as un talent, la cuisine ce n’est pas un

art, ça s’apprend. Aujourd’hui les écoles hôtelières sont bourrées de gens qui veulent apprendre à faire la cuisine. Ils en refusent autant qu’ils en prennent. La télévision a ça d’extraordinaire. Le constat était clair : la cuisine avait disparu des sensibilités. Ils ont réussi à la remettre au goût du jour, quitte à ce qu’elle soit refourguée à la sauce « sentimentalo-culinaire ». Mon seul regret c’est que dans ces émissions de télé, les légumes ne sont pas de saison. Quand vient la saison des courgettes sur les marchés, je saute au plafond ! Pourtant, chez Monoprix, on en trouve toute l’année... Imaginez un peu la qualité… Il ne faut pas manger n’importe quoi n’importe quand. Procurez-vous sur internet la grille des saisons et essayez au maximum de respecter ça. J’y tiens. On doit tous pouvoir manger mieux, pour vivre mieux et plus longtemps. Propos recueillis par Fred Azilazian

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Les 3 stops du chef Alexanian Stop à l’agro- Stop au sucre Stop au alimentaire en poudre micro-ondes ! intensif ! blanc ! « Je sais que ça peut paraître difficile à faire, je sais aussi que ça peut être très choquant d’entendre ça parce qu’il y a un micro-ondes dans absolument toutes les maisons de France, mais je vous le dis : évitez à tout prix d’utiliser cet appareil. Pourquoi ? Tapez « micro-ondes » sur Google, vous ne trouverez rien de positif. L’organisation mondiale de la santé (OMS) a maintes fois prévenu des risques du micro-ondes mais pourtant tout le monde continue de l’utiliser. Evitez à tout prix de faire réchauffer le lait de votre bébé au micro-ondes. Des études sérieuses ont montré que 10 ou 15 ans plus tard, votre enfant aura des problèmes de vue, des problèmes rénaux et probablement sanguins. Il n’y a pas d’autres études mais rien que sur celle-là, je vous laisse imaginez les dégâts de cet appareil si vous l’utilisez tous les jours. Si vous voulez l’utiliser, faites le parcimonieusement, éventuellement pour faire chauffer du riz, mais arrêtez-le lorsqu’il est tiède, pas chaud. Une fois que c’est chaud, c’est trop tard. Pour info, un riz, ça ne se cuisine qu’une fois. Dans l’absolu, vous n’avez aucune raison de le faire réchauffer. Si vous voulez en remanger le lendemain, dégustez-le froid, en salade, c’est mieux ».

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« C’est tout simple : il vaut mieux acheter bio plutôt qu’acheter des produits chimiques. Aujourd’hui, par exemple, si je vous fais faire une prise de sang, on y trouvera au minimum une cinquantaine de produits chimiques, des trucs qui n’ont rien à faire dans votre sang, mais qui vont y rester jusqu’à la fin de vos jours parce qu’il ne sait pas le rejeter. En moyenne, lorsque vous faîtes un repas dans un restaurant, vous ingurgitez environ 50 produits chimiques, sauf dans les restaurants bios. Autre exemple : dans une pomme traditionnelle, courante, que vous allez acheter chez l’épicier du coin, il y’a un minimum de 27 passages de produits chimiques. Sur une pomme bio, il y en a 0 ».

« On ne devrait plus dire sucre mais saccharose. Le saccharose, c’est le sucre que vous mettez dans votre café, celui que vous allez prendre en dessert, que vous allez trouver dans votre pain et vos pâtisseries. Il y a 200 ans, ce sucre n’existait pas. Le sucre blanc n’existait pas. Aujourd’hui, les Français en consomment en moyenne 35 kilos par an. Et quand il est blanc, il est forcément chimique. Parce que le blanc n’existe pas dans la nature, il n’y a pas de sucre blanc, de farine blanche, de sel blanc. Pour schématiser, on peut dire qu’il a été javellisé, mais c’est bien pire encore. Donc arrêtez le sucre blanc, car c’est un poison. Si vous continuez, dans 20 ans, vous aurez mangé 700 kilos de poison. Le sucre a évidemment de bons côtés et le corps en a besoin, donc prenez-en : on en trouve dans le miel, les fruits, le sirop d’agave ou le sirop d’érable. Mais de grâce, stop au sucre blanc ! Même si ça fait sourire, il faut se rendre compte que c’est impossible d’atteindre l’âge de la retraite si on mange comme on mange aujourd’hui. Et je ne parle que du sucre. Le sel c’est pire. Notre corps a besoin de 5 grammes maximum par jour. Et nous aujourd’hui, nous en consommons 10 grammes minimum ».


Ses 3 conseils Mettez des herbes dans Faites le vos assiettes ! marché ! « Il ne faut pas tout bouleverser. Ça s’appelle un régime. Et c’est très mauvais. Mettez une herbe de temps en temps dans ce que vous cuisinez. Même si c’est du persil tout le temps, ce n’est pas grave. Au bout d’un moment, vous en aurez marre du persil et vous prendrez de la coriandre, puis de la ciboulette, puis du cerfeuil, de l’aneth, du cresson, etc… Faites ce bouquet petit à petit et utilisez-le durant toute la semaine. Franchement, ce n’est pas très difficile à faire. Dans ces herbes, on va y trouver du manganèse, du fer, de la vitamine, du cuivre, etc… »

« Allez chercher au moins une fois par semaine un légume sur le marché. On n’a pas l’habitude de faire le marché. Sur le marché, allez presque jusqu’à acheter à chaque fois un légume dont vous ne savez absolument pas quoi faire et demandez au producteur comment on peut le cuisiner. Si vous le faites, je vous jure que tout va changer intérieurement. Nous ne sommes pas nés pour être citadins, pas nés non plus pour manger ce qui sort des usines, ne l’oublions pas ».

Cuisinez ! « Perdez une heure par jour à éplucher vos légumes et à les cuisiner. C’est un luxe de trouver ce temps-là mais ça change tout. Faites le calcul de combien de minutes par jour vous perdez à regarder des stupidités sur internet ou à la télé. Débranchezvous pendant une heure ou deux ! Ce qui est paradoxal, c’est que moins on travaille (les 35 heures), moins on cuisine, alors qu’on offre pourtant du temps à tous. C’est fou ! Avant, nos parents ou grands-parents travaillaient plus qu’aujourd’hui. Et pourtant, ils cuisinaient. Ce qui était évident à une certaine époque devient un luxe aujourd’hui ».

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Charly Assirlikian

La saucisse de Marseille prête à conquérir le monde

Catanasian

Depuis plusieurs mois, la saucisse de Marseille fait son chemin dans la cité phocéenne et même à New-York, où elle a été mise, le temps d’un weekend, à la carte de l’un des restaurants de Daniel Boulud, trois étoiles Michelin. Intch ka est allé à la rencontre de son inventeur Charly Assirlikian, un artisan boucher arménien des plus accueillants, et a même pu goûter la saucisse. Un délice !

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Les secrets de fabrication

La Genèse Tout est parti de mon père, Jacques, qui, il y a très longtemps, avait un jour lancé une boutade du genre « pourquoi n’aurait-on pas à Marseille une saucisse parfumée au Pastis ? ». Plusieurs années plus tard, sur un coup de tête, je me suis dit que j’allais tenter le truc. J’ai donc créé une saucisse avec du Pastis à l’intérieur. Mais ça ne fonctionnait pas. J’ai fait plusieurs essais, corrigé le tir, et j’en suis arrivé à créer un truc qui tenait à peu près la route. Mais c’est mon association récente avec mon ami Marcel Rei, charcutier de formation, qui a fait que les choses se sont accélérées. Pendant sept mois, on a cherché à améliorer les saveurs de la saucisse fraîche, puis nous avons travaillé à l’élaboration de produits dérivés, vu que Marcel maîtrise parfaitement la fabrication du sec. Aujourd’hui, nous faisons également du saucisson, de la saucisse sèche (au piment d’Espelette), du pâté, de la rosette, de la poitrine de porc fermier ou encore du jambon, le tout 100% Marseillais.

Les dominantes sont le fenouil et la badiane, comme substitution au Pastis. Le dosage de la badiane doit être très précis car c’est très fort en goût. On y met aussi de l’épice Rabelais, qui est une épice exceptionnelle créée à Marseille en 1880. Cette saucisse marseillaise est un produit plutôt élitiste, avec du porc français de grande qualité. On ne veut pas la banaliser. C’est un produit verrouillé, breveté, cloisonné dans son assaisonnement, comme la saucisse de Morteau par exemple, avec un goût bien particulier.

L’aventure new-yorkaise J’ai contacté Daniel Boulud, l’un des meilleurs chefs français de la planète, un peu au culot et ça a marché. Il a aimé l’idée du produit. J’ai amené mes assaisonnements et j’ai fabriqué la saucisse sur place avec le charcutier Gilles Verot, un Savoyard champion du monde du fromage de tête, qui a deux boutiques à NY. Daniel Boulud n’a malheureusement pas pu la goûter en personne puisqu’il était à Toronto à ce moment là. On ne s’est pas vu. Mais ça n’a pas empêché que la saucisse soit mise, pendant deux jours, à la carte en suggestion au DBGB, son bistrot gastronomique, installé dans un ancien club punk à Manhattan. Les clients ont adoré !

Les projets Je dois retourner à Manhattan au printemps. Daniel Boulud serait partant pour remettre la saucisse de Marseille en suggestion de façon épisodique. Trois ou quatre fois par an, ce serait bien. L’objectif c’est aussi et surtout qu’elle atteigne une certaine reconnaissance à Marseille, puis en France. Après, notre but, c’est d’aller à Hong-Kong, à Saigon, au Japon, pour faire connaître ce produit sur le marché asiatique, car ils adorent le porc. Avec un peu de persévérance, je pense qu’on y arrivera. On veut faire de cette saucisse un produit authentique, et pourquoi pas branché et à la mode. Si cette saucisse voyage et qu’elle nous fait voyager aussi, on aura gagné ! Propos recueillis par Fred Azilazian

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0ù trouver la saucisse ? Boucherie Jacques 54, avenue St-Jérôme, Marseille 13e 04 91 66 41 08 Traiteur Foch 2000 16, avenue du Maréchal Foch, Marseille 4e 04 91 49 68 08 Epicerie fine La Fiorentina 35, rue d’Endoume, Marseille 7e Restaurants : Chez Carmine (Vieux Port), La Table 5 (Cinq-Avenues), La Brasserie de la Joliette (La Joliette), Paule et Kopa (Place aux Huiles), Estanco (Quai des Belges), etc... Pour les professionnels : Société La Loquesienne 3, boulevard de la Glacière. Marseille 14e 04 91 95 91 94).

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Catanasian


Rodolphe Bodikian Le gourmand indomptable

L’histoire de Rodolphe Bodikian, chef de la pizzeria L’eau à la bouche à Marseille, c’est l’histoire d’un électron libre, d’un gars un peu caractériel qui se « calme et essaye de devenir raisonnable », et qui semble préférer les virages dangereux des nationales plutôt que les grandes et belles lignes droites des autoroutes. Ce pâtissier de formation et ancien élève d’Alain Ducasse a rapidement atterri dans les cuisines des plus grandes maisons parisiennes comme Guy Savoy (3 étoiles Michelin), ou encore la Tour d’Argent (1 étoile). Puis il s’est rapproché de Marseille, sa ville natale où il est devenu chef au Mets de Provence, une ancienne et délicieuse table d’hôte dirigée par Maurice Brun. Après un trip au Danemark où il a côtoyé un certain René Redzepi (chef du Noma, élu meilleur restaurant du monde pour la troisième année consécutive) et un détour par l’Italie sur

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l’île de Murano, Rodolphe décide de rentrer définitivement à Marseille pour ouvrir son restaurant. « Un traiteur chic » : voilà ce qu’il imagine au départ. Finalement, Rodolphe choisit de faire des (bonnes) pizzas. Ce qui en a surpris plus d’un dans le métier. « Des tas de copains m’ont un peu reproché mon parcours. Ils me disaient : tu chausses du 43 mais tu as acheté du 36. Mais honnêtement, je n’ai jamais eu honte de passer des étoilés à la pizza ». Depuis presque 10 ans, l’affluence et la renommée de son « eau à la bouche » sont à leur paroxysme et lui donnent raison d’avoir fait ce choix. « Comme j’ai acheté le resto en plein été et que les gens réclamaient des pizzas à gogo, comme je n’avais finalement pas le budget pour faire les travaux, je me suis dit : tu vas


La pizza arménienne, reine de Marseille

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Aujourd’hui, dans toutes les bonnes pizzerias marseillaises, impossible de passer à côté de la pizza arménienne. « Elle fait partie de la culture des Marseillais, et au même titre que l’anchois, c’est un classique du Sud, précise Rodolphe Bodikian. Chez moi, les clients arméniens ne la prennent jamais. A juste titre. Parce que ça ne ressemble pas vraiment aux lemedjouns qu’on a l’habitude de manger chez mamie ou maman ».

essayer de commencer par faire une bonne pizza et puis tu verras bien. Je pense que la petite histoire du type qui vient des étoilés et qui se met à faire de la pizza a plu à la presse, qui s’est rapidement intéressée à moi ». Nous, ce qui nous intéresse surtout, c’est son rapport à ses origines arméniennes. « Je suis assez pudique là-dessus. Je ne fréquente pas trop la communauté, reconnaît-il. Mes parents un peu plus. J’ai grandi sur le Vieux-Port donc pas vraiment là où il y avait le plus d’Arméniens, comme à Beaumont par exemple. Mais aujourd’hui, lorsque je vois des Arméniens venir à la pizzeria avec le sourire, ça me touche. D’ailleurs, je réfléchis de plus en plus à aller en Arménie. Je sais que j’irai un jour, mais je ne me sens pas encore tout à fait prêt». Malgré son background gourmet, Rodolphe n’est également pas prêt à revisiter la pizza, alors

que bon nombre de chef à la mode s’y essaye ici et là. « Je ne me vois pas faire de la pizza gastronomique. C’est un non-sens. La pizza, c’est un phénomène mondial qui touche les enfants comme les anciens. Il faut que ça reste basique. Et puis, je n’aime pas trop l’idée de la sélection par le prix, c’est loin de l’idée que je me fais de la bouffe et du partage ». F.A.

L’eau à la Bouche. 120, Corniche Kennedy, Marseille 7e. Ouvert midi et soir, du mercredi au dimanche. Réservations : 04 91521616

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Freddy Zamantian « Valoriser la dragée »

Paris. Fin octobre. Salon du Mariage. Les Jafistes Freddy et Christiane Zamantian tiennent pour la première fois un stand aux couleurs de leur marque Nouchig. L’occasion idéale d’en savoir plus sur cette aventure gourmande démarrée il y a près de 30 ans à Marseille. Avec sa bonhommie habituelle, Freddy s’est prêté au jeu des questions-réponses. Comment l’aventure Nouchig estelle née ? Tout a démarré il y a 30 ans. Je suis « tombé » dans la dragée par hasard, en donnant un coup de main à un ami de mes parents qui bossait dans ce secteur. Petit à petit, j’ai réussi à développer ma propre affaire. Au début, avec ma femme nous étions plutôt grossistes que détaillants. On alimentait de nombreuses boutiques en dragées. Dans les années 90, on a senti que ce marché pouvait être porteur et nous avons saisi l’opportunité d’ouvrir une boutique de détail dans le moyen-haut de gamme, en plein cœur de Marseille. Nous avons tenté de créer notre propre marque, notre propre image, malgré une féroce concurrence. Aujourd’hui, on peut dire que nous avons fait le bon choix. Aujourd’hui, Nouchig est considéré par beaucoup comme le numéro 1 de la dragée à Marseille. Vous confirmez ? Le numéro 1 en volume, peut-être pas. Ce n’est pas ce que nous recherchons. On a toujours cherché à atteindre un niveau de qualité qui soit quasiment irréprochable. Aujourd’hui, après une

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vingtaine d’années de travail, on peut dire qu’on a réussi ce pari-là. On a une excellente réputation, une belle notoriété dans la région, et un taux de satisfaction client qui avoisine les 98%, ce qui est énorme dans ce secteur. Pourquoi avoir appelé votre boutique Nouchig ? Nouchig est un nom assez doux au niveau de la prononciation. Cela signifie amande en arménien. Et c’est aussi le prénom de notre fille ! Que répondez-vous à ceux qui trouvent que la dragée a une image un peu ringarde ? Aujourd’hui c’est vrai que la dragée a une image has been. On est justement là pour essayer de valoriser la dragée, en proposant une qualité unique et un packaging moderne. Tous nos packages sont des créations exclusives, siglées Nouchig. Le plus important dans la dragée, c’est le goût. C’est pour cela qu’on choisit nous-mêmes nos amandes en provenance de Sicile (Syracuse) ou de Catalogne (Lérida). Nous les faisons décoquer dans l’usine de la famille Charnay de la prestigieuse confiserie de Médicis à Saint-Maur (94). La

particularité de notre dragée, c’est qu’elle possède un fruit extraordinaire. La dragée Nouchig a aujourd’hui un brevet déposé de fabrication. Nouchig est également connu pour ses chocolats haut de gamme… Pourquoi avoir également misé sur le chocolat ? La saison des dragées (mariage, baptême, communion) est excessivement courte. Elle commence en avril et finit en septembre. A partir de là, on ne peut pas se permettre d’avoir cinq mois à vide dans notre activité, donc on s’est également lancé dans le chocolat de fin d’année. On a la chance de travailler avec un très grand chocolatier qui s’appelle Fabrice Gillote (voir encadré, ndlr). Nous proposons donc à nos clients du chocolat pour les fêtes de Noël et Pâques exclusivement. Un mot de conclusion ? La dragée, c’est important dans la tradition du mariage. On a nos convictions. On est des fervents défenseurs de la dragée ! (rires). A.C. (avec F.A.)


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Fabrice Gillotte, c’est le top ! Elu meilleur ouvrier de France dès le début de sa carrière en 1990, Fabrice Gillotte est ce que l’on appelle un as du chocolat. Classé l’an dernier par Gault et Millau dans le top 5 des meilleurs chocolatiers de France, il consacre aujourd’hui son temps entre son atelier à Dijon, ses boutiques au Japon et diverses collaborations prestigieuses comme celle récente avec le chef étoilé Thierry Marx (Top Chef) de l’hôtel Mandarin Oriental à Paris.

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Food trip in Armenia

Lieu : Yerevan Goûteur : Armen Catanasian

En Arménie, le temps où il fallait se contenter de Pizza di Roma ou de khorovatz matin midi et soir est bel et bien révolu. Désormais, des dizaines de restaurants ouvrent chaque année dans la capitale arménienne. Et il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. En voici quelques exemples.

Le + campagnard Mer Gyugh (Notre Village) 5 Rue Sayat Nova

Dans une ambiance de campagne et en compagnie de l’orchestre du village, Anahit nous a servi un Qyalagyosh, autrement dit un Vanakhash, soit un mélange de tan chaud avec du lavach seché, des lentilles et du mouton. Un plat qui ravira les amateurs d’ail.

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Le + exotique Karma (Indian Restaurant) 65 Rue Teryan

Il n’y avait plus de poisson, j’ai pris un korma gar (plat à base d’agneau), mais j’ai préféré les autres plats plus épicés des assiettes de mes amies. La cuisine ressemble de très près à celle des Indiens de bonne qualité que l’on peut trouver en France.

Le + chicos Dolmama

10 Rue Pushkin

De la haute gastronomie dans un jardin à l’ancienne situé à l’arrière du restaurant. La pluie s’en est mêlée, mais cela ne nous a pas empêché de savourer les plats de l’une des meilleures (et plus chères) tables d’Arménie.

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Le + américain The Factory

Parpetsi 14 (Pushkin)

Pour éviter d’aller une fois de plus au Square One que je ne supporte plus, mon amie Anita m’a fait découvrir les burgers de la Factory. C’est mieux !

Le + insomniaque Edgar

Rue Proshian

Il y a des jours où je ne réussis pas à motiver mes amis pour aller manger au restaurant, comme par exemple chez Koba, mon Sushi préféré de Paris... Mais ce jour-là, à Yerevan, à 3 heures du matin, tout le monde était dans le même mood que moi : pris par une fringale nocturne. Disponibles à toutes heures, les meilleurs Khorovats sont sur la rue Proshian. Nous avons dû réveiller Khacho qui s’était assoupi, et il nous a préparé du poulet et du porc grillés. Magique. Après ça, on est allé se coucher comme des Arméniens.

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Le meilleur rapport qualité prix Tumanyan Khinkali

21/1 Rue Tumanyan, entre les 2 Guindos

Les 2 guindos nous accueillent dans ce restaurant spécialisé dans les Khinkali, cet énorme ravioli de Géorgie rempli de viande ou de fromage, traditionnellement cuit à l’eau. On peut aussi en trouver cuits au four ou frits dans l’huile : pas mal du tout. Le lieu est très chic, le service est parfait, les Khinkali sont très bons, la bière aussi et l’addition donne le sourire. Un des meilleurs rapport qualité prix de la capitale comme le Kovkaz, une immense cantine située au 82 rue Hanrapetutyan.

Le + moyen-oriental Anteb (Ayntap)

30 Rue Khorbatsi, en face du petit parc que la mairie voulait détruire.

Une cuisine orientale très fine et très accessible. Le pain arrive encore brûlant et gonflé. On y trouve du bon Fatoush et toutes sortes de Lahmajuns. L’odeur de celui à la mélasse de grenade m’envahit le nez dès qu’il est posé devant moi. Très bon au goût, très bon à l’arrière goût. J’en ai même pris pour chez moi...

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DR

Ça s'est passé à la Jaf...

Spectacle époustouflant pour les « minots » de la JAF Le samedi 23 juin au Dock des Suds à Marseille, les écoles de danse et de musique de la JAF ont clôturé leur année artistique par un spectacle d’exception, devant plus de 600 spectateurs totalement conquis. Les directeurs des écoles, Marion Chamassian pour la danse, et Michaël Vemian pour la musique, ont accompli un travail exemplaire avec 120 enfants âgés de 3 à 17 ans, transmettant la culture arménienne avec force et respect. Le maire de Erevan Taron Margaryan, accompagné de sa délégation, et l’Ambassadeur de la République d’Arménie en France Viguen Tchitetchian ont assisté avec enthousiasme à ce spectacle. Le Consul général d’Arménie à Marseille, Vartan Sirmakes, également présent, a participé

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à la remise des diplômes aux côtés du président de la JAF, Julien Dickran Harounyan et de Pascal Chamassian, responsable des ensembles artistiques de la JAF et Conseiller municipal à Marseille. Neuf enfants des écoles (2 pour l’école de musique et 7 pour l’école de danse) ont été récompensés. Marquée par l’absence regrettée de Vanouch Khanamirian (voir Intch ka numéro 1), cette soirée fut tout de même une belle réussite. Un succès qui est également à mettre au crédit de l’équipe des professeurs des écoles : Dirouhie Airoumian, Nelly Avédisian, Manvel Pamboukian, Mileysis Pinto, Serge Arzoumanian, Marie Aidin, Stéphane Avédisian et Gohar Sokhikian. Aurélie Ohanian


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Amnésie 6 : Inoubliable !

La JAF a réuni près de 4000 personnes au Dock des Suds le 24 mars dernier lors de la 6e édition d’Amnésie Internationale, pour dire « plus jamais de génocides ! »

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Zebda « IL FAUT SE BATTRE CONTRE L’OUBLI » Invité par la JAF au festival Amnésie Internationale le 24 mars dernier, puis présent à la Fiesta des Suds le 20 octobre, le groupe toulousain Zebda a répondu à nos trois questions, via son leader Mouss Amokrane. Lorsque vous entendez le mot « Amnésie », ça vous inspire quoi ? Ça fait appel à la question de la mémoire et surtout de l’oubli. Ça fait référence au fait qu’il faut se battre contre l’oubli. Le devoir de mémoire, c’est très important. Est-ce que l’histoire des Arméniens vous touche ? Oui, elle nous touche directement. Cette question est étroitement liée au rapport de domination entre les peuples et ceux qui les dirigent. On a vu au fil des siècles que ce sont aussi ces rapports de domination ultra-violents qui ont amené ces génocides, mais aussi l’esclavage, la colonisation et bien d’autres choses dramatiques. Le travail de mémoire est important pour ça. Il faut arrêter avec les non-dits. Il faut faire tout l’inverse : dire les choses, et les répéter à l’infini. Pour les descendants des génocides, la transmission est cruciale : il faut parler de ses traumatismes - et il y en a parce qu’il y a eu des drames, de la souffrance, de la violence - et avancer dans la vie en positivant, en étant optimiste et ayant l’espoir que cela ne se reproduise plus. Qu’est ce qui vous donne envie de monter sur scène tous les soirs ? L’idée de partage, de paix et de fraternité. On va pouvoir être les yeux dans les yeux avec le public, tenter d’abolir la frontière entre la scène et les spectateurs. C’est hyper motivant, car on peut prétendre à la communion. Elle ne dure certes que le temps d’un concert, mais l’idée de fraternité est rapidement communicative, comme lorsque l’on se retrouve dans une fête de famille arménienne. Jean-Michel Agopian Zebda en tournée dans toute la France : le 20 octobre à la Fiesta des Suds, le 8 novembre à ClermontFerrand, le 16 à Bourg en Bresse, le 29 à Caen, le 7 décembre à Tarbes, le 12 à Lille, et le 13 à Strasbourg. www.zebda.fr

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AmnĂŠsie 6 : Portfolio Revivez les meilleurs moments du festival en photos.

Photos : Dario Caruso

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Le groupe Mi Nor Syndicate en action Les bénévoles de la JAF

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Didier Febvrel

Fred Nevchehirlian

Serge Klarsfeld

L’Association Diversens a traduit en langue des signes la charte d’Amnésie

Esther Mujawayo

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William Bourdon


Les enfants de la JAF lors de la cérémonie d’ouverture Les intervenants de la conférence sur la transmission

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Diana di l’Alba, Lou Seriol et Gaïo ont également mis le feu au Dock des Suds !

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Le groupe Mi Nor Syndicate 40


Rendez-vous en 2014 !

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Haynews

3 Comme le nombre de médailles remportées par l’Arménie aux JO de Londres en août. Les médaillés se nomment Arsen Djoulfalakian (argent en lutte gréco-romaine), Arthur Alexanian (argent en lutte gréco-romaine) et Hripsimé Khourchoudyan (bronze en haltérophilie féminine). 42


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La Diaspora arménienne compterait plus de 7 millions de membres dans le monde. C’est la Russie qui compterait le plus d’Arméniens (entre 1,5 et 2 millions), juste devant les Etats-Unis (1,3 million). En France, on compte près de 500 000 Arméniens, en Ukraine 300 000, et au Brésil 30 000.

En milliards de dollars, la richesse estimée de Kirk Kerkorian, le plus célèbre des business man américanoarménien. Touché par la crise, l’ancien patron de l’hôtel MGM de Las Vegas n’est désormais plus que le 310e homme le plus riche de la planète.

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Haynews

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Depuis 1992, 1,7 million d’Arméniens ont quitté la mère patrie et le Karabakh. Un chiffre plus élevé que le nombre de disparus lors du génocide arménien de 1915.

Comme le nombre d’hôtels en Arménie, selon des sources officielles. A titre comparatif, ce chiffre est de 36 746 en France. Le prix moyen d’une chambre en Arménie est de 60 euros. Actuellement, le gouvernement arménien travaille à mettre en place un système de classification des hôtels de luxe, de façon à y voir plus clair dans les tarifs.

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304 980 personnes utilisent le célèbre site Facebook en Arménie, soit 12% de la population du pays. Le réseau social le plus connu du monde connaît un fort développement en Arménie, qui occupe désormais la 113e position mondiale des utilisateurs de Facebook.

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Environ 90% des machines agricoles en Arménie sont délabrées. L’Arménie compte 15 000 tracteurs datant de l’ère soviétique. Pour renouveler son stock, Erevan compte notamment sur son partenariat avec le Japon. Un pays qui, en 2010, avait fourni 3 millions de dollars à l’Arménie.


56,4 Selon la société Yerevan Djour, filiale arménienne du groupe français Veolia, 56,4% des habitants de Erevan disposent de l’eau courante 24h/24. Pour 40,3% de la population de la capitale arménienne, l’eau courante est disponible entre 17 et 23,5 heures par jour. Les 3,3% restant n’ont de l’eau courante qu’entre 12 et 17 heures par jour.

Comme l’âge minimum du mariage en Arménie. Jusqu’à l’été 2012 et une nouvelle loi votée par le Parlement arménien, les filles étaient autorisées à se marier dès l’âge de 17 ans.

Selon le site armenews, seuls 126 survivants du génocide arménien résident encore en Arménie. 96 des 126 rescapés sont des femmes. 30 survivants sont décédés en 2011.

Comme l’espérance de vie pour les femmes à Erevan, contre 70, 6 ans pour les hommes. Dans le pays entier, l’espérance de vie moyenne, tous sexes confondus, est de 73, 9 ans.

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Courant Made in d'art France

Mathieu et Anna Zeitindjioglou L’Interview première fois

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orti en avril dernier sur les écrans, Le fils du marchand d’olives, bouleversant film sur l’abominable négation du génocide arménien, a amené son réalisateur Mathieu Zeitindjioglou à se rendre en Turquie pour la première fois de sa vie. Nous avons rencontré le cinéaste à Paris, en compagnie de sa femme Anna. Et nous leur avons demandé de se prêter à l’exercice amusant de l’ITV « première fois ».

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Mathieu, Anna, vous souvenez-vous de votre première rencontre ? Mathieu : C’était il y a presque 11 ans, en 2002. Je suis tout de suite tombé amoureux d’elle, à cause de ses chaussures rouges (rires). Mais elle ne s’intéressait pas à moi à l’époque… Anna : Je trouvais que c’était un peu « cucu la praline » qu’il me dise qu’il était amoureux de moi comme ça, alors qu’on ne se connaissait pas. Je lui ai dit : « on vient à peine de se rencontrer, tu te fous de ma gueule ? » Mathieu : On se croisait régulièrement car on habitait dans le même quartier. Sept ans plus tard, on s’est revu. J’avais sûrement un peu changé. Elle a eu tout d’un coup une révélation. Anna : Il m’a fait un excellent risotto et ça a tout de suite marché (rires). Mathieu : On fait la promo d’une comédie romantique ou quoi ? (rires)

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Anna : Ça pourrait presque être ça ! (rires) La première fois où vous vous êtes parlés de vos origines ? Anna : Vu mon accent prononcé, on a évoqué mes origines polonaises dès la première soirée où l’on s’est rencontré. Mathieu : A une époque de ma vie, j’avais arrêté de dire que j’étais Arménien, car à chaque fois que je disais mon nom, tout le monde me demandait d’où ça venait. On me prenait pour un Turc, un Ouzbèke, un Grec ou un Tchétchène. J’étais toujours obligé d’expliquer que Zeitindjioglou était un nom arménien turquifié, et que grâce à ce nom turquifié, mon grand-père avait pu échapper au génocide. J’étais une preuve vivante du génocide arménien, mais pourtant je ne connaissais aucun Arménien.

Normal, car j’ai été élevé du côté de Versailles. Anna : Ah ça y est, je me rappelle de la première fois où tu m’as parlé de tes origines. Au début de notre relation, lors de notre deuxième rendez-vous, tu m’avais invité dans un restaurant arménien qui n’existe plus, rue des Dames à Paris, et c’est là que tu m’as raconté ton histoire. Finalement, on n’avait pas mangé dans ce restaurant. Tu m’avais dit : « ça a l’air trop gras, on va plutôt aller dans une brasserie » (rires). La première fois où vous vous êtes dit : « on va faire un film sur le négationnisme en Turquie » ? Mathieu : C’est Anna qui a proposé qu’on aille en Turquie pour notre lune de miel. Elle savait que je n’étais jamais allé en Turquie et que je n’avais


aucune envie d’y aller. Elle m’a un peu bousculé. Anna : Je ne voulais pas d’une lune de miel où l’on reste allongé comme des crêpes sur une plage à ne rien faire. Je me suis dit autant faire un truc utile, joindre l’utile à l’agréable. Donc pourquoi pas la Turquie ? Mathieu : Elle voulait me faire découvrir mes origines, d’autant plus que j’avais depuis quelques années un projet de film sur le génocide arménien. Je m’étais dit : « si je dois faire un film comme ça, la meilleure manière de parler de ce sujet serait de suivre le retour aux sources d’un fils d’immigré arménien qui retourne en Turquie sur les traces de son grand-père ». J’ai dit à Anna : « ok pour le voyage de noces en Turquie. Mais j’aimerais filmer, ramener plein d’images. Jamais je n’aurai d’autres occasions de faire ce film ». On est donc parti caméra au poing en se disant : «on verra bien ce qu’on découvre là-bas et de quelle manière on pourra faire un film sur le génocide à notre retour ». Qu’avez-vous ressenti la première fois où vous avez posé le pied sur le sol turc ? Mathieu : C’était plutôt agréable. C’était à Istanbul, ville cosmopolite et occidentalisée. J’étais plutôt positif, je me suis dit : « mais en fait la Turquie c’est bien ! » On a rencontré des gens très sympathiques. Il faisait beau.

C’était au mois d’août. Je me suis dit : « finalement, il n’y aura peut-être pas sujet à faire un film ». Mais à partir du moment où on a quitté Istanbul, le visage de la Turquie s’est transformé. Je me suis rendu compte qu’Istanbul n’était vraiment pas la Turquie, et que dès qu’on passait le Bosphore, on se retrouvait quasiment dans un autre pays, avec un totalitarisme mémoriel incroyable. Une bonne partie de la population qu’on a croisée a peur de parler de sujets politiques ou religieux. Anna : Notre contact à Istanbul était aussi un négationniste, mais la différence, à Istanbul, c’est que les gens sont de « gentils » négationnistes. Ils le nient sans être virulents. Dans les villages, c’est beaucoup plus tendu. Ils pensent que les Arméniens prêchent des contre-vérités. Ils ont l’impression que les Arméniens sont des agents déstabilisateurs, des terroristes en puissance, envoyés par les grandes nations occidentales. Parce que les occidentaux ne veulent pas de la Turquie en Europe. Ils se sentent victimes d’une grande manipulation. Mathieu : Les paroles les plus virulentes sont à mettre au crédit des hommes politiques. Les familles interrogées disent souvent en substance : « je ne peux pas croire au génocide arménien, on m’a toujours dit que c’était faux ». Ils ne se rendent pas compte qu’ils mentent. Donc ils ne le font pas exprès. Ils ont

juste eu leur crâne bourré par leurs dirigeants. Je dois avouer que les propos négationnistes entendus sur place étaient dur à encaisser sur le moment, mais j’ai essayé de rester professionnel. Je me disais que ma revanche était au bout de mes doigts dans ma caméra. Anna : Moi j’avais envie de leur casser la gueule. Mais ça aurait été contreproductif. Mais je te jure que ça bouillonnait à l’intérieur…. La première fois où vous vous êtes dit : « tout n’est pas perdu » ? Mathieu : On a eu une lueur d’espoir en rencontrant Ashley, une jeune médecin à Erzeroum, qui critique la Turquie et qui dit ellemême qu’elle ne se sent pas turque. C’est une fille très ouverte d’esprit et très occidentale, qui fait partie du mouvement anarchiste en Turquie. Je pense qu’il y a quand même une jeunesse qui a soif de démocratie et de liberté d’expression en Turquie. Anna : C’est vrai mais en général, les gens en Turquie manquent d’esprit critique. Ils gobent tout ce qu’on leur dit. Ils ne se posent jamais aucune question… J-M.A. Le fils du Marchand d’olives. Sélectionné pour la 14e édition des Rencontres des cinémas d’Europe à Aubenas du 18 au 25 novembre, et prochainement en DVD.

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Courant Made in France d'art Alexis Pazoumian « Les favelas ne se résument pas qu’à la violence et la misère »

A bientôt 25 ans, l’excellent photographe français d’origine arménienne Alexis Pazoumian a vu sa carrière s’accélérer après un voyage au Brésil début 2012. Pour Intch ka, il évoque son immersion pendant 6 mois dans les favelas les plus dangereuses de Rio de Janeiro, dont la fameuse Cité de Dieu. Alexis, comment as-tu « atterri » dans les favelas de Rio ? Via mes études de graphiste, j’ai eu la chance de pouvoir faire l’équivalent d’un programme Erasmus à l’étranger. J’ai décidé d’aller au Brésil, un peu par hasard. J’avais déjà fait un petit tour du pays avec des amies brésiliennes rencontrées à Paris. Mais vu qu’elles sont plutôt aisées, je n’avais pas eu l’occasion de mettre les pieds dans une favela. Sur internet, je suis tombé sur une annonce pour faire une coloc’ dans une super belle maison. Lors de la visite, je me suis rendu compte que la maison était située dans une favela. J’ai tout de même décidé d’y vivre pendant presque 6 mois. Une fois installé, j’ai petit à petit commencé à faire des photos car j’avais l’impression d’être un témoin privilégié de ce qui se passait dans les favelas, à deux ans de la Coupe du monde de football au Brésil. Qu’as-tu ressenti lors de cette immersion dans ces favelas où, en général, peu d’étrangers mettent les pieds ? Déjà, je me suis aperçu que les favelas ne se résumaient pas qu’à la violence et la misère. Je me suis dit : « Comment puis-je changer cette image-là ? ». J’ai trouvé ma réponse en prenant des photos. Chaque semaine, j’allais visiter de nouvelles favelas. J’ai mis deux mois avant de sortir mon appareil photo parce que je ne parlais pas le portugais et

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d’y aller. J’ai pourtant réussi à y accéder en me faisant passer pour un journaliste et j’ai réussi à interviewer des colonels de la SHOCK (équivalent du GIGN en France, ndlr), qui s’occupaient de « laver » Rocinha. J’ai aussi et surtout pu voir qu’il y avait un grand supermarché, des fast-foods, des banques. C’est une ville dans la ville. Les Brésiliens ne sortent que très rarement de leurs favelas, sauf pour aller à la plage. La dernière partie de mon reportage, sur la vie des familles, a constitué le plus gros de mon travail. Je suis allé dans 90 familles. Je rentrais chez les habitants, discutais avec eux et prenais des photos de famille. D’un palier à l’autre, on pouvait basculer dans des univers totalement différents. Des espaces totalement aménagés, décorés, et d’autres maisons totalement délabrées.

parce que j’avais peur de la réaction des gens. Au final, j’ai shooté dans 8 favelas et suis allé notamment dans la fameuse Cité de Dieu. J’y allais tout seul… Tu ne t’es jamais senti en danger ? Dans ma favela, il y avait la police 24 heures sur 24. Depuis 3 ans, il faut savoir qu’il y a une politique d’aménagement à Rio en vue de la Coupe du monde 2014. Il y a une vingtaine de favelas qui ont été pacifiées (l’armée pénètre dans les favelas pour déloger les trafiquants, ndlr). A Vidigal, une autre immense favela dans laquelle j’ai été bénévole dans une ONG en donnant des cours d’art à des enfants, la population était par contre toujours sous le joug des trafiquants armés. Mais ils savaient qu’on faisait partie d’une ONG donc ils acceptaient notre présence. La première fois que tu vois un type avec une kalachnikov et que tu lui serres la main, c’est sûr que tu balises un peu… Au départ, c’était un peu bizarre, c’est pour ça que j’ai pris beaucoup de temps pour savoir où j’étais, pour bien connaître les gens, et apprendre la langue surtout. Ton photo-reportage est articulé autour de quatre grands thèmes. Peux-tu nous les détailler ? J’ai d’abord fait des photos de paysages de nuit pour mieux comprendre l’architecture très particulière des favelas. Au départ, les favelas ont été construites sans autorisation dans les montagnes. Les rues sont minuscules, les habitants sont hyper proches, ton voisin est à deux mètres de toi. J’ai travaillé également sur des portraits d’habitants, pour montrer la diversité ethnique des favelas. Il n’y a pas que des Noirs dans les favelas. Il y a aussi des descendants de Portugais, et des descendants d’Indiens. La troisième partie de mon travail a porté sur les commerçants des favelas, pour montrer qu’elles s’auto-suffisent. La plus grande favela de Rio, la favela Rocinha, a commencé à être pacifiée pendant que j’étais au Brésil. En tant que touriste, c’était impossible

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Paris-Match a sélectionné ton reportage « Favelado : dans l’intimité des favelas » pour la finale de son concours étudiant parmi 10 000 participants. Tu as dû savourer… Oui, c’était génial de se retrouver là. D’autant que j’ai enchaîné avec une première expo qui a très bien marché, à Paris, en juillet dernier, à la Galerie Plan B à SaintGermain. Tu es également parti pour la première fois en Arménie cet été… J’y ai pris des photos et également fait un documentaire vidéo sur trois sujets différents. L’un sur la religion, l’autre sur la vie de vieilles babouchkas russes à la frontière géorgienne, et un dernier sur le quotidien d’un village typique des campagnes. Côté photo, j’ai shooté beaucoup de gueules d’Arméniens. Je trouve que chaque Arménien a du charisme, surtout les vieux. Certains ont 60 ans et en paraissent pourtant 90. J’ai passé beaucoup de temps dans le Lori. Grâce à la photo, j’ai pu aller dormir chez des gens qui n’ont rien mais qui pourtant te donnent tout. En toute objectivité, je n’avais jamais vu un pays dans lequel les gens t’accueillent avec autant de générosité. Quels sont désormais tes projets ? Avec mon producteur, on souhaiterait vendre mon documentaire vidéo sur les favelas brésiliennes. On a contacté France 2, Arte, Canal plus. Ce serait une chance énorme de pouvoir être diffusé. Puis on aimerait présenter ce reportage à plusieurs festivals. Par ailleurs, j’aimerais développer un site internet que j’ai créé et qui fait le lien entre les ONG au Brésil et les bénévoles étrangers. L’idée c’est de regrouper clairement toutes les ONG présentes au Brésil parce que c’est un « bordel » monstre là-bas lorsque l’on veut faire du bénévolat. J’aimerais confronter l’offre et la demande en temps réel. Et permettre également aux visiteurs de bien se renseigner sur le Brésil, avec plein de photos et de documentaires. F.A. www.alexispazoumian.com


Extraits de l’exposition Favelado : dans l’intimité des favelas

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Portrait d’un vieil arménien réalisé par Alexis Pazoumian dans le village de Privolnoïe (Russie) 54


Portrait de “The Moustache”, un Arménien de Khor Virab

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Vahram Zaryan Un mime pas comme les autres

Et si l’on vous disait que l’un des derniers élèves du célèbre mime Marcel Marceau était un jeune artiste arménien nommé Vahram Zaryan ? Vous seriez obligés de nous croire. La preuve : entre deux répétitions à Paris, où il vit depuis une dizaine d’années, nous avons rencontré Vahram dans son quartier préféré de Belleville, afin qu’il nous parle de son parcours et de sa prochaine création intitulée Il y a.

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Courant Made in Armenia d'art et être mime sans connaître Marcel Marceau ! » Le dernier élève du mime Marcel Marceau

Avant de débarquer en Europe, Vahram Zaryan a eu une première vie en Arménie où il a découvert les arts du spectacle au studio théâtre d’Abalian, à Vanadzor. A l’institut d’Etat de Théâtre et de Cinéma de Erevan, Vahram se met ensuite à suivre les cours de Gouj Manoukyan, professeur d’art dramatique. Rapidement, le directeur artistique du Théâtre d’Etat de pantomime lui propose de jouer dans ses créations. Il entre ainsi dans la troupe de Jirayr Dadasyan pour qui il joue plusieurs premiers rôles, notamment dans l’Envol, un spectacle inspiré des Fleurs du mal de Baudelaire. Nous sommes en 1999. Très attiré par le mime dès l’enfance, Vahram est tenté par une expérience en France. Mais il ne se voit pas étudier à Paris sans devenir le disciple de Marcel Marceau. « Quand j’ai appris que Marcel Marceau était vivant et dirigeait en plus une école de mimodrame, il m’est apparu évident que j’allais tout faire pour le connaître, nous a-t-il expliqué. Mon premier choc théâtral de l’enfance, c’était son personnage de Bip. Je ne pouvais pas m’imaginer habiter en Europe

La suite est limpide comme de l’eau de roche : Vahram entre dans l’Ecole du Mime et après deux ans d’études, il devient l’un des trois derniers diplômés de la promo 2005. L’école ferme dans la foulée. Et Marcel Marceau décède en 2007. « Je me sens l’héritier de l’art de mon maître, mais cette sensation et mon respect pour Marcel Marceau m’interdisent de devenir un imitateur. Parfois les gens viennent me voir en ayant dans la tête l’idée que je suis l’élève de Marcel Marceau, en croyant voir un “petit Marceau”. Mais je ne le copie pas. On ne peut pas imiter Marceau, comme l’on ne peut pas imiter Chaplin ». Ce que Vahram a hérité de son maître ? L’envie de transmettre. Avec sa compagnie Vahram Zaryan, il s’applique ainsi régulièrement à mettre en œuvre des projets avec des enfants, soutenus par la Ville de Paris (projet l’Art pour grandir) et par le Monfort théâtre (Paris). Il y a, une création sur l’exil Avec Il y a, Vahram Zaryan en est aujourd’hui à sa cinquième création en France. Son domaine de prédilection ? Le mime

contemporain. : « Le mimodrame n’a malheureusement pas la place qu’il devrait avoir. Un des aspects de mon travail consiste à montrer à quel point il peut permettre d’évoquer des sujets très actuels, du monde contemporain. D’une manière générale, je suis très attaché à la création contemporaine. Par définition, une création devrait toujours être contemporaine. Il faut inventer, quitte à se tromper ; mais un artiste ne peut jamais se permettre d’imiter les autres. En ce qui me concerne, je fais tout ce que je peux pour l’éviter ». Dans Il y a, qu’il a écrit avec le poète et dramaturge Florent Bracon, Vahram Zaryan pose méthodiquement les bases de sa création : il développe une grammaire corporelle singulière, présente un univers poétique hors du temps et avec la compagnie qu’il a fondée, il accompagne ses créations gestuelles de créations lumineuses, vidéos et sonores qu’il conçoit comme des univers parallèles au service du spectacle, sur le thème de l’exil. « L’exil révèle un état profond de l’homme, nous dit Vahram. Un état poétique de passant éternel où l’errance construit de nouvelles routes. Mon spectacle n’est pas un discours, ni un témoignage, mais une évocation de l’exil à la fois angoissante et ouverte ». « Les non-dupes errent », disaient Jacques Lacan. Allez voir Il y a. Vous ne le regretterez pas. Bella Shakhnazaryan Les cinq créations de Vahram Sépia Quartet avec Shinya Yamamoto et Léna Viricel - Le linge - 7 collages ou 7 couleurs de la grenade (un hommage à Sergueï Paradjanov avec le pianiste Vartan Mamikonian) - Confession 1 Il y a

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Catanasian

Mirzoyan

« Une expo, ça se mérite »

De passage à Erevan, Intch Ka s’est entretenu avec le prometteur photographe arménien Karen Mirzoyan, qui expose régulièrement à Paris ou aux USA et qui collabore notamment pour le magazine Télérama. 58


Courant Made in Armenia d'art Karen, raconte en quelques mots ton parcours… C’est en 1999-2000 que j’ai commencé mes premiers essais en photographie. Il y a douze ans, il n’y avait pas autant d’appareils numériques et le processus d’apprentissage était très long. Si les débutants d’aujourd’hui apprennent la photo en quelques semaines, moi, j’ai mis deux-trois ans avant de faire des choses intéressantes. Pendant trois ans, on peut dire que je ne faisais que gaspiller de la pellicule (rires). Puis, en 2004, j’ai fait une formation de neuf mois, organisée par World Press Photo en Arménie, à l’institut du Caucase. C’était une très bonne école pour moi, puisqu’à l’époque, leur bibliothèque était le seul endroit en Arménie où l’on pouvait consulter de vraies photos de maître, et comprendre les bases de la photographie professionnelle. C’est à ce moment-là que j’ai compris où je voulais aller. J’ai reçu un diplôme d’excellence pour cette formation et World Press Photo m’a du coup offert mon premier stage à Londres, dans l’agence «Panos Pictures» et le journal «The Independent». J’imagine que ce stage t’as permis de franchir un véritable palier… Ce fut une expérience fabuleuse. A partir de là, j’ai commencé à travailler avec des magazines et gagner ma vie grâce à mes clichés. J’ai travaillé notamment pour « Armenian International Magazine »

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et « Armenia now », et j’avais des contrats avec quelques agences européennes. Depuis 2009, j’ai rompu tous mes contrats et je suis devenu freelancer. Je ne prends plus de commandes si le projet ne m’intéresse pas. Je fais d’abord les photos des sujets qui m’excitent et je propose ensuite les reportages aux magazines et aux agences. Je participe également à des concours. En 2010, j’ai gagné le concours «Human Rights» organisé par la Magnum Foundation et l’Université de NY. J’ai pu participer à un stage de deux mois aux Etats-Unis. Les Etats-Unis semblent apprécier justement ton travail puisque tu as été exposé à NY et LA… J’ai été exposé l’an dernier à New York pour mon projet « Rock the Casbah » sur la culture et les groupes de rock underground iraniens que j’ai commencé il y a deux ans. J’ai effectivement aussi exposé en

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décembre 2011 à l’Hôtel de Ville de Los Angeles pour un autre projet, intitulé « Mes routes », réalisé en Turquie et en Arménie. Par principe, je n’avais jamais fait d’expositions jusqu’alors. Je ne comprends pas les photographes qui travaillent deux ans et qui décident de faire une expo de leurs clichés. Je ne me permets pas de faire ça. Pour moi, une expo, ça se mérite. Aujourd’hui, après plus de dix ans de travail, je pense que j’ai quelque chose à dire. Comment définirais-tu ton travail ? Je change souvent de style pour éviter de me lasser mais mon domaine de prédilection, c’est le documentaire. J’aime travailler seul, faire des investigations, découvrir la source des problèmes. C’est ce que j’ai fait sur le projet « Mes routes » qui est étroitement lié au génocide. J’ai pris des photos des terres où les Arméniens ont vécu depuis la

nuit des temps. J’ai shooté les terres d’aujourd’hui, sans frontière avec l’Arménie, les routes coupées du monde, délabrées et sinueuses. Pour ce projet, je suis allé vivre en Turquie. J’ai parcouru tout le pays en train. C’était dans le but de comprendre les Turcs d’aujourd’hui. Tu travailles beaucoup à l’étranger. As-tu pensé un jour à quitter l’Arménie ? Pas du tout. Le fait de travailler hors d’Arménie ne veut pas dire que je vis à l’étranger. Il m’arrive juste parfois de ne pas rentrer à la maison pendant neuf ou dix mois. L’idée d’aller vivre ailleurs ne m’a même pas traversé l’esprit. On pense souvent que je suis un représentant de la diaspora mais l’Arménie, c’est ma maison, c’est là où je vis. Propos recueillis par Armen Catanasian


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Kevork Shadoyan

« L’Arménie n’est pas encore un pays de mode » A 38 ans, Kevork Shadoyan est aujourd’hui l’un des créateurs de mode les plus reconnus du monde arménien. Ce natif d’Alep, qui a étudié le fashion design à Beyrouth, a démarré sa carrière au milieu des années 90 après qu’un riche couple d’Arabie Saoudite l’a sollicité pour réaliser la dote de sa fille, composée de 40 pièces. Afin de se perfectionner,

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Kevork filera ensuite à Erevan étudier à l’Académie des Arts. Nous sommes en 2001 et le couturier n’a qu’un rêve : « créer une ligne de vêtements à la fois modernes et traditionnels ». Lors de ses études en Arménie, Kevork s’intéresse à l’histoire des costumes traditionnels arméniens. Son mémoire de recherche sur le mariage arménien, « entre tradition et modernité », lui

permet de développer son propre style, « du libre-décoratif avec une touche ethnique », et de réaliser son premier défilé à Erevan. Un succès. Qui va évidemment en appeler d’autres. Entre 2004 et 2006, ses « mariés » défilent à Boston, Houston, Orange County ou encore Pasadena. Puis c’est en Australie, à Sydney, qu’il présente sa deuxième collection sur


Modèle : Emma Chookaszian Photos : Armen Catanasian


les vêtements traditionnels arméniens. A Paris, il réalise en 2007 les costumes de la troupe de danse Navasart, puis il met le cap sur l’Italie où il intègre un stage de haute couture à Milan. A peine rentré en Arménie, fort de ces riches expériences, Kevork est invité à participer à un défilé à Hong-Kong, dans le cadre d’un concours de beauté. Faute de temps, il se paye même le luxe de refuser une collaboration avec la troupe de danse du Bari Bédagan. Aujourd’hui, il continue de créer des costumes pour divers concours de beauté dans le monde. Mais pas que. « Je crée essentiellement des vêtements pour femmes mais je vais me lancer également dans une ligne unisexe décontractée, explique-t-il. J’aime le dialogue entre le tissu et le design. Pour moi, le tissu est presque aussi important que le design. En général, je travaille moi-même les tissus, à la main. C’est ma spécialité. Les tissus que je crées pour mes modèles sont vraiment uniques et personne ne peut dire qu’il a vu ailleurs quelque chose de semblable ». Passionné de musique, Kevork travaille également avec l’Armenian Navy Band dont il crée les tenues de scène, le groupe Katuner ou encore le compositeur Ara Guévorkian. Inspiré par « la nature et… les jolies filles », Kevork - qui a malheureusement dû fermer son atelier à Alep à cause de la guerre - regrette de ne pas avoir beaucoup de demandes à Erevan. « En Arménie, je n’ai pas vraiment de public car il n’existe pas de classe moyenne pour acheter les habits que je crées. Les riches préfèrent les marques connues et très chères et les pauvres achètent des vêtements chinois ou turcs ». Tout cela n’empêche pourtant pas ce fan de John Galliano et Slava Zaïtsev de vouloir monter prochainement un atelier à Erevan. « Même si l’Arménie n’est pas encore un pays de mode, je vais quand même essayer de me faire une place ici ». www.shadoyan.com Armen Catanasian (avec Jean-Michel Agopian)

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Henrikh Mkhitaryan la bombe arménienne

Henrikh Mkhitaryan. Ce nom improbable et imprononçable ne dira peut-être pas grand chose à ceux qui ne sont pas passionnés de foot. Et pourtant... Et pourtant, ce jeune milieu offensif arménien de 23 ans est une véritable idole en Ukraine, où il affole les compteurs avec son club, le Chakhtior Donetsk, qui vient d’aligner (à l’heure où nous écrivons ces lignes) 25 victoires de rang toutes compétitions confondues. Avec 13 buts inscrits en 10 matches de Championnat depuis le début de la saison, Mkhitaryan est actuellement le meilleur buteur d’Ukraine. Enorme pour un joueur qui évolue au milieu. Adulé dans la plupart des pays de la C.E.I, Mkhitaryan, recruté par le Chakhtior pour 6 millions d’euros en août 2010, est devenu le mercredi 19 septembre le seul et unique joueur arménien de l’histoire à avoir marqué en Ligue des champions. Le natif de Erevan a en effet inscrit un doublé face aux Danois de Nordsjälland (2-0). On est prêt à parier qu’il rejoindra une grosse cylindrée européenne la saison prochaine. Ou pourquoi pas dès le mercato d’hiver.

DR

J-M.A.


Hot Hot

Parce qu'elles le valent bien...

Rippi Navasardyan Modèle, actrice mais aussi et surtout chanteuse de R&B arménien (si si ça existe), Rippi Navasardyan serait-elle en passe de devenir la Rihanna du Caucase ? L’avenir nous le dira mais, nous, on y croit. En attendant, elle se prête pour Intch Ka au célèbre questionnaire de Proust. Le principal trait de mon caractère La qualité que je préfère chez un homme La qualité que je préfère chez une femme Mon principal défaut Ma principale qualité Mon rêve de bonheur Quel serait mon plus grand malheur Ce que je voudrais être Le pays où je désirerais vivre La couleur que je préfère L’animal que je préfère Mes poètes préférés Mes acteurs (actrices) préférés Mes chanteurs (chanteuses) préférés Mes héros dans la vie réelle Ce que je déteste par-dessus tout Personnages historiques que je méprise le plus Le don de la nature que je voudrais avoir Comment j’aimerais mourir Ma devise

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1. Je suis capricieuse, travailleuse et joyeuse 2. La virilité et la sincérité 3. La féminité et l’intelligence 4. Capricieuse 5. Bosseuse 6. J’aimerais conquérir Hollywood 7. Que les gens que j’aime ne soient plus avec moi 8. Heureuse 9. Une île déserte 10. J’aime toutes les couleurs 11. J’aime tous les animaux 12. Je n’aime pas la poésie 13. Johnny Depp, Jodie Foster 14. Ella Fitzgerald, Louis Armstrong 15. Je n’en ai pas 16. Je ne pense pas aux choses négatives 17. … 18. J’ai déjà tout ce que je voudrais avoir 19. Je n’y ai pas pensé 20. Je n’ai pas de devise.


Catanasian

Heat

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AU À 16H E R EMB C É D 9 SEILLE LE R A M DE DÔME

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