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I N S O L I T ES BÂTISSEURS

Protection des populations – Préservation de l’environnement – Développement


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L’A S S O C I AT I O N

I N S O L I T E S B ÂT I S S E U R S

C OMP E NSE R NOS E MP RE INTES, VOYAG E R RESP O NSA BLE

Conscients de la nécessité de compenser les émissions carbone générées par l’industrie du tourisme, nous nous sommes dotés d’une association, Insolites Bâtisseurs, pour œuvrer à des projets de lutte contre la déforestation. Pour chacun de vos voyages aériens, nous investissons à hauteur de 1 € par passager pour un itinéraire en Europe et 5 € pour le reste du monde. Ces fonds sont engagés pour financer sur le long terme des programmes forestiers pérennes, et qui impliquent les populations des zones forestières. Au Sénégal, en Inde, en Indonésie, nous participons à des projets de restauration de la mangrove – forêt entre terre et mer, elle protège les terres côtières contre l’érosion, elle est indispensable au cycle de vie de 65 % des espèces de poissons. Au Pérou, nous contribuons à un projet de préservation de la forêt amazonienne. L’enjeu : préserver 300 000 hectares de forêt primaire menacés, assurer des revenus durables aux communautés villageoises par l’exploitation raisonnée des ressources forestières. Planter des arbres, c’est préserver la biodiversité, réduire la pauvreté et lutter contre le réchauffement climatique.

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LA FO RÊT, UN MIL IEU À PRÉSE RV E R

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Chaque année, 80 000 km2 de forêts disparaissent. La déforestation représente une triple menace sur la biodiversité, sur les conditions de vie des populations des zones forestières et sur les équilibres climatiques mondiaux. Insolites Bâtisseurs finance des programmes forestiers, pour contribuer à sauver une biodiversité en péril, à lutter contre la pauvreté et faire face au réchauffement climatique.

Combustion du pétrole et du gaz, agriculture intensive, déforestation - depuis la révolution industrielle, l’effet de serre s’intensifie, avec des conséquences dramatiques : la température moyenne a augmenté de 0,8 °C depuis la fin du XIXe siècle, et les épisodes caniculaires sont plus fréquents ; sur tous les continents, les glaciers d’altitude reculent et disparaissent ; les grandes calottes glaciaires du Groenland et de l’Antarctique perdent leurs glaces et contribuent à élever le niveau de la mer. Toutes les modélisations indiquent pour les décennies à venir des probabilités croissantes de sécheresses, précipitations, cyclones et typhons tropicaux  ; et la possibilité d’une mutation radicale du système climatique n’est pas exclue. Si la courbe de nos émissions de gaz à effet de serre, en croissance constante depuis des dizaines d’années, ne s’inverse pas, le réchauffement pourrait dépasser 4°C d’ici à 2100, avec comme conséquences la destruction d’écosystèmes – pôles, zones arides, forêts, fleuves et lacs, îles –, l’extinction de 20 à, 30 % des espèces animales et végétales, la submersion de zones côtières - les petits États insulaires de l’Océan indien, comme les Maldives seraient les premiers à disparaître - la raréfaction des ressources agricoles et la recrudescence de maladies infectieuses. Ce sont les pays en développement qui souffriront le plus des conséquences du changement climatique. Certaines régions et populations

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extrêmement vulnérables y sont d’ailleurs déjà confrontées, tels les Sundarbans, en Inde - où Insolites Bâtisseurs finance un programme de reforestation (cf. p 10). Les experts s’accordent pour dire que nombre de conséquences néfastes du changement climatique seraient évitées si l’augmentation moyenne de température ne dépasse pas les 2 °C. Mais même si cet objectif ambitieux était atteint, des impacts se feraient ressentir, d’où l’impératif de réduire les émissions mais aussi de mettre en place des stratégies d’adaptation aux conséquences inévitables du changement : éviter l’ingérable… et gérer l’inévitable. La forêt, formidable réservoir de biodiversité, constitue l’habitat de 50 % des espèces animales et végétale ; c’est de la forêt que 25 % de la population mondiale tire ses moyens d’existence, et 60 millions de personnes dépendent entièrement d’elle pour leur survie. Et plus que tout autre écosystème, les forêts stockent le carbone dans leur biomasse (les arbres sont constitués à 50  % de carbone) et limitent sa concentration dans l’atmosphère. Les forêts constituent des barrières naturelles qui protègent les zones côtières contre l’érosion, contre la montée des eaux et les cyclones. Ainsi, les programmes de reboisement et de préservation de la forêt contribuent à la fois à limiter le réchauffement des températures, et à s’y adapter au mieux en limitant leurs impacts.

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5 QU ESTIONS À

LES

C H I F F R ES C L ÉS

LIONEL HABASQUE PRÉSIDENT D’INSOLITES BÂTISSEURS Qu’est-ce que la compensation volontaire ?

0,8 °C , c’est l’augmentation moyenne des températures depuis la fin du XIX e siècle. La déforestation est la source de 20 % des émissions mondiales de gaz à effets de serre.

la demande, mais aussi de la qualité des projets menés : sauvegarde de la biodiversité, impact social, solidarité Nord-Sud. Pour notre part, nous ne revendons pas les crédits carbone obtenus. Nous nous sommes engagés à les annuler pour compenser effectivement les émissions. On n’achète donc pas de “droit à polluer”.  

En France, la réglementation des émissions carbone ne vise que certains secteurs de l’économie. Les émissions générées par le secteur du tourisme sont largement - à 97 % - dues au transport aérien. Les Tours Opérateurs ne sont pas concernés par le protocole de Kyoto qui impose la réduction des émissions carbone. Mais nous avons décidé, pour toutes les entreprises fondatrices, de compenser volontairement 10% des émissions aériennes des voyageurs, et 100% des émissions générées par les déplacements professionnels de nos salariés.

2°C, c’est l’augmentation moyenne des températures maximum acceptable pour préserver la planète. Pour atteindre cet objectif, il faut restreindre les émissions à 2 tonnes d’équivalent CO 2/personne /an à l’horizon 2050. Aujourd’hui, l’Australie émet 27 tonnes/personne/ an, le groupe des pays les moins avancés (PMA) 0,1 tonne/personne/an.

Comment sélectionnez-vous les programmes que vous financez ?

Les projets doivent répondre aux exigences des standards forestiers, doivent avoir des impacts quantifiables sur la biodiversité, sur le développement local et sur le climat. Chaque projet doit comprendre un volet social, et générer des retombées économiques directes pour les populations locales qui participent à sa mise en place et à son suivi. Enfin, la structure locale, ONG ou association, qui porte le projet doit avoir fait la preuve de son expérience dans la gestion de projets, de sa flexibilité, et de son réseau institutionnel local et national.

De quelle manière Insolites Bâtisseurs compense ces émissions ?

Chaque année, nous calculons l’empreinte carbone des clients et des salariés en nous appuyant sur la méthode de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) : à titre d’exemple, pour un A/R Paris-New York, l’empreinte carbone est de 2,5 tonnes. Pour “effacer” cette empreinte, nous avons fait le choix de financer des projets forestiers, préalablement validés par les standards internationaux les plus reconnus, puis contrôlés par des experts certifiés, qui évaluent la quantité de CO2 compensée, et les crédits carbone générés.

L’Union européenne génère 11 % des émissions mondiales, c’est la zone géographique qui maîtrise le mieux ses émissions : entre 1990 et 2014, elle a réussi à diminuer ses émissions de CO 2 de 18 %.

Quels sont les liens entre ces différents programmes ?

Certaines problématiques peuvent être similaires, en Inde et en Indonésie par exemple : nous organisons des rencontres régulières entre les porteurs de projets, qui rendent possible partage d’expériences et capitalisation.

Les crédits carbone : un droit à polluer ?

Les crédits carbone ont une valeur sur le marché volontaire, déterminée en fonction de l’offre et de

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L a mangrove , en t re te r re et m er, u ne fo rêt e n d a n ger En 30 ans, les forêts de mangrove ont perdu 20 % de leur superficie ; elles reculent aujourd’hui de 1 à 2 % par an. Leur dégradation a d’importantes répercussions écologiques et économiques. Au Sénégal, en Inde, en Indonésie, en partenariat avec le fonds Livelihoods, Insolites Bâtisseurs soutient des projets de reforestation de mangrove qui s’appuient sur l’expertise d’associations locales.

La mangrove est une forêt humide qui se développe entre océans, fleuves et terre, colonisant les dépôts vaseux d’estuaires ou de lagunes ; elle occupe ¾ des côtes et deltas des régions tropicales. 20 % des mangroves ont été détruites depuis 1980, déboisées principalement pour le développement de l’aquaculture intensive. Malgré une prise de conscience récente de leur valeur, le recul des mangroves reste alarmant – plus rapide que celui de tous les autres types de forêts : leur superficie régresse au rythme de 1 à 2  % par an. Pourtant, la mangrove offre une multitude de services irremplaçables sur les plans écologique, économique et social. La mangrove limite l’érosion due au vent, aux vagues et aux courants, elle protège les terres côtières contre les intrusions d’eau

salée. Elle est un formidable réservoir de biodiversité – l’entrelacs dense des racines du palétuvier, arbre-roi de la mangrove, constitue un abri pour les poissons, mollusques, crustacés : leurs prédateurs ne peuvent y pénétrer. Dans de nombreux pays, les communautés côtières dépendent de la mangrove, en matière de logement (bois de construction, feuilles de palme), d’énergie (charbon de bois, bois de chauffe), de nutrition (poissons, crustacés, fruits, miel). Enfin, les mangroves séquestrent des quantités importantes de carbone – les palétuviers, ont une croissance très rapide et développent une biomasse importante. Insolites Bâtisseurs soutient trois projets de restauration de mangrove, au Sénégal, en Inde et en Indonésie.

toutes nos actions sur fondation-insolitesbatisseurs.com

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Sénégal

SINE SALOUM & CASAMANCE

va se déployer sur huit campagnes, jusqu’en 2013. Dès 2007, les objectifs sont multipliés par 10, et 500 000 palétuviers sont plantés. En trois mois de saison des pluies, collecter, acheminer et planter les propagules représente un défi logistique immense : les villageois des régions où les propagules sont abondantes collectent en pirogue à travers la mangrove – les femmes et les adolescents n’hésitent pas à s’enfoncer dans la vase ni à s’accrocher aux branches pour atteindre les propagules les plus hautes ; les précieuses semences sont acheminées en camion dans les zones à reboiser, triées – seules celles au bourgeon intact sont conservées, puis plantées à marée basse par des équipes qui progressent en ligne – un seau dans la main, on plante de l’autre, une propagule tous les deux pas. En 2008, 6 millions d’arbres  ; en 2009, 35 millions  ; en 2010, 62 millions  : la mobilisation n’a cessé de progresser. En six ans, 200 000 villageois ont planté 100 millions d’arbres sur 10 000 hectares  : c’est à ce jour le plus vaste projet de reforestation de mangrove au monde ! Aujourd’hui, une pépinière d’entreprise attribue des microcrédits à des ostréiculteurs, pêcheurs, apiculteurs, pour générer des activités durables à partir de la mangrove, et maintenir une présence sur les zones reboisées afin de les protéger des coupes sauvages et du braconnage.

Sécheresses, construction de grands réseaux routiers, coupes excessives pour le charbon de bois, et le bois de chauffe : au Sénégal, entre 1980 et 2010, 25 % des mangroves ont disparu. Depuis 2006, sollicités par l’association Océanium, les villageois des zones forestières du Sine Saloum et de Casamance se mobilisent pour sauver leurs forêts.

En 2006, Océanium propose aux villageois de Tobor, en Casamance, de reboiser leurs mangroves. En une journée, une centaine de personnes plantent 65 000 arbres. Jean Goepp, alors coordinateur du projet, explique : “l’essentiel était de faire prendre conscience aux populations que planter des arbres est à la portée de tous. Cette première plantation, de part et d’autre d’une route très fréquentée, a beaucoup fait parler”. Et pour cause  : dès l’année suivante, des milliers de jeunes plants s’épanouissent de part et d’autre de la route nationale, là où ne subsistait plus qu’un vaste cimetière de palétuviers. Bientôt, les habitants des villages alentour viennent solliciter Océanium, pour, eux aussi, participer au reboisement  ! De là prend corps un ambitieux programme de restauration, qui

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3 QUESTIONS À Karim Sall, responsable de zone

10 000 hectares reboisés, comment êtes-vous arrivés à ce résultat ? Planter des palétuviers est moins complexe que planter des arbres forestiers ; la descendance du Rhizophora est une plantule : en quelques heures on peut planter des milliers d’arbres. Et nous n’avons pas à arroser les plants, ils sont immergés à chaque marée !

À quoi sert la mangrove ? Sur notre littoral, 130 espèces de poissons y frayent à l’abri de leurs prédateurs ; la mangrove protège les rizières des eaux salées. Ici, l’alimentation de base, c’est le thipebou dien : sans mangrove, plus de poisson, plus de riz !

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… et en terme de lutte contre le changement climatique ? Le palétuvier stocke le carbone dans une forêt humide : au Sénégal, on déplore 2 000 feux de brousse chaque année – avec la mangrove, on a l’assurance de reboiser une forêt qui ne brûlera pas !


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Inde

SUNDARBANS

les éléments – “la mer nous détruit autant qu’elle nous fait vivre”. Si elles sont mieux protégées qu’ailleurs, 14 % des mangroves ont disparu en 25 ans. L’association NEWS coordonne depuis 2011 un vaste programme de reforestation – 5 500 hectares de mangrove ont été reboisés. Ajanta Dey, coordinatrice de l’association, explique “il s’agit de préserver une zone à haute valeur en biodiversité” : 500 espèces de plantes, 425 espèces d’animaux, 400 espèces de poissons, 3 variétés de dauphins vivent dans ces mangroves, qui sont aussi l’habitat privilégié du tigre du Bengale : de 300 à 450 individus sont recensés, soit ¼ de la population mondiale d’une espèce menacée d’extinction. Restaurer l’écosystème, c’est aussi permettre le renouvellement des ressources liées à la mangrove – poissons, crabes, miel, fruits, et bois – dont dépendent les villageois. “La mangrove constitue aussi un bouclier biologique”, poursuit Ajanta, “en 2009, après le passage de l’ouragan Aila, on a constaté que les digues protégées par des mangroves résiduelles avaient mieux résisté”. Dans cette zone particulièrement exposée, la reforestation permet à la fois d’atténuer le changement climatique, en séquestrant davantage de gaz à effets de serre, et de réduire ses impacts – les palétuviers sont des remparts contre l’érosion et les tempêtes tropicales.

À la frontière de l’Inde et du Bengladesh, dans le delta du Gange, la plus grande forêt de mangrove au monde se déploie sur 140 000 hectares – un sanctuaire, classé réserve de biosphère par l’Unesco ; une région extrêmement vulnérable face à l’érosion et à la montée des eaux. Depuis 1991, l’association Nature Environment & Wildlife Society (NEWS) œuvre à un vaste programme de reforestation.

Sur les 100 îles qui constituent les Sundarbans, 60 sont peuplées par 3 millions de personnes, dont 300 000 tirent directement leurs moyens de subsistance de la forêt, par l’exploitation du bois, la collecte des feuilles de palme, la pêche et la collecte de miel. Les Sundarbans, méandres de bras et canaux du Gange, situés en dessous du niveau de la mer, constituent une des zones les plus exposées de la planète aux effets du changement climatique : montée des eaux, érosion, salinisation (les Sundarbans ont perdu 28 % de leurs terres au cours des 40 dernières années) et fréquents cyclones, qui détruisent les récoltes, entraînant pauvreté chronique et crise alimentaire latente. Dans cet environnement hostile, la vie est une lutte permanente contre

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Indonésie

SUMATRA

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DES ARBRES contre les tsunamis Le 26 décembre 2004, un séisme d’une puissance inouïe provoque un tsunami dévastateur dans l’océan Indien, au large des côtes indonésiennes. En quelques heures, 230 000 personnes sont tuées, dont l’immense majorité à Sumatra, qui déplore 170 000 victimes. Les mangroves saines, minorant la force des vagues en raison de la résistance fournie par leurs racines échasses, pourraient réduire les effets des tsunamis. À l’inverse, des bandes étroites de mangrove, dont les arbres sont déracinés et balayés à l’intérieur des terres causent d’importantes pertes humaines et matérielles. De façon plus globale, l’Indonésie, archipel morcelé en 17 000 îles, est vulnérable face au changement climatique. Le rôle de la mangrove comme barrière face à l’érosion et à la montée des eaux – conséquences déjà perceptibles du réchauffement – est avéré.

vent”, explique Bambang Suprayogi, fondateur de l’association. Après reboisement, des “zones tampon” de 50 mètres de large protègent les villages lacustres et les terres agricoles contre les crues annuelles, les tempêtes et les cyclones. “Le second intérêt est d’ordre économique”, poursuit Bambang – dans une région où les conditions de vie sont extrêmement précaires, Yagasu entend appuyer le développement d’activités génératrices de revenus : il s’agit notamment de créer des modèles d’aquaculture durable en reboisant les bassins piscicoles de différentes espèces de palétuviers – “grâce aux plantations, en quelques mois, l’écosystème se régénère, les populations de crabes et de poissons augmentent, les revenus des pêcheurs augmentent”. Micro-crédits, formations, création de coopératives, l’association soutient aussi l’entreprenariat féminin. Fabrication de farine de palétuvier, de confiture, de sucre et d’alcool de fruits de palmier ou encore confection de batik à partir de fibres et d’encres végétales – les ressources générées par la mangrove sont innombrables. 5  000 hectares ont été reboisés  ; 16 000 personnes sont impliquées dans 130 villages, motivées par le succès des activités économiques. Rahma témoigne “j’ai appris à extraire des colorants des feuilles et des racines de palétuviers. Apprendre à utiliser les ressources de la mangrove, c’est une belle chose. Grâce au micro-crédit, on peut aussi en vivre”.

Victime d’une trop rapide industrialisation, Sumatra a perdu 50 % de ses forêts en 20 ans, converties en bassins piscicoles et en plantations intensives de palmiers à huile. Depuis le tsunami de décembre 2004, l’association Yagasu restaure la mangrove, pour les ressources naturelles qu’elle génère, et comme rempart contre les tempêtes tropicales.

En Indonésie, les mangroves ont longtemps été considérées comme des terres inutiles, et le gouvernement a promu leur transformation en terres agricoles – mais leur exploitation intensive appauvrit les terres et, en quelques années, les rend stériles, poussant les pêcheurs et paysans à déboiser toujours plus loin. Après le tsunami de 2004, la tendance s’inverse, et les politiques publiques s’axent aujourd’hui vers le reboisement. L’association Yagasu, qui œuvrait à l’origine pour la protection des éléphants, réoriente son activité vers la restauration des mangroves dans la province Nord Sumatra. “Notre démarche a deux avantages, la première est écologique  : les mangroves sont des barrières naturelles, qui protègent les communautés face aux intrusions de la mer, face aux vagues et au

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La forêt prim aire les d e r niè re s fo rêt s vi erges en vo ie d e d isp a ri t i o n La forêt primaire est une forêt qui n’a subi aucune modification par l’homme, qui n’a jamais été défrichée, cultivée, exploitée : une forêt vierge. Les seules forêts tropicales primaires qui subsistent sont en Amazonie, au Congo, en Indonésie, et sont en voie de disparition : chaque année, 13 millions d’hectares sont déboisées. En partenariat avec Pur Projet, Insolites Bâtisseurs soutient un projet de protection de la forêt primaire au Pérou.

L’exploitation forestière a pris son essor au lendemain de la seconde guerre mondiale, causant des pertes irrémédiables : seules les communautés forestières savent exploiter les forêts sans les détruire. Exploitation industrielle des bois tropicaux, conversion de terres forestières en plantations de palmiers à huile et soja, constructions de barrage, et exploitation minière : la forêt primaire – une forêt où aucune trace d’activité humaine n’est visible, où les processus écologiques ne sont pas perturbés – écosystème prodigieux qui regroupe les 2/3 de la diversité biologique terrestre, est un monde en voie de disparition. Les derniers témoins sont en Amazonie, dans les Guyanes et sur le Piémont des Andes, dans le bas-

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sin du Congo et en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Déjà, les forêts primaires ont pratiquement disparu des plaines tropicales et ne subsistent plus qu’en montagne. La forêt amazonienne, qui se déploie sur 6 millions de km2, est la plus vaste forêt primaire de la planète. Le Pérou, dont la moitié du territoire est couvert de forêt tropicale, est le pays du bassin amazonien le moins touché par la déforestation. Pourtant depuis une vingtaine d’années, la situation s’aggrave : 3 % de la forêt ont disparu depuis 1990. Le taux de déforestation est aujourd’hui de 0,5 % par an, et tend à augmenter. Insolites Bâtisseurs soutient un projet de protection de 300 000 hectares de forêt au Pérou, dont 97 % de forêt primaire.

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Pérou

SAN MARTIN

milieu des années 90, les Etats-Unis (avec l’USAID) engagent un vaste programme de substitution – fumigations qui assèchent les champs de coca, promotion de cultures alternatives. La pression du gouvernement péruvien et l’effondrement des prix de la coca s’ajoutent à ce dispositif et, aujourd’hui, la coca est éradiquée dans la zone de San Martin. À Santa Rosa, les anciens cocalero cultivent désormais des plants de cacaoyers en agroforesterie ; ils vivent de la culture biologique et du commerce équitable du cacao. La flambée du cours mondial du cacao, la création de coopératives, le choix d’opter pour le bio en 2001 et pour l’équitable en 2005, qui garantit à ses membres un prix minimum et attire de nouveaux clients à l’international, ont permis à ces petits producteurs d’assurer une rentabilité à la culture du cacao. “On travaille avec deux coopératives qui comptent 2  400 producteurs, qui ont chacun en moyenne 2 ha de surface cultivée - et 5 ha en tout. Des producteurs qui ont décidé de s’engager en reforestation.” En 2010, à l’initiative de Pur Projet, la fondation Amazonia Viva, qui regroupe les deux coopératives, a obtenu la concession de 384 000 hectares de forêts primaire pour leur conservation – “L’objectif est de planter 2 millions d’arbres sur 4000 ha, et de conserver près de 400 000 hectares de forêt primaire menacée par l'industrie pétrolière et la déforestation illégale”, explique Tristan Lecomte, directeur de Pur Projet.

Sur les flancs de la Cordillère des Andes, au cœur de la forêt amazonienne, la région ouest de la province de San Martin est une région enclavée et très peu peuplée – un isolement attractif pour les narcotrafiquants, qui, dans les années 70, en font une zone de production de cocaïne. Aujourd’hui, avec la Fondation Amazonia Viva, les anciens producteurs de coca se sont convertis à la culture du cacao bio et équitable, tout en protégeant la forêt primaire. Au nord-est du Pérou, la vallée dense et humide en amont du fleuve Huayabamba est à partir des années 70 dédiée à la production de coca et de base de cocaïne – une culture lucrative qui attire les paysans des régions andines, et provoque un important déboisement de la forêt primaire, dans une zone jusque là restée vierge de peuplement humain. À Santa Rosa, minuscule village accessible uniquement par le fleuve, à 4 heures de pirogue de la première bourgade de Juanjui, les laboratoires et aérodromes clandestins sont disséminés dans la jungle, et la vie est rythmée par les six aller-retour quotidiens des avions des “narcos”. Le trafic est disputé entre Colombiens et guérilleros du Sentier Lumineux, en guerre contre l’État péruvien – et, entre coca et guérilla, la région prospère, mais vit “la peur au ventre”. Au

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Rencontre

TRISTA N LEC0 M TE

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l’arbre protège les cultures des intempéries, en cela, permet une meilleure adaptation au changement climatique, enfin, l’arbre séquestre du carbone. Pour nous, l’arbre est le meilleur investissement possible : il coûte quelques euros, le planter prend quelques minutes, et pendant des dizaines, voire des centaines d’années, il va générer de multiples services écosystémiques. À partir de cette expérience de plantation avec Alter Eco, j’ai créé Pur Projet, pour accompagner les entreprises, qui ont pris conscience de la nécessité de rééquilibrer leur rapport à leur écosystème, dans la mise en place de projets d’agroforesterie, de reforestation et de conservation forestière, et souhaitent mettre en œuvre des système de compensation au cœur même de leur métier.

appartenaient au gouvernement péruvien, mais non protégées, dans lesquelles il y avait des activités de déforestation illégales, des activités d’orpaillage, et des conflits territoriaux. On a alors aidé les populations locales, et notamment les producteurs de cacao qui vivent en aval de ces zones de forêt primaires, à négocier des titres de concession auprès du gouvernement péruvien, pour qu’ils aient la charge de la protection de ces zones de forêts. On a mis en place le projet en les aidant, techniquement financièrement et administrativement – et aujourd’hui, 384 000 hectares sont sous concession. Des gardes forestiers effectuent des rondes sur les zones protégées pour limiter la déforestation et l’exploitation illégale de bois, et, grâce aux fonds d’Insolites Bâtisseurs, on développe des activités alternatives, qui permettent de diversifier les revenus des fermiers, et ainsi de réduire la pression sur la forêt : apiculture, pisciculture, transformation du cacao, et écotourisme – le projet est ouvert à la visite de vos Voyageurs, qui peuvent ainsi découvrir une région splendide, au cœur de l’Amazonie, et de vivre des rencontres exceptionnelles avec les communautés paysannes.

L’agroforesterie, c’est quoi ?

Pionnier du commerce équitable en France, fondateur de la marque Alter Eco – les petits producteurs du Pérou qui vous sourient sur les tablettes de chocolat, c’est lui – Tristan Lecomte a créé Pur Projet, pour accompagner les entreprises dans leur politique climat via des projets forestiers. Il est notre partenaire pour le projet de conservation de la forêt primaire au Pérou. Rencontre.

D’où vient votre engagement pour les projets forestiers ?

incroyables de ces arbres. L’arbre enrichit les sols en apportant de l’azote – il remplace avantageusement les intrants chimiques – , l’arbre dépollue l’eau, contribue à assurer un bon cycle de l’eau, l’arbre participe à la préservation de la biodiversité – il est l’habitat des oiseaux, des animaux, mais aussi de la microfaune ; il permet une meilleure pollinisation – , l’arbre génère des multiples ressources pour les petits producteurs, des fruits, de la médecine, du bois, de la matière ligneuse,

Quand je dirigeais Alter Eco, je me suis interrogé sur l’empreinte carbone de nos produits, et je me suis efforcé de réduire cette empreinte d’une part, et de la compenser d’autre part, en plantant des arbres au sein même des filières des nos produits : on a planté des arbres dans les champs de cacaoyers, de caféiers, dans les rizières, et, rapidement, on s’est rendu compte des bénéfices

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L’agroforesterie consiste justement à combiner les cultures agricoles avec la plantation d’arbres – on intègre les arbres aux plantations qui supportent ou apprécient leur présence. L’agroforesterie est particulièrement adaptée à la culture du cacao, du café, du thé, des essences forestières qui ont besoin d’ombrage. On a souvent opposé l’agriculture d’un côté et la protection de la forêt de l’autre, l’agroforesterie permet de trouver un juste milieu entre le fait de cultiver des terres pour se nourrir et de conserver des arbres pour régénérer l’écosystème.

Et demain ?

La Fondation Amazonia Viva a fait la demande à l’Unesco de la mise en place d’une mesure de préservation de zone de biosphère sur 2,4 millions d’hectares – l’audit de l’Unesco a eu lieu, il est positif : la zone sera officiellement classée “réserve de biosphère” en juin 2016.

Racontez-nous la genèse de ce projet au Pérou...

Je suis venu au Pérou d’abord pour acheter du cacao, puis pour développer des projets d’agroforesterie et de reforestation, en partenariat avec des petits producteurs. En 2010, on s’est aperçu qu’il y avait là des vastes zones de forêt qui

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Nos actions dans le monde PROTECTION DE L’ENFANCE Un bus de ramassage scolaire dans l’Atlas, au Maroc, pour permettre aux enfants du village de Ifard d’aller à l’école ; un programme d’éducation alternative pour des enfants victimes de maltraitance en Équateur ; un village d’enfants à El Djadida, au Maroc ; des projets d’éducation et de Santé au Népal et au Tibet ; l’hébergement d’enfants des rues de Bamako ; des programmes de lutte contre la malnutrition à Madagascar  et en Éthiopie ; la scolarisation d’enfants kenyans  ; au Bénin, l’installation de panneaux solaires dans une école de village ; une ludothèque en Colombie ; les frais de scolarité de petites filles burkinabaises ; un centre de santé en Mauritanie ; des activités d’éveil pour des enfants de Ouarzazate ; les frais de scolarité d’enfants togolais ; la construction d’un centre d’hébergement à Antsirabe, à Madagascar ; la construction d’une école dans un village isolé du Burkina Faso ; des formations pour des professionnels de santé dans 14 hôpitaux, dans 11 pays africains ; un programme de formation en kinésithérapie dans un hôpital de Lomé, au Togo ; une école maternelle au Malawi ; une école au Ladakh, un dispensaire au Kenya, en pays Massai. DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE Une coopérative de femmes apicultrices dans le Sine Saloum, au Sénégal  ; des programmes d’éducation pour des enfants victimes de surdité au Cambodge  ; des formations au Tibet  et au Népal ; des infrastructures pour une école professionnelle de football en Afrique du Sud ; un puits dans un village du Niger ; une formation aux métiers de l’information et de la communication au Togo ; des programmes d’enseignement pour la distillation d’huiles essentielles, et de formation en menuiserie à Madagascar ; une école de danse en Colombie ; un puits en Guinée.

En utilisant Cocoon Offset plutôt qu’un papier non recyclé, notre impact environnemental est réduit de :

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kg de matières envoyées en décharge

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ENVIRONNEMENT ET CULTURE

kg de CO2

Des collectes de déchets plastique en Indonésie ; une ferme bio au Costa Rica  ; des projets d’agriculture familiale au Vietnam ; des lampes solaires au Népal ; des programmes de recyclage des déchets au Niger ; des ateliers de création artistique en Israël et en Palestine ; la restauration de maisons traditionnelles au Nord Vietnam  ; l’aide à la création d’une marque de commerce équitable en Inde  ; la construction de déchetteries au Burkina Faso  ; l’achat de métiers à tisser pour des artisans boliviens ; l’aménagement de points de vente pour des textiles dans des villages du Nord Vietnam.

1 201

km parcourus en voiture européenne moyenne

22 308 litres d’eau

1 392

kWh d’énergie

REFORESTATION Des campagnes de reboisement de la mangrove au Sine Saloum et en Casamance, au Sénégal ; dans les Sundarbans en Inde ; et à Sumatra, en Indonésie ; un programme de préservation de la forêt primaire au Pérou.

Nous remercions toutes les ONG partenaires.

CRÉDITS PHOTOS © Couverture : M.Osmont, p.02 M.Jeager/Laif REA, p.05 M.Osmont, p.06 à 09 M.Osmont, p.10 à13 N.Van Ingen, p.14 P.Paolini/Picturetank, p.15 T.Lelomte, p.17 D.Snyelu/Zuma REA, M.Jaeger/ Laif REA, p.18 C.Lamontagne, p.23 Chris de Bode/PANOS Pictures, p.24 G.M.B. Akash/PANOS REA, p.27 M.Vanmausart, p.28 L.Milton/PANOS REA, p.31 J.Morgan/PANOS REA. Conception graphique : O.Romano - Rédaction : M.Osmont - Réalisation : SuzyLee Photogravure : Cesar Graphic - Impression : Imprimerie Peau - Parution : Septembre 2015.

1 320

kg de bois

Sources : Données Labelia Conseil pour l’empreinte carbone. Données European BREF pour le papier à fibres vierges.


30, rue Saint Augustin - 75002 Paris contact@insolitesbatisseurs.org Tel. : +33 (0)1 42 86 16 91

fondation-insolitesbatisseurs.com | insolitesbatisseurs.org Insolites Bâtisseurs est un projet sociétal du Groupe Voyageurs Du Monde, organisé juridiquement autour de deux organisations à but non lucratif de droit français : • une fondation d’entreprise régie par l’article 19 de la Loi n° 87-571 du 23 juillet 1987 sur le développement du mécénat, • une association régie par la Loi du 1er Juillet 1901.

Brochure Association Insolites Batisseurs  
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