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automne 2013

Europe ˜ Afrique

INNOVER • L'eau, le grand défi du millénaire ENTREPRENDRE société - entreprenariat - management

• Swady Martin et le thé de luxe africain

DOSSIER

• Bel’afrika Media

Migration et crise économique européenne Quelles solutions ?

MANAGER

• Immigrés, associations et crise financière : enjeux des sociétés européennes • Migration, politique et entreprenariat • Diaspora, moteur de développement

• Le coltan et les viols en RDC

• Promouvoir l’Afrique

en renforçant ses jeunes • Relation commerciale Europe – Afrique AGIR

• Le droit à l’éducation pour

tous !


« Qu’est-ce qu’il y a en vous et comment l'utiliser ? »  Je pose cette question parce que j’ai le sentiment que nous avons souvent tendance à regarder les choses passées et cette façon de faire peut fausser la réalité. Si vous analysez ma question : « qu’est-ce qu’il y a en vous ? » Est-ce seulement l’éducation ou votre aptitude à vivre en société ? Et comment utilisez-vous vos potentiels ? Pensez aussi à votre impact social, vos connaissances diverses et aussi à ce que vous pouvez encore apprendre. Rien n’est gratuit, chaque chose a un prix et le prix à payer sera la conséquence des actes par rapport à ce que chacun possède et offre volontairement ou involontairement au monde ! par Rowaldo Frissen


ÉDITO Automne 2013 Par Liliane Kissimba, rédactrice en chef.

« Face à la roche, le ruisseau l'emporte toujours, non pas par la force, mais par la persévérance. » H. Jackson Brown

N 

ous vivons dans un monde sans frontière, qui bouge à une très grande vitesse et qui apporte son lot des problèmes à surmonter. L’eau propre est devenue rare, elle le deviendra de plus en plus à cause de la croissance démographique, prés de la moitié de la population mondiale aurait une eau impropre à la consommation. Or nous disposons aujourd’hui des techniques pour traiter l’eau insalubre, ces infrastructures ont un coût élevé surtout pour les pays moins nantis. Nous vous présentons quelques produits innovants de purification d’eau.   L’immigration, une solution pour le développement des pays ou un fléau difficile à arrêter ? Des mots nouveaux font désormais partie de notre langage quotidien : l’inter culturalité, la diversité, l’intégration, l’inclusion et l’exclusion sociale. En cette période de crise les choses se compliquent, l’homophobie est croissante, l’insécurité professionnelle inquiète l’Europe. Mais d’où viendra la solution ? Des associations, de la société civile, des pays d’origines ou des pays d’accueils ?   Les femmes se lancent en affaires entre 40 et 60 ans, après quelques expériences professionnelles et sont souvent des chefs d’entreprises averties et à l’écoute de la société.   L’Afrique, un continent en pleine croissance, les populations sont de plus en plus conscientes des potentialités et misent sur l’encadrement managérial de la jeunesse…   Découvrez toutes nos rubriques, bonne lecture !

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Directeur de la rédaction Liliane Kissimba

SOMMAIRE

Automne 2013 y Martin p. 6 aad w S

Ont participé à ce numéro : Rédacteurs Rowaldo Frissen Cheryl Collins J Santos Julia Benson John Clancy & Helene Banner Teddy Tenda & Godens Ki Fred Swaniker Carole Tchanmene Organisation Mondiale pour les migrants Andrea Gerstnerova & Altay Manço Andy Dabilis HRW Nathalie Carlier Perla Ni Nathalie Yabili Yohali Assistants rédacteurs Nathalie De Viaene (Devna Services) Photos Puralytics Yswara Bel’Africa Media African Leadership Academy Carole Tchanmene George Yumbu CEFIS Luxembourg & IRFAM Belgique HRW Maria Gropa Godens Ki DESIGN GRAPHIQUE Camille Oberlé Responsable du projet Rowaldo Frissen Responsable régie publicitaire Pierre Sorvil ÉDITEUR Life Dignity asbl numéro d’entreprise 0836 006 772 IBAN BE38 3630 8875 8272 BIC BBRUBEBB Imprimeur HAYEZ SA NV Dépôt légal : septembre 2013 ISSN : 2295-1229

P. 4 à 5

INNOVER

l'eau, le grand défi du millénaire p. 4 Puralytics innove dans l’eau potable.

P. 6 à 11

ENTREPRENDRE

Swaady martin, le thé de luxe africain p. 6 Rencontre avec la créatrice d'Yswara.

KILELE 2013, sommet international d’affaires p. 7 Bel’afrika Media p. 8 Rencontre avec Kodjo Degbey.

Les femmes dans les affaires p. 10

P. 12 à 17

Manager

Votre entreprise s’apprête à engager son Premier employé ? p. 12 Suivez nos conseils avant d'agir.

Les avantages du remue-méninge p. 13 Les relations commerciales Europe – Afrique p. 14 Pour nous contacter :

Karel De Gucht au Kenya.

initiativmag@gmail.com

L’Afrique grandit p. 15

ou

Rapport de la Banque Africaine de développement.

Avenue de Jette, 89 1090 Bruxelles Belgique 2

Promouvoir l’Afrique en renforçant ses jeunes p. 16

jo Degbey p. 8 Kod


Dossier p. 22

p. 18 à 25

DOSSIER

Migration et crise éconoMique européenne quelles solutions ? oiseau Migrateur ou la désillusion du Migrant p. 18 Conte de Carole Tchanmene.

diaspora, Moteur de déVeloppeMent p. 19 iMMigrés, associations et crise Financière : enJeux des sociétés européennes p. 20 Andrea Gerstnerova et Altay Manço enquêtent.

Migration, politique & entreprenariat p. 24 la grèce et ses iMMigrants p. 25

p. 26 à 33

30

Journée Mondiale contre le traVail des enFants p. 26

àl

. p. NU ’O

agIR

lala Yousafzai plai Ma de

le coltan et les Viols en rdc p. 28 Rama Yade signe une pétition.

le droit à l’éducation pour tous ! p. 30 Malala Yousafzai plaide à l’ONU.

la responsaBilité sociale de Votre enFant p. 32

p. 34 à 36

p. 34

DÉCOUVERTE

s Vandecandela Han ere

Boîte à idées p. 34 Construire en terre crue.

événement littéraire p. 35 Bruxelles. Un voyage à travers le monde de Hans Vandecandelaere.

astuces bien être p. 35 Moringa, l'arbre miracle !

chanson p. 36 Comme la moitié de la Belgique... 3


INNOVER

l'EAU,le grand défi du millénaire !

PAR LILIANE KISSIMBA

L’Organisation mondiale de la santé (OMS), réévalue le chiffre officiel à 2,4 milliards soit un tiers de la population mondiale n’ayant pas accès à l’eau potable ce qui est énorme !

L  « Les gens me demandent souvent si on va manquer d'eau à l'avenir (...) alors que l'urgence, c'est cette moitié de l'humanité qui boit aujourd'hui de l'eau douteuse ! »

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a publication du rapport de l'OMS tombe à pic pour les participants aux réunions préparatoires du Forum mondial de l'eau de mars 2015. Ils sont porteurs du même message: la situation des « sans-eaux » est largement sous-évaluée. Un biais dangereux, car il laisse craindre un relâchement des efforts et des financements internationaux.   Gérard Payen membre consultatif sur l’eau et l’assainissement affirme : « Les gens me demandent souvent si on va manquer d'eau à l'avenir pour cause du changement climatique, alors que l'urgence, c'est cette moitié de l'humanité qui boit aujourd'hui de l'eau douteuse ! »   Le recensement officiel explique que tous ceux qui ont accès à une source non partagée avec des animaux et protégée de leurs déjections, sont considérés comme étant bénéficiaires d'une eau potable…   Selon Gérard Payen, 3,6 milliards d'humains utilisent une eau « qui n'est pas sûre » et plus de 1,8 milliard consomment chaque jour une eau dangereuse. Sans parler des coupures d'eau quotidiennes, un cauchemar récurrent de nombreux pays, détaille l'expert dans son ouvrage De l'eau pour tous paru aux éditions Armand Colin en 2013.   Permettre à chacun de boire de l'eau saine est un long combat, les progrès dans les campagnes ne sont pas assez rapides. L'Inde se classe avec les pays d'Afrique subsaharienne, l'Indonésie et le Pakistan parmi les régions du monde les plus en retard.   Après plusieurs investigations sur les éventuelles solutions sur l’accessibilité à l’eau potable pour tous ! Nous avons pu contacter la société Puralytics qui à ce jour a pu obtenir des prix de reconnaissance pour ces inventions en matière de purification d’eau, grâce à un travail managérial correctement

orchestré par Mark Owen, fondateur et PDG, Ed Kolasinki, directeur d’exploitation et directeur financier, George Jendrzejewski, vice-président des ventes, Roland Jasmin, directeur de l’ingénierie et Rob Anthony, directeur et opérateur fixe. Marc Owen, le concepteur et fondateur de la société Puralytics a l’habitude de dire : « si je devais expliquer Puralytics à une salle de classe pleine d'enfants, je dirais : ‹ Il y a des choses dans votre eau qui peuvent ne pas être bon pour vous. Nous utilisons une lumière spéciale pour les faire partir. › Nous utilisons des LED ou le soleil pour éclairer un revêtement nano technologique que nous avons développé, c'est sur ​​un maillage où l'eau coule à travers un système principal. Cette technologie créée une réaction chimique qui provoque la brisure des molécules impropre à la consommation. »   Puralytics est une société révolutionnaire de purification d'eau basée à Beaverton dans l’Oregon (U.S.A.). Les produits de Puralytics sont capables de purifier l'eau sans additifs chimiques ou perte d'eau tout en utilisant la puissance de l'énergie lumineuse qui active une nanotechnologie de maillage enduit. Il s’agit donc de produits inédits permettant de fournir de l'eau purifiée quelque soit l’endroit.   L’eau pure n’a pas d’odeur ni de goût ! Le goût que vous aimez ou n’aimez pas dans votre eau est le goût des minéraux et des contaminants que votre eau a absorbé dans son environnement, voilà pourquoi l’eau a un goût différent selon les régions. Les minéraux peuvent être bons pour votre corps mais presque tous les autres contaminants ne le sont pas  ! Les produits de Puralytics absorbent les contaminants nocifs, tout en laissant dans votre eau que les minéraux sains. La société propose trois produits différents de purification de l’eau.


Le SolarBag et le Shield 500/1000 de Puralytics. le lilypad Il s’agit d’un appareil flottant de traitement des eaux pluviales qui fonctionne à l’énergie solaire. Il peut être utilisé dans les bassins ou fossés de retenue, le long des chaussées et parkings afin d’empêcher des polluants d’atteindre les courants d'eaux. le solarBag C’est une poche d’eau portable et réutilisable qui utilise la nanotechnologie de maillage enduit dans le but de purifier l’eau lorsqu’elle est exposée aux rayons du soleil. Il peut purifier jusqu’à 3 litres à la fois et est parfait pour la randonnée, le camping, les puits et la préparation aux urgences. le shield 500/1000 Il utilise la même nanotechnologie activée par la lumière que le SolarBag excepté qu’il est actionné électriquement et emploie une rangée de LEDs pour stimuler les cinq processus photochimiques. Il est utilisé dans la purification industrielle et commerciale de l’eau. Il est conçu comme solution ponctuelle décentralisée et unique pour la purification de l’eau, installé à proximité du point d’utilisation. Il permet ainsi aux

utilisateurs de contrôler la pureté de leur eau et remplace à lui seul plusieurs autres systèmes qui auraient été nécessaires pour obtenir le même résultat. L’appareil rassemble de multiples avantages : Fonctionnement simple et entretien aisé : il ne possède aucune pièce mobile et fonctionne sans nécessité d’ajout de produits chimiques ou de remplacement de filtres ou membranes. Efficacité étendue : il offre la plus large gamme disponible d’élimination des contaminants, comprenant non seulement les agents pathogènes biologiques, mais aussi les métaux lourds et les toxines chimiques, en ce compris les pesticides, herbicides, engrais, produits pétrochimiques et pharmaceutiques. Compact : il offre une solution compacte en remplacement de l’installation de plusieurs autres systèmes d’élimination de contaminants. Volumes mesurables : chaque unité fournit jusqu'à 3.785 litres (1.000 gallons) d’eau purifiée par jour et peut être combinée pour un incrément de 1.892 litres (500 gallons) par jour. Grande efficacité : il a un rendement incroyable de 100% du débit de l'eau –

contrairement aux résultats moindres (moins de 50 %) des autres technologies d’osmose inverse (système de purification de l'eau par un système de filtrage très fin qui ne laisse passer que les molécules d'eau). Respectueux de l’environnement : c’est un appareil vert et propre, sans aucun rejet d’eaux usées et sans aucun consommable à jeter. Faible coût au litre : il permet de réaliser des économies quotidiennes d’exploitation, jusqu'à 70 à 80% par rapport à un autre système d’osmose inverse et est capable de fournir de l’eau pour moins de la moitié du prix au litre que d'autres systèmes combinés. Avéré : il est actuellement déjà utilisé dans dix pays ! Le SolarBag et le Shield 500/1000 peuvent ainsi fournir de l'eau potable durable d’une façon inédite à ce jour et dans des endroits où c’était impossible auparavant. Le tout pour un coût de moins de 1,50 euros du litre et sans rejet d’eaux usées dans l'environnement.

+ www.puralytics.com 5


ENTREPRENDRE

Swaady martin et le thé de luxe africain

Par Liliane Kissimba PHOTO YSWARA

Jeune entrepreneure ivoirienne, Swaady Martin-Leke figure parmi les 20 jeunes entrepreneurs africains qui se sont distingués par leur leadership et leur réussite en affaires en 2012. Elle est la fondatrice et présidente déléguée générale d’Yswara.

S 

waady a passé onze années de sa carrière chez General Electric. Sa plus récente affectation, était celle de directeur régional. Elle gérait un portefeuille très important, pourtant en 2011, elle décide de passer à autre chose. Comme elle le dit, « quelque chose qui favorise nos ressources africaines, notre culture et notre identité ». Le rêve de Swaady est de changer la perception du monde envers l'Afrique et de produire une marque de luxe d'origine africaine qui mixerait la nature et la tradition.   Après maintes recherches, elle crée Yswara, une société produisant du thé de luxe, dans des emballages de rêve. Swaady Martin a pensé à tout pour un marketing de choc. Elle a lancé une gamme de tasses, théières, cuillères et bougies de luxe, tout en mettant en avant l’art de l’Afrique. Yswara a choisi l'industrie du luxe qui transmet la culture et l'identité. L'Afrique, souvent considérée comme un lieu rassemblant de la marchandise de mauvaise qualité et un manque de raffinement, est aujourd’hui au rendez-vous du travail incontesté de qualité.   Dans la plupart des marchés émergents (Afrique inclue), le niveau de l'artisanat de luxe est à la hausse. Des milliers d'années de culture, d'histoire, de savoir-faire et de patrimoine démontrent que l’Afrique peut faire plus que produire des masques et des bibelots. L'industrie du luxe est un moteur de la croissance dans une grande variété de domaines, y compris l'édition, le tourisme, l'immobilier, la culture et l'éducation. Elle permet aux petites et moyennes entreprises (PME) de trouver leur place et d'exprimer leur créativité.   Swaady Martin-Leke est consciente de sa mission : « Maintenant, je suis dans un nouveau chapitre de ma vie, la création de la prospérité pour l'Afrique. Je suis dans cette phase de construction où je peux tout mettre en place pour continuer à avoir un impact. Avant YSWARA, j’ai travaillé pendant plus de dix ans pour une société internationale et j'avais un réseau bien établi. Maintenant, j’essaye d'étendre 6

« Maintenant, je suis dans un nouveau chapitre de ma vie, la création de la prospérité pour l'Afrique. » encore plus mon réseau de contacts au-delà des personnes que je connais, d’où mon choix de devenir membre de ALN (African Leadership Network). »   En effet, elle y est membre depuis sa création en 2010. En 2011, la première année de développement de sa société, elle a informé l’audience de son idée d'entreprise et ce dont elle avait besoin pour réussir. Grâce à cette seule séance, elle a été en mesure d'établir des contacts et des relations qui se sont avéré une vraie valeur ajoutée pour Yswara.   Cette jeune entreprise s’est vue attribuer, à Paris en juillet 2013, le grand prix de la petite et moyenne entreprise par l’Institut National Français de Marketing (ADETEM). Bonne découverte !

 •


Le premier Sommet International pour la création et le développement des affaires en Afrique aura lieu à l'Île Maurice les 4, 5 & 6 décembre 2013. L’Afrique. Pour certains, c’est un véritable Eldorado, pour d’autres un continent à haut risque. Quelle est la réalité ?

KILELE 2013,

sommet international d’affaires

I 

l y a d’un côté sa croissance, sa démographie, le développement rapide de son marché intérieur et ses ressources naturelles… et de l’autre les risques opérationnels liés aux législations commerciales en Afrique, à la chaîne d’approvisionnement, aux ressources humaines, à la gestion des compétences et enfin à la situation politique, qui est variable d’un pays à l’autre.   Cette conférence internationale est conçue pour apporter des informations novatrices et concrètes aux entreprises porteuses de projets en Afrique. À nouveau marché, nouvelles méthodes : une large part sera consacrée au cours de ce sommet africain à l’analyse de modèles économiques perturbateurs, notamment dans le domaine bancaire, de la téléphonie et de la distribution.   Nous assistons actuellement à une véritable prise de conscience en ce qui concerne le développement responsable en Afrique. Il est donc important pour les nouveaux acteurs économiques, qui souhaitent jouer un rôle en Afrique, d’entendre ce que les états hôtes attendent comme contributions pour le développement de leurs pays et de leurs populations. Pendant trois jours, ce sommet africain examinera les résultats des recherches actuelles, des cas vécus et des innovations, en séances plénières, en sous-comités ou lors de tables rondes.   Les intervenants de ce forum, mettront en lumière les différences de points de vue afin d’en dégager une synthèse et de prendre pleine-

ment conscience des réalités en vue de préparer le futur.   Ce sommet pour l’Afrique est conçu dans le but de proposer une plateforme internationale de networking à tous les acteurs du développement en Afrique. Bien que le programme soit ambitieux et chargé, de larges plages horaires et des conditions propices au dialogue ont été prévues pour permettre et faciliter les échanges entre participants. Les acteurs de ce dialogue sont : les chefs d’entreprises porteurs de projets en Afrique et leurs équipes dirigeantes.   Kilele Africa 2013 a pour but d’apporter des réponses concrètes et exploitables à leurs questions et de les mettre en relation avec les autres acteurs économiques en Afrique. Le but ultime de Kilele Africa, c’est la construction de relations gagnantgagnant. Les investisseurs et gestionnaires de fonds souhaitant investir sur ce continent. Kilele Africa jettera un éclairage nouveau sur le climat financier en Afrique et leur fera rencontrer des porteurs de projets dynamiques. Les représentants gouvernementaux africains voulant promouvoir leur pays. Sans eux, ce sommet international pour l’Afrique n’aurait pas de sens. Kilele Africa leur permettra d’exposer leurs idées, leurs attentes et les avantages qu’offre leur pays aux chefs d’entreprises qui souhaitent s’implanter en Afrique et aux investisseurs qui sont prêts à les suivre.

Le but ultime de Kilele Africa, c’est la construction de relations gagnantgagnant.

@ martine.leonardy@kilele.org 7


ENTREPRENDRE

Rencontre avec

Kodjo Degbey

fondateur de Bel'Afrika Bel'Afrika, créée en 2008, est la contraction des mots België et Afrika et est soutenue par Dewerldmorgen, GetBasics TV Brussels et Greet Brauwers.

IM Parlez-nous un peu de votre parcours avant la création de l’asbl Bel‘Afrika Media ? KD  Je suis Belge d'origine togolaise. Arrivé en Belgique en 2003, je me suis inscrit au collectif Vidéo Groupe PTTL l’année suivante. Puis, j’ai suivi une formation de perfectionnement Final-Cut, un logiciel de montage pro, et en techniques de cadrages via divers workshops avec des professionnels locaux et étrangers. J’y ai vraiment pris goût car ce fût le début de l'aventure de Vrij Podium, une émission diffusée sur TV Brussels. Comme mes collègues je fus sélectionné en fonction de mon expérience. J’ai ainsi pu opérer comme cadreur-monteur tout au long du projet sous la direction et la coordination de Mme Greet Brauwers, journaliste multimédia. Durant cette période, j'ai également fait des études de multimédia à Gand Kisp, un centre d’enseignement et de formation supérieure dont je suis diplômé en tant qu’opérateur multimédia. De 2005 à ce jour, j’ai donc acquis une grande expérience dans l'audiovisuel, le montage et la postproduction. Ce qui m’a permis de lancer le projet Bel’Afrika Media.   Je tiens d’ailleurs à remercier toutes ces précieuses rencontres professionnelles, que je ne peux malheureusement pas toutes énumérer ici, qui m'ont aidé à combiner les savoir-faire traditionnels et les nouvelles technologies en audiovisuel. Une riche expérience en effet, mais comment est né le projet Bel’Afrika Media ?   À la fin de la formation Vrij Podium, j'ai pris contact avec la coordinatrice du projet et lui ai exprimé mon souhait de mettre en valeur le savoir faire qu'elle m'avait transmis. J'ai donc reconstitué une équipe de travail et finalement la plate-forme médiatique web TV Bel'Afrika Media est née. J'ai saisi l'occasion de traiter des thèmes socioculturels en réalisant divers reportages traitant des difficultés rencontrées par la communauté subsaharienne et des moyens mis en œuvre par la Belgique pour encadrer les jeunes Africains en leur permettant de s'exprimer librement dans le respect de l'autre. 8

Kodjo Degbey dans son bureau à Bruxelles.

En quoi consiste exactement le projet Bel’Afrika Media ?   C’est la première web TV afro-caribéenne et européenne en Belgique. Elle offre un espace aux nouveaux arrivants, aux personnes issues de la diaspora, mais aussi aux belges et européens voulant apprendre et s'exprimer à travers la vidéo. Quel est votre rôle au sein de l’asbl ?   Je suis le fondateur et manager du projet Bel’Afrika Media. De plus, je réalise aussi des centaines de productions vidéo pour le web TV. En 2012, j'ai acquis mon statut d'artiste réalisateur vidéo et je travaille depuis sous une couverture d'intermittent. Pour information, je ne publie que les vidéos que je réalise moi-même ou avec l’aide occasionnelle de stagiaires ou volontaires (tous les détails à ce sujet se trouvent dans le générique de fin des vidéos).


« Mon objectif majeur est de démystifier les stéréotypes, les préjugés et d'élargir la visibilité des actions africaines »

Pourquoi avoir opté pour une web TV ?   Le choix d’une web TV était pertinent car l'interaction aujourd'hui se passe sur internet. Issu de l'immigration et riche d'une prolifique expérience après, mon objectif majeur est de démystifier les stéréotypes, les préjugés et d'élargir la visibilité des actions africaines à travers cet outil de communication. Je souhaite aussi montrer d'une manière positive la présence et la participation citoyenne de la communauté migrante dans la société belge. J'ai donc développé ce moyen de communication et d'échange et le mets à la disposition des entreprises et des particuliers qui désirent se présenter, présenter leur travail ou couvrir des événements importants. Grâce à Bel’Afrika Media Web TV, ils peuvent désormais le faire par le biais de la vidéo de façon personnalisée et attractive. De nos jours, de plus en plus d'entreprises font appel à la vidéo pour véhiculer l'information ou pour accentuer leur visibilité sur le média internet.

Quel est le but avéré de Bel’Afrika Media ?   Bel'Afrika Media a pour vocation d'assister et d'apporter son soutien à plusieurs associations socioculturelles ainsi qu’aux institutions qui travaillent pour et avec les Africains, en diffusant et en partageant les activités afrocaribéennes de Bruxelles avec les communautés d'ici et d'ailleurs. L’asbl garantit une couverture médiatique que ce soit autour de l'intégration, des échanges culturels et éducatifs, des reportages, des documentaires, des portraits d'artistes et des promotions d'événements. Le but est donc de valoriser le multiculturalisme, la participation citoyenne et d’élargir la visibilité des actions de diverses communautés de migrants et des primo-arrivants, d’aborder les problématiques d'égalités hommesfemmes et la lutte contre la discrimination ou le racisme. Merci M. Degbey pour toutes ces précisions. Nous vous laissons volontiers le mot de la fin…   Nous souhaitons souvent revoir intégralement les moments forts de notre vie. Nous voulons les garder, pas seulement dans nos cœurs, mais nous voulons aussi pouvoir les revivre et les partager avec nos proches. Les images vivantes et chaleureuses de la vidéo nous donnent cette possibilité. Je travaille aujourd'hui de façon autonome (tournage et montage postproduction pour tous supports) et je dispose aussi d'un réseau de professionnels pour répondre à toutes les exigences. Vous désirez un renseignement ? N'hésitez pas à me contacter !

+ www.belafrikamedia.com @ manager@belafrika.be 9


ENTREPRENDRE

Les femmes dans les affaires

Par Cheryl Collins, fondatrice de WEW (Women Entrepreneurs Worldwide)

D 

es études ont montré que le succès des femmes qui lancent leur entreprise est dû à leur insatisfaction par rapport à leur carrière antérieure et au fait de travailler pour les autres. Souvent, ce désir inné d'être leur propre patron est la force motrice qui les a poussées à poursuivre leur démarche vers l’entrepreneuriat. De façon générale, les femmes entrepreneures sont plus satisfaites de leur vie tant professionnelle que personnelle.   En outre, en raison de ce cheminement typiquement féminin, les femmes entrepreneures entrent plus tard dans le monde de l'entreprise, généralement entre 40 et 60 ans. À cela s’ajoute une caractéristique importante que beaucoup de femmes entrepreneures à succès ont en commun : elles sont généralement diplômées de l'enseignement supérieur.   On peut également noter qu’elles ont tendance à offrir de meilleurs forfaits de prestations de soins de santé, de formations professionnelles et d'éducation et d’octroyer plus de vacances et de congés payés à leur personnel. Implications internationales   Dans une perspective à l’échelle mondiale, les femmes représentent environ un tiers des entrepreneurs. Une étude internationale récente a montré que les femmes des pays à faibles revenus ou intermédiaires (tels que la Russie et les Philippines) sont plus susceptibles d'entrer dans l'entrepreneuriat à un stade précoce que celles des pays à revenus élevés (comme la Belgique et la Suède). Le facteur déclenchant est sans doute le fait qu’elles cherchent souvent une solution supplémentaire de revenus pour elles-mêmes et leurs familles. Par contre, l’étude montre aussi que les femmes entrepreneures des pays à revenus élevés réussissent mieux à établir leurs entreprises que celles des 10

nations les plus pauvres, peut-être en raison de la plus grande disponibilité des ressources.   Comme précisé plus haut, les femmes qui ont suivis des études de l'enseignement supérieur sont plus susceptibles de mieux positionner leurs entreprises et de réussir. Ce qui prouve que l'apprentissage et l’expérience sont des outils universels dans toutes les cultures et contribuent grandement à la réussite globale de toute entreprise. Stratégie   Des études récentes indiquent également que les femmes entrepreneures se rassemblent en groupes ou confédérations afin de créer des réseaux solides de femmes d'affaires où les membres peuvent collectivement avoir accès aux ressources et à l’expertise. Les réseaux de femmes d'affaires sont également plus généreux dans leurs contributions philanthropiques. Au moins sept femmes chefs d’une nouvelle entreprise sur dix donnent de leur temps au moins une fois par mois à des causes communautaires connexes. En outre, 31% d'entre elles versent en moyenne 5.000 dollars par an à divers organismes de bienfaisance.   De plus, beaucoup d’entre elles ont conquis de nombreux secteurs qui étaient autrefois réservés uniquement aux hommes, comme la construction, la conception, la fabrication et l'architecture. C’est dans le secteur du commerce de détail que l’on trouve la plus grande part des entreprises appartenant à des femmes.   Un des avantages à travailler dans une entreprise gérée par une femme est que la main d'œuvre est plus équilibrée entre sexes. Les femmes sont en effet plus enclines à équilibrer les membres du personnel des deux sexes, composé en moyenne de 52% de femmes et 48% d'hommes. À titre de comparaison, la

plupart des entreprises gérées par des hommes ont souvent un effectif de plus de 65% d’hommes.   L’augmentation des femmes chefs d'entreprise au cours des dernières années est due en partie à la grande disponibilité de capital. D’autre part, les femmes entrepreneurs ont tendance à financer leurs startups via différentes sources de financement, y compris les finances bootstrap (démarrage d'une activité commerciale sur des fonds propres limités sans faire appel à des investisseurs extérieurs) et des prêts commerciaux.   Aujourd'hui, non seulement il y a plus de subventions et de prêts bancaires mis à la disposition des femmes entrepreneurs, mais il y a aussi d'autres


Aujourd'hui, de plus en plus de femmes se libèrent des rôles traditionnels propres à leur sexe et s'aventurent dans le monde des affaires. Non seulement elles occupent des postes élevés dans des entreprises, mais sont aussi des entrepreneures qui possèdent près de la moitié de toutes les entreprises aux États-Unis et en Europe. La hausse constante des femmes chefs d'entreprise est due à diverses raisons, la principale étant qu’elles ont les mêmes potentiels que leurs homologues masculins. Aujourd’hui, une femme adulte sur onze est une entrepreneure. Les femmes propriétaires d'entreprises contribuent à l'emploi global de 18 millions de travailleurs et génèrent au minimum 2 à 3 milliards de dollars en revenus de l'économie formelle. l'entrepreneuriat est dû à l'immense implication qu'elle voue à son travail. Beaucoup de femmes n'ont pas peur de prendre des risques et sont deux fois plus susceptibles d’aller au-delà des risques moyens que leur équivalent masculin. Elles ont des idées d'affaires diversifiées et cherchent à les partager avec d'autres personnes qui pourraient bénéficier de leurs découvertes.   Un autre facteur de motivation est le désir de contrôler. Être leur propre patron et exploiter leur propre entreprise est une perspective qu’elle ne pourrait envisager si elles travaillaient pour un patron.   Enfin, elles ont tendance à équilibrer leur vie de famille et leur carrière. Il n'est pas étonnant que beaucoup de femmes entrepreneurs à succès aient une étonnante capacité à effectuer plusieurs tâches.

solutions spécialisées dans l’apport de fonds de démarrage pour femmes propriétaires d'entreprise.   Cependant, malgré les réalisations récentes, la recherche montre qu'il est encore difficile pour les femmes de couleur d'avoir accès à un financement de démarrage. Selon une récente étude sur les femmes entrepreneures, environ 60% des propriétaires d'entreprises caucasiennes ont réussi à obtenir un crédit bancaire, contre 50% des hispaniques, 45% des asiatiques, 42% des indiens d'amérique et 38% des afro-américaines. Motivation   Une grande partie de la motivation d'une femme d'affaires de poursuivre

Les défis actuels   Même si l'entrepreneuriat féminin et la formation de réseaux de femmes d'affaires est en hausse constante, il y a encore beaucoup de femmes qui ne vont pas jusqu'au bout de leur projet. Les causes principales sont : la peur de la dette associée au démarrage, le manque des ressources disponibles et le manque de soutien de leur entourage. Comme mentionné précédemment, si une femme entrepreneure croit vraiment en ses idées, alors elle cherchera tous les moyens pour aller de l'avant afin de commercialiser son concept.   Un autre défi est sans doute leur manque de connaissances et compétences en matière de technologies de l'information et des affaires. L'entrepreneuriat nécessite un apprentissage. Même les propriétaires d'entreprises florissantes continuent d’apprendre tout au long du développement de leur entreprise.   Enfin, le défi majeur est d’arriver

à dépasser cette idée reçue que l'entrepreneuriat est un domaine majoritairement dominé par les hommes. C’est pourtant un fait avéré, le monde compte de plus en plus de femmes propriétaires de leur propre entreprise. Les perspectives d'avenir   Les prévisions prometteuses pour les femmes chefs d'entreprise sont nombreuses dans un proche avenir. Plus des coalitions seront formées entre femmes entrepreneures pour permettre la création de réseaux professionnels de femmes et s'épanouir dans le monde des affaires, plus elles s’engageront dans l’entrepreunariat.   Conclusion les femmes entrepreneures deviennent une force motrice importante dans le monde des affaires d'aujourd'hui. Non seulement elles sont en mesure de concilier la maternité et l'entrepreneuriat, mais elles détiennent également près du tiers de toutes les entreprises dans le monde. Si la majorité des femmes chefs d'entreprise ont entre 40 et 60 ans c’est parce qu'elles ont eu une carrière dans d'autres domaines avant de lancer leur propre entreprise. Leur objectif principal n'est pas la récompense financière mais plutôt la satisfaction personnelle et la participation communautaire. Beaucoup d'entre elles sont formées et se rassemblent en réseaux afin d’échanger leurs idées au sein du monde des affaires.   Plus que jamais, les femmes entrepreneures ont également plus facilement accès au capital. Malgré cela, de nombreuses femmes sont intimidées et n’osent pas encore aller de l'avant. Ceci dit, grâce à toutes les prérogatives précédemment citées et l’évolution des technologies et d’internet, de plus en plus d’entre elles finiront par se lancer dans l’aventure de l’entreprenariat.

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MANAGER

Votre entreprise s’apprête à engager son premier employé ? Lisez nos conseils avant d’agir par J. Santos

tivation ; vous devez prendre connaissance des deux documents parallèlement pour vous faire une idée optimale du candidat. A-t-il bien toutes les qualifications et compétences nécessaires reprises dans le descriptif du poste à pourvoir ? Vous semble-t-il y avoir un souci à la lecture de la lettre et/ou du CV ? Des incohérences ? Soyez très vigilent et méticuleux dans cette première analyse.

Le temps est venu pour votre entreprise d’engager son premier employé. Tout d’abord, vous devez vous assurer d’embaucher la bonne personne. En tant que responsable d’une petite entreprise, l’engagement d’un employé pour vous assister dans une partie de la gestion de celle-ci est très tentant mais peut aussi faire peur. Voici quelques conseils recueillis auprès de différents entrepreneurs interrogés qui vous permettront d’éviter des problèmes et des frais inutiles. Établir un descriptif du poste   Avant de vous mettre à la recherche du candidat idéal, il est nécessaire de se poser et d’établir une description claire du poste à pourvoir. Vous devez donc rédiger une présentation détaillée de la mission que vous proposez ainsi que les compétences nécessaires pour remplir la fonction (diplômes, expérience, aptitudes spécifiques, etc.). Ce n’est qu’une fois cette démarche effectuée que vous serez prêt à proposer le poste sur le marché de l’emploi. Rédiger le règlement de travail et la politique intérieure de votre entreprise   Il est important d’établir un règlement de travail qui vous fera économiser du temps et de l’argent. Vous devez pour ce faire passer en revue et énumérer les différents avantages et conditions de 12

votre politique interne d’entreprise. Par exemple, comment vous comptez gérer les absences pour maladie, la durée des vacances, les horaires de prestations, la gestion des heures supplémentaires, etc. Vous pouvez vous inspirer d’un règlement de travail existant mais vous devez impérativement l’adapter à votre propre entreprise en tenant également compte des lois qui s’y rapportent. Il s’agit réellement d’une étape sérieuse à ne pas négliger. Enfin, il est indispensable d’établir ce règlement de travail par écrit avant de commencer toute recherche de personnel. L’employé doit en recevoir un exemplaire lors de son engagement. Examiner les candidatures   Il est nécessaire de prendre le temps d’examiner toutes les candidatures et CV que vous recevez. Ne vous contentez pas de ne lire que le CV ou la lettre de mo-

Préparer l’entretien d’embauche   Suite à la lecture des candidatures, vous serez amené à sélectionner plusieurs candidats et à les rencontrer en entretien individuel. Une fois de plus, une préparation est nécessaire avant de commencer à les recevoir. Vous devrez leur poser les bonnes questions et tenir compte des questions que vous n’êtes pas légalement autorisé à lui poser. Pour en prendre connaissance, consultez le Ministère de l’emploi. Vérifier les références des candidats   Une fois le premier entretien passé avec les candidats, vous allez déterminer ceux qui vous semblent correspondre au poste. N’hésitez pas à prendre contact avec leurs anciens employeurs et/ou personnes de référence proposées. Vous aurez au préalable demandé à chaque candidat concerné s’il donne son accord pour que vous les contactiez. Vous bénéficierez ainsi de l’avis d’autres personnes à propos des candidats qui ont retenus votre attention. Prévoir une période d’essai   Ca y est ! Vous avez trouvé le candidat que vous cherchiez. Il est important de prévoir une période d’essai (généralement 90 jours) afin de confirmer que le candidat convient effectivement au poste, et ceci, tant dans votre intérêt que dans celui du candidat. Cette clause doit également apparaître dans le règlement et le contrat de travail. Grâce à la période d’essai, dans le cas où la personne ne convient pas, vous pourrez vous en séparer avant la fin de cette période sans risque de problèmes.


Les avantages du remue-méninge

par Julia Benson

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n tant que propriétaire d'une entreprise, il y a beaucoup de choses que nous apprenons, surtout lorsque nous nous dirigeons vers des nouveaux défis !   Quand quelqu'un a suggéré que je fasse des groupes de réflexion, j'ai pensé : « Pourquoi ? C'est si facile ! Qui donc paierait pour une telle chose ? Tout le monde sait comment faire un brainstorming ou remue-méninge. »   Mais voici ce que j'ai appris. Le brainstorming ou remue-méninges est un art et, pour certains, une réelle compétence acquise. Il doit être bien planifié, orchestré, minuté, précis et très ciblé. Le but étant de dégager les meilleures idées dans la masse d’informations récoltées.   Il y a plusieurs années un de mes amis se débattait avec son entreprise. Il vivait seul, avait son bureau à son domicile et s’est très vite retrouvé isolé. Je lui ai suggéré de demander de l'aide, de trouver quelqu'un avec qui, il pourrait partager des idées et éventuellement

de chercher des partenariats. Sa réponse fût : « Non, je dois le faire tout seul sinon je ne pourrai pas mesurer mon succès. »   Si vous avez un don ne pensezvous pas qu’il est intéressant de le partager ? Le regard des autres est essentiel pour que vos idées prennent tout leur sens. Ouvrezvous à la réception et ne soyez pas gêné de demander de l'aide.   Lors d’une séance de réflexion, faites attention et concentrez-vous bien sur la question qui vous est posée. Si la question n'est pas assez précise demandez plus de précision ou sa reformulation. Écoutez bien les questions et les idées qui fusent au sein du groupe. C'est incroyable ce que vous apprendrez au travers des questions et réponses des participants.   En résumé, laissez le brainstorming ou remue-méninge améliorer votre entreprise, lui donner de l'énergie et de l'inspiration. Et surtout, amusez-vous !

Si vous vous fermez aux nouvelles idées, au travail d'équipe et aux éventuels partenariats, vous amènerez votre entreprise dans une impasse, la privant ainsi de source d’inspiration, de créativité et du plaisir que procure l’évolution.

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MANAGER

Europe – Afrique

Les relations commerciales PAR John Clancy & Helene Banner

Le commissaire européen au commerce, Karel De Gucht en visite au Kenya, en Namibie, au Botswana et en Afrique du Sud. « L'Afrique subsaharienne est aujourd'hui l'une des régions les plus dynamiques au monde, tandis que l'Union Européenne, avec ses 500 millions de consommateurs, est le plus grand marché du monde. Il y a de grandes opportunités à saisir des deux côtés », a déclaré le commissaire Karel De Gucht. « Un accord de partenariat économique (APE) peut fournir un cadre à l'approfondissement des liens commerciaux entre l'UE et l'Afrique, dont la proximité géographique peut être transformée en un avantage commercial distinct par le biais du commerce et de création d'emplois. J'espère que cette visite permettra d'approfondir le dialogue sur les APE et d'autres questions d'intérêt commun tels que les négociations commerciales multilatérales », a ajouté le commissaire européen.   Afin de renforcer les relations commerciales et préparer le terrain pour la conclusion des APE dans un avenir prévisible, le commissaire De Gucht rencontrera les ministres du commerce de quatre pays : Mme Phyllis Kandie au Kenya, M. Calle Schlettwein en Namibie, Mme Dorcas Makgato-Malesu au Botswana et M. Rob Davies en Afrique du Sud. Il a également participé au sixième Sommet UE-Afrique du Sud  annuel qui s’est tenu à Pretoria le 18 Juillet 2013.   Sur base de l'Accord de Cotonou si14

gné en 2000, les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP), organisés en groupements régionaux auto-définis, et l'UE ont pu aborder la négociation d'accords de partenariat économique. Ces ententes visent à assurer le libre accès au marché de l'UE, ainsi que d'autres dispositions (par exemple sur les normes d'hygiène et de santé, et d'autres règles liées au commerce) adaptées aux besoins des pays ACP.   À ce jour, il y a trois APE en cours de réalisation : un avec la région des Caraïbes (CARIFORUM), un autre avec la région du Pacifique (Papouasie-Nouvelle-Guinée et les îles Fidji, seul la Papouasie est concernée) et un troisième avec l'Afrique orientale et australe (ESA, dont le Zimbabwe et trois des quatre pays de l'océan Indien : le Madagascar, l’ile Maurice et les Seychelles).   Les négociations sur les APE visent à établir des partenariats stables et durables fondés sur le commerce réciproque mais laissant suffisamment d’amplitude pour prendre en compte les besoins de développement des partenaires APE de l'UE.

liards d’euros en 2012. Les principales exportations du Kenya vers l'UE sont les fleurs coupées fraîches, le thé, le café et les légumes, surtout les pois et les haricots.   Le Botswana, la Namibie et l'Afrique du Sud sont en train de négocier un accord de partenariat économique régional avec l'UE dans le cadre de la Southern African Development Community (SADC) Groupe EPA, qui comprend également l'Angola, le Lesotho, le Mozambique et le Swaziland. Le commerce entre l'UE et l'Afrique du Sud est actuellement régi par l'Accord de commerce, de développement et de coopération (ACDC) signé en 1999. En mettant en œuvre un accord de partenariat économique avec l'UE, le Botswana et la Namibie peuvent assurer la franchise de droits et de contingents au marché de l'UE.   Les trois pays d'Afrique australe sont riches en ressources naturelles et l'exportation de diamants (Botswana, Afrique du Sud), l'uranium (Namibie), le platine (Afrique du Sud) et d'autres produits vers l'UE. Ils sont forts dans les

L'Afrique subsaharienne est aujourd'hui l'une des régions les plus dynamiques au monde, tandis que l'Union Européenne, avec ses 500 millions de consommateurs, est le plus grand marché du monde. Il y a de grandes opportunités à saisir des deux côtés.   Le Kenya négocie un APE avec l'UE en tant que membre de la Communauté d'Afrique de l'Est, avec le Burundi, le Rwanda, la Tanzanie et l'Ouganda. L'UE est le premier partenaire commercial du Kenya, représentant environ 25 % du total des exportations du pays – plus d’un milliard d’euros par an. Les échanges réciproques de marchandises entre l’UE et le Kenya n'ont cessé de croître au cours des dernières années, pour atteindre plus de 2,5 mil-

secteurs exportateurs tels que le bœuf (Namibie, Botswana), la pêche (Namibie) et les raisins de table (Namibie). L'Afrique du Sud est aussi un secteur agroalimentaire important dans l’exportation de vin, de sucre, des agrumes et autres fruits.   L'UE exporte une large gamme de produits pour les pays du groupe SADC APE, y compris des véhicules, machines, équipements électriques, produits pharmaceutiques et aliments trans-


formés. Dans l'ensemble, le commerce entre l'UE et le groupe APE de la SADC est dominé par les échanges avec l'Afrique du Sud, la plus grande économie de la région et au-delà. La totalité du commerce bilatéral entre l’Afrique du Sud et l’UE a augmenté de plus de 75 % depuis 2000 et s'élevait à 46 milliards d’euros l'an dernier. Au fil des années, le commerce entre l'UE et l'Afrique du Sud s’été équilibré.

L’Afrique

grandit

L’Afrique du Sud est également un acteur majeur dans le secteur des services en Afrique, avec une forte présence dans les services financiers, les hôtels, les télécommunications, le secteur bancaire, le tourisme, la restauration, les transports, etc. Le commerce de services avec l'Union européenne a donc également vu ses chiffres fortement augmenter.   Les pays ACP sont divisés en sept

régions : cinq en Afrique, une dans les Caraïbes et une dans le Pacifique. Cela permet aux APE de tenir pleinement compte des particularités de chaque pays. Les pays ACP c’est : 1,35 milliard de personnes, 20,1% du total des terres émergées de la planète, 80 milliards d’euros issus du commerce (2007), dont 40,2 milliards d’euros d'importation de l’UE vers les pays ACP et 39,7 milliards pour l'exportation.

L’Afrique est actuellement le continent qui se développe le plus rapidement dans le monde. C’est le constat issu du Rapport annuel sur l’efficacité du développement 2013 de la Banque africaine de développement (BAD).

PAR Teddy Tenda & Godens Ki

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e rapport, qui vient d’être publié, explique que cette croissance provient principalement de l’amélioration de la gouvernance économique sur le continent et dans le secteur privé. Il y est notamment précisé que « la croissance économique de l’Afrique n’aurait pas été possible sans une amélioration majeure au sein de la gouvernance économique. Plus des deux tiers du continent a enregistré une amélioration globale de la qualité de la gouvernance économique au cours de ces dernières années, avec une capacité accrue d’offrir des opportunités économiques et des services de base ».   Le rapport montre par exemple que les coûts de démarrage d’une entreprise ont chuté de plus de deux tiers au cours des sept dernières années, tandis que les retards de démarrage d’une entreprise ont été réduits de moitié. Il explique que le secteur privé est devenu le principal moteur de croissance car le continent continue d’améliorer son climat des affaires. Cette croissance est de plus en plus entraînée par la demande interne. « Ce progrès a permis une croissance au niveau du commerce et de l’investissement, le taux annuel de l’investissement étranger ayant quintuplé depuis 2000. À l’avenir, des progrès dans des domaines tels que l’accès au financement et la qualité des infrastructures devraient permettre d’améliorer la compétitivité globale de l’Afrique », signale le rapport.

  Il ajoute qu’une plus grande intégration économique régionale sur le continent permettra d’améliorer les perspectives de croissance en donnant l’opportunité aux producteurs africains de construire des chaînes de valeurs régionales, de réaliser des économies d’échelle, d’accroître le commerce intra-africain et de devenir compétitifs au niveau international. Ces dernières années ont vu des progrès dans cette direction, y compris le lancement d’organisations régionales pour gérer des pools énergétiques régionaux et des bassins d’eau.   Cependant, l’insuffisance des infrastructures africaines demeure une contrainte majeure à la croissance et au développement économique du continent. Le rapport préconise un renforcement de l’investissement dans ce domaine : « L’Afrique investit actuellement seulement 4 % de son PIB collectif en infrastructure. À titre comparatif, cet investissement est de 14 % en Chine.  Bien que l’infrastructure durable implique des investissements initiaux importants, cela s’avèrera rentable à long terme ».   Selon le rapport, la croissance dans les pays à faible revenu du continent a dépassé 4,5 % en 2012 et devrait dépasser les 5,5  % dans les années à venir. Le PIB collectif de l’Afrique a atteint 953 milliards de dollars tandis que le nombre de pays à revenu moyen sur le

continent est passé à 26 sur un total de 54. « La forte croissance économique a fait d’importantes incursions dans la pauvreté monétaire. La part de la population vivant en-dessous du seuil de pauvreté a chuté de 51 à 39 %. Quelque 350 millions d’africains gagnent actuellement entre 2 et 20 dollars par jour. La classe moyenne est de plus en plus un marché actif de consommation », indique le rapport.   Il met toutefois en garde. Malgré cette croissance, des disparités importantes existent encore sur le continent africain. « Le défi sera de lutter contre l’inégalité continue de sorte que tous les africains, y compris ceux vivant dans les communautés rurales isolées, les quartiers défavorisés et les états fragiles, soient en mesure de profiter de cette croissance économique. Poursuivre un programme de croissance inclusive et durable est essentiel pour réduire ces inégalités », souligne le rapport.   Il ajoute : « l’exploitation du pétrole et des minéraux est devenu une source majeure de croissance économique pour un nombre croissant de pays africains. Mais ces actifs doivent être gérés efficacement et être utilisés d’une manière responsable et transparente. »   Ce rapport annuel donne un aperçu des réalisations et tendances du développement de l’Afrique et examine la contribution aux résultats de développement sur le continent de la BAD.

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MANAGER

promouvoir l’afrique

PAR Fred Swaniker

en reNforÇant ses jeunes

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Fred Swaniker, jeune entrepreneur d'origine ghanéenne, est consultant en affaires et fondateur de l'African Leadership Academy (ALA) qui recrute des étudiants exceptionnels de toute l'Afrique et les prépare à un avenir de leadership.

Pour réorienter l'Afrique vers un succès croissant d'équité et de stabilité, nous devons autonomiser sa plus grande ressource inexploitée : sa jeunesse ! 16

ujourd'hui, l'Afrique se trouve dans une situation précaire, le chômage des jeunes est trois fois supérieur à la moyenne globale du continent. La Banque mondiale a constaté que les jeunes de moins de 25 ans représentent les trois cinquièmes de la population au chômage en Afrique sub-saharienne. 72 % de la population des jeunes vit avec moins de deux dollars par jour.   Pour aider leurs familles, 30 % des enfants âgés de 5 à 14 ans sont contraints de travailler, les privant ainsi d'une instruction qui pourrait briser les cycles de la pauvreté intergénérationnelle de leurs familles.   Le jeune chômeur africain moyen a environ 18 ans et vit dans une zone rurale. Aider la jeunesse africaine à valoriser ses compétences et à canaliser son énergie stimulerait la croissance économique du continent.   Je me mets souvent dans la peau de ce jeune chômeur, plein de promesses, mais avec peu d'occasions de réaliser ses projets. Sa génération est la plus branchée sur le monde extérieur que le continent n’ait jamais connu. Bien qu'ils puissent voir le progrès social et économique ailleurs dans le monde, ces jeunes sont en grande partie exclus de ce progrès.   Lui offrir une éducation de qualité est essentiel pour sa réussite. Cependant, seuls les deux tiers des jeunes qui entrent à l'école primaire en sortent avec un diplôme, et seulement 10 % des étudiants africains poursuivent des études supérieures. Même quand il obtient son diplôme universitaire, le jeune a du mal à trouver un emploi qualifié en Afrique, ce qui explique pourquoi le continent perd environ vingt mille travailleurs qualifiés chaque année au profit de zones économiquement plus développées.   Autrement dit, l'Afrique est assise sur une bombe à retardement si elle ne crée pas ses propres emplois. Ce qui pourrait parfaitement se réaliser grâce à l'ingéniosité, les capacités et compétences de son propre peuple. Il est de notre devoir en tant que dirigeants de veiller à ce que des millions de jeunes aient un travail décent. Il est important aussi de garantir l’intelligence entrepreneuriale.   La façon dont nous éduquons nos jeunes fera toute la différence. L’entrepreneuriat doit être une partie inté-


Trouver des occasions d’entreprenariat pour les jeunes est un défi critique pour l'Afrique. 62 % de la population, soit plus de 600 millions de jeunes, est âgée de moins de 25 ans. Il est impératif que l'Afrique tire parti des talents et de l'énergie de sa jeunesse afin d’engendrer une croissance de la prospérité et de l'égalité. Ce qui permettrait d’éviter les risques latents de chômage et d'instabilité sociale.

grante de l'éducation de tous les jeunes africains. Nous devons leur transmettre non seulement les compétences techniques de l'entrepreneuriat, mais aussi l'état d'esprit de l'entrepreneur à travers nos systèmes éducatifs formels et informels.   Pour relever ce défi, certains de mes collègues et moimême avons fondé l'African Leadership Academy (ALA) en Afrique du Sud pour former des milliers de créateurs d'emplois et résoudre des problèmes en Afrique. Cent jeunes dirigeants choisis parmi trois mille candidats issus de 48 pays du continent participent pendant un an à notre programme de formation.   Au centre de notre stratégie se trouvent le leadership et l'entrepreneuriat qui préparent chaque jeune chef d’entreprise à affronter de façon créative les défis les plus pressants du continent. Les participants apprennent à devenir des pionniers d’une Afrique moderne dans les affaires, la politique et les affaires sociales, en leur donnant un ensemble de modèles d'inspiration à suivre. Les jeunes chefs de file de l'ALA ont également accès au capital (sous forme de capital-risque ou micro-financement) pour les aider à transformer leurs propres concepts d'affaires dans la réalité. Au cours des quatre dernières années, 45 entreprises différentes ont été lancées. Ces petites entreprises seront un jour les racines de grandes entreprises qui aideront à créer des emplois pour nos jeunes sur le continent.   Notre philosophie est la suivante : si vous donnez à une jeune personne la chance de mettre ses mains dans le cambouis en tant qu'entrepreneur, vous la préparez à lancer des projets d'entreprise à plus grande échelle. Si vous ne me croyez pas, demandez à Mark Zuckerberg comment du petit projet informatique, lancé dans son dortoir de Harvard, il est arrivé à créer Facebook. Demandez à Michael Dell comment le petit projet qu'il a lancé pour assembler des ordinateurs à l'Université du Texas alors qu’il n’avait que 19 ans, a influencé ce qui allait devenir l'ordinateur Dell. Les 400 jeunes leaders actuellement dans le système ALA (sur le campus et dans des collèges à travers le monde) sont des exemples étonnants de ce que la jeunesse du continent peut faire avec de la bonne volonté, de l’expérience et des compétences.

Ce n'est pas un hasard si harambee est le mot swahili pour dire « tous ensemble » Le Harambee Youth Employment Accelerator  Le Harambee Youth Employment Accelerator en Afrique du Sud est un autre exemple prometteur de la façon dont les entreprises et les organismes sans but lucratif, travaillant ensemble, peuvent apporter les expériences nécessaires aux jeunes à haut potentiel pour réussir sur le marché. Harambee travaille avec des partenaires du secteur privé en Afrique du Sud, dont Hollard Insurance (une des plus grandes compagnies d'assurances en Afrique du Sud) et Nando (une grande chaîne de restaurants fastfood) afin de préparer et placer des jeunes travailleurs dans des emplois de niveau de base.   Ce n'est pas un hasard si harambee est le mot swahili pour dire « tous ensemble ». Pour réorienter l'Afrique vers un succès croissant d'équité et de stabilité, nous devons autonomiser sa plus grande ressource inexploitée du continent : sa jeunesse ! L'Afrique est connue comme le continent de l'or, du pétrole, du manganèse et des diamants, mais notre vraie richesse réside dans notre peuple, en particulier nos jeunes. C’est seulement en débloquant le potentiel de ce véritable trésor et en leur donnant une chance de travailler ou de créer leurs propres emplois que nous parviendrons à la prospérité. Ce que nos minéraux ont jusqu'ici échoué à fournir à notre continent.

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dossier

Oiseau migrateur

ou la désillusion du migrant par Carole Tchanmene

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e m’appelle Misère Espérance Victory, alias « Régine la magnifique ». Vu mon nom, il n’est pas étonnant que nombre d’histoires me tombent sur la tête ! Je me demande bien à quoi pensaient mes géniteurs quand ils m’ont affublé d’un pareil patronyme ?!   Tu te demandes pourquoi tu me lis ? Eh bien ! Peut-être parce que tu aimerais savoir ce que j’ai à te dire ?   Ah oui ! J’oubliais, de me présenter : Misère Espérance Victory. C’est plus fort que moi, il faut à chaque fois que je répète mon nom pour m’assurer que c’est bien le mien. Je ne devrais pourtant pas accorder autant d’importance à mon patronyme, moi qui ai passé tant de temps entre deux continents, découvrant des noms encore plus ridicules et délurés que le mien !   Mais laissons là ce problème du nom. Il y a plus intéressant. T’es-tu déjà demandé ce que serait ta vie si tu étais un oiseau migrateur ? Laisse-moi te dire que ce ne serait pas la joie. Pourquoi ? Ça tu vas vite le découvrir.   Avant d’aller plus loin, il faut d’abord que tu saches deux choses  : on ne devient pas oiseau migrateur, on naît oiseau migrateur ! Ensuite pour se défaire de cette condition, soit tu te cherches un beau pigeon avec qui tu roucoules jusqu’à la fin de tes jours, soit tu te fais couper les ailes et tu cesses de voler !   Tu ne saisis toujours pas le lien ? Ne vois-tu pas où je veux en venir ? Ce n’est pas grave, ça ne me vexe pas car vois-tu, en vingt ans de vie ici et là, j’ai appris à m’adapter à toutes les espèces ! Tu veux savoir ce qu’est un oiseau migrateur ? Si on se réfère au dictionnaire Larousse, il s’agit d’un oiseau qui se déplace au gré des saisons, entre deux zones géographiques distinctes ou entre deux habitats différents, propres à une même espèce. Ces oiseaux se déplacent soit pour avoir toujours la température la plus favorable quand arrive la mauvaise saison, soit pour se nourrir ou encore pour assurer leur reproduc18

tion. En gros cet oiseau est un oiseau qui doit bouger pour sauver sa peau ! Ils ne sont pas les seuls : les Hommes aussi. Certains en particulier : en effet, il y a un grand parallélisme entre cette espèce d’oiseaux et l’Homme africain.   Seulement voilà, les humains n’ont pas d’ailes pour voler… Cependant, ils disposent d’autres moyens: bateaux, voitures, avions, trains, etc. Assez intelligents pour comprendre que la voiture ne peut pas parcourir des kilomètres au-delà des océans, l’homme privilégie donc l’avion qui lui permet ainsi de voler lui aussi ! Cependant, seuls les oiseaux ayant du blé, ainsi qu’une puce prouvant qu’ils sont répertoriés dans le registre des espèces migratoires peuvent voler ! Moi, j’en fais partie. Les autres, ceux qui n’ont pas de blé, ne volent pas, ils prennent l’eau… euh… le bateau je veux dire.   Ceci dit, le bateau est devenu l’engin qui tue les oiseaux migrateurs africains pauvres en blé. La semaine dernière, j’ai entendu à la radio que beaucoup d’entre eux avaient péri près des côtes espagnoles en tentant de migrer illégalement (sans puce d’enregistrement).   Plus haut, je t’ai expliqué que les oiseaux migrateurs migrent vers les régions où la température leur est favorable, en général où il fait plus chaud. Une fois l’hiver passé, ils repartent vers leur point d’origine. Mais l’espèce dont je parle n’obéit pas à cette règle : « elle envahit ! » te diront certains autochtones. « C’est beau, c’est exotique et ça change ! » te diront d’autres.

  Alors que dois-je penser ou dire quand j’entends ce type me lancer : « Eh caille ! Mon parc soit tu l’aimes soit tu le quittes ! ». Je lui réponds : « Détrompetoi Monsieur, je ne suis pas une caille. Ton parc, je m’y suis fait mon nid et j’y reste ! ». Aïe, une erreur à ne pas commettre. S’il te plaît ne suit surtout pas mon exemple. Je suis un oiseau migrateur perdu ! Car j’ai oublié d’où je viens et comment y retourner. Engraissé par le bon blé plein d’OGM que je becte ici, je n’ose plus regarder en face la galère qui m’a poussé à migrer…   Quand ces oiseaux, retrouvent le chemin du retour, ils n’hésitent pas à dire à tout le monde : « Regardez comme je suis gras, comme mon plumage se rapporte à mon ramage. Ne suis-je pas attrayant avec ces ailes super tendances ? Vous pourriez avoir les mêmes ! Là-bas voyez-vous, il y a du blé partout ! Même les vieilles dames, elles vous en donnent gratuitement, avec un grand sourire ! ».   Seulement voilà, ce qu’ils ne disent pas c’est combien de fois ils ont été traités de « caille » et combien de leurs semblables ont laissé leur vie sans avoir vu la couleur de ce blé, ni combien errent dans le froid à la recherche de cette vieille dame gentille qui les accueillerait avec du blé.   Ne nous voilons pas la face, oiseau migrateur nous sommes, oiseau migrateur nous devons le rester car c’est en se rappelant d’où l’on vient que nous assurerons notre survie. Je suis un oiseau perdu mais tout n’est pas perdu pour moi.


Diaspora,

moteur de développement Par l’Organisation internationale pour les migrants photo George Yumbu

Diaspora, bâtisseuse de ponts entre pays d’accueils et pays d’origine.

Les communautés de la diaspora peuvent jouer un rôle crucial dans l'évolution des pays en développement grâce à leur expertise acquise à l'étranger, leur expérience et leurs transferts de fonds vers les pays d’origine.

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es personnes vivant à l'étranger peuvent apporter une contribution significative à l'amélioration de la situation dans leur pays d'origine. Lors d'une conférence de deux jours donnée par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), les délégations de quelque soixante pays ont discuté du potentiel de la diaspora dans le cadre de la politique de développement. Il s'agit du premier événement s’invitant à la plate-forme internationale pour la diaspora et ses représentants.   La délégation suisse était dirigée par Eduard Gnesa, ambassadeur spécial du DFAE (Département Fédéral des Affaires Etrangères) pour les migrations. Dans son discours, il a salué les contributions de la diaspora à la fois dans leur pays d'origine et à leur nouvelle patrie. Il a noté, par exemple, que sans les migrants, l'économie suisse subirait rapidement les effets de la crise.

  Comme les constructeurs de ponts, les migrants contribuent au développement de leur nouvelle patrie grâce à leurs connaissances, leurs talents et leurs relations. En parallèle, ils apportent une contribution importante au développement de leur ancienne patrie. En effet, les migrants envoient environ 19,6 milliards de dollars par an dans leur pays d'origine.   Selon le document de l'OIM publié en marge de la conférence, les migrants mobilisent des ressources pour le bénéfice de leurs pays d'origine et souvent aussi pour celle de leur nouvelle patrie, et ce, dans quatre domaines différents. Premièrement, en termes de ressources humaines, les migrants ont de nouvelles compétences et l'expérience du travail qui profite souvent au pays d'accueil. Deuxièmement, en termes de capital social, les migrants font de nouveaux contacts et développent de nouvelles relations réunissant ainsi des personnes d'horizons différents. Troisièmement, ils apportent des ressources économiques, par exemple en envoyant d'énormes sommes d'argent dans leur pays d'origine ou par la promotion du tourisme. Et quatrièmement, à travers des échanges culturels (par exemple, la cuisine, l'art et la littérature) qui enrichissent la vie d'innombrables personnes.   C’est une contribution de grande envergure qui justifie pleinement l'élaboration de programmes et de plans d'action afin de les intégrer en tant qu’acteurs dans les efforts de la coopération au développement.   Compte tenu de la large reconnaissance de ce potentiel, les états des quelques soixante pays, qui ont participé à la conférence de l'OIM les 18 et 19 Juin 2013 à Genève, étaient représentés par leurs ministres ou représentants des diasporas. L'agence suisse pour le développement et la coopération (DDC) a soutenu la conférence avec une contribution de 100.000 francs suisses (soit environ un tiers du coût total) auprès du programme mondial de la DDC.   Les décisions de la conférence de l'OIM doivent être incorporées dans un catalogue de mesures universelles. Sur cette base, des recommandations concrètes seront prises pour le Deuxième dialogue de haut niveau des Nations Unies sur les migrations et le développement, une conférence internationale prévue en octobre 2013.

Information issue d’un communiqué de presse de l’Organisation internationale pour les migrants, datée du 18 juin 2013. 19


dossier

Immigrés, associations et crise financière : Enjeux des sociétés européennes

par Andrea Gerstnerova (CEFIS Luxembourg) et Altay Manço (IRFAM Belgique) photo Andrea Gerstnerova

Par «  Afrique subsaharienne  », il faut entendre l’ensemble des pays africains situés au sud du Sahara. Dans le cadre de cette étude, les « Balkans  » correspondent à l’ensemble des pays de la péninsule au sud-est de l’Europe, à l’exception des pays membres de l’UE et de la Turquie, soit : l’Albanie et certaines Républiques issues de l’Ancienne Yougoslavie (Macédoine, Kosovo, Serbie, Monténégro, Bosnie). La recherche, soutenue par le Fond National de la Recherche du Luxembourg et le Programme Marie Curie de la Commission européenne (FP7COFUND)2, se base sur la réalisation et l’analyse de 331 entretiens, exécutés, entre décembre 2011 et juin 2013, au sein d’administrations locales et régionales, d’instituts de recherche, d’organisations non gouvernementales et d’associations de migrants 3. Cet ensemble comprend également de nombreux travailleurs immigrés qu’ils soient membres ou non d’associations.

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Cet article analyse les effets de la crise économique (2008-2013) sur les activités de solidarité internationale et d’intégration que suggèrent des associations de migrants situées au Grand-Duché de Luxembourg, en République Tchèque et en Belgique. Une attention particulière est accordée aux politiques d’intégration des pays d’accueil, en particulier au niveau local, qui considèrent ou non les associations de migrants comme des partenaires à part entière dans la lutte contre les répercussions de la crise financière sur les populations immigrées. Les communautés immigrées envisagées sont originaires de l’Afrique subsaharienne et des Balkans. Tendance des migrants à se recentrer sur leur milieu d’origine comme conséquence de l’exclusion.   L’intégration des migrants dans les structures de la société d’accueil ne dépend pas uniquement du capital humain dont ils disposent. Leurs chances d’y parvenir sont soumises au questionnement de leur milieu de départ, de leur appartenance ethnique. L’intégration des migrants est en général plus facile pour ceux qui sont originaires d’une culture proche de celle de la majorité des membres de la société d’accueil. La proximité culturelle affecte également l’intérêt des migrants à établir des réseaux sociaux avec leurs compatriotes au sein du pays d’accueil. Bien souvent, ces réseaux sont incarnés par des associations. Le dynamisme et l’efficacité de ces associations, leur capacité à aboutir aux buts sociaux qu’elles se sont assignés, sont parmi les facteurs favorisant le processus d’insertion des immigrés dans la société d’accueil.   D’après Froy et Giguère 4 (2007), ces milieux associatifs ressemblent à des circuits par lesquels transitent des informations, des opinions, des comportements, ainsi que des biens et des services. La singularité des réseaux et associations de migrants, contraire-

ment aux organisations non gouvernementales implantées en Europe, relève de leur appartenance à plusieurs sociétés civiles. À l’aide des repères du milieu d’origine, les migrants se familiarisent également avec les façons habituelles d’interagir avec les structures du pays d’accueil.   Toutefois, en contexte de crise financière5, établir des relations saines et solides entre communautés d’immigrés et société d’accueil se complexifie. La crise « attise plutôt les jalousies et la recherche de boucs émissaires » 6. La présence de 160 à 180 nationalités dans un même pays (comme le Luxembourg, la Belgique et la République tchèque) n’est pas perçue, durant cette période, en tant qu’opportunité de maintenir une double conscience et d’y puiser de nouvelles forces pour la cohabitation paisible de tous les groupes concernés ; souvent cela est ressenti comme une menace.   Suite au déclenchement de la crise, le nombre de chômeurs augmente en Europe et la qualité de l’emploi se dégrade. En avril 2013, avec plus de 26,5 millions de personnes sans emploi, le taux de chômage dans l’Union européenne s’élève à 11 %, selon Eurostat. La situation des migrants non européens


« La migration internationale est un phénomène continu et omniprésent qui, sous l’influence des changements socioéconomiques et démographiques, acquiert de nouvelles dimensions et formes. » 1 est en général plus dramatique que la situation des migrants en provenance des États membres de l’Union européenne. Moins de la moitié des personnes extra-européennes séjournant, par exemple, en Belgique (39,9 %) exercent une activité professionnelle selon le rapport 2012 sur l’écart salarial du gouvernement belge (SPF Économie).   La crise semble aussi avoir un impact majeur sur les politiques en matière de migration et de travail. Certains pays ont déjà pris des mesures pour réduire les flux d’entrée sur le territoire. Les gouvernements des États membres de l’UE répondent ainsi, entre autres, à la montée de la xénophobie au sein de la population majoritaire. D’ailleurs, « l’intensification de la lutte contre la xénophobie, le racisme et les crimes inspirés par la haine » était à l’ordre du jour de la réunion du Parlement européen du 12  mars  2013 (résolution  2013/2543 RSP).   La discrimination ouvre également la voie au développement de mondes parallèles : ce n’est que par le biais du renforcement du dialogue social et la mise en œuvre des mesures visant l’emploi précaire, le sous-emploi, les situations d’exploitation et le travail non déclaré que la société pourrait combattre les symptômes de la croissante segmentation des marchés, l’exclusion sociale et la pauvreté. Différences et ressemblances entre associations de migrants   La vie associative des migrants se ressemble plus qu’elle ne diffère : seulement huit dimensions observées présentent des nuances tandis qu’une vingtaine de dimensions présentent

des résultats quasi identiques entre les trois pays.   Les migrants subsahariens ont des besoins davantage basiques, à quoi ils doivent trouver réponse : survie, solidarité, là où les migrants balkaniques voient la vie associative comme un complément culturel de leur vie dans le pays d’accueil. Les ressources internes au pays d’installation ne semblent donc pas suffisantes pour résoudre l’ensemble des problèmes d’insertion que rencontrent les membres des communautés subsahariennes. Le statut social de la communauté semble prépondérant. Ce statut est déterminé par la combinaison de divers éléments caractérisant les membres des groupes immigrés comme : la profession, le revenu, le niveau d’éducation reconnu par le pays d’accueil, etc. « Ceux qui, par exemple, ont un bas niveau de formation ou de faibles qualifications professionnelles sont moins bien armés pour affronter les difficultés de la nouveauté et des particularités culturelles ou linguistiques » 7. D’ailleurs, plus la communauté immigrée est en survie, plus elle est considérée comme « exotique », plus elle a besoin de se réunir en association, car elle manque de relais vers la société d’accueil.   Avoir une « même origine » est souvent à la base de liens associatifs, même si l’identité linguistique et religieuse joue davantage pour les africains subsahariens que les populations des Balkans (à l’exception des Bosniaques musulmans au Luxembourg).   Les aides publiques aux associations de migrants sont en général rares et de faible volume. Dans la plupart des cas, ces aides ne prennent en considération que la dimension culturelle des

associations de migrants. « Le manque de moyens financiers ou humains, l’accent mis sur l’action locale font obstacle à la constitution de coordinations ou de réseaux à l’échelle nationale ou régionale » 8. La fédération de la vie associative des migrants est plutôt difficile. La coordination de cette vie associative donne parfois lieu à des phénomènes de concurrence. En comparant le Luxembourg, la République tchèque et la Belgique, le processus de fédération semble plus avancé dans les pays où l’immigration est déjà ancienne (Belgique).   En ce qui concerne les dimensions qui se ressemblent entre les trois pays d’observation, la grande majorité des associations rencontrées sont créées et animées par des personnes de la « première génération ». Les activités associatives analysées au Luxembourg, en Tchéquie et, dans une moindre mesure, en Belgique, se focalisent sur les préoccupations de personnes de la première génération de migrants : se rencontrer entre personnes de la même origine, de la même langue, de la même croyance, se solidariser autour de problèmes communs, échanger des ressources et informations, et également, soutenir le pays d’origine.   On observe que, souvent, les migrants n’abordent pas les associations en fonction de leurs objectifs sociaux déclarés, mais parce qu’ils recherchent des réponses à leurs difficultés personnelles. Aussi, le charisme du président ou du responsable de l’association contactée joue un rôle important dans la confiance accordée à la structure et la pérennité du lien entre l’association et son public. 21


dossier

« Le modèle associatif, fondé sur le bénévolat des compétences, accompagné par le professionnalisme de salariés représente une clé pour l’avenir. »12   Les associations de migrants rencontrées s’adressent rarement aux autorités publiques de leur pays d’établissement, selon les canaux prévus par ces autorités. Les raisons en sont diverses : la complexité des démarches, la faiblesse et l’inadéquation des retombées attendues, ainsi que la peur de perdre son autonomie. Les migrants subsahariens se contentent, dans la majorité des cas, d’associations de fait.   La vie associative est en général la plus riche dans les grandes villes où se trouve la majorité des migrants, ainsi que les services qui y sont dédiés. Associations de migrants comme facilitateurs d’intégration économique   Les préoccupations des associations de migrants ont changé durant la crise économique : les membres des associations sont avant tout et de manière logique, préoccupés par leur insertion et stabilité professionnelle.  La diversité socioculturelle des membres associatifs facilite l’ouverture des associations de migrants au-delà de leur communauté. Les associations de migrants qui s’ouvrent vers la société d’accueil réussissent mieux à combattre les problèmes liés à la discrimination, à la gestion de la diversité culturelle et obtiennent plus de reconnaissance sociale et de valorisation économique pour leurs membres de la part des structures du pays d’accueil. Si cette dimension peut rendre l’action associative plus réussie, ce surcroît d’efficacité semble néanmoins conditionné par le niveau d’instruction des membres. On observe une plus grande aisance des associations des Balkans à se constituer, se fédérer, se lier à des institutions du pays d’accueil (comme les entre22

prises où travaillent les migrants) et à mener des actions de solidarité auprès des familles immigrées. Ces migrants sont souvent propriétaires de biens immobiliers tant au pays d’accueil que d’origine. Cet indice de stabilité économique est également une possibilité d’investissement dont sont dépourvus pour de multiples raisons les immigrés africains.   Les difficultés relatives des associations de migrants subsahariens sont notamment dues à leur éclatement en un grand nombre de très petites associations nationales, à la précarité professionnelle de leurs membres, ainsi qu’à des préjugés et incompréhensions dont elles semblent être victimes.   Enfin, bien que les associations de migrants ne pensent pas avoir comme vocation de se positionner en tant qu’alternative à l’action publique en matière d’insertion socio-économique, on assiste à l’émergence d’un discours tant chez certaines autorités publiques qu’auprès de certains représentants associatifs mettant en avant la nécessité de les reconnaître comme interlocutrices formelles. Valorisation du rôle des associations et recommandations   Les associations de migrants sont des relais précieux tant pour les pouvoirs publics que pour les ONG dédiées à l’accueil et l’intégration des immigrés. Rarement elles sont reconnues et financées à la hauteur des attentes. En Europe continentale, selon Lacroix 9, « les relations entre associations de migrants et ONG sont de l’ordre, au mieux de l’intermédiation, au pire, de la subordination ».   Une autre suggestion pourrait être

de se centrer sur la question des droits des travailleurs et de l’apport des associations dans ce cadre, notamment en situation de crise et d’exploitation. Il faut encore souligner les dérives des politiques migratoires qui conduisent à l’émergence de réseaux infra légaux menaçant la cohésion et la solidarité sociales partout en Europe. Le rôle d’information des plateformes d’associations devient dès lors très important au sein des pays européens et entre ces pays et les pays d’origine. Ces fédérations doivent peser de tout leur poids sur la définition de nouvelles législations en termes de migrations et d’accès à l’emploi.   À ces propos, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) invite les gouvernements européens à mettre en place un programme de promotion de transferts collectifs par les associations de migrants pour améliorer l’infrastructure dans le pays d’origine 10. Et l’Organisation internationale du travail (OIT) propose aux gouvernements de renforcer leurs investissements dans la simplification des conditions d’entrée sur le marché du travail : « L’augmentation de ces investissements permettra d’amener les migrants sur le chemin vers la mobilité professionnelle ascendante et ainsi apporter des avantages à long terme à la société d’accueil » 11.   Les profils et les parcours des migrants sont tellement diversifiés, des solutions durables aux problèmes d’insertion et de cohabitation ne seront possibles qu’en articulant les efforts des États et les associations. L’officialisation des échanges avec les associations de migrants permettrait aux administrations des pays d’accueil de


Réfugiés africains en République tchèque, 2011.

mieux connaître leurs administrés hors Union européenne, de mieux cibler les mesures d’insertion sociale et professionnelle des migrants et de développer des programmes d’échange avec les pays d’origine. Tout cela demande une organisation qui est le contraire de l’amateurisme, une adaptation qui est le contraire de l’improvisation. «  La générosité spontanée des associations de migrants, par exemple, pourrait être démultipliée et rendue plus efficace en apportant des compétences indispensables. Le modèle associatif, fondé sur le bénévolat des compétences, accompagné par le professionnalisme de salariés représente une clé pour l’avenir » 12.

1. Siskova T. (2001), Mensiny a migranti v Ceske republice. My a oni v multikulturni spolecnosti 21.stoleti, Prague : Portal. 2. L’investigation est réalisée au sein du Centre d’étude et de formations interculturelles et sociales (CEFIS) à Luxembourg avec la participation de partenaires belge (IRFAM) et tchèque (l’Université Charles de Prague). 3. Source à paraître : Gerstnerova A. (2014), La vie associative des migrants en temps de crise : populations subsahariennes et balkaniques en Europe, Paris : L’Harmattan.

7. Conseil de l’Europe (1998), Les mesures et indicateurs d’intégration, Relations intercommunautaires. Direction des affaires sociales et de la santé. Éditions du Conseil de l’Europe. 8. Rygiel P. (2011), Politique et administration du genre en migration ; Mondes atlantiques, XIXe XXe siècles, Sciences Humaines & Sociales, Stadtschlaining : EPU. 9. Lacroix T. (2009), Migration, développement, codéveloppement : quels acteurs pour quels discours ?, Oxford : Université d’Oxford.

4. Froy F. et Giguère S. (2007), De l’immigration à l’intégration. Des solutions locales à un défi mondial, Paris : OCDE.

10. Dayton-Johnson J, Pfeiffer A., Schuettler K., Schwinn J. (2009), Migration And Employment, Promoting Pro-poor Growth : Employment, OECD Development centre.

5. La fin de l’année 2008 restera dans les mémoires comme la période où la crise financière s’est généralisée à l’ensemble de l’économie dite « réelle » (Chevallier, 2009).

11. Organisation internationale du travail (2012), The Labour Market Intergration of New Immigrants in Europe, Analysis and Policy Evaluation, Genève : IMO and MPI.

6. Kollwelter S. (2012), Il faudrait favoriser la mixité des associations, Luxembourg : L’essentiel, p. 7.

12. Mattei J.F. (2009), Humaniser la vie. France : Éditions Florent Massot.

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DoSSIeR

Migration, politique et entreprenariat Par liliane kissiMBa

cécile kashetu kyenge, née le 28 août 1964 au katanga en république démocratique du congo, mariée et mère de deux filles adolescentes est la première ministre d’origine africaine de l’histoire de la politique italienne. elle est ministre italienne de l’intégration.

s

a priorité, le droit du sol : « Je rencontrerai probablement des résistances, nous devrons beaucoup travailler pour y arriver », a-t-elle reconnu alors que la citoyenneté italienne est basée sur le droit du sang. « Un enfant, fils d'immigrés, qui est né ici et qui se forme ici doit être un citoyen italien. Il est également nécessaire de lutter contre la violence sexiste, raciste, homophobe et de toute autre nature », a-t-elle expliqué. Depuis sa nomination, madame Kyenge est souvent la cible d'actes racistes. La ministre d’origine congolaise a reçu le soutien du Premier Ministre italien face aux récentes attaques en son encontre. Enrico Letta déclare : « Chacun de nous doit se sentir offensé. Je me sens offensé. Cécile Kyenge mérite ma solidarité, celle du gouvernement et celle du pays. » Dans le discours d'ouverture du Forum Mondial sur la Migration et le Développement en juillet 2007, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Ban Kimoon a déclaré : « C’est un lieu commun de dire que nous vivons dans un village mondial. On perçoit moins bien que la mondialisation s’effectue par étapes. Nous en sommes à la deuxième étape : l’âge de la mobilité ». Il suffit de regarder autour 24

de vous pour vous rendre compte que nous vivons une période de grands changements à tous niveaux. Il y a quelques années, personne ne pouvait imaginer les Etats-Unis dirigés par un Afro-Américain. Aujourd’hui, c’est chose faite. Si on remonte encore plus loin dans le temps, il était impensable pour une femme de voter. Aujourd’hui, les femmes votent sans même se poser la question de comment elles y ont accès. Parfois quand je croise des enfants de migrants, qu’ils aient la peau blanche ou foncée, et que je les entends discuter dans la langue du pays d’accueil de leurs parents, je m’interroge : qui sontils vraiment ? Sont-ils d’ici ou d’un pays lointain qu’ils ne connaissent pas ? Aujourd'hui, les flux de migrations sont orientés aussi bien des pays en développement vers les pays développés que d'un pays développé vers un autre que d'un pays en développement vers un autre pays en développement (SudSud). L’immigration peut avoir une ou plusieurs raisons : professionnelle – mission de longue durée à l'étranger ou études – politique – réfugié fuyant les persécutions – sécuritaire, notamment en cas de guerre dans le pays d'origine, économique – les habitants de pays pauvres cherchant un meilleur niveau de vie dans les pays riches – personnelle – la volonté de s'installer dans un pays par choix, par attaches – familiale – le souhait de rejoindre le conjoint


La Grèce et ses immigrants par Andy Dabilis

l'enfant déjà installés – et fiscale, l'installation dans un pays offrant un niveau d'imposition moins élevé.   L’immigration peut permettre de faire face à un déficit des naissances ou encore assurer une quantité ou qualité de main-d'œuvre. L’immigration illégale va au-delà des souhaits des pays d’accueils et pose problème !   Les changements bousculent et irritent encore plus en cette période de crise. Au regard des pages précédentes, les changements doivent plus souvent être expliqués afin d’être mieux compris et intégrés. Dans le conte Oiseaux migrateurs, Régine la Magnifique explique les désillusions du migrant  : il n’existe pas de vieille dame souriante qui attend de recevoir le migrant chez elle. L’aide sociale quand à elle n’est pas un acquis et encore moins éternelle !   La responsabilité du migrant devrait être de s’intégrer, de se former autant qu’il peut et sans relâche et d’entreprendre une activité génératrice de finance.   Il est dit dans l’article Immigrés, associations et crise financière que les migrants ayant une culture proche de la culture du pays d’accueil s’intègrent mieux et que ceux qui créent des sociétés réduisent le chômage dans leurs communautés. Ils participent ainsi au développement du pays d’accueil et du pays d’origine par leur implication dans les deux pays.   Il serait donc temps pour les communautés subsahariennes de se repositionner, de privilégier l’entreprenariat et de sortir du cercle communautaire en favorisant d’autres rencontres au niveau communal, régional et international. Il est temps qu’elles prennent conscience de leur double rôle de passerelle entre leur pays d’accueil et leur pays d’origine.   C’est cette implication qui apportera des solutions aux problèmes d’immigration !

Le ministre grec de l’intérieur, Nikos Dendias, a déclaré que le pays continue d'être tellement submergé par des immigrants illégaux que d'autres pays de l'Union européenne devraient accueillir certains d'entre eux.

L 

ors du programme Hardtalk sur la BBC, il a déclaré que les immigrés en situation irrégulière en Grèce sont « un fardeau énorme pour notre société ». La Grèce a besoin de plus de soutien de l'UE qui offre une aide et supervise le programme de patrouille du Frontex (ndlr. du français « frontières extérieures » ou agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des états membres de l'Union européenne). «La pression qui pèse sur la société grecque et les systèmes qui supportent les immigrés sont énormes », affirme-t-il. « L'UE ne nous aide pas suffisamment. » Il a appelé à plus de financement de l'UE et à un accord de partage du nombre de migrants au sein de celle-ci. « La répartition doit être basée sur certains facteurs comme la superficie du pays, son PIB et sa population. Je ne crois pas qu'il y ait un seul citoyen européen qui pense qu’il est juste pour un petit pays avec une énorme crise économique, comme la Grèce, d’être accablé par 90 % de migrants en situation irrégulière pour l'ensemble de l'Europe. »   Il a défendu le programme Zeus Xenios, qui a vu des milliers de migrants arrêtés et fouillés depuis l'année dernière, en affirmant que trop d'immigrants ont traversé la frontière de la Grèce avec la Turquie et que le centre d'Athènes avait été « quasiment occupé » par les migrants. Il ajoute que le régime protège également les migrants qui ont été victimes de gangs.

Il rejette par contre les accusations selon lesquelles les migrants ont été maltraités par la police et a souligné que plus de 80.000 personnes ont été arrêtées. « Je me réjouis de toute procédure judiciaire contre les policiers impliqués. Ils seront punis conformément à la loi », a déclaré Dendias.   Il a également réfuté le fait que le gouvernement n'enquête pas sur les agressions racistes contre les immigrés. Certaines critiques sont perpétrées par le parti néo-nazi qui nie aussi ces allégations de son côté. « L'impunité n'existe pas », a-t-il répondu à son interlocuteur Gavin Estler, ajoutant qu'une unité de police spéciale a été mise en place pour faire face aux crimes racistes. Cependant, il précise qu'il s'inquiète de la présence croissante de la Golden Dawn (ndlr. parti politique grec d'extrême droite, souvent classé comme néo-nazi par la presse. Le parti en revanche nie explicitement cette appellation), affirmant qu’elle représente un danger pour la démocratie. Il a déclaré que le parti est de plus en plus populaire en raison de sa position anti-immigration lors de cette crise économique écrasante et que de nombreux grecs se sont tournés vers ce parti pour la protection qu’il représente et pour affirmer leur colère envers le gouvernement. Malgré les sondages qui prouvent que le parti croît entre 10 à 12 %, il affirme : « Je ne suis pas prêt à accepter qu'un dixième de la population grecque soit devenue néo-nazi ».

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AGIR

Journée mondiale contre

le travail des enfants

« Les gouvernements devraient mettre en avant le 12 Juin, journée mondiale contre le travail des enfants, en renforçant les protections juridiques pour les 15,5 millions d'enfants travailleurs domestiques à travers le monde », a déclaré Human Rights Watch (HRW), une ONG qui défend les droits humains et dont le siège se trouve aux États-Unis.

L 

es gouvernements devraient ratifier la convention de l'Organisation internationale du Travail (OIT) sur les travailleurs domestiques qui contient des dispositions spécifiques pour les enfants, y compris l'éducation et la protection contre la violence. Le thème de la  Journée mondiale contre le travail des enfants de cette année est : pas d’enfants dans le travail domestique. L’OIT estime que les enfants représentent près de 30 % des travailleurs domestiques à travers le monde et que 73 % d'entre eux sont des filles.  « Pour éliminer le travail des enfants, les gouvernements ne peuvent ignorer les enfants qui travaillent dans des maisons privées », a déclaré Jo Becker, directrice des droits de défense des enfants chez HRW. « Beaucoup de ces enfants sont payés un salaire de misère, voire pas du tout, et souffrent souvent d'abus et de surmenage. Les gouvernements peuvent aider ces enfants en ratifiant la Convention sur les travailleurs domestiques ».   En ratifiant cette convention, les gouvernements peuvent aider à mettre fin au travail domestique des enfants. Ils peuvent aussi faire en sorte que ceux qui ont atteint l’âge de travailler jouissent des mêmes droits que les autres travailleurs, comme un jour de congé hebdomadaire et un salaire minimum.   Depuis l'adoption de la Convention sur les travailleurs domestiques en juin 2011, sept pays – l’Uruguay, les Philippines, l'île Maurice, le Nicaragua, l'Italie, la Bolivie et le Paraguay – l’ont approuvée. D'autres œuvrent pour mettre leur législation nationale en conformité avec les normes de la convention. Par exemple, en mars, l'Argentine a adopté une nouvelle loi établissant l'âge minimum requis pour le travail domestique à 16 ans et l'établissement de limites strictes quant au nombre d'heures de travail pour les enfants entre 16 et 18 ans.

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  Les enquêtes de HRW ont montré que de nombreux enfants travailleurs domestiques prestent douze heures par jour ou plus, sept jours par semaine, pour des salaires très bas. Beaucoup ne sont jamais payés. Les tâches typiques incluent de préparer les repas, de nettoyer, de faire la vaisselle, la lessive, le repassage, les courses et de soigner les enfants ainsi que membres âgés de la famille de leur employeur.   Selon un nouveau rapport de l'OIT, près de la moitié des enfants travailleurs domestiques ont moins de 14 ans, parmi ceux-ci, 3,5 millions ont entre 5 et 11 ans. Certains employeurs cherchent délibérément des enfants pour le travail domestique, estimant qu'ils sont plus faciles à contrôler et peuvent être moins payés. La législation nationale fixant un âge minimum pour l'emploi n’est pas souvent appliquée pour le travail domestique, permettant ainsi aux employeurs d'exploiter des enfants sans poursuites. La convention de l'OIT concernant le travail décent pour les travailleurs domestiques, oblige les gouvernements à prendre des mesures


« Les enquêtes de HRW ont montré que de nombreux enfants travailleurs domestiques prestent douze heures par jour ou plus, sept jours par semaine, pour des salaires très bas. Beaucoup ne sont jamais payés. »

pour éliminer le travail des enfants dans les travaux domestiques et de fixer un âge minimum pour le travail domestique en conformité avec les normes internationales. La convention établit que les enfants travailleurs domestiques au-dessus de l'âge minimum requis ont les mêmes droits que les travailleurs des autres professions, y compris les repos journaliers, les jours de repos hebdomadaire, la limite de la durée du travail et un salaire minimum.   Les familles des zones rurales pauvres peuvent croire que le travail domestique dans une grande ville offre de meilleures conditions de vie à leur enfant et plus d’opportunités en termes d'éducation, d'emploi futur ou de mariage. Cependant, les enfants travailleurs domestiques sont souvent privés d'éducation. Le rapport d’une enquête du HRW en Indonésie confirme que sur 45 enfants travailleurs domestiques interrogés, un seul est scolarisé.   De plus, les enfants travailleurs domestiques ont souvent peu de contacts avec le monde extérieur et courent

un risque accru de violences physiques, sexuelles et psychologiques. Des études ont montré que 68 % des enfants employés comme domestiques interrogés en Inde et 56 % au Togo dénoncent la punition physique par leurs employeurs. La violence verbale – y compris les cris, les insultes et les menaces. « Les jeunes filles et les jeunes garçons sont extrêmement vulnérables à de nombreuses formes de harcèlement et d'abus, y compris la servitude et le trafic », a déclaré Becker. « Il est grand temps que les gouvernements cessent de négliger les droits de ces enfants marginalisés et se décident à les protéger ».   La convention exige également des gouvernements qu’ils veillent à ce que le travail domestique des enfants ayant dépassé l'âge minimum requis ne les prive pas pour autant de la scolarité obligatoire ou n’interfère pas avec la possibilité de faire des études ou de suivre une formation professionnelle. « La Convention sur les travailleurs domestiques protège les adultes et les enfants », a déclaré Becker. « Les gouvernements qui ratifient la convention introduiront des garanties essentielles qui peuvent améliorer la vie de millions d'enfants travailleurs domestiques ».

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AGIR

Le coltan et les viols

en République démocratique du Congo par nathalie carlier

Dans notre parution d’été 2013, nous vous présentions dans notre rubrique AGIR, les différentes actions des politiques belges et françaises contre les maltraitances faites aux femmes. Les femmes de l’est de la RDC souffrent depuis plus d’une décennie d’humiliation, de la barbarie de leurs bourreaux, d’opprobre et de la honte. Souvent lorsqu’elles sont violées, elles sont mutilées et rejetées de la société. Pourtant, c’est dans ces moments difficiles qu’elles ont besoin d’assistance et d’affection !

S 

abine, nous confie sa douleur et sa peine : elle a été violée en présence de son père. Ses agresseurs étaient armés et exigeaient du père de violer sa propre fille, sinon ils la tueraient. Il obéît, fût tué sur le champ et Sabine s’échappa. Depuis, elle ne peut plus regarder les gens en face ! Elle est la risée de tous, sa vie est brisée pour toujours. Semer la terreur et humilier est l’objectif de ces pillards de coltan et d’or.   Le coltan est souvent désigné comme le premier coupable des viols dans la région de guerre en RDC. Le coltan est un minerai de couleur noire ou brun-rouge contenant deux minéraux associés, la colombite et la tantalite. Le coltan se trouve en quantités commerciales en Afrique centrale, notamment en RDC dont la région du Kivu détient entre 60 et 80 % des réserves mondiales. Recherché pour sa résistance à la corrosion, le coltan intervient dans la production du tantale, utilisé dans la fabrication des condensateurs, des téléphones portables, des ordinateurs, de certaines consoles de jeux, etc.   Pendant que nous nous pressons d’acheter le dernier modèle de gadget électronique, les cris de douleur des femmes violées montent…, mais hélas personne pour apporter des solutions définitives, et radicales. Ces cris sont tellement lointains que nous ne nous sentons pas concernés, après tout en quoi serionsnous responsables ? Les cris et les pleurs de ces femmes et jeunes filles de l’est de la RDC se perdent dans le silence de l’oubli. Women Voices avance le chiffre de 1.150 femmes violées chaque jour en RDC. Imaginez-vous que chaque fois que vous envoyez un texto, une femme est violée et mutilée ! La création d’un Tribunal pénal international pour la RDC, serait une solution incontournable pour la paix et la justice dans la région des Grands Lacs.   Rama Yade, ancienne Secrétaire d’Etat chargée des affaires étrangères et des droits de l’homme, et 51 autres personnalités politiques féminines ainsi que d’éminentes professeures, pour la plupart de nationalité fran28

La création d’un Tribunal pénal international pour la RDC, serait une solution incontournable pour la paix et la justice dans la région des Grands Lacs çaise, ont signé, le 2 août 2013, une déclaration contre les viols comme arme de guerre et pour l'instauration d'un tribunal pénal international pour la République démocratique du Congo. Elles sont convaincues qu’il s’agit du seul moyen logique de lutter contre l'impunité de ceux qui violent et continuent de commanditer l’utilisation des viols comme arme de guerre en RDC et partout ailleurs. C'est le seul moyen efficient de tirer ces femmes violées des griffes de leurs bourreaux et aussi un facteur de paix durable en RDC. Nous publions ici le texte intégral de cet appel.


À M. François HOLLANDE, Président de la République française, à M. Barack OBAMA, Président des États-Unis d'Amérique, au Conseil de sécurité des Nations unies (présidence en exercice), à M. BAN-KI-MOON, secrétaire général des Nations unies, à M. VAN ROMPUY, président de l'Union européenne, à Mme Nkosazana DLAMINI-ZUMA, Présidente de la commission de l'Union africaine, à M. ABDOU DIOUF, secrétaire général de l'Organisation Internationale de la Francophonie, à Mme ROBINSON, envoyée spéciale des Nations unies dans la région des Grands lacs,

Mesdames, Messieurs,  D'indescriptibles horreurs, répertoriées dans le rapport dit mapping des Nations unies, se déroulent sans désemparer, à l'Est de la République Démocratique du Congo depuis 1994.   Marraines de cet appel, nous ne pouvons penser aux maux que souffrent les femmes à l'Est de ce pays sans avoir le cœur pénétré de la plus vive douleur, en nous représentant nos semblables, unies à nous par le triple lien d'humanité, des droits et de la francophonie, être traitées plus durement que ne le sont les bêtes de somme ;   Nous ne pouvons nous persuader qu'on puisse sans se gêner, faire usage de ressources stratégiques de la République Démocratique du Congo, si l'on faisait réflexion qu'elles ont été arrosées du sang et de la dignité de nos semblables, traitées comme si elles étaient quelque « chose » qui ressemble à des humains ;   Craignons avec raison que les générations futures, plus éclairées et plus philosophes, n'accusent les français, les européens et les américains de ce siècle, d'avoir été complices de barbarie, ce qui contraste avec les valeurs universelles sur lesquelles nous avons voulu fonder notre humanité.   Notre conscience nous dicte par conséquent de supplier toute conscience humaine, qui réprouve le traitement que subissent ces femmes du Congo, leurs familles et leur peuple, de signer cet appel. Pour que, de ces victimes, soient restaurés les droits à la vie, à la dignité et à la justice, et que, de leurs bourreaux, soit mis fin à l'impunité et les sanctionner de la manière la plus exemplaire mais aussi, de la manière aussi juste qu'équitable.   Au moment où le Conseil de sécurité ferme les portes du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) et celui d'ex-Yougoslavie (TPIY), qui ont considéré dans la jurisprudence Akayezu, ce type de viol, arme de guerre comme constitutif de crime contre l'humanité ou de génocide.

Nous demandons : 1) au Conseil de sécurité des Nations unies, ainsi qu'au secrétaire général, M. Ban Kimoon, de mettre en place, sans atermoiement, un Tribunal pénal international pour la RDC, chargé de poursuivre tous les crimes répertoriés dans le rapport mapping des Nations unies, en succession du TPIR à Arusha en République unies de Tanzanie. 2) à M. le président Obama, d'honorer son prix Nobel en adoptant dans la région, une politique qui prend en compte la dignité et l'humanité de ces femmes, 3) à M. le secrétaire général Abdou Diouf, d'actionner les valeurs de la francophonie que nous avons en partage pour que dans toutes les instances, les francophones défendent en bloc ces victimes en soutenant le présent appel, 4) à Mme la présidente Zuma, de puiser dans la sagesse et l'humanisme africains, la force nécessaire pour condamner et faire condamner l'humiliation et la douleur infligée à ces femmes de l'est du Congo et d'appuyer fortement cette exigence de justice au Conseil de sécurité. 5) à M. le président Van Rompuy, de recentrer la diplomatie européenne sur les valeurs qui fondent l'Europe — convaincre les États membres de s'abstenir de tout soutien sous quelque forme que ce soit, visant à couvrir ou garantir l'impunité aux bourreaux — et d'inviter les états membres à soutenir le présent appel. 6) à Mme Robinson et M. Ban Ki-moon, d'inscrire parmi les pistes prioritaires de recherche de solution de paix durable dans la région, la succession du TPIR / Arusha par le TPI pour la ROC. 7) aux dirigeantes et dirigeants du monde, quels que soient leur pays et l'institution qu'ils servent, d'arrêter tout encouragement et supprimer tous les avantages, privilèges et immunités consentis aux bourreaux.

8) à M. le Président Hollande ainsi qu'aux chefs des États membres du Conseil de sécurité des Nations unies, d'instruire leurs ambassadeurs siégeant au Conseil de sécurité, de porter à l'ordre du jour et de rappeler, semaine après semaine, la question de l'instauration d'un Tribunal pénal international pour la RDC en succession du TPIR/Arusha. Ne pas le faire, serait une discrimination à l'égard de la femme congolaise, un déni de justice internationale ainsi qu'un encouragement à commettre le génocide ou fémicide. Car en effet, après publication du rapport mapping et la multitude de rapports sur la situation de ces femmes, nul n'est plus fondé à prétendre n'avoir rien vu, rien su, ni rien entendu. 9) Parmi les signataires : François Héritier, professeure d'Anthropologie émérite au Collège de France, Mireille Delmas-Marty, professeure émérite de Droit au Collège de France, Monique Chemillier-Gendreau, professeure émérite de Droit à l'université Paris Diderot, Gisèle Halimi, avocate, Rama Yade, ancienne ministre, Roselyne Bachelot, ancienne ministre, Ingrid Betancourt, femme politique, François Gaspard, femme politique, Geneviève Fraisse, philosophe, Susan Georges, présidente d'honneur d'Attac... »

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AGIR

Malala Yousafzai :

« Ce qui les effraie le plus ? Une fille avec un livre ! » Par Rowaldo Frissen

L e droit à l’éducation est un droit fondamental pour chaque enfant, les jeunes d’aujourd’hui, seront des acteurs et des dirigeants de la société de demain d’où la nécessité d’un bon encadrement. Le droit à l’éducation est souvent bafoué pour des raisons de genre, de religion, de politique dans beaucoup des pays en voie de développement.

M 

alala Yousafzai, pakistanaise de 16  ans, avait été attaquée par les talibans dans un autocar scolaire, pour la punir de son combat pour le droit des jeunes filles à aller à l’école. Elle a remis au secrétaire général de l’ONU une pétition, signée par plus de 330.000 personnes, demandant aux 193 pays membres de financer les écoles et les enseignants. « Aujourd’hui n’est pas le jour de Malala, c’est le jour de toutes les femmes, de tous les garçons et de toutes les filles qui ont élevé la voix pour défendre leurs droits.  Je ne suis pas ici pour parler de revanche personnelle contre les talibans, je suis ici pour défendre le droit à l’éducation pour tous les enfants. »   Malala Yousafzai est aujourd’hui l’élève la plus connue de sa génération dans le monde. Elle a marqué son 16ème anniversaire en revendiquant les droits à l’éducation pour les enfants de sa génération aux Nations unies. L’adolescente est en lice cette année pour le Prix Nobel de la Paix.

L’éducation est un droit fondamental   Ban Ki-moon, Secrétaire général des Nations unies :  « L'éducation est un droit fondamental, un objectif du Millénaire pour le développement (OMD) et cruciale à la compréhension mutuelle et la citoyenneté mondiale. Beaucoup d'entre nous n'ont pas eu à apprendre à partir d'un livre. Jeune garçon, dans une Corée déchirée par la guerre, mon école a été détruite. Ma classe était en plein air sous un arbre. Nous avions peu à manger, mais nous avions faim d'apprendre. Nos parents et notre gouvernement connaissaient la valeur de l'éducation. Cette compréhension a transformé ma vie et de mon pays.   Dans la société de la connaissance d'aujourd'hui, l'éducation est le fondement de l'avenir que nous voulons : un monde sans pauvreté, sans violence, sans discrimination ou maladie. La construction de ce futur nécessitera une nouvelle action 30

concertée. C'est pourquoi, j'ai lancé la première initiative mondiale pour l'éducation, avec trois priorités : mettre tous les enfants à l'école, améliorer la qualité de l'apprentissage et préparer les enfants à grandir pour devenir des citoyens du monde.   Nous avons beaucoup de travail devant nous pour atteindre nos objectifs d'éducation. La population des jeunes d'aujourd'hui est la plus nombreuse de l'histoire. Nous devons tirer le meilleur parti de ce bassin de talents, d'énergies et d'idées. Pourtant, beaucoup vivent dans des pays en proie à des conflits. Plus de 120 millions de jeunes entre 15 et 24 ans ne maîtrisent pas les bases en lecture et en écriture, la majorité étant composée de jeunes femmes. Dans un marché du travail en évolution rapide, trop de jeunes quittent l'école sans les compétences nécessaires pour gagner leur vie.   Dans de trop nombreux endroits, des élèves comme Malala Yousafzai  et leurs enseignants sont menacés, agressés, voire


« Partout où je vais, je demande aux femmes et aux hommes ce que l'ONU peut faire pour eux. La réponse est très souvent le même : l'éducation. »

La jeune fille, devant une assistance émue à l’ONU, a lancé un appel en faveur des enfants du monde entier le 12 juillet 2013. tués. Par ces actions haineuses, les extrémistes ont montré que ce qui les effraie le plus c’est une fille avec un livre.   Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour garantir que les écoles soient des espaces d'apprentissage sûrs et sécurisés.   Lorsque les femmes et les jeunes filles sont instruites, elles accélèrent le développement de leurs familles et communautés. Pour chaque année supplémentaire de scolarité, une jeune fille augmente ses futurs bénéfices jusqu’à 20 %. De nombreuses autres statistiques soulignent l'importance de l'éducation. Les économies se développent. La santé s'améliore. Les nations prospèrent. Partout où je vais, je demande aux femmes et aux hommes ce que l'ONU peut faire pour eux. La réponse est très souvent le même : l'éducation. Dans

les camps de réfugiés, les gens me disent : ‹  Emmenez mes enfants à l'école ›. Dans les pays frappés par les séismes et autres catastrophes, les gens insistent en disant : ‹ Ne vous inquiétez pas pour moi, mais reconstruisez les écoles afin que mes enfants puissent apprendre ›. L'éducation est le chemin qui permet de sauver des vies, de bâtir la paix et l'autonomisation des jeunes. C'est la leçon que Malala et des millions d’autres comme elle cherchent à enseigner au monde. Les partenaires internationaux et les gouvernements se doivent d’écouter et d’agir.   Alors que la communauté internationale s'emploie à accélérer la réalisation des OMD et du programme de développement post-2015, nous devons nous assurer que nous remplissons les rêves et les aspirations de nos enfants pour l'avenir. Pour l'anniversaire de Malala, nous nous engageons à offrir le meilleur de tous les cadeaux : une éducation de qualité pour tous les garçons et les filles dans le monde. »

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Agir

La responsabilité sociale de votre enfant

par Perla Ni photo Godens KI

Il n'est pas nécessaire d'avoir le dernier gadget à la mode comme symbole de statut social. Un enfant peut-il faire preuve de modération, de compassion et d’empathie vis-à-vis des gadgets ? 32


Le Top 5 pour élever un enfant compatissant :

I 

maginez : votre fille de 17 ans envoie des texto à son ami avec son vieux téléphone portable. Elle l’a reçu quand elle avait 8 ans et ne vous demande pas que vous lui en achetez un nouveau. Une bande de jeunes filles dans sa classe sont toutes sur leurs I-Phones, vérifiant Facebook, Twitter, Instagram, etc. Elles jettent un bref coup d’œil sur le vieux téléphone portable de votre fille et l’une d’elle s'écrie : « Oh ! Un vieux téléphone ».   En cette ère de « droits » où les adolescents reçoivent plus de privilèges que jamais, l'empathie envers les gens qui sont différents ou qui n'ont pas les mêmes ressources matérielles est à un niveau historiquement bas. Selon les chercheurs, les enfants cherchent souvent leur propre plaisir et oublient les sentiments des autres. Ils n'ont pas d'empathie, ils pensent que tout le monde grandit avec des écrans à cristaux liquides. (En passant, l’histoire cidessus s’est vraiment passée dans une école en Californie cette année.)   La plupart des parents n'ont pas l'intention de gâter leurs enfants. Les parents bien intentionnés accompagnent leurs enfants à des cours de piano, des visites au musée et leur achètent des GSM, non pas avec l'intention de gâcher leur enfance mais pour leur offrir une enfance comblée. Avec cependant une conséquence inattendue, leurs enfants deviennent parfois des adolescents égoïstes et narcissiques. Comment vous assurez que votre enfant reste humble, responsable et empathique ?  Les secrets sont étonnamment simples, selon les chercheurs (voir encadré ci-contre).   Un dernier conseil : aujourd’hui dites à votre enfant que vous l'aimez. Une simple phrase peut leur rappeler combien l'amour et la compassion qu'ils ont en eux leur permet de retourner cet amour et cette compassion vers les autres.

1. Assignez-leur des tâches.   Commencez dès le plus jeune âge afin qu'ils comprennent le concept d’être membre de la famille en leur confiant des petites tâches spécifiques pour le bien-être de toute la famille. Des études montrent que c'est l'un des meilleurs moyens d'encourager la compassion et le comportement pro social. Les enfants plus âgés peuvent garder leurs plus jeunes frères et sœurs ou d'autres enfants dans le quartier. Les garçons plus âgés peuvent être des bons baby-sitters et développer une relation bienveillante avec les jeunes garçons. 2. Félicitez-les au sujet de leurs actes, mais aussi de leurs motivations   Quand vous voyez votre enfant faire une bonne action, assurez-vous que vous reconnaissez ses actions, mais allez un peu plus loin dans sa disposition intérieure (par exemple « Super Julie ! Merci d’avoir aidé ton frère à faire ses devoirs. Tu es une personne gentille et attentionnée. »). Lorsque vos enfants vous entendent parler de la façon dont leurs actions reflètent leur bonne nature intérieure, plutôt que de simplement entendre parler de la qualité de l'acte en lui-même, cela favorise des actions encore plus empathiques. 3. Ne récompensez pas des bontés rares mais des comportements cohérents   Assurez-vous que votre enfant comprenne que son comportement a des conséquences. Un comportement responsable et cohérent permettra d'obtenir des éloges ou des récompenses. Ne le récompensez pas trop souvent afin d’attirer son attention uniquement sur ses comportements exceptionnels. Cela crée pour eux une attente plus élevée de la responsabi-

lité sociale. Tout au contraire, en les récompensant pour la moindre petite chose, cela les amène à réduire leurs propres attentes de ce qui constitue un bon comportement. 4. Encouragez la libre expression des émotions dans votre famille.   De nombreuses familles éprouvent des difficultés à exprimer ouvertement des émotions négatives. Lorsque votre enfant revient à la maison bouleversé ou triste, parlez-en avec lui. Les enfants qui sont plus à l'écoute de leurs émotions à un âge précoce sont souvent plus compréhensifs et sont plus susceptibles de comprendre et de prendre en considération les sentiments des autres, plutôt que de les prendre pour acquis. Grandir dans une famille unie offre une atmosphère propice aux enfants d'exprimer ouvertement leurs sentiments. 5. Le bénévolat   Les chercheurs affirment que le bénévolat permet une augmentation de l'estime de soi et de l'acceptation de soi chez les adolescents, ainsi que le développement moral et la croyance dans la responsabilité personnelle de chacun pour aider autrui. Le bénévolat apporte souvent une nouvelle dimension au monde à travers les yeux des enfants, il les aide à comprendre que tout le monde n'a pas les mêmes privilèges. L'empathie et la compassion prennent des années à se développer. La seule contre-indication est de ne pas forcer votre enfant contre sa volonté. S’il ne veut pas aller à la banque alimentaire ce week-end pour permettre de stocker des aliments, ne le réprimandez pas pour autant. En effet, il pourrait dans ce cas associer l’émotion négative au bénévolat.

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DÉcouverte  Boîte à idées

Construire  en Terre

PAR Nathalie Yabili Yohali Y2

Crue

Au 21ème siècle, au Nord comme au Sud, la terre cuite et le béton portent fièrement le titre de matériaux de construction solides et durables. Tandis que le bois et la terre crue traînent l’étiquette malheureuse de pauvre et fragile. Découvrons l’univers ingénieux de la terre crue qui mérite une attention particulière.

Au Yémen, la ville de Shibam est classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO. Elle est bâtie d’immeubles en terre crue.

La terre crue : matériau de construction millénaire   Depuis des millénaires, la terre crue est utilisée comme matériau de construction pour ériger des édifices dont l’esthétique et l’architecture sont très variés. Pour la case, le palais ou le building, la terre crue est soit moulée, façonnée, tassée, alliée à des fibres végétales, damée ou encore comprimée… Certaines constructions ont plus de 900 ans  ; d’autres atteignent dix étages ! Par exemple, au Yémen, Shibam est une ville d’immeubles en terre crue. Cette « Manhattan des Sables » est classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO.

• Dotée d’une grande inertie thermique : inutile d’investir dans des appareils de climatisation. En effet, la terre crue retarde considérablement l’arrivée des températures extérieures dans le bâtiment. Ainsi, lorsqu’il fait trop chaud à l’extérieur, la température reste fraîche dans le bâtiment et inversement, quand il gèle à l’extérieur, il fait doux à l’intérieur. La terre crue peut aisément être mélangée à d’autres matériaux pour améliorer ses qualités : AJOUTER

Permet d’AMÉLIORER

Les atouts de la terre crue   Les traditions de constructions sont rythmées par la disponibilité des matériaux naturels. Aujourd’hui, même si le béton et la terre cuite sont utilisés massivement, près d’un tiers des habitants de la planète vivent dans des maisons en terre crue.

De la paille

Sa résistance au froid, à l’eau ruisselante et à l’humidité

Du chanvre

Sa résistance au cycle gel-dégel

Du ciment

Sa résistance mécanique

Des colorants

Son aspect esthétique

Économiquement  Deux raisons simples prouvent que la terre crue survole la cuite : •  La terre crue est disponible quasi gratuitement : les terres d’excavation du chantier concerné peuvent suffire. Les autres terres viennent de divers chantiers ou de carrières. • La terre crue est une économie énergétique en bois de chauffage, en puissance électrique…

Un toit avec un grand comble

Sa résistance à la surchauffe et procure une infinité de compositions esthétiques et architecturales

Techniquement  • La terre crue est naturellement élastique donc résistante aux tremblements de terre. • Résistante au feu  34

Sous le soleil ou sous la neige, la terre crue est le matériau confortable énergétiquement et économiquement. 

Prochainement dans ce magazine : Les technologies de la terre crue : de la fondation à la toiture (Hiver 2013) Au-delà de la terre crue : la vie socio-urbaine (Printemps 2014) La terre crue concrètement : idées et conseils (Été 2014)

@ nathalieyabiliyohali@gmail.com


 événement littéraire

 astuces bien-être

Bruxelles.

Moringa,

un Voyage à traVers le Monde

l'arBre Miracle !

Hans Vandecandelaere dans son livre Bruxelles. un voyage à travers le monde, édité chez asp éditions en avril 2013, nous fait découvrir la diversité interculturelle qui l’a lui-même côtoyé de loin comme de près. il nous en dégage 170 nationalités en nous livrant un récit riche en émotion ! « C’est incroyable d’observer la diversité qui défile à travers Bruxelles ! Je me suis posé la question : qu’est-ce que je connais d’un Albanais ou d’un Chinois ? Peu ou rien… À partir de ce que nous voyons dans la rue, qu’est-ce qui se cache derrière l’image banale du vendeur libanais ou pakistanais ? Je me suis donc lancé dans la recherche puis l’écriture d’un bouquin qui ne fait ni l’éloge du multiculturalisme ni le bilan des politiques d’intégration. Il s’agit d’une photographie qui décrit l’homme ou la femme qui s’assiéra peutêtre demain à côté de vous dans le métro. Cette photographie est loin d’être exhaustive. Dans mon livre, il manque la communauté juive, mais aussi les Wallons et les Flamands qui migrent aussi ! » En 2006, Bruxelles comptait officiellement 273.693 habitants de nationalité étrangère. Soit 26,9 % de la population bruxelloise ou 30 % des ressortissants étrangers en Belgique. 60 % environ venaient d’un des 27 pays membres de l’Union Européenne. Lors du recensement de 2001, le top cinq des communautés étrangères était composé de Français, suivis de Marocains, Italiens, Espagnols et Portugais. Mais il y a longtemps déjà que les nationalités seules ne nous disent plus toute la diversité qui enrichit la ville. À partir de 1989, l’administration communale a procédé à plus de 200.000 changements de nationalité. En faisant abstraction des naturalisations et donc en ne tenant compte que de la nationalité d’origine, 46 % de la population bruxelloise en 2001 était de souche non-belge. Ajoutons à cela les enfants nés belges issus de parents ayant migré, et cela nous mène vers une population dont plus de la moitié trouvent ses racines dans un pays étranger… Ce livre est disponible chez FNAC, Tropisme et autres librairies. Nous vous le recommandons vivement !

« Moringa est un arbre extraordinaire qui contient tous les nutriments qui pourraient être trouvés dans un aliment parfait » dr. Monica Marcu. Originaire de l'Himalaya, le Moringa oleifera pousse en Afrique, en Asie et dans d’autres régions presque inhabitables. C’est « l'arbre-miracle ». Il est doté de plus de 90 vitamines, minéraux, protéines, antioxydants essentiels et huiles oméga identifiés, ainsi que d'autres composés bénéfiques. Pour une masse équivalente le Moringa frais contient : 4 fois plus de calcium que le lait, 3 fois plus de potassium que les bananes, 2 fois plus de protéine que le yaourt, 4 fois plus de vitamine A que les carottes, 7 fois plus de vitamine C que les oranges. La valeur nutritive des feuilles (sous forme de poudre incorporée à l’alimentation) contient des vitamines A (25 fois plus que les carottes), B et C. Ajoutons dix acides aminés essentiels à l’être humain. Sa teneur en fer est 25 fois plus grande que dans l’épinard. La poudre de feuilles de moringa contient 17 fois plus de calcium et de protéines que le lait. De ce fait, il augmente la lactation et la richesse du lait maternel. La décoction de l’écorce peut être utilisée contre des infections cutanées ou la gale ; on l’utilise contre la diarrhée ou encore comme diurétique. Sans compter d’autres vertus sur lesquelles les recherches continuent. Bienfaits du Moringa › Fournit un soutien anti-inflammatoire › Favorise la bonne digestion › Accroît la clarté mentale › Augmente le niveau d'énergie › Offre des bienfaits rajeunissants naturels › Nourrit le système immunitaire › Aide à la régulation de la glycémie › Favorise la circulation sanguine

Bruxelles. Un voyage à travers le monde de Hans Vandecandelaere, édité chez ASP éditions en avril 2013 (517 pages) ISBN : 9789057182341

Ses utilisations en font un moyen de lutte naturel et accessible partout contre la malnutrition et également il favorise la santé, le secteur de l’agro alimentaire, les firmes de cosmétiques et les ONG s’en occupent sérieusement.

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DÉcouVeRte  chanson

comme la moitié de la Belgique… ChaNSoN DE rapHy raFael

J’suis à moitié Espagnol Comme la moitié de la Belgique Et à moitié Marocain Comme la moitié de mes copains J’suis à moitié des Marolles Comme la moitié de la Belgique Et à moitié Africain Comme mon cousin Germain Comme la moitié de la Belgique

Comme la plupart des Français ! Comme la moitié de la Belgique De Bruxelles à Monaco En passant par les Amériques Et aussi Sarajevo Comme la moitié de la Belgique De Bruxelles à Perpignan En passant par les Amériques Et le barrage d’Assouan…

De Bruxelles à Monaco En passant par les Amériques Et le Kilimandjaro Comme la moitié de la Belgique De Bruxelles à Tombouctou En passant par les Amériques Du Pôle Nord jusqu’au Pérou…

Moi qui suis moitié Flamand Comme la moitié de la Belgique Et Wallon l’autre mi-temps Comme la plupart des gens Et Bruxellois entre-temps Comme la moitié de la Belgique Je trouve ça très amusant Et je rigole à plein temps Comme la moitié de la Belgique

J’suis à moitié Hollandais Comme la moitié de la Belgique Et à moitié Irlandais Comme la moitié des Anglais J’suis à moitié Portugais Comme la moitié de la Belgique Et moitié Sénégalais

De Bruxelles à Monaco En passant par les Amériques Et aussi le Kosovo Comme la moitié de la Belgique De Bruxelles à Treblinka

En passant par les Amériques Et le lac Tanganyika Et les falaises d’Étretat Et les chutes du Niagara Et les bras de Natacha Avec le Kama-Sutra… Moi qui suis un chaud latin Comme la moitié de la Belgique Avec du sang argentin Comme tous les Napolitains Je viens d’un pays lointain Comme la moitié de la Belgique Le pays des vrais humains Qui se tiennent tous les mains. Comme la moitié de la Belgique De Bruxelles à Monaco En passant par les Amériques Et le lion de Waterloo Comme la moitié de la Belgique Qui n’a plus qu’un seul souhait Une devise magnifique : Avec tout votre respect… Foutez-nous un jour la Paix !

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Intitativ'mag - Automne 2013