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facebook pim

n o2 0 - f é v r i e r 2 0 1 6

som -maire édito 2015 est déjà terminé, enfin derrière nous après une actualité mondiale si peu joyeuse ponctuée de crises financières, écologiques, migratoires, d’attentats… et de catastrophes. Evénements tragiques qui ont tout particulièrement éclaboussé les pays riverains de la Méditerranée. 2016 est donc enfin là pour nous offrir de nouvelles perspectives plus optimistes… en tout cas cela dépend aussi de nous. Déjà on entend crépiter de nouvelles énergies sur nos côtes et nos îles. Les Associations, toujours aussi militantes, passionnées et dynamiques mais de plus en plus professionnelles, sont aussi désormais en première ligne de la conservation aux côtés des institutions. Des dynamiques d’innovation sont aussi à l’œuvre avec de nouveau projets en court de développement autour des îles durables en Méditerranée et au-delà. Et nous aurons aussi l’occasion en 2016 de nous rencontrer autour de moments de partage et de célébration ; Celebrate Islands 2016 au mois de mai prochain nous permettra de tous ensemble nous mobiliser pour la cause des îles du monde entier ! Alors que 2016 soit synonyme de mieux vivre ensemble sur nos îles et ailleurs…faut que ça bouge ! Fabrice BERNARD

actualités des îles p2

agenda p4

portfolio p5 projets internationaux

celebrate islands

Tour d’horizon 2015 p6

initiative îles durables p8 petites îles du monde

expéditions

polynésiennes p10 l’action civile

tunisienne p16 méditerranée

hommages à trois grands méditerranéens p20


actualités des îles charte du parc national de port-cros le nouveau territoire Après 50 ans de vie «isolée», le Parc national de Port-Cros a redéfini en 2012 les contours de son périmètre avec l’objectif de rendre « actives » les solidarités écologiques, paysagères et économiques entre l’archipel des îles d’Hyères et le continent qui lui fait face. A la définition de ce nouvel espace de collaboration entre le Parc national et les partenaires locaux s’est ajoutée la création d’un Conseil Economique Social et Culturel, organe représentant les acteurs qui vivent et qui travaillent sur ce territoire. Grâce à son implication très forte dans l’exercice de concertation, la charte a été rédigée autour de six ambitions reflétant un projet de territoire choisi et prenant véritablement en compte les spécificités d’un parc désormais littoral, marin et insulaire. Après l’adoption de la charte par les onze communes de l’aire potentielle d’adhésion en début d’année, il s’agit dorénavant de mettre en œuvre le premier programme triennal d’actions adossé à un plan de financement mobilisant les acteurs publics et privés prêts aux défis de l’innovation sociale, économique et environnementale sur cet espace aussi exceptionnel que fragile.

expédition sillage

fin de la première phase La phase 2015 de l’expédition pluridisciplinaire et féminine, dont l’Initiative PIM est partenaire, s’est achevée le 26 octobre dernier à Porquerolles. Parties de Marseille un mois plus tôt, les scientifiques et navigatrices embarquées ont pu faire escale à Bastia, Capraia, Portoferraio, Ponza, Ventotene, Procida, Naples et Capri, avant de revenir vers les petites îles d’Hyères. Cette expédition, dont un volet s’incrit dans le cadre des missions « Atlas des petites îles de Méditerranée Occidentale », a permis notamment de recenser tous les îlots de l’archipel des Pontines, ainsi que de réaliser un état des lieux et d’initier un inventaire naturaliste sur 8 d’entre eux. Quelques 200 entretiens ont été menés auprès des habitants, gestionnaires, touristes et usagers des petites îles… Des éléments de sociologie très intéressants, dont les conclusions se confirmeront peut-être l’année prochaine, lors de la phase deux du projet Sillage.

photo© Elise Ortiou Campion 2015

monténégro

nouvelle agence littoral Une nouvelle agence publique vient rejoindre le club des agences littoral d’Europe et de Méditerranée : la Montenegrin Public Enterprise for Coastal Zone Management, créée fin 2015, avec à sa tête M. Mihailo DJUROVIC. Un important engagement du Montenegro en faveur de la protection et de la gestion intégrée de son littoral, et plus largement sur sa contribution à la préservation des côtes de Méditerranée ! Une rencontre entre les agents du Conservatoire et de l’Agence littoral Monténégrine est prévue fin février 2016, pour démarrer des échanges sur des thématiques d’intérêt et explorer ensemble les éventuelles pistes de collaboration à mener dans les années à venir.

oiseaux marins nouveaux protocoles de suivi

Le Conservatoire du littoral a sollicité l’expertise de l’association Medmaravis, active depuis plusieurs années pour la conservation des oiseaux marins, afin de réaliser une étude sur la faisabilité de la mise en place de protocoles de suivi visant à évaluer la qualité des milieux marins par l’analyse des tissus de ces animaux. Ces protocoles ont été testés in situ, sur des îles italiennes et tunisiennes, lors de la dernière saison de reproduction. L’étude actuellement en cours de validation par les membres du bureau de Medmaravis sera bientôt disponible sur notre site.

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actualités des îles

première mondiale

réintroduction de tortues marines au cap d’antibes

nouvelles du pac var Dans le cadre du Programme d’Aménagement Côtier du Var soutenu par le CAR PAP (www.pacvar.fr) plusieurs groupes de travail se sont réunis ces derniers mois afin de faire émerger des projets communs ou avancer des réflexions dont les travaux seront présentés lors d’un futur Forum terre et mer du Var qui se tiendra fin mars - les 30 et 31. Le groupe de travail « archipel exemplaire » a été accueilli à l’Institut Océanographique Paul Ricard fin décembre pour traiter de 3 grands thèmes : Les pollutions lumineuses nocturnes et le travail que va lancer le PN de Port Cros en partenariat avec l’association pour la protection du ciel et de l’environnement nocturnes (www.anpcen.fr); les opérations d’ingénierie écologique terrestre et marines liées aux îles (qui pourraient déboucher sur un futur projet) et le label Iles Durables et ses perspectives...

le conservatoire du littoral et l’apal renouvellent leur partenariat ! A l’occasion des célébrations de son vingtième anniversaire, l’Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral Tunisien (APAL) a renouvelé son partenariat avec et le Conservatoire du littoral en signant un nouveau mémorandum cadre de coopération. Kaouther Tliche Alaoui, Directrice Générale de l’APAL, et Odile Gauthier, Directrice du Conservatoire, ont signé cet accord sous la bienveillance de Zeljka Scaricic, Directrice du CAR PAP... Trois directrices au chevet des côtes de Méditerranée! Nous souhaitons une nouvel fois un bon anniversaire à nos partenaires tunisiens qui oeuvrent depuis 1995 à la préservation des espaces littoraux !

Si vous êtes passés à Antibes, vous avez peut-être remarqué le bassin aménagé près de la plage des Ondes, accueillant trois tortues marines ! Rebelle, Boule et Rose sont nées en captivité au parc Marineland, événement exceptionnel dans le monde des aquariums. Elles sont au cœur d’un projet inédit d’évaluation de la capacité d’adaptation en milieu naturel, Mission Caretta (du nom scientifique de la tortue caouanne). Mille mètres carré d’eaux naturelles pour expérimenter cette acclimatation durant 1 à 2 mois au cours des saisons chaudes. Deux à trois personnes observent du matin au soir le moindre mouvement des demoiselles pour étudier leur comportement. Parallèlement à Mission Caretta s’organise un partenariat entre la Fondation Marineland et le Conservatoire du littoral qui concerne le site protégé de la Batterie du Graillon, également sur le Cap d’Antibes. Une partie de son bâti sera très prochainement requalifié en centre de soin de la faune sauvage. L’objectif : récupérer les tortues blessées en mer, les soigner grâce à une équipe de spécialistes, et les relâcher en organisant un suivi. Un projet que l’on espère concrétiser courant 2016. En attendant, de futures rencontres sont en discussion avec l’association tunisienne Notre Grand Bleu, très active dans la protection et les soins aux tortues marines. A suivre !

publication

Liste rouge régionale de la flore vasculaire corse Le Conservatoire National Botanique de Corse va publier très prochainement sa liste rouge de la flore vasculaire, sous la coordination de Laetitia Hugot et Alain Delage. Une publication validée fin octobre par l’UICN et qui sera consultable sur le site du CNB > www.cbnc.oec.fr

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actualités des îles

mission pim

cap sur les îles kuriat

albanie

premiers visiteurs sur sazani ! Début 2015, le projet de préservation et de valorisation de l’île de Sazani a pris un coup d’accelerateur ! Il a été présenté aux plus hautes Autorités Albanaises, dont le Premier Ministre M. Edi Rama, qui a désigné l’Agence littoral Albanaise (AKB) comme gestionnaire de l’île en signe de soutien au projet. Le Conservatoire a poursuivi son assistance auprès de ses partenaires, pour développer un plan de valorisation du site, intégrant les futurs projets en matière d’aménagement paysager, de requalification architecturale (définition de la vocation des bâtiments qui serviront pour la gestion, l’accueil de public ou une base scientifique), et d’interprétation. Pendant l’été 2015, l’AKB a accueilli les premiers visiteurs sur l’île : Près de 6000 personnes qui ont ainsi pu se rendre sur Sazani, jusqu’alors fermée au public, et découvrir son patrimoine naturel et l’esprit des lieux si fort de ce territoire aux milles passés. La coopération entre l’Agence littoral, le Conservatoire et ses partenaires albanais se poursuit en 2016, avec notamment au programme : des formations au métier de gardes et de gestionnaires aux aménagements paysagers en lien avec l’accueil de public, une campagne marine en partenariat avec l’Agence de l’Eau et Andromède Océanologie, et la préparation de la prochaine saison touristique (travaux pour le centre d’accueil de visiteurs et la base scientifique, étude muséo et scénographique...).

Dans le cadre du projet financé par le CEPF dont elle est bénéficiaire, l’association tunisienne Notre Grand Bleu s’est engagé dans l’éradication du Rat noir sur l’archipel des Kuriat, au large de Monastir. L’initiative PIM intervient en appui technique et scientifique de l’opération afin d’accompagner le protocole, sa mise en œuvre et faciliter les aspects logistiques. Afin de former les gestionnaires des sites insulaires ayant les même enjeux liés à la lutte contre les invasives, les PIM ont convié des stagiaires venant de Madagascar, Albanie, Algérie et Maroc afin qu’ils acquièrent les techniques spécifiquement mises en place sur les Kuriat, au contact direct de cette expérience. Une nouvelle mission de contrôle aux côtés de Notre Grand Bleu a eu lieu pour évaluer à mi parcours le succès de l’opération. Les 3 secteurs de la grande île ont été prospectés par une équipe restreinte le 22 janvier dernier. Même si quelques stations montrent des traces de consommation pour lesquelles il est difficile de déterminer s’il s’agit du Rat noir ou d’une espèce non ciblée, l’opération semble aller vers un succès. Il reste aujourd’hui à assurer sa durabilité. Le renouvellement des appâts sur l’ensemble des station se poursuit donc de manière mensuelle, et des dispositifs de biosécurité et d’anti réinfestation doivent maintenant être mises en place dans ce but.

Agenda 14/17 mars 2016

21/26 mars 2016 mi/fin avril 2016 19/30 septembre 2016

1/10 septembre 2016

24-27 Octobre 2016

28 nov / 1er dec 2016

4e Congrès mondial des réserves de biosphère (4WCBR) - unesco organisé par le Programme sur l’Homme et la Biosphère (MAB) – Lima, pérou fr.unesco.org/events/4e-congres-mondial-reserves-biosphere MISSIONS PIM Formation régionale à la mise en oeuvre de projets d’aménagements paysagers - Cap Taillat, FRANCE. Expédition marine d’Andromède Océanologie sur Sazani - ALBANIE. Formation régionale à la gestion d’espaces naturels côtiers et insulaires et au développement de projets de restauration écologique - Marseile, FRANCE. Congrès mondial de la nature - iucn organisé par l’IUCN – Honolulu, Hawaiʻi www.iucnworldconservationcongress.org conférence internationale d’écologie scientifique organisée par l’IMBE, Marseille, FRANCE - www.sfecologie.org FORUM DES AMP De méditerranée organisée par MedPAN, Tanger, MAROC - www.medpan.org

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portfolio Janvier

sur les

petites

mai

celebrate islands ! Une des nombreuses initiatives organisées dans le cadre de l’événement Celebrate Islands ! Découverte des mangroves à Diego Suarez, Madagascar, pour des scolaires.

îles

ALbanie Multiples missions avec nos partenaires albanais durant toute l’année, concentrées sur le site de Sazani, et nouvelle campagne photographique PIM signée Louis Marie Préau !

mars

iles baléares Sixième réunion du Comité de Recherche et de Gestion de l’Initiative PIM (CoReGe) aux îles Baléares grâce à l’aide précieuse de notre ami Joan Mayol. Discussions tournées sur le projet phare des PIM : L’Atlas !

juin

septembre

juillet

septembre

Archipel de Zembra Aux côtés de l’APAL avec l’association internationale Medmaravis, nouveaux protocoles de suivi des oiseaux pélagiques testés sur les Puffins yelkouan, cendrés et les Goélands d’Audouin.

grand rouveau Quatrième campagne d’arrachage de la Griffe de sorcière sur l’île du Grand Rouveau à Six-Fours, dans le Var. Les volontaires roulent les plans arrachés en andains pour limiter l’érosion des sols.

octobre

conférence îles durables Séances plénières et ateliers de travail pour des experts venus de nombreuses petites îles du monde, réunis à Porquerolles autour de la création du Label Îles Durables ! Article a retrouver plus loin dans votre magazine.

îles kuriat Mission de terrain avec nos partenaires de Notre Grand Bleu pour une formation à la dératisation, au large de Monastir, en compagnie de stagiaires venues de Madagascar, Albanie, Algérie et Maroc !

Antibes Première rencontres des agences littoral d’Europe et de Méditerranée, dont les representants se sont réunis à Antibes. Deux jours de conférence cloturés par la célébration du CoastDay 2015 !

décembre

tunis Accord de partenariat renouvelé pour l’APAL et le Conservatoire du littoral qui poursuivront ensemble leur mission de protection des îles et côtes tunisiennes, signé à l’occasion des 20 ans de l’institution. Happy Birthday !

Toutes nos plus belles photos de mission sont à retrouver sur notre page facebook !


thank you all KURIAT, TUNISIE

Cette année encore, vous avez été nombreux à répondre à l’appel à participation pour la Journée Mondiale de la Biodiversité, le 22 mai, célébration internationale soutenue par la Convention pour la Diversité Biologique. Souvenez-vous, en 2014, la thématique choisi pour fêter cette fameuse journée était la «Biodiversité Insulaire». L’initiative PIM s’était emparée du sujet, et nous organisions une grande conférence publique à Marseille, à la Villa Méditerranée, nouveau batiment dédié à la coopération méditerranéenne. Un événement important pour les PIM, parainé par Monsieur Erik Orsenna de l’Académie Française. Près d’une vingtaine d’intervenants avaient réuni le temps d’une journée les diversités d’iliens du monde entier : Nouvelle-Zélande, Etats-Unis, Méditerranée, petites îles Bretonnes... Une conférence doublée de la mise en oeuvre des initiatives locales pour fêter les îles. France, Algérie, Albanie, Tunisie ... Les partenaires de l’Initiative PIM avaient répondu à l’appel ! C’est cette effervescence du mois du mai que nous avons décidés de retrouver en 2015, et quelle surprise de voir la motivation de nos amis experts, institutionnels ou associatifs !

L’association tunisienne Notre Grand Bleu, en partenariat avec l’APAL et l’INSTM, a organisé plusieurs opérations pour célébrer les îles de Kuriat : nettoyage de plage sur la Petite Kuriat, formation et sensibilisation sur les tortue et relache d’une tortue, ainsi qu’une belle opération de traversée en kayak entre les deux îles.

kerkennah, tunisie

L’association Jeunes Sciences Kerkennah, a organisé une journée découverte de l’île Sefnou : balade découverte, jeux d’orientation et inauguration du nouveau panneau de sensibilisation à la biodiversité du site.

Près d’une quinzaine d’événements ont été assurés, aux programmes aussi riches que variés : projections vidéos, expositions photos, missions de terrains, visites de site, nettoyage de plage et même remise à l’eau d’une tortue caouanne ! Toute l’équipe de l’Initiative PIM souhaite vous témoigner sa reconnaissance et vous adresser un grand MERCI ! Face à l’ampleur que prend cet événement annuel Celebrate Islands, et à la grande diversité de territoires désormais impliqués, l’Initiative PIM à décidé de repartir à l’aventure pour mai 2016, en intégrant la célébration des îles à son Initiative Îles Durables. L’idée : toucher un public plus large, renforcer les partenariats, développer les axes developpement durable et culture... Plus d’informations très prochainement, mais vous pouvez déjà nous contacter pour nous parler de vos actions de sensibilisation et de votre territoire insulaire !

En 2016

participez!

contactez-nous

international@conservatoire-du-littoral.fr

tenerife, îles canaries

L’association Abecque à organisé une session de sensibilisation à la gestion des espèces invasives dans le massif de Teno.


w w w. c e l e b r at e i s l a n d s . o r g ile du levant, france

Une grande opération de nettoyage de plages et du port de l’Ayguade a été organisée dans l’objectif de ramasser et évacuer plusieurs dizaines de pneus qui ont servi à défendre les quais et que les tempêtes ont arrachés. Cette opération est réalisée avec le soutien du gestionnaire du port (Ports Toulon Provence), le fournisseur de pneus (Massa Pneus), le Club de Plongée de l’UCPA, Transports du Soleil, le transporteur maritime TMML et l’entreprise de construction SPB CONRAD.

marseille, france

Exposition de photographies sous-marines du Pimiste Tarik Mokhtari, membre de l’association algérienne Barbarous.

port-cros, france

Le Parc National de Port-Cros a organisé une conférence de lancement pour deux expositions qui posent un nouveau regard sur la biodiversité et les écosystèmes marins de la zone : « Poissons emblématiques de Méditerranée », avec le GEM (Groupe d’Etude du Mérou), et l’association Aquashoot.

lipari, îles éoliennes

L’association Nesos, basée aux îles Eoliennes, a organisé une conférence publique sur les «Robinson Crusoé de la science: scientifiques, explorateurs, voyageurs, unis par une passion folle pour les îles» en partenariat avec l’association Cosma e Damiano.

tirana, albanie

Sajmir Beqijar, biologiste et zoologue, spécialiste des enjeux aquatiques et marins, a organisé au Muséum d’Histoire Naturelle de Tirana un séminaire dédié à l’île de Sazani, à destination des étudiants en biologie de l’Université de Vlora.

grand rouveau, france

Une exposition dédiée à la valorisation du site a été organisé à la Maison du Patrimoine doublée d’une conférence sur le patrimoine bâti maritime de l’île. Une belle occasion de parler du programme européen MEDPHARES dont fait partie le site du Grand Rouveau.

Sigatoka, îles fidji

Le Parc National des dunes de Sigatoka, à l’Ouest de l’île Fiji a consacré une semaine entière à la célébrations des îles. Sous le nom Meju Maroroisia Na Leju Vanua (Cherir son île), plusieurs festivités dédiées au developpement durable ont été organisées !

diego suarez, madagascar Les enfants de l’école primaire d’Ankorirakakely ont découvert tous les secrets de la mangrove qui bordent leur village, et ont été sensibilisés à l’importance écologique et économique de cet écosystème, notamment par une session de ramassage de déchets plastique. Action soutenu par l’Office du Tourisme Régional de Diego Suarez et le Conseil départemental du Finistère, dans une logique de coopération décentralisée.

6 - 7 - dossier celebrate islands


Ça a été un fil conducteur de nos actions insulaires en 2015, ce sera au cœur de nos activités en 2016, l'Initiative Îles Durables est l'un des projets les plus exaltants et complet auquel le Conservatoire du littoral ai pris part en ce qui concerne sa relation aux îles... Réunir en réseau des insulaires de toutes les mers du globe, porter des activités liées au développement durable, aux patrimoines culturels et naturels, et tenter de mettre un terme au "supposé" isolement des petites îles sont les grands défis de cette vaste assemblée de partenaires, plus déterminés que jamais.

Les îles en plein cœur Le temps n’altère pas la relation passionnelle qu’entretient le Conservatoire du littoral avec les petites îles. Bien au contraire, les 10 dernières années passées à sillonner les îles du bassin méditerranéen, à la rencontre des gestionnaires, au chevet des espèces patrimoniales, à lutter contre les invasives et rédiger des plans de gestion participatifs, ont renforcé leurs liens. L’expérience des PIM – Petites Iles de Méditerranée – a prouvé la force du collectif, du réseau, et démontré l’intérêt du polyamour insulaire : plus on est nombreux, plus on s’aide. C’est donc très naturellement qu’en 2014 le Conservatoire du littoral a répondu présent à l’appel du Ministère français chargé de l’écologie, qui propose de mettre en place un label international reconnaissant la gestion durable des petits territoires insulaires. Une Initiative de portée mondiale, dépassant les enjeux de biodiversité, qui a nécessité la consultation d’experts (géographes, sociologues, naturalistes), gestionnaires d’aires protégées, acteurs de la certification, associations… pour définir une stratégie et des outils adaptés. C’est la Conférence Internationale « Les petites îles : pionnières du développement durable » (27-29 octobre 2015), organisée en partenariat avec le MAB-UNESCO, le FFEM, le Parc national de Port-Cros, l’Agence de l’Eau Rhône Méditerranée Corse, et les Ministères français de l’Environnement et du Développement Durable, qui a consacré la naissance officielle de l’Initiative « Petites Iles Durables ».

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dossier Initiative îles durables

Plus de 100 participants, près de 20 îles du globe représentées ont accordé leurs violons et confirmé leur volonté de « mutualiser les expériences pour aller de l’avant » (Annie Jouga, Adjointe au Maire de l’ile de Gorée, Sénégal), de « ne plus porter les problèmes seuls et isolés, les partager et rechercher la solution ensemble pour les résoudre » (Ismaël « Toto » Mounibou, office régional du tourisme de Diego Suarez, Madagascar).

Qui est de la partie ? L’Initiative s’adresse à toutes les petites îles du monde, à condition qu’elles ne soient pas reliées par un pont au continent, qu’elles ne dépassent pas les 150 km2 (plus de 10 fois Porquerolles, 2 fois Belle-Ile ou encore la taille des Kerkennah, en Tunisie), et surtout qu’elles aient réellement envie de coopérer et d’améliorer leurs pratiques. La phase pilote, prévue sur 2016-2020, concerne 25 îles, réparties dans 4 grands sous-bassins : l’Afrique de l’Ouest, l’Océan Indien, la Méditerranée, et l’Europe du Nord. Treize d’entre elles ont signé la Déclaration des Iles Durables pendant la Conférence de Porquerolles, les autres sont en ce moment-même courbées sur leurs parapheurs.

Et concrètement ? L’Initiative prévoit :

Au programme

- De créer un vaste réseau de coopération, le Club des Iles Durables, animé grâce à une plateforme web multilingue ; Club se réunissant régulièrement lors d’ateliers techniques, de conférences, de visites de terrain ;

L'Initiative cherche à maintenir ou restaurer l'équilibre entre dynamiques humaines et milieux naturels sur les îles, et notamment à :

- De compiler les meilleurs pratiques compatibles avec les enjeux des petites îles et de les valoriser sous forme d’outils virtuels, de fiches pédagogiques, de vidéos : une « Banque d’Initiatives Durables » pour inspirer et orienter ;

- Améliorer la gestion des flux et des cycles : préserver la ressource en eau et mener des politiques adaptées d’assainissement, promouvoir le recours aux énergies renouvelables, réduire et traiter les déchets, et mieux prendre en compte les impacts du tourisme saisonnier ; - Protéger la biodiversité, les écosystèmes et les paysages, favoriser des activités économiques vertueuses, respectueuses du capital naturel (agriculture, pêche, tourisme et industrie) - Préserver et valoriser la singularité des patrimoines naturels et culturels insulaires (matériel et immatériel)

- De mobiliser sur le terrain un vivier international d’experts, pour appuyer les démarches, à travers des diagnostics de territoire partagés, des plans d’action, l’apport de compétences et de savoir-faire permettant de faire évoluer les territoires vers une plus grande durabilité ; - Un mécanisme de labellisation, pour reconnaître et valider les solutions, processus et stratégies mises en œuvre concrètement sur les îles, en fonction de la spécificité de chaque territoire.

Demain Dès le mois de février, l’Initiative Iles Durables accompagnera la conduite de 7 diagnostics participatifs de territoire, sur 7 îles du globe, en vue d’établir des plans d’actions et grandes orientations stratégiques. Ces 4 années à venir seront l’occasion de tester, ensemble, une Initiative qui mise sur le partage des savoirs et connaissances, la solidarité entre les îles, territoires qui jouent un rôle majeur dans la compréhension des changements globaux.

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dossier

Expéditions Polynésiennes Entretien avec Laurent Ballesta, Serge Planes et Jean-François Butaud par Kahaia Robert

TAHITI MOOREA

s

440km

FAKARAVA

Archipel de Tuamotu

Pour son vingtième numéro,d’Îles en Îles vous enmène en Polynésie, à la rencontre de deux projets scientifiques pour la conservation des habitants du Paradis, les mystérieux Mérous et le Monarque de Tahiti. Entre l’expédition grand format de Laurent Ballesta et les initiatives locales de l’association Manu, un seul mot d’ordre : mieux connaitre pour mieux agir !


dossier

Laurent Ballesta -

Biologiste marin, photographe et co-gérant d’Andromède Océanologie Parlez nous de l’expédition « Le mystère mérou » organisée en 2014 en Polynésie … Elle s’inscrit dans le cadre de mes expéditions baptisées GOMBESSA en hommage à la plus belle histoire vécue par mon équipe et moi-même : la rencontre, l’étude, et l’illustration du cœlacanthe. Depuis ce jour-là, j’ai décidé, grâce au soutien de mon sponsor principal Blancpain, de continuer chaque année à imaginer et organiser ce type d’expédition « Gombessa », c’est à dire un projet caractérisé par 3 valeurs : un mystère scientifique à creuser, un défi de plongée à relever, et des images inédites à ramener. La mission « Gombessa 2, le mystère mérou » dans la passe sud de Fakarava s’inscrit totalement dans cette démarche. La question de départ, ce n’était pas « pourquoi les mérous se rassemblent dans la passe ? » car à cette question, la réponse est connue depuis plus de 10 ans : les mérous viennent là pour se reproduire, tout le monde le sait aujourd’hui. La vraie question, pour moi, le véritable « mystère» c’est plutôt, pourquoi les mérous se rassemblent 4 semaines avant le jour de la reproduction, pourquoi aussi longtemps avant ? (alors que d’autres espèces, qui se reproduisent aussi en groupe, se rassemblent par milliers une journée avant, voire quelques heures seulement avant l’évènement). Pourquoi prendre le risque de se faire dévorer par les centaines de requins chaque nuit en attendant le jour de la reproduction ? Et enfin pourquoi dépenser autant d’énergie en combat, en rivalité, puisqu’au final, la reproduction semble possible pour tous ? La reproduction en masse semble totalement anarchique, du moins en apparence, et l’on pourrait croire qu’il n’y a pas de hiérarchie, de mâles privilégiés, que tous peuvent saisir leur chance en étant simplement les plus rapides à ensemencer les œufs des femelles expulsés en pleine eau, comme si les semaines précédentes dépensées en luttes sociales incessantes n’avaient servi à rien. Pour moi c’était là le vrai mystère...

Ensuite, grâce au Docteur en biologie marine Johann Mourier, chercheur au CRIOBE de Moorea, nous avons mis en place des systèmes originaux pour estimer le nombre de mérous et de requins (qui semblent intimement liés). Pour la première fois, nous avons obtenu des chiffres significatifs et, au vu des connaissances actuelles, ces chiffres sont des records mondiaux, ce qui vient renforcer l’importance et le caractère exceptionnel de la réserve de biosphère de Fakarava. Nous nous sommes aussi beaucoup consacrés à filmer avec des caméras capables de réaliser des vidéos à 1000 images par seconde afin de pouvoir observer au ralenti des comportements qui échappent à l’œil humain parce qu’ils sont trop rapides. Je pense bien sûr aux scènes de reproduction qui sont fulgurantes, à peine une seconde quand les mérous en groupe bondissent vers la surface et expulsent œufs et semences en un éclair. Je pense aussi aux stratégies de chasse des requins que nous sommes allés observer la nuit. Les images que nous ramenons sont des données scientifiques, et elles permettent d’émettre des hypothèses que l’expérience viendra ensuite valider ou non.

photo Page facebook officielle Laurent Ballesta

Tous les objectifs de la mission, ont-ils été atteints ? Avez-vous des premiers résultats à nous révéler ? Oui, presque tous, même si ils étaient très nombreux, peutêtre trop ! J’en retiendrais 4 importants : D’abord nous avons réalisé une carte bionomique en 3D car nous avions amené sur place tous nos équipements (sondeur multifaisceaux avec centrale inertielle, système de positionnement acoustique et communication surface/plongeur pour de la vérification d’interprétation sonar, etc...). Cette carte est un outil essentiel pour une meilleure gestion de l’espace protégé, et un support pertinent pour mieux comprendre la répartition des mérous et des requins dans la passe pendant cette période très particulière.

©Laurent Ballesta

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©Laurent Ballesta

Parmi ces hypothèses, j’en retiens deux. La première est celle du comportement « zen » des mérous qui leur permet d’échapper à des prélèvements trop importants par les requins quand les mérous sont en surnombre et ne savent même plus où se cacher ; la deuxième celle qu’il semble exister, je crois, une forme sinon d’exclusivité au moins de priorité pour certains mâles à disposer d’une femelle. C’est ce qui permettrait d’expliquer que ces semaines de luttes qui précèdent la reproduction ne sont pas vaines. L’analyse fine des images montre une certaine hiérarchie, un ordre qui semble permettre d’augmenter les chances de reproduction pour les mâles dominants, ceux qui sont sorti vainqueurs des affrontements entre mâles rivaux. Enfin, j’ai profité de ce lieu exceptionnel où les comportements animaliers sont incessants de jour comme de nuit pour mettre en place un vieux projet : une plongée de 24 heures à plus de 20 mètres qui a permis de valider de nouveaux protocoles en matière de plongée technique grâce à une utilisation de mélanges gazeux inédite. En théorie il aurait fallu 20h de remontée à l’issue de 24 heures à 20 mètres, nous avons réduit ce temps à seulement 2 heures de remontée. Il s’agit d’une réflexion sur près d’un an avec Jean-Marc Belin, spécialiste de la décompression. Ce n’est pas du tout un exploit personnel, ce n’était pas difficile, c’était même agréable et riche en observation. Notre fierté est ailleurs : c’est d’avoir trouvé une méthode pour que ce genre de plongée de longue durée soit désormais accessible à n’importe quel plongeur quelque peu préparé. Quels types de partenariats avez-vous établit au niveau local pour mener à bien l’opération ? Comme à chacune des expéditions, je m’appuie sur les chercheurs qui ont déjà travaillé sur le sujet, qui vivent sur les lieux, ou qui y viennent souvent et évidemment je

les invite à nous rejoindre. Après avoir discuté avec Serge Planes, directeur du CRIOBE, qui m’a clairement expliqué les expériences menées à Fakarava depuis plusieurs années, nous avons imaginé quelles manipulations scientifiques pourraient venir compléter leurs études en cours. Cette expédition est donc une collaboration avec le CRIOBE. J’ai besoin de l’aide de ces chercheurs passionnés qui connaissent les lieux et ont déjà de nombreuses hypothèses en cours de validation et j’ose espérer que le temps d’une expédition et grâce à nos savoir-faire en océanographie, en plongée technique et prise de vue, nous pouvons nous aussi contribuer à mieux comprendre ces « mystères sousmarins » ... Ce n’est pas la première fois que vous vous rendez en Polynésie, quelle est votre histoire avec ces îles du Pacifique ? Cette histoire à t’elle une suite ? Je suis venu en Polynésie pour la première fois en 1998, pour un service national en tant que biologiste marin. Grâce aux recommandations du professeur René Galzin (ancien directeur du CRIOBE de Moorea) j’ai donc vécu 1an et demi sur l’atoll de Rangiroa, un lieu qui a été décisif pour tout le reste de ma vie. J’y suis revenu souvent depuis, tous les 2 ans environ, pour des missions scientifiques ou des reportages. Et j’espère que cela va continuer longtemps. En tout cas, pour observer à nouveau la reproduction des mérous et voir si ces rassemblements existent aussi dans les atolls voisins. Ce sera donc une expédition itinérante sur un voilier cette fois-ci…

Louer ou acheter le documentaire sur la vod Arte plus d’infos www.andromede-ocean.com

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dossier

Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement

le

Serge Planes -

Directeur du CRIOBE

Parlez nous du CRIOBE en Polynésie … Le Centre de Recherches Insulaires et Observatoire de l’Environnement a été créé à Moorea (île en face de Tahiti) en 1981 et compte 25 agents. Le CRIOBE a plusieurs missions à travers : - Un centre de recherche contractualisé avec le CNRS-EPHE, les recherches sont dédiées au développement des connaissances sur l’écosystème corallien ; - Un observatoire de l’environnement contractualisé en tant que Service d’Observation de l’INSU avec 15 sites dans le Pacifique Sud afin de collecter des observations biologiques avec des mesures de paramètres physico-chimiques - Une station marine qui permet d’accueillir des chercheurs, post-doctorants et doctorants qui viennent faire leurs recherches - La communication et sensibilisation : organisation de formations, séminaires et actions diverses Parlez-nous du partenariat avec Andromède Océanologie sur la reproduction des mérous ? La collaboration avec Andromède est l’opportunité d’avoir des images inédites pour l’étude des comportements. Sans apporter de réponse scientifique, l’observation est source d’idées que l’on pourra ensuite tester d’un point de vue scientifique.

plus d’infos www.criobe.pf

Quels sont les grands défis du CRIOBE en Polynésie dans les années à venir ? Les projets phares concernent : la poursuite du projet « FareNatura » avec la mise en place d’un musée, la mise en place d’une station d’écologie expérimentale labélisée par l’Institut National Ecologie et Environnement du CNRS et le développement d’un centre de conférence couplé à une pépinière d’entreprises. L’objectif est aussi de mieux implanter le CRIOBE dans le contexte international du Pacifique (connexions avec l’Université du Sud Pacifique à Fidji, le Center of excellence for CoralReef en Australie…).

Quelles sont les retombées de ce type de mission scientifique pour la Polynésie ? Pour la Polynésie, c’est en premier lieu un retour en termes d’image, d’images de lieux uniques, les rares endroits où l’on peut voir de telles agrégations de poissons. Une autre retombée, c’est de mettre l’accent sur le caractère exceptionnel de certains sites et de la nécessité de les protéger.

©Laurent Ballesta

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protéger

le monarque de tahiti

Jean-François Butaud consultant en botanique polynésienne

arrachage du miconia

Société d’Ornithologie de Polynésie Parlez nous de cette initiative d’arrachage de plante envahissante pour la sauvegarde d’un oiseau endémique menacé...

L’espèce Miconia calvescens, est appelé « cancer vert » à Tahiti. Originaire du Mexique et d’Amérique centrale et du sud, il est à l’un des cas les plus spectaculaires d’invasion biologique d’une plante introduite dans un écosystème insulaire.

Depuis deux ans, des campagnes de lutte contre le petit arbre envahissant Miconia calvescens sont menées par la Société d’Ornithologie de Polynésie Manu, dans les 3 dernières vallées hébergeant l’oiseau, le Monarque de Tahiti. Ainsi, régulièrement, 1 à 3 fois par mois, il est fait appel grâce aux réseaux sociaux, à des bénévoles pour mener des campagnes d’arrachage et de coupe du Miconia. Ce sont généralement de 10 à 20 bénévoles qui prennent part à chaque campagne, équipés de gants, scies et vaporisateurs à herbicide, ce dernier outil étant indispensable après coupe car le Miconia rejette des souches. Les petits arbustes sont arrachés tandis que les grands sont sciés le plus bas possible, le produit herbicide étant vaporisé sur la section. A l’heure actuelle, ce sont environ 20 hectares de forêt moyennement à très envahies qui ont été nettoyées pour un objectif final d’une trentaine d’hectares. Par la suite, il est probable qu’un passage tous les deux ans par zone puisse être suffisant pour contrôler les nouvelles plantules et les éventuelles repousses de certaines souches.

Le Miconia Photo : Jean-François Butaud

En quoi le miconia porte t’il atteinte au monarque de Tahiti? La lutte contre le miconia est elle efficace et arrivez vous à quantifier des impacts positifs de l’arrachage? Le monarque de Tahiti est un oiseau endémique de Tahiti, en danger critique d’extinction et dont il ne subsiste qu’une cinquantaine d’individus. Cet oiseau autrefois présent sur l’ensemble de l’île de Tahiti a en effet subi une régression rapide en raison de l’introduction du rat noir il y a plus de 200 ans, ce dernier exerçant une intense prédation sur les œufs et les poussins du Monarque. Plus récemment, les territoires de Monarque ont été envahi par le Miconia qui élimine la végétation du sous-bois et entraîne possiblement un appauvrissement de l’entomofaune vitale à cet oiseau insectivore.

Le Monarque de Tahiti, Pycnonotus cafer Photo : Thomas Ghestemme

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Les résultats des campagnes menées dans les différentes vallées sont spectaculaires avec un retour de la lumière dans le sous-bois et un développement des fougères et d’autres herbacées qui couvrent la quasi-totalité du sol précédemment à nu. Enfin, nous supposons également que l’élimination des Miconia et de leurs fruits entraîne une diminution des populations de Bulbul, oiseau frugivore introduit qui concurrence le Monarque pour le contrôle des territoires. Outre les impacts positifs sur le Monarque et sur la végétation, ces campagnes sont également l’occasion de sensibiliser leurs participants à la biodiversité des vallées et aux menaces parfois invisibles pesant sur elles. Existent-ils d’autres initiatives similaires en Polynésie? La DREAL de Tahiti a mis en place un réseau de prévention, de surveillance et de lutte contre les espèces envahissantes de Polynésie française. Notons deux initiatives mises en place dans ce cadre (Te Rau Mata Rai, Lettre d’information n°4 – Novembre 2014 – DIREN) : - L’arrivée du rat noir sur la dernière île habitée des Australes encore indemne de ce prédateur signifierait à court terme l’extinction en Polynésie française du ‘ura ou Lori de Kuhl, oiseau emblématique de l’île de Rimatara. La SOP met en place une biosécurisation durable de l’île (inspection de toutes les marchandises qui débarquent sur l’île) depuis 2012 avec l’implication de la population locale. Cette action est co-financée par la DIREN et l’Etat français. - Sur Moorea, pour faire suite à la campagne de détection de la petite fourmi de feu de 2013, ayant mis à jours 4 colonies sur l’île de Moorea, des traitements ont été lancés, par la DIREN, dans le but de réduire le nombre de fourmis voire de les éliminer définitivement. Afin de favoriser la réussite de ce projet un grand nombre de rencontre a été organisé avec les habitants des zones infestés, les agriculteurs, les écoles primaires et secondaires. Des affiches, brochures et autocollants ont également été distribués afin de rappeler aux gens la présence de la fourmi et les précautions à prendre : ne pas déplacer de végétaux, d’encombrants ou de terres des zones infestées vers les zones indemnes, ou encore ne pas ramener de plantes en pots de Tahiti, qui est maintenant en grande partie infestée. La commune très impliquée, prévoit de passer des arrêtés réglementant les transports de matériaux à risques tels que la terre et les déchets verts. plus d’infos

société d’ornithologie de polynésie www. manu.pf Photo K.Robert

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photo Louis-Marie PREAU / Initiative PIM


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par Sami Ben Haj expert écologue - Cabinet Thétis

Le temps où protection du littoral rimait avec mise sous cloche d’espaces naturels semble révolu en Tunisie. Ou tout porte à le croire … Les premières années de création des aires protégée (années 80), les gestionnaires ont choisis une gestion techniciste, approche répendue à l’époque, privilégiant des objectifs de conservation rigides sans intégrer les populations locales et leurs usages ancestraux de ces territoires. Les interdictions en tous genres et les limitations drastiques de ces usages ont créés des frustrations, et étouffés ces communautés à peine intégrées aux processus de réflexion et de gestion. Dépossédés de leur droit d’usages traditionnels et de ses ressources, ces habitants considéraient depuis leur territoire comme un No Man’s Land et non plus comme un legs, avec comme principal adversaire l’Administration qui les a privé de leurs droits. Désorganisés, sans voix, ils ont subi ces restrictions pendant près de vingt années durant lesquelles ont défilé experts et projets, financés à coups de millions de dinars, tous prioritairement dédiés à la conservation de la nature et sans retombées positives sur le developpement humain. Pourtant, toujours durant les années 80, et principalement dans les territoires forestiers du nord-ouest du pays, les premières initiatives de développement communautaires voient le jour et permettent d’expérimenter des démarches

intégrées et participatives. Elles enregistrent des résultats intéressants sur fond de démocratie locale, associant des habitants sommairement organisés aux institutions publiques dédiées au développement. Ce n’est qu’au début des années 2000, à l’initiative de bailleurs de fonds, qu’ont été initiées les premières démarches participatives dans et autour des aires protégées et qu’un équilibre visé entre conservation et développement commençait à pointer. Les premiers plans de gestion participatifs ont vu le jour et ont suscité l’engouement des populations. Un certain équilibre était trouvé au niveau conceptuel entre conservation et développement. Une étape était franchie, mais les populations locales, toujours peu organisées et ne disposant pas de pouvoirs suffisants, n’ont pas su imposer la réalisation des ambitieux programmes de développement auxquels ils aspiraient. De plus, l’Administration des aires protégées restait toujours aussi directive et n’impliquait que de manière accessoire les usagers dans l’exécution des plans de gestion.

2011, le tournant Les événements de janvier 2011 se sont également répercutés dans les aires protégées sur le continent, sur le littoral et en mer. Une vague de fond a totalement ébranlé le monde de la conservation : administration affaiblie, remise en question des fondements, locaux et équipements 17


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saccagés, destruction des clôtures des parcs nationaux longtemps perçues par les riverains comme le symbole physique de l’exclusion, pacage illicite, constructions anarchiques dans les périmètres des aires protégées, chasse, pêche, incendies... Un moment chaotique. Parallèlement, ce cataclysme a permis la naissance d’une pléthore d’associations et d’un état d’esprit citoyen sans précédent. Ce phénomène soulignant un besoin viscéral de participation à la vie publique. Des associations environnementales se sont par exemple fédérées pour être mieux entendues par les autorités, en s’impliquant spontanément dans la sauvegarde et la gestion d’aires protégées mises en péril. Avec leurs faibles moyens, elles contribuent à sensibiliser au niveau local et participent aux plaidoyers auprès des administrations. Une action avant tout citoyenne et engagée, également tournée vers la réhabilitation des populations lésées. Un mouvement très positif, mais insuffisant pour faire face au gigantesque chantier de la gestion effective des aires protégées tunisiennes. A quelques rares exceptions, il n’existe pas encore d’associations dont la structuration, le mode d’organisation et les compétences permettraient d’envisager une contribution durable et concrète à la préservation de ces territoires… et encore plus difficilement encore des associations locales.

Quelles perspectives ? C’est à ce niveau, le local, que l’effort le plus important reste à faire, car le futur contexte politique de la Tunisie, qui s’appuie désormais sur une nouvelle constitution prônant la décentralisation, doit se construire avec des acteurs, qui reprendront leur destinée locale en main. Pour ce faire, il sera nécessaire que ces acteurs s’organisent et qu’ils se fassent reconnaître et entendre, de les doter des moyens, des outils et des compétences qui leur permettront d’atteindre leurs objectifs. Le cadre législatif de cette nouvelle constitution est l’opportunité d’une meilleure implication de l’ensemble des acteurs, notamment les collectivités locales et les associations, dans la gestion durable de leur territoire, y compris les aires protégées. Pour la gestion des aires protégées, une mise à niveau du mode de gouvernance s’impose, et peut s’appuyer notamment sur les outils de gouvernance participative existants comme les comités consultatifs ou comités de gestion. Ces modes de gestion demandent de la prudence et un réel apprentissage. Une phase qui nécessitera ténacité et patience de la part des différents acteurs, pour dépasser les antagonismes et glisser vers des partenariats actifs et effectifs. Car en effet, il sera difficile d’aboutir au consensus. Le développement de plateformes de négociations et de concertations entre Administrations et société

L’implication de l’association tunisienne Notre Grand Bleu, ici en formation à la dératisation sur l’archipel des Kuriat en septembre 2015.

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civile est une priorité, des échanges doivent être réguliers, les informations échangées en toute transparence… Sans doute une bonne alternative à la gestion régalienne des aires protégées, dont les résultats avaient démontrés leurs limites, souvent jugés inacceptables au niveau local. Une approche similaire et complémentaire a permis un diagnostic transversal spécifique au périmètre de la future aire protégée des Kuriat, puis l’élaboration du plan de gestion. Là aussi, les résultats ont été très encourageants, surtout lors de l’établissement du zonage et des réglementations : Après un exercice de superposition des enjeux (conservation, pêche artisanale, tourisme…), le zonage a été collectivement adopté. La tension, bien souvent inévitable, entre gestionnaires et usagers, cède progressivement la place à des partenariats formalisés à travers la mise en place d’un comité consultatif. Coïncidence heureuse, une association impliquée dans le processus venait de bénéficier d’un financement intéressant pour renforcer ses capacités (CEPF, www.cepf.net). L’opportunité parfaite pour expérimenter concrètement une gestion participative de l’archipel!

En Tunisie et en Algérie, des PARTENARIATs officialises en 2015 ! Après 3 années de collaboration, le Conservatoire du littoral / Initiative PIM et l’association Notre Grand Bleu ont formalisé leur partenariat par la signature d’un accord cadre de coopération. Un accord paraphé par le President de l’association et la Directrice du Conservatoire lors de l’inauguration du siège de l’Association à la marina de Monastir (photo 1). Un partenariat qui fait écho à la signature de convention entre le Conservatoire du littoral et l’association algérienne Barbarous (photo 2), également très active dans la protection des petites îles d’Algérie depuis de nombreuses années, à Antibes à l’occasion du Coast Day 2015. Des signatures pour formaliser des coopérations exemplaires et durables, qui fructifieront à nouveau dans les prochaines missions insulaires méditerranéennes !

Cette succession d’événements leviers est porteuse d’espoir, et mérite d’être suivie et accompagnée avec persévérance et patience. Elle pourrait être un exemple à suivre, avec une méthodologie à répliquer sur d’autres sites protégés tunisiens voire dans d’autres pays aux contextes similaires. Toutefois, cette démarche, comme toute démarche pionnière, reste fragile. Un accompagnement, un suivi et des ajustements seront nécessaires. Pour permettre durabilité et transmission des bonnes pratiques, il est essentiel de poursuivre la réflexion, de connaître tous les ingrédients de la réussite et de diagnostiquer les échecs. Une des clés du succès reste une bonne anticipation des besoins et une gestion proactive de certaines composantes : renforcement de capacités, modes de financement, de planification et de communication spécifiques à la gestion intégrée et participative, spécialisation et professionnalisation des associations, maintien d’une éthique et d’un esprit volontariste … Pourquoi ne pas envisager une cogestion de ces monuments naturels, où associations, syndicats de pêcheurs, usagers, passionnés, seraient co-responsables et délégataires de la gestion de leurs aires protégées.

pour en savoir plus ... par Sami Ben Haj écologue des îles Cabinet Thétis

www.barbarous.org

www.notre-grand-bleu.com

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HOMMAGES L’année 2015 a été une nouvelle belle année passée en compagnie de nos amis et experts PIM, une année faite de partenariats et de plusieurs heureux anniversaires de grandes institutions protectrices du littoral ... Tout cela s’est déroulé dans une actualité politique et sociale tragique. Des mois difficiles pour la coopération internationale. Cette année, la Méditerranée a également perdu trois de ces plus proches alliés. Jamais page d’Hommages de notre petit magazine n’a été si grande ... Pierre Bougeant, Pierre Quézel et Jacques Gamisans, trois aventuriers passionnés de Mare Nostrum nous ont quitté. C’est un patrimoine inestimable qu’ils laissent à tous les chercheurs et artisans d’un territoire plus uni.

Pierre Bougeant nous a quitté en août dernier, quelques jours après son 70ème anniversaire, après un combat contre « une longue maladie » qui l’a finalement emporté lâchement. D’abord avocat d’affaire, il a rejoint la bataille pour l’environnement dans les années 70 pour rentrer au Ministère où il a exercé de nombreuses fonctions avant d’intégrer des cabinets ministériels. Par la suite, il sera directeur du Parc National de Port Cros jusqu’en 1994, avant de rejoindre le Conservatoire du littoral, où il mettra à profit ses talents d’orateur, ses immenses compétences et sa passion pour développer la coopération méditerranéenne et internationale.

photo Louis-Marie PREAU

Pierre Bougeant

Jusqu’à son départ en retraite en 2009, il n’aura cessé de sillonner la Méditerranée, qu’il appelait « Mare Communis », pour porter des projets, apporter son regard et sa longue expérience afin de rapprocher les cultures. Il a toujours œuvré de toute sa force de conviction pour le bien des autres et au service du public, représentant à l’échelle internationale l’administration française dans ce qu’elle est de mieux. Il a été l’un des artisans farouche des négociations ayant abouti au Protocole pour la GIZC en Méditerranée. La protection de l’environnent, l’engagement d’une vie qui lui valut la médaille de Chevalier de la Légion d’Honneur et celle d’Officier de l’Ordre National du Mérite. Mais c’était avant tout un homme d’une culture infinie, toujours à l’affut des nouvelles tendances, connecté en permanence à tous les médias, à rechercher le Monde aux 4 coins de la Méditerranée, grand connaisseur de la politique du plus local au plus global. Nous sommes nombreux à garder le souvenir de cette fine gueule et bonne fourchette, capable de dénicher les meilleurs et plus secrets restaurants méditerranéens, pour commenter l’actualité autour d’un bon verre de vin, parler d’alpinisme, de littérature ou des paysages italiens et de Valdeblore qu’il chérissait …

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C’était sans conteste l’un des plus grands connaisseurs de la flore et de la végétation de la région méditerranéenne. Pierre Quézel nous a quittés le 21 octobre 2015. Une immense perte pour l’écologie méditerranéenne. Né en 1926 dans les Cévennes méridionales, au Vigan, Docteur es Sciences et en Médecine de l’Université de Montpellier, Pierre Quézel a été Professeur à l’Université d’Alger jusqu’en 1962, puis à l’Université d’Aix-Marseille, où il avait fondé en 1969 le Laboratoire de botanique et d’écologie méditerranéenne qu’il a dirigé jusqu’en 1990. Il fut également le co-fondateur de l’Institut méditerranéen d’écologie et de paléoécologie (IMEP), créé en 1985. Auteur de près de 400 publications scientifiques et de plusieurs ouvrages, il a travaillé durant une cinquante d’années sur la flore et la végétation du bassin méditerranéen et du Sahara. Une carrière riche et exceptionnelle, qui le mènera à agir auprès de nombreuses instances internationales et nationales où il officiait en tant qu’expert pour la conservation de la biodiversité méditerranéenne. Il fut aussi le fondateur et éditeur de la revue Ecologia Mediterranea, entre autres... Les élèves qu’il a formés en France mais aussi en Algérie, Maroc, Tunisie, Liban, Grèce, Syrie, Turquie, Italie, Espagne, etc., se souviendront de cet esprit brillant, doté d’une prodigieuse mémoire et d’une culture hors du commun, mais toujours empreint de discrétion et modestie. Il a joué un rôle déterminant pour la connaissance et la préservation des héritages biologiques méditerranéo-sahariens, si variés et complexes.

photo Frédéric MEDAIL

Pierre QUézel

Les mots ne manquent pas aux botanistes français et internationaux pour parler de Jacques Gamisans, disparu brutalement à la fin du mois de septembre 2015 : passionné, infatigable, enthousiaste, militant, pédagogue, humaniste... Le «maître incontesté» de la botanique corse aura dédié quelques 50 années de sa vie à la connaissance de la flore vasculaire et aux typologies de végétations de l’île de Beauté. Sa modestie et sa discrétion étaient au service de sa passion pour la montagne méditerranéenne, un engagement partagé avec son amour du pays Catalan dont il était originaire. Son érudition et sa grande ouverture d’esprit étaient palpables dans ses nombreuses publications et ouvrages dont certains ont été des succès grand public. Son œuvre majeure, Flora Corsica, rend compte de cet apport considérable aujourd’hui légué à toutes les personnes qui ont eu la chance de travailler aux côtés de ce guide exceptionnel.

Jacques GAMISANS

photo Laetitia HUGOT

Né en août 1944 en Haute-Garonne, il débuta sa carrière en tant qu’enseignant-chercheur à l’Université d’Aix-Marseille jusqu’en 1995, puis il travailla à l’Université de Toulouse jusqu’en 2004, fin de sa carrière universitaire. Il découvre la Corse en 1962, lorsqu’un ami d’Oletta l’invite à y passer quelques jours. L’île ne quittera plus jamais son esprit et ses études, allant jusqu’à y consacrer l’essentiel de ses travaux, et sa thèse de doctorat en sciences sous la direction du regretté Pierre Quézel, disparu peu de temps après lui ... Bien impliqué dans la conservation de la flore méditerranéenne, il fut membre de l’UICN dès 1993, et devient tout naturellement président du conseil scientifique du Conservatoire botanique national de Corse depuis sa création en 2007 jusqu’en 2014. 21


#20 Conservatoire du littoral 3, rue Marcel Arnaud Bastide Beaumanoir 13 100 Aix en Provence FRANCE Tél. 00 33 (0) 4 42 91 28 36 Fax . 00 33 (0) 4 42 91 64 11 initiative-pim@conservatoire-du-littoral.fr www.initiative-pim.org Directeur de la publication: Odile GAUTHIER Directeur de rédaction : Fabrice Bernard Graphisme et Mise en page : Lélia Crastucci

Ont participé à ce numéro

Laurent BALLESTA, Sami BEN HAJ, Jean-François BUTEAU, Frédéric MEDAIL, Claire MIGNET, The Very All PIM TEAM...

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L’Initiative PIM est un programme de promotion et d’assistance à la gestion des espaces insulaires de Méditerranée coordonné et piloté par le Conservatoire du littoral.

D'ILES EN ILES #20  

Newsletter of PIM Initiative for Small Mediterranean Islands - issue 20 - Feb 2016

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