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Septembre 2008

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Quartier Janoy 40160 YCHOUX contact@federation-sophrologie.com www.federation-sophrologie.com


Fédération Européenne de Sophrologie

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L’édito Septembre - Octobre C’est le temps de la remise en place ou réorganisation des activités sophrologiques, reprise des ateliers individuels ou collectifs, programmation des nouveaux stages. Le temps venu de réendosser l’habit du sophrologue, de rejouer notre partition en public et pas seulement pour nous, dans notre intimité personnelle.

Martine Dupuy Présidente de la fédération

Pour les « nouvellement certifiés », le temps est venu de l’Ecole de l’Expérience : il s’agit d’oser se lancer, avec les inévitables et nécessaires « plantages » formateurs. Tâtonnements, alternance émotionnelle parfois brouillonne – toujours déstabilisante – de fierté et d’angoisse, de confiance et de doute sont le lot de tout animateur débutant et constituent le fond de l’apprentissage autonome. Pour les plus anciens titrés, ceux qui ont déjà constitué un premier fond, peut-être est-il venu le temps de s’interroger en ce début de nouveau cycle d’animation, non pas tant sur la pratique – que vais-je bien pouvoir proposer cette année ? – que sur la façon d’occuper notre place d’animateur. Et si, cette année, j’envisageais non pas de « diriger » des séances de sophrologie mais d’accompagner les participants sur un chemin de découverte de soi. Abandonner un peu – ou un peu plus ? – la prééminence du rôle, quitter mon habit de lumière, pour retrouver un costume plus discret, une posture plus juste : Celle qui laisse plus de place à la créativité de l’autre plutôt que la mienne Celle qui permet au savoir vivre, au savoir être de circuler de manière plus fluide entre eux et moi Pourquoi pas entrer dans la pièce d’animation avec également en tête - et dans le corps - la question « que vont-ils m’apprendre aujourd’hui ? » plutôt que la seule pertinente « que vais-je les aider à découvrir aujourd’hui ? » Peut-être réfléchir à notre place dans la relation sophrologique et discrètement se déplacer, tant dans le rôle-titre que j’ai l’habitude de jouer que dans le rôle que les participants ont l’habitude de me faire ou laisser jouer. A chacun d’explorer à sa manière ce déplacement au moins autant intérieur que visible à l’extérieur : un peu plus de silence que de paroles, se freiner dans les commentaires… une autre manière d’accueillir l’autre et de le reconnaître dans un nouveau sourire, un autre regard, une autre posture – ils sont comme moi, je suis comme eux, nous pouvons nous offrir dans ces séances, l’occasion d’apprendre les uns des autres. Et se laisser surprendre par le résultat : facilitation de l’individuation, autonomisation, regain de confiance en soi, libérations de tensions dans cette nouvelle relation de compagnonnage… pour le sophrologue ou le participant ? Retournons nous aussi à l’Ecole de l’Expérience : c’est la meilleure !

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Les «Bonbons» «Bien que les chemins de la recherche soient nombreux, la recherche est toujours la même.» Rûmi «Il faut toute la vie pour apprendre à vivre.» Sénèque

Histoire du Faiseur de pluie

Thérèse Ragonneau

Au début du siècle, il y eut une terrible sécheresse dans la partie de la Chine où vivait Richard Wilhelm. Après que les gens de l’endroit eurent essayé en vain tous les moyens connus pour obtenir de la pluie, ils décidèrent d’envoyer chercher un faiseur de pluie. Cela intéressa beaucoup Richard Wilhelm qui s’arrangea pour être là quand le faiseur de pluie arriva. L’homme vint dans une charrette couverte, un petit vieux desséché, qui renifla l’air avec une répugnance évidente quand il sortit de la charrette, et qui demanda qu’on le laissât seul dans une petite cabane en dehors du village. Même ses repas devaient être déposés à l’extérieur devant la porte. On n’entendit plus parler de lui pendant trois jours ; puis, non seulement il plut, mais il y eut une grosse chute de neige, ce qui ne s’était jamais vu à cette époque. Très impressionné, Wilhelm dénicha le faiseur de pluie et lui demanda comment il se pouvait qu’il ait pu faire de la pluie et même de la neige. Le faiseur de pluie répondit : « Je n’ai pas fait de neige, je n’en suis pas responsable. » Wilhelm insista : « Il y avait une terrible sécheresse avant votre venue et puis, après trois jours, voilà qu’il pleut et neige d’abondance ! » « Oh ! Cela je peux l’expliquer dit le faiseur de pluie. Voyez-vous, je viens d’un endroit où les gens sont en ordre, ils sont dans le Tao, alors le temps est en ordre ! Mais en arrivant ici j’ai vu que les gens n’étaient pas en ordre et ils m’ont aussi contaminé. Je suis resté seul jusqu’à ce que je sois de nouveau en ordre, en Tao et alors naturellement il a plu et neigé… » In Terre de Ciel n° 41 novembre 1997. Jacques Castermane : « La crise est à débusquer en nous-mêmes »

Le faiseur de pluie a-t-il été efficace ? Dans ce cas, soyez rassuré, tout au fond de l’enveloppe vous trouverez ou avez déjà trouvé la « petite chose » qui vous évitera d’attraper un rhume ! Mettez la chose en évidence, elle vous rappellera les bienfaits de la pluie……(en période de sécheresse… !)

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La suite du congrés Comme annoncé dans le bulletin du mois de juillet, voici la suite des conférences et des expériences croisées présentées lors du congrès. Bonne lecture à tous >

La conférence de Jacques CASTERMANE

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Les expériences croisées de Yolande MARCHAL et de Giorgio PARI SOTTO en pédagogie et sophrologie

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La première partie de l’intervention de Bernard LOQUINEAU « la soph rologie des origines à l’actualité »

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La conclusion du congrès : Martine DUPUY

Erratum Merci de noter qu’une erreur s’est glissée dans le fédé infos du mois de juillet à la page 3. Le titre de l’intervention de Geneviève LASSORT n’est pas: « ouverture du congrès », mais « ouverture du 6ème module du cycle de base ». Nous prions Geneviève Lassort de nous excuser de cette coquille.

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Conférence Je ne suis pas venu pour vous transmettre un savoir théorique que vous pourriez Centre Dürckheim vous approprier et ensuite, transmettre. J’aimerais, simplement, faire résonner en vous, ce qui, en chaque être humain, attend d’être perçu : sa nature essentielle. Dürckheim parle de « l’être essentiel » présent en chaque être humain. Le zen parle de « notre vraie nature ».

Jacques Casterman

Dans la sophrologie, le mot transcendance apparaît dans ce que vous appelez, si je ne me trompe, un quatrième niveau ? Ce quatrième niveau est, en réalité, le premier. Un espace jusqu’ici trop souvent ignoré (dans le domaine thérapeutique ou le développement personnel) : le niveau de notre propre essence. L’essence ! L’être ! La transcendance ! Ces mots semblent appartenir au domaine des religions ou à la philosophie. Pour le chrétien, par exemple, la transcendance c’est Dieu. La voie spirituelle prend alors la forme d’une croyance dogmatique en l’Invisible qui devrait donner sens à tout. Mais nous observons aujourd’hui que d’autres traditions spirituelles, qui habitent elles aussi l’espace et le temps, ne sont pas concernées par l’invisible. Ainsi, sur la Voie spirituelle qu’est le Zen, notre attention n’est pas engagée sur l’invisible mais sur l’infaisable. L’infaisable ? Je voudrais vous raconter une expérience qui m’a permis, non pas de concevoir ce qu’est l’infaisable, mais de le voir. A l’occasion d’une sesshin, semaine de pratique intensive de la méditation sans objet appelée zazen, le vieux maître zen me pose la question : « Quand vous respirez, qui respire ? ». Persuadé du bon sens de ma réponse, je n’hésite pas à lui dire : « Quand je respire ? Mais, c’est moi qui respire ! » Yuho Seki Roshi éclate de rire, puis, d’un air sévère, il rugit : « Si c’est votre moi qui respire, alors arrêtez de respirer… ! » A l’instant même, se découvrait l’infaisable ! S’avérait, de manière incontestable, que l’acte de respirer n’est pas du ressort du « moi ». La respiration n’est pas un effet fabriqué par le moi. L’acte de respirer est un effet naturel de l’être en acte, de l’acte d’être. Retournant à la pratique méditative, je pouvais me confier à cette action dans une totale attention. Et, se révélait alors un niveau d’être autre que l’ego. Plus je me glissais dans le sentir de l’inspir et de l’expir, plus je me sentais quitter une manière d’être et entrer dans une autre. Curieuse expérience que celle d’un retour à l’origine, à l’élémentaire, au fondamental : à cet être de nature qu’est chaque enfant à la naissance et que nous sommes tous encore malgré la socialisation, l’éducation et l’autorité de l’intellect. Avant de penser que je suis, je respire, donc je suis ! Je faisais l’expérience de me sentir vivre sous le règne d’une Intelligence qui est avant l’intellect, avant la pensée, avant les raisonnements. Depuis longtemps j’essayais de comprendre ce que le zen appelle : l’état de santé fondamental de tout être humain ? Cette fois, étant là assis, sans rien faire, coïncidant avec l’expir, coïncidant avec l’expir, je faisais l’expérience de cet état de santé : la paix intérieure. Je faisais l’expérience d’une plénitude jusqu’alors inconnue ou oubliée ; je me sen-

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tais en ordre, tout simplement en ordre, et, du plus profond, émanait la simple joie d’exister. Cet autre niveau d’être est cet espace habité par une qualité d’être dont le seul nom éveille une nostalgie : l’ataraxie. Au niveau du moi ordinaire, de l’ego, règne l’angoisse (tremblement intérieur de chiffre 7 sur l’échelle de Richter) et les états qui l’accompagnent (l’inquiétude, la peur, le désarroi, l’appréhension, l’agitation, la nervosité et le souci, ce petit tremblement intérieur de chiffre 1 sur l’échelle de Richter). La paix intérieure, symptôme de la guérison de l’angoisse, n’est pas du ressort du moi. Développer un « ego XXXL » ne peut mener au calme intérieur, à la confiance, à la sérénité. Ce qui ne signifie pas qu’il ne faudrait rien faire. L’éveil de ces qualités d’être demande, paradoxalement, un engagement du moi, un sérieux effort du moi : l’exercice spirituel aussi appelé exercice philosophique ou exercice de la sagesse (peu importe la dénomination puisqu’il s’agit d’une action). Le corps. L’exercice investit la personne entière, donc aussi le corps. La tradition spirituelle qu’est le zen ne manque pas d’exercices : méditation (zazen), tir à l’arc, cérémonie du thé, les arts martiaux, la calligraphie, et, plus simple encore la Marche. Comment un exercice physique, dans le domaine artistique ou artisanal, peut-il avoir une influence sur l’esprit et sur la vie intérieure d’un être humain ? Pour le voir, il faut tout d’abord se libérer du point de vue dualiste qui oppose le corps et l’esprit. Spinoza, moins d’un siècle après Descartes, réfute cette opposition et écrit : « Si nous opposons ce qu’on appelle le corps et ce qu’on appelle l’esprit, c’est parce que nous n’avons pas une connaissance suffisante du corps ». Cette connaissance n’est pas dans les livres d’anatomie, de physiologie ou de génétique. C’est la pratique régulière d’un exercice, toujours le même, qui ouvre celui qui s’exerce à ce qu’il est en son corps, en son être de nature. Ce qui impose, à celui qui enseigne cet exercice, de poursuivre et d’approfondir sans cesse cette connaissance subjective du corps qu’il est. Le corps que l’homme « est » ? L’observation du cadavre donne l’impression que le corps est quelque chose auquel il manque autre chose : la vie ? L’esprit ? Le départ de notre existence montre que le corps n’est pas quelque chose. Le devenir de cette forme existentielle, notre corps, est le résultat d’un ensemble d’actions qui ont leur source dans l’être. Ce qu’on appelle la vie n’est pas dans le vivant. Le vivant est la vie qui devient forme. Les films, magnifiques, qui montrent le développement intra-utérin, sont émouvants : Moins de quinze jours après la fécondation, l’être en acte prend la forme de l’embryon, lequel prend la forme du fœtus, lequel prend la forme du nouveau né ! Nous ne pouvons pas dire qu’une vague a un certain rapport à l’océan ; la vague est l’océan dans une forme particulière : cette vague.

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Nous ne pouvons pas dire que le corps a un certain rapport à l’être ; le corps est l’être en acte. L’exercice ? La question : quel exercice faire ? est moins importante que la question : comment pratiquer ? Il s’agit : En premier lieu d’apprendre une technique. Seconde étape, bien faire ce qu’on a appris. Troisième étape, maîtriser ce qu’on fait bien. Quatrième étape, maîtriser parfaitement ce qu’on maîtrise. Au cours de cette quatrième étape, arrive le moment où l’ego, qui a généreusement participé à l’accès à la maîtrise de l’action apprise par sa volonté, sa ténacité, sa concentration, l’ego s’ouvre à une action alimentée par une source plus profonde que l’intention consciente, et inconsciente, du moi. Dans le langage du zen apparaît ici l’expression : Cela marche, Cela a réalisé la technique pour moi, ou, comme dans l’art du tir à l’arc : Cela a tiré !

Jacques Casterman

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Chaque étape est naturellement un temps de travail sur soi. Il s’agit de développer l’attention ; d’exercer le moment présent ; de se libérer du désir de réussir à tout prix qui s’accompagne de la crainte d’échouer et entrave l’action. Un exercice qui engage le corps qu’on « est » est, en même temps, un travail minutieux sur l’âme et sur le mental. Ainsi, j’ai observé, dans la pratique de l’Aikido et du tir à l’arc, que j’étais animé par l’esprit de performance et l’esprit d’acquisition. Une attitude intérieure qui conduit à la crispation, à l’agitation et au doute. A force de pratiquer, est arrivé le jour où j’ai vu que ce qui importe c’est l’esprit de répétition ! Le quatrième degré, c’est-à-dire le premier, est atteint pas l’esprit de répétition. Le maître de tir à l’arc de Graf Dürckheim, Kenran Umeji Roshi, lui disait : « Sur le Chemin, il vous faut faire un exercice à fond. Plus vous ferez un exercice à fond et plus nombreux seront les secteurs de votre vie fécondés par cette profondeur. »

Conclusion

Le mieux-être est une aspiration légitime. L’erreur de la tradition occidentale est de penser pouvoir fabriquer le mieux-être à coups d’exercices ! L’exercice n’est pas un travail de construction d’une manière d’être telle ou telle. L’exercice prépare les conditions de la libération de notre nature essentielle, source du silence intérieur et du calme intérieur.

Jacques Casterman Sort diplômé en kinésithérapie de I ‘Université libre de Bruxelles en 1961. M ais une quête de sens, que le savoir ne peut assouvir, le conduit à une longue exploration des pratiques de la tradition orientale : I ‘aïkido, le karaté, la cérémonie du thé et le tir à I’arc. Convaincu que la vie spirituelle est affaire d’expérience, il suivra I’enseignement du vieux sage de la Forêt-Noire, Karlfried Graf Dûrckheim, pendant plus de vingt ans (1967-1988). Depuis 1981, il anime dans la Drôme le Centre Dûrckheim, école de sagesse exercée.

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Expériences croisées : Sophrologie et pédagogie Yolande Marchal Giorgio Parisotto

Je suis enseignant en éducation physique et sportive et en biologie, sophrologue et praticien en psychomotricité globale relationnelle. J’utilise donc les techniques de sophrologie durant les cours d’éducation physique à divers moments : lors de l’accueil des élèves (invitation, intention), lors de l’échauffement et des étirements (stretching) mais aussi lors de l’enseignement proprement dit (via la visualisation du geste notamment c’est-à-dire l’imagerie mentale) et surtout au moment de la récupération en fin de séance. Idem pour les séances en club sportif. Influence de Carrasco. J’ai créé, dans le cadre de la grille horaire officielle, un « atelier sophro » pour les étudiants de 12/13 ans : les élèves qui ne sont pas repris pour remédier à leurs lacunes en math, langue maternelle, langues étrangères sont répartis dans différentes activités sportives et c’est ainsi que la création d’un atelier (que les élèves appellent « sophro ») a eu toutes les chances d’exister. Le choix appartient à l’élève de s’inscrire dans l’une ou l’autre activité s’il n’est pas repris dans la remédiation scolaire. Plusieurs fois durant l’année, des rotations dans les différents ateliers sont proposées. Les techniques utilisées sont très corporelles, ludiques et donc bio-énergétiques. Entre deux exercices, une pause trouve naturellement sa place, moment propice et très bien accueilli par les élèves pour souffler, conscientiser et gérer le retour au calme par des techniques de plus en plus dérivées de la sophrologie. C’est donc à dose homéopathique que celle-ci fait son entrée puis elle est de plus en plus présente dans la séance. J’ai créé, dans le cours de techniques éducatives en 3e année sciences sociales, deux périodes par semaine de sophrologie (programme officiel). Cela s’adresse à des élèves de 14/15 ans. Ces cours sont obligatoires pour les étudiants inscrits dans les deux classes de cette section, exactement comme toutes les autres branches au programme (math, langue maternelle, sciences…).Ces cours sont exemptés d’une évaluation chiffrée dans le bulletin. Cependant, des tests (d’auto évaluation, d’évaluation formative) sont réalisés régulièrement sous forme de « feed-back ». Ici aussi, c’est à dose homéopathique que les pratiques sophrologiques sont introduites car durant les premières leçons, il s’agit de créer d’abord les conditions permettant cette pratique en « bâtissant » un groupe –classe par des exercices divers. Cette expérience dure depuis plus de dix années. Influence de J. Salomé et du programme « Clés pour l’adolescence » et « Clés pour l’action ». Le cours se base sur énormément d’exercices de stimulation corporelle incitant tantôt la collaboration, l’opposition, tantôt la confiance, l’estime en soi, l’ancrage… C’est la pédagogie différenciée et la créativité qui forment le fil rouge des interventions : via l’expression corporelle, les techniques théâtrales, d’improvisation, de sketches, de mimes, de dessins, danses, chansons, contes, percussions… Entre deux degrés, un projet est proposé et réalisé par les élèves (par exemple organisation d’un « swim-marathon » pour recueillir de l’argent en faveur d’une institution pour personnes handicapées).

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J’utilise des techniques de sophrologie avec les enfants, les parents mais aussi les animateurs de l’EDM (Ecole Du Mouvement) : une nouvelle voie…, (projection de deux courts films vidéo pour illustrer ce travail). Giorgio Parisotto L’origine de mon nom proviendrait des «Parisot» de Paris dont quelques-uns se sont installés à Castelfranco dans la Vénétie…Je m’appelle Parisotto Giorgio, la cinquantaine bien entamée, né en Belgique, de parents italiens. Mon père était mineur, ce qui a influencé mon parcours. J’enseigne l’éducation physique et sportive et la sophrologie m’a fait un clin d’œil dans les années nonante. J’ai la chance de pouvoir l’enseigner officiellement quelques heures à l’école. Actuellement, je travaille à mi-temps dans l’enseignement et je peux consacrer ainsi plus de temps et d’énergie à un projet qui se nomme « edm » (école du mouvement), activité qui s’occupe d’enfants de 15 mois à 6 ans.

Giorgio Parisotto

Yolande Marchal

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APPLICATIONS DE LA SOPHROLOGIE EN SITUATIONS EDUCATIVES Enseignante des Sciences de la Vie et de la Terre, sophrologue, voici un résumé de mon expérience, de mon vécu dans mes classes avec des petits élèves de collège mais aussi de lycée et de préparation au diplôme de professeur des Sciences de la Vie et de la Terre (CAPES de Biologie et Géologie). Une question : Comment la sophrologie à partir de ses concepts, de ses outils, de ses techniques peut-elle entrer dans la valise du pédagogue ? Pour moi c’est la forme la plus appropriée : intégrer les techniques sophrologiques comme fil rouge dans la journée scolaire .Des petits moments courts et réguliers pour aider les élèves et les enseignants dans leurs apprentissages. Il n’est bien sûr pas possible de pratiquer la sophrologie telle que nous la proposons dans les ateliers ! La sophrologie pour moi dans un premier temps : Je démarre la journée par une préparation pour accueillir au mieux mes élèves. Retrouver mes forces, mes motivations, croire dans leurs potentiels … L’enseignant n’a jamais l’esprit au repos, il doit anticiper toutes les situations, chercher à rassurer, gérer la classe avec le non-verbal le plus possible : le regard, les déplacements, la voix, le discours. Il doit savoir gérer les pulsions d’énervement et de colère tout en étant disponible pour la communication du savoir. Comment être efficace du matin au soir ? Et puis il y a aussi cette capacité à s’adapter au niveau et aux besoins des élèves. Vivre le moment présent et accepter ce qui est, sans frustration, sans culpabilité, sans jugement et rester centrée sur les élèves ; pas facile !!! La sophrologie est d’une grande aide pour moi. J’ai deux objectifs dans la classe : > faire aimer ma matière : créer du plaisir d’être là, susciter le désir de connaître > faire aimer l’acte d’apprendre C’est le 2ème point que nous allons développer dans ce partage. La sophrologie et l’acte d’apprendre L’école a besoin d’une profonde mutation ; la capacité à apprendre est menacée. Mais qu’est-ce qu’apprendre et comment réinventer le temps d’apprendre ?

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Première difficulté : les élèves veulent savoir mais pas apprendre ou ne savent pas apprendre. Pourtant le jeune sera amené à apprendre toute sa vie ! La solution, l’enseignant doit apprendre avec eux et les accompagner étape après étape dans l’acte d’apprendre en leur faisant acquérir les gestes fondamentaux indispensables. 1/Capter 2/Traiter 3/Sauvegarder 4/Utiliser Deuxième difficulté : La passivité de certains élèves. Ils se disent : contraints, paralysés dans leur corps et paralysés de la parole, anonymes … Ils s’expriment soit à la forme passive : « on est … » soit par des attributs de valeur négative : « A force d’être assis, on ne se sent plus, on n’existe plus … Quand je me lève et que je bouge, je me retrouve dans ma vitalité » Le « on » de l’anonymat passivité cède la place au « je » action, existence, identité. Le mouvement est indissociable de l’activité cérébrale et a une fonction de stimulation. La prise de parole suppose de se rassembler, de retrouver un corps et émerger de cette « absence » devient difficile, voire douloureux pour certains. Résultats, ils s’offrent une école buissonnière du dedans : le voyage imaginaire ; ils ne sont plus là ! et ils arrivent au lycée bien formés à la passivité. L’enseignant formé à la sophrologie peut proposer des exercices : - pour développer l’intériorité corporelle > pour explorer, vivre un schéma corporel dynamique dans la position d’écoute > pour percevoir l’attitude et la qualité tonique du corps à travers un ressenti personnel intime et non à travers un donné à voir Afin d’animer la force de présence et le sentiment d’existence nécessaires aux apprentissages. Troisième difficulté : Les élèves ont du mal à formaliser ce qu’ils ont à dire : ils ont tendance à délaisser la parole au profit des sons, des images, des émotions. Les exercices proposés en sophrologie favorisent le discours intérieur de description et donc l’écoute et la verbalisation lors des partages. Quatrième difficulté : Il y a une remise en question de l’efficacité de l’école. Les valeurs traditionnelles véhiculées par l’école : le travail, le mérite, l’effort ne sont plus entendues par les jeunes puisqu’elles ne font plus leurs preuves. Nécessité de redonner du sens à nos apprentissages. Un outil l’intentionnalité : il est important de repérer d’où l’on part afin d’évaluer réellement le chemin parcouru : les réussites En début de cours : auto-positionnement, auto-questionnement et à la fin du cours auto-évaluation L’enseignant guide le jeune dans la découverte de ses potentialités et l’aide à changer l’image qu’il a de lui même si nécessaire.

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Les gestes fondamentaux de l’apprentissage Le premier travail consiste à entrer dans nos représentations mentales en lien avec le mot apprendre et de conscientiser leurs rôles ; des moteurs ou des freins ? Le cerveau ne traite pas les objets matériels mais seulement des objets mentaux. Les représentations constituent un système construit par l’individu et fonctionnent selon des règles. Pour Boris Cyrulnik, l’incapacité de sortir de son propre mode de représentations est une forme de violence. Dans l’acte d’apprentissage, une grande partie de notre activité est consacrée à la gestion de l’information. La recueillir : écouter, ressentir, deviner La produire : inventer, concevoir. 1ère étape : CAPTER ET PERCEVOIR les informations nécessaires à l’apprentissage Avant de pouvoir retenir une information, il faut que celle-ci arrive au cerveau = CAPTER. Et lorsque la sensation parvient dans le cerveau, elle est enregistrée dans une sorte de poste de tri = PERCEVOIR ou mémoire sensorielle. Spontanément, nous avons du mal à différencier nos perceptions de manière fine. La nécessité d’une adaptation à un environnement changeant nous a en quelque sorte formatés pour une perception globale de ce qui nous entoure, qui seule permet une réaction adaptée en cas de danger. Il faut décider de focaliser son attention pour que ce comportement réflexe soit abandonné et que puisse se développer une perception sélective. L’entraînement a d’étonnants résultats. En pleine forêt une oreille non entraînée ne distingue pas plus de quatre cris d’oiseaux alors qu’une oreille d’ornithologue averti peut en percevoir plus de dix ! La perception peut donc être stimulée. Mais la mémoire sensorielle est très sensible aux interférences ; ces perturbations qui interrompent une activité et détournent l’attention. Tous les exercices de concentration sensorielle permettent d’éduquer la réceptivité des informations et la perception. 2ème étape : LE TRAITEMENT de l’information Après la mémoire sensorielle, la deuxième étape est la mémoire à court terme qui permet de retenir les informations dont on a un besoin immédiat et de les traiter. Elle est parfois comparée à un « espace de travail » ; c’est pourquoi on l’appelle aussi mémoire de travail. Les caractéristiques de cette mémoire sont : une durée de stockage limitée, une faible capacité d’enregistrement et elle est sensible au manque d’attention. Chez certaines personnes, les informations sont chassées avant qu’elles soient traitées et envoyées dans la mémoire à long terme. Il est possible d’économiser notre mémoire à court terme en automatisant Exemple : La conduite Au début de l’apprentissage, il y a une surcharge cognitive, beaucoup de choses à gérer en même temps puis petit à petit nous devenons capables de parler en conduisant = le geste est automatisé. Nous ne maîtrisons pas tout ce que le cerveau fait ; beaucoup de nos compétences reposent à la base sur ce que nous avons automatisé.

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Chez les enfants le décryptage des mots occupe 90% de la mémoire de travail et il reste seulement 10% pour la compréhension alors que chez la personne qui sait lire il y a 90% de la mémoire de travail disponible pour la compréhension. Au collège 20 à 30% des fautes d’orthographe sont dues à un manque d’automatisme du geste graphique de l’écriture. Le traitement de l’information nécessite une mémoire de travail activée mais aussi une capacité à construire des représentations mentales ; acte difficile pour certaines personnes qui ont appris à appliquer les choses plutôt qu’à les intérioriser. Ils doivent mentaliser l’information, se l’approprier, faire circuler les informations dans les différentes régions du cerveau, créer des liens, laisser venir des associations et réfléchir, analyser, trier, hiérarchiser, favoriser le passage des données de la mémoire à court terme à la mémoire à long terme : c’est l’encodage favorisé par un contexte émotionnel et par la pose structurante proposée par l’enseignant. Les exercices qui développent l’imagerie mentale, la mobilisation interne des sens, qui stimulent l’imaginaire sont efficaces pour créer une dynamique mentale nécessaire au traitement des informations. 3ème étape : LA MEMORISATION Revisiter l’information Réactiver sa trace dans les circuits de neurones plusieurs fois. Organiser le rappel Idée importante sur la mémoire, elle ne fonctionne pas comme une bibliothèque. La mémorisation d’informations se fait à plusieurs endroits et nous augmentons la probabilité de récupération si elle a été traitée par différents canaux de communication.

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Puis 4ème étape : L’UTILISATION et la mobilisation des connaissances pour la production personnelle L’utiliser – la formaliser – la communiquer – l’exprimer L’acte d’apprendre est un acte d’intériorité. L’élève est acteur de ses apprentissages. Il est l’architecte de ses circuits neuronaux La sophrologie à l’école pour : Introduire le statut du corps : pour se dynamiser ou se calmer, dire stop au mental, améliorer la vigilance et l’attention, vivre le moment présent, capter et utiliser ses émotions, libérer la parole … Conscientiser : l’introspection développe l’intériorité et permet une meilleure connaissance de soi. Agir : se déparasiter, se programmer dans le but de devenir responsable, autonome et authentique. Verbaliser : La carence d’intériorité et de mentalisation amène les jeunes à vivre dans l’agir et à des passages à l’acte dans lesquels ils expriment ce qu’ils n’ont pas pu dire avec des mots : les bagarres, les dégradations… En bilan Avec la sophrologie je prends le temps d’observer, d’explorer, de revisiter des situations d’enseignement dans le but de m’éveiller à ma gestuelle, mes habitudes, mes déplacements, mes désirs, mes angoisses, mon mode de lien aux élèves et par conséquent, à mieux décrypter les intentions inconscientes qu’ils me renvoient. La sophrologie ne peut pas résoudre tous les problèmes mais elle a le mérite d’être un moyen de remédiation. Et je me sens très motivée pour mener cette exploration passionnante qu’est l’étude du processus enseigner- apprendre.

Yolande Marchal « Je suis sophrologue, diplômée de la Fédération Européenne de Sophrologie et enseignante et formatrice en Sciences de la Vie et de la Terre. M’appuyant sur mon expérience d’enseignante, j’anime des stages dans le cadre de la formation continue, apportant aide et soutien à la construction d’outils pour mieux vivre le métier d’enseignant avec la sophrologie. Je propose également des ateliers hebdomadaires de préparation aux examens dans les lycées. »

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La Sophrologie, des origines à l’Actualité Lorsque Martine Dupuy m’a demandé de faire une intervention concernant «La Dr Bernard Loquineau sophrologie des origines à l’actualité» j’ai accepté cette tâche car je voudrais ici partager mes réflexions et ma propre expérience de sophrologue ayant une formation de qi gong après des années de pratique clinique avec une activité hospitalière au sein d’une consultation de la douleur. Il y a 50 ans les origines de la sophrologie ancrées dans la rencontre du yoga avec le bouddhisme tibétain et le zen étaient fondamentalement exprimées par le Dr A. Caycedo, avec impossibilité de les renier (1). Il y a 25 ans la Fédération européenne de sophrologie avec le Dr Y. Davrou ouvrait celle-ci à la médecine traditionnelle chinoise et à la lecture symbolique des données de la conscience. La Fédération Européenne De Sophrologie (FEDS) s’est ensuite toujours actualisée aux sources de la tradition et de la science. Un dialogue est toujours possible entre la science et la tradition comme viennent de le confirmer les thérapies cognitives et comportementales en intégrant la méditation «mindfulness» (2) dite vipassana, samatha (sanscrit), zhi gnas (tibétain). La sophrologie revalorise la corporalité et développe la conscience corporelle. Relaxation dynamique pour laquelle le mouvement est au cœur de sa réalité elle permet de faire une acculturation du yoga et du qi gong dans le premier degré en restant fidèle à leurs origines. La Tradition apporte au travail du corps un champ de représentations indissociables d’une unité corps-esprit en quête d’harmonie. La force de la sophrologie vient de la complémentarité de ses trois degrés. Le deuxième degré de sophrologie comme régulateur des émotions s’ouvre parfaitement à la « troisième vague émotionnelle » des thérapies (2) riche du nouveau concept de «mindfulness» qui fait le lien au troisième degré. La science vient s’associer à la tradition pour passer de la relaxation à la méditation, passage qui est au cœur de la sophrologie DES ORIGINES En 1960 le terme Sophrologie était crée avec la fondation du premier département de sophrologie clinique, au sein du service de neuropsychiatrie du Pr. Lopez Ibor dans l’ancien hôpital Santa Isabel de Madrid par le Dr Alfonso Caycedo. « L’origine sémantique du mot Sophrologie peut se trouver dans l’expression grecque «Sophrosyne» et est composé des racines suivantes : «sos» (harmonie, sérénité), «phren» («mente» : esprit, intention) et «logos» (étude, traité) » écrit A. Caycedo (1). En 1963 et 1964 le Dr Alfonso Caycedo est médecin neuropsychiatre stagiaire auprès du Dr Ludwig Binswanger, dans sa clinique Bellevue de Kreuzlingen, en Suisse. Le Dr Binswanger phénomènologue appliquant l’analyse existentielle, grand ami de Freud, s’inscrit au groupe analytique de Vienne quand celui de Zurich pris son indépendance en 1914 (3). De 1965 à 1968 le Dr Caycedo, encouragé par le Dr Binswanger (4), voyage en Inde, au Tibet et au Japon pour y étudier les différentes conceptions de la conscience chez les mystiques de l’orient. Il s’initie au yoga indien, au bouddhisme tibétain et au zen japonais et y trouve un matériel d’une richesse exceptionnelle pour l’étude des états modifiés de conscience. En 1970 le premier congrès mondial à Barcelone, intitulé « Sophrologie, Médecine d’Orient et d’Occident « est la première fois dans l’histoire de la médecine qu’un congrès réunit les systèmes occidentaux de la médecine classique et les systèmes traditionnels de médecine extrême-orientale.

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Info fédé Septembre 2008  

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