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poste d’écoute

Il y a déjà quatre ans qu’on attendait Patrik et les brutes, le nouveau projet de l’artiste Plastik Patrik. Toutes les filles sont folles de moi est sur le marché depuis novembre dernier.  Patrik, c’est ce Nightlife Entertainer qui mixe, promeut des évènements et anime des soirées dans le milieu underground gai de Montréal. L’homme, qui cultive l’androgynie, nous livre une marchandise plus rock, plus garage et plus trash à gogo que son ancien groupe ONE 976, que nous avions connu grâce à l’excellente reprise de She Bop de Cindy Lauper. Ce petit bijou, c’est l’aboutissement de six ans de travail réalisé par Ryan Batisstuzzi (Malajube, Breastfeeders) (guitare de tonnerre) et mixé par Mathieu Dandurand (Mes Aïeux, Stefie Shock, Alfa Rococo). À part un Plastik à la voix ardente et à l’accordéon romantique, le groupe bénéficie aussi de l’aide précieuse de Steve Nadeau (guitare), Philippe Duong (basse tombeuse), Vicky Martel (Vénus 3, maintenant Killing Venus, aux chœurs chocolatés et claviers robotiques), Francis Fugere (batterie macho) et Sunny Duval (OUI, le Sunny de nos Breastfeeders, guitare-soliste blessant).  Bref, un opus qui insuffle un vent de fraîcheur et d’originalité sur le paysage musical québécois. Une voix nous rappelant quelque peu celle de Plastic Bertrand, mélangée avec des guitares convulsives et un disco coquin et sexe : voilà  la tornade de Patrik et les brutes ! 

> philippe Gaudet Après avoir évolué musicalement à chacune de ses 3 parutions d’albums, le groupe Malajube nous revient cette fois-ci avec un EP de 4 chansons tirées de l’enregistrement du dernier opus Labyrinthes. C’est d’ailleurs pourquoi, pour la première fois, le groupe de Sorel nous laisse sur une impression de « réchauffé ». C’est pardonnable dans un contexte de parution de outtakes (ou b-sides pour les nostalgiques), comme on appelle communément les pièces inédites de sessions d’enregistrement.  Deux des pièces du EP durent moins de 2 minutes et s’oublient d’ailleurs assez rapidement. Ceci dit, les 2 autres titres sont pratiquement aussi appréciables que le sont les meilleures de Labyrinthes. La 3e pièce, Hochelaga (ayant autrefois connu le nom Pirate d’Hochelaga), a été jouée à maintes reprises en spectacle dans les 2 dernières années. C’est d’ailleurs la plus mémorable du CD. La chanson-titre Contrôle, qui ouvre le disque, rappelle fortement la première pièce du dernier album (Ursuline) et c’est probablement ce qui donne le plus une impression de déjà-vu. Qu’à cela ne tienne, les fans de la première heure seront ravis et dans un contexte de pièces inédites, nous nous devons d’être plus cléments. Un EP plutôt tranquille mais accrocheur, comme Malajube l’est à tout coup. Un beau cadeau pour les irréductibles. 

Frigid – Remix Sessions Kink! Inc. (2009)

> Stéphane Racicot

Malajube - Contrôle Dare to Care (2009)

Spectra musique (2009)

Patrik et les brutes Toutes les filles sont folles de moi

> Stéphane racicot Sa présence scénique, son style extravagant et ses goûts musicaux éclectiques et impeccables firent de lui le DJ le plus en demande de la métropole. Joffrey Dumas, alias Frigid, délaisse le « DJ » devant son nom et nous présente en 2006 une trame sonore cochonne entièrement enregistrée dans sa chambre à coucher, ayant pour titre Bedroom Sessions. Toujours aussi enraciné dans la musique émergente et même davantage depuis son escale européenne, Frigid est définitivement de retour ! Pour ce projet, il a demandé à plusieurs DJ-producteurs de partout (Montréal, L.A., Berlin, Paris, Madrid) de revisiter son répertoire fort original. L’aboutissement est prodigieux : 80 minutes de musique sans arrêt s’apprêtant parfaitement au nightclubbing, aux partys privés et aux nuits qui n’en finissent plus. Vous pouvez écouter des remixes de Mateo Murphy, Mark Anthony, Decay inc., Ascii Disko, etc.  En prime, on y retrouve le plus récent simple Lose You de la reine de l’électro-clash, Peaches, remixé par Frigid lui-même.  Frigide, vous ne le serez pas en écoutant ce  Remix Sessions. Une voix qui ne vous laissera pas indifférent, rappelant parfois même feu Michael Hutchence (INXS). Portez une oreille attentionnée sur  les chansons Machine (duo avec Plastic Bertrand) ainsi que l’excellente Bedroom Session. Pour vos nuits endiablées. 

3,5/5

4/5

Mesh – A per fect solution

Them Crooked Vultures Them Crooked Vultures

4,5/5

Non, ils n’ont rien de gothique, malgré leur nom. Pour aimer Vampire Weekend, il faut plutôt avoir un penchant pour les couleurs pastelles ou le bonheur. Moi, j’adore. J’étais d’ailleurs tout de suite tombé sous le charme avec leur premier album éponyme, paru en 2007. De la pop-rock de collège sur des rythmes entre l’Afrique et le punk, ou « punket », dans le sens « fin des années ’70, début ‘80 » (Elvis Costello, The Police…), surmonté d’excellents arrangements de cordes classiques qu’ils font eux-mêmes, les membres s’étant tous rencontrés pendant leurs études en musicologie. Avec Contra, leur 2e album tout juste sorti le 12 janvier, ils poussent ce concept encore plus loin. On y reconnaît toujours la façon très années 80esque d’intégrer la musique africaine à l’occidentale (Paul Simon surtout, Men at Work, Toto…) mais on y ajoute plus d’énergie, avec des rythmes électro 8-bits (Nintendo), entre autres choses. J’ai déjà hâte au printemps pour réécouter l’album, si je tiens jusque-là, car c’est de la musique de soleil, ça ne fait pas de doute. Un album qui sent très bon. Téléchargez Run, ou White Sky, ou Cousins, ou le tout. 4,5/5

> olivier naud Imaginez si Joshua Homme (Kyuss, Queens of the Stone Age), Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) et John Paul Jones (Led Zeppelin) formaient un trio. Eh bien cessez de rêver, ça existe : ça s’appelle Them Crooked Vultures et c’est un peu béton. Ou rock, devrais-je dire, du rock qui sent l’expérience plutôt que l’esprit adolescent. Fort de son énorme bagage, le trio sait autant nous livrer des riffs puissants, que des hymnes classiques appartenant à différentes époques du rock, ou nous surprendre avec une inventivité à faire l’envie de plusieurs. Je les soupçonne même d’avoir volé un beat au groupe Le Carabine, mais bon, on ne va pas les poursuivre, haha! Dave Grohl, qui est de retour à la batterie, est particulièrement efficace et plus élégant qu’à l’époque de Nirvana. John a toujours la basse bien lourde et Joshua, quant à lui, est tout simplement fou. L’album est réalisé par Alan Moulder, un géant dans le domaine. En somme, c’est bon! Pour les téléchargeurs, je vous suggère la chanson Reptiles comme entrée en matière. 4/5

Caravan Palace - Caravan Palace

> L’Échevin Murphy L’album commence en force avec Couleurs, sur laquelle j’ai eu le kick dès la première écoute, en 2008, lorsque Naïve soumettait sa candidature au FRIMAT (qu’il allait gagner quelques mois plus tard). Une pièce au son pop-rock, rafraîchissant et très accrocheur. Je retrouve peu, dans la suite d’Aryhtmie, premier disque de Naïve, cette saveur pop qui m’avait séduit au départ. Sans toutefois devenir insipide, le produit est d’un rock tellement liché que je confonds certaines pièces après plusieurs écoutes. Il faut préciser que Stéphane Dussault, bassiste Respectable d’un groupe populaire, signe la réalisation et le mixage d‘Arythmie et que celui-ci, après lecture des crédits, semble avoir mis sa touche sur toutes les musiques. Naïve aurait peut-être eu avantage à y mettre plus de caractère, quitte à commettre quelques erreurs de débutant. C’est mon impression. Avec la voix de Laurent Choinière, la fougue de ses membres et le professionnalisme de sa démarche, le quatuor possède d’excellents ingrédients. Ne manquent qu’une épice et le bon temps de cuisson. Si Naïve espérait inventer quelque chose ou marquer l’histoire de la musique, il faudra se reprendre sur une prochaine œuvre. Par contre, si on espérait une entrée remarquée, un succès rapide et un produit digne des grandes radios commerciales, c’est mission accomplie. Jugez-en par vous-mêmes : Naïve est déjà en rotation sur les grandes stations de radio. Ce n’est pas un hasard : les membres du groupe prennent très au sérieux leur destinée et cette précoce réussite est amplement méritée. Ceci dit, Naïve offre un album honnête et démontre une maturité remarquable. De mon côté, j’aurais quand même espéré un peu plus de Couleurs ! 

> Noyzemaker Saluez le retour de Art Of Noise! C’est ce qu’on pourrait être tenté de dire à la suite de l’écoute de cette galette d’à peine 13 minutes. Le premier opus de l’artiste britannique VHS Head évoque en effet les collages sonores, orgies d’échantillonnages et autres bidouillages de ces pionniers de la musique électronique. Mais attention! Si la recette employée par VHS Head n’a rien d’original avec ses incalculables échantillonnages supposément extraits d’une quantité industrielle de vieilles vidéocassettes rescapées d’anciens clubs vidéos, ses occasionnelles séquences d’arpégiateur et quelques bonnes basslines gluantes à souhait, le gâteau final demeure tout de même savoureux. Les rythmes syncopés évoquent les constructions compliquées de Paradroid ou encore les plus récentes œuvres de Gescom. Les mélodies au copier-coller immergent quant à elles l’auditeur au cœur des années 1980. Ce travail rétro-futuriste sur lequel l’ombre de Art Of Noise demeure néanmoins omniprésente laisse d’ailleurs planer un doute quant à l’identité de la personne qui se cache derrière VHS Head. Une rumeur persistante voudrait en effet qu’il s’agisse d’un des deux membres de Boards Of Canada. Le fait que le duo n’ait rien offert de nouveau depuis maintenant plus de quatre ans contribue sans aucun doute à alimenter la rumeur. Le seul commentaire négatif qu’on puisse émettre à l’endroit de Video Club concerne son distributeur, le label Skam. À sa « bonne » habitude, Skam l’a lancé dans une édition ultra-limitée. Ce qui fait que, quelques semaines seulement après sa parution, il est déjà épuisé. 3,8/5

La Tribu (2009)

VHS Head - Video Club Skam (2009)

Kay Productions (2009)

Trois ans après l’album très « poppy  » We Collide, le chanteur Mark Hocking et son complice Richard Silverthorn nous présentent A Perfect Solution. Passant de trois à deux membres, Mesh revient avec un album rajeuni, tant l’énergie dégagée par la quasi-totalité des morceaux est impressionnante. Mark parle toujours de souffrances du cœur, de rupture, de séparation et de réparation aussi. If We Stay Here annonce la couleur, avec tout ce qui a fait de Mesh l’un des plus dignes successeurs de Depeche Mode (refrains exaltants, mélodies recherchées, mélanges habiles de sonorités de guitare et de synthés, textes accrocheurs, voix distinguable entre toutes). Only Better, premier extrait de cet album, avec ses sonorités de violons et son refrain qui sonne comme un coup d’accélérateur, apparaît comme une petite perle synthpop. Puis, viennent quelques morceaux aux rythmes endiablés, ce qui fait sans doute la différence avec la plupart des titres plus calmes des deux ou trois disques précédents. Pour A perfect solution, Mesh s’offre les services de la chanteuse de Technoir (Julia Beyer). Alors, si vous êtes un néoromantique nerveux et musclé, foncez! Mesh est un groupe majeur. Indispensable, tout simplement.   4/5

Naïve – Ar ythmie

3/5

> Stéphane racicot Interscope (2009)

> olivier naud

Dependent/Metropolis (2009)

XL Recordings (2010)

Vampire Weekend - Contra

> Philippe Lebel Dans un mélangeur, mettez du jazz manouche à la Django Reinhardt et de la musique électro, ajoutez-y une voix féminine chaleureuse et envoûtante à  la Peggy Lee, mélangez bien à  haute vitesse et vous obtenez Caravan Palace. Ce groupe français fait dans l’électroswing. Les membres fondateurs du groupe sont trois compositeurs de musique électro passionnés de jazz manouche. C’est ainsi que des airs de foxtrot et de charleston se mêlent à des effets de synthé et des échantillonnages. On dirait un peu du cabaret des années 30 remixé par Champion. Ça donne donc une musique moderne, dansante et très joviale. Personnellement, j’aime beaucoup cet album et j’ai accroché dès la première écoute, voire dès la première mesure. J’ai deux bémols par contre. Premièrement, je suis toujours un peu déçu quand je vois un groupe francophone composer en anglais, mais bon, l’accent est tellement mis sur la musique dans ce casci que ça importe peu. L’œuvre est un peu linéaire aussi. C’est toutefois un excellent album. C’est de la musique à faire sourire et ça accompagne parfaitement les corvées ménagères. Somme toute, Caravan Palace est à découvrir et j’ai déjà hâte d’entendre le prochain. 4/5

Toute notre équipe souligne fièrement la contribution de la CRÉ à L’Indice bohémien.

LE JOURNAL CULTUREL DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE

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FÉVRIER 2010 // L'INDICE BOHÉMIEN // COPIE 5  

Journal culturel de l'Abitibi-Témiscamingue

FÉVRIER 2010 // L'INDICE BOHÉMIEN // COPIE 5  

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