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SUSTAINABILITY #09

IMS LUXEMBOURG MAG

LE POUVOIR EMPÊCHÉ DES ARBRES En mode accéléré Injonctions d’urgence, chrono-compétitivité, hyperréactivité… Le métronome de nos vies s’emballe. Devons-nous vraiment le suivre ? Urgency imperatives, time-competitiveness, hyper-responsiveness... The metronome of our lives is running amok. Do we really have to follow it?

Forest Symphony

Reykjavík

Ils font le buzz

Social Business

Anita Dore takes us to discover the unsounded parts of the woods Anita Dore nous fait découvrir les parts insondées des forêts

Contre les violences faites aux femmes Fighting violence against women

Un paradoxe vert A green paradox

Des entreprises à objet social augmenté When companies’ corporate purpose goes highly social


INSPIRING SUSTAINABILITY IMS LUXEMBOURG MAG Édité par IMS Luxembourg pour ses membres B.P. 2085 / L-1020 Luxembourg www.imslux.lu info@imslux.lu Tél. : +352 26 25 80 13 RÉDACTRICE EN CHEF Marie Sauvignon RÉDACTION Corentin Dion Amélie Jeannesson Mathilde Leré Laura Mullenders Lucie Rotario Marie Sauvignon Priscilia Talbot TRADUCTION ET ADAPTATION Corentin Dion, Mathilde Leré, Luca Macchi, Laura Mullenders, Lucie Rotario, Priscilia Talbot, Arno Thomas, Nancy Thomas, Tannis Thomas ONT COLLABORÉ À CE NUMÉRO Benoit Bonello, Saskia Bruysten, Angélina Lamy CONCEPTION GRAPHIQUE Aurélien Mayer, Lucie Rotario IMPRESSION Imprimerie Reka PHOTOGRAPHIES ANF, Todd Cravens, Clark Tibbs, Danone, Frank Denney, enVie, Faguo, Mireille Feldtrauer, Ross Findon, Flaticon, Vincent Guth, Nick Harrison, Casey Horner, Martin Jernberg, Nikita Kachanovsky, Christian Lamontagne, NASA, Programme Malin, PUR Projet, Shutterstock, The Walt Disney Company France, Unsplash, Veja, Vodafone, Yunus social Business, Bailey Zindel

N° ISBN : 978-2-9199614-0-5 Photo de fond : Mireille Feldtrauer, ANF Photo de couverture : Christian Lamontagne

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EDITO Une attention au monde

Connaissez-vous le Shinrin Yoku ? Ce bain de forêt très en vogue au Japon, rencontre aussi désormais de nombreux adeptes dans nos contrées. Il y est question d’embrasser les arbres afin de profiter de leurs bienfaits. Une sylvothérapie en quelques sortes. Si cette pratique peut faire hausser notre sourcil dubitatif, elle signe surtout un besoin physiquement éprouvé de renouer avec la nature dans un monde désincarné. Communier avec ces géants silencieux dont on s’était tant distancé. Se sentir appartenir à un écosystème dont on avait oublié jusqu’aux interactions mêmes.

Do you know what “Shinrin Yoku” is? It is a kind of forest bathing, which is highly valued in Japan; and is now becoming increasingly popular in our part of the world. It is about embracing the trees in order to enjoy their benefits. If this practice can raise our doubtful eyebrow, it is a sign of a physical need to reconnect with nature in a disembodied world. To communicate with these silent giants from whom we have distanced ourselves. To feel part of an ecosystem whom with we have forgotten even the interactions themselves.

Dans cette quête aussi, l’idée d’entrer dans une autre temporalité, inspirée de celle de l’arbre. Entre racines et canopée, il est tout un symbole de force tranquille, contrepoint aux soubresauts de notre société moderne. L’enlacer, c’est vouloir épouser son ancrage et son élévation, répondre à une impérieuse nécessité de profondeur, mais aussi de prendre la hauteur nécessaire à la réflexion. C’est comme le nomme le philosophe Hartmut Rosa, entrer en « résonance », échapper au brouhaha et à l’accélération de notre quotidien fait d’interruptions et d’injonctions multiples qui nous dépossèdent d’une véritable relation intense au monde. Car, à mesure que nous accélérons, nous sommes moins en prise avec notre environnement et confrontés à une troublante perte de sens.

In this quest too, there is the idea of entering another temporality, inspired by that of the tree. Between roots and canopy, it is a symbol of quiet strength, a counterpoint to the upheavals of our modern society. To embrace it, is to be willing to embody its anchoring and elevation, to respond to an imperious need for depth, but also to take the necessary height for reflection. It is, as the philosopher Hartmut Rosa calls it, to enter into "resonance", to escape the hubbub and acceleration of our daily life made up of multiple interruptions and injunctions that deprive us of a truly intense relationship with our environment. For, as we accelerate, we are less in touch with the world and face a troubling loss of meaning.

Le Sustainability Mag explore ici cette célérité qui donne le la de nos sociétés. Une tyrannie de l’instant qui touche de toutes parts et dont l’entreprise est aussi le siège. Corollaire inévitable, la crise du sens gagne fondamentalement les organisations : cette fameuse raison d’être de l’entreprise qui trouve parfois une réponse dans des modèles alternatifs, comme celui du social business que nous décryptons dans ces pages. Parenthèse dans notre emballement quotidien, prenons justement le temps d’une ballade parmi les arbres, pour toucher du doigt les multiples services qu’ils nous rendent, pour embrasser la magnitude des enjeux qui les touchent, et saisir en quoi il est urgent de leur consacrer tout notre intérêt. Partons à la recherche du temps et de l’attention perdus…

The Sustainability Mag explores the speed with which our societies are moving. A tyranny of the moment that effects on all sides, and also concerns companies. As an inevitable corollary, the crisis of meaning fundamentally affects organisations: the famous purpose of the company which sometimes finds an answer in alternative models, such as the one of social business that we decrypt in these pages. As an interlude to our daily rush, let's take the time to take a walk among the trees, to touch the many services they render us, to understand the magnitude of the issues that affect them, and to grasp why it is urgent to devote all our attention to them. Let's go to the search of lost time and attention...

Marie Sauvignon, Rédactrice en chef

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9 La tyrannie de l'instant

48 Rencontre avec Tristan lecomte, serial entrepreneur

64 "Forest Symphony" A walk with Anita Dore

34 Ces géants qui tombent

74 Reykjavík Un paradoxe vert

88 Social Business

SUSTAINABILITY #9


SOMMAIRE

CONTENT

03 EDITO

07 LE BILLET DU PRÉSIDENT

EN MODE ACCÉLÉRÉ 09 LA TYRANNIE DE L'INSTANT

15 VITE FAIT, BIEN FAIT ? FACE AU DIKTAT DE L'URGENCE AU TRAVAIL

24 TOO F@ST TOO FURIOUS ? UN BAROMÈTRE PREND LE POULS DU RAPPORT AU TEMPS CHEZ LES SALARIÉS DU LUXEMBOURG

29 CAROLINE SAUVAJOL-RIALLAND : « L'IDÉE DE DÉCÉLÉRATION APPUIE SUR UN POINT DE BLOCAGE CULTUREL »

GRAND FORMAT

LE POUVOIR EMPÊCHÉ DES ARBRES

CULTURE 64 "FOREST SYMPHONY" A WALK WITH ANITA DORE

34 CES GÉANTS QUI TOMBENT

44 LE GÉNIE DES ARBRES

46 À LIRE, À VOIR BALADE SUR LA CANOPÉE

48 RENCONTRE AVEC TRISTAN LECOMTE, SERIAL ENTREPRENEUR : « L'ARBRE EST LE MEILLEUR INVESTISSEMENT SUR TERRE »

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C'EST COMMENT AILLEURS ? 74 REYKJAVÍK, UN PARADOXE VERT

82 MEET SIGURBORG ÓSK HARALDSDÓTTIR

ILS FONT LE BUZZ

LES FORÊTS DU LUXEMBOURG EN ÉTAT CRITIQUE

58 FRANK WOLTER : « CE NE SERA PLUS LA MÊME FORÊT »

86 UNE CAMPAGNE CONTRE LES VIOLENCES FAITES AUX FEMMES

Sommaire / Content

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SOCIAL BUSINESS 89 OPINION COLUMN SASKIA BRUYSTEN: "ENOUGH TALK, IT'S TIME FOR ACTION. WHY SOCIAL BUSINESS IS A SOLUTION FOR A BROKEN SYSTEM"

92 UN BUSINESS PAS COMME LES AUTRES

94 ENTREPRISES À OBJET SOCIAL AUGMENTÉ

99 QUATRE FAÇONS D’ACCÉLÉRER LE SOCIAL BUSINESS DANS LES GRANDES ENTREPRISES

104 HUIT DÉFIS SOCIÉTAUX AU LUXEMBOURG, LES NOUVELLES FRONTIÈRES DU SECTEUR PRIVÉ

LE RÉSEAU EN BREF 106 ACTUALITÉS MEMBRES

112 PICTURES REPORT

126 LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS

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SUSTAINABILITY #9


LE BILLET

DU PRÉSIDENT

Le changement a toujours fait peur, de tous temps et sur tous les sujets. Le passage à l'acte se fait généralement lorsque les faits l'imposent ou lorsque une forte motivation des acteurs est présente. Les faits l'imposent? Les feux répétitifs et de plus en plus violents en Australie ou en Californie, les typhons toujours plus fréquents et puissants, des températures qui montent en flèche, le premier mois de décembre de l'histoire de la Russie sans neige en 2019, des villes en Inde ou en Chine qui ne voient plus le soleil pendant des mois à cause de la pollution de l'air. Utopique transformation, diront certains. Il a pourtant été possible d'imposer un tri des déchets drastique dans une ville comme Shanghai en six mois. Il a pourtant été possible d'imposer à l'industrie automobile européenne des normes de pollution sur leur production. Il a pourtant été possible à un Etat comme le Sikkim en Inde d'interdire tout fertilisant ou pesticide chimique et de créer un état "bio" cité aujourd'hui en exemple. Alors que nous manque-t-il pour forcer les conversions des flottes maritimes et aériennes ? Pour accélérer la transition vers une agriculture bio et de proximité généralisée ? Pour basculer vers des énergies plus vertes et sortir a minima du charbon dès à présent ? Nous avons, au moins partiellement, la technologie. Mais nous savons tous que les forces financières sont à l'œuvre et que par essence, elles recherchent une maximisation des profits à court terme.

Or notre problème est le moyen-long terme. Donc, comme pour l'automobile, la sanction et la réglementation, notamment de l’Europe, peuvent inverser le cours des choses et faire basculer les investissements. La nouvelle Commission européenne a intégré les Objectifs de Développement Durable dans le programme de toutes ses directions et impose à présent un reporting tous les 6 mois sur ces points. Le climat est clairement sur sa feuille de route. À l'heure de l'euro-scepticisme, voici donc une opportunité formidable de démontrer une fois de plus l'utilité de l'Europe et de promouvoir notre continent comme un exemple pour la planète. Ne sous-estimons pas la vieille Europe, elle peut encore donner le "la". Elle peut rester un géant car elle a cette force normative qui s'impose à tous ceux qui veulent commercer avec elle, et donc imposer au monde des normes durables qui peuvent contribuer à préserver notre cadre de vie. Alors oui, l'heure est aux challenges et il faut, plus que jamais se retrousser les manches. Nous savons que c'est possible et aucun d'entre nous ne doit sauver la planète à lui seul. Mais chaque geste, initiative, décision, mesure qui apporte sa pierre à l'édifice est le bienvenue. Et comme ça chauffe, si vous avez une idée, passez à l'acte, parlez-en à vos cadres, dirigeants ou représentants. Nous sommes tous dans le même bateau.

Christian Scharff Président, IMS Luxembourg

See translation page 129 7


EN MODE ACCÉLÉRÉ P. 9 La tyrannie de l'instant P. 15 Vite fait, bien fait ? Face au diktat de l'urgence au travail P. 24 Too Fast Too Furious ? P. 29 Interview Caroline Sauvajol-Rialland

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La tyrannie de l’instant The instantaneity tyranny

Injonctions d’urgence, chrono-compétitivité, hyperréactivité sont le nouvel alpha et oméga de notre société. Cette nouvelle ère du temps machine nous emporte dans un tourbillon soulevant avec lui la question du sens et mettant à mal notre capacité à agir et penser. Dans ce contexte, comment vivre au tempo de l’instantané ? The new alpha and omega of our society are urgency, time competition, ultra-reactivity. The new era of machine time carries us away into a whirlwind asking the question of meaning and jeopardizing our ability to act and think. In this context, how to live following the instantaneity tempo?

Bienvenue dans le temps machine Au sortir de la seconde guerre mondiale, Albert Einstein a dit « il existe trois bombes ; la bombe atomique, la bombe de l’information et la bombe démographique ». Selon le grand philosophe de la vitesse Paul Virilio, la menace actuelle, la nouvelle « bombe », c’est le remplacement du temps de la rationalité, normalement soumis aux délais nécessaires pour la réflexion humaine, par un temps machine dont la cadence est donnée par des supercalculateurs. La vitesse, auparavant limitée par le « murtemps », semble ainsi secouée dans sa nature profonde. Si hier encore, on assistait à une accélération de l’Histoire, aujourd’hui il est question d’une accélération du réel. Adieu l’idée de vivre pleinement le moment présent,

le nouveau monde tourne au rythme de l’instantanéisme, la course à la minute suivante, le travail « en temps réel ». Alors comment parvenir à suivre ce rythme infernal ? Dans une société marquée par la vitesse et l’immédiateté, le nouveau mal du siècle réside dans une impression d’urgence permanente. Le cerveau est réduit à un dévouement absolu au tourbillon de l’instant. L’historien Jérôme Baschet parle d’une dictature de l’urgence, une oppression qui crée cette idée de manquer continuellement de temps et de ne plus pouvoir penser bien, voire de penser tout court. L’Homme, telle une machine, ne semble alors plus pouvoir réfléchir au futur, il se contente de répondre continuellement à l’immédiat.

En mode accéléré

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L'Homme se contente de répondre continuellement à l’immédiat. Il sacrifie la réflexion au profit du réflexe.

Il sacrifie la réflexion au profit du réflexe. Après le mur du temps, c’est le mur du sens qui à son tour est brisé. L’accélération est ainsi inversement proportionnelle à la richesse de sens. Dans une telle griserie, peu de temps en effet de penser, notamment de penser la complexité croissante du monde et ses enjeux majeurs. Cette évolution est-elle soutenable ? Les pathologies temporelles développées par la « tyrannie des horloges », ainsi que le nommait Norbert Elias, tendent à laisser penser que non.

Une brève histoire du temps À travers les époques et les lieux, l’Homme a incessamment questionné le temps. Ce dernier a fait l’objet d’interprétations diverses. Ainsi, certains l’envisageaient de manière linéaire, d’autres de façon circulaire ou encore élastique. Dans l’Antiquité, le temps est perçu comme flexible : une heure en hiver passe plus vite qu’en été : l’unité de temps est adaptée à la durée du jour. Plus tard, Isaac Newton découvre la gravité et déclare le temps constant et linéaire sur l’ensemble de la planète. Albert Einstein quant à lui, envisage le temps de manière relative. Selon le physicien, celuici dépend de deux variables : la perception (les émotions) et l’environnement (tel le magnétisme, la vitesse de la lumière ou la distance qui nous sépare d’un trou noir).

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Une crise de l’attention généralisée Autrefois caractérisée par la rareté de l’accès au savoir, la société croule aujourd’hui sous une quantité incalculable d’informations. Dans la nouvelle jungle des données, il s’avère difficile de se frayer un chemin vers le contenu idoine. Et attention aux embuscades ! Fake news, post-vérités, deepfake… les pièges sont nombreux pour mettre à mal cette ressource essentielle : l’attention. Yves Citton, théoricien de littérature, explique qu’avec les accélérations induites par la diffusion massive des développements technologiques - tels les outils numériques et les logiciels reposant sur l’intelligence artificielle et les algorithmes des moteurs de recherche -, l’attention est devenue l’or invisible de l’économie de marché. Une pub par-ci, un message par-là. Cerveau saturé : crise de l’attention généralisée ! Au-delà des enjeux de marché, les questions attentionnelles sont au cœur d’enjeux sociaux. Yves Citton lie ainsi intrinsèquement les critères attentionnels à nos systèmes de valorisation. Or, si le travail est à présent évalué par la vitesse à laquelle une réponse est apportée à une sollicitation, comment parvenir à prendre du recul, déconnecter ou porter pleinement son attention sur quelque chose ? Laisser son attention glisser d’une notification à l’autre, de l’oreiller au bureau, c’est s’exposer à certains risques : déficit de concentration, stress, hyperconnexion, crise de la décision, tétanie de l’erreur, détérioration des relations sociales… une liste malheureusement non-exhaustive.

Dans une telle griserie, peu de temps en effet de penser, notamment de penser la complexité croissante du monde et ses enjeux majeurs.


FOMO, FOBO, FODA, de la connexion à la tétanie L’inquiétude de se déconnecter, le désir de ne manquer aucune information et l’ambition de connaître l’ensemble des aspects d’un sujet est conceptualisé sous le nom de FOMO : « Fear Of Missing Out », la peur de rater quelque chose ou d’être laissé de côté. Le FOMO a comme conséquence immédiate la dépendance à la connexion et empêche toute prise de recul par rapport à une situation ou un sujet de réflexion. Le stade suivant de ce phénomène est le FOBO « Fear Of a Best Option », cette peur qu’une meilleure alternative n’advienne. Elle se matérialise au moment de prendre une décision, de trancher une situation par la crainte qu’une meilleure possibilité ne se présente dans une minute, une heure ou une semaine. Ce besoin de certitude valable dans le temps est impossible à satisfaire dans le monde professionnel comme dans la vie privée. Le troisième niveau est également bien nommé : FODA « Fear Of Doing Anything », la peur de faire quoi que ce soit. C’est la résultante des deux phénomènes précédents : rester en continu connecté à tous les canaux de communication et repousser une décision, jusqu’à être certain de sa pertinence à l’épreuve du temps, équivaut à s’enfermer dans un immobilisme et une paralysie décisionnelle catastrophiques au temps de l’agilité entrepreneuriale.

Chrono-compétitivité : l’illusion de l’immédiateté rentable « Le temps c’est de l’argent », un adage connu de tous et adopté dans le monde du travail comme modus operandi depuis l’émergence du taylorisme à la fin du 19ème siècle. Ainsi, bien que les pratiques professionnelles aient évolué en 200 ans d’histoire, tout le monde reconnaît l’enjeu temps comme indissociable d’un travail efficient. Aujourd’hui, dans un contexte numérisé de mondialisation des

marchés et de barrières spatiotemporelles brisées, apparait la nécessité d’être toujours plus réactif, plus rapide, plus omniprésent. Simultanéité, immédiateté, ubiquité, urgence, instantanéité se sont transformées en termes banalisés : comment parvenir à naviguer sereinement dans un monde où tout s’accélère ? Et puis vers quel but, quel destin, nous mène ce bateau qui ne fait qu’augmenter sa vitesse de croisière ? Déjà en 1936 dans « Les Temps

Modernes », Charlie Chaplin mettait en avant le côté ubuesque de cette nécessité d’aller toujours plus vite et l’idée d’être emporté par la machine. Apparait alors le besoin de remettre en cause l’accélération de nos sociétés et des communications tournant à vide sans message. Essoufflés, fatigués, les yeux rivés sur notre horloge à l’autorité disproportionnée, aurions-nous été emportés dans la course effrénée du lapin blanc d’Alice au pays des merveilles ? <

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Welcome to the machine time At the end of World War II, Albert Einstein said: “there are three bombs: the atomic bomb, the information bomb and the demographic bomb”. According to Paul Virilio, a great philosopher known for his writings about speed, the current threat, today’s “bomb”, is the substitution of the “reasonable time” - normally submitted to necessary thinking periods - for a “machine time” whose pace is set by supercomputers. Speed, formerly limited by the “time-wall” seems shaken in its profound essence. If yesterday, one was still witnessing an acceleration of history, today we notice an acceleration of reality. Farewell the idea of living in the present, the new world rhythm is set by instantaneity, racing with the next minute, working in “real-time”. So then, how to survive this infernal beat?

A Brief History of Time For centuries and throughout parts of the globe, humankind has incessantly questioned time. It has been the object of various interpretations. Thus, some described it linear, others as circular or elastic. In Antiquity, time was flexible: one winter hour lasted less than one summer hour: one unit of time relied on the length of daylight. Later, Isaac Newton discovered gravity and declared time to be constant and linear over the entire planet. Albert Einstein considered time in relative terms. According to the physician, time depends on two variables: perception (emotions) and environment (such as magnetism, speed of light or the distance between us and a black hole, etc.).

Attention has become the gold-stone of the market economy.

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In a society defined by speed and immediacy, the new evil of the century lies under the feeling of constant emergency. The human brain is reduced to absolute devotion to the whirlwind of instantaneity. Historian Jérôme Baschet talks about an urgencybased dictatorship, an oppression which gives us the continuous feeling of running out of time, of not being able to think well or even to think at all. Humankind, as a machine, does not seem to be able to think about future, it only continuously deals with the time being. Reflections are getting sacrificed to reflex. After the “time-wall”, it is the “meaning-wall” that is breaking. Acceleration is reversely proportional to the wealth of meaningful sense. In such a state of exhilaration, there is little time left for thoughts, especially thoughts about the growing complexity of the world and its significant challenges. Is this evolution bearable? The called by Norbert Elias “tyranny of clocks” generating temporal pathologies tends to suggest otherwise. A widespread attention crisis Once characterised by access scarcity to knowledge, society is currently overwhelmed by an unbelievable amount of information. In the new jungle of data, it is not easy to find your way to the right content. Besides, beware of ambushes! Fake news, post-truth, deepfake,... many pitfalls are set to undermine the essential resource of attention. The literature theorist Yves Citton, explains that because of accelerations induced by massive diffusion of technologies such as artificial intelligence-based digital tools and software and search engines’ algorithms, attention has become the gold-stone of the market economy. An advert here, a message there. Overloaded brain: widespread attention crisis! Beyond market issues, attentional topics are at the heart of social concerns. Yves Citton points out that attentional criteria are intrinsically linked to assessment systems. Then, if work is now evaluated through response speed to any requests, how can we put matters into perspective, disconnect or even focus entirely on something? Nowadays, we let one’s attention slip from one notification to another, starting on the pillow until the office and back. It means exposing oneself to many risks: lack of concentration, stress, hyperconnection, decision crisis, error tetany, social relation deterioration. This list is unfortunately not exhaustive.


FOMO, FOBO, FODA, from connection to tetany Being concern about disconnecting, feeling the desirenot to miss any piece of information and having the ambition to know every aspect of a subject is conceptualised as FOMO “Fear Of Missing Out”, the fear of missing anything or of being left out. The immediate consequence of FOMO is a connection dependency. It prevents any perspective into a situation or subject of reflection. Next stage of this phenomenon is FOBO “Fear Of a Best Option”, the fear that a better alternative will come along. It gets tangible when finalizing a decision, or settling a situation, as the doubt of a better possibility appearing within a minute, an hour or a week. This need for permanency is impossible to fulfil in the professional world as in private life. The third level is also aptly named: FODA “Fear Of Doing Anything”, this phenomenon is the result of the two previous ones. Continuously staying connected to all communication channels and postponing decisions until you are sure of their relevance over time is equivalent to locking yourself into a catastrophic immobility and decision-making paralysis when living in the age of entrepreneurial agility.

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Time competition: the illusion of profitable immediacy

À lire / Must read

“Time is money”, this well-known motto has been adopted by the business world as a modus operandi since the emergence of Taylorism at the end of the 19th century. Hence, although professional practices have evolved over 200 years of history, everyone recognises time stakes as an indivisible form of efficient work. Today, in a digitised context of market globalisation without spatio-temporal barriers left, there is a need to be ever more responsive, swift and omnipresent. Simultaneity, immediacy, ubiquity, urgency, instantaneity have become standardised terms. How could we navigate serenely in a world where everything is accelerating? And towards which goal, which destiny is this ever-increasing cruising speed boat, leading us? In 1936, during “Modern Times”, Charlie Chaplin put forward the absurdity of this need to always go faster and faster and the idea of being carried away by the machine. Logically, this acceleration of our societies and these empty-running communications need to be questioned. Breathless, tired, eyes glued to our disproportionate authority clock, have we been swept away into the frantic race of the white rabbit from Alice in Wonderland? <

Paul Virilio Le Futurisme de l’instant Édition Galilée (2009)

Hartmut Rosa Résonance Une sociologie de la relation au monde Édition La Découverte (2018)

Caroline Sauvajol-Rialland Infobésité - Comprendre et maîtriser la déferlante d’informations Édition Vuibert (2013)

À voir / Must see

Eyes glued to our disproportionate authority clock, have we been swept away into the frantic race of the white rabbit from Alice in Wonderland?

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Tout s’accélère Film de Gilles Vernet (2016)


Vite fait, bien fait ? Face au diktat de l’urgence au travail Quick and dirty! Facing the diktat of urgency at work Les pratiques professionnelles exponentiellement digitales accroissent toujours plus la vitesse de circulation de l’information, intensifient les attentes de retours de plus en plus rapides voire immédiats et renforcent l’évolution matricielle des systèmes de management. L’information arrive en continu et de toutes parts. Elle rythme l’organisation du travail et les relations professionnelles. L’enjeu informatif revêt alors une forme temporelle, le temps dédié au traitement de l’information prenant le pas sur les temps productifs, les temps de récupération ou de réflexion. Quels impacts sur le bien-être et la performance dans la sphère professionnelle ? Exponentially digital professional practices increase evermore the speed of information exchanges. Besides, they amplify answers to be expected faster and faster until being almost instantaneous. They also reinforce the matrix evolution of management systems. Pieces of information arrive anytime from anywhere. They set the rhythm of work organisations and professional relationships. The information stake then takes a temporal form. Time dedication for information processing is taking over productive times, recovery breaks or reflections. What are the impacts on well-being and performance within the professional scope?

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« Je suis en retard, en retard, en retard », la montre détraquée du lapin blanc Dans l’absolu, il est évident que le temps n’a pas été modifié. C’est bien notre ressenti qui est influencé par un climat d’urgence et d’adaptabilité constante. Au cœur du phénomène : des informations multiples, multiformes et multicanales qui surgissent sans avoir été planifiées, souhaitées, recherchées ou utiles. Emails, appels, messages, notifications,… Toutes ces sollicitations cognitives accentuées par la digitalisation entraînent généralement l’interruption d’une tâche par l’apparition d’une « nouvelle urgence » à traiter "ASAP". Le diktat de la réactivité s’impose, de plus en plus pressant. Quand un délai de plusieurs jours était auparavant satisfaisant pour répondre à une demande, un retour quasi-instantané à toutes les requêtes numériques est désormais attendu. Françis Jauréguiberry, sociologue spécialiste des usages des technologies de l'information et de la communication, met en lumière ce constat en exposant, qu’à l’heure actuelle, ne pas répondre de manière presque immédiate à une sollicitation implique un besoin de fournir une justification voire une excuse. Et ce séquencement du quotidien professionnel, à coups de notifications toujours plus nombreuses, concerne aussi les emplois nécessitant des périodes de concentration intense et une continuité d’exécution.

Un retour quasi-instantané à toutes les requêtes numériques est désormais attendu.

Réagir dans l’instant : une atteinte à la qualité du travail Corollaire de ce temps toujours plus fragmenté et des injonctions à réagir en temps réel : l’infobésité. Elle désigne une triple surcharge : aux niveaux des informations, des communications et des sollicitations cognitives. C’est dans les faits le déséquilibre entre les informations reçues et la capacité à les traiter sans porter préjudice à l’activité ou à la personne. La spécificité de l’infobésité est d’avoir une forme individuelle et collective. Pour les individus, elle est référencée dans les risques psychosociaux. Être surexposé à l’information et aux communications professionnelles en général, engendre des conséquences majeures : stress chronique, déficit de l’attention, baisse de qualité des décisions, développement d’addictions comportementales, peur de l’erreur, limitation de créativité et un désengagement des collaborateurs. Sur le plan de la santé physique

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on constate parfois le développement de troubles psychosomatiques, cardio-vasculaires et musculaires. Pour les organisations, c’est le risque d’une augmentation des arrêts de travail, d’un turnover accéléré, d’une qualité d’informations en baisse, mais surtout des potentiels d’agilité, de productivité et d’innovation ralentis. Voici quelques clés pour parvenir au maintien de la qualité, de la performance et du bien-être dans cette course généralisée contre l’urgence et l’immédiateté. Apprivoiser sa boite emails Les outils numériques en eux-mêmes n’ont pas d’impact négatif ou positif : c’est bien leurs usages qui peuvent être problématiques. D’où la nécessité d’apprendre à choisir l’outil adapté à chaque situation. Prenons l’email : grâce à ses faibles coûts financiers directs et sa capacité


d’abolition des frontières temporelles et géographiques, il s’est imposé depuis la fin des années 1990 comme l’outil universel des communications professionnelles. En 2019, 293 milliards d’emails (hors spams) ont ainsi été échangés chaque jour dans le monde, soit 325 231 emails envoyés par seconde. Tous ces échanges sont-ils utiles et indispensables ? C’est peu probable, puisque 80 % des emails émis ne sont jamais ouverts par leurs destinataires. Cette utilisation non-optimisée, parfois abusive, représente autant une contribution importante au phénomène de surcharge info-communicationnelle, qu’un coût écologique conséquent pour la planète. Rappelons que l’envoi de 100 emails correspond en moyenne à 1 kg de CO2 soit 4,5 km parcourus en voiture. Aussi, dans les communications professionnelles, il est important de bien différencier les prises de contacts synchrones et asynchrones. Les premières ont un caractère intrusif et fortement engageant pour le destinataire. On parle là du téléphone par exemple. Les communications asynchrones sont quant à elles beaucoup moins contraignantes, à condition d’être utilisées correctement. L’intérêt majeur de l’email est justement son caractère asynchrone. Ce dernier est censé permettre à chaque utilisateur d’organiser le traitement de l’information reçue dans le respect de son temps, sans être soumis à la disponibilité concomitante des autres. Il n’est nullement supposé être utilisé pour exprimer l’urgence. Or, dans les faits, il est courant de laisser sa boîte ouverte en fond d’écran et d’être interrompu par des notifications visuelles et sonores dès l’arrivée d’un nouveau message. En outre, peu de professionnels paramètrent leurs notifications, ce qui signifie qu’il n’existe aucune distinction de valeur entre les messages. Ils sont donc dérangés de la même manière par une demande importante que par une newsletter automatique ou par une communication adressée en copie « pour information » à tous.

293 milliards d'emails sont envoyés chaque jour dans le monde. Tous ces échanges sont-ils indispensables ?

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C’est le hasard du temps laissé « libre » entre l’arrivée d’une urgence et la notification de la suivante qui détermine la profondeur, la qualité et le souci d’exactitude du travail réalisé.

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L’organisation du travail implique dorénavant la gestion d’urgences presque systématiques. Et en se repliant sur des enjeux à court terme, l’organisation agit seulement en réaction à l’instant. Ce fonctionnement s’effectue au détriment d’une vision, d’objectifs globaux au service d’une politique de développement résiliente dans la durée. Trop souvent, la notion d’urgence prévaut sur la notion d’importance. Ce paradigme influe sur les rythmes de travail et l’investissement accordé à une tâche. Autrement dit, le caractère d’importance est laissé pour compte dans le quotidien professionnel au profit du devoir de répondre le plus rapidement possible à chaque urgence apparaissant de manière aléatoire. C’est alors le hasard du temps laissé « libre » entre l’arrivée d’une urgence et la notification de la suivante qui détermine la profondeur, la qualité et le souci d’exactitude du travail réalisé. Cette situation comporte de nombreux risques. Il est donc primordial de forger une capacité à s’émanciper du rythme des notifications afin d’organiser le travail en conscience, de façon à pouvoir distinguer les activités importantes des activités urgentes.

L’ancien vice-président des États-Unis Dwight D. Eisenhower a dit : « Ce qui est important est rarement urgent. Et ce qui ie z-v o u est urgent est rarement important ». Son héritage le plus célèbre est une matrice permettant d’organiser les différentes tâches à réaliser au quotidien.

le s av

Distinguer urgent et important

IMPORTANT

NOT IMPORTANT

URGENT

NOT URGENT

DO

DEFER

Do it now.

Schedule a time to do it.

DELEGATE

DELETE

Who can do it for you?

Eliminate it.

S’extraire de la société du regard baissé Quand le virtuel prend le pas sur le réel Les yeux rivés sur nos écrans, l’influence du digital sur nos vies est conséquente. La cyberdépendance et les addictions communicationnelles, caractérisées par la peur de rater quelque chose ou le désir intense de recevoir emails et autres sollicitations numériques, présentent les symptômes d’une addiction psychosociale. Ces comportements obsessionnels constatés par les proches mais conservés (voire niés) par le sujet, sont chronophages et s’exercent au détriment d’autres activités et des interactions humaines. Désormais, ces addictions existent en permanence et sans cloisonnement entre le professionnel et le personnel. Aussi, nous entrons dans une situation paradoxale où les communications entre les personnes produisent de l’isolement et une désincarnation des relations sociales. Le développement des technologies de l’information et de la communication peut favoriser une détérioration des relations de travail et faire apparaitre des systèmes de management virtuels, intrusifs voire invasifs et basés sur le contrôle ou la traçabilité.


Être agile pour être heureux ? Si le temps est sésame, alors la clé est l’agilité ! Mélangez une disponibilité permanente, une interactivité constante et des réactions instantanées et vous obtiendrez… une signification erronée de l’agilité. Cette notion, très tendance, a vu sa définition être cuisinée à toutes les sauces pour répondre de façon miraculeuse aux chamboulements des modes de travail. Le raccourci était tentant : brandissez le mot « agilité » et voilà le véritable permis d’exiger grands écarts de connexion et triples axels horaires des collaborateurs. Résultats : hyperconnexion collective et apparition de phobies digitales (voir encadré page 11). Et pourtant, l’entreprise agile est bien la réponse ! Imaginez votre équipe comme un organisme vivant auto-adaptiste, conscient qu’il va changer mais dont les cycles ont une fin non prévisible. Vous développez alors l’adaptation et le pilotage dynamique dans un cadre permettant la liberté de travail et la volonté d’amélioration continue pour et par tous. Gardons à l’esprit que l’agilité vient du monde digital et des startups et est à l’origine une méthode de travail permettant d’augmenter la satisfaction des clients (en supprimant le tunnel de réalisation) mais aussi celle des équipes de développement. Ici donc, la réactivité se construit collectivement, grâce à une collaboration adaptée qui n’impose justement pas le diktat de l’instantanéité déraisonnée comme principe. Et si être agile, c’était prendre le temps ?

Nous entrons dans une situation paradoxale où les communications entre les personnes produisent de l’isolement et une désincarnation des relations sociales.

Une part de la nature des individus aime la vitesse, l’accélération et les sensations fortes qui en résultent. La célérité peut être perçue comme quelque chose d’utile et de libérateur. Les travaux du sociologue Hartmut Rosa, au cours des dernières décennies, mettent en évidence que les structures temporelles peuvent être décrites sous la forme d'une triple accélération : l'accélération technologique, qui se réfère au rythme croissant des innovations dans le domaine des transports, des communications et de la production ; l'accélération des changements sociaux, qui concerne des transformations des institutions sociales et notamment des relations entre la vie privée et la vie professionnelle ; et l'accélération des rythmes de vie, touchant à l’expérience existentielle des individus contemporains qui se rendent à présent à des « speed dating » et mangent dans des restaurants de « fast food ».

En mode accéléré

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En contre-sens de ce sillage, on observe l’expansion de mouvements « slow » tels que le slow digital, le slow tech, le slow food. Le philosophe Alain Badiou parle « de la nécessité pour chacun de construire ses actions dans une temporalité distincte de la temporalité dominante du capital, de la circulation, de la productivité, de la rapidité. Il s’agit là de se mettre à l’abri, construire des lieux, des relations, des projets, qui se protègent de l’obsession du résultat rapide ». Selon lui, face à une temporalité agitée, parfois même hystérisée, rien n’est durable sans conquérir notre propre lenteur. Et toutes les valeurs qui ne reposent pas sur l’efficacité court-termiste supposent une certaine lenteur avant méditation, la réflexion, le rêve... Bref, pour penser il faut du temps.

Plus essentiellement, il s’agit alors de prendre le temps de vivre le temps.

Et pour avoir du temps, il faut en prendre. Aujourd’hui, la question que pose la société en accélération constante reste cependant : quand peuton s’arrêter, faire une pause ? Car notre part d’humanité dépend aussi de notre créativité qui émerge de l’ennui, de la contemplation, de la réflexion et des moments chargés de sens, d’émotions. Plus essentiellement, il s’agit alors de prendre le temps de vivre le temps. À sa propre intensité, à défaut de pouvoir le changer. Retrouver notre attention et une cohésion dans le métronome de nos vies pour, finalement, y trouver, comme y invite Hartmut Rosa, des moments de résonance. < "I’m late! I’m late! I’m late!" The mad clock of the white rabbit Obviously, time in itself has not been modified. It is, indeed, our perception of it that got influenced by an atmosphere of the constant need for adaptability and emergencies. At the heart of the phenomenon: multiple, multiform and multi-channel information arise without being planned, desired, researched or useful. Emails, calls, messages, notifications… These digitisedaccentuated cognitive solicitations usually generate the interruption of a task in aid of a “new urgency” to be dealt with "ASAP".

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SUSTAINABILITY #9


The reactivity diktat becomes increasingly pressing. When a several days response was formerly satisfactory, a nearly immediate reaction to all digital requests is now expected. Françis Jauréguiberry, a sociologist specialised in information and communication technology uses, highlights this situation by explaining that, nowadays, not providing a prompt reply implies the need for justification or even apology. And this daily professional life sequenced by an ever-increasing number of notifications also affects jobs with required periods of intense concentration and continuity of execution.

the end of the nineties. In 2018, 293 billion emails (excluding spams) were sent every day in the world, being 325,231 emails every second. Are all these exchanges useful and essential? It seems unlikely as 80 % of sent emails are never opened by their addressee. This non-optimised, sometimes excessive, use of emails represents, on one hand, a significant contribution to the phenomenon of communicational and informational overload and on the other hand a substantial ecological cost for the Earth. Let’s remember that a 100 of sent emails equals, on average, to one kilogram of CO2, which is the equivalent of 4.5 kilometres of a car ride.

Reacting on the spot: a threat to the quality of work A result of this ever more fragmented time and these injunctions to react in real-time is infobesity. It refers to a triple overload: of information, communications and cognitive solicitations. Infobesity is the imbalance between received information and one’s ability to process them without harming either the activity or the person. Its specificity lies in existing under both an individual and a collective form. For individuals, it is recognized amongst psychosocial risks. Being overexposed to information and professional communications in general, leads to significant consequences: chronic stress, attention deficit, quality of decisions decrease, behavioural addiction development, fear of error, limited creativity and disengagement of employees. In terms of physical health appearance of psychosomatic, cardiovascular and muscular disorders may be noticed. For organisations, this represents the risk of increased sick leaves, accelerated employee turnover, reduced quality of information, but above all, a risk of lowered agility, productivity and innovation potential. Here are some tips that may help to maintain qualitative work, performance and well-being in this global race against emergency and immediacy. Master your mailbox Digital devices in themselves do not have negative or positive impacts: if anything, ways of using them may be problematic. Therefore learning how to choose the suitable tool for each situation is an undeniable collective need. Let’s take a closer look at the email: thanks to its low direct financial costs and its capacity to remove temporal and geographical boundaries, it has become the universal tool for professional communications since

En mode accéléré

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The former Vice-President of the UnitedState Dwight D. Eisenhower said “what ie z-v o u is important is rarely urgent. And what is urgent is hardly ever important”. His most known legacy is a matrix used to organise task realisation in everyday life.

Moreover, in professional communications, it is essential to distinguish synchronous and asynchronous reachouts. First ones are intrusive and actively engage the recipient as the telephone does, for example. Quite the opposite, asynchronous media are far less constraining when properly used. The primary interest of emailing is precisely its asynchronous nature. Emails are supposed to let each user organise its received information process according to its schedule without being subjected to others’ simultaneous availability. By no means, emails are relevant to alert about an emergency. Nevertheless, in fact, the widespread habit of leaving one’s mailbox opened as desktop background leads to being interrupted equally by a significant request, a newsletter or an internal communication cced “for information” to everyone. Differentiate urgent and important Work organisation now implies almost systematic emergency management. And by withdrawing into shortterm stakes, an organisation only reacts on the spot. This operation is carried out at the expense of a vision, global goals serving as development policies that would be resilient in the long run. Too often, the idea of emergency prevails over the concept of importance. This paradigm influences work rhythms, and the commitment level allocated to a task. In other words, in the daily professional life, the hallmark of importance is left aside in aid of responding as fast as possible to each random urgency. It is then the unpredictable amount of time left “free” between the announcement of an emergency and the notification of the next one that defines the depth, the quality and the accuracy of the work. This situation holds many risks. It is therefore primordial to stimulate the capacity to cut loose from the rhythm of notifications and to adapt work organisation which comply by the necessary distinction between important activities and urgent activities.

Stepping back from the low-gazed society When virtuality takes over reality All eyes staring at screens show how substantially the digital age influences our life. Cyber dependency and communicational addictions -characterised by a fear of missing something out or by an intense desire to receive emails or other notifications- share similar symptoms with a psychosocial addiction. These obsessional behaviours are usually observed by loved ones but kept (even denied) by the subject. 22

SUSTAINABILITY #9


They are time-consuming and happen at the cost of other activities and human interactions. From now on, these addictions exist continuously and without separation between professional and personal spheres. Moreover, we dive into a paradoxical situation where communications between people are creating isolation and social relationships disembodiment. Technologies of information and communication development may foster work relations deterioration and boost virtual management systems which are intrusive, even invasive, and based on control or traceability.

We dive into a paradoxical situation where communications between people are creating isolation and social relationships disembodiment.

Being agile to be happy? If time is the sesame then the key is agility! Combine permanent availability, constant interactivity and instantaneous reactions, and you will get... a false definition of agility. This trendy notion’s meaning was adapted in every conceivable way to fit to recent work mode upheavals miraculously. The shortcut was tempting: brandish the word “agility”, and there you have the genuine authority to demand full connection splits and triple time-axels from employees. Result: collective hyper connection and appearance of digital phobias (see box on page 13). And yet, agile business is indeed the key! Picture your team as a self-adaptive living organism, aware that it will change but with unpredictable-ended cycles. You will then develop adaptation and dynamic steering within a framework which integrates freedom of work and improvement will for and by everyone. Let’s keep in mind that agility comes from the digital and start-up world. It is originally a work method allowing to increase customers’ satisfaction (by removing the realisation tunnel) but also development teams’ one. In this case, reactivity is built collectively thanks to a suited collaboration that does not decree the unreasonable instantaneity diktat as a principle.

What if being agile meant taking the time? Part of individuals’ nature loves speed, acceleration and thrills that result from it. There is something useful and liberating about speed. The sociologist Hartmut Rosa’s works in recent decades show that time structures can be described as a triple acceleration. The technological one refers to the increasing pace of innovation in transports, communications and production. The social one relates to changes in social institutions, including interactions between private and professional spheres. And last, the life one refers to the existential experience of contemporary people who now go speed dating and eat in fast-foods. In the opposite direction, there is an expansion of “slow” trends such as slow digital, slow tech, slow food. Philosopher Alain Badiou speaks of "the need for each person to construct its actions in a time frame that is distinct from the dominant temporality of capital, circulation, productivity and rapidity. It is a matter of taking shelter from rapid result obsession, building places, relationships and projects to be protected of it. In his opinion, when facing a hectic, sometimes even hysterical temporality, nothing is sustainable without conquering our own slowness. And all values that are not based on short-term efficiency presuppose a certain slowness, meditation, reflection, and dream. To sum up, thinking takes time. And to have time, you have to take it. Nowadays, this ever-accelerating society arises the question: when is it ok to stop, to take a break? Indeed, our humanity also depends on the creativity emerging from boredom, contemplation, reflexion and meaningful and emotional moments. More fundamentally, it is about learning to take enough time to live with time. At its own intensity, as there is not any way to change it. Retrieve our attention and some cohesion within the metronome of our lives, to finally find, as Hartmut states, moments of resonance. <

En mode accéléré

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54%

87%

des répondants déclarent devoir se dépêcher pour accomplir leur travail / of respondents declares they have to hurry to get their job done.

des répondants voient leur rythme de travail imposé par des demandes non prévues à traiter rapidement / of respondents see their work pace constrained by unanticipated requests needing to be dealt with quickly.

TOO F @ST UN BAROMÈTRE PREND LE POULS DU RAPPORT AU TEMPS CHEZ LES SALARIÉS DU LUXEMBOURG A BAROMETER ASSESSES LUXEMBOURG EMPLOYEES' RELATION TO TIME

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SUSTAINABILITY #9


30% Près d’un répondant sur trois indique avoir des personnes de son entourage personnel ayant déjà critiqué ses habitudes de disponibilité ou de connexion professionnelle au cours des 12 derniers mois / indicates that people in their personal environment have already criticised their availability or professional connection habits for the last 12 months.

?

TOO FURIOUS Le Baromètre Info Flow Savvy s’inscrit dans un projet d’IMS Luxembourg pour la mise en œuvre d’actions visant l’appropriation de nouvelles aptitudes pour une bonne gestion des flux d’informations et de communications à l’ère numérique et permettre le soutien d’un cercle vertueux bien-être/performance au travail. Cette enquête en ligne créée en collaboration avec le LISER, a été réalisée à l’été 2019 auprès de 1 372 salariés dont l’emploi est à dominante intellectuelle travaillant pour une organisation installée au Luxembourg, membre du réseau IMS. Ce projet bénéficie du soutien du Fonds Social Européen, du Ministère d’État via Digital Luxembourg, du Ministère du Travail, de l’Emploi, de l’Économie sociale et solidaire, de la Chambre de Commerce et de la Chambre des Salariés.

The Info Flow Savvy Barometer is part of a project conducted by IMS Luxembourg. This programme aims for the appropriation of new skills allowing everyone to better info-communicational management in the digital age. This should lead to a virtuous circle between well-being and performance at work. IMS in collaboration with the LISER (Luxembourg Institute of Socio-Economic Research) created this online survey and during Summer 2019 gathered the responses of 1,372 employees whose job is mostly intellectual and whose organisation is an IMS member based in Luxembourg. Info Flow Savvy is a project co-financed by the European Social Fund, the Ministry of State through Digital Lëtzebuerg, the Ministry of Labour, Employment and the Social and solidarity economy, the Chamber of Commerce and the "Chambre des Salariés" (CSL).

En mode accéléré

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LIVING WITH INTERRUPTIONS

56% des répondants ne peuvent pas choisir de travailler sans être dérangés / of respondents cannot choose to work without being disturbed.

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Un salarié est destinataire en moyenne de 61 emails par jour. Cela représente plus d’un email toutes les

On average, an employee receives 61 emails per day. This represents more than one email every

pour une journée de 8 heures.

for an 8-hour day.

8 minutes 8 minutes

EMAILS

66%

vérifient leurs emails dès qu'ils voient ou entendent qu'un nouveau message est arrivé / check their inbox as soon as they see or hear that a new message has arrived.

60%

attendent généralement, du destinataire de leurs emails, une réponse dans la journée / usually expect a reply from the recipient within the day, when they send an email.

74%

61

regardent l’heure à laquelle un email a été envoyé / check at what time an email was sent.

SUSTAINABILITY #9

2h52

En moyenne, les répondants déclarent passer près de 3 heures par jour à traiter des emails, à savoir plus d’un tiers d’une journée de travail de 8 heures / On average, respondents spend almost 3 hours a day processing emails, i.e. more than a third of a 8-hour workday.


SATISFACTION & PERFORMANCE

UN SUR DEUX Plus d'un répondant sur deux reçoit des emails qu’il n’a pas le temps de traiter (55 %). Cette situation augmente de 115 % les risques de stress au travail et diminue de 43 % les chances d’être satisfait par rapport au temps disponible pour la vie privée.

1/3 Préciser systématiquement quelle réponse est attendue et sous quel délai, augmente pour l’expéditeur de 38 % les chances d’exprimer de la satisfaction au travail. Un tiers des répondants ont déjà cette habitude.

40%

ONE IN TWO Over one in two respondents receives emails that they do not have time to process (55 %). This situation increases the risk of stress at work by 115 %. It also decreases the chances of being satisfied with the time available for private life by 43 %.

1/3 Systematically specifying what response is expected and within what timeframe increases for the sender the chances of expressing job satisfaction by 38 %. A third of respondents already have this habit.

des répondants utilisent la fonction de paramétrage de notifications pour certains logiciels et outils numériques, une bonne habitude à prendre car celle-ci diminue le risque de stress de 26 % et accroit le potentiel de satisfaction au travail de 41 %. / of respondents use the notification setting feature available on software and digital tools which is a good habit as it reduces stress risk by 26 % and increases job statisfaction potential by 41 %. Source: Info Flow Savvy Barometer – IMS Luxembourg (2019)

En mode accéléré

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2020

PL ATEAU T V

D’HYPERCONNECTÉS À TECHNO-FUTÉS,

FAISONS LE PREMIER PAS ! Multiplication des canaux de communications, modes de gestion des emails, management collectif de la connaissance… Lors du Luxembourg Sustainability Forum 2020, IMS Luxembourg reçoit une dizaine d’invités pour échanger autour de thématiques liées à l’infobésité et partager des initiatives locales ou internationales sur le sujet. TV STU D

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L’objectif : inciter à titre individuel et collectif à avancer vers plus de « bien-être numérique » et faire face aux nouveaux besoins en savoirs organisationnels et individuels induits par l’accroissement des flux d’informations digitaux. Et de votre côté, quel sera votre premier pas ?

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Retrouvez l’ensemble du plateau TV dédié aux solutions concrètes sur le sujet : www.imslux.lu

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Communication channel multiplication, email management methods, collective knowledge management... At the Luxembourg Sustainability Forum 2020, IMS Luxembourg welcomes about ten guests to share around themes related to infobesity and local or international initiatives on the subject. The goal: to encourage to progress towards more "digital well-being" on an individual and collective levels and to address new organisational and individual knowledge needs brought by the increase of digital information flows. As for you, what will be your first step?

Discover the entire set dedicated to concrete solutions on the subject: www.imslux.lu

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INTERVIEW

Caroline Sauvajol-Rialland « L’IDÉE DE DÉCÉLÉRATION APPUIE SUR UN POINT DE BLOCAGE CULTUREL » Caroline Sauvajol-Rialland est formatrice et enseignante à Sciences Po Paris et au sein de So Comment, le cabinet conseil en gestion de l’information en entreprise qu'elle a fondé. Son ouvrage de référence « Infobésité : comprendre et maîtriser la déferlante informationnelle » a été nommé pour le Prix du Livre Digital de l’année en 2013. Caroline Sauvajol-Rialland CEO Sustainability Club du 19 novembre dernier dédié à la surcharge informationnelle. / CEO Sustainability Club on november 19th which theme was "information overload".

À quels signes doit-on être attentif concernant le phénomène d’hyperaccélération et d’emballement chez un salarié ? Les profils les plus sujets à ce phénomène sont les gens les plus investis, qui donnent le plus, qui répondent à tout et ne disent jamais non. Quand un collaborateur répond à tout, y compris en dehors des heures de travail, c’est qu’il est connecté en permanence : le risque est réel. Même dans un grand groupe international, tous les collaborateurs n’ont pas besoin d’être connectés 24 heures sur 24. Comment faisait-on

Caroline Sauvajol-Rialland is a trainer and teacher at Sciences Po Paris and at SO COMMENT, the corporate information management consulting firm she founded. Her reference book "Infobesity: Understanding and Mastering the Information Surge" has been nominated for the Digital Book of the Year Award in 2013.

il y a 25 ans ? Les entreprises avaient aussi une activité internationale… Il faut revenir à la question essentielle de l’organisation du travail, laquelle a explosé avec le digital. La réponse systématique dans un délai très court est un autre indicateur inquiétant. Il y a également les signes extérieurs envoyés par une personne : la fatigue ou le stress sont des éléments auxquels il faut être attentif. Si on constate une dégradation des relations professionnelles, que « ça commence à mal se passer » avec un cadre ou un manager, il faut absolument s’en inquiéter.

Une réponse frappante qui ressort très fréquemment lors des diagnostics au sein des entreprises, c’est : « il n’y a que moi qui peut traiter mes emails ». Cela indique typiquement une hyperindividualisation du travail absolument néfaste pour la personne et pour l’entreprise. Une bonne organisation professionnelle suppose un principe de subsidiarité. Si, de fait, une seule personne a une compétence clé pour l’entreprise c’est évidemment dangereux pour l’organisation et cela invite à un surinvestissement du travail pour la personne concernée.

En mode accéléré

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Est-ce un phénomène plus marqué selon les générations ? Il y a actuellement quatre générations actives qui entretiennent un rapport au travail et au temps totalement différent. Les paby-boomers travaillent très bien avec les jeunes parce qu’ils n’ont plus d’enjeux de pouvoir et sont ouverts sur les approches des jeunes. Les X, eux, sont en situation de pouvoir. Ils ont attendu et se sont investis pour y accéder. Voir arriver les jeunes de la génération Y, hyperconnectés qui disent ce qu’ils pensent et donnent leur avis sur tout, tout en ayant de fortes attentes vis-à-vis de leurs managers et de l’entreprise, crée des difficultés de collaboration réelles. Et puis les Z qui arrivent sur le marché du travail, et ceux-là exigent une séparation entre leurs domaines de vie personnel et professionnel. C’est encore plus difficile pour les X, car les Z assument de refuser le travail en débordement. Les organisations vivent une période de transition difficile sur le plan du fonctionnement interne. Quels seraient vos 3 conseils pour réellement gagner du temps ? Le premier conseil, c’est évidemment de désactiver les notifications de communication, et les réactiver trois ou quatre fois par jour. Il faut refuser les urgences des autres et le cas échéant renvoyer ses interlocuteurs sur le fait que telle ou telle demande à laquelle il faut répondre immédiatement aurait pu être faite il y a une semaine… Pour éviter qu’on nous demande des choses en urgence, il faut communiquer sur la façon dont on travaille et sur ses délais de réponse pour les dossiers de fond. Par exemple, si je suis un service support spécialisé RH ou juridique, je communique sur mes temps de traitement des dossiers. C’est à dire qu’un manager qui souhaiterait licencier un membre de son équipe sait qu’entre le moment où il va

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SUSTAINABILITY #9

m’adresser le dossier de la personne et le moment où je vais répondre, il va se passer au minimum trois jours. Enfin, la bonne gestion des réunions est centrale pour gagner du temps. Ma présence est-elle indispensable ? Ai-je reçu l’ordre du jour ? Ai-je préparé la réunion ? Le timing de la réunion a-t-il été respecté ? Y a-t-il un compte-rendu qui rende possible l’action ? Les gains de temps liés à une optimisation des réunions sont potentiellement énormes. Le Slow digital est-il possible ? Ou est-ce une utopie ? À mon avis, c’est tout à fait possible dans la vie personnelle. D’ailleurs, il est assez amusant de constater qu’un certain nombre de personnes parmi les plus technophiles ont opté pour le slow depuis déjà une dizaine d’années ! Dans les espaces privés, en particulier chez les plus jeunes, il n’est pas surprenant de voir une bannette pour téléphones lors des diners et la règle est simple : « le premier qui touche à son téléphone paye le repas pour tous les autres ». Sur le plan professionnel, c’est beaucoup plus compliqué. Dans les entreprises, l’idée de décélération appuie sur un point de blocage culturel. Pour éviter qu’elles fuient en courant, il est pertinent de parler de productivité. C’est le cœur du sujet et cela nous permet de repositionner le curseur, d’expliquer que paradoxalement ce n’est pas parce qu’on réagit vite qu’on est productif, que pour être productif, il faut effectivement parfois travailler en mode déconnecté. L’avantage du sujet de l’infobésité est que les intérêts de l’organisation et ceux des salariés convergent totalement. Quand on dit aux entreprises, attention vous perdez en productivité, vos cadres n’ont plus le temps de se consacrer aux tâches à valeur ajoutée, votre innovation

baisse, les relations en interne se tendent, et en même temps la santé de vos salariés en pâtit, vos taux d’absentéisme augmentent… alors elles se mobilisent ! La vraie question est : comment collectivement s’organiser pour maîtriser l’infobésité ? Aujourd’hui, chaque manager gère ce problème de manière individuelle. Et il se sent souvent très seul… Il y a un fort besoin de partage de pratiques mais aussi de régulations collectives adaptées aux métiers, aux salariés et à l’activité de l’organisation. <

"THE IDEA OF DECELERATION LEANS ON A CULTURAL STICKING POINT" Which signs should call for attention regarding the hyper-acceleration and spinning phenomenon? Profiles particularly prone to this phenomenon are the most invested people, they give the most, they respond to everything, and they never say no. When an employee responds to everything, including outside working hours, it means that he or she is permanently connected: the risk is real. Even in a large international group, not all employees need to be connected 24/7. How did we do it 25 years ago? Companies also had international activities. We have to go back to the essential question of work organisation, which exploded with digital technology. Another worrying indicator is to respond systematically within a short time.


"Paradoxically reacting quickly does not mean being productive" Which signs should call for attention regarding the hyper-acceleration and spinning phenomenon? Profiles particularly prone to this phenomenon are the most invested people, they give the most, they respond to everything, and they never say no. When an employee responds to everything, including outside working hours, it means that he or she is permanently connected: the risk is real. Even in a large international group, not all employees need to be connected 24/7. How did we do it 25 years ago? Companies also had international activities. We have to go back to the essential question of work organisation, which exploded with digital technology. Another worrying indicator is to respond systematically within a short time. There are also external indicators sent by a person: signs of tiredness or stress are elements to be attentive to. When deterioration in professional relations is noticed, if “things are starting to go not too well” with an executive or a manager, it is time to feel concern about it. A gripping answer that comes up very frequently during diagnostics within companies is “only I can handle my emails”. This sentence is typically an indication of the hyper-individualisation of work which is absolutely detrimental to firms and individuals. A proper work organisation presupposes a subsidiarity principle. If, in fact, within the business, there is only one person with a crucial competence, this is obviously dangerous for the organisation, and it encourages this person to an over-work-investment. Is this phenomenon more significant according to generations? Nowadays, there are four working generations with different job and time relationships. Baby boomers work very well with younger generations

because they no longer have power stakes, and they are interested in young people’s approaches. People from the X generation, they are in a position of power. They waited and threw themselves into getting here. Therefore, seeing the arrival of the hyper connected Y generation creates real collaboration issues. Indeed, they say what they think and give their opinion on everything while having high expectations from their managers and the company. And here is the Z generation entering the labour market. They demand a separation between their personal and professional spheres of life. This is even more difficult for the Xs because Zs are comfortable with refusing working outside of work hours. Organisations are going through a difficult transition period in terms of internal operations. What would be your three pieces of advice to really save time? The first word of advice is obviously to deactivate communication notifications and reactivate them three or four times a day. One must refuse others’ urgencies and, when necessary, refer people back to the fact that this or that request, which must be answered immediately, could have been made a week ago... To avoid being asked for things urgently, it is essential to communicate on how we work and what our response delays are regarding substantive files. For instance, if I am an HR-specialised or legal support service, I communicate about my file processing times. This means that a manager who would like to dismiss someone knows that between the time he or she sends me the person’s file and the time I will respond, at least three days will pass. Finally, meetings efficient management is central to saving time. Is my presence essential? Did I receive the agenda? Did I prepare the meeting? Was the timing respected? Are there minutes

that make the action possible? Time savings associated with meetings’ optimisations can be enormous. Is Slow digital possible? Or is it an utopia? In my opinion, it is absolutely possible as a private matter. In fact, it is rather entertaining to note that a number of the most technophiles have opted for the slow for about ten years already! On private dinners, especially amongst younger people, it is not surprising to see a bucket to put phones in and with a simple rule: “the first person touching its phone buys dinner for everyone else”. On the professional side, it is way more complicated. To businesses, the idea of deceleration leans on a cultural sticking point. In that sense, to spare companies from running away, it is more relevant to talk about productivity, which is actually at the heart matter. By doing so, it resets the focus and explains that paradoxically reacting quickly does not mean being productive. Quite the opposite, to be productive, it is sometimes necessary to work on a disconnected mode. Infobesity’ most significant advantage is that organisations’ interests meet employees’ ones completely. When a firm hears: “Be careful. You are losing productivity. Your executives can not dedicate time to high value-added tasks anymore. Your innovation potential is decreasing. Internal relations are getting tense. Meanwhile, your employees are muddled up, their health is suffering, absenteeism levels are rising...” Then it becomes possible to mobilise organisations on the matter of infobesity. The real question is how do we collectively organise ourselves to master infobesity. Today, each manager deals with this problem individually; and he or she often feels very isolated. There is a strong need for shared practices but also for collective regulations adapted to professions, employees and organisation’s activity. <

En mode accéléré

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GRAND

FORMAT

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SUSTAINABILITY #9


LE POUVOIR EMPÊCHÉ

DES ARBRES

THE HINDERED POWER

OF TREES

P. 34 Ces géants qui tombent P.44 Le génie des arbres P.46 Balade sur la canopée P.48 Rencontre avec Tristan Lecomte, serial entrepreneur P.54 Les forêts du Luxembourg en état critique P.58 Frank Wolter : « Ce ne sera plus la même forêt »

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Ces géants qui tombent Those falling giants Les manifestations de la déforestation galopante font rage aux quatre coins du globe. L’Australie sous les flammes, la radieuse Singapour régulièrement plongée dans les épaisses fumées de Bornéo et Sumatra, le bassin du Congo qui voit son couvert forestier gravement amputé, ou bien sûr, la plus médiatisée Amazonie dont les peuples autochtones réclament la protection… Fait moins connu, les forêts boréales russes et canadiennes sont aussi en état d’alerte… Le rythme est effréné : dans le monde, chaque minute, plus de 2000 arbres sont détruits. Et les multiples services qu’ils nous rendent avec. Leurs superpouvoirs mésestimés sont ainsi coupés menu ou partent en fumée. Ces puits de carbone disparaissent à vitesse grand V, et donc leur fonction régulatrice, entraînant des incidences majeures sur l’évolution du climat. Au premier rang des préoccupations également, la colossale perte en biodiversité et le déplacement des communautés locales. L’enjeu capte désormais l’attention internationale. Le patrimoine commun est invoqué à coups de droit d’ingérence et de crises diplomatiques. Une chose est claire : l’arbre s’est définitivement invité au cœur de la géopolitique moderne. Manifestations of rampant deforestation are raging in every corner of the globe. Australia under fire, radiant Singapore regularly plunged in the thick smoke of Borneo and Sumatra, the Congo Basin whose forest cover has been severely amputated, or of course the more publicized Amazon whose indigenous peoples are demanding protection... Less well known is the fact that the boreal forests of Russia and Canada are also on alert. The pace is frantic: every minute, more than 2,000 trees are being destroyed around the world. And the multiple services they provide us with. Their underestimated superpowers are being cut down or burned away. These carbon sinks are disappearing at high speed, and so are their regulatory functions, with major impacts on climate change. The colossal loss of biodiversity and the displacement of local communities are also a major concern. The issue is now attracting international attention. The common heritage is being invoked through interference and diplomatic crises. One thing is clear: the tree has definitely invited itself to the heart of modern geopolitics.

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LES FORÊTS EN CHIFFRES

27 % Elles représentent 27 % des surfaces émergées Forests account for 27 % of land area

1,3 millions de km2 1,3 millions de km2 ont disparu entre 1990 et 2016, soit environ 800 terrains de football par heure 1.3 million km2 disappeared between 1990 and 2016, or about 800 football fields per hour

25 % Elles contribuent aux moyens d'existence d'environ 25 % de la population mondiale They contribute to the livelihoods of about 25 percent of the world's population Dévastée par les flammes, l’Australie a perdu plus de 11 millions d’hectares, l’équivalent de 3 fois la Belgique réduit en cendres. / Devastated by the flames, Australia lost more than 11 million hectares, the equivalent of 3 times Belgium reduced to ashes.

Des réserves de carbone à l’épreuve des mégafeux Le passage à la nouvelle décade a été tristement terni par les incendies massifs qui ont ravagé une vaste partie des forêts australiennes. Plus de onze millions d'hectares sont désormais réduits en cendres, à savoir trois fois la surface de la Belgique. Quasi inextinguibles, ce sont les mégafeux, un phénomène d’un genre nouveau qui sévit désormais de façon récurrente de part et d’autre du globe. Les conditions y sont de plus en plus propices allant jusqu’aux déclenchements de tornades de feux, ces « firenado » particulièrement destructrices.

20 % des revenus des ménages ruraux proviennent des forêts, dans les pays en développement of rural household income in developing countries comes from forests

80 % de la biodiversité se trouve dans les forêts of biodiversity is found in forests

12 % Les feux ont ravagé près de la moitié de l’île aux kangourous. (source : Janvier 2020, NASA) / Fires ravaged nearly half of Kangaroo Island. (source: January 2020, NASA)

Les émissions de gaz à effet de serre liées à la déforestation constituent la 2ème cause de réchauffement climatique (après les énergies fossiles), représentant 12 % des émissions (plus que le secteur des transports) Greenhouse gas emissions linked to deforestation are the 2nd cause of global warming (after fossil fuels), accounting for 12 % of emissions (more than the transport sector). Sources : CE, FAO

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Pratiques extractivistes et changement d’affectation des terres La déforestation est sous-tendue par deux sujets majeurs : ceux de la sécurité alimentaire et de l’accès à l’énergie.

La forêt tropicale est entamée pour faire place aux plantations de palmiers à huile et d'hévéas. /The rainforest is being taken away to make room for palm oil and rubber plantations.

Un facteur déterminant est pointé du doigt par les scientifiques : le réchauffement climatique qui allonge la durée de la saison des incendies. Pour l’Australie en l’occurrence, sécheresse prolongée et vents forts ont transformé les premières étincelles en un immense brasier. Le GIEC souligne le rôle central des émissions de GES dans ce processus : à l’origine des bouleversements climatiques favorisant les incendies, elles en sont aussi la résultante lorsque les forêts partent en fumée, formant ainsi une véritable boucle de rétroaction. Les scientifiques estiment ainsi que l’Australie va doubler ses émissions cette année avec près de 400 millions de tonnes de CO2 incrémental. Au total, le programme européen Copernicus a observé plus de 6000 Giga tonnes de CO2 rejetées du fait des feux de forêts l’année dernière. Un cycle infernal qu’il est urgent d’enrayer par une politique volontariste bas carbone, car, il faut le rappeler, après les océans, les forêts constituent le 2ème réservoir de carbone. Elles séquestrent annuellement 19 % des émissions anthropiques mondiales. Fait particulièrement inquiétant, des rapports récents notamment publiés dans Nature Plants montrent même que certaines forêts et sols tropicaux fragilisés peuvent ainsi devenir non plus capteurs mais émetteurs d’émissions. Un phénomène imputable aux feux accidentels mais aussi à des usages éminemment préempteurs qui plongent les forêts dans de tristes concerts de tronçonneuses ou fumées de brûlis.

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La question énergétique Près d’un tiers de la population mondiale utilise le bois comme source énergétique. Les forêts sont tout particulièrement le combustible des populations vulnérables. Dans le Delta du Congo, la situation est plus qu’alarmante. Deuxième poumon vert du monde, la forêt y est frappée de plein fouet par la déforestation. Selon Global Forest Watch, la République démocratique du Congo a presque doublé son taux de perte de forêt primaire depuis 2010 et le pays se classe désormais tristement au deuxième rang des nations enregistrant le plus de pertes par an, tout juste derrière le Brésil. « On estime que le couvert forestier de la RDC est passé de 67 % à 54 % du territoire entre 2003 et 2018 », explique Tosi Mpanu Mpanu, l’ambassadeur et négociateur climat pour la RDC aux conférences climat des Nations unies. « La RDC a pris un engagement international de stabiliser son couvert forestier à 63,5 % de son territoire (2,3 millions de km2). Et l’on est en train de perdre ce combat-là ». Dans ce pays où la population a essentiellement recours au bois comme source d’énergie, c’est une réelle transition énergétique qui est nécessaire, car uniquement 8 % des habitants ont accès à l’électricité, et seulement 1 % en milieu rural. "Étant donné que plus de 90 % de l'énergie consommée en RDC provient du bois, l'absence de progrès dans la desserte en énergie propre et renouvelable constitue une menace directe pour nos forêts", a déclaré en août dernier le président Félix Tshisekedi. « Au rythme actuel d'accroissement de la population et de nos besoins en énergie, nos forêts sont menacées de disparition à l'horizon 2100 », alerte-t-il, ambitionnant de développer l’immense potentiel hydro-électrique du pays. La sécurité alimentaire en jeu Selon les projections, la population mondiale devrait avoisiner les 10 milliards d’individus en 2050. La FAO estime dans son dernier rapport sur La Situation des Forêts dans le Monde que la demande alimentaire doublera sur cette période. Or, la principale cause de la déforestation généralisée est la demande agro-industrielle. Selon Rhett A. Butler (Mongabay), l'élevage de bétail représente 65 à 70 % de la déforestation en Amazonie, suivi par l'agriculture (y compris les petites exploitations de subsistance et les exploitations commerciales), principalement la production de soja, qui occupe 25 à 30 % des terres déboisées.


La Plateforme Intergouvernementale sur la Biodiversité et les Services Écosystémiques (IPBES) relève ainsi que 50 % de l'expansion agricole s'est faite au détriment des forêts, conduisant à une perte ou dégradation rapide des habitats naturels particulièrement dommageable. Alors que l'IPBES comptabilise que "plus d'un tiers de la surface terrestre mondiale et près de 75 % des ressources en eau douce sont désormais consacrés à la production végétale ou animale", il semble déterminant désormais de penser la production alimentaire accrue avec des modèles plus efficients et donc sans réduire les couverts forestiers. Il y a ici un réel enjeu de sécurité alimentaire et de compétition pour les sols, avec la majorité du déboisement actuel clairement attribuée à la conversion des terres forestières en zones de culture et d’élevage destinés pour l’essentiel à… l’export. Nos modes de consommation en cause Au cœur de la déforestation se trouvent les produits référencés dans les rayons de nos supermarchés. Céréales, viande, papier, avocats, huile de palme… D’où la nécessité de sensibiliser et d’impliquer citoyens et acteurs privés dans les politiques de préservation des écosystèmes forestiers. Des organismes tels que TRASE (Transparent Supply Chains for Sustainable Economies) permettent ainsi de fournir les informations nécessaires aux entreprises afin de comprendre les impacts de leurs chaînes d’approvisionnement sur les forêts. La culture du soja est particulièrement révélatrice de l’évolution de la situation, comptant parmi les causes majeures du changement d’affectation des terres au Brésil. Le dernier rapport de TRASE montre ainsi qu’avec l’Argentine et le Paraguay, le Brésil cultive près de 50 %

Aux confins du Brésil, de la Bolivie et du Paraguay. En brun, les territoires brûlés seront affectés aux cultures et à l'élevage. (Août 2019, NASA) / On the borders of Brazil, Bolivia, and Paraguay. In brown, the burnt territories will give way to crop and livestock areas. (August 2019, NASA)

du soja mondial, contre 3 % il y a 50 ans. Sur cette période, le territoire dédié à la production de soja a été multiplié par 40 et représente aujourd’hui la taille de l’Espagne. Cette forte demande est soutenue notamment par le marché européen, mais en majorité par la Chine, dont les imports de soja brésilien ont grimpé de 300 % sur les 10 dernières années.

Expansion de la culture du soja au Brésil, en Argentine et au Paraguay. Soy expansion in Brazil, Argentina and Paraguay.

Source : TRASE, yearbook 2018

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De l’autre côté du globe, en Indonésie, les exportations d’huile de palme et de papier vont également grand train. Malgré une politique plus restrictive du gouvernement en la matière, selon Global Forest Watch, l’Indonésie a perdu 25,6 millions d’hectares de surfaces boisées depuis 2000, à savoir une réduction de 16 % du couvert forestier correspondant à 10,5G tonnes d’émissions CO2. Aux destructions de forêts s’ajoutent les feux de tourbières, fortement émetteurs de gaz à effet de serre et particules toxiques. En 2019 encore, de Kuala Lumpur à Kuching, la région a été aveuglée par ces fumées intenses. Chaque fois, le scenario de 2015 est redouté. Plus de cent mille morts prématurées avaient alors été imputées à ces incendies dans la zone, selon une étude des universités américaines Harvard et Columbia.

Des populations fragilisées Avec la déforestation, ce sont les multiples services rendus par la forêt aux populations les plus vulnérables qui disparaissent. Le changement d’affectation des terres entraine une perte essentielle de ressources et revenus pour les populations locales. La FAO le rappelle, 40 % des populations rurales en situation d’extrême pauvreté, soit 250 millions de personnes, vivent en environnement forestier ou de savane ; et les forêts constituent aujourd’hui environ 20 % des revenus des ménages ruraux dans les pays en développement. Les conséquences sont multiples pour les populations locales : disparition de la faune, appauvrissement des sols, recrudescence des inondations… Autre sujet de préoccupation majeure, la diminution des réserves en eau potable. Les trois quarts de cette précieuse ressource proviennent de bassins versants boisés, or environ 40 % ont perdu plus de la moitié de leur couvert forestier. Les arbres , nous le savons, jouent un rôle clef dans le cycle de l’eau, permettant sa rétention, sa régulation par l’évapotranspiration mais aussi sa filtration. L’enjeu des forêts est donc aussi celui de l’accès à cette ressource essentielle qu’est l’eau potable. Des forêts à feu mais aussi à sang Parmi les populations locales, des voix s’élèvent contre cette exploitation massive, mais les exploitants illégaux et trafiquants de bois n’hésitent pas utiliser la manière forte pour y couper court. Le rapport de Human Rights Watch de septembre dernier dénonce ainsi l’existence au Brésil de véritables « mafias de la forêt tropicale ». Dans un contexte de politique laxiste vis-à-vis du déboisement, les réseaux criminels en recrudescence emploient "la violence et l'intimidation contre ceux qui se mettent en travers de leur chemin". D’après la Commission Pastorale de la Terre (CPT), le nombre de meurtres liés à l’utilisation de la terre et des ressources de la forêt tropicale dans le pays s’élève à plus de 300 personnes au cours des dix dernières années.

Des conséquences qui dépassent les frontières. Les feux de tourbières dégagent des gaz et particules en grandes quantités, dont du dioxide de carbone, du méthane et des particules fines. / Consequences are spread beyond borders. Peat fires emit gases and particles in large quantities, including carbon dioxide, methane and fine particles. Source : Earth Observatory NASA.gov

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Ces sanctuaires inouïs de biodiversité Selon le dernier rapport de l’IPBES publié en avril 2019, environ 1 million d'espèces animales et végétales sont aujourd'hui menacées d'extinction, un phénomène qualifié de "sans précédent et en accélération". Sans surprise,


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En moyenne, un arbre de 5m3 peut absorber ie z-v o u l’équivalent de 5 tonnes de CO2, à savoir 5 allersretours Paris-New York. (source : ONF)

économiques privés particulièrement court-termistes, remettant en cause la notion même de propriété. Les conséquences de la déforestation certes sont planétaires, mais aussi les causalités et responsabilités. D’où la nécessité d’aborder le sujet dans sa globalité, à l’échelle supranationale.

Une plantation d'huile de palme au bord de la forêt tropicale. La déforestation en Malaisie détruit la forêt tropicale pour les palmiers à huile. / Palm oil plantation at rainforest edge. Deforestation in Malaysia destroys rain forest for oil palms.

la déforestation est pointée comme l’un des facteurs déterminants de ce processus car les forêts abritent 80 % de la biodiversité mondiale. Cette perte ou détérioration des habitats naturels est de plus en plus préoccupante, car elle signe l’extinction d’un ensemble d’écosystèmes essentiels au fonctionnement de nos sociétés. Le professeur Stéphane Mancuso, en rappelle les bénéfices dans son dernier ouvrage La révolution des plantes : « Plus de 31 000 espèces différentes répondent à un usage bien établi ; parmi elles, environ 18 000 sont exploitées à des fins médicales, 6 000 pour notre alimentation, 11 000 comme fibres textiles et matériaux de construction…/… Le compte est vite fait : un dixième d’entre elles fait l’objet d’une utilisation directe par l’humanité. »

il rappelle que l’on peut y trouver plus de 500 espèces d’arbres sur un seul hectare et qu’un simple buisson dans ce milieu tropical humide peut abriter plus d’espèces de fourmis que l’ensemble des îles britanniques.

Les regards se tournent tout particulièrement vers les forêts tropicales qui sont des réserves extrêmement riches en faune et flore. L’Amazonie en l'occurence, et ce n’est pas un hasard si elle est extrêmement médiatisée, est un trésor de biodiversité. Rhett A. Butler estime ainsi qu’elle recèle en elle environ 30 % des espèces mondiales ;

Un bien commun ? Biodiversité, puits de carbone, réserves d’eau douce… les étendues boisées sont un trésor pour l’humanité. « Les forêts sont une source de nourriture, de remède et de combustible pour plus d’un milliard de personnes », rappelle ainsi la FAO. Leurs enjeux dépassent largement les frontières et clairement certains intérêts

Encore tout récemment, le bilan des incendies australiens a été extrêmement lourd pour la faune et la flore car, comme le relève le World Resources Institute, 40 % des territoires brûlés se trouvaient en zones protégées et les nombreuses espèces endémiques qu’ils abritaient ont été touchées. Les emblématiques koalas et kangourous fuyant les flammes sont encore dans les esprits. Avec eux, ce sont en réalité plus d’un milliard d’animaux qui auraient disparu.

Les attentes sont particulièrement élevées s’agissant de la COP 15 de la Convention sur la diversité biologique, qui se tiendra à Kunming en octobre prochain et verra l’adoption d’un nouveau cadre mondial pour la gouvernance de la biodiversité après 2020. Mais ce n’est qu’un des enjeux de taille qui animent la question des espaces forestiers et l’on déplore l’absence de traité international contraignant dédié. Car l’idée de considérer les forêts comme des biens communs mondiaux fait désormais son chemin. Une approche qui requiert l’implication des différentes parties prenantes, de nouveaux espaces de dialogue et décisions. Ces biens entreraient dans le champ du patrimoine mondial et bénéficieraient donc d’un statut juridique spécifique et placés sous la protection de la communauté internationale, avec des modes de gouvernance et de contrôle neutres et a minima multilatéraux. Cependant, les discussions achoppent sur un point de blocage récurrent : nombre de pays qui « possèdent » ces surfaces boisées n’entendent pas renoncer à une part de leur souveraineté sur leurs territoires. Pourtant c’est bien ce principe de gouvernance supranationale qui est désormais appliqué en Europe sur les sites dits « d’’intérêt communautaire ». L’Union se fait le garant de ce bien commun grâce un arsenal juridique adapté et

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Les fumées toxiques émanant de feux de forêts et tourbières à Sumatra et Bornéo ont en 2019 plongé une vaste partie de l’Asie du Sud-Est dans le brouillard. (Septembre 2019, NASA) / Toxic fumes from forest and peat fires in Sumatra and Borneo have plunged large parts of Southeast Asia into the fog in 2019. (September 2019, NASA)

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ÉTAT DES FORÊTS EN EUROPE Évaluation générale des habitats forestiers en Europe EU28 (n=number of habitats)

Number of forest habitats vulnerable to different pressures and threats

Source : European Red List of Habitats - ec.europa.eu

n’hésite pas à sanctionner si nécessaire. La directive de 1992 sur la conservation des habitats naturels en constitue la colonne vertébrale et permet de protéger plus de mille espèces d’animaux et de plantes ainsi que 200 types d’habitats à travers le réseau Natura 2000. Ainsi le 25 juillet dernier, la Commission a décidé de saisir la Cour de justice d'un recours contre la Grèce pour défaut de protection adéquate des habitats naturels et des espèces.

Replanter, oui mais comment ? Une étude de l’école polytechnique de Zurich conduite en février 2019 par le chercheur britannique Thomas Crowther, estime à 1 200 milliards le nombre d’arbres qui pourraient venir s’ajouter aux forêts existantes, et ceci permettrait selon lui d’absorber largement les émissions mondiales. Nous orientonsnous donc vers un jeu à somme nulle, voire à impact positif ?

Ceci révèle une volonté des institutions de préserver le capital naturel de l’Union comme un bien commun. Cette préoccupation grandissante à l’agenda de l’Europe a encore été appuyée en juillet avec la définition d’un cadre pour restaurer et protéger les forêts au niveau mondial. Outre la coopération renforcée ou le développement de la finance responsable, l’Union évalue également de nouvelles mesures réglementaires possibles pour minimiser l'impact de la consommation des Européens sur la déforestation et la dégradation des forêts. Un dispositif à mettre en place de toute urgence…

Certains s’engagent en effet désormais dans cette voie, et l'objectif, affiché en janvier dernier, du World Economic Forum de planter 1 000 milliards d'arbres est absolument inédit. Pourtant, la comptabilité n'est pas si simple. Le « un arbre planté pour un arbre disparu » est une facilité d’esprit. Car toutes les espèces n’absorbent pas la même quantité de CO2. Car certains arbres assèchent les sols. Car un tout jeune plant n’équivaut pas à un grand sujet pour beaucoup des services qu’il rend. Car des rangs d’arbres en monoculture ne favorisent pas autant de biodiversité. Plus, les replantations aux

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géométries linéaires si caractéristiques représentent des risques, parce que, nous le savons, les forêts sont plus résilientes lorsqu’elles sont plurielles. Au vu de l'ampleur de la disparition des couverts forestiers, la question n'est plus de savoir s'il faut ou non replanter, mais où et comment ? Les entreprises et marques qui souscrivent à un principe de compensation de leurs émissions par la plantation se doivent d’aborder le sujet avec précaution car replanter d’un côté ce que l’on a « consommé » de l’autre sans avoir mis en place une stratégie approfondie de réduction des émissions est une ineptie. La limitation des émissions à la source reste la première des priorités. Une politique de replantation doit venir s’inscrire dans un dispositif solide de développement durable de l’entreprise à tous les niveaux. Puis, pour conduire un tel programme de reboisement, il est important de s’entourer d’experts en lien avec la


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La conscience progresse, les initiatives se multiplient.

> Pour des clics CO2 négatifs ECOSIA, le moteur de recherche basé à Berlin, a déjà plus de 70 millions d’arbres plantés à son bilan. L’objectif affiché par son fondateur Christian Kroll ? Atteindre le milliard d’ici 2020. > Un article acheté = un arbre planté C’est le principe de la marque de prêt-à-porter FAGUO. Et depuis sa création il y a 9 ans, 1,4 millions d’arbres ont ainsi vu le jour dans 200 forêts françaises. > La plus importante levée de fonds jamais organisée sur YouTube Objectif atteint en 55 jours : 20 millions d’arbres vont pouvoir être replantés grâce à la campagne #Teamtrees du vidéaste Mr. Beast et son incroyable réseau. C’est l’ONG National Arbor Day Foundation qui devra s’assurer de respecter les principes de replantation durable.

communauté locale afin de s’assurer également que les plantations soient adaptées et ne viennent pas amputer des terres agricoles. Une des démarches encouragées par le GIEC est notamment l’agroforesterie, où les arbres sont plantés en complément des cultures. Cette démarche se révèle profitable pour tous car les récoltes y sont bien plus fructueuses. Selon Tristan Lecomte, le fondateur de PUR Projet qui a déjà plus de 10 millions d’arbres plantés à son actif, les parcelles de cacao en agroforesterie produisent deux tonnes à l’hectare, soit en moyenne cinq fois plus que les fermes recourant aux engrais et pesticides chimiques. (voir notre interview page 48) Bien sûr, replanter s’avère indispensable et même une haute urgence face à la magnitude de la déforestation ; mais ce ne peut être un tonneau des Danaïdes, une course sans fin où ce qui est planté d’un côté est détruit de l’autre. Ceci ne peut occulter la nécessité d'avant tout protéger

les couverts boisés et de repenser de façon fondamentale nos modes de consommation qui induisent la déforestation actuelle. Comme le souligne la philosophe Joëlle Zask, auteure de Quand la forêt brûle : pensez la nouvelle catastrophe écologique, il importe désormais de revisiter notre rapport à la forêt en appréhendant la pluralité des représentations et usages anthropiques qu’il en ait fait. Ni de l’aborder dans une approche ultra-extractiviste dominatrice, ni de la mettre trop à distance dans une vision idéalisée. Il s’agit de lui donner notre attention et d’interagir de manière positive avec elle, lui prodiguer les soins nécessaires, afin qu’elle puisse continuer à nous livrer ses bienfaits. Bref une invitation à être « ni maître, ni spectateur ». <

See translation page 129

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Le Génie de l’arbre en 20 services essentiels

The Genius of the tree in 20 essential services

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CO 2

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2.

7.

Séquestre le carbone / Sequestrates carbon

3.

8.

Filtre l’eau / Filters water

Réduit les îlots de chaleur urbains grâce à l’ombrage et l’évapotranspiration / Reduces urban heat islands through shading and evapotranspiration

5. Limite le ruissellement et les phénomènes d’inondation, favorise l’infiltration et augmente la capacité de stockage des sols / Limits runoff and flooding, promotes infiltration and increases soil storage capacity

11.

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Enrichit la biodiversité (hôte et producteur de nourriture) / Enriches biodiversity (host and food producer)

Maintient l’humidité et les conditions écosystémiques pour les végétaux sous sa canopée / Keeps moistures and ecosystem conditions for plants under its canopy

Lutte contre la pollution atmosphérique grâce à la filtration des polluants / Fights air pollution by filtering pollutants

4.

9.

6.

CO2

CO2 CO2

Rejette de l’oxygène et nous aide à respirer / Rejects oxygen and helps us breathe

CO 2

1.

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Rééquilibre la composition des sols et améliore leur oxygénation / Rebalances the composition of soils and improves their oxygenation

10.

Régénère les sols grâce à ses racines (puise les minéraux, nutriments et eau en profondeur) / Regenerates the soil through its roots (draws minerals, nutrients, and water from deep down)

Limite l’érosion / Limits erosion


Détient des propriétés médicinales (pour 80% des essences) / Holds medicinal properties (for 80% of the essences)

14.

13.

Déclenche des pluies grâce à l’émission de solvants dans l’air / Triggers rainfall by emitting solvents into the air

Protège les cultures du vent et de la neige ou du soleil / Protects crops from wind and snow or sunlight llee ss aa vv

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12.

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15. 16.

Produit des fruits, baies et noix / Produces fruits, berries, and nuts

Constitue un moyen de subsistance et de diversification de revenus pour les communautés locales / Provides livelihood and income diversification for local communities

17.

Fournit du bois, papier, résine en gestion durable / Supplies the wood, the paper and the resin in sustainable management

18.

19. 20.

Améliore les rendements agricoles en système d’agroforesterie / Improves crop yields in agroforestry systems

Réduit la pollution sonore / Reduces noise pollution

Contribue au bien-être humain / Contributes to human well-being

Le Shinrin Yoku est un bain de forêt particulièrement prisé au Japon. L’idée de cette thérapie sylvestre ? Bénéficier des phytoncides, ces particules émises par les arbres et supposées renforcer le système immunitaire. Si les bénéfices sur la santé ne sont pas à date scientifiquement prouvés, cette véritable tendance signe une préoccupation croissante de reconnecter avec la nature. Shinrin Yoku is a forest bath that is particularly popular in Japan. What is the idea of this forest therapy? To benefit from phytoncides, those particles emitted by trees and supposed to strengthen the immune system. While the health benefits are not yet scientifically proven, this real trend is a sign of growing concern to reconnect with nature.

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Balade sur la canopée C es amoure ux du vivant sile ncie ux vous e mmè n e nt e n forêt Love rs of th e sile nt living take you for a walk in forest

À lire / Must read

L’Arbre-monde, de Richard Powers (Ed. WW Norton & Co) Un roman enchanteur et captivant. Richard Powers y explore le monde vivant des arbres et questionne notre rapport à la nature. Une éco-fiction qui a remporté en 2019 le prix Pulitzer et le grand prix de littérature américaine 2018.

The Overstory, by Richard Powers (Ed. WW Norton & Co) An enchanting and captivating novel. Richard Powers explores the living world of trees and questions our relationship with nature. It’s an eco-fiction that won the 2019 Pulitzer Prize and the 2018 Grand Prize for American Literature.

La vie secrète des arbres, de Peter Wohlleben (Ed. Les Arènes) Avec ce best-seller, l’ingénieur forestier Peter Wohlleben nous livre un regard inédit sur le monde des arbres dont on ignore souvent l’essentiel du fonctionnement. L’auteur met au jour leur aptitude à s’entraider ou à communiquer via notamment un vaste réseau qu’il appelle l’internet des forêts. Il nous dévoile les stratégies de défense commune qui les caractérisent et parle même de leur intelligence. S’il est tentant de taxer d’anthropomorphisme certaines de ces lignes, ce grand succès de librairie, où science et poésie se mêlent, s’impose comme un des plaidoyers les plus vibrants pour les arbres.

The Secret Life of Trees, by Peter Wohlleben (Ed. Les Arènes) In this bestseller, forestry engineer Peter Wohlleben gives us a fresh look at the world of trees, the essential workings of which are often unknown. The author reveals their ability to help each other or to communicate via a vast network that he calls the Internet of Forests. He explains the common defense strategies that characterize them and even talks about their intelligence. It is tempting to label some of these lines as anthropomorphic; but, this best-selling book, where science and poetry mingle, stands out as one of the most vibrant pleas for trees.

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À voir / Must see

L’homme qui plantait des arbres,

The Man Who Planted Trees,

de Jean Giono (Ed. Folio)

by Jean Giono (Ed. Folio)

Cette brève nouvelle humaniste écrite en 1953 pose un œil particulièrement précurseur sur les bénéfices inattendus des arbres, tant environnementaux, sociaux qu’économiques. Le message se veut résolument positif et s’avère particulièrement d’actualité plus d’un demi-siècle plus tard : « Quand on se souvenait que tout était sorti des mains et de l'âme de cet homme – sans moyens techniques – on comprenait que les hommes pourraient être aussi efficaces que Dieu dans d'autres domaines que la destruction ».

This brief humanist short story written in 1953 takes a particularly precursory look at the unexpected environmental, social, and economic benefits of trees. The message is firmly positive and is particularly topical more than half a century later: "When we remember that everything came out of the hands and soul of this man - without technical means - we understood that men could be as effective as God in other areas than destruction."

La révolution des plantes,

The Plant Revolution,

de Stephano Mancuso (Ed. Albin Michel)

by Stephano Mancuso (Ed. Albin Michel)

Le monde végétal, et les arbres en particulier, sont la réponse à nombre de nos défis car nous pouvons nous inspirer de leur incroyable capacité à innover. C’est ce que l’auteur s’efforce de démontrer en appelant à une véritable « révolution verte ». Stephano Mancuso, également à l’origine de l’incontournable ouvrage L’intelligence des arbres et fondateur de la neurobiologie végétale, a été désigné par le New Yorker parmi les world changers.

The plant world, and trees, in particular, are the answer to many of our challenges because we can draw inspiration from their incredible capacity to innovate. This one is what the author strives to demonstrate by calling for a real "green revolution." Stephano Mancuso, also the author of the seminal book The Intelligence of Trees and the founder of plant neurobiology, has been named one of the world changers by the New Yorker.

Il était une forêt

There was a forest

Dans ce film documentaire destiné au grand public et réalisé par Luc Jaquet, le botaniste Francis Hallé nous emmène vers les plus hautes branches de la canopée. Un conte écologique pour un voyage fascinant.

In this documentary film intended for the general public and directed by Luc Jaquet, botanist Francis Hallé takes us to the highest branches of the canopy. An ecological tale for a fascinating journey.

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RENCONTRE AVEC

Tristan Lecomte serial entrepreneur

« L'arbre est le meilleur investissement sur Terre »

Le social business, chez lui, c’est une deuxième nature. Tristan Lecomte invente en rafales des nouveaux modèles au service des écosystèmes fragilisés et des populations qui en dépendent. Le fondateur de la marque pionnière de commerce équitable Alter Eco est aussi l’artisan de PUR Projet, une initiative assez contagieuse dans les sphères corporate. Son talent ? Il sait convaincre les investisseurs et patrons des plus grandes entreprises de le suivre dans sa mission : replanter des millions d’arbres. Aujourd’hui, il récidive avec deux nouvelles idées. Social business is its second nature. Tristan Lecomte is inventing a flurry of new models to serve fragile ecosystems and the people who depend on them. The founder of the pioneering fair trade brand Alter Eco is also the creator of PUR Projet, an initiative that is quite contagious in the corporate world. His talent? He knows how to convince investors and executives of the biggest companies to follow him in his mission: replanting millions of trees. Today he is back with two new ideas.

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« On ne pense souvent qu'au climat, mais en réalité, ce n'est qu'un des nombreux bénéfices des plantations »

Et préservés ? 400 000 hectares, ce qui correspond environ à 200 millions d’arbres en conservation.

de multiples bénéfices, à la fois climatiques mais aussi de sécurisation des approvisionnements, en qualité et en quantité, et de création de lien entre l’entreprise et ses fournisseurs. Cela permet également de valoriser la marque, de créer du sens, ce que les entreprises recherchent beaucoup car elles ont besoin d’expliquer leur raison d’être.

Vous avez, lors de la création de PUR Projet, embarqué de grands groupes et de nombreuses entreprises dans un concept nouveau, l’insetting. Quel en est le principe ? Le principe, c’est de faire de la compensation carbone à l’intérieur de la chaîne de valeur des entreprises, donc par exemple de planter des arbres au cœur de leurs filières agricoles ou animales. Cela génère

Combien d’entreprises se sont inscrites dans votre démarche jusqu'à présent ? Environ 150 entreprises, des toutes petites aux multinationales. Des marques assez prestigieuses nous ont rejoints car elles ont un actif attaché à des valeurs à défendre. Parmi elles, Clarins, Accor, Nespresso, Chanel, Louis Vuitton ou Ben & Jerry’s. Bien sûr nous travaillons aussi avec les grands du

Parlons chiffres. Combien avez vous d’arbres plantés à votre actif aujourd’hui ? Dix millions. Mais ça ne représente qu’une journée de déforestation.

café et du cacao comme Louis Dreyfus ou encore Olam. Lorsqu’il s’agit de planter un arbre, vous êtes un fervent défenseur de l’agroforesterie… Oui la majorité de nos projets, c’est de l’agroforesterie, mais au niveau bassin versant, c’est-à-dire de l’ensemble du paysage. Ça n’a pas vraiment de sens de planter des arbres juste dans la parcelle de culture, si autour c’est désertique ou si au-dessus il y a de l’érosion. Planter le long des cours d’eau, par exemple, est absolument nécessaire. Notre approche est de considérer l’ensemble du territoire où l’entreprise a ses cultures ou achète ses produits, pour y réaménager l’écosystème. Cela peut s’étendre sur une surface de 10 ou 50 km2.

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« Nos projets sont tout autant sociaux qu'environnementaux » Plantations en agroforesterie au Guatemala et en Colombie. (crédits PUR Projet) / Agroforestry plantations in Guatemala and in Colombia. (credits PUR Projet)

Nous avons différents modèles qui s’adaptent à la culture, au niveau d’ombrage nécessaire et à bien d’autres critères. Nespresso par exemple, nous a chargé de faire un diagnostic dans les onze pays où se trouvent leurs producteurs de café, pour savoir où et comment il est intéressant de planter. Ceci évolue en fonction des enjeux auxquels ils sont confrontés comme la dégradation des écosystèmes, ou les dérèglements climatiques qui impactent directement les récoltes et mettent en péril la sécurité des approvisionnements. Naturellement, on fait certifier les bénéfices carbone, mais cela va plus loin avec des bénéfices sur l’eau, sur les sols, sur la biodiversité et aussi bien sûr, sur la diversification des revenus des fermiers. Justement, votre démarche est résolument sociale, avec combien de producteurs locaux travaillez-vous ? Environ 20 000 agriculteurs sont

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impliqués dans notre démarche. Nous sommes en lien avec de nombreuses coopératives agricoles, ce qui nous permet de démultiplier notre impact. Nos projets sont tout autant sociaux qu’environnementaux. C’est très important pour nous. La question du climat est avant tout une question de solidarité internationale, puisque les pays riches sont responsables de 90 % des émissions sur les 50 dernières années et il leur incombe de financer ces mécanismes de développement propre. C’est le véritable esprit de la compensation carbone, qui est avant tout un outil de solidarité internationale. Nous nous distinguons totalement de la compensation dénuée de sens et d’âme qui peut exister parfois. Nous développons des projets qui ont un véritable impact et qui sont là pour aider les gens les plus défavorisés sur Terre, ceux-là mêmes qui sont les plus touchés par le dérèglement

climatique alors qu’ils en sont les moins responsables et les moins équipés pour y faire face. C’est ça l’enjeu de la compensation carbone solidaire que nous pratiquons. Sur le plan environnemental, combien de temps faut-il attendre pour constater les bénéfices, en terme de captation carbone, de régénération des sols… ? Cela va très vite. En milieu tropical humide, dès 2 ou 3 ans, certains arbres font déjà 15 ou 20 mètres de haut. En Amazonie péruvienne, où l’on a planté 5 millions d’arbres, ça pousse très vite et les bénéfices sont immédiats en termes de séquestration carbone et d’impacts positifs sur les sols et l’eau. La période de créditation à proprement parler, pendant laquelle l’arbre va générer du carbone, correspond à ses 20 premières années, ensuite on le garde encore 20 ans, donc un projet carbone s’étale sur 40 ans.


Avez-vous réussi à quantifier le ROI moyen d’un arbre ? Oui. Il est de 68 %. L’arbre est le meilleur investissement sur Terre. Nous avons créé le Pur Lab, un département qui établit des partenariats avec des grandes universités comme Havard Kennedy School, Yale School of Forestry ou encore AgroParisTech. Nous y avons mené une revue scientifique de 1 200 études existantes portant sur les différents bénéfices de l’arbre que nous avons modélisé en une grande matrice. Celle-ci permet d’évaluer le potentiel de création de valeur de l’arbre grâce à des valeurs proxi. C’est en milieu tropical humide qu’un arbre génère le plus de bénéfices. Au Pérou par exemple, un arbre coûte 3 euros et génère jusqu’à 19 euros par an de services économiques et écosystémiques. Ce qui est intéressant de noter, c’est que le bénéfice de séquestration carbone ne représente que 30 centimes d’euros sur ce total.

On ne pense souvent qu’au climat, mais en réalité, ce n’est qu’un des nombreux bénéfices des plantations. La démarche est parfois assez distante du cœur de métier de l’entreprise… Prenons le cas d’Accor et de la fameuse « résolution de l’arbre » que ses actionnaires ont approuvé avec un objectif de 10 millions d’arbres plantés à horizon 2021. Ici encore, c’est PUR Projet qui opère. Expliquez-nous l’idée… C’est un bel exemple où l’arbre est utilisé comme un incentive pour encourager à la réduction des émissions et des dépenses énergétiques. Dans l’ensemble des hôtels Accor, si vous réutilisez votre serviette, la moitié des bénéfices sont réinvestis dans la plantation d’arbres. Grâce à cette initiative, ils ont déjà économisé 15 millions d’euros et ont replanté 7 millions d’arbres. Avec eux, nous avons ouvert

30 projets dans le monde et opéré au plus près de leurs hôtels. Il s’agit de planter des arbres à l’intérieur de la chaîne de valeur, mais pas forcément chez le fournisseur. Ce n’est pas obligatoirement intra filière. L’idée est simplement d’articuler le projet climatique de plantation d’arbres avec la stratégie de l’entreprise. En réalité, vous pouvez utiliser l’arbre pour tout. Aux priorités stratégiques de l’entreprise, à ses enjeux commerciaux, nous allons répondre avec des arbres.

« Aux priorités stratégiques de l’entreprise, à ses enjeux commerciaux, nous allons répondre avec des arbres »

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« Régénérer la planète, c’est désormais un métier d’investisseurs »

Une plantation de café en agroforesterie. (crédits PUR Projet) / Agroforestry coffee crops. (credits PUR Projet)

Le défi aujourd’hui est immense. Pour compenser la déforestation massive, il faudrait, dites-vous, planter 10 millions d’arbres par jour… Bref, passer à l’échelle supérieure. C’est l’idée de votre dernier né, Tree Impact ? Exactement, c’est l’idée de monter un fonds d’impact autour de l’arbre. Nous allons investir dans quatre grands projets d’impact au Pérou, en Colombie, en Indonésie et en Ouganda. Avec deux gros investisseurs et, pour démarrer, 100 millions d'euros. L’intérêt qu’ils identifient, c’est tout d’abord notre capacité à sourcer des projets à vrai impact, car il existe beaucoup de projets à impact "bidon" en réalité. Mais aussi nos projets sont très rentables. Jusqu’alors, lorsque les entreprises achètent des crédits carbone ou des arbres, cela est vu un peu comme un don. Notre approche est différente. Il s’agit d’un véritable investissement avec un retour sur investissement tangible. C’est intéressant, car si l’on arrive à prouver que l’on parvient à dégager 7 % de TRI sur des plantations, alors on a gagné, on est les rois du pétrole, pardon, les rois de la forêt ! (rires). Nous avons déjà un modèle qui tourne,

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puisqu’on a planté 330 hectares au Pérou pendant 3 ans pour tester ce schéma. Autre avantage, cela va sans doute devenir une valeur refuge, car décorrélée des marchés financiers classiques. C’est un moyen d’avoir un portefeuille plus diversifié. Et surtout, c’est un investissement qui a du sens ! Combien d’arbres plantés avez-vous dans votre viseur ? Notre premier objectif aujourd’hui, c’est 40 millions d'arbres. Et ensuite nous souhaitons planter des centaines de millions, voire des milliards d’arbres, bref, ce qui est nécessaire pour compenser l’empreinte climatique actuelle et la tâche est immense ! Le monde de la finance peut ici jouer un rôle clef et le Luxembourg est une place clairement déterminante pour cela. On oppose trop souvent finance et environnement. Si l’on veut changer d’échelle, il est nécessaire aujourd’hui de réconcilier les deux mondes, de mettre à jour la complémentarité. Il est impératif de montrer que l’on peut gagner de l’argent grâce à des projets environnementaux. Régénérer la planète, c’est désormais un métier d’investisseurs.

Et vous avez choisi le Luxembourg pour votre premier fonds… Oui, c’est la place incontournable si l’on veut pouvoir attirer un maximum de financiers. En étant au Luxembourg, nous sommes mis sur orbite de la finance européenne et mondiale. D’autres projets dans les cartons ? Nous travaillons actuellement à un autre projet où nous transposons l’idée de PUR Projet à la question des plastiques. Il s’agit d’évaluer non plus l’empreinte carbone, mais l’empreinte plastique des entreprises, les engager à réduire leur utilisation et compenser ce qu’elles n’ont pas encore pu éliminer. C’est au stade de pilote en Thaïlande, où nous travaillons avec l’entreprise de cosmétiques Caudalie. Nous agissons avec les communautés locales très exposées à la pollution plastique pour récupérer les débris à travers ce que nous appelons le « Zero Waste project ». Le principe est le même, appliqué à un autre enjeu de taille ! < Let’s talk numbers: How many trees have you planted today? Ten million. But that's just one day's worth of deforestation.


And preserved? 400,000 hectares, which corresponds to about 200 million trees in conservation.

Of course we also work with the big ones of coffee and cocoa, such as Louis Dreyfus and Olam.

During the creation of PUR Projet, you have embarked large groups and many companies in a new concept, the insetting. What is the principle behind it? The principle is to compensate for carbon within the value chain of companies; for example, by planting trees at the heart of their agricultural or animal sectors. This generates multiple benefits, not only in terms of climate change, but also in terms of securing supplies in terms of quality and quantity, and creating links between the company and its suppliers. It also helps to enhance the value of the brand, to create meaning, which is something that companies are very much looking for as they need to explain their purpose.

When it comes to planting a tree, you are a strong supporter of agroforestry... Yes, the majority of our projects are agroforestry, but just at the watershed level of the entire landscape. It doesn't really make sense to plant trees just in the cropland if there is a desert around, or if there is erosion above it. Planting along watercourses, for example, is absolutely necessary. Our approach is to look at the whole area where the company grows its crops or buys its products, in order to redevelop the ecosystem. This can extend over an area of 10 or 50 km2. We have different models that adapt to the crop, the level of shade required and many other criteria. Nespresso, for example, asked us to carry out a diagnosis in the eleven countries where their coffee producers are located, to find out where and how it is interesting to plant. This evolves according to the challenges they face, such as the degradation of ecosystems, or climatic disturbances that directly impact harvests and jeopardize the security of the supplies.

How many companies have registered to date? About 150 companies, from very small to multinationals. Some fairly prestigious brands have joined us because they have an asset attached to values to defend. Among them, Clarins, Accor, Nespresso, Chanel, Louis Vuitton or Ben & Jerry's.

Naturally, the carbon benefits are certified, but this goes further with benefits on water, soil, biodiversity and of course diversification of the farmers' incomes. Precisely, your approach is genuinely social, how many local producers do you work with? About 20,000 farmers are involved in our approach. We are in contact with many agricultural cooperatives, which allows us to multiply our impact. Our projects are as much social as they are environmental. This is very important to us. The climate issue is above all a question of international solidarity since rich countries are responsible for 90Â % of emissions over the last 50 years and it is therefore their responsibility to finance these clean development mechanisms. This is the true spirit of carbon offsetting, which is above all a tool of international solidarity. We are totally different from the meaningless and soulless compensation that can sometimes exist. (...) continues page 133

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Les forêts du Luxembourg en état critique Luxembourg's forests in critical condition Le dernier inventaire phytosanitaire publié par l’Administration de la Nature et des Forêts est tombé comme un couperet : 87 % des arbres observés sont endommagés et plus de la moitié révèle un état de santé jugé nettement dégradé. Seuls 13 % des sujets sont intacts. L’observation des houppiers met ainsi en évidence un déficit foliaire inédit. L’état des feuillages est particulièrement préoccupant chez les hêtres – seuls 3,4 % d’entre eux sont indemnes – et les résineux. The latest phytosanitary inventory published by the Administration of Nature and Forests has fallen like a log: 87 % of the trees observed are damaged, and more than half of them show a degraded state of health. Only 13 % of the trees are intact. The observation of the crowns thus reveals an unprecedented foliar deficit. The state of foliage is particularly worrying for beech trees - only 3.4 % of them are intact - and conifers.

Résultats de l'inventaire phytosanitaire (Novembre 2019) Results of the phytosanitary inventory (November 2019)

Arbres légérement endommagés / Trees slightly damaged

50 % 37 %

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Arbres ne présentant pas de dommages / Trees showing no damages

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Arbres nettement endommagés (arbres moyennement endommagés), fortement endommagés ou arbres morts / Trees clearly damaged (trees moderatly damaged), badly damaged or dead trees

© Mireille Feldtrauer

13 %


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© Mireille Feldtrauer

État d’alerte donc sur le joyau de ce qui fut anciennement nommé le département des forêts. Les experts pointent du doigt les sécheresses répétées notamment lors des deux derniers étés. En état de stress hydrique, les arbres deviennent vulnérables et en proie aux attaques de parasites. Les résineux sont ainsi la cible d’insectes qui creusent des galeries sous les écorces et empêchent la circulation des sucres. Un phénomène généralisé en Europe où scolytes, typographes et autres chalcographes envahissent de nombreuses forêts et les déciment, de la Scandinavie à la République Tchèque. La filière bois se voit ainsi sévèrement impactée et l’on parle désormais de véritable « crise des scolytes » qui affecte la couverture résineuse de l’Europe. Face à cette situation inédite, une série de mesures regroupées sous le programme « KlimaBonus » a été annoncée par le gouvernement. Elles s’adressent particulièrement aux

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propriétaires forestiers privés, afin de les inciter à diversifier leurs plantations. Dans le viseur, les exploitations d’épicéas en monoculture ; elles sont en effet particulièrement vulnérables et doivent peu à peu laisser place à des peuplements mélangés, ceci afin d’accroître la résilience des couverts boisés luxembourgeois. Également à l’étude, la définition d’un nouveau cadre juridique pour les forêts, la protection contre les incendies, ou la réduction de la pression du gibier sur l’écosystème. < The jewel in the crown of what used to be called the Forest Department is now on alert. Experts are focusing on the repeated droughts, particularly during the last two summers. In a state of water stress, trees become vulnerable and prey to pest attacks. Coniferous trees are thus the target of insects that dig galleries under the bark and prevent the circulation of sap. It is a widespread phenomenon in Europe where

bark beetles and other chalcographers have invaded many forests and decimated them from Scandinavia to the Czech Republic. The timber industry is thus severely impacted, and we now speak of a real "bark beetle crisis" affecting the resin cover of Europe. To face this unprecedented situation, the government announced a series of measures grouped as the "KlimaBonus" programme. They are aimed mainly at private forest owners to encourage them to diversify their plantations. The focus is on spruce monoculture plantations, which are particularly vulnerable and must gradually give way to mixed stands to increase the resilience of Luxembourg's woodland cover. Also, being examined are the definition of a new legal framework for forests, protection against fire, or the reduction of game pressure on the ecosystem. <


EN BREF FACTS & FIGURES

90 000 ha Au Luxembourg, les forêts repésentent plus d'1/3 du territoire soit 90 000 ha In Luxembourg, forests represent more than 1/3 of the territory, i.e. 90,000 ha

87 % d'arbres endommagés of damaged trees

64 % de feuillus / of hardwood

36 % de résineux / of softwood

54 % de forêts privées / of private forests

La crise des scolytes frappe de plein fouet les forêts luxembourgeoises. / Bark beetle crisis hits hard the forest of Luxembourg.

1500 entreprises companies

11 000 emplois jobs

dans le secteur du bois in the wood sector © Mireille Feldtrauer

Ösling est la région la plus boisée du pays The country's most forested region Sources : ANF, PNDD

Carte de droite - Répartition des forêts publiques et privées au Grand-Duché / Right map - Public and private forests distribution in the Grand-Duchy Carte de gauche - Les forêts de hêtres et d'épicéas sont particulièrement touchées par les sécheresses répétées / Left map Beech trees and spruces suffer particularly from repeated droughts.

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INTERVIEW

Frank Wolter Directeur de l’Administration de la Nature et de la Forêt Director of the Administration of Nature and Forestry

« Ce ne sera plus la même forêt » "It won't be the same forest"

Vous avez récemment publié l’inventaire phytosanitaire forestier du Luxembourg. Les chiffres sont alarmants. Quelle est votre réaction ? La situation est préoccupante. On n’a jamais eu un résultat aussi mauvais sur cet inventaire. Il s’agit d’observations sur environ 1 200 arbres répartis sur l’ensemble du territoire. Nous prenons la mesure de la perte de feuillage dans la couronne, évaluons la coloration des feuilles et des aiguilles et documentons la présence de parasites. Sur la base de ces trois éléments, nous en déduisons l’état de stress de l’arbre et définissons une classe de dégâts. Ce que l’on observe ce n’est pas nécessairement l’état de santé profond des arbres mais plutôt des indices que l’arbre nous fournit. Un état de stress élevé n’indique pas forcément que l’arbre va dépérir, il a une capacité de récupération bien sûr ; mais si la situation perdure, alors oui, il peut ne pas survivre

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car il devient plus sensible à d’autres agents pathogènes comme certaines bactéries, champignons ou insectes. L’inventaire établit que 50 % des arbres avaient déjà perdu plus d’un quart de leur feuillage en plein été ou montré d’autres signes importants de stress. Cela devient vraiment inquiétant et il faut agir. La sécheresse est pointée comme la principale menace faite aux forêts grand-ducales aujourd’hui. Quels sont les signes que vous observez sur le terrain ? De telles extrêmes dans les températures atteignant 40°C et une absence de pluie de juillet à fin septembre, c’est tout à fait inédit dans nos contrées. Concrètement, l’arbre va réguler sa température par la transpiration. Il fait baisser la température et c’est ce que l’on ressent lorsque l’on se promène en forêt l’été, car il y fait plus frais. Pour ce faire, il a besoin d’une certaine quantité d’eau dans le sol. Or, il y a un seuil critique

en-dessous duquel les racines ne sont plus en mesure d’absorber l’eau du sol et à partir de ce moment, l’arbre arrête sa transpiration et commence à être en situation de stress total. Sa stratégie est alors de se débarrasser de ses feuilles et il se met en léthargie. Si cet état se met trop tôt en place dans la saison, il ne s’est pas assez constitué de réserves de sucres pour passer l’hiver. C’est un cycle infernal qui peut alors se déclencher. Pourtant, ce qui importe dans le cadre du changement climatique, c’est de maintenir ce poumon vert capable de capter le CO2 et de le transformer en matière ligneuse. Les hêtres et les résineux sont particulièrement touchés. Tous les arbres ne sont pas égaux devant la sécheresse… Il y a différents facteurs explicatifs qui entrent en jeu.


© Mireille Feldtrauer

Nous distinguons les arbres héliophiles qui aiment la lumière et la chaleur, des espèces sciaphiles, qui elles recherchent l’ombre. Les hêtres et épicéas sont des arbres sciaphiles originaires soit des montagnes, soit les pays nordiques, et ce caractère a été déterminant quand il ont été touchés par les températures extrêmes. Chez l’épicéa, c’est également son type d’enracinement qui a joué. En effet, selon les espèces, les arbres ont des capacités plus ou moins importantes d’aller puiser l’eau, ceci est lié à leur système racinaire. Le chêne par exemple est doté d’un enracinement pivotant profond alors que l’épicéa présente un enracinement traçant, ce qui l’expose particulièrement à la sécheresse. Certains arbres sont donc beaucoup plus vulnérables. La forêt sera toujours là, mais ce ne sera plus la même forêt. À ce propos, face au changement climatique rapide et la vulnérabilité

extrême de certains arbres, envisagez-vous, comme d’autres pays, l’importation de nouvelles essences au Luxembourg ? Oui, nous y réfléchissons. Nous ne prévoyons pas de le faire de façon massive, mais nous développons des essais en arboretums avec d’autres essences et nous allons conduire un nouveau projet de test avec un institut scientifique allemand. Aussi, nous observons avec attention les essais qui sont menés dans les pays voisins où les conditions sont assez similaires. Dans l’immédiat, nous essayons d’utiliser non pas d’autres espèces, mais d’autres provenances. À savoir la même espèce mais d’un écotype différent. Les écotypes du hêtre en provenance des pays de l’Est sont, par exemple, aguerris aux étés bien plus chauds et secs et présentent plus de chances de survivre et de s’adapter dans nos régions.

Nous souhaitons éviter de baser le futur uniquement sur de nouvelles espèces. Le hêtre est une essence rare au niveau mondial, c’est donc un écosystème naturel à protéger particulièrement. Nous cherchons aussi à accélérer la régénération naturelle dans nos forêts. Lorsque les arbres se reproduisent, leurs pollens se dispersent sur de grandes distances, un phénomène qui augmente la diversité génétique et permet donc une meilleure adaptation par la reproduction. Il est intéressant de souligner que les arbres ont un patrimoine génétique bien plus important que la plupart des autres êtres vivants ; il est environ 10 000 fois plus grand que même celui de l’homme. Cette richesse est sa stratégie d’adaptation, car l’arbre ne peut pas se déplacer, il reste sur place et doit résister aux crises. Il faut donc favoriser l’enrichissement et l'acclimatation de son patrimoine génétique.

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« Les monocultures de conifères ne sont plus suffisamment résilientes dans nos climats. Ce sont les diversités spécifique et génétique qui permettront le mieux de maintenir la santé de la forêt et son avenir »

50 % des peuplements d'épicéas sont aujourd'hui affectés par les scolytes. / Today, 50 % of spruces population are affected by bark beetles.

Concrètement, comment intervenezvous pour booster ce capital génétique ? Il faut ouvrir prudemment la forêt. Avant 1990, au Luxembourg nous avions surtout des forêts très âgées, très fermées. Des peuplements de hêtres notamment avec de grands arbres telles des cathédrales et rien d’autres en dessous. Cette situation n’est pas favorable à la reproduction et donc à l’évolution génétique des arbres. Depuis plusieurs années déjà, nous pratiquons des éclaircies plus poussées pour favoriser l’entrée de lumière et que les fruits tombés à terre puissent germer et pousser. Le bon dosage de la lumière est primordial pour que le sol ne s’assèche pas lors de l’ouverture de la forêt. Grand sujet croissant de préoccupation, les scolytes. Ils attaquent notamment les arbres en situation de stress hydrique. Pourquoi ces petits insectes font-ils autant de ravages ? Les scolytes sont attirés par l’odeur de la résine, ils percent un trou dans l’écorce et s’installent dans la partie cambiale de l’arbre, cette zone entre l’écorce et le bois où les sucres synthétisés par les feuilles redescendent vers les racines pour

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les nourrir. Quand cette circulation est empêchée, l’arbre dépérit. Les conifères ont habituellement une capacité naturelle à réagir grâce à la résine qui englue les insectes lorsqu’ils percent un trou. Normalement un arbre sain, bien alimenté en eau, va tuer l’insecte. Pendant des périodes de sécheresse prolongée, il n’est malheureusement plus en mesure de fabriquer cette résine. Avez-vous pu établir l’ampleur du phénomène dans le pays ? Par observation visuelle, nous avons pu établir qu’environ plus de 50 % des peuplements d’épicéas sont aujourd’hui affectés par les scolytes. Parfois, cela touche uniquement quelques arbres et si la présence de l’insecte est fatale pour ces arbres, cela ne condamne pas l’ensemble du peuplement pour autant, sauf si les conditions climatiques perdurent. En réalité, tout va se jouer sur les conditions estivales. Si l’été suivant est sec et chaud, les conditions de reproduction de l’insecte seront optimales et il proliférera. Déjà aujourd’hui, plusieurs centaines d’hectares vont devoir être coupés. C’est assez dramatique car il y a une

dépréciation du bois très rapide liée à sa coloration et à la saturation soudaine du marché. Le prix de marché s’est effondré de 80 à 90 %. Ainsi, certains exploitants ont attendu entre 60 et 100 ans pour récolter leur bois et ont quasiment tout perdu en une saison. Justement, les monocultures d’épicéas sont régulièrement pointées du doigt. Qu’attendez-vous aujourd’hui des propriétaires et gestionnaires forestiers ? Le message que l’on envoie aux propriétaires et gestionnaires est de convertir leurs monocultures en peuplements mélangés. On voit très bien avec le changement climatique que les monocultures de conifères ne sont plus suffisamment résilientes dans nos climats. On estime sur base de recherches scientifiques que ce sont les diversités spécifique et génétique qui permettront le mieux de maintenir la santé de la forêt et son avenir. C’est aussi une stratégie économique évidemment, à savoir de diversifier la production pour être en capacité de réagir face aux incertitudes. Avec ces épisodes de sécheresse grandissants, devons-nous nous


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préparer à des incendies de forêts importants, ici aussi au Luxembourg ? C’est quelque chose que l’on prend très au sérieux. On s’est d’ailleurs très récemment inscrit au système d’alerte européen EFFIS pour mieux surveiller cet aspect-là. Il s’agit de créer un index de risques au Luxembourg pour pouvoir à tout moment avertir la population du risque d’incendie de forêts. Ceci dit, il faut savoir que le risque est beaucoup plus élevé pour les forêts de conifères en raison du degré d’inflammation des résines qui rend la maîtrise des feux quasiment impossible. Les feux de forêts de feuillus ne sont pas de même nature, il s’agit souvent de feux au sol où la végétation basse et le feuillage qui a séché au sol brûlent, mais les incendies se propagent très rarement aux grands arbres feuillus. Or, environ 70 % de nos forêts sont des feuillus. On considère que le risque est donc moins élevé au Luxembourg. Un nouveau cadre légal est à l’étude. Que peut-on en attendre ? Ce nouveau cadre légal reconnaît l’importance de l’écosystème naturel et prend en compte les services qu’il rend. L’objectif à moyen terme est de développer une prime pour les services écosystémiques rendus par les forêts publiques et privées. Le rôle environnemental et sociétal des forêts publiques est réaffirmé, avec une attention spéciale à la biodiversité et à la récréation, et moins à la production. D’importantes dispositions protègent les forêts en matière de coupe rase notamment.

« Déjà aujourd’hui, plusieurs centaines d’hectares vont devoir être coupés »

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Des voix, - comme celles de l’ingénieur forestier Peter Wohlleben - appellent à la préservation de sanctuaires forestiers, à savoir sans la moindre intervention de l’homme. Quelle dose d’intervention humaine prônez-vous ? Il est crucial de ne pas utiliser 100 % de nos forêts et nous avons dans cet esprit développé un projet de forêts vierges. Actuellement, 2 % des forêts sont déjà concernées, l’objectif est d’arriver à 5 %. Aucune récolte de bois n’est effectuée sur ces zones classées comme réserves naturelles selon la loi de protection de la nature. Elles sont dédiées à l’observation scientifique et servent de réserves génétiques. D’autre part, lorsque nous régénérons nos forêts gérées, nous gardons désormais toujours 10 % en îlots de vieillissement. Cela signifie que nous n’y coupons aucun arbre. Le but est de préserver des petites portions de forêts de plusieurs hectares avec des très vieux arbres, des endroits de forte biodiversité où les oiseaux et chauvessouris notamment trouvent beaucoup de bois mort.

Il est essentiel que nous communiquions davantage lorsque nous travaillons en forêt. Nous devons expliquer aux gens pourquoi nous coupons du bois, pourquoi c’est important d’utiliser cette matière renouvelable car, dans le cadre du changement climatique, c’est du CO2 stocké qui peut être stocké à nouveau dans un bâtiment pour encore 100, 200 ou 300 ans. De plus, c’est un produit de substitution aux autres matériaux de construction comme le

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Et pour le reste, là où vous récoltez du bois ? La récolte du bois telle qu’on la fait actuellement est tout à fait différente de ce qui était pratiqué avant. Nous avons tenu compte des préoccupations des gens. On n’effectue plus de coupe rase. Le nouveau projet de loi impose pour les forêts publiques que le couvert forestier soit à tout moment maintenu. Le bois peut uniquement être récolté pied par pied ou par petits groupes. Et en forêts privées, la coupe rase est limitée à 50 ares. ciment ou le métal qui demandent énormément d’énergie à la production. On essaie de faire passer ce message. Il faut le noter, la population est de plus en plus urbaine et son lien à la nature a changé. Nous observons actuellement une réelle tendance à la sacralisation de la nature. La gestion des espaces naturels est de plus en plus mise en question, même lorsqu’elle est basée sur de réels critères de durabilité.

Un effort accru de sensibilisation est donc nécessaire pour permettre de reconnecter la société à la nature à travers une utilisation raisonnée des services qu’elle nous rend. < You recently published the forest phytosanitary inventory of Luxembourg. The figures are alarming. What is your reaction? The situation is worrying. We have never had such an adverse result on


this inventory. These are observations of about 1,200 trees spread over the entire territory. We are measuring the loss of foliage in the crown, assessing the coloration of leaves and needles, and documenting the presence of pests. Based on these three elements, we deduce the state of stress of the tree and define a damage class. What we observe is not necessarily the deep state of health of the trees,

but rather the clues that the tree provides us. A high state of stress does not necessarily indicate that the tree will die. It can recover, of course, but if the situation persists, then yes, it may not survive because it becomes more sensitive to other pathogens such as certain bacteria, fungi, or insects.

of summer or showed other essentials signs of stress. This situation is becoming worrisome, and action must be taken. (...) continues page 134

The inventory establishes that 50Â % of the trees had already lost more than a quarter of their foliage in the middle

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FOR EST Sym p h o ny

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A WALK WITH

Anita Dore

In an explosion of colors, the painter takes us to discover the unsounded parts of the forests, those too often forgotten in an ever more urban society. It reveals the vibrations of a universe that still conceals many mysteries in her eyes, a world above all synonymous with harmony and powerful vitality. This American artist living in the Grand Duchy draws part of her inspiration from the woods she walks in Luxembourg. Ready for a forest bath? Dans une explosion de couleurs, l’artiste peintre nous emmène découvrir les parts insondées des forêts, celles trop souvent oubliées d’une société toujours plus urbaine. Elle met au jour les vibrations d’un univers qui recèle encore bien des mystères à ses yeux, un monde avant tout synonyme d’harmonie et de puissante vitalité. Cette artiste américaine installée au Grand-Duché puise son inspiration notamment des bois qu’elle arpente au Luxembourg. Prêt pour un bain de forêt ?

Your works immerse us in the mysterious universe of forests, what drives you to transcribe this environment? Initially, I was drawn to the colors and textures, the light, and the compositions of space. Then as I read more about forests, I became fascinated by their complexity, and for me, this helped explain my emotional connection to them. I am truly fascinated by what is going on in the forests. They are such an incredibly complex and vibrant collection of relationships, systems, and processes that are not easily seen by the usual encounter. Even with all of this intense activity, everything works together in harmony. I seek this

same kind of balance in my paintings: I want them to be interesting and thought-provoking but also balanced and simply beautiful to experience. Is it a quest for well-being? When I'm in the forest, I feel enchanted and energized but also calm. My opinion is that it’s in our DNA to need to be in wild spaces at least some of the time, in order to connect to our essence and feel balanced. I will admit that I have hugged a few trees, and often I feel like I'm receiving some positive energy in return. I don't really know for certain what causes that feeling but I believe that there is more to trees and forests than is readily

Forest Symphony

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"Commune"

apparent. However, I think we can sense it intuitively if we allow ourselves to. Maybe that is why forest bathing is becoming popular. Which forests have inspired you the most? The Mariposa Grove of Giant Sequoias in Yosemite National Park in California. I have been there several times, and each time it feels like a spiritual experience. In Luxembourg too, I visit the forests that are a short drive from where I live. I try to go there at least twice a week. You show us the forests in their full-frame. Are they too much neglected in the attention of our society for you? Is it an invitation to re-connect with trees and nature? It wasn’t a conscious decision to paint this way. I think it's coming from my feeling of intimacy with the forests and how I like to get up close to better observe all the details. I'm also a surface designer,

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“There is mysterious magic there”

so initially, my close study of trees and plants came from seeking inspiring shapes to create pattern designs. Unfortunately, I don’t think society values forests nearly enough. And I fear that most people don’t know how complex and they are – I’m still learning about this myself. A forest is like a community that has grown and evolved over many, many years, and it can’t be replaced quickly, if at all. I would love for people to see forests differently, to be curious about them, see how there is mysterious magic there, and to feel connected to them. Trees are quite similar to us,


"Symbiotic"

especially those that are living in a wild forest. They communicate with each other, protect each other. They even have a sense of taste and smell. Some scientists believe that they are intelligent and can learn. We just can't see or hear this with our naked senses. Essentially, I paint forests because I want people to love them, and hopefully protect them. Bright colors, large paint strokes, there is an invisible part that you seek to express with vigor. How would you define your artistic style? My paintings have spontaneous brush strokes but also careful, deliberate ones. I also iterate quite a bit - most of my paintings have several layers of paintings built upon each other. Unintentionally, or maybe subconsciously, I’m reflecting the multiple layers of the forest. I find a lot of inspiration from Henri Matisse, Ferdinand Hodler, Hilma af Klint, David Hockney,

“Forest are such an incredibly complex and vibrant collection of relationships, systems, and processes”

Milton Avery, Irmgard Weber, and Per Kirkaby. I use bolder colors, looser brushstrokes and abstracted shapes in order to convey emotion and energy, but it’s also important for me to convey a sense of place. And even though the paintings might not look realistic, they are capturing a different reality – the complexity of the forest ecosystem – one that can’t be perceived by our naked senses. <

Forest Symphony

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"Bambësch"

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“There is more to trees and forests than is readily apparent�

Forest Symphony

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"Symphony" - La forêt se transforme sous nos yeux en huit étapes.

Vos œuvres nous plongent dans l'univers mystérieux des forêts, qu'estce qui vous pousse à transcrire cet environnement ? Au départ, j'ai été attirée par les couleurs et les textures, la lumière et les compositions de l'espace. Puis, au fur et à mesure que j'en apprenais davantage sur les forêts, j'ai été fascinée par leur complexité. Cela explique le lien émotionnel que j’ai avec elles. Je suis réellement subjuguée

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par ce qui se passe dans les forêts. Il s'agit d'un ensemble incroyablement complexe et dynamique de relations, de systèmes et de processus qui ne sont pas facilement perceptibles de premier abord. Malgré cette activité intense, tout y fonctionne en harmonie. Je recherche ce même type d'équilibre dans mes tableaux. Je veux qu'ils soient intéressants et intellectuellement stimulants, mais aussi équilibrés et tout simplement une belle expérience.

Est-ce une quête de bien-être ? Quand je suis dans la forêt, je me sens enchantée et dynamisée, mais aussi sereine. À mon avis, c'est dans notre ADN d'avoir besoin d'être dans des espaces vierges à certains moments, pour nous relier à notre essence, et nous sentir en harmonie. Je vous avoue que j'ai enlacé quelques arbres, et j'ai souvent l'impression de recevoir de l'énergie positive en retour. Je ne sais pas vraiment ce qui cause ce sentiment, mais je crois que


"Symphony" - The forest is transforming before our eyes in eight stages.

les arbres et les forêts sont bien plus que ce que l'on peut en voir. Cependant, je pense que nous pouvons le sentir intuitivement, si nous nous y autorisons. C'est peut-être la raison pour laquelle les bains de forêt deviennent populaires. Quelles forêts vous ont le plus inspirée ? La forêt Mariposa de séquoias géants dans le parc national de Yosemite en Californie. J'y suis allée plusieurs fois et à chaque fois, j'ai la sensation d'une expérience spirituelle.

« La plupart de mes tableaux comportent plusieurs couches de peintures construites les unes sur les autres. Involontairement, ou inconsciemment, je reproduis ainsi les multiples strates de la forêt »

Forest Symphony

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Au Luxembourg aussi, je visite les forêts qui se trouvent à une courte distance en voiture de chez moi. J'essaie d'y aller au moins deux fois par semaine. Vous nous montrez les forêts plein cadre. Sont-elles selon vous trop négligées dans l'attention de notre société ? Est-ce une invitation à renouer avec les arbres et la nature ? Ce n'était pas une décision consciente de peindre de cette façon. Je pense que cela vient de mon sentiment d'intimité avec les forêts, et de la façon dont j'aime me rapprocher pour mieux observer tous les détails. Je suis également conceptrice de surfaces, donc au départ, mon étude approfondie des arbres et des plantes m'est venue de la recherche de formes inspirantes pour créer des motifs. Malheureusement, je ne pense pas que la société valorise suffisamment les forêts. Et je crains que la plupart des gens ne sachent pas à quel point elles sont complexes ; pourtant elles le sont bel et bien - j'en apprends encore moi-même toujours. Une forêt est comme une communauté qui a grandi et évolué au fil des ans, elle ne peut pas être remplacée rapidement, si tant est qu'elle puisse l'être du tout. J'aimerais que les gens considèrent les forêts différemment, qu'ils y soient attentifs, qu'ils voient la magie mystérieuse qu'elles recèlent et qu'ils se sentent liés à elles. Les arbres nous ressemblent beaucoup, surtout ceux des forêts vierges. Ils communiquent entre eux, se protègent les uns les autres, ils ont même le sens du goût et de l'odorat. Certains scientifiques estiment qu'ils sont intelligents et qu'ils peuvent apprendre. C'est quelque chose qu'on ne peut pas percevoir de prime abord. En définitive, je peins les forêts pour qu’on les aime et, je l’espère, les protège.

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"White Pine" - 9 Panels

"Method"

Couleurs vives, larges touches, il y a une partie invisible que vous cherchez à exprimer avec vigueur. Comment qualifieriez-vous votre style? Il y a dans mes peintures des coups

de pinceau spontanés mais aussi des coups de pinceau plus prudents et délibérés. Je travaille aussi de manière itérative - la plupart de mes tableaux comportent plusieurs couches de


peintures construites les unes sur les autres. Involontairement, ou peut-être inconsciemment, je reproduis ainsi les multiples strates de la forêt. Je trouve beaucoup d'inspiration chez Henri Matisse, Ferdinand Hodler, Hilma af Klint, David Hockney, Milton Avery, Irmgard Weber et Per Kirkaby. J'utilise des couleurs audacieuses, des coups de pinceau plus amples et des formes abstraites pour transmettre une certaine émotion et énergie. Mais il est aussi important pour moi de transmettre un sens d'appartenance à un lieu. Et même si les peintures ne semblent pas réalistes, elles capturent en fait une réalité différente - celle de la complexité de l'écosystème forestier - une réalité que nos sens ne peuvent percevoir à première vue. <

« Malheureusement, je ne pense pas que la société valorise suffisament les forêts »

Anita Dore was born and raised in the countryside of Upstate New York and graduated from Cornell University with a degree in Design. She paints to express herself creatively and to communicate the issue that is most important to her: protecting the natural environment. Her work is in private collections in the US and Europe. Currently, Anita lives in Luxembourg City.

A N ITA D O RE

"Lush" - 4 panels

Anita Dore est née et a grandi dans la campagne du nord de l'État de New York. Elle est diplômée en design de l'Université de Cornell. La peinture est pour elle une expression de ses émotions et une façon de sensibiliser à l'enjeu qui lui tient le plus à cœur : la protection de notre environnement. Son travail fait partie de collections privées aux États-Unis et en Europe. Elle est aujourd’hui établie à Luxembourg Ville.

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AILLEURS ? C'EST COMMENT...

Reykjavík UN PARADOXE VERT Capitale la plus septentrionale au monde, à 250 km au sud du Cercle Polaire, Reykjavík parade en tête des classements des villes durables. Fait remarquable, elle affiche une électricité 100 % renouvelable. Son secret est à chercher dans ses étendues de glace et dans les entrailles de sa terre. Un nouvel eldorado durable ? Pas si sûr, car la ville, comme l’ensemble de l’île, doit faire face à un nouveau paradoxe énergétique… 74

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The most northerly capital in the world, 250 km south of the Arctic Circle, Reykjavík is at the top of the sustainable city rankings. Remarkably, it boasts 100 % renewable electricity. Its secret is to be found in its expanses of ice and in the bowels of its land. A new sustainable Eldorado? Not so sure, because the city, like the whole island, is facing a new energy paradox...


photo © Sigrg

Le pari réussi de l’électricité et du chauffage 100 % renouvelables Dans la catégorie écologie, la ville aux toits colorés aligne les trophées. Lauréate du prix environnement et nature des pays nordiques dès 2014, elle a récemment été classée 3ème au Global Destination Sustainability index 2018. Aussi, forte de ses 410 m2 d’espaces verts par habitant, elle s’est tout simplement vue décernée le titre de la « ville la plus verte du monde ». Mais c’est surtout un autre sujet qui attire tant de louanges pour cette capitale abritant les deux tiers de la population de l’île. Celui de l’énergie. Plongée dans un climat subpolaire océanique, force est de constater qu’elle parvient tout de même à se chauffer et s’éclairer en toute autonomie et en ne recourant qu’aux énergies renouvelables. Une clef de cette particularité se lit dans son nom, Reykjavík - littéralement « baie des fumées » - qui évoque les vapeurs émanant des sources d'eau chaude environnantes. L’Islande, se situant sur la dorsale médio-atlantique séparant les plaques tectoniques nord-américaine et eurasienne, a en effet largement misé sur le trésor qui gisait sous ses pieds et est devenue un pays champion de la géothermie. À quelques encablures de la capitale, la centrale de Hellisheidi affiche d’ailleurs une des plus importantes capacités de production au monde. Résultat : 97 % des foyers de la ville sont chauffés grâce à la chaleur de la Terre. Cette énergie y satisfait aussi 25 % des besoins en électricité. Le reste ? C’est l’autre trésor de l’île qui s’en charge. Les glaciers. Ils recouvrent 10 % du pays et alimentent les grandes rivières glaciaires ponctuées par les

Située sur le volcan Hengill, la centrale géothermique de Hellisheidi alimente la ville de Reykjavík. On the Hengill volcano, the Hellisheidi geothermal power plant supplies the city of Reykjavík.

barrages hydroélectriques qui en captent l’énergie. Un bémol s’inscrit toutefois à la partition énergétique islandaise, car les étendues de glace fondent à grande vitesse : 750 km2 depuis le début du siècle. À ce rythme, les glaciers pourraient bien être rayés de la carte d'ici 300 ans. The successful bet of 100 % renewable electricity and heating In the ecological category, the city with the colourful roofs lines up the trophies. Winner of the Nordic Environment and Nature Prize in 2014, the capital was recently ranked 3rd in the Global Destination Sustainability index 2018. With 410 m2 of green space per inhabitant, Reykjavík has simply been awarded the title of the "greenest city in the world". But it is above all another subject that attracts so much praise for this capital, home to two thirds of the island's population: That of energy. Deep in a sub-polar oceanic climate it is important to keep in mind, that the city still manages to heat and light

itself autonomously, all by using only renewable energies. A key to this is, its name, Reykjavík - literally "Bay of Smokes" - which evokes the vapours emanating from the surrounding hot springs. Iceland, situated on the Mid-Atlantic Ridge, separating the North American and Eurasian tectonic plates, has in fact relied heavily on the treasure that lies beneath its feet and has become a geothermal energy champion. Just a stone's throw from the capital, the Hellisheidi power station has one of the largest production capacities in the world. As a result, 97 % of the city's homes are heated by the Earth's heat. This energy also meets 25 % of the city's electricity needs. And the rest? The island's other treasure gets it covered: The glaciers. They cover 10 % of the country and feed the large glacial rivers punctuated by hydroelectric dams that capture the energy. However, there is a downside to Iceland's energy partition, as the ice sheets are melting at a high rate: 750 km2 since the beginning of the century. At this rate, glaciers could well be wiped off the map within 300 years.

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Un cas d’école L’Islande est un bel exemple de transition énergétique basée sur les atouts propres d’un pays. Et comme le relèvent les Nations-Unies dans leur rapport, son approche ne s’applique pas en tout contexte certes, mais peut être source d’inspiration pour d’autres régions, bien au-delà de ce que l’on imagine. En effet, une activité volcanique récente n’est pas un pré-réquis pour avoir recours à la géothermie. « Rien qu'en Europe, on estime qu'environ 25 % de la population vit dans des zones propices au chauffage urbain géothermique. Le savoir-faire et l'expérience de l'Islande sont inestimables pour étudier la faisabilité et la mise en œuvre de ces possibilités et d'autres dans le monde entier » conclut le rapport. A textbook case Iceland is a good example of an energy transition based on a country's own strengths. As the United Nations report points out, its approach may not apply in every context, but it can be a source of inspiration for other regions, far beyond what one might imagine. Indeed, recent volcanic activity is not a prerequisite for using geothermal energy. “In Europe alone, it is considered that approximately

Blue Lagoon, le spa géothermique alimenté par la centrale de Svartsengi, attire locaux et de nombreux touristes. / Blue Lagoon, a geothermal spa powered by the Svartsengi power plant, attracts locals and many tourists.

25 per cent of the population lives in areas suitable for urban geothermal heating. To explore the feasibility and implementation of these and other opportunities around the world, Iceland’s know-how and experience is invaluable” concludes the report. Une question de résilience Ce n’est pas vraiment drapée d’une préoccupation vertueuse de respect pour l’environnement que l’Islande a entamé sa transition vers les énergies renouvelables. Non, la bascule a été économique avant tout et l’histoire

remonte aux années 70 lorsque les chocs pétroliers ont sérieusement affaibli le pays. Se détournant des importations fossiles massives, l’île a décidé de généraliser la géothermie et l’hydroélectricité. Bref de ne puiser que dans ses propres ressources naturelles pour produire son énergie en toute autonomie. Une stratégie lui permettant de se mettre à l’abri des fluctuations des cours du pétrole certes, mais lui offrant plus largement une grande résilience. Les bénéfices de la géothermie et d’une électricité à bas coût sont en effet parfois insoupçonnés. Sous les rues de Reykjavík, le large réseau de tuyaux d’eau chaude permet de dégeler les chaussées. La chaleur géothermale est également utilisée en pisciculture, pour la production d’algues sèches ou de sel. Aussi les serres se sont multipliées ces dernières années pour

En Islande, fruits, légumes et fleurs poussent sous les 194 000 m2 de serres chauffées grâce à la géothermie. In Iceland, fruits, vegetables and flowers grow under 194,000 m2 of greenhouses heated by geothermal energy.

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produire tomates, salades, basilic… des fruits et légumes, somme toute, très exotiques au pays des Vikings. On y trouve même l’une des plus vastes plantations de bananes en Europe ! Autre avantage, ces cultures sont développées en vase clos, ce qui les protège totalement des maladies de plantes qui circulent d’un pays à l’autre. A matter of resilience It is not really around a virtuous concern for the environment that Iceland has begun its transition to renewable energy. No, the switchover was primarily economic, and the story goes back to the 1970s when oil price shocks seriously weakened the country. Turning away from

massive fossil imports, the island decided to generalise geothermal and hydroelectricity. In short, it decided to draw only on its own natural resources to produce its energy autonomously. A strategy that protects the island from oil price fluctuations, but which also offers it a high degree of resilience.

salads, basil... fruits and vegetables that are very exotic in the land of the Vikings. There is even one of the largest banana plantations in Europe! Another advantage is that these crops are grown indoors, which protects them completely from plant diseases that circulate from one country to another.

The benefits of geothermal energy and low-cost electricity are indeed sometimes inconspicuous. Under the streets of Reykjavík, the wide network of hot water pipes allows the pavements to thaw. Geothermal heat is also used in fish farming, for the production of dry algae or salt. In recent years, greenhouses have also been used to produce tomatoes,

Les transports à la traîne C’est au sujet de la mobilité en particulier que s’attaque désormais Reykjavík, engagée à devenir climatiquement neutre à horizon 2040. Des efforts ont déjà été entrepris, notamment le remplacement progressif de la flotte de bus par des véhicules à hydrogène ou des mesures incitatives afin de favoriser les achats

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de véhicules électriques. De nombreux points de recharge sont aujourd’hui prévus, pour les voitures mais aussi pour les bateaux ! Cependant, le mix modal est encore très peu performant et les Islandais ont difficilement recours aux transports en commun ou à la mobilité active. En effet, selon le Iceland Monitor, le pays affiche le taux de possession de véhicules par habitant le 2ème plus élevé en Europe. Reykjavík en fait sa priorité et son plan prévoit que d’ici 2030, ses habitants marchent ou utilisent le vélo pour 30 % de leurs trajets et les transports en commun pour 12 % - contre seulement 4 % actuellement -. Mais le rythme des mesures se fait parfois attendre et cette politique volontariste s’avère parfois difficile à mettre en place. (voir notre interview page 82).

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Transportation lags behind It is the subject of mobility in particular that Reykjavík is now tackling, committed to becoming climate neutral by 2040. Efforts have already been undertaken, including the gradual replacement of the bus fleet with hydrogen vehicles or incentives to encourage the purchase of electric vehicles. Numerous recharging spots are now planned, for cars but also for boats! However, the modal mix is still very poor and Icelanders have difficulty using public transport or active mobility. Indeed, according to the Iceland Monitor, the country has the 2nd highest rate of car ownership per inhabitant in Europe. Reykjavík has made this its priority, and its plan stipulates that by 2030, its inhabitants will walk or cycle for 30 % of their journeys, and use public

transport for 12 % - compared to the only 4 % at present. But the pace of action is sometimes slow and this proactive policy is sometimes difficult to implement. (see our interview on page 82). L’Islande, victime de son succès ? Paradoxalement, le pays n’est pas en passe de satisfaire aux engagements qu’il a pris lors de la COP21 et risque même de figurer parmi les mauvais élèves ne tenant pas leurs objectifs. Ce malgré une clause dérogatoire liée à la particularité de son mix énergétique. En cause, les transports carbonés certes, mais également les émissions issues des activités industrielles croissantes et d’un tourisme galopant. Ironiquement, les touristes, attirés par une nature grand angle et un pays réputé respectueux de l’environnement, sont


de plus en plus nombreux à sillonner dans leurs 4x4 les routes islandaises. Ce sont 2,3 millions de visiteurs qui ont déferlé en 2018 sur l’île, pour une population, rappelonsle, de 360 000 âmes. À l’exception de l’année 2019 marquée par la faillite de la compagnie low-cost WOW et de la flambée des billets qui s’est ensuivie, cet engouement croît chaque année. Si ce boom contribue fortement à l’économie du pays (42 % des revenus des exports en 2017), la population y voit de plus en plus une menace pour ses écosystèmes et non une manne. Ainsi, selon une enquête du Icelandic Tourist Board (2018), 75 % des Islandais considèrent que l’incidence du tourisme est trop grande sur la nature et le gouvernement a annoncé des mesures restrictives en la matière afin de limiter cet afflux. Au-delà des touristes, la carte verte du pays a séduit de nombreuses entreprises et s’est transformée en atout économique majeur. Avec une énergie à très bas coût et au bilan carbone favorable, les industries très énergivores ont également compris l’intérêt de venir s’implanter en Islande. Le pays a notamment accueilli les géants de la production d’aluminium et de silice très gourmands en électricité. Cet afflux généralisé exerce une pression inédite sur la demande énergétique, l’industrie représentant 87 % de la production d’électricité locale (OCDE, 2015). Le recours au 100 % renouvelable est certes un élément de réponse majeur, mais les procédés même de production de l’industrie de l’aluminium restent émetteurs de GES (CO2 et perfluorocarbones). Au niveau mondial, on assiste donc bel et bien à une réduction drastique des émissions émises par ces industries, mais de facto, c’est l'Islande qui hérite du reliquat non négligeable de ces émissions délocalisées. Selon l’OCDE en effet, les procédés industriels représentent 35 % des GES nationaux, à savoir la première source d’émissions devant les transports.

Aujourd’hui encore, une nouvelle génération d’entreprises s’installe sur l’île. Celle-ci ouvre désormais ses portes aux acteurs informatiques et data centers, de plus en plus nombreux à vouloir héberger leurs données au frais et à moindre frais, économiques et écologiques. Résultat de cet afflux : les grands chantiers de barrages hydroélectriques et de géothermie y compris des tests de géothermie, très profonde, se multiplient au grand dam des associations écologistes qui pointent du doigt les dégâts de ce gigantisme causés sur l’environnement. Émissions de sulfure d’hydrogène, rejets de substances nocives dans les eaux superficielles, légers affaissements de terrain liés aux centrales, destruction des écosystèmes aux abords des barrages sont autant de préoccupations grandissantes dans le pays. L’Islande fait aujourd'hui ainsi face au paradoxe de sa transition verte. Face à la grogne de nombre de ses habitants et des émissions qui vont crescendo, l’Islande doit donc adapter ses politiques publiques et industrielles et envisager de nouvelles solutions. Iceland, a victim of its own success? Paradoxically, the country is not on track to meet the commitments it made at the COP21 and may even be among the poor performers in terms of meeting their targets. All despite an opt-out clause linked to the particularity of its energy mix. This is due not only to the carbon-intensive transport, but also to the emissions from growing industrial activities and rampant tourism. Ironically, more and more tourists, attracted by the wide angle of its nature and the country's reputation for being environmentally friendly, are driving their 4WDs along Iceland's roads in increasing numbers. In 2018, 2.3 million people visited the island, for a population of 360,000. With the exception of the year 2019 marked by the bankruptcy of the low-cost airline WOW

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Le volcan Hengill, l'un des centres d'activités de géothermie en Islande. / The Hengill Volcano, one of the activity center of geothermia in Iceland.

and the ensuing surge in ticket sales, this craze is growing every year. While this boom contributes strongly to the country's economy (42 % of export revenues in 2017), the population increasingly sees it as a threat to its ecosystems and not as a windfall. Thus, according to a survey by the Icelandic Tourist Board (2018), 75 % of Icelanders consider that the impact of tourism is too great on nature and the government has announced restrictive measures in order to limit this influx. In addition to tourists, the country's green card has attracted many companies and has become a major economic asset. With very low-cost energy and a favourable carbon balance, energy-intensive industries have also understood the benefits of setting up in Iceland. In particular, the country has welcomed the giants of aluminium and silica production, which are very demanding in terms of

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electricity. This widespread influx is exerting unprecedented pressure on the energy demand, with the industry accounting for 87 % of the local electricity production (OECD, 2015). While the use of 100 % renewable energy is certainly a major response, the aluminium industry's own production processes still emit GHGs (CO2 and perfluorocarbons). At the global level, we are therefore indeed witnessing a drastic reduction in the emissions emitted by these industries, but de facto it is Iceland that is inheriting the non-negligible residues of these delocalized emissions. According to the OECD, industrial processes account for 35 % of national GHG emissions, i.e. the main source of emissions ahead of transport. Today, a new generation of companies is settling on the island. It is now opening its doors to IT and data centre players, more and more of whom want

to host their data freshly, at low cost and thus economically and ecologically more advantageously. As a result of this influx, major hydroelectric and geothermal dams, including very deep geothermal tests, are multiplying to the great displeasure of environmental associations pointing out the magnitude of the damage caused to the environment. Hydrogen sulphide emissions, discharges of harmful substances into surface waters, slight land subsidence linked to power plants, and destruction of ecosystems around dams are all growing concerns in the country. Iceland is thus today facing the paradox of its green transition. Faced with the discontent of many of its inhabitants and emissions that are increasing, Iceland must therefore adapt its public and industrial policies and consider new solutions.


Non loin de Reykjavík, le carbone est pétrifié Dans cette course contre les émissions, les chercheurs s’activent tout près de la capitale, dans les hauteurs du volcan Hengill. L’idée ? Accélérer la minéralisation du dioxyde de carbone. En le piégeant et l’injectant à plus de 1 000 mètres de profondeur dans le basalte où il se solidifie luimême en roche. En l’espace de deux ans, les scientifiques parviennent ainsi à reproduire un phénomène naturel qui s’étend normalement sur des millénaires. Certes, cette nouvelle technique de séquestration, actuellement au stade de pilote, présente encore des défis notamment au regard de l’excessive consommation

en eau douce qu’elle requiert. Elle s’avère cependant une potentielle solution suivie de près par les scientifiques du GIEC. Ceux-ci incluent en effet désormais les solutions de géo-ingénierie dans leurs scénarios. Une nécessité, nous expliquentils, afin de rester en-dessous des 1,5°C de réchauffement climatique. Des expérimentations à suivre... < Not far from Reykjavík, the carbon is petrified In this race against emissions, researchers are working close to the capital, in the heights of the Hengill volcano. The idea? To accelerate the mineralisation of carbon dioxide. By trapping it and injecting it at

a depth of more than 1,000 metres into the basalt where it solidifies itself into rock. In the space of two years, scientists are thus able to reproduce a natural phenomenon that normally extends over millennia. Of course, this new sequestration technique, being still in the pilot stage, still presents challenges, particularly in view of the excessive consumption of fresh water it requires. It is, however, a potential solution that is being closely monitored by IPCC scientists. Indeed, they now include geoengineering solutions in their scenarios. This is necessary, they explain, in order to stay below 1.5°C of global warming. Thereby experiments are to follow... <

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Meet...

Sigurborg Ósk Haraldsdóttir Reykjavík City councillor Chairman of the Planning & Transport Committee

The head of the Transport Committee strongly advocates green and shared mobility. Her aim is to invest massively in new networks of cycle paths and fast public transport systems. An ambition that is currently tinged with frustration… La responsable du Comité des transports plaide avec vigueur pour une mobilité verte et partagée. Sa visée est d’investir massivement dans de nouveaux réseaux de pistes cyclables et de systèmes rapides de transports en commun. Une ambition aujourd’hui teintée de frustration…

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Climate neutral Reykjavík is for 2040. What are the priorities of your energy transition policy? Currently, Reykjavík's climate action plan is under review so that we can continue to adapt and refine the city's climate priorities. However, for Reykjavík, energy exchange in regards to transport is a significant focus. The government has announced plans for switching Iceland's transportation fleet from fossil fuel to electric. The cabinet has spared little when it comes to announcing ambitions, even claiming that by 2030, Iceland will have stopped all import of fossil fuel-driven transportation stock. However, ambitious press releases are not the same as action. Results remain to be seen. Last autumn, I asked for an impact calculation on plans of converting all car stock to electric. Simply put, the outcome is that switching energy sources without reducing car use will not be enough. It most certainly will be expensive as it doesn't tackle the 'unholy grail' of politics; reducing dependency on private vehicles. Therefore, we predict a 24 % increase in cars despite the governments stated ambitions. The calculations show we must decrease car use by 15 % to align ourselves with promises already made by the Paris agreement. We can't afford to excite with grand announcements and PR while planing and constructing large scale transportation projects that increase the use of cars. Your stated ambition is to accelerate a transition towards green, shared and active mobility. How do you intend to convince the people of Reykjavík, who still have one of the highest per capita car ownership rates in the world?

"We must decrease car use by 15 % to align ourselves with promises already made by the Paris agreement"

The public needs no convincing. Polls, research and meeting with members of the public consistently show people are more ambitious and focused than public institutions and most politicians. People want more walkable cities, greater and more efficient public transport and a huge swath of people cycle to work. My party and our coalition partners campaigned on a platform of finalising an investment in a Bus Rapid Transit (BRT)-system. A fifty milliard ISK investment. At the same time, the minority has consistently rooted to undermine any attempt to invest in greener more public modes of transport. So, again it is not the public that needs convincing. Along with BRT, we are pushing for more spending on cycle lanes. Green, efficient, healthy and value for money. It should be the focus of every city serious about climate action. For around 60 years the car has been king. It has been pampered too, subsidised and even hailed as the sign of freedom. While other modes of transport have been undermined and frowned upon... So, to quote Wayne's Worlds fantastic parody of Field of Dreams; "if you build it, they will come".

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C'EST COMMENT... REYKJAVÍK

Polluting transport is also caused by tourists... The people of Reykjavík are sometimes concerned about Iceland's tourism success and its negative impact on the environment. What special measures have you taken to address this concern? The final goal is to create an environment where tourists can readily travel through the city without having to rent a car. It can be tricky in a city that has as much car dependency as Reykjavík. The most significant contribution will be the new public transport system that is primarily focused on ridership system instead of a coverage system. We are also building the first transport hub in the city with a direct connection to the airport. It is located 1 km distance from the city centre. As always, our focus is the infrastructure for all. <

"Results remain to be seen" Reykjavík climatiquement neutre, c’est pour 2040. Quelles sont les priorités de votre politique de transition énergétique ? Actuellement, le plan d'action climatique de Reykjavík est en cours de révision afin que nous puissions continuer à adapter et à affiner les priorités climatiques de la ville. Cependant, pour Reykjavík, l'échange d'énergie en matière de transport est un point important. Le gouvernement a annoncé des plans visant à faire passer la flotte de transport islandaise des combustibles fossiles à l'électricité. Le cabinet

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SUSTAINABILITY #9

n'a pas ménagé ses efforts pour annoncer ses ambitions, allant même jusqu'à affirmer que d'ici 2030, l'Islande aura cessé toute importation de moyens de transport alimentés par des combustibles fossiles. Toutefois, les communiqués de presse ambitieux ne sont pas synonymes d'action. Les résultats restent à voir. L'automne dernier, j'ai demandé un calcul d'impact sur les plans de conversion de tout le parc automobile à l'électricité. Le résultat est simple : changer de source d'énergie sans réduire l'utilisation de la voiture ne sera pas suffisant. Plus, ce sera certainement coûteux car on ne s'attaque pas au " graal sacrilège " de la politique : la réduction de la dépendance aux véhicules privés. Par conséquent, nous prévoyons une augmentation de 24 % des voitures malgré les ambitions affichées par les gouvernements. Or, les calculs montrent que nous devons réduire l'utilisation de la voiture de 15 % pour nous aligner sur les promesses déjà faites par l'accord de Paris. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous emballer avec de grandes annonces et des relations publiques tout en planifiant et en construisant des projets de transport à grande échelle qui augmentent l'utilisation de la voiture. Comment pensez-vous convaincre les habitants de Reykjavík qui ont quand même un des taux de possession de voiture par habitant les plus élevés au monde ? Le public n'a pas besoin d'être convaincu. Les sondages, les recherches et les rencontres avec les membres du public montrent constamment que les gens sont plus ambitieux et plus déterminés que les institutions


publiques et la plupart des responsables politiques. Les gens veulent des villes plus accessibles à pied, des transports publics plus nombreux et plus efficaces et une grande partie de la population se rend au travail à vélo. Mon parti et nos partenaires de coalition ont fait campagne sur un programme visant à finaliser un investissement dans un système de transport rapide par bus. Un investissement de cinquante milliards de couronnes islandaises. Dans le même temps, la minorité a constamment bloqué pour saper toute tentative d'investir dans des modes de transport public plus écologiques. Donc, une fois encore, ce n'est pas le public qu'il faut convaincre. Nous préconisons également une augmentation des dépenses pour les pistes cyclables : vertes, efficaces, bonnes pour la santé et d'un bon rapport qualité-prix. Ce devrait être l'objectif de chaque ville qui prend au sérieux l'action climatique. Depuis environ 60 ans, la voiture est reine. Elle a été choyée, subventionnée et même saluée comme le signe de la liberté, alors que d'autres modes de transport ont été minés et rejetés... Ainsi, pour citer Wayne's World, la fantastique parodie du film Jusqu'au bout du rêve : « si vous construisez, ils viendront ». Les transports polluants sont aussi le fait des touristes… Les habitants de Reykjavík sont parfois préoccupés face au succès touristique de l’Islande et son impact négatif sur l’environnement. Quelles sont les mesures particulières que vous avez prises à cette attention ?

L'objectif final est de créer un environnement où les touristes peuvent facilement se déplacer dans la ville sans avoir à louer une voiture. Cela peut se révéler délicat dans une ville qui dépend autant de l'automobile que Reykjavík. La contribution la plus significative sera le nouveau système de transport public principalement axé sur la fréquentation plutôt que sur la desserte. Nous sommes également en train de construire le premier pôle de transport de la ville avec une connexion directe à l'aéroport. Il est situé à 1 kilomètre du centre-ville. Comme nous l'avons toujours fait, nous nous concentrons sur l'infrastructure pour tous. <

« Nous préconisons également une augmentation des dépenses pour les pistes cyclables : vertes, efficaces, bonnes pour la santé et d'un bon rapport qualité-prix. Ce devrait être l'objectif de chaque ville qui prend au sérieux l'action climatique » C'est comment ailleurs ?

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IL S FO N T LE

BU

Movistar "Door"

Une campagne contre les violences faites aux femmes

Dans son spot d’une minute, l'opérateur mobile espagnol Movistar, très présent en Amérique du Sud, invite les femmes argentines à appeler un numéro dédié pour parler des violences qu’elles subissent. Cette vidéo, intitulée « Door » et signée de l’agence VMLY&R en 2019, nous prend par surprise. Dans un climat sombre et anxiogène, on y entend des bruits sourds, des bruits de pas et de voix en arrière-plan… Une femme au visage angoissé marche en lançant des regards inquiets derrière elle. Elle a le souffle court, avance rapidement vers sa porte d’entrée en cherchant ses clés, tourne la serrure, referme la porte. Enfin, à l’abri… dehors… Soulagée, elle saisit son portable et écrit « Prête ! ». Elle déambule maintenant dans la rue et un message s’affiche à l’écran : « Pour beaucoup de femmes, la chose la plus dangereuse est d’être à la maison. Il est temps de parler. » Les violences au sein des foyers et leur escalade sont un mal souvent tabou et tu. Inviter à briser le silence est littéralement vital. Selon les derniers chiffres de l’ONU, 65 000 femmes ont été tuées de manière intentionnelle par leur conjoint, ex-conjoint ou un membre de la famille dans le monde en 2017. <

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In a one-minute spot, the Spanish mobile operator Movistar, which has a strong presence in South America, invites Argentinean women to call a dedicated number to talk about the violence they suffer. This video entitled "Door" and signed by the agency VMLY&R in 2019 takes us by surprise. In a dark and anxiety-provoking climate, we hear muffled noises, footsteps, and voices in the background. A woman with an anxious face walks with worried looks behind her. She is short of breath, moves quickly towards her front door looking for her keys, turns the lock, closes the door. Finally, safe... outside... Relieved, she grabs her cell phone and writes, "Ready!". She now wanders down the street, a message appears on the screen: "For many women, the most dangerous thing is to be at home. It's time to talk." Violence in the home and its escalation is often taboo and silent evil. An invitation to break the silence is literally vital. According to the latest UN figures, 65,000 women were intentionally killed by their spouse, ex-spouse, or family member worldwide in 2017. <


Des briques pour tous Après avoir lancé des briques en plastique végétal, la marque danoise LEGO a annoncé la sortie de la gamme « Braille Bricks » : destinée à l’apprentissage du braille, chaque pièce de LEGO représente une lettre de l’alphabet ou un chiffre grâce aux tenons en reliefs. After launching vegetable plastic bricks, the Danish brand LEGO has announced the launch of the "Braille Bricks" range: designed for learning Braille, each LEGO piece represents a letter of the alphabet or a number thanks to the embossed studs.

Un slogan qui interpelle

Voir "Door" de Movistar

Dans les rues de Luxembourg en novembre dernier, les citoyens ont vu apparaître une campagne jugée choquante. Sur les affiches, des familles africaines avec un seul message : « Qu’ils se débrouillent ! ». Certains media nationaux ont même relaté la consternation de leurs lecteurs. Mais quelques jours plus tard, de nouveaux visuels ont révélé l’entièreté du message : « Qu’ils se débrouillent : c’est notre objectif ! ». Une campagne impactante de SOS Faim Luxembourg pour attirer l’attention sur l’importance des dons et « aider les familles à développer leurs activités agricoles et être acteurs de leur propre vie », comme le souligne Thierry Défense, le directeur de l’ONG. In the streets of Luxembourg last November, citizens saw a campaign that was considered shocking. On the posters, African families with a single message: "Let them manage!". Some national media even reported the dismay of their readers. But a few days later, new visuals revealed the entire message: "Let them manage: it's our goal!". An impactful campaign by SOS Faim Luxembourg to draw attention to the importance of donations "to help families to develop their agricultural activities and be actors in their own lives" emphasizes Thierry Défense, the director of the NGO.

Ils font le buzz

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SOCIAL

BUSINESS P. 89 Enough talk, it's time for action Why social business is a solution for a broken system P. 92 Un Business pas comme les autres P. 94 Entreprises à objet social augmenté P. 99 Quatre façons d'accélérer le social business dans les grandes entreprises P. 104 Huit défis sociétaux au Luxembourg 88

Les nouvelles frontières du secteur privé


OPINION COLUMN

Saskia Bruysten

Saskia Bruysten is CEO and Co-founder of Yunus Social Business, a social investment fund and corporate social venture builder headquartered in Berlin. Saskia Bruysten est dirigeante et co-fondatrice de Yunus Social Business, un fond d’investissement social et un créateur d’entreprises à vocation sociale dont le siège est à Berlin.

Enough talk, it’s time for action Why social business is a solution for a broken system.

Assez parlé, il est temps d’agir Pourquoi l’entreprise à vocation sociale peut remédier à un système déficient.

The shop fronts lining the Davos promenade at this year’s 50th "The World Economic Forum" all carried the same message. Each sign read like a manifesto for change: highlighting either impact, a social mission or the environment. This year marks a huge shift in awareness compared to the last ten years I have been attending. While it has always been the mission of the World Economic Forum “to improve

the state of the world”, topics related to society and the environment were always an afterthought for the participating CEOs. But is it just marketing? A kneejerk reaction to the Thunberg-effect and the devasting images of the Australian bushfires? Or is the message that capitalism needs reform really getting through to powerful executives?

Social Business

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photo : Yunus Social Business More than 2,500 women now work for the social business Rang Sutra. / Plus de 2 500 femmes travaillent aujourd’hui pour l’entreprise à vocation sociale Rang Sutra.

Enlightened CEOs know that to survive as a modern business, companies need to contribute to the world rather than just extracting from it. They also know that they can’t make empty promises: Siemens’s Joe Kaeser demonstrated in recent weeks how PR disasters can occur when CEOs overcommit on societal topics yet underdeliver. The question that remains for these executives, then, is how do we move from announcements into action? There is a clear path forward: it’s called social business. This is a new type of business 100 % dedicated to solving social or environmental problems and reinvesting its profits. After setting up the Grameen Bank to provide microloans for the poor in Bangladesh, our chairman Prof. Muhammad Yunus coined the term “social business”. Working with the poor gave him a huge insight into the many problems they face, so every time he confronted a problem, he created a business to solve it. Businesses are naturally organized to achieve concrete goals - to provide goods or services that people need and want. Social business uses the productivity of a business and pivots it into a force for good. A great

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example is the Indian social business Rang Sutra which produces beautiful fabrics and clothes. The business trains and employs over 2500 female artisans with a cooperative model that empowers employees with higher wages and decision-making power. But how does this fit with the large corporations that until now have existed to maximize shareholder profits? At Yunus Social Business - together with partners at the WEF’s Schwab Foundation, INSEAD, and Porticus - we recently conducted an ambitious study to analyze how corporations could themselves start social businesses or work together with them. We were able to identify more than 200 Corporate Social Intrapreneurship initiatives and interview more than 50 social intrapreneurs at leading blue-chip giants such as IKEA, Novartis, and Renault. A social intrapreneur drives tangible internal change in a company by creating an example — a north star — for doing business differently. More than 60 % of the respondents of our research said that a concrete example of social business in their company changes mindsets and kicks off a more

fundamental transformation. So in this way, social intrapreneurship initiatives help companies act themselves into a new way of thinking and as a whole contribute more to society. While addressing important societal problems, we found through our research that social intrapreneurship also internally motivates employees and improves employee skill-sets. The generation entering today’s workforce is increasingly focused on working for purpose-driven businesses, so we even see social businesses as the new secret weapon in attracting and retaining talent. Business is the most pervading force in our society, the most productive and effective way of achieving a goal. So we as a business community have a responsibility, not just to hang signs proclaiming it’s time for a change, but to start acting. It’s no longer a choice, but a necessity. < The report from Yunus Social Business, “Business as Unusual: How Social Intrapreneurs Can Turn Companies into a Force for Good,” is available today for download at www.yunussb.com/businessas-unusual.


"A social intrapreneur drives tangible internal change in a company by creating an example - a north star for doing business differently" Les façades des magasins qui bordent la promenade de Davos lors de la 50ème édition du Forum économique mondial de cette année affichaient toutes le même message. Chaque enseigne se lisait comme un manifeste pour le changement : mettant en avant l'impact, une mission sociale, ou l'environnement. Cette année marque un énorme changement dans la prise de conscience par rapport aux dix dernières années auxquelles j'ai participé. Bien que la mission du Forum économique mondial ait toujours été « d'améliorer l'état du monde », les thèmes liés à la société et à l'environnement ont toujours fait l'objet d'une réflexion après coup pour les dirigeants d’entreprises participants. Mais s'agit-il seulement de marketing ? Une réaction impulsive à l'effet Thunberg et aux images dévastatrices des feux de brousse australiens ? Ou bien le message selon lequel le capitalisme a besoin d'être réformé parvient-il réellement aux puissants dirigeants ? Les dirigeants avisés savent que pour survivre en tant qu'entreprises modernes, les sociétés doivent contribuer au monde plutôt que de se contenter d'en extraire les richesses. Ils savent également qu'ils ne peuvent pas faire de vaines promesses : Joe Kaeser, de Siemens, a montré ces dernières semaines comment des catastrophes en matière de relations publiques peuvent se produire lorsque les PDG s'engagent trop sur des sujets de société mais ne tiennent pas suffisamment leurs promesses. La question qui demeure donc pour ces dirigeants est de savoir comment passer des annonces à l'action. Il y a une voie claire à suivre : celle de l'entreprise à vocation sociale. Il s'agit d'un nouveau type d'entreprise

qui se consacre à 100 % à la résolution de problèmes sociaux ou environnementaux et qui réinvestit l’ensemble de ses bénéfices. Après avoir créé la Grameen Bank pour accorder des micro-crédits aux pauvres du Bangladesh, notre président, le professeur Muhammad Yunus, a inventé la notion de "social business ". Le fait de travailler avec les pauvres lui a permis de mieux appréhender les nombreuses difficultés qu’ils vivaient, si bien qu'à chaque fois qu'il était confronté à un problème, il créait une entreprise pour le résoudre. Les entreprises sont naturellement organisées pour atteindre des objectifs concrets - fournir des biens ou des services dont les gens ont besoin ou la nécessité. L'entreprise à vocation sociale utilise la productivité d'une organisation privée et en fait une force pour le bien. Un bon exemple est l'entreprise sociale indienne Rang Sutra qui produit de beaux tissus et vêtements. Elle forme et emploie plus de 2 500 artisanes selon un modèle coopératif qui donne aux employées des salaires plus élevés et un pouvoir de décision plus important.

Un intrapreneur social entraîne des changements internes tangibles dans une entreprise en créant un exemple une étoile polaire à suivre - pour conduire les affaires différemment. Plus de 60 % des personnes interrogées dans le cadre de notre étude ont déclaré qu'un exemple concret d'entreprise sociale dans leur société a changé les mentalités et a donné le coup d'envoi d'une transformation plus fondamentale. De cette manière, les initiatives d'intrapreneuriat social aident les entreprises à adopter un nouveau mode de pensée pour agir d’elles-mêmes et contribuer davantage à la société dans son ensemble.

Mais comment cela s'inscrit-il dans le cadre des grandes entreprises qui, jusqu'à présent, ont existé pour maximiser les profits des actionnaires ? Chez Yunus Social Business - avec des partenaires de la Fondation Schwab du WEF, de l'INSEAD et de Porticus - nous avons récemment mené une étude ambitieuse pour analyser comment les entreprises pourraient ellesmêmes créer des entreprises sociales ou travailler avec elles. Nous avons pu identifier plus de 200 initiatives d'intrapreneuriat social d'entreprise et interviewer plus de 50 intrapreneurs sociaux chez des géants de premier plan tels qu'IKEA, Novartis et Renault.

Les entreprises sont la force la plus présente dans notre société, le moyen le plus productif et efficace d'atteindre un objectif. En tant que communauté d'affaires, nous avons donc la responsabilité, non pas seulement d'accrocher des panneaux proclamant qu'il est temps de changer, mais de commencer à agir. Ce n'est plus un choix, mais une nécessité. <

Nous avons constaté, grâce à nos recherches, que l'intrapreneuriat social, tout en s'attaquant à d'importants problèmes de société, permet également de motiver les employés en interne et d'améliorer leurs compétences. La génération qui entre sur le marché du travail aujourd'hui se concentre de plus en plus sur les entreprises à vocation forte, si bien que nous considérons même les entreprises sociales comme la nouvelle arme secrète pour attirer et retenir les talents.

Le rapport de Yunus Social Business, "Une autre conduite des affaires : Comment les intrapreneurs sociaux peuvent transformer les entreprises en une force pour le bien", peut être téléchargé dès aujourd'hui sur www.yunussb.com/business-as-unusual.

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Un business pas comme les autres A business of a different kind En 2006, Muhammad Yunus créé la Grameen Bank, une organisation spécialisée dans le micro-crédit à destination des zones rurales du Bangladesh, et avec elle une nouvelle forme d’entrepreneuriat : le social business. Saluant une approche résolument humaniste et pragmatique, le Prix Nobel de la Paix lui est décerné la même année. Avec lui, un nouveau modèle est né. L’entreprise à vocation sociale fait partie de la diversité actuelle des modèles du capitalisme. Elle introduit des préoccupations liées à la pauvreté, à la vulnérabilité et au développement dans la sphère commerciale qui donnent lieu à de nouvelles modalités d'action. Cette démarche milite pour une approche fondée sur le profit, par l'intermédiaire de la vente d'un produit ou service, avec un objectif d'autofinancement strict et non de distribution de dividendes. Elle diffère des modèles classiques de marché car son but principal est l'utilité sociale, la création de valeur sociale étant inséparable de l'objectif de viabilité financière. 92

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Le social business suit donc le principe « pas de pertes, pas de dividendes » et est fondé sur une structure capable d'offrir un produit ou un service susceptible de satisfaire les besoins élémentaires d'une communauté. La logique consiste à servir l'intérêt collectif en s’appuyant sur un modèle économique viable pour la structure et pour le consommateur. Il semble pertinent que le modèle du social business soit orienté vers les multinationales, puisque leurs atouts (santé et poids financiers, expertise commerciale, compétences techniques, capacité en termes d'innovation, de production et de distribution, potentiel de Recherche et Développement et libre concurrence) sont considérés comme des leviers puissants pour l'expérimentation et la mise en œuvre des projets. Ce modèle "zéro dividende" est à distinguer toutefois du principe du Bottom of the Pyramid (BoP) qui s'en approche mais considère que les besoins premiers du bas de la pyramide de Maslow sont de réelles opportunités financières pour les entreprises qui s’adresseraient à ce segment de la population. Celles-ci développent ainsi des stratégies de mise à disposition de produits ou services à très bas coûts sur ce vaste marché, générant de très faibles profits mais sur des grands volumes. Les offres répondent à des besoins essentiels des populations (carence alimentaire spécifique, etc.) et contribuent ainsi à lutter contre la pauvreté. Les entreprises à vocation sociale créées à partir du core business d’une grande entreprise constituent un véritable vecteur de changement : elles apportent des solutions économiquement durables aux problématiques sociales ou environnementales majeures ; telles que la faim ou la malnutrition, le gaspillage alimentaire, l’accès à l’eau potable, à l’éducation, aux soins médicaux, au logement, l’accueil et l’intégration des réfugiés, etc. Cette démarche, très nourrissante pour l’entreprise, est un véritable bouillon d’innovation, aussi bien technique que sociale, et d’interactions avec les différentes parties prenantes engagées sur le sujet, que ce soit le monde académique, les institutions publiques ou les associations et représentants de la société civile. Le social business a donc un bel avenir devant lui, venant ainsi compléter l’action de l’État et des associations. <


Les 7 commandements de l'entreprise sociale

The 7 principles of social business

selon Muhammad Yunus :

according to Muhammad Yunus :

1 L’entreprise a pour objectif la suppression

1 Business objective will be to overcome

2 L’entreprise doit assurer sa viabilité financière

2 Financial and economic sustainability

de la pauvreté ou de s’attaquer à des problèmes sociaux dans le domaine de la santé, de l’éducation, de l’accès à la technologie ou de l’environnement. Son objectif n’est donc pas la maximisation du profit et économique

3 Aucun dividende n’est distribué, les investisseurs ne récupèrent que leur investissement

poverty, or one or more problems (such as education, health, technology access, and environment) which threaten people and society; not profit maximization

3 Investors get back their investment amount only. No dividend is given beyond investment money

4 Lorsque les montants investis sont remboursés,

4 When investment amount is paid back,

5 L’entreprise se doit de respecter l'égalité entre

5 Gender sensitive and environmentally

6 La main d’œuvre doit obtenir le salaire du marché

6 Workforce gets market wage with

7 …Le faire dans la joie

7 ...Do it with joy

les profits sont réinvestis dans l’entreprise afin qu’elle puisse s’améliorer et s’agrandir

les sexes et l'environnement

et de meilleures conditions de travail

company profit stays with the company for expansion and improvement conscious

better working conditions

In 2006 Muhammad Yunus created the Grameen Bank, an organization specialized in micro-credit for rural Bangladesh, and with it a new form of entrepreneurship: social business. Saluting a resolutely humanist and pragmatic approach, he received the Nobel Peace Prize the same year. Social enterprise is part of the current diversity of capitalism models. It introduces poverty, vulnerability, and development concerns into the business area, which may lead to new approaches. This approach advocates a profit-based approach through the sale of a product or service, with a strict self-financing objective and not the payout of dividends. It differs from traditional market models because its main purpose is social utility; the creation of social value is interdependent with the objective of financial sustainability. Therefore, the social business follows the principle "no losses, no dividends" and is a structure able to offer products or services likely to satisfy the basic needs of a community. The idea is to benefit the collective interest through an economic model that is sustainable for the structure and the consumer. It seems relevant that the social business model is oriented towards multinationals. Indeed, their assets (health and financial weight, commercial expertise, technical skills, innovation, production and distribution capacity, R&D potential, and free competition) are powerful levers for experimentation and project implementation.

This model should not be confused with the Bottom of the Pyramid (BoP) principle. This one considers that the primary needs at the bottom of Maslow's pyramid are real economic opportunities for companies that would target this segment of the population. These companies are thus developing strategies to make products or services available at very low cost on this large market, generating very low profits but on huge volumes. The offers meet populations' specific needs (specific dietary deficiencies, etc.) and thus contribute to fight against poverty. Social businesses created from the core business of a large company are a real vector for change: they provide economically sustainable solutions to major social or environmental problems such as hunger or malnutrition, food waste, access to drinking water, education for people who prematurely leave the education system, medical care, housing, the welcome and integration of refugees, etc. This approach, which is very enriching for the company, is a real breeding ground for innovation, whether technical or social. Same for interactions with the various stakeholders involved in the subject, from the academic world, public institutions and associations, to representatives of civil society. Social business, therefore, has a bright future and completes the action of the State and associations. <

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photo : EnVie

Entreprises à objet Companies with

Des soupes qui donnent enVie

Mouthwatering soups in the making

Lancée en septembre 2018 à Bruxelles, la mission de l’entreprise belge enVie est de minimiser l'exclusion sociale et le gaspillage alimentaire en misant sur le potentiel des personnes et des ressources. Ainsi, des individus réintègrent le marché du travail après une période de chômage de longue durée pour préparer de délicieuses soupes à partir de surplus de légumes frais fournis par les agriculteurs belges.

Launched in september 2018 in Brussels, enVie is a company from Belgium which mission is to reduce social exclusion and food waste by investing in people's potential and resources. By doing so, they have helped many individuals to get back to work after long term unemployment. Using extra stock of fresh vegetables supplied by local producers, they are now very well trained to cook some delicious soups.

EN CHIFFRES

IN FIGURES

• En un an, 8 personnes ont été formées • 50,4 tonnes de légumes non gaspillées • Plus de 130 000 bouteilles de soupe vendues

• In one year, 8 people have been trained • 50,4 tons of vegetables not wasted • More than 130 000 bottles of soup sold

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photo : Danone Communities

social augmenté social added value La force du lion dans un yaourt !

A yogurt that gives you the lions' strength!

Coentreprise du groupe Danone et de la Grameen Bank, Grameen Danone Foods a pour ambition de fournir des produits laitiers de première nécessité à des prix accessibles (0,10€) pour la population locale du Bangladesh. Un enfant sur deux souffre de malnutrition dans le pays, c’est pourquoi l’équipe a mis au point un yaourt enrichi en vitamines et minéraux, le Shokti+. Leur activité est aussi une source de revenus pour les habitants des villages aux alentours : les petits fermiers vendent leur lait à l’entreprise et des femmes gagnent leur vie en vendant les yaourts dans chaque foyer.

A joint venture between the Danone group and Grameen Bank, Grameen Danone Foods aims to provide primary dairy products at affordable prices (€0.10) for the local Bangladeshi population. One child in two suffers from malnutrition in the country; therefore, the team has developed a yogurt enriched with vitamins and minerals, the Shokti +. A significant source of income for many inhabitants is also an income for inhabitants of the surrounding villages: small farmers sell their milk to the company, and women with few resources sell the yogurts in each household.

EN CHIFFRES

• 100 000 pots de yaourt vendus chaque jour • 300 000 bénéficiaires • 475 fermiers vivants mieux grâce à la vente de leur lait à Grameen Danone • 250 femmes micro-entrepreneures

IN FIGURES

• 100,000 yogurt cups sold every day • 300,000 beneficiaries • 475 farmers living better thanks to the sale of their milk to Grameen Danone • 250 micro-entrepreneurs women Social Business

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photo : Veja store

Des chaussures à impact positif

Positive impact shoes

Créateur de baskets, Veja met un point d’honneur à créer des produits respectueux des hommes et de l’environnement. Cet engagement s’étend de la production à la vente en commençant par la conception : utilisation de matériaux naturels issus de l’agriculture biologique et agro biologique, approvisionnement en commerce équitable, insertion et même sensibilisation auprès d’autres acteurs de la mode. L’idée des fondateurs ? « Faire des baskets plus écologiques et plus justes économiquement, simplement en retirant la publicité ». Un concept qui plait puisque Veja peut déjà se targuer d’excellents résultats.

As a sneaker creator, Veja is committed to creating products that respect people and the environment. This commitment stretches from production to design and sale: use of natural materials from organic farming and agro-organic agriculture, fair trade supplies, integration, and even awareness-raising among other fashion actors. The founders' idea? "Make greener, more economically responsible sneakers by removing the advertising." A concept that works well, as Veja already proudly has proven it with excellent results.

EN CHIFFRES

IN FIGURES

• Présence dans une cinquantaine de pays • Plus de 2 millions de paires vendues • 34 millions d’euros de chiffre d'affaires

• Operating in 50+ countries • More than 2 million pairs sold • 34 million euros turnover

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photo : Programme Malin

Un Programme Malin

The "Programme Malin" (Smart program)

Selon un rapport de l’UNICEF, un enfant sur cinq vit sous le seuil de pauvreté en France. Or, les produits de nutrition infantile représentent un coût élevé pour ces familles. Malin est un projet d’innovation sociale et de santé visant à améliorer l’alimentation des enfants entre 0 et 3 ans et leurs familles en France. Une des spécificités de cette démarche est de pouvoir connecter les missions de l’association au business de grandes entreprises pour rendre accessible des produits adaptés et de qualité dans des circuits de consommation classique. Par exemple, Malin et Blédina ont co-construit un dispositif de bons de réductions permettant de rendre accessibles en supermarchés avec des réductions de 30 à 50 % des produits adaptés à l’alimentation spécifique de l’enfant. Un partenariat qui s’articule étroitement avec les enjeux stratégiques des entreprises partenaires. Benjamin Cavalli, directeur du Programme souligne l'importance de l'enjeu : « La période des 0-3 ans est clé pour construire l’ADN santé d’un individu et l’alimentation y joue un rôle clé. Il est du devoir de tous, y compris des grandes entreprises, d’investir sur cette période, propice aux changements de comportements, pour rendre accessible à tous une alimentation saine et de qualité ».

According to a UNICEF report, one child in five lives below the poverty threshold in France. Yet child nutrition products represent a high cost for these families. Malin is a social and health innovation project aimed at improving the nutrition of children between 0 and 3 years old and their families in France. One of the specific features of this approach is to be able to connect the association's missions to the business of large companies in order to make adapted and quality products accessible in traditional consumer channels. For example, Malin and Blédina have co-developed a system of discount vouchers to make products adapted to children's specific diet accessible in supermarkets with discounts of 30 to 50 %. A partnership that is closely linked to the strategic stakes of the partner companies. Benjamin Cavalli, Director of the Programme stresses the importance of the issue: "The 0-3 age group is a key period for building an individual's health DNA and food plays a key role in this. It is the duty of everyone, including large companies, to invest in this period, which is conducive to behavioural change, to make healthy, quality food accessible to all."

EN CHIFFRES

IN FIGURES

• Environ 11 000 familles inscrites au programme dès fin 2017 • Économie de 15 à 20 € par mois sur leurs produits d’alimentation infantile

• Around 11,000 families enrolled in the program by the end of 2017 • Saving of €15-20 per month on their child food

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photo : Vodafone Group

Tech for good

Tech for good

La Fondation Vodafone soutient des projets d'intérêt public et investit dans les communautés au sein desquelles elle opère. Son champ d’action ? La technologie dans les domaines de la santé, de l'éducation et du secours en cas de catastrophe.

The Vodafone Foundation supports projects of public interest and invests in the local communities in which it operates. Its scope of action? Health, education, and disaster relief technology.

Vodafone fournit aux écoles des camps de réfugiés des tablettes avec un accès à internet afin qu’ils puissent bénéficier de plus de contenus éducatif.

Vodafone provides schools in refugee camps with tablets having internet access so they can benefit from more educational content.

EN CHIFFRES

IN FIGURES

• Plus de 53 millions d'euros investis chaque année • 175 programmes réalisés • Intervention dans 75 pays

• More than 53 million euros invested each year • 175 programs realised • Presence in 75 countries

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Quatre façons d’accélérer le social business dans les grandes entreprises Four ways to boost social business in large companies Par Benoit Bonello et Angélina Lamy

L’engagement sociétal des entreprises progresse mais n’est pas encore au niveau des défis à relever. L’urgence écologique et sociale ne nous permet pas d’attendre le renouveau du capitalisme. Mais des premières solutions existent, compatibles avec les règles du modèle actuel pour agir dès maintenant et à l’échelle. Benoît Bonello Directeur de l’innovation sociale de SUEZ France Director of Social Innovation at SUEZ France

Angelina Lamy Déléguée Générale de la Fondation Accenture Managing Director of the Accenture Foundation

The companies’ societal commitment is progressing but not yet at the challenge level. The ecological and social emergency does not allow us to wait for the capitalistic revival. But first solutions do exist, compatible with the rules of current capitalism, to act now and on a large scale. Dans les pays occidentaux, la défiance visà-vis des grandes entreprises est réelle et grandit. Pour autant, les entreprises depuis les années 70 s’éloignent de la vision caricaturale de Milton Friedman (pour qui « la seule responsabilité d’une entreprise est d’accroitre ses profits »), pour aller vers une prise en compte de leurs impacts sociétaux et environnementaux. Depuis 50 ans, l’engagement sociétal des entreprises progresse et tend à s’inscrire de plus en plus dans leur cœur de métier. Du mécénat, en

« périphérie » des activités de l’entreprise, à la raison d’être, l’engagement des entreprises s’est structuré et intensifié au fil des années. Et ces différentes formes d’engagement ne sont surtout pas à mettre en opposition les unes aux autres, bien au contraire, elles sont cumulatives et ne font que consolider l’impact général de l’entreprise. Conscientes que réduire les externalités négatives ne suffit pas, quelques entreprises pionnières ont entamé une réflexion centrée

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sur leur cœur de métier pour favoriser les impacts positifs, le plus souvent en collaborant avec des entrepreneurs sociaux. En France, la Banque Postale travaille ainsi avec l’entreprise sociale Crésus pour former ses conseillers bancaires à la prévention des risques de surendettement de leurs clients ; Vinci développe des Joint-Ventures sociales avec des structures d’insertion comme ARES ou le Groupe ID’EES pour faire émerger une « sous-traitance sociale » en lien avec ses métiers ; Essilor cherche à rendre accessibles ses produits, en particulier ses lunettes de vue à des populations défavorisées (« Bottom of Pyramid ») et SUEZ s’associe à des entrepreneurs sociaux du ré-emploi ou du gaspillage alimentaire pour développer de nouveaux services complémentaires à son offre.

C’est indéniable, l’engagement sociétal des grandes entreprises dans les pays occidentaux n’a jamais été aussi fort. Pour autant le compte n’y est pas, car tous ces projets à impacts positifs, aussi intéressants et innovants soient-ils, restent de taille modeste, souvent sous forme de projets pilotes, dotés de budgets très inférieurs aux investissements dits « prioritaires » que ces entreprises font par ailleurs. Le compte n’y est pas pour une raison simple : les entreprises ne sont pas missionnées et ne sont pas structurellement pilotées pour régler les problèmes qui engagent la survie de l’humanité. Par conséquent, comment permettre aux entreprises de déployer leurs solutions à impact immédiatement sans se heurter à une exigence de rentabilité rapide ?

Idées pour allier différents horizons de gestion

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Idée n°1

Idée n°2

« Collaborer avec des entreprises du même secteur »

« Créer des « branches à impact » au sein des entreprises »

Une idée qui émerge aujourd’hui dans certains secteurs consiste à mener des initiatives sectorielles ou en coalition d’acteurs d’une même chaine de valeur. En effet, si un écosystème se mobilise pour résoudre un problème sur lequel ses membres ont des leviers, cela peut permettre d’apporter une solution à grande échelle en un temps réduit et de créer un nouveau paradigme pour le marché. C’est ce que veulent démontrer deux initiatives récentes pour combattre la plastification des océans : la « New Plastics Economy Global Commitment » de la fondation Ellen McArthur Foundation et l’ « Alliance to End Plastic Waste » lancée par un groupe de multinationales de l’industrie du plastique. La New Plastics Economy Global Commitment mobilise plus de 250 entreprises qui représentent plus de 20 % de tous les emballages plastiques produits dans le monde. Elles s’engagent sur des objectifs chiffrés revus et communiqués tous les 18 mois, sur le chemin qui mène à l’élimination des emballages à usage unique et à 100 % d’emballages réutilisables, recyclés ou compostés d’ici 2025. L’Alliance to End Plastic Waste quant à elle, est portée par une trentaine de sociétés liées à l’industrie du plastique (pétrochimie, packaging, recyclage ) qui s’engagent à verser plus de 1 milliard de dollars pour mettre en place des solutions permettant de réduire et de gérer les déchets plastiques et de promouvoir leur recyclage dans une logique d’économie circulaire.

Une deuxième idée consisterait à inciter les entreprises qui ont des technologies ou des compétences à fort potentiel d’impact positif, à créer des branches d’activités dédiées à l’impact, c’est-à-dire sans recherche de profit à court-terme. Elles pourraient lever des fonds auprès de fondations ou de fonds à impact pour appliquer dès maintenant leurs solutions aux problèmes les plus urgents de la planète. Prenons par exemple le cas des déchets plastiques dans l’océan : 8 fleuves d’Asie et 2 d’Afrique déversent environ 90 % du plastique qui se retrouve dans les océans. En cause, l’absence de collecte et de tri des déchets dans ces régions et l’important débit de ces grands cours d'eau. Des multinationales leaders du secteur de l’environnement ont aujourd’hui toutes les solutions technologiques et le savoir-faire pour résoudre le problème : elles mettent en place et opèrent des systèmes de collecte, de tri et de traitement de déchets dans le monde entier, construisent des stations d’épurations et des systèmes d’assainissement dans de nombreuses villes, etc… Pourquoi ne mettraient-elles pas en œuvre des « branches à impact » dont le seul objectif serait d’accélérer maintenant le déploiement de solutions d’économie circulaire et d’accès aux services essentiels (accès à l’eau, à l’assainissement et collectes et valorisation des déchets) dans les pays ou des secteurs d’activités où elles ne peuvent investir à cause de leurs exigences de rentabilité traditionnelles à court terme. Ces « branches à impacts » utiliseraient leurs savoir-faire,

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leurs technologies, leurs salariés mais ne seraient pas consolidées financièrement pour ne pas altérer la rentabilité globale de l’entreprise. Elles seraient financées par d’autres types d’investisseurs (fondations, fonds à impacts, subventions publiques, crowdfunding…) et s’engageraient à ré-investir leurs profits éventuels, en suivant les principes de social business énoncés par Muhammad Yunus.

Idée n°3 « Le mécénat comme source de financement des projets à impact » À travers leurs fondations, les entreprises ont l’habitude en quelque sorte d’investir « à fonds perdus » dans des projets prometteurs en termes d’impact social ou environnemental. Ce mécénat a ainsi permis à des associations de se lancer, de prouver leur impact, et de construire par la suite quand applicable, un modèle économique pérenne, permettant à des investisseurs « traditionnels » d’investir dans ces structures. Pourquoi ne pas dupliquer cette logique au sein même de l’entreprise, pour des projets à impact ? Pourquoi ne pas utiliser le mécénat, en le considérant comme un budget dédié à fonds perdus pour financer l’amorçage de certains projets relevant de l’intérêt général et compatible avec le cœur business de l’entreprise ? Pour financer une innovation technologique qui permettrait de résoudre la question de l’accès à l’eau par exemple, ou des produits ou services adaptés aux besoins de populations en difficulté ? Une fois l’impact et la pérennité économique de ces projets éprouvés, ils pourraient ensuite être déployés au sein de l’entreprise. Bien sûr, les conditions de passage d’un financement par le mécénat à un projet déployé par l’entreprise seraient à expliciter strictement pour ne pas dévoyer l’objectif premier du mécénat qui est de financer des projets d’intérêt général. Le mécénat permettrait ainsi de financer en quelque sorte l’innovation sociale sous forme de R&D.

Idée n°4 « Les fondations actionnaires » Enfin la dernière piste que nous proposons s’intéresse au levier que peuvent représenter les fondations et la philanthropie/mécénat, secteur dont la puissance financière augmente avec des « Super Fondations » dont les budgets sont supérieurs à ceux de certains pays (ou organisations internationales) et dont le potentiel à l’avenir est prometteur vu la croissance du nombre de milliardaires dans le monde (passant entre 2000 et 2018 de 470 à 2 754 pour un volume cumulé de 9 200 milliards de dollars). Les fondations peuvent selon nous contribuer à innover aux frontières du capitalisme de 3 manières.

D’une part en jouant un rôle beaucoup plus actif d’actionnaires activistes dans les placements qu’elles font pour faire fructifier leur argent. Aujourd’hui la fondation Bill & Melinda Gates est dotée de plus de 65 milliards de dollars. Elle a un fonctionnement compartimenté entre d’un côté ses actions philanthropiques en faveur de la santé et de l’autre côté sa gestion d’actifs ou elle investit dans des entreprises classiques pour générer des revenus. Si elle subventionne massivement la lutte contre le SIDA en Afrique, la Fondation Bill & Melinda Gates est par ailleurs actionnaire de Abbott, laboratoire pharmaceutique qui maintient un prix élevé de ses antirétroviraux pendant au moins 20 ans (avec un taux de marge à 59 %). Pourquoi ne pourraitelle pas, en tant qu’actionnaire, adopter une stratégie active en demandant à Abbott de réduire drastiquement ses tarifs dans certains pays pauvres pour soigner plus de monde ? Dans la même ligne, certaines fondations à but non-lucratif sont propriétaires d’entreprises via la possession de tout ou partie des actions (et la majorité des droits de vote et/ ou la minorité de blocage). On les appelle des « fondations actionnaires », modèle très répandu en Europe du Nord. On dénombre plus de 3 000 fondations actionnaires dont parmi les plus connues : Lego, Ikea et Carlsberg. Au Danemark, l'ensemble des entreprises possédées par des fondations représentent 10 % de la richesse nationale. La fondation actionnaire répond à deux objectifs : sécuriser le capital d’une entreprise notamment familiale face à un risque de rachat, et la volonté de pérenniser ses actions d’intérêt général. En tant qu’actionnaire stable, la fondation inscrit par définition l’entreprise dans le long terme et lui donne un potentiel d’action en faveur de l’intérêt général radicalement plus important que pour les entreprises cotées en bourse. En outre, chaque année la fondation actionnaire est confrontée à un choix important : quel montant doit être investi dans le développement de l’entreprise et quel montant doit être consacré à la fondation pour financer ces actions d’intérêt général ? Dans tous les cas, ce modèle de gouvernance et de transmission d'entreprise gagnerait à être connu et à se développer, notamment en France (Etude Prophil). L’urgence écologique et sociale ne nous permet pas d’attendre le renouveau du capitalisme. Il faut être pragmatique et composer avec les acteurs les plus puissants, dont les entreprises qui comptent parmi les acteurs les plus prometteurs pour mettre en œuvre rapidement et à grande échelle les solutions aux problèmes de société les plus pressants. Néanmoins, pour libérer leur force de frappe et devenir de véritables acteurs du changement, elles vont devoir faire preuve de volonté et de créativité. < Ce texte est extrait d’une série d’articles consacrée à l’urgente réinvention du modèle libéral et au rôle potentiel des entreprises pour contribuer à répondre aux grands enjeux de nos sociétés.

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The companies’ societal commitment is progressing but not yet at the challenge level. The ecological and social emergency does not allow us to wait for the capitalistic revival. But first solutions do exist, compatible with the rules of current capitalism, to act now and on a large scale. In Western countries, mistrust towards large companies is real and growing. However, since the 1970s, companies have been moving away from the caricatured vision of Milton Friedman (for whom "a company's only responsibility is to increase its profits") towards taking into account their social and environmental impacts. Over the past 50 years, companies' commitment to society has grown and is increasingly becoming part of their core business. From patronage, around the company's activities, to the raison d'être, the companies' commitment has been structured and intensified over the years. And these different forms of engagement are cumulative and consolidate the global impact of the company. Reduce its negative impacts is not enough, and companies know that. A few pioneering companies began to think about how to use their core business to boost their positive effects, and it is generally by collaborating with social entrepreneurs. In France for example, La Banque Postale is working with

the social enterprise Crésus to train its bank advisers in preventing their customers from becoming too indebted. Vinci is developing social Joint-Ventures with integration structures such as ARES or the ID'EES Group to create "social subcontracting" in connection with its businesses; Essilor is seeking to make its products, notably its eyeglasses, accessible to underprivileged populations ("Bottom of Pyramid") and SUEZ is partnering with social entrepreneurs in the areas of re-employment or food waste to develop new services complementary to its offer. It is a fact that the societal commitment of large companies in Western countries has never been stronger. But all those positive impacts projects, as exciting and innovative as they may be, remain modest in size. Most of the time, they are pilot projects with a much lower budget than the "priority" investments that these companies make elsewhere. And it is the case for a simple reason: companies are not mandated and are not structurally steered to solve the problems that threaten the survival of humanity. How, therefore, can companies be allowed to deploy their impact solutions right away without being confronted with a demand for immediate profitability?

Ideas to combine different management horizons

Idea n° 1 "Collaborate with companies in the same industry" One idea that is emerging today in some sectors is to lead sector-based initiatives or a coalition of actors in the same value chain. Indeed, if an ecosystem is mobilized to solve a problem on which its members have leverage, this can make it possible to provide a largescale solution in a short time and create a new paradigm for the market. This is what two recent initiatives to fight against ocean plastification are trying to demonstrate: the "New Plastics Economy Global Commitment" of the Ellen McArthur Foundation and the "Alliance to End Plastic Waste" launched by a group of multinationals in the plastics industry. The New Plastics Economy Global Commitment involves more than 250 companies representing more than 20 % of all plastic packaging produced worldwide. They commit to communicate about quantified and reviewed targets every 18 months to show the path towards the elimination of single-use packaging and 100 % reusable, recycled, or composted packaging by 2025. Some thirty companies linked to the plastics industry (petrochemicals, packaging, recycling) are leading The Alliance to End Plastic Waste. Those companies have

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committed to contribute more than 1 billion dollars to implement solutions to reduce and manage plastic waste and promote their recycling in a circular economy.

Idea n°2 "Create "impact industries" within companies" A second idea would be to encourage companies that have technologies or skills with a high potential for positive impact, to create branches of activity dedicated to impact, i.e., without seeking short-term profit. They could raise funds from foundations or impact funds to apply their solutions to the world's most pressing problems now. Let's take, for example, the case of plastic waste in the ocean: 8 rivers in Asia and 2 in Africa discharge about 90 % of the plastic that ends up in the oceans. This is due to the lack of waste collection and sorting in these regions and the high flow of these large rivers. Leading multinationals in the environmental sector today have all the technological


solutions and know-how to solve the problem: they set up and operate waste collection, sorting and treatment systems all over the world, build purification plants and sanitation systems in many cities, etc. Those multinationals could implement "impact industries" whose only objective would be to accelerate now the deployment of circular economy solutions and access to essential services (access to water, sanitation and waste collection and recovery) in countries or sectors of activity where they cannot invest because of their traditional short-term profitability requirements. These "impact sectors" would use their know-how, technologies, and employees. But the structure would not be financially consolidated, so as not to affect the overall profitability of the company. Moreover, other types of investors will finance those structures (such as foundations, impact funds, public subsidies, crowdfunding...), and they would commit to reinvesting their eventual profits following the principles of social business set out by Muhammad Yunus.

Idea n°3 "Patronage as a funding source for impact projects" Through their foundations, companies invest "at a loss" in promising projects in terms of social or environmental impact. This patronage has thus enabled associations to get started, to prove their impact, and to build subsequently, when applicable, a sustainable economic model allowing "traditional" investors to invest in these structures. Why not duplicate this logic in the company itself, for impact projects? Why not use patronage, considering it as a budget dedicated to non-repayable funds to finance general interest projects in line with the company's core business?

To finance a technological innovation that would make it possible to resolve the issue of access to water, for example, or products or services adapted to the needs of disadvantaged populations? Once the impact and economic sustainability of these projects are proven, the company can deploy them. Of course, the conditions for moving from financing through patronage to a project implemented by the company are to explain it to keep the main objective of patronage: financing projects of general interest. Thus, patronage would make it possible to finance social innovation as R&D.

Idea n°4 " Shareholder Foundationsâ€? Finally, the last track we propose focuses on the leverage that foundations and philanthropy/sponsorship can represent. This sector is growing in financial power with "Super Foundations", their budgets are more significant than some countries (or international organizations), and their potential in the future is promising given the growth of billionaires in the world (rising between 2000 and 2018 from 470 to 2754 for a cumulative volume of 9200 billion dollars). In our opinion, foundations can contribute to innovation at the limits of capitalism in three ways: On the one hand, by playing a much more active role as shareholder activists in their investments. Today the Bill & Melinda Gates Foundation is endowed with more than $65 billion.

(...) continues page 136

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Huit défis sociétaux au Luxembourg Les nouvelles frontières du secteur privé Eight societal challenges in Luxembourg The new borders of private sector

Le Luxembourg ne fait pas exception à la règle et compte de multiples enjeux sociétaux. Certaines organisations de l’économie sociale et solidaire tentent déjà d’y apporter des éléments de réponse, mais la force de frappe d’une entreprise classique qui déploierait une approche de « social business » permettrait le passage à une autre échelle et d’aborder des questions parfois encore insuffisamment investies. IMS Luxembourg, avec le support du Ministère du Travail, de l’Emploi et de l’Économie Sociale et solidaire, publie une étude permettant de faire l’état des lieux des opportunités nationales par enjeux. Cette étude a été co-construite lors d’un atelier impliquant le Ministère, l’ULESS, des dirigeants d’entreprises membres d’IMS. Les participants ont échangé autour des défis et opportunités, avec la contribution de Patrice Partula et Jean Bernou, experts en innovation sociale. Diagnostic des champs d’action où les entreprises pourraient changer la donne et où des initiatives inspirantes percent déjà avec succès.

Luxembourg is no exception and is facing many societal issues. Some social and solidarity economy organisations are already trying to provide solutions. Still, the force of a traditional company deploying a "social business" approach would allow the transition to another scale and address issues that are sometimes insufficiently invested. IMS Luxembourg with the support of the Ministry of Labour, Employment and Social and Solidarity Economy, publishes a study to identify national opportunities by challenges. This study was co-constructed during a working session involving the Ministry, ULESS and CEOs from companies member of IMS. The participants exchanged views on these challenges and opportunities, with the contribution of Patrice Partula and Jean Bernou, experts in social innovation. Diagnosis of areas where companies could make a difference and where inspiring initiatives are already successfully breaking through.

1. Adapter la société au vieillissement

2. Réussir l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la société

D'ici 2060, la population du Luxembourg devrait majoritairement vieillir et les plus de 65 ans représenteront plus de 26 % de la population totale. Mamie et Moi collabore avec des femmes seniors de la Grande Région ce qui leur permet de garder une place dans la vie active à travers une occupation agréable, socialisante et qui les met en valeur : le tricot.

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Quelque 10 % des demandeurs d’emploi disponibles inscrits à l’Agence pour le développement de l’emploi (ADEM) en 2016 étaient des personnes en situation de handicap. L’atelier Info-média mené par Autisme Luxembourg forme des personnes atteintes d'autisme et les met à l'emploi en atelier dans le domaine des nouvelles TIC appliquées aux médias numériques.


3. Permettre l’insertion professionnelle et sociale des migrants et réfugiés

6. Former pour accompagner la croissance économique

En 2018, la Direction de l'immigration a enregistré 2 205 demandes d’asile. Intégrer les nouveaux migrants et améliorer leurs conditions d’existence constitue un véritable défi pour le pays.

Selon l’OCDE, en 2019, 79 % des PDG s'inquiètent de la pénurie de compétences clés. Dans un contexte de vieillissement de la population et de manque de main d’œuvre, la formation représente un véritable défi pour le Luxembourg.

Passerell aide les demandeurs d'asile et les réfugiés dans la défense de leurs droits. De façon complémentaire, Touchpoints crée des points de rencontre entre les populations locales et les populations immigrées au Luxembourg à travers plusieurs projets concrets.

4. Rendre le logement accessible Il existe un vrai décalage entre la demande de logement (entre 6 000 et 8 000/an) et le nombre de construction (entre 2 500 et 4 000) par an au Luxembourg. Selon Eurostat, le Luxembourg est le pays qui enregistre la 3ème plus forte hausse du prix des logements en Europe (+11,3 %). L’association Cohabit’âge développe des résidences intergénérationnelles. Le groupe Ad Hoc, quant à lui rassemble des partisans du vivre ensemble dans le but de créer des quartiers solidaires et inclusifs.

L’asbl Defi-job agit en favorisant la réinsertion socioprofessionnelle des personnes placées en milieu pénitentiaire dans l’espoir qu’un emploi régulier puisse diminuer le risque de récidive, tout en tenant compte du profil des détenus et des spécificités du marché du travail.

7. Lutter contre le gaspillage alimentaire, produire plus localement et mieux 124 kilos de nourriture par personne sont jetés tous les ans au Luxembourg. L’initiative Changeons de Menu initiée par l’ONG SOS Faim en juin 2015 cherche à sensibiliser à l’alimentation responsable via un site web et un calculateur de l’empreinte alimentaire.

8. Mettre en œuvre une meilleure gestion des déchets 5. Accompagner les mutations d’une économie digitalisée Selon l’OCDE, 14 % des emplois pourraient être automatisés et 32 % susceptibles de changer considérablement au cours des 15 à 20 prochaines années. « 80 000 postes peuvent être créés au Luxembourg d’ici 2020 avec la digitalisation de l’économie» affirmait en 2017 Thierry Geerts, directeur de Google Belgique-Luxembourg. Women in Digital Empowerment vise à autonomiser les femmes par et grâce au numérique, ainsi qu'à augmenter le nombre de femmes saisissant leurs opportunités dans l'économie et la société numériques.

84 % des déchets au Luxembourg proviennent du bâtiment, contre seulement 30 % en Europe. Aussi, chaque habitant au Luxembourg jette en moyenne 52 kg de déchets en plastique par an. Du côté des particuliers au Luxembourg, NEI AARBECHT collecte dans tout le pays les objets dont les habitants n’ont plus besoin et veulent bien céder.

Retrouvez l'étude complète en accès libre sur www.imslux.lu, dans la rubrique Publications.

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ACTUALITÉS MEMBRES

LE RÉSEAU

EN BREF

La BEI accélère la transition et investit 1 000 milliards pour le climat Nous vous l’avions annoncé dans notre dernier numéro, c’est désormais chose faite. La Banque Européenne d’Investissement a entamé un virage historique en décidant en novembre dernier de ne plus financer les énergies fossiles à compter de 2021, de consacrer 50 % de ses financements à la lutte contre le changement climatique d’ici 2025 et de mobiliser 1 000 milliards d’euros dans ce but d’ici 2030. Face aux enjeux climatiques et aux émissions de carbones générées mondialement par les énergies fossiles, le vice-président Andrew McDowell a déclaré : « Nous devons agir de toute urgence afin d’inverser cette tendance ». EIB accelerates transition and invests EUR 1 trillion for climate change As we announced in our last issue, the European Investment Bank has now done it. Last November, it decided to stop financing fossil fuels as of 2021, to devote 50 % of its financing to the fight against climate change by 2025, and to mobilize one trillion euros for this purpose by 2030. Faced with the challenges of climate change and global carbon emissions from fossil fuels, Vice President Andrew McDowell said, "We must act urgently to reverse this trend".

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Premier gestionnaire de fonds d'investissement alternatifs (AIFM) au Luxembourg Innpact, la société de conseil luxembourgeoise spécialisée dans la finance d’impact a lancé à l’automne 2019 sa filiale Innpact Fund Management SA, premier gestionnaire de fonds alternatifs au Luxembourg exclusivement dédié à la finance d'impact. Il offre des services de gestion de portefeuille et de risques de pointe aux gestionnaires et conseillers en investissement tiers qui engagent des fonds dans le capital et la dette privée afin de créer un impact social et environnemental, durable et mesurable. Leading alternative investment fund manager (AIFM) in Luxembourg In autumn 2019, Innpact, the Luxembourg consulting firm specializing in impact finance, launched its subsidiary Innpact Fund Management SA, first third-party AIFM in Luxembourg entirely dedicated to impact finance. It offers state-of-the-art portfolio and risk management services to third-party investment managers and advisors who commit funds to capital and private debt to create sustainable and measurable social and environmental impact.

Photo : ©Innpact

Encevo certifié pour la réduction de son empreinte écologique Pionniers en matière de certification grâce à l’obtention en 2016 de la certification ISO 50001/2011, Encevo frappe encore par l’obtention de la certification ISO 50001/2018. À nouveau une première au Luxembourg. Cette norme ISO est attribuée aux organisations ayant mis en place une politique d’amélioration continue pour gérer efficacement et réduire la consommation d’énergie. Encevo l’a obtenue en fin d’année dernière pour son site d’Esch-sur-Alzette. Encevo certified to reduce its ecological footprint Pioneers in the field of certification with the ISO 50001/2011 certification in 2016, Encevo strikes again with the ISO 50001/2018 Photo : ©Encevo certification. Once again, a first in Luxembourg. This ISO standard is awarded to organizations that have implemented a continuous improvement policy to efficiently manage and reduce energy consumption. Encevo obtained it at the end of last year for its Esch-sur-Alzette site.

Le réseau en bref

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Picto communication agit pour la reforestation L’entreprise lance cette année un programme de reforestation baptisé « 1 invité = 1 m2 » en partenariat avec Natur&Ëmwelt. Ce projet vise à planter 300 à 400 m2 d’arbres et d’arbustes (autant que d’invités à ses évènements) par an à partir de 2020, au Luxembourg.

Solar Screen certifié pour la « neutralité de ses émissions CO2 » sur l’ensemble de ses importations Toujours à la recherche d’actions pour réduire l’impact de son activité sur l’environnement, Solar Screen fait un pas de plus en compensant la totalité du CO2 rejeté pour les imports par air, mer et route. Ainsi, 1 151 tonnes de CO2 ont été compensées sur l’année 2019 par la mise en place d’un projet au Ghana soutenant la distribution d’équipements de cuisson. Sur le plan environnemental, ce matériel contribue à la préservation des forêts évitant l’utilisation du bois dans la cuisine. D’un point de vue social, il permet l’amélioration des conditions de vie et de santé dans les foyers équipés.

Picto communication acts for reforestation This year, the company is launching a reforestation program called "1 guest = 1 m2" in partnership with Natur&Ëmwelt. This project aims to plant 300 to 400 m2 of trees and shrubs (as many guests as there are guests at their events) per year from 2020, in Luxembourg.

Visuel : ©Solar Screen

Solar Screen certified for "CO2 neutrality" on all its imports Always looking for actions to reduce the impact of its activity on the environment, Solar Screen is taking a step further by compensating for all the CO2 emitted for imports by air, sea, and road. Thus, 1,151 tons of CO2 have been offset over the year 2019 by the implementation of a project in Ghana supporting the distribution of cooking equipment. From an environmental point of view, this equipment contributes to the preservation of forests avoiding the use of wood in cooking. From a social point of view, it allows the improvement of living and health conditions in equipped households.

Les navettes autonomes ont le vent en poupe Après Contern et Pfaffenthal, c’est au tour du centre commercial Knauf à Pommerloch de se doter d’une flotte de navettes autonomes déployée par SalesLentz. D’une capacité de 15 places, ces véhicules 100 % électrique relieront les deux côtés de la route nationale pour faciliter l’accès aux clients, suite à l’agrandissement du parking extérieur.

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Autonomous shuttles have the wind in their sails After Contern and Pfaffenthal, the Knauf Shopping Centre in Pommerloch now has its fleet of shuttle buses deployed by Sales-Lentz. With a capacity of 15 spaces, these 100 % electric vehicles will connect both sides of the main road to facilitate access for customers, following the expansion of the outdoor car park.


Le Payroll Giving, une initiative où chaque centime compte Qu’est-ce que le Payroll Giving ? Intégrée au logiciel de calcul de paie, cette fonctionnalité consent à verser les centimes d’euros des salaires de chaque employé à un projet humanitaire. L’association PADEM propose aux Payroll Givers de contribuer financièrement à un projet choisi, mené par des ONG s’inscrivant dans la démarche des 17 objectifs de développement durable. Un geste bienveillant qui permet par ailleurs aux employeurs de bénéficier d’une déduction fiscale. Membres d’IMS, les entreprises KPMG et Société Générale Luxembourg ont déjà adopté le concept. Payroll Giving, an initiative that makes every cent count What is Payroll Giving? Integrated into the payroll software, this functionality allows you to pay the euro cents of each employee's salary to a humanitarian project. The PADEM association offers Payroll Givers the opportunity to contribute financially to a chosen project, led by NGOs in line Visuel : ©PADEM with the 17 sustainable development o goals. A benevolent gesture that also allows employers to benefit from a tax deduction. IMS member companies KPMG and Société Générale Luxembourg have already embraced the concept.

L’entreprenariat local récompensé au Foyer Microfinance Award Dans le cadre de sa collaboration avec Microlux, institution de microcrédit au Luxembourg, Foyer remettait en janvier dernier son premier Foyer Microfinance Award. Ce prix vise à récompenser le projet porté par un entrepreneur local soutenu par Microlux. Pour cette première édition, c’est le projet de Tania Guillot Da Cruz, pour son établissement d'hébergement et restauration « La Taverne Victor Hugo » qui a recueilli le plus de suffrages auprès du personnel de l’assureur, invité à voter pour son projet préféré. Photo : ©FOYER

Local entrepreneurship rewarded at the Foyer Microfinance Award As part of its collaboration with Microlux, a microcredit institution in Luxembourg, Foyer presented its first Foyer Microfinance Award last January. This award aims at rewarding the project carried by a local entrepreneur supported by Microlux. For this first edition, Tania Guillot Da Cruz's project for her accommodation and catering establishment "La Taverne Victor Hugo" received the most votes from the staff of the insurer, who were invited to name their favourite project.

Le réseau en bref

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Les résultats du « Air Cargo Sustainability Awards » Les lauréats des Prix "Air Cargo Sustainability", concours visant à stimuler les initiatives et l’innovation dans le secteur du fret aérien ont été dévoilés en novembre dernier à Budapest. Une première pour ce secteur. Ont été récompensés : la Fondation Wings for Aid avec sa boîte de livraison en carton autoportante destinée aux personnes dans le besoin suite à des crises humanitaires, également M&G Packaging Corp avec son projet BioNatur Plastics pour l'industrie du fret aérien, et enfin Nallian, pour son écosystème ouvert d'applications collaboratives pour le fret aérien. Ces récompenses s’inscrivent dans un vaste programme de promotion du développement durable pour cette industrie, une initiative de la TIACA, association internationale du frêt aérien, en partenariat avec CHAMP Cargosystems. Results of the “Air Cargo Sustainability Awards” The winners of the "Air Cargo Sustainability Awards," a competition aimed at stimulating initiative and innovation in the air cargo sector, were unveiled last November in Budapest. A first for the industry. Winners include the Wings for Aid Foundation for its self-supporting cardboard delivery box for people in need following humanitarian crises, M&G Packaging Corp. for its BioNatur Plastics project for the air cargo industry, and Nallian for its open ecosystem of collaborative air cargo applications. These awards are part of a broad program to promote sustainable development for this industry, an initiative of TIACA, the international air freight association, in partnership with CHAMP Cargosystems. Photo : ©CHAMP Cargosystems

L'Administration de la Navigation Aérienne (ANA), lauréate du Prix européen d’excellence du secteur public (EPSA) EPSA est une plate-forme d'excellence publique qui réunit les acteurs les plus performants, les plus innovants et les plus efficaces du secteur public européen. Depuis 2007, le Prix européen du secteur public (EPSA) a reçu, évalué et rendu accessibles plus de 1 200 pratiques publiques de 39 pays et institutions européennes. L'édition de cette année avait pour thème général "New Solutions to Complex Challenges – A public sector citizen-centric, sustainable and fit for the future". La candidature de l’ANA a été récompensée par l’obtention d’un certificat de bonne pratique (BPC) pour avoir développé une approche durable de la gestion des mouvements aériens et terrestres des aéronefs, dans le respect des besoins et des attentes des résidents de l'aéroport.

Photo : ©ANA

Air Navigation Administration (ANA), winner of the European Public Sector Award of Excellence (EPSA) EPSA is a public platform of excellence that brings together the best, most innovative, and most active players in the European public sector. Since 2007, the European Public Sector Award (EPSA) has received, evaluated, and made accessible more than 1200 public practices from 39 countries and European institutions. The overall theme of this year's edition was "New Solutions to Complex Challenges - A public sector citizen-centric, sustainable and fit for the future." ANA's application was rewarded with a Certificate of Good Practice (GCP) for developing a sustainable approach to managing air and ground aircraft movements, while respecting the needs and expectations of airport residents.

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Un programme interne à ALD Automotive en faveur de l’inclusion des personnes en situation de handicap Suite au groupe de travail handicap mené par IMS, ALD Automotive a mis en place un programme interne de sensibilisation, d’accompagnement et de formation autour des problématiques de prise en compte de la performance et de la productivité en lien avec les politiques du handicap. Conscient qu’il subsiste des stéréotypes sur la supposée moindre performance au travail des personnes en situation de handicap, ce programme a été mis en œuvre pour l’ensemble des départements de l’entreprise afin d’attirer plus de personnes en situation de handicap lors des recrutements, augmenter le nombre de collaborateurs porteurs d’un handicap et valoriser l’inclusion. An internal program at ALD Automotive for the inclusion of people with disabilities Following the disability working group led by IMS, ALD Automotive has set up an inner awareness, support, and training program on the issues of taking into account performance and productivity with disability policies. Although stereotypes remain that people with disabilities supposedly perform less well at work, this program has been implemented for all company departments to attract more people with disabilities during the recruitment, increase the number of employees with disabilities and promote inclusion.

Virage bien amorcé pour ACL avec son « Mobility loft » Depuis septembre 2019, le centre de compétence en électromobilité de l’Automobile Club Luxembourg permet à ses 183 000 membres d’être constamment informés sur les véhicules électrifiés de toutes marques du moment. En plus de recevoir des conseils objectifs et impartiaux, les adhérents ont la possibilité d’essayer et de louer les véhicules afin de s’y familiariser pour en choisir la motorisation adéquate. Avec plusieurs centaines de consultations au Mobility Loft et autant d’appels téléphoniques depuis son inauguration, sa bonne fréquentation confirme l’intérêt et la pertinence de l’initiative lancée par l’ACL. ACL is embarking on a new direction with its "Mobility Loft" Since September 2019, the Automobile Club Luxembourg's center Photo : ©ACL of competence in electromobility enables its 183,000 members to be continuously informed about electrified vehicles of all makes at the moment. In addition to receiving objective and impartial advice, members have the opportunity to test drive and rent vehicles to become familiar with them and choose the right motorization. With several hundred consultations at the Mobility Loft and as many phone calls since its inauguration, the excellent attendance confirms the interest and relevance of the initiative launched by the ACL.

Vous êtes membre IMS et souhaitez apparaître dans notre prochain numéro ? N'hésitez pas à nous envoyer vos actualités liées à la Responsabilité Sociétale des Entreprises à info@imslux.lu You are a member of IMS and would like to be featured in our next edition? Don't hesitate to send us news about Corporate Social Responsibility measure and events at info@imslux.lu

Le réseau en bref

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Bike to Work Pour démarrer la semaine européenne de la mobilité, une trentaine de cyclistes ont traversé Luxembourg accompagnés du Ministre de la Mobilité et des Travaux Publics, François Bausch. Le trajet était suivi d'une conférence pour aborder le sujet de la mobilité durable et partager les bonnes pratiques pour les entreprises du Kirchberg. To kick off European Mobility Week, around twenty cyclists crossed Luxembourg accompanied by the Minister for Mobility and Public Works, François Bausch. The journey was followed by a conference to address the subject of sustainable mobility and share good practices for Kirchberg companies.

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01. L'arrivée au Kirchberg 02. Le point de rendez-vous à la Gare de Luxembourg

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03, 04, 06, 07. Les participants sont partis de la Gare de Luxembourg et sont arrivés au Kirchberg en passant par le centre ville 05. Au Ministère de l'Environnement, du Climat et du Développement Durable pour une présentation sur l'écomobilité 08. Encourager la pratique du vélo avec une carte des pistes cyclables 09. Nicolas Louvet, 6-t

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Club "Achats Out of the Box" L'écologie au bureau Les entreprises membres d'IMS se retrouvent régulièrement autour de différentes problématiques pour insuffler un aspect durable à leur politique d'achats. Après les conseils de l'experte, chacun peut partager ses bonnes pratiques avec ses pairs. IMS member companies have regularly been meeting to discuss various issues to instill a sustainable aspect into their purchasing policies. After the expert's advice, each one can share its good practices with its peers.

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01. POST accueillait le Club des acheteurs

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02. Allonger la durée de vie d'un ordinateur, d'un bureau ou d'un stylo... éclairage sur les différentes approches d'achats 03,06. En groupe, les participants abordent les différents enjeux de l'écologie au bureau 04. Alexandre Balagny, Fiducial Office Solutions 03

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05. Sandrine Grumberg, Via Sourcing

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9e session de signature officielle de la Charte de la Diversité Lëtzebuerg Après un discours d'introduction inspirant sur la pluralité linguistique en entreprise, 23 nouvelles organisations ont officiellement signé la Charte de la Diversité Lëtzebuerg aux côtés de Corinne Cahen, Ministre de la Famille et de l'Intégration et Marraine de la Charte. After an inspiring keynote speech on linguistic diversity in companies, 23 new organizations officially signed the Diversity Charter alongside Corinne Cahen, Minister for Family and Integration and Charter Patron.

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06 01. 23 nouveaux signataires 02. Christian Scharff, IMS Luxembourg 03. La Crèche des P'tits Bouchons a signé la Charte

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04. Corinne Cahen, Ministre de la Famille et de l'Intégration est la marraine de la Charte de la Diversité Lëtzebuerg 05. Le MUDAM accueillait la cérémonie 06. Nathalie Delebois, Gwladys Costant et Maxime Durant, fr2s

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07. Dans un pays comme le Luxembourg, Madame la Ministre a rappelé l'importance de la diversité linguistique dans le monde professionnel 08. Isabelle Lebbe, Arendt&Medernach 09. Chaque nouveau signataire reçoit sa Charte signée, synonyme de son engagement 10. Une centaine de participants étaient présents pour l'occasion 11. Hélène Langinier, enseignante chercheuse à l'EM Strasbourg, spécialisée dans la diversité linguistique a introduit la session 12. L'équipe de la COPAS 13. L'équipe de TNP Luxembourg

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Part&Act en pratique Formation au RGPD "Part&Act en pratique", ce sont des moments d'échange entre entreprises membres d'IMS et associations dans une logique gagnant-gagnant. Cette fois, la session portait sur le règlement général pour la protection des données, avec l'expertise du cabinet d'avocat Wildgen. "Part&Act in practice" are moments of exchange between IMS member companies and associations in a win-win logic. This time, the session focused on the general regulations for data protection, with the expertise of the law firm Wildgen.

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07 01. Wildgen accueillait l'atelier 02. Emmanuelle Ragot, Wildgen 03. Sylvie Martin, Médecins du Monde 04. Priscilia Talbot, IMS Luxembourg 05. Eric Anselin, Île aux Clowns 06

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06. Des échanges passionnants entre entreprises et associations 07. Didier Picard, Pickitup

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LGBT+ in the professional environment En partenariat avec l'association Luxembourg Professional LGBT+Allies, IMS abordait l'importance des environnements de travail ouverts et dans lesquels chacun peut trouver sa place, quelle que soit son orientation sexuelle, identité ou expression de genre. L’occasion de présenter les actions déjà réalisées ainsi que les objectifs du réseau inter-entreprises pour l’année à venir. In partnership with the association Luxembourg Professional LGBT+Allies, IMS addressed the importance of open working environments in which everyone can find their place, regardless of sexual orientation, gender identity, or expression. The opportunity to present the actions already carried out as well as the objectives of the inter-company network for the coming year. 01

01. Niccolo Polli, HSBC - Barbara Agostino, Crèches Barbara - Frédéric Trierweiler, State Street et Catia Fernandes, IMS Luxembourg 02. Sandrine Gashonga, Time for Equality

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03. Une publication IMS regroupe toutes les bonnes pratiques de ses membres sur le sujet

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04. Cindy Gusmini, Maltem Consulting Group

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05. Sonia Franck, A+T Architecture - Nina Hristova, Banque Européenne d'Investissement - Christine von Reichenbach, ADEM 06. John Parkhouse, PwC Luxembourg 07. Les questions de l'auditoire étaient nombreuses pour tenter de trouver des solutions concrètes

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08. Une soixantaine de participants étaient présents

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CEO Breakfast avec Caroline Sauvajol-Rialland "80 % des emails ne sont jamais ouverts sur 293 milliards échangés chaque jour"... Les dirigeants des entreprises membres ont rencontré Caroline Sauvajol-Rialland, Professeure à Science Po Paris pour tenter de répondre à la question de la surcharge informationnelle. New "80 % of emails are never opened out of 293 billion exchanged every day"... Leaders of member companies met with Caroline Sauvajol-Rialland, Professor at Science Po Paris, to try to answer the question of information overload.

01 01. Caroline Sauvajol-Rialland 02. Geoffroy Bazin, BGL BNP Paribas 03. Yves Lahaye, RBC et Jean-François Orban, Mâa-Oui!

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04. Mathilde Leré, IMS - Thierry Flies, Schroeder & Associés - Pascal Rogé, ONET - Stéphane Herard, Shime - JeanChristophe Marotte, Fiducial Office Solutions 05. Sébastien Berthelot, Moovee 06. Marie-Hélène Massard, AXA Caroline Sauvajol-Rialland et Nancy Thomas, IMS Luxembourg

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07. Françoise Thoma, BCEE et Monsieur le Premier Ministre, Xavier Bettel 08. La BCEE a accueilli l'évènement


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Lunch'n'learn Baromètre Info Flow Savvy Afin de mesurer les facteurs d’infobésité au Luxembourg, 107 organisations du réseau ont répondu à l’enquête concernant les habitudes de travail et la gestion des flux d’information et de communication liés aux outils numériques. IMS et le LISER ont dévoilé les résultats du baromètre. To measure the factors of infobesity in Luxembourg, 107 organizations in the network responded to the survey covering working habits and the management of information and communication flows linked to digital tools. IMS and the LISER unveiled the results of the barometer. 01 01. Un constat fort : 61 emails sont reçus par jour en moyenne et 66 % des répondants vérifient leur boîte email dès qu’un nouveau message leur est signalé 02. Sarah Soufflet, ArcelorMittal 03. Thomas Hoffmann, SuperDrecksKëscht - Olivier Miche, Electrolux 02

05. Ludivine Martin, LISER - Laura Mullenders et Mathilde Leré, IMS Luxembourg

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06. Catherine Langer, POST Luxembourg - Marie-Adélaïde Leclercq-Olhagaray, Arendt&Medernach 07. Eidine Bossy, Arendt&Medernach

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Lancement du guide "Corporate Gardens" En tant que partenaire de la stratégie nationale Urban Farming, IMS a sensibilisé ses membres à la pratique de l’agriculture urbaine en général et du corporate gardening en particulier. L'occasion de présenter le guide "Corporate Gardens". As a partner in the national Urban Farming strategy, IMS has raised awareness among its members about urban farming in general and corporate gardening in particular. Also an opportunity to present the "Corporate Gardens" guide.

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07 01. Le guide est disponible pour tous les membres d'IMS 02. Luca Macchi, IMS Luxembourg 03, 05. L'évènement s'est tenu à l'IFSB 04. Bruno Renders, IFSB 06

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06. Nancy Thomas, IMS Luxembourg 07. Loris Spina, Echevin de Dudelange - Laurent Zeimet, Bourgmestre de Bettembourg


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Atelier (Handi)Cap' Emploi Après huit ateliers pour travailler sur les enjeux, les défis et les solutions, cette dernière réunion en présentait les résultats avec la création d'un e-book pratique à destination des entreprises. After eight workshops to work on the issues, challenges, and solutions, this last meeting presented the results with the creation of a practical e-book for companies.

01 01. Les participants ont découvert le fruit de leur groupe de travail : un e-book (Handi)Cap' Emploi 02. L'e-book est disponible sur www.chartediversite.lu 03

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03. Annemie Maquil, Ville de Luxembourg 04. Ségolène Richardeau, ALD 05. Claire Talbot, Sodexo - Ophélie De Soto Cobet, Deloitte 06. Gwenaël Berthélemé-Saudreau, RMB Développement

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07. Pascal Recchia, POST Luxembourg 08. Jean-Marc Brêt, Coopérations - Gwenaël Berthélemé-Saudreau, RMB Développement - Céline Hamon, CGI Luxembourg

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Zero Single-Use Plastic Atelier de mi-parcours Les signataires du Manifeste de la première heure et ceux qui ont rejoint le train en marche se sont réunis pour faire le point sur ce qu'il reste à faire. Prochaines étapes : après avoir rencontré les fournisseurs, décrypter produit par produit les difficultés et les solutions. The signatories of the Manifesto from the first hour and those who joined the moving train met to take stock of what remains to be done. Next steps: after meeting with suppliers, decipher product-by-product the difficulties and solutions. 01 01. C'est dans les locaux de Quintet Luxembourg que les signataires du Manifeste se sont retrouvés 02. Ils ont brainstormé sur la prochaine journée de l'environnement 03. Anaïs Michel et Sophie Öberg, IMS Luxembourg 04. Fabiano Ruberti, ALD Automotive 05. Dora Vanderbeeken, BIL - Arnaud Thielens, Quintet Luxembourg - Bryana Lima, CHAMP Cargosystems - Stéphanie Araujo, CMCM 02

06. Corinne Vallance et Silke Lepee, Accenture Sylvain Chery, Agile Partner

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Go Carbon Neutral Le jeu "Go Carbon Neutral" a mis au défi les participants afin de rendre leurs entreprises neutres en carbone tout en tenant compte de paramètres tels que le coût, la rentabilité ou la valeur ajoutée. L'occasion d'ouvrir le dialogue sur l'action climatique au sein de l'organisation. The "Go Carbon Neutral" game challenged participants to make their companies carbon neutral while taking into account parameters such as cost, profitability, and added value. It was an opportunity to open the dialogue on climate action within the organization. 01

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04 01. Une bonne représentativité des membres 02. Une manière ludique de comprendre les concepts clés 03. Luca Macchi et Frédéric Brochier, IMS Luxembourg 04, 05. En groupes, les participants ont ouvert le dialogue sur l'action climatique au sein de leurs organisations 06. Letian Ma, GE Renewable Energy 06

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Chris Berkhout, LM Wind Power 07. L'évènement avait lieu chez BGL BNP Paribas 08. François Sprumont, Movesion

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Conférence de présentation du programme d'activités 2020 et accueil des nouveaux membres Vingt-sept nouveaux membres ont été accueillis en ce début d'année 2020 et vous êtes maintenant 157 organisations engagées dans une démarche responsable à nos côtés ! Ce moment fort a également été l'occasion de rencontrer les nouveaux visages de l'équipe IMS. Twenty-seven new members were welcomed at the beginning of 2020, and you are now 157 organizations committed to a responsible approach at our side! This high point was also an opportunity to meet the new faces of the IMS team.

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02 01. Nancy Thomas, IMS Luxembourg 02. Les 27 nouveaux membres 03. Foyer recevait l'évènement 04. Julien Demoulin, Sodexo et membre du Conseil d'Administration d'IMS

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05. Chaque chef de projet présentait ses activités 06. Déjà plus de 40 évènements prévus pour l'année 2020 07. Amélie Jeannesson, IMS Luxembourg 08. Après une courte rétrospective de 2019, Nancy Thomas a présenté le programme de l'année 2020 09. Une centaine de personnes ont assisté à la conférence 10

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10. Victor Quinet, IMS Luxembourg - Mireille Sendashonga, Victor Buck Services 11. Caroline Pirson, Hôpitaux Robert Schuman - Anaïs Michel, IMS Luxembourg 12. L'équipe IMS

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AGENDA

Les prochains rendez-vous

21 23 AVRIL 2020 ZERO SINGLE-USE PLASTIC LES BOISSONS

15 MAI 2020 SUSTAINABILITY MANAGER CLUB

26 MAI 2020 DIVERSITY DAY LËTZEBUERG & SESSION DE SIGNATURE OFFICIELLE DE LA CHARTE DE LA DIVERSITÉ LËTZEBUERG

16 JUIN 2020 DIVERSITY NETWORK

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21 AVRIL 2020 DIVERSITY NETWORK

12 MAI 2020 DIGITAL SKILLS MATCHMAKING

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29 MAI 2020

ZERO SINGLE-USE PLASTIC L'EAU SANS EMBALLAGE

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CLUB "ACHATS OUT OF THE BOX" TRANSPORT DE MARCHANDISES ET RETOUR DE LA CONSIGNE

18 JUIN 2020 ASSEMBLÉE GÉNÉRALE IMS REMISE DU RAPPORT D'ACTIVITÉ

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26 JUIN 2020 SUSTAINABILITY MANAGER CLUB

11 SEPTEMBRE 2020 CLUB "ACHATS OUT OF THE BOX" VÊTEMENTS PROFESSIONNELS ET PROMOTIONNELS DURABLES

17 SEPTEMBRE 2020 LUXEMBOURG CEO SUSTAINABILITY CLUB

13 OCTOBRE 2020 DIVERSITY NETWORK

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DAYCARE & DIGITAL EXPLORER

CLUB "ACHATS OUT OF THE BOX" CADEAUX DE FIN D'ANNÉE : PRIVILÉGIER LES ACTEURS DE L'ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE

15 SEPTEMBRE 2020

25 SEPTEMBRE 2020 SUSTAINABILITY MANAGER CLUB

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28 OCTOBRE 2020

10 JUILLET 2020

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15 OCTOBRE 2020 ATELIER DE TRANSFERT DE COMPÉTENCES

Plus d’infos www.imslux.lu et www.chartediversite.lu

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Luxembourg’s leading network for Corporate Responsibility

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Le Billet du PrĂŠsident Translated from page 7

Change has always been frightening at all times and on all subjects. Action is generally taken when facts dictate it or when there is a strong motivation on the part of the actors. Do facts impose it? Repetitive and increasingly violent fires in Australia or California, more frequent and powerful typhoons, skyrocketing temperatures, the first snow-free December in Russia in 2019, cities in India or China that no longer see the sun for months on end due to air pollution. Utopian transformation, some would say. Yet it was possible to impose drastic waste sorting in a city like Shanghai in six months. Yet it has been possible to impose pollution standards on the European car industry's production. Also, it was possible for a state like Sikkim in India to ban all chemical fertilizers and pesticides and to create a green land, which is today considered as an example.

So what do we need to force conversions of maritime and air fleets? To speed up the transition to widespread organic and community-based agriculture? To switch to greener energies and move away from coal at the very minimum now? We have, at least partially, the technology. But we all know that the economic forces are at work and that, in essence, they are seeking to maximize profits in the short term. Yet, our problem concerns the medium to long term. So, as in the case of the car industry, sanctions, and regulations, particularly in Europe, can turn the tide and tip the balance of investments made. The new European Commission has integrated the Sustainable Development Objectives into the program of all its directorates and now imposes reporting every six months on these points. The climate is clearly on its roadmap. At this current time of Euro-scepticism, it's an excellent opportunity to demonstrate

and promote once again the usefulness of our continent as an example for the planet. Let us not underestimate the old Europe, as it can still give a turning note. It can remain a giant because it has this normative force that is essential to all those who want to trade with it. Thus, it can impose sustainable standards on the world which can help to preserve our living environment. So yes, the time has come for challenges and we must, more than ever, roll up our sleeves. We know it can be done, and none of us must save the planet alone. But every gesture, initiative, decision, and measure that contributes is welcome. And as things heat up, if you have an idea, take action, talk to your executives, managers or representatives. We are all in the same boat. <

Those falling giants (...) continued from page 34

Mega-fires proof carbon reserves The transition to the new decade has been sadly tarnished by the massive fires that have ravaged much of Australia's forests. More than ten million hectares are now reduced to ashes, three times the size of Belgium. Almost inextinguishable are the mega-fires, a phenomenon of a new kind that is now a recurring occurrence on both sides of the globe. The conditions are increasingly favorable, even leading to the outbreak of tornado fires, these particularly destructive "firenadoes". One determining factor is pointed out by scientists: global warming, which is lengthening the length of the fire season. For Australia in this case, prolonged drought and strong winds have turned

the first sparks into a huge inferno. The IPCC underlines the central role of GHG emissions in this process: they are at the origin of the climatic upheavals that lead to the fires, but they are also the result of when forests go up in smoke, thus forming a real feedback loop. Scientists estimate that Australia will double its emissions this year with nearly 400 million tonnes of incremental CO2. In total, the European Copernicus program has observed more than 6,000 Gigatonnes of CO2 released from forest fires last year. An infernal cycle that must urgently be stopped by a voluntarist low carbon policy because, it must be remembered, after the oceans, forests are the second-largest carbon reservoir. Each year, they sequester 19 % of global anthropogenic emissions.

Particularly worrying, recent reports published in Nature Plants even show that certain forests and fragile tropical soils can thus become emitters of emissions rather than collectors. This phenomenon can be attributed to accidental fires but also to eminently preemptive uses that plunge forests into sad concerts of chainsaws or smoke from burning. Extractive practices and land-use change Deforestation is underpinned by two major issues: food security and access to energy. The energy issue Almost a third of the world's population uses wood as an energy source. Forests

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are especially the fuel of vulnerable populations. In the Congo Delta, the situation is more than alarming. The world's second greenest lung, the forest is being hit hard by deforestation. According to Global Forest Watch, the Democratic Republic of the Congo has almost doubled its rate of primary forest loss since 2010 and is now sadly the second-highest losing nation per year, just behind Brazil. "It is estimated that the DRC's forest cover increased from 67 % to 54 % of the territory between 2003 and 2018," said Tosi Mpanu Mpanu, the DRC's ambassador and climate negotiator at the UN climate conferences. "The DRC has made an international commitment to stabilize its forest cover at 63.5 % of its territory (2.3 million km2). And we are losing that fight. In this country where the population mainly relies on wood as an energy source, a real energy transition is necessary because only 8 % of the inhabitants have access to electricity and only 1 % in rural areas. "Given that more than 90 % of the energy consumed in the DRC comes from wood, the lack of progress in providing clean and renewable energy is a direct threat to our forests," said last August the President of the Democratic Republic of Congo, Felix Tshisekedi. "At the current rate of population growth and our energy needs, our forests are threatened with disappearance by 2100," he warned, aiming to develop the country's immense hydroelectric potential. Food security at stake According to projections, the world's population is expected to reach around 10 billion people in 2050, and the FAO estimates in its latest State of the World's Forests report that food demand will double over this period. However, the main cause of widespread deforestation is agro-industrial demand. According to Rhett A. Butler (Mongabay), livestock farming accounts for 65-70 % of deforestation in the Amazon, followed by agriculture (including small subsistence and commercial farms), mainly soybean production, which occupies 25-30 % of deforested land.

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The Intergovernmental Platform on Biodiversity and Ecosystem Services (IPBES) notes that 50 % of agricultural expansion has been at the expense of forests, leading to rapid loss or degradation of natural habitats that are particularly damaging. While the IPBES notes that "more than a third of the world's land surface and nearly 75 % of freshwater resources are now devoted to crop or livestock production", it now seems crucial to think about increased food production with more efficient models and therefore without reducing forest cover. There is a real challenge here in terms of food security and competition for land, with the majority of current deforestation clearly attributed to the conversion of forest land into cropland and livestock areas mainly for export. Our consumption patterns at stake At the heart of deforestation are the products listed on the shelves of our supermarkets. Cereals, meat, paper, avocados, palm oil... Hence the need to raise awareness and involve citizens and private actors in policies to preserve forest ecosystems. Organizations such as TRASE (Transparent Supply Chains for Sustainable Economies) provide companies with the information they need to understand the impacts of their supply chains on forests. Soybean cultivation is particularly revealing of the changing situation, being one of the major causes of land-use change in Brazil. The latest TRASE report shows that, together with Argentina and Paraguay, Brazil grows almost 50 % of the world's soybeans, compared to 3 % 50 years ago. Over this period, the area dedicated to soybean production has increased 40-fold and is now the size of Spain. This strong demand is supported in particular by the European market, but mainly by China, whose imports of Brazilian soybeans have risen by 300 % over the last 10 years. On the other side of the globe, in Indonesia, palm oil and paper exports are also booming. Despite a more restrictive government policy in this area, according to Global Forest Watch,

Indonesia has lost 25.6 million hectares of forest area since 2000, a 16 % reduction in forest cover corresponding to 10.5G tons of CO2 emissions. In addition to the destruction of forests, peat bog fires, which are high emitters of greenhouse gases and toxic particles, have also been added to the destruction of forests. In 2019 again, from Kuala Lumpur to Kuching, the region was blinded by these intense fumes. Each time, the 2015 scenario is feared. More than one hundred thousand premature deaths were then attributed to these fires in the area, according to a study by the American universities Harvard and Columbia. Vulnerable populations With deforestation, it is the multiple services provided by the forest to the most vulnerable populations that disappear. The change in land use leads to a major loss of resources and income for local populations. As FAO points out, 40 % of the rural populations in extreme poverty, i.e. 250 million people, live in forest or savannah environments; and forests now account for about 20 % of rural household incomes in developing countries. The consequences for local populations are manifold: the disappearance of wildlife, impoverishment of the soil, increased flooding, etc. Another major concern is the decrease in drinking water reserves. Three-quarters of this precious resource comes from forested watersheds, yet about 40 % have lost more than half of their forest cover. Trees, as we know, play a key role in the water cycle, allowing its retention, its regulation by evapotranspiration but also its filtration. The challenge for forests is therefore also that of access to this essential resource that is drinking water. Forests with fire but also with blood Among the local populations, voices are being raised against this massive exploitation, but the illegal loggers and traffickers do not hesitate to use the hard way to cut them down. The Human Rights Watch report of last September denounced the existence in Brazil of real "Mafias of the tropical forest". In the context of a lax policy towards


deforestation, the criminal networks that are on the rise are using "violence and intimidation against those who stand in their way". According to the Pastoral Land Commission (CPT), the number of killings related to the use of tropical forest land and resources in the country has risen to more than 300 in the last ten years. These incredible sanctuaries of biodiversity According to the latest IPBES report published in April 2019, around 1 million animal and plant species are now threatened with extinction, a phenomenon described as "unprecedented and accelerating". Unsurprisingly, deforestation is pointed out as one of the determining factors in this process, as forests are home to 80 % of the world's biodiversity. This loss or deterioration of natural habitats is increasingly worrying because it signals the extinction of a set of ecosystems essential to the functioning of our societies. Professor StÊphane Mancuso, recalls the benefits in his latest book The Plant Revolution: "more than 31,000 different species have a wellestablished use; among them, about 18,000 are exploited for medical purposes, 6,000 for our food, 11,000 as textile fibers and building materials... The count is quickly done: one-tenth of them are used directly by humanity.� Particular attention is paid to the tropical forests, which are extremely rich in fauna and flora. The Amazon in particular, and it is no coincidence that it is highly publicized, is a treasure trove of biodiversity. Rhett A. Butler estimates that the Amazon contains about 30 % of the world's species; he reminds us that more than 500 species of trees can be found on a single hectare and that a single bush in this humid tropical environment can harbor more species of ants than the whole of the British Isles. Until very recently, the toll of the Australian fires has been extremely heavy for the fauna and flora because, as the World Resources Institute points out, 40 % of the burnt territories were in protected areas and the many endemic

species they contained were affected. The emblematic koalas and kangaroos fleeing the flames are still in the minds of many. With them, more than a billion animals are thought to have disappeared. A public good? Biodiversity, carbon sinks, freshwater reserves, and much more make woodlands a treasure for humanity. "Forests are a source of food, medicine, and fuel for more than a billion people," says FAO. The stakes involved go far beyond borders and clearly involve some particularly short-sighted private economic interests, calling into question the very notion of ownership. The consequences of deforestation are certainly global, but so are the causalities and responsibilities. Hence, the need to address the subject in its entirety on a supranational scale. Expectations are particularly high with regard to the COP 15 of the Convention on Biological Diversity, to be held in Kunming in October this year, which will see the adoption of a new global framework for biodiversity governance after 2020. However, this is only one of the major issues at stake in the issue of forest areas and the absence of a dedicated binding international treaty is deplorable. The idea of considering forests as a global commons is now gaining ground. An approach that requires the involvement of different stakeholders, new spaces for dialogue and decisions. These properties would fall within the scope of world heritage and would, therefore benefit from a specific legal status and be placed under the protection of the international community, with neutral and at least multilateral modes of governance and control. However, the discussions stumbled on a recurring stumbling block: many countries that "own" these wooded areas do not intend to give up part of their sovereignty over their territories. However, it is this principle of supranational governance that is now applied in Europe on so-called "sites of community interest". The European Union is the guarantor of this common

good thanks to an adapted legal arsenal and does not hesitate to sanction if necessary. The 1992 directive on the conservation of natural habitats is the backbone of this directive and makes it possible to protect more than a thousand species of animals and plants as well as 200 types of habitats through the Natura 2000 network. On 25 July this year, the European Commission, therefore, decided to refer Greece to the Court of Justice for failure to adequately protect natural habitats and species. This reveals a willingness on the part of the institutions to preserve the European Union's natural capital as a common good. This growing concern on Europe's agenda was further supported in July with the definition of a framework to restore and protect forests at a global level. In addition to enhanced cooperation or the development of responsible finance, the Union is also assessing possible new regulatory measures to minimize the impact of European consumption on deforestation and forest degradation. A mechanism to be put in place as a matter of urgency ... Replant, yes, but how? A study by the Zurich University of Applied Sciences, conducted in February 2019 by British researcher Thomas Crowther, estimates that 1,200 billion trees could be added to existing forests, which he believes would largely absorb global emissions. So are we heading towards a zero-sum game or even a positive impact game? Some people are now moving in this direction, but accounting is not that simple. The "one tree planted for one tree gone" is a facility of the mind. Not all species absorb the same amount of CO2. Because some trees dry out the soil. Because a very young seedling is not a great subject for many of the services it provides. Because monoculture tree rows do not promote as much biodiversity. Moreover, replanting with such characteristic linear geometries is risky, because we know that forests are more resilient when they are plural.

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As the philosopher Joëlle Zask, author of Quand la forêt brûle: pense la nouvelle catastrophe écologique (When the forest burns: think of the new ecological disaster) points out, it is now important to revisit our relationship with the

forest by understanding the plurality of representations and anthropic uses it has made of it. Neither to approach it in an ultra-extractivist dominating approach nor to put it too far away in an idealized vision. It is a matter of giving it our attention and interacting with it in a positive way, giving it the necessary care, so that it can continue to deliver its benefits to us. In short, an invitation to be "neither master nor spectator". <

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One of the approaches encouraged by the IPCC is agroforestry, where trees are planted to complement crops. This approach proves to be beneficial for everyone because the harvests are much more fruitful. According to Tristan Lecomte, the founder of the PUR Project, who has already planted more than 10 million trees, agroforestry cocoa plots produce two tons per hectare, which is on average five times more than farms that use chemical fertilizers and pesticides. (see our interview on page 48)

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The question is no longer whether or not to replant, but where and how? Companies and brands that subscribe to a principle of offsetting their emissions through planting must approach the subject with caution because replanting what one has "consumed" on the one hand without having put in place an in-depth emissions reduction strategy is nonsense. Limiting emissions at source remains the top priority. A replanting policy must be part of a solid sustainable development plan for the company at all levels. Then, to conduct such a reforestation program, it is important to surround oneself with experts in connection with the local community to ensure that the plantations are adapted and do not take away agricultural land.

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On average, a 5m3 tree can absorb the equivalent of 5 tonnes of CO2, i.e. 5 round trips from Paris to New York and back. (source: ONF)

Awareness is growing, initiatives are multiplying For negative CO2 clicks ECOSIA, the Berlin-based search engine, already has more than 70 million trees planted on its balance sheet. The goal set by its founder Christian Kroll? To reach one billion by 2020. One item purchased = one tree planted This is the principle of the FAGUO ready-to-wear brand. And since its creation 9 years ago, 1.4 million trees have been planted in 200 French forests.

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SUSTAINABILITY #9

The biggest fundraiser ever organized on Youtube Goal achieved in 55 days. 20 million trees will be replanted thanks to Mr. Beast's #Teamtrees campaign and his incredible network. The National Arbor Day Foundation, an NGO, will be responsible for ensuring that the principles of sustainable replanting are respected.


Tristan Lecomte, serial entrepreneur (...) continued from page 53

(...) We are developing projects that have a real impact and that are there to help the most disadvantaged people on Earth, the very people who are most affected by climate change even though they are the least responsible for it and the least equipped to deal with it. That is the challenge of the carbon offsetting that we practice. From an environmental point of view, how long does it take to see the benefits, in terms of carbon capture, soil regeneration, etc.? It goes very fast. In a humid tropical environment, as early as 2 or 3 years past, some trees grow already 15 or 20 meters high. In the Peruvian Amazon where we planted 5 million trees, it grows very fast and the benefits are immediate in terms of carbon sequestration and positive impacts on soil and water. The actual crediting period, during which the tree will generate carbon, corresponds to its first 20 years, then it is kept for another 20 years, so a carbon project is spread over 40 years. Have you been able to quantify the average ROI of a tree? Yes. It's 68Â %. Trees are the best investment on Earth. We created the Pur Lab, a department that establishes partnerships with major universities such as the Havard Kennedy School, Yale School of Forestry and AgroParisTech. We conducted a scientific review of 1,200 existing studies on the various benefits of trees, which we modelled in a large matrix. This matrix makes it possible to assess the tree's potential for value creation through proxi values. It is in a humid tropical environment that a tree generates the most benefits. In Peru, for example, a tree costs 3 euros and generates up to 19 euros per year in economic and ecosystem services. What is interesting to note, is that the benefit of carbon sequestration represent only 30 cents out of this total. We often think only of the climate, but in reality this is only a small part of the many benefits of plantations. The approach is sometimes quite distant

from the company's core business... Take the case of Accor and the famous "tree resolution" that its shareholders approved with a target of 10 million trees planted by 2021. Here again, PUR Project is at work. Explain the idea... This is a good example where trees are used as an incentive to reduce emissions and energy expenditure. In all Accor hotels, if you reuse your towel, half of the profits are reinvested in tree planting. Thanks to this initiative, they have already saved 15 million euros and replanted 7 million trees. With them, we have opened 30 projects around the world and operated as close as possible to their hotels. The idea is to plant trees within the value chain but not necessarily at the supplier's premises. It's not necessarily intra-chain. The idea is simply to articulate the climate project of tree planting with the company's strategy. In reality, you can use the tree for everything. To the company's strategic priorities, to its commercial stakes, we are going to respond with trees.

sorry, the kings of the forest! (laughs). We already have a model that works because we planted 330 hectares in Peru for 3 years to test this scheme. Another advantage is that it will undoubtedly become a safe haven, because it's uncoupled from the traditional financial markets. It's a way of having a more diversified portfolio. And above all, it's a meaningful investment!

The challenge today is colossal. To compensate massive deforestations, you say that we would have to plant 10 million trees a day... In short, we need to step it up. Is this the idea of your latest venture, Tree Impact? Exactly, that's the idea of setting up an impact fund around trees. We are going to invest in four major impact projects in Peru, Colombia, Indonesia and Uganda. With two big investors and, 100 million euros to start with. The interest they identify is, first of all our ability to source real impact projects, because there are a lot of "fake" impact projects in reality. But also our projects are very profitable. Until now, when companies buy carbon credits or trees, it is seen a bit like a donation. Our approach is different. It is a real investment with a tangible return on investment. It's interesting because, if we can prove that we can achieve 7Â % IRR on plantations, then we've won, we're the kings of oil,

And you chose Luxembourg for your first fund... Yes, this is the place to be if you want to attract a maximum number of financiers. Being in Luxembourg puts us in the orbit of European and world finance.

How many trees do you intend to plant? Our first goal today is 40 million trees And then we want to plant hundreds of millions or even billions of trees, in short what is needed to compensate for the current climate footprint - and the task is huge! The world of finance can play a key role here and Luxembourg is clearly a decisive place for this. All too often, finance and the environment are pitted against each other. If we want to change scale, it is necessary today to reconcile the two worlds, to bring complementarity up to date. It is imperative to show that it is possible to make money from environmental projects. Regenerating the planet is now a job for investors.

Any other projects in sight? We are currently working on another project where we are transposing the idea of Pure Project to the issue of plastics. The idea is to evaluate not the carbon footprint but the plastic footprint of companies, committing them to reduce their use and compensate for what they have not yet been able to eliminate. This is at the pilot stage in Thailand where we are working with the cosmetics company Caudalie. We are working with local communities highly exposed to plastic pollution to recover debris through what we call the "Zero Waste project". The principle is the same, applied to another major issue! < 133


INTERVIEW

Frank Wolter (...) continued from page 63

"It won't be the same forest" Drought is pointed out as the main threat to the grand-ducal forests today. What are the signs you are observing on the ground? In concrete terms, the tree regulates its temperature in lowering it through transpiration, and this is what you feel when you walk in the forest in summer because it is cooler there. To do this, it needs a certain amount of water in the soil. However, there is a critical threshold below which the roots are no longer able to absorb water from the ground, and from that moment on, the tree stops transpiring and begins to be in a situation of total stress. Its strategy is then to get rid of its leaves, and it becomes lethargic. If this state occurs too early in the season, it has not built up enough sugar reserves to survive the winter. It's a vicious cycle that can then be triggered. However, what is vital in the context of climate change is to maintain this green lung capable of capturing CO2 and transforming it into the woody matter. But beech and softwoods are particularly affected. Not all trees are equal in the face of drought. There are various explanatory factors that come into play. We distinguish between heliophilous trees that like light and warmth, and sciaphilous species that seek shade. Beeches and spruces are sciaphilous trees that originate either in the mountains or in the Nordic countries, and this character has been decisive when they have been affected by extreme temperatures. In the spruce, it is also its type of rooting that has played a role. Indeed, depending on the species, trees have more or less important capacities to draw water, this is linked to their root system. Oak, for example, has a deep taproot, whereas spruce has a tracing root system, which makes it particularly vulnerable to drought.

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SUSTAINABILITY #9

Some trees are therefore much more vulnerable. The forest will always be there, but it will no longer be the same forest. In this connection, to face the rapid climate change and the extreme vulnerability of many trees, are you, like other countries, considering importing new species into Luxembourg? Yes, we're thinking about it. We do not plan to do it on a massive scale, but we are developing trials in arboretums with other species, and we are going to conduct a new trial project with a German scientific institute. Also, we carefully observe the experiments undertaken in neighbored countries in similar conditions. For the time being, we are trying to use not other species, but from other sources, namely the same species but of a different ecotype. Beech ecotypes from eastern countries, for example, are more resistant to the much hotter and drier summers and have a better chance of survival and adaptation in our regions. We want to avoid basing the future solely on new species. Beech is a globally rare species and is, therefore, a natural ecosystem that needs special protection. We also seek to accelerate natural regeneration in our forests. The pollens are dispersed over great lengths when trees are reproducing themself, a phenomenon that increases genetic diversity and therefore allows better adaptation through reproduction. It is interesting to note that trees have a much larger ancestral heritage than most other living things, about 10,000 times larger than even humans. This richness is its adaptation strategy because the tree cannot move; it remains in place and must resist crises. We must, therefore, promote the enrichment and adaptation of its genetic heritage.

In concrete terms, how do you intervene to boost this genetic capital? We must open the forest carefully. Before 1990, in Luxembourg, we had mostly ancient, very closed forests. Stands of beeches in particular with large trees such as cathedrals and nothing else underneath. This situation is not favorable to reproduction and, therefore, to the genetic evolution of the trees. For several years, we have been thinning out the trees to allow more light to enter and for the fruit that has fallen to the ground to germinate and grow. The right amount of light is essential so that the soil does not dry out when the forest opens. A significant and growing concern is bark beetles. They mainly attack trees under water stress. Why do these small insects wreak such havoc? The bark beetles are attracted by the smell of the resin. They drill a hole in the bark to settle in the cambial part. It's an area between the bark and the wood, and sugars are synthesized before feeding the roots. The tree withers when the circulation is impeded. Conifers usually have a natural ability to react through the resin that gulps down insects when they drill a hole. Often, a healthy tree, well supplied with water, will kill the insect. During periods of prolonged drought, it is unfortunately no longer able to make this resin. Have you been able to establish the extent of the phenomenon in the country? By visual observation, we have been able to establish that about 50Â % of spruce stands are now affected by bark beetles. Sometimes, it affects only a few trees. If the presence of the insect is fatal to these trees, it does not condemn the entire stand unless the climatic conditions persist. In reality, it all comes down to summer conditions. If the following summer is dry and hot, the insect's


breeding conditions will be optimal, and it will reproduce. Already today, several hundred hectares will have to be cut down. It is quite dramatic because there is a very rapid depreciation of the wood due to the coloring of the forest and the sudden market's saturation. The market price has collapsed by 80 to 90 %. Thus, some farmers have waited between 60 and 100 years to harvest their wood and have lost almost everything in one season. Indeed, spruce monocultures are regularly fingered. What do you expect from forest owners and managers today? The message being sent to owners and managers is to convert their monocultures to mixed stands. We can see very clearly with climate change that coniferous monocultures are no longer sufficiently resilient in our climates. Based on scientific research, it is estimated that it is the specific and genetic diversity that will best maintain the health of the forest and its future. It is also an economic strategy, of course, to diversify production to be able to react to uncertainties. With these increasing episodes of drought, must we prepare ourselves for significant forest fires here in Luxembourg too? It is something we take very seriously. We have very recently signed up to the European EFFIS warning system to monitor this aspect more closely. The aim is to create a risk index in Luxembourg so that the population can be warned of the risk of forest fires at any time. With this in mind, it should be noted that the risk is much higher for coniferous forests because of the degree of inflammation of the resins, which makes

it almost impossible to control fires. Deciduous forest fires are not of the same nature, and they are often ground fires where low vegetation and foliage that has dried on the ground burns, but the flames very rarely spread to large deciduous trees. About 70 % of our forests are hardwoods. The risk is therefore considered to be lower in Luxembourg. A new legal framework is under consideration. What can be expected of it? This new legal framework recognizes the importance of the natural ecosystem and takes into account the services it provides. The medium-term objective is to develop a premium for the ecosystem services provided by public and private forests. The environmental and societal role of public forests is reaffirmed, with particular attention to biodiversity and recreation, and less to production. Relevant provisions protect forests in terms of clear-cutting in particular. Voices, such as that of forest engineer Peter Wohlleben, call for the preservation of forest sanctuaries, i.e., without any human intervention. How much human intervention are you advocating? It is crucial not to use 100 % of our forests, and with this, in mind, we have developed a virgin forest project. Currently, 2 % of the forests are already concerned, the objective is to reach 5 %. No wood is harvested from these areas classified as nature reserves according to the nature protection law. They are dedicated to scientific observation and serve as genetic reserves. On the other hand, when we regenerate our managed forests, we now always keep 10 % in aging patches. This means that we do not cut down any trees. The aim

is to preserve small portions of forests of several hectares with ancient trees, places of high biodiversity where birds and bats, in particular, find a lot of deadwood. What about the rest, where you gather wood? Timber harvesting as it is done now is entirely different from what was done before. We have taken people's concerns into account. There is no more clearcutting. The new bill requires that for public forests, the forest cover be maintained at all times. Wood can only be harvested on a per-foot basis or in small groups. And in private forests, clearcutting is limited to 50 acres. We must communicate more when we work in the forest. We need to explain to people why we cut wood, why it is necessary to use this renewable material because, in the context of climate change, it is stored CO2 that can be stored again in a building for another 100, 200, or 300 years. Moreover, it is a substitute for other building materials such as cement or metal, which require a lot of energy to produce. We are trying to get this message across. It should be noted that the population is increasingly urban, and its relationship with nature has changed. We are currently observing a real trend towards the sacredness of life. The management of natural areas is frequently being questioned, even when it is based on real sustainability criteria. An increased effort to raise awareness is, therefore, necessary to reconnect society to nature through a reasoned use of the services it provides us. <

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Ideas to combine different management horizons (...) continued from page 103

It operates in a segmented way between its health philanthropy and its asset management, where it invests in traditional businesses to generate income. The Bill & Melinda Gates Foundation is a major contributor to the fight against AIDS in Africa. Still, it is also a shareholder in Abbott, a pharmaceutical company that maintains high prices for its antiretroviral drugs for at least 20 years (with a 59Â % margin). Why can't they, as a shareholder, adopt an active strategy by asking Abbott to drastically reduce its prices in some developing countries to treat more people? In the same vein, some Non-Profit Foundations own companies through ownership of the whole or part of the shares (and the majority of the voting rights and/or blocking minority). They are called "shareholder foundations", a model that is widespread in Northern Europe. There are more than 3,000 shareholder foundations, among the most well-known being Lego, Ikea, and Carlsberg. In Denmark, all companies owned by foundations account for 10Â % of the national wealth. The Shareholder Foundation has two objectives: to secure the capital of a company, particularly a family business, in the face of a takeover risk, and the desire to perpetuate its shares in the public interest. As a stable shareholder, the Foundation, by definition, places the company on a longterm footing and gives it a potential for action in the general interest that is radically greater than for listed companies. Besides, each year the "shareholder foundation" is faced with an important choice: how much should be invested in the company's development and how much should be devoted to the foundation to finance these actions of general interest? In any case, this model of corporate governance and transmission would benefit from being known and developing, particularly in France (Prophil Study).

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SUSTAINABILITY #9

The ecological and social emergency does not allow us to wait for the renewal of capitalism. We must be pragmatic and deal with the most powerful actors, including companies that are among the most promising, to implement quickly and, on a large scale, the solutions to the most pressing societal problems. However, to unleash their firepower and become real agents of change, they will have to show will and creativity. < This text comes from a series of articles published on LinkedIn. It is devoted to the urgent need to reinvent the liberal model and the potential role of companies in helping to meet the significant challenges facing our societies.


Eight societal challenges in Luxembourg translated from page 104-105

1. Adapting society to ageing By 2060, the majority of Luxembourg's population is expected to age, and inhabitants over 65 years oldwill account for more than 26 % of the total population. Mamie et Moi collaborates with senior women of the Greater Region, which allows them to remain active through a pleasant, socializing occupation that enhances them: knitting.

2. Achieving the inclusion of disabled people in society Some 10 % of the available jobseekers registered at the Agency for the Development of Employment (ADEM) in 2016 were people with disabilities. The Info-media workshop led by Autisme Luxembourg trains people with autism and employ them in the field of new ICT applied to digital media.

3. Enabling the professional and social integration of migrants and refugees In 2018, the Immigration Branch registered 2,205 claims for refugee protection. Integrating new migrants and improving their living conditions is a real challenge for the country. Passerell assists asylum seekers and refugees in defending their rights. In a complementary way, Touchpoints creates meeting points between local populations and immigrant populations in Luxembourg through several concrete projects.

5. Supporting changes in a digital economy According to the OECD, 14 % of jobs could be automated, and 32 % could change significantly over the next 15 to 20 years. "80,000 jobs can be created in Luxembourg by 2020 with the digitalization of the economy," said Thierry Geerts, director of Google Belgium-Luxembourg in 2017. Women in Digital Empowerment aims to empower women through digital technology, and to increase the number of women seizing opportunities in the digital economy and society.

6. Training to support economic growth According to the OECD, in 2019, 79 % of CEOs are concerned about a lack of key skills. In the context of an aging population and a shortage of labor, training is a real challenge for Luxembourg. Defi-job acts by promoting the socio-professional reintegration of people in prison in the hope that regular employment can reduce the risk of recidivism while taking into account the profile of prisoners and the specificities of the labor market.

7. Fighting food waste, producing better and more locally 124 kilos of food per person are thrown away every year in Luxembourg. The Changeons de Menu initiative initiated by the NGO SOS Faim in June 2015 seeks to raise awareness about responsible food via a website and a food footprint calculator.

4. Making housing accessible There is a real gap between the demand for housing (between 6,000 and 8,000/year) and the number of new constructions (between 2,500 and 4,000) per year in Luxembourg. According to Eurostat, Luxembourg is the country with the 3rd highest increase in housing prices in Europe (+11.3 %). The association Cohabit'âge develops intergenerational households, and the Ad Hoc group brings together people enthusiasts about the idea of living together to create supportive and inclusive neighborhoods.

8. Implement better waste management 84 % of waste in Luxembourg comes from construction, compared to only 30 % in Europe. Therefore, each inhabitant in Luxembourg throws away an average of 52 kg of plastic waste per year. NEI AARBECHT collects objects from all over the country that the inhabitants no longer need and are willing to give up. < Find the complete study in free access on www.imslux.lu, in the Publication section.

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Responsibility to

MOVE BEYOND

THE STATUS QUO Shaping up new ways of

THINKING DREAM OF THE POSSIBILITIES Sustainability as a driver for

INNOVATION Bringing solutions for

SUSTAINABLE

PROSPERITY GENERATE POSITIVE IMPACT

Business with a

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