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N° 17

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LE MARDI 5 FÉVRIER 2013 PHOTO : ARCHIVES IMPACT CAMPUS, HUBERT GAUDREAU

VOLUME 27 | VOTRE JOURNAL EST RECYCLABLE !

L’ASSÉ lance un ultimatum à Québec | 4 Hollande accueilli en héros au Mali | 9 Critique de la pièce Britannicus | 10 Une planète par étoile | 14

COUPE VANIER

Devant ses partisans ?

r : u e i r inté ire a n À l’ i l Scip i D r E L’ int


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SOMMAIRE | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013

Mots croisés ! HORIZONTAL 5 ) travail pour l’obtention d’un diplôme 6 ) rue sur laquelle se trouvait anciennement l’Université Laval. 8 ) lieu d’enseignement supérieur 9 ) mathématicien québécois 10 ) oiseau figurant sur les armes de l’Université Laval 13 ) ministre de l’éducation supérieur 14 ) lieu physique faisant partie d’un campus 15 ) recteur de l’Université Laval

VERICAL 1 ) grade universitaire supérieur au Baccalauréat 2 ) formation sur un an 3 ) subdivision des domaines d’étude d’une université 4 ) démarche pour découvrir 7 ) synonyme de diplomé 11 ) agit comme représentant et dirigeant d’une université 12 ) pièce officielle témoignant d’un accomplissement


SOMMAIRE | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013

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Sommaire PHOTO : ARCHIVES, LOUIS-FÉLIX GRONDIN

Actualités

L’ASSÉ lance un ultimatum au ministre | 4

Photo de la semaine Histoire de promouvoir le talent photographique des étudiants lavallois, Impact Campus implante cette nouvelle section qui présentera chaque semaine une nouvelle photographie. Pour avoir la chance de voir votre travail publié, envoyez vos photos à l’adresse courriel suivante : photos@impact.ulaval.ca. Il vous suffit d’identifier votre photographie d’un titre et de l’accompagner d’une brève description.

Directrice adjointe: Céline de Laissardière da@impact.ulaval.ca Rédacteur en chef: Hubert Gaudreau redaction@impact.ulaval.ca

Bonne chance !

Chef de pupitre actualités: David Rémillard actualites@impact.ulaval.ca

Portrait de poutres | Marc-Antoine Labelle

Chef de pupitre arts: Miléna Babin arts@impact.ulaval.ca Chef de pupitre sports: Raphaël Bergeron-Gosselin sports@impact.ulaval.ca

PHOTO : SYLVAIN FILLOS

Arts et culture

Chef de pupitre sciences: Valérie Désyroy sciences@impact.ulaval.ca Directrice de la photographie: Claudy Rivard photos@impact.ulaval.ca Production: Laura Lukyniuk Stéphanie Turgeon-Girard production@impact.ulaval.ca

Surprenante Sarah Slean | 10

IMPACT CAMPUS 1244, pavillon Maurice-Pollack, Université Laval, Québec, G1V 0A6 Téléphone: (418)  656-5079 Télécopieur: (418) 656-2398

Opinion

PHOTO : COURTOISIE, FOTOPEIDA, U.S. DEPARTMENT OF DEFENSE

Parler pour ne pas s’autodétruire | 8

International

Directeur général: Jean-Philippe Duphily direction@impact.ulaval.ca

La guerre discrète d’Israël continue | 9

PHOTO : PASCAL HUOT

Sciences et techno

Le viagra et la perte de poids

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Défendre son titre à la maison

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PHOTO : ARCHIVES IMPACT CAMPUS, JOSÉE NORMANDEAU

Sports

Publicité: Fabrice Coulombe Téléphone: (418) 656-3979 publicite@impact.ulaval.ca

Description: Mon cousin se prête au jeu et accepte de poser lors d’un court passage à Percé.

Journalistes: Sophie de la Sablonnière, Catherine Gilbert, Raphaël Létourneau, Rosalie Readman, Pier-Guy Veer, Jérémie Thibodeau, Sonia Larochelle, Pierre Léveillé, Katherine Laflamme, Jérémie Lebel, Boris Proulx, Camille Allard, Mathieu Massé, Hugo Lafleur, Ariane Tapp, Jeane Couture, Justine Pomerleau-Turcotte, Jessica Pineau, Anouk Neveu-Laflamme Correctrices : Marilou Cloutier Christine Hébert Photographes : Pascal Huot, Alexandre Boutet-Dorval, Sylvain Fillos Conseil d’administration transitoire : Cyril Schreiber, Didier Ouellet, Guillaume Arsenault, Jérémie Lebel, François Gagnon, Francis Gagnon, Carol-Anne Gauthier, François Lachance, Romain Thibaud, Camille Zawadzki IMPACT CAMPUS ne se tient pas responsable de la page CADEUL (7), dont le contenu relève entièrement de la CADEUL ainsi que l’Interdisciplinaire qui relève entièrement de l’institut EDS. La publicité contenue dans impact campus est régie par le code d’éthique publicitaire du journal qui est disponible pour consultation au: http://impactcampus.qc.ca/code-dethique-publicitaire

Impression: Publications Lysar inc. Tirage: 10 000 exemplaires Dépôt légal: Bibliothèque nationale du Québec et Bibliothèque nationale du Canada. Impact Campus est publié par une corporation sans but lucratif constituée sous la dénomination sociale Impact Campus, le journal des étudiants et étudiantes de l’Université Laval, qui est en processus de fusion avec Réseau Radio Campus Laval afin de se regrouper sous la Corporation des Médias Étudiants de l’Université Laval.


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ACTUALITÉS | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013 Québec : Le Squat Basse-Ville joue ses dernières cartes | 6

Actualités

Gel des embauches dans la fonction publique

Pas inquiétant…pour l’instant PHOTO : ARCHIVES IMPACT CAMPUS, CLAUDY RIVARD

Le gel des embauches dans la fonction publique n’aura pas de conséquences dramatiques sur le placement étudiant, estime Richard Buteau, directeur du Service de placement de l’Université Laval (SPLA). Celui-ci accueille toutefois la nouvelle avec prudence. crivent aux examens de la Fonction publique dans l’espoir de trouver un emploi permanent ou occasionnel. « C’est l’un des employeurs les plus prisés », affirme Richard Buteau.

David Rémillard

Les examens de la Fonction publique ont généralement lieu à l’automne, bien que certains concours s’ouvrent à d’autres périodes de l’année.

Chef de pupitre actualités

L

e gel des embauches décrété par le Conseil du Trésor la semaine dernière a quelque peu inquiété la communauté étudiante. Et pour cause! Chaque année, près de 2500 étudiants s’ins-

Les étudiants qui réussissent les tests de l’État se retrouvent ensuite sur des listes et ont classés selon leur champ de compétences. Une sorte de banque de noms disponibles en cas d’ouverture de postes au gouvernement.

Selon M. Buteau, comme le gel n’est en vigueur que jusqu’à la fin de la présente année financière, soit le 31 mars 2013, les conséquences seront minimes. «  Une fois les noms sur la liste, ils y sont pour un an. Ils sont toujours valides », explique-t-il. Si des postes devaient s’ouvrir au 1er avril, les banques de noms seront toujours valides. M. Buteau souligne également que la session d’hiver se termine à la fin avril pour la majorité des finissants. Ils auront donc un mois pour trouver preneur au gouvernement. Prudence M. Buteau n’a pas de raison de croire, pour l’instant, que le gel

en bref L

’Université Laval souligne la Semaine de prévention du suicide du 4 au 8 février 2013. Diverses activités et conférences auront lieu sur le campus.

Le Réseau d’aide de « La Béquille », le Réseau d’aide aux étudiants en médecine et l’Association des étudiants en pharmacie ont notamment mis sur pied La Semaine de la sociabilité. L’organisation remettra des macarons au pavillon Ferdinand-Vandry à tous les gens ouverts et prêts à socialiser pour les autres ou pour soi-même. Des intervenants du Centre de prévention du suicide de Québec seront sur place toute la semaine, tout comme les psychologues du centre d’aide aux étudiants de l’Université Laval.

David Rémillard

sera reconduit. « Je suis confiant », assure-t-il. Richard Buteau demeure toutefois prudent et attend avec grand intérêt les prochaines décisions du gouvernement. «  Si c’était reconduit, là il pourrait y avoir des conséquences. » Le plus gros impact serait alors sur les possibilités pour les étudiants de se trouver un poste permanent, explique M. Buteau. L’embauche de surnuméraires ou l’octroi de contrats seraient selon lui davantage des solutions pour le gouvernement en cas de gel. Bonnes relations Dans les palmarès élaborés chaque année par l’Université Laval, le gouvernement du Québec figure toujours parmi les employeurs les plus convoités. Après tout, l’Université Laval, en étant dans la Capitale nationale, est une pépinière naturelle pour l’appareil gouvernemental, explique Richard Buteau.

Pour les étudiants

Laval entretient d’ailleurs de bonnes relations avec la Fonction publique. Depuis l’automne, une représentante du gouvernement, Marianne Champagne-Paquet, œuvre quelques jours par semaine sur le campus en collaboration avec le SPLA. «  Cela nous permet de mieux coordonner nos activités », explique Richard Buteau, qui assure avoir de très bonnes relations avec l’employeur. Devant le gel des embauches, Mme Champagne-Paquet s’est d’ailleurs montrée rassurante à l’endroit du SPLA. « Si les étudiants vous questionnent sur la pertinence de s’inscrire à un concours dans la situation actuelle, je vous invite à les encourager à le faire », écrit-elle au SPLA dans un courriel. Outre le gouvernement du Québec, les treize compagnies d’assurance installées à Québec et les emplois liés au domaine de la santé font partie des plus importants pourvoyeurs d’emplois pour les étudiants de l’Université Laval.


ACTUALITÉS | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013

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Sommet sur l’enseignement supérieur

L’ASSÉ lance un ultimatum au ministre L’Association pour une solidarité syndicale étudiante ( ASSÉ ) lance un ultimatum au ministre de l’Enseignement supérieur, Pierre Duchesne. Sans le respect de trois conditions, elle boycottera le Sommet sur l’enseignement supérieur.

Sonia Larochelle

L

ors d’un congrès en fin de semaine dernière au SaguenayLac-Saint-Jean, les délégués réunis au Cégep de St-Félicien se sont prononcés sur la question de la participation de l’ASSÉ au Sommet sur l’enseignement supérieur qui aura lieu les 25 et 26 février prochains. À l’occasion d’une conférence de presse tenue lundi, le porte-parole de l’ASSÉ, Jérémie Bédard-Wien, a annoncé que les membres allaient « tendre une perche au gouvernement » en participant au Sommet.

programmes de formation particulièrement rentables, au détriment des autres. Impossible d’obtenir une réplique au cabinet du ministre Duchesne lundi. Rappelons toutefois que la première ministre, Pauline Marois, devant la menace de l’ASSÉ de boycotter le sommet, avait déclaré plus tôt en janvier que l’ASSÉ « faisait partie de la solution ».

M. Bédard-Wien affirme que ces « attentes ne sont pas déraiL’ASSÉ exige cependant une décla- sonnables  » dans le cadre d’un ration du ministre de l’Enseigne- Sommet qui doit « laisser place au ment supérieur, Pierre Duchesne, débat ». Selon le porte-parole, une assurant que « la gratuité scolaire réceptivité de la part du gouverest une mesure envisageable  » nement fera « la différence entre qui pourra être discutée lors de un débat ouvert et un exercice de la rencontre. relations publiques ». Une seconde condition posée par l’association requiert du gouvernement qu’il mette sur table des options qui ne soient pas exclusivement des hausses de frais de scolarité comme c’est actuellement le cas avec les divers scénarios d’indexation.

Regroupant près de 70 000 membres dans 30 associations, dont une demi-douzaine à l’Université Laval, l’association affirme à propos de la rencontre des 25 et 26 février prochains qu’il y aura une « perte de légitimité si l’ASSÉ n’y est pas ».

Le regroupement demande enfin que les « mécanismes d’assurancequalité ne soient pas reconnus au Conseil des universités ». En d’autres mots, l’ASSÉ refuse l’implantation d’indices de performance des universités qui pourraient, selon elle, encourager les établissements à se concentrer davantage sur des

Une invitation a par ailleurs été lancée à l’ensemble de la population en vue d’une manifestation nationale qui se tiendra le 26 février en marge du Sommet, rebaptisé « Sommet de l’indexation », sur le site Internet de l’ASSÉ. Cette mobilisation a pour objectif de « défendre les acquis de la grève ».

L’ASSÉ n’en démord pas et impose ses conditions si le gouvernement souhaite sa participation au Sommet sur l’enseignement supérieur. Sur la photo, Jérémie Bédard-Wien. PHOTO : COURTOISIE, ASSÉ

Accueil tiède Les autres associations étudiantes nationales ont reçu de manière plutôt critique la décision de l’ASSÉ. Sonia Larochelle Joint en entrevue téléphonique ce lundi, Paul-Émile Auger, le secrétaire général de la Table de concertation pour une solidarité étudiante au Québec ( TaCEQ ) réagit à la menace d’un boycottage du Sommet par l’ASSÉ : « Les associations étudiantes ont un rôle de représentation. Je pense que dans le cadre du Sommet, il y a un choix qui a été fait, entre autres par notre association, de participer aux premières rencontres. Puis, si on est cohérent avec nous-mêmes, il faut assister au Sommet. » M. Auger fait remarquer qu’« assister au Sommet ce n’est pas être d’accord avec

tout ce qui se fait là, ce n’est pas faire un chèque en blanc à quiconque. Mais c’est à la fois représenter les étudiants et faire cheminer les projets que l’on trouve importants ». Il mentionne que la TaCEQ cherche à « entrer dans un débat constructif, pas seulement dans une opposition, mais aussi dans la construction d’un projet sur l’éducation  ». M. Auger en appelle à la « cohérence politique », expliquant qu’« on participe à un processus, on le fait de bonne foi et ça, c’est essentiel à la conclusion ».

Paul-Émile Auger.

PHOTO : COURTOISIE, PAUL-ÉMILE AUGER

Interrogé sur une potentielle perte de légitimité du Sommet en cas d’absence de l’ASSÉ, il déclare : « du moment où tous les groupes sont représentés adéquatement, il y aura une légitimité. Un événement a la légitimité qu’on lui donne. Le ministre a été à la table pendant des mois, il y a eu quatre rencontres. La participation à ces rencontres préparatoires a déjà donné de la légitimité au processus. » Questionnée la semaine dernière sur l’absence possible de l’ASSÉ au Sommet, la présidente de la Fédération étudiante universitaire du Québec ( FEUQ ), Martine Desjardins, déclarait : « il y a place au débat et que ça soit difficile, ce n’est pas une raison suffisante pour quitter  ». Elle déplorait «  si on n’est pas là, eh bien on laisse encore le gouvernement décider pour nous ». La responsable a fait savoir que même si le boycottage n’est pas une idée discutée au sein de son association, « on ne peut pas dire que ça ne peut pas arriver ».


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ACTUALITÉS | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013

Voirie parlementaire Rosalie Readman

I

l y a présentement deux classes de députés à l’Assemblée nationale : ceux qui travaillent… et ceux qui les regardent travailler.

J’entends déjà les cris révoltés de cette deuxième classe qui lirait ceci et qui dirait : « Je travaille fort pour mes citoyens, je suis un député dévoué et suis fier de les représenter. » Oui, bien sûr, lorsqu’ils retournent dans leur circonscription, cette distinction disparaît. Mais à l’Assemblée nationale, il y a vraiment ce phénomène des deux classes d’élus. Soyons clairs, ce n’est pas que cette « deuxième classe » ne veuille pas faire d’efforts, mais plutôt que leurs « entraîneurs » les laissent sur le banc. Vous n’avez qu’à regarder la diffusion d’une commission parlementaire pour vous en rendre compte. Inévitablement, ce sont toujours les mêmes députés qui prennent la parole. Pour le parti au gouvernement, ce sera les ministres, et pour les partis de l’opposition, il y a des porte-paroles et des critiques attitrés à chaque sujet, formant une sorte de cabinet fantôme. Pourtant, ce ne devrait pas nécessairement être ainsi et la source du problème est simple : le quorum. En ce moment, il est exigé qu’un nombre minimal de députés soit présents en commission parlementaire même s’il est très clair que ceux-ci n’interviendront pas. En baissant le quorum des députés en commission, il serait possible de les libérer pour qu’ils puissent faire quelque chose de plus pertinent de leur temps. Un exemple de ce que ce « pertinent » pourrait être: dans quelques mois, le Québec ira de l’avant avec son projet d’aide médicale à mourir pour certains malades en phase terminale. Cette politique très innovatrice sort d’une commission spéciale justement mise sur pied et occupée par ces députés à qui on demande actuellement de « remplir la salle. » Ce genre de commission spéciale est normalement cité par tous comme l’exemple d’une collaboration où il est difficile de dire quels députés appartiennent à quel parti tellement elles deviennent un milieu de travail productif qui dépasse la partisanerie. Ces commissions spéciales, il faudrait en faire trois par année au lieu d’une aux trois ans et permettre à ces députés à qui on fait actuellement perdre le temps d’en être les acteurs principaux. Je ne vois pas comment un élu peut se sentir valorisé dans son travail quand il sait en arrivant le matin qu’on lui demandera de jouer le rôle de figurant. Pire encore, je ne vois pas pourquoi on demande à un si grand nombre de nos élus de jouer un rôle de second plan. À essayer de toujours vouloir pousser plus loin ce dont le Québec a besoin en politique, les partis passent souvent à côté d’éléments essentiels qui pourraient pourtant faire toute la différence. On pourrait les comparer à des designers qui se chicanent sur la peinture du salon alors qu’il y a des problèmes de plomberies. Le Québec a beaucoup à faire dans les prochaines années et on a besoin de tous nos joueurs sur la glace, même les plombiers, pour avancer. Arrêtons de laisser la moitié de l’équipe sur le banc.

Des milliers de futurs étudiants ont participé aux activités organisées lors des portes ouvertes de l’Université Laval tenues le 2 février dernier. En plus d’obtenir de l’information sur les services et les programmes offerts, les participants ont pu faire leurs demandes d’admission sur place. Des visites guidées étaient également offertes. David Rémillard

PHOTO : COURTOISIE, UNIVERSITÉ LAVAL, LOUISE LEBLANC

Québec

Le Squat Basse-Ville joue ses dernières cartes Le Squat Basse-Ville réclame une aide financière supplémentaire du gouvernement du Québec afin de poursuivre sa mission d’hébergement et d’aide aux jeunes fugueurs. Sans une augmentation de 132 000 $ de ses subventions, l’organisme communautaire fermera définitivement le 18 février prochain.

Raphaël Létourneau

L

e Squat Basse-Ville connait des problèmes financiers depuis qu’il a quitté ses anciens locaux du sous-sol de l’église SaintRoch pour se relocaliser sur la rue Notre-Dame-des-Anges dans le quartier Saint-Roch l’été dernier. «  Nous avons eu des subventions gouvernementales pour construire, mais c’est insuffisant maintenant parce que nos coûts de fonctionnement sont en hausse. Le coût de la nourriture est trois fois plus élevé et nous accueillons plus de jeunes », explique la directrice générale du Squat Basse-Ville, Louise Fortin. L’organisme communautaire est le seul dans la région de l’Est du Québec à offrir des services d’aide, de prévention et d’hébergement aux jeunes fugueurs. «  Nous avons développé une expertise en la matière. Si nous fermons, ces jeunes se retrouveront dans la rue. Ils pourraient être ramassés par des proxénètes ou des hébergeurs malsains. Ces jeunes ont fugué pour une raison et la majorité ira dans la rue et non dans leur lieu d’appartenance initial  », s’inquiète Mme Fortin.

Une mobilisation est en cours pour obtenir les fonds manquants. Plusieurs actions sont prévues cette semaine telles qu’une marche afin de déposer symboliquement une pétition au bureau de la ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale, Agnès Maltais. La pétition sera déposée la semaine prochaine à l’Assemblée nationale par le député caquiste de Vanier, Sylvain Lévesque. Il doit aussi aborder certaines questions globales sur le financement du milieu communautaire. «  On veut demander une augmentation de l’enveloppe du Programme de soutien aux organismes communautaires puisqu’elle n’a pas été indexée depuis des années. On a vu plusieurs organismes communautaires fermer par manque de soutien financier. C’est une problématique générale qui s’étend à l’ensemble du milieu communautaire », affirme Mme Fortin. Louise Fortin croit que l’appel sera entendu. « Déjà, des parents nous ont écrit des lettres d’appui, comme des organismes communautaires, et aussi des fondations qui seraient prêtes à augmenter

leurs contributions si le gouvernement accepte d’augmenter son financement ». Du côté de l’Agence de la santé et des services sociaux de la Capitale-Nationale, le ton est différent. «  On a augmenté de 75 000 $ le financement du Squat Basse-Ville en juillet dernier pour l’année financière 2012-2013. L’organisme reçoit présentement 217 975 $ de la part de l’Agence. Il est impossible d’augmenter son financement et nous ne pensons pas que la position change. D’autres financements sont aussi disponibles pour l’organisme  », explique Marianne Potvin, porteparole de l’Agence. Toutefois, l’Agence assure que le service aux jeunes fugueurs sera maintenu quoiqu’il arrive. « L’Agence a pour mission de s’assurer que les services demeurent offerts à la population et on peut travailler avec d’autres organismes pour s’en assurer. Nous n’anticipons pas d’avance la fermeture du Squat Basse-Ville. [...] Si le service venait à manquer, on en développerait d’autres pour s’assurer que le service demeure offert », ajoute Marianne Potvin.


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OPINIONS | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013

Opinions

Parler pour ne pas s’autodétruire

Hubert Gaudreau Rédacteur en chef

F

ermez les yeux et imaginez la scène. C’est un plan séquence, la lumière est grise, un peu tamisée. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’homme n’émet aucun son, pas même un pleur, seul un silence lourd sort de tous les pores de sa peau. Il a à peine 25 ans, il sait qu’il n’en vivra pas plus. La corde au cou, la lame de rasoir au poignet, peu importe, il y mettra fin à cette vie, celle qu’il ne voit plus gorgée de possibilités, mais plutôt le trainant vers les bas-fonds de la douleur. Ce jeune homme, c’est peut-être votre ami, votre frère, votre fils ou vous-même, qui sait.

Tout ça aurait peut-être été évité si, à 15 ans, son collègue de classe ne l’avait pas ridiculisé devant tous les autres élèves. Ou bien si à 17 ans, on avait cessé de le traiter de « criss de gay », ne sachant pas qu’il l’était vraiment. Ou encore si, à 20 ans, ses parents l’avaient appuyé lorsqu’il révéla son homosexualité. Ou bien, à 24 ans, si sa colocataire lui avait demandé si tout allait bien lorsqu’il est rentré chez lui en pleurant. Ces simples détails lui auraient probablement sauvé la vie. La semaine dernière, vous avez été plusieurs à parler de ce fameux épisode de la série 19-2 qui mettait en scène de façon très véridique une fusillade ayant lieu dans une école. Bien que plusieurs aient été choqués par la scène, on a tous félicité le génie de cette réalisation qui montrait la réalité de ce genre de drame. En sommes-nous vraiment rendus là ? Faut-il réellement montrer les choses de cette façon pour faire réagir  ? Faudrait-il produire un épisode tragique portant sur le suicide pour anéantir ce tabou ? Car mal-

heureusement, aujourd’hui, c’est si dur de parler du suicide qu’on oublie de le faire.

sur le campus Le comité AGIR International vous invite à la tenue du Trop Gros Jam 2013 qui aura lieu le 6 février prochain à la cafétéria du Pavillon Desjardins à partir de 19 h 00. Vous pourrez profiter de diverses performances musicales dont le groupe québécois les Chauffeurs à pieds. Les billets, au coût de 10 $, sont en vente au bureau de la vie étudiante. agirinternational.fsaa.ulaval.ca

Bande-dessinée Sébastien Blondeau

Probablement que le jeune homme de 25 ans, au moment de taillader ses veines ou juste avant de prendre son dernier souffle, aurait voulu qu’on le voit ainsi, qu’on le sauve, qu’on sauve d’autres vies. Peut-être qu’il a pensé à ses amis, à sa famille et à toutes les choses qu’il laissait derrière. Peutêtre aussi leur en voulait-il de ne pas l’avoir entendu souffrir. Mais peu importe ce qui a pu lui passer par la tête à ce moment, il n’en demeure pas moins que seule sa dépouille gisait pendue ou dans une mare de sang. Bonne semaine de prévention du suicide.

Sudoku


INTERNATIONAL | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013

International

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La guerre discrète d’Israël continue

PHOTO : ISRAEL, EHUD BARACK, FOTOPEIDA, U.S. DEPARTMENT OF DEFENSE CURRENT PHOTOS, CREATIVE COMMONS

Le 30 janvier, des bombardiers israéliens ont attaqué une cible terrestre tout près de Damas, en Syrie. Les détails encore flous pointent vers la continuation d’une guerre discrète qu’Israël mène à l’étranger contre ses ennemis.

Jérémie Lebel

L

a cible visée par l’attaque du 30 janvier était selon les renseignements américains un convoi d’armes destinées au Hezbollah, un mouvement chiite libanais qui est un allié du gouvernement de la Syrie. Les sources diplomatiques occidentales parlent d’un convoi contenant des armes, dont des missiles antiaériens SA-17. Selon le Hezbollah et la Syrie, cependant, la cible des bombardements

était un complexe de recherche scientifique militaire syrien. Le ministre israélien de la défense, Ehud Barak, s’est contenté de dire qu’Israël ne permettrait pas que des armements de pointe soient transférés vers le Liban. Même si le gouvernement syrien a condamné l’attaque, des représailles seraient surprenantes. Les dernières hostilités entre Israël et

la Syrie remontent à 1973. Depuis, Israël a attaqué des cibles situées en Syrie au moins deux fois : en 2003, un camp d’entraînement, puis en 2007, des installations de recherche. Ces deux fois, la Syrie a promis de se venger, mais ne l’a jamais fait. Israël ne semble pas chercher à s’immiscer dans la guerre civile syrienne. Il y a peu d’atomes crochus entre Israël et l’opposition syrienne aux couleurs

islamistes. Les dirigeants israéliens ont un souci plus près d’eux, soit s’assurer que des armes chimiques ou des équipements sophistiqués ne tombent pas entre les mains de groupes comme le Hezbollah. Si ce groupe mettait la main sur des missiles antiaériens militaires, il pourrait facilement abattre des avions, des hélicoptères ou des drones israéliens, ce qui le rendrait presque aussi coriace qu’une armée régulière. Depuis plusieurs années déjà, Israël mène une guerre discrète mais violente à l’étranger, à coups d’assassinats ou de bombardements ponctuels. Le 23 octobre

2012, c’était une usine de munitions soudanaise qui explosait après un bombardement qu’Israël n’a jamais reconnu, bien qu’il était le seul pays à pouvoir et vouloir en mener un. Le 6 avril 2011, deux personnes mouraient lorsqu’un avion bombarda leur voiture près de l’aéroport de Khartoum. L’une des deux était le successeur d’un homme du Hamas, lui-même tué à Dubaï en janvier 2010. Israël a comme politique de ne pas commenter ce type d’opérations. Les groupes visés, eux, comprennent le message, et l’histoire sans fin des attaques et des représailles continue à s’écrire, une bombe ou une balle à la fois.

Hollande accueilli en héros au Mali De passage à Tombouctou, le président français a été acclamé par une foule en liesse. Pendant ce temps, l’armée française poursuit son combat contre les milices islamistes dans la région désertique du Sahel.

Boris Proulx @borisproulx

P

aris – Après avoir pris Bagdad, en 2003, George W. Bush avait crié victoire quelque peu hâtivement en déclarant « mission accomplie » à bord du porte-avions Abraham-Lincoln. Pourtant, la guerre en Irak allait encore se poursuivre pendant près d’une décennie. C’est un François Hollande bien plus prudent qu’on a pu entendre à Tombouctou, au Mali, samedi. « Le combat [n’est] pas fini », a déclaré le président de la République, qualifié de « sauveur », voire de « saint », par une population lo-

cale extasiée par la libération. L’opération militaire « Serval », visant à combattre les milices islamistes qui s’étaient emparées du Nord-Mali, représente à ce jour un grand succès stratégique et diplomatique pour la France. Ne déplorant qu’un seul mort depuis le début de l’opération, l’armée française a aujourd’hui libéré les principales villes de l’Azawad, cette immense région aride dont la superficie équivaut à la moitié de celle du Québec. Toutefois, pendant que les com-

Accueilli en héros par la population malienne, le président français a pu bénéficier du soutien de ses homologues africains

bats se poursuivent à Kidal, près de la frontière avec l’Algérie, la France et ses alliés sont confrontés à de nouvelles difficultés. La réconciliation nationale du Mali, pays déjà fortement déstabilisé depuis le coup d’État du 22 mars dernier, s’annonce difficile. Désorganisée, l’armée malienne ne serait vraisemblablement pas en mesure de garantir la défense de l’État nouvellement réunifié. François Hollande a ainsi mis en garde l’armée française et malienne contre de potentiels actes de vengeance contre la population locale d’origine touareg ou arabe, des exactions « qui entacheraient la mission ». Les conséquences internationales de l’opération Accueilli en héros par la population malienne, le président fran-

çais a pu bénéficier du soutien de ses homologues africains. Le président du Niger, Mahamadou Issoufou, a déclaré au quotidien Le Monde que l’intervention de la France est légitime et courageuse, rejetant la critique selon laquelle les Français renouent avec l’interventionnisme colonial du temps de la Françafrique. Or, c’est un autre discours qu’on peut entendre auprès de certains partenaires européens. Le ministre allemand de la défense, Thomas de Maizière, a ainsi prévenu ses voisins que « la supériorité militaire [....] ne constitue aujourd’hui plus une garantie d’une résolution durable des conflits », soulignant que la victoire militaire n’est que le début d’un long processus vers le retour à la stabilité politique.


JOURNAL ÉTUDIANT D E L’ I N S T I T U T E D S VO L . 3 , N ° 2

L’intErDiSciplinaire E N V I R O N N E M E N T | D É V E L O P P E M E N T | S O C I É T É

A U TO M N E 2 0 1 2

Mot de la rédaction

UNE NOUVELLE ÉQUIPE POUR L’INTERDISCIPLINAIRE C

hers lecteurs, une toute nouvelle équipe œuvre à l’élaboration et à la publication de l’IntErDiSciplinaire cette année. Les deux nouveaux co-rédacteurs en chef, ainsi que les 8 réviseurs et correcteurs vous présentent ce numéro qui explore plusieurs aspects du développement durable. En effet, l’IntErDiSciplinaire se veut un vecteur privilégié de la recherche en développement durable à l’Université Laval. Il offre aux étudiants la possibilité d’expliquer et de diffuser les résultats de leurs recherches ou leurs opinions sur des thèmes d’actualité touchant des sujets aussi variés que la mobilité, l’exploitation des ressources, la gouvernance, les politiques, la protection du milieu naturel et du patrimoine culturel, pour ne nommer que ceux-ci. L’intErDiSciplinaire devient ainsi une plateforme d’échange, où des propositions innovantes stimulent la réflexion et font valoir la recherche de pointe sur le développement durable. Ce journal est donc un outil de diffusion, mais également de production de connaissances sur le développement durable.

L’intErDiSciplinaire devient ainsi une plateforme d’échange, où des propositions innovantes stimulent la réflexion et font valoir la recherche de pointe sur le développement durable

Le présent numéro vous propose d’abord une réflexion sur la gestion des ressources et leur coût pour la société, avec des articles qui analysent les avantages et risques des OGM, les conséquences de l’extraction minière et les aspects économiques liés à a pollution. Puis, les auteurs s’intéressent à la protection et à la planification durable, en proposant des réflexions sur la mise en valeur et la préservation du patrimoine culturel, sur le rôle des banques dans le développement durable, sur l’éthique et les principes mêmes du développement durable, ainsi que sur la planification de la mobilité durable. Nous espérons que l’IntErDiSciplinaire saura encore une fois piquer votre curiosité, capter votre intérêt, faire naître une réflexion et, qui sait, peut-être vous donner envie de participer à un prochain numéro en tant qu’auteur. Bonne lecture!

La rédaction

Le journal L’intErDiSciplinaire est une initiative étudiante lancée en 2009 qui vise à promouvoir un dialogue interdisciplinaire sur le développement durable chez la relève. Publiant à la fois des articles journalistiques et scientifiques, L’intErDiSciplinaire est une tribune qui laisse place aux débats, aux échanges et aux discussions qui touchent l’environnement, le développement et la société. Il s’agit d’une occasion unique pour publier un article et contribuer ainsi à la compréhension des enjeux entourant le développement durable. L’IntErDiSciplinaire est publié 2 fois par année en plus de 10 000 exemplaires dans IMPACT CAMPUS, le plus important journal étudiant et indépendant de l’Université Laval. Il est également publié en ligne sur le site de l’Institut EDS

L’équipe du journal :

 miliano Scanu, corédacteur E Roxane Lavoie, corédactrice  Pierre Woitrin, réviseur et correcteur, Georges Boniface Nlend V, réviseur et correcteur Kristina Maximova, réviseure Youen Grusson, réviseur Antoine Thiboult, réviseur et correcteur Seconde Ntiharirizwa, réviseure Étienne Gaborit, correcteur Hélène Caron, réviseure et correctrice

Pour nous joindre ou soumettre un article : Pierre Woitrin, point focal étudiant, pierre.woitrin@ihqeds.ulaval.ca

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Opinion

LES ORGANISMES GÉNÉTIQUEMENT MODIFIÉS : ESPOIRS ET MENACES Arsène Brice Bado, doctorat en Science Politique, Département de Science Politique, Université Laval, arsene-brice.bado.1@ulaval.ca. Les OGM comportent des enjeux économiques, écologiques, politiques, éthiques et culturels importants. Aussi cette problématique mérite-t-elle d’être sans cesse revisitée à nouveaux frais. Au-delà des OGM en tant que tels, ce sont les conditions de la vie végétale, animale et humaine qui sont en jeu.

sont plus théoriques que réels, car il n’y a pas un nombre suffisant de recherches pour juger des risques de consommation d’OGM chez l’homme. Mais la communauté scientifique s’accorde pour reconnaitre qu’il n’existe pas de risque zéro et en relève des potentiels tels que des risques toxicologiques, des risques d’allergies alimentaires, d’infection des cellules par des vecteurs viraux après ingestion d’aliments transgéniques, ou l’émergence de virus pathogènes suite à une recombinaison avec divers éléments génétiques. Une remise en cause du rapport à la nature

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n organisme génétiquement modifié (OGM) est soit un animal, soit une plante ou soit un micro-organisme dont le matériel génétique a été modifié grâce aux biotechnologies qui permettent l’introduction d’un ou de plusieurs gènes étrangers de manière à obtenir un caractère nouveau. Les cultures génétiquement modifiées (GM) se répandent de plus en plus. Elles concernent près d’une vingtaine de cultures dont l’orge, le coton, le maïs, le mil, la pomme de terre, le sorgho, le soja, la patate douce, la tomate, le blé et le niébé. Devrait-on s’en réjouir ou s’en inquiéter ? Les cultures génétiquement modifiées comportent des avantages… Nul doute que les cultures génétiquement modifiées peuvent avoir des avantages dans la mesure où elles permettent une augmentation de la production agricole. Des expériences de maïs et de soja génétiquement modifiés attestent de la possibilité d’augmenter les rendements par la biotechnologie. Des multinationales telles que Monsanto, Syngenta, Novartis, Aventis, etc., font valoir cet argument pour inciter les pays en voie de développement à s’ouvrir aux OGM, car une amélioration de la production agricole contribuerait à réduire la faim (1, 2). Les OGM permettent aussi d’améliorer la qualité de la production agricole par la modification de la teneur des aliments en nutriments, la réduction des allergies, ou l’obtention d’une meilleure conservation de certains produits. En outre, la biotechnologie permet d’améliorer les conditions de culture des plantes (3). Par exemple, l’on a obtenu du coton transgénique ré-

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http://www.ogm.gouv.qc.ca/ogm_producteurs.html

sistant à l’herbicide ( Afrique du Sud ) ou plus résistant à la chaleur et au sel Bt et donc à la sécheresse ( Égypte ) ; des tomates à mûrissement retardé et résistantes aux virus et aux maladies ( Afrique du Sud); du manioc qui se conserve plus longtemps ( Zimbabwe ) ; de la pomme de terre résistante au papillon du tubercule ( Égypte ), etc. Les OGM n’ont-ils que des avantages ? … elles comportent des risques

également

Du côté de l’écologie, les OGM peuvent causer des dommages aux écosystèmes dans la mesure où ces cultures GM peuvent se répandre dans la nature de façon incontrôlée par l’effet de la pollinisation. Un champ de cultures GM peut contaminer les cultures indigènes et dérégler l’écosystème d’une région, provoquant ainsi une catastrophe écologique irréversible. Notons que la dispersion dans la nature du pollen des plantes GM et précisément dans les mauvaises herbes rend ces dernières plus résistantes aux herbicides et aux insectes, ce qui nécessiterait, pour leur traitement, l’usage de produits plus puissants et plus toxiques. Notons aussi la possibilité d’une colonisation du sol par des plantes GM de sorte qu’il ne soit plus possible de cultiver des plantes biologiques. Il y a également la possibilité d’obtenir des plantes GM avec un gène dit « Terminator » qui stérilise les graines des récoltes, obligeant ainsi les paysans à se procurer de nouvelles semences auprès des firmes détentrices des brevets de ces semences OGM. Du côté du consommateur, les risques

Le débat actuel se réduit souvent aux avantages et aux inconvénients des OGM, ce qui occulte certains aspects qui sont pour le moins importants, tel que le rapport de l’homme à la nature et la brevetabilité du vivant. La nature a-t-elle une valeur en soi, ce qui appellerait, de la part de l’homme, le respect des principes naturels ? Ou bien la nature n’a-t-elle qu’une valeur utilitaire, auquel cas l’homme est habilité à la modifier, à la transformer fondamentalement ? S’il est vrai que par son travail l’homme a toujours transformé la nature en y ajoutant de l’artifice pour produire des artéfacts, il est aussi vrai que ces transformations s’inspiraient, en général, des règles de la nature, ce qui conférait à l’homme une responsabilité et des devoirs à l’endroit de la nature. Les modifications génétiques et la perturbation de la biodiversité ne sont-elles pas une violation de la nature? Il faut reconnaitre à la nature ses droits, le droit de chaque espèce de garder son intégrité génétique. Il y a urgence, à côté des droits humains, à promouvoir les droits de la nature. En outre, est-il juste de breveter le vivant pour le profit de quelques firmes? Même s’il apparaît évident que les OGM sont des « créations » nouvelles, il est aussi indéniable qu’ils sont obtenus à partir d’organismes vivants ( les gènes ) et la vie reste le patrimoine de l’humanité. Aussi, le droit de propriété intellectuelle sur les OGM ne saurait-il s’affirmer légitimement que dans l’ignorance du droit des populations locales sur les ressources génétiques de leur terroir (4). Somme toute, il faut appeler à la prudence dans l’usage des OGM, surtout dans les pays peu développés qui n’ont guère les moyens de contrôler leurs effets.

Références (1) Poussart-Vanier, M., 2006. Les OGM, c’est « la » solution pour réduire la faim. Dans : Courade, G. (Dir). L’Afrique des idées reçues. Paris : Belin. (2) Brunel, S., 2002. OGM et faim dans le monde : pour une charte des aliments essentiels. Politique étrangère, 1 (67), 199-212. (3) Doussinault, G., 1998. Quelle est la place de la transgénèse dans l’amélioration des plantes? [en ligne]. INRA. Organismes génétiquement modifiés à l’INRA environnement, agriculture et alimentation. http://www.inra.fr/internet/Directions/DIC/ACTUALITES/DOSSIERS/OGM/dousi. htm [consulté le 16 janvier 2013]. (4) Mahé, L-P., Marette, S., 2002. L’éthique et les échanges agro-alimentaires : principes et réalités. Économie rurale, 271, 73-83.

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Actualité, information

L’INDUSTRIE MINIÈRE EXTRACTIVE ET L’ENVIRONNEMENT Seconde Ntiharirizwa, maîtrise en Sciences de la Terre avec mémoire. Département de géologie et de génie géologique, Université Laval. Seconde.ntiharirizwa.1@ulaval.ca L’exploitation des ressources minérales représente une activité économique très importante au niveau mondial. Des mesures doivent être prises pour s’assurer de laisser les ressources minérales nécessaires pour subvenir aux besoins des générations futures et de léguer à ces dernières un environnement de qualité.

« Le principal défi environnemental auquel doit faire face l’industrie minière est le contrôle des eaux acides, qui contiennent souvent une forte concentration en métaux lourds potentiellement toxiques »

nécessaires à la bonne gestion de leurs ressources et à la protection de l’environnement (4).

Rivière Bourlamaque et l’eau d’infiltration de la digue externe du parc à résidus. Région minière de l’Abitibi, Québec, Canada. http://archimede.bibl.ulaval.ca/archimede/fichiers/21952/ch03.html

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’industrie minière extractive représente l’ensemble des activités liées à l’exploitation des ressources minérales. Qu’il s’agisse de ressources énergétiques, de métaux, des matériaux de construction, de minéraux industriels ou de pierres précieuses, ce sont des éléments essentiels au déploiement des activités humaines. Ces ressources sont très importantes pour le mode de vie et la production modernes étant donné qu’elles sont utilisées dans divers domaines, tels que la construction, la communication, le transport, l’aéronautique, la production de divers biens de consommation, etc. (1). Nos sociétés modernes doivent faire face à une augmentation de la croissance économique qui se traduit par une amélioration continue du niveau de vie de nos pays, mais qui, en contrepartie, requiert l’utilisation et l’extraction des quantités croissantes de matières minérales. En dépit de son importance capitale, l’industrie minière extractive semble parfois entrer en conflit avec les exigences croissantes de la société pour un environnement sain et dépourvu de polluants. Le principal défi environnemental auquel doit faire face l’industrie minière est le contrôle des eaux acides, qui contiennent souvent une forte concentration en métaux lourds potentiellement toxiques (2). En effet, la fragmentation et le concassage de roches, au cours de l’exploitation minière, aggravent le drainage minier acide du fait de l’accroissement de surfaces rocheuses exposées à l’eau et à l’air de l’atmosphère. Lorsque les roches exposées renferment des sulfures, l’eau et l’oxygène réagissent avec ces derniers, produisant ainsi de l’acide sulfurique. Par conséquent, le drainage minier acide ne

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cessera pas tant que la roche sera exposée à l’air et à l’eau. Il se poursuivra jusqu’à ce que les sulfures contenus dans cette roche soient entièrement évacués, ce qui peut durer des milliers d’années. Sous l’effet du drainage minier acide, la vie aquatique du milieu récepteur est détruite et son eau devient pratiquement inutilisable. Outre la pollution causée par le drainage minier acide, la contamination de l’eau peut être due aux produits chimiques (cyanure, acide sulfurique, etc.), utilisés pour séparer le minéral du minerai. Ces produits favorisent l’infiltration des métaux lourds, dont notamment l’arsenic, le cobalt, le cuivre, le cadmium, le plomb, l’argent et le zinc. Ces métaux peuvent devenir stables lorsque le pH est neutre. Cependant, les produits chimiques utilisés lors du traitement de minerais provoquent la baisse du pH, ce qui accélère le processus d’infiltration. De plus, sans prévention adéquate et sans stratégie de contrôle, l’érosion de la terre entraine un déversement des produits chimiques et des métaux dans les cours d’eau, les rivières, les lacs et les eaux souterraines. Le cyanure, l’acide sulfurique et les métaux lourds sont tous toxiques pour la faune et la flore. Or, la dépollution de l’eau peut prendre des décennies ou même des siècles après la fermeture de la mine (3). De nos jours, les compagnies minières sont appelées à considérer certains aspects environnementaux, particulièrement la pollution de l’eau, depuis l’ouverture et jusqu’à la fermeture d’un site minier. En plus de cela, les gouvernements des pays dont le territoire fait l’objet d’une exploitation minière sont tenus d’envisager quelques solutions

Des solutions qui peuvent être envisagées sont notamment la réduction de l’exploitation des ressources par la réutilisation (le recyclage), ainsi que la modification du cadre législatif et normatif dans lequel évolue l’industrie minière. En outre, la durée d’utilisation des ressources non renouvelables ne peut être allongée qu’en en réduisant la consommation, ce qui passe notamment par une utilisation plus efficace (améliorations techniques et économiques). Dans ce contexte, la raréfaction des ressources peut logiquement entraîner une hausse des prix, ce qui peut se traduire par une baisse de la demande. Cette stratégie peut rendre compétitives d’autres solutions techniques. La mise en application de ces solutions peut contribuer à intégrer fermement le développement durable dans le secteur minier et à mieux articuler les choix de développement et d’utilisation du territoire avec les intérêts des communautés concernées par les projets miniers (5). Ainsi, les générations futures pourraient bénéficier des ressources nécessaires pour satisfaire leurs besoins et d’un environnement dépourvu de pollution.

Références  (1) Menezes, M.P., 2004. Exploitations minières et politiques de gestion environnementale. Utilisation de l’expertise canadienne en fermeture de mines pour le site de l’ancienne mine d’uranium de l’INB à Caldas (Minas Gerais, Brésil). Thèse de doctorat. Université Laval. (2) Bernier, L.R., Bédard, C., Lemieux, J., et Latour, F., 2005. Plan de fermeture et restauration du parc à résidus miniers de la mine Bouchard-Hébert. Symposium 2005 sur l’environnement et les mines. NEDEM : Rouyn-Noranda. (3) Tremblay, M., 1996. Restauration et suivi du site minier Weedon. Dans : Projets sur le drainage minier acide. Colloque sur le programme de neutralisation des eaux de drainage dans l’environnement minier - vol. 2. RouynNoranda : NEDEM, 231-237. (4) Menezes, M.P., et Barreto, M.L., 1999. Decommissioning of mines, sustainable development policies and environmental solutions: Brazil and Canada. Revista Minería y Geología, 16 (1), 50-57. (5) Dato, P. et Flifli, V., 2008. Politiques de gestion durable des ressources naturelles non renouvelables au Bénin [en ligne]. http://www.memoireonline.com/04/10/3285/m_ Politiques-de-gestion-rationnelle-des-ressources-naturelles-non-renouvellables-au-benin-cas-2.html [consulté le 9 novembre 2012].

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Opinion

L’extraction des sables bitumineux en Alberta. http://geoblogue.wordpress.com/tag/pollution/

LE COÛT DE LA POLLUTION Maxence Joseph Fontugne, baccalauréat en Économie et Politique, Faculté des Sciences Sociales, Maxence.joseph-fontugne.1@ulaval.ca et Julie Day-Lebel, baccalauréat en Littérature, Faculté des Lettres, julie.daylebel.1@ulaval.ca L’économie traite de la production de richesse, cependant il faudrait inclure un point de vue qualitatif pour aborder la problématique du développement durable.

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a science économique, depuis les néoclassiques, se penche sur l’étude de la création de richesse. Une production matérielle continuelle et toujours plus imposante est indiquée comme une solution miracle et universelle. Si cette vision simpliste semble sans répercussions, il n’en est rien : toutes nos politiques publiques et tous nos choix de société sont influencés par cette obsession de produire plus d’une année à l’autre : c’est la croissance économique. Selon Raymond Barre, ancien politicien français, « la science économique est la science de l’administration des ressources rares. Elle étudie les formes que prend le comportement humain dans l’aménagement de ces ressources; elle analyse et explique les modalités selon lesquelles un individu ou une collectivité affecte des moyens limités à la satisfaction de besoins nombreux et illimités » (1). Nous avons des besoins illimités et nous devons toujours produire plus pour les satisfaire. Il est pourtant faux de croire qu’il n’existe pas de sentiment de satiété en économie. La croissance économique est un indicateur important de la richesse des individus. Or, elle est calculée à partir d’un postulat fallacieux. Le processus de création de richesse conceptualisé au XVII siècle par Adam Smith, un professeur de philosophie écossais, était simpliste. Lorsqu’il l’a développé (2), il a expliqué que la richesse découle du travail: plus on travaille, plus on devient riche. Considérer ce postulat exact, c’est affirmer que seule la force physique humaine peut amener la richesse, ce qui est faux aujourd’hui. Les problématiques du capital, de la structure organisationnelle et de l’énergie électrique ont été reconnues comme des facteurs importants de la création de la richesse (3). Parmi ces facteurs, seul le capital, c’est-à-dire les fonds propres à une entreprise, a intégré les fonctions de production des économistes. Si l’électricité disparaissait

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subitement, nous continuerions à utiliser nos ordinateurs, réfrigérateurs et téléphones cellulaires parce qu’ils dépendent uniquement du capital et du travail. L’économie a une influence sur le comportement écologique d’une société. Afin de limiter le pouvoir polluant de la société, l’économie néoclassique propose un grand nombre de mesures inadaptées à la réalité. La vente de ‘’permis de polluer’’ aux entreprises est une activité de plus en plus fréquente. Ces entreprises sont autorisées à polluer à un certain niveau, ce qui pourrait instaurer un équilibre, mais pour qui? Pour l’entreprise? Pour la société? Pour l’État qui augmente ses revenus par le biais de cette vente de permis? L’État fixe à la fois une limite d’émissions polluantes des entreprises et une quantité de permis à octroyer. Ces entreprises en négocient le prix entre elles par la suite. Ce phénomène crée donc un marché sur lequel se fixe un prix pour la pollution. C’est l’équilibre de marché. Les limites de cette politique sont évidentes. Les investisseurs et les décideurs politiques s’entendent. Les premiers légitiment leurs actions néfastes pour la société en « achetant leur ciel », alors que les autres peuvent présenter un budget équilibré aux populations qui les ont élus. D’ailleurs, la population est la grande perdante de ces transactions. Les économistes admettent l’existence d’un surplus de pollution non contrôlé qui sort de leurs modèles (4). Ils nient ainsi son impact et choisissent de l’inclure dans le non modélisable, ce qui le rend négligeable. Ces externalités, c’est-à-dire ce surplus de pollution, ne sont pas prises en compte par le marché. C’est la société civile, aucunement consultée dans le processus décisionnel, qui doit prendre en charge les dégâts imminents. Malgré tout, on choisit de bâtir notre avenir à partir de ce

« Ces externalités, c’est-àdire ce surplus de pollution, ne sont pas prises en compte par le marché. C’est la société civile, aucunement consultée dans le processus décisionnel, qui doit prendre en charge les dégâts imminents » phénomène économique. Des modèles d’économie alternatifs existent: les coopératives ou les ONG en sont des exemples. Le développement humain, c’est-à-dire la recherche non matérielle du bienêtre, pourrait remplacer le concept de l’obsession de la croissance. Dans ce cas, les entreprises payeraient le coût social des répercussions de leurs actes. Elles n’auraient plus le choix de trouver des alternatives écologiques et durables. Qu’elle soit produite par des forages pétroliers ou gaziers, par le trafic routier ou encore par la production industrielle, la pollution affecte l’ensemble de la population au profit de certaines entreprises. Il serait temps de trouver une solution pour nous laver de ces problèmes que nous cause l’industrie, car l’être humain est le fondement de l’économie; il n’en est pas le résultat.

Références : (1) Barre, R., 1959. Traité d’Économie Politique. Paris : Thémis Économie au PUF. (2) Smith, A., 1991. Recherches sur la nature et sur les causes de la richesse des nations. Paris : Éditions Flammarion. (3) Beaudreau, B.C., 1998. Energy and organization: growth and distribution re-examined. Westport, Conn.  : Greenwood Press. (4) Cohen, A. J., Harvey B. K. et Chapleau, P., 2005. Introduction à la microéconomie. Saint-Laurent, Québec : Éditions du Renouveau Pédagogique.

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Recherche, actualité.

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE ET LES BANQUES AU SERVICE DE L’ÉTHIQUE FINANCIÈRE Akiobe Songolo Michèle Patricia, doctorat en droit bancaire, Faculté de droit-Université Laval, Akiobe87@yahoo.fr La régulation bancaire prend un virage vert. En effet, longtemps galvanisées par des idées capitalistes, les banques aujourd’hui se tournent de plus en plus vers le social rationalisant et responsabilisant ainsi leurs différentes actions. Le capitalisme, qui se définit par l’appât du gain à tout prix, a donc montré ses limites. Il est plus que temps de renforcer l’encadrement des banques, et cela pourrait passer par une régulation de concert incluant les notions de développement durable.

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es effets de la crise financière de l’été 2008 continuent de parler d’eux-mêmes. Depuis son avènement, on assiste à une parfaite restructuration des institutions financières. Une pléiade de règles pour assainir les fonds propres a vu le jour. Par ailleurs, au lendemain de la crise, une tendance plus moralisatrice pousse ces institutions financières à s’engager sur la voie d’une finance plus responsable. C’est dans cette logique que l’on associe de plus en plus le développement durable à la gestion bancaire. Il serait donc intéressant d’analyser les rapports de force qui lient la protection de l’environnement et les banques. En effet, il est difficile de concevoir que les objectifs toujours croissants de la finance puissent intégrer ceux du développement durable, qui sont plus intéressés par une cause noble, la protection de l’espace vital. Comment le développement durable peut-il donc fédérer les banques à sa cause? Avant de répondre à cette question, nous allons tout d’abord analyser l’antagonisme qui règne entre le développement durable et les banques. Les banques et le développement durable, la différence entre l’irréel et le réel La banque est généralement représentée comme un outil de croissance économique dans un pays. Elle n’est donc pas comme toutes les autres entreprises. Toutefois, les étapes qu’elle traverse pour atteindre cette croissance économique sont souvent décousues, entrainant ainsi l’éphémérité de sa finalité. En effet, avec l’innovation financière, on assiste à la naissance de techniques de financement aussi complexes les unes que les autres. Pour l’heure, la dernière innovation a été la titrisation. Les acteurs

financiers misent beaucoup sur cette complexité car, en utilisant des canaux opaques ( en l’occurrence les produits structurés de la finance, entre autres les obligations adossées à des actifs, le « Credit Default Swaps », etc.), ces techniques, jusqu’ici ésotériques pour la plupart, leur permettent de générer du profit au détriment des consommateurs ou des investisseurs. Ces derniers n’ont alors pas la totalité de l’information pouvant leur permettre soit de finaliser la transaction, soit de se rétracter. On se rend malheureusement compte que la sphère financière s’est lancée manifestement à l’aveugle dans la voie débridée de la dérégulation tous azimuts (1). Cependant, les principes qui sous-tendent le développement durable sont fondamentalement opposés à ceux précédemment exposés des banques. En effet, les enjeux du développement durable, sont de quatre ordres : social, économique, éthique et de gouvernance, environnemental (1). Ils épousent mieux les réalités de notre quotidien. L’on remarque également que les principes du droit de l’environnement s’imposent de plus en plus aujourd’hui aux entreprises, et plus particulièrement aux banques, parce que ces dernières ne parviennent pas, seules, à régler les effets externes négatifs de leurs activités (2). Ainsi, les banques gagneraient à revoir leur modèle de développement. Un développement plus axé vers le social que vers la spéculation. D’ailleurs, la définition de l’ONU adoptée au sommet de Rio 1992 qualifie de soutenable « un modèle de développement qui satisfait les besoins d’une génération, à commencer par ceux des plus démunis, sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ». Le développement durable se veut interpellateur en recommandant la participation et la négociation, c’est-à-dire la prise de parole des parties prenantes (3).

des principes du développement durable succinctement mentionnés plus haut, quelques éléments de réponse se profilent à l’horizon. Les banques, par une opération de benchmarking ( analyse comparative ), pourraient ainsi emprunter au développement durable des idées pour une gestion rationnelle de la finance. Il faut donc réorienter l’idée du profit financier à tout prix vers l’idée du bien-être des générations futures. Partant de là, la responsabilité sociale des banques devrait faire l’objet d’une étroite surveillance. En effet, jusqu’ici, une banque qui ne respecte pas une politique sociale ne voit pas sa responsabilité juridique engagée pour autant, mais sa réputation en cas de manquement peut en prendre un coup et, lorsque la réputation est touchée, la performance financière en pâtit. Ainsi, la principale obligation qui découlerait de cette responsabilité sociale pourrait être une divulgation d’un bilan social à la fin de chaque exercice. Cette divulgation est déjà effective au Canada. En effet, le gouvernement exige des institutions de dépôt une publication des rapports sur les responsabilités envers le grand public (4). Les informations divulguées peuvent porter par exemple sur les dons et les produits adaptés aux particuliers. Ce qui différencie le bilan social du bilan annuel traditionnel est tout simplement le fait que le premier consiste en un compte rendu de la performance sociale de la banque, alors que le second retrace toutes les transactions financières effectuées. Nous sommes convaincus que cette pratique, répétée dans le temps, permettra aux banques d’être plus prudentes dans leurs agissements. En résumé, Le véritable défi des banques en matière de responsabilité sociale et environnementale (RSE) est d’intégrer des nouvelles valeurs dans leurs activités quotidiennes (5). En effet, le problème de la crise actuelle n’est pas uniquement financier, mais repose également sur la rupture du lien social. Cette rupture se matérialise par la dissociation des fonctions d’entrepreneurs et d’investisseurs et la croyance en de meilleurs rendements, considérant alors comme démodés les activités bancaires traditionnelles et les investissements régionaux (3). La conciliation des notions de rentabilité et d’éthique devra donc être le cheval de bataille des banques. Néanmoins, il faudrait éviter que cette quête de bonnes pratiques ne tue toutes réflexions d’innovations.

Somme toute, les aspirations des banques et du développement durable s’opposent dans la mesure où, jusqu’ici, les banques n’ont jamais été tournées vers le social. Ce qui justifie d’ailleurs le manque d’éthique dans leurs différentes transactions, entrainant la plupart du temps les crises financières. Très souvent, par la dérégulation, elles ne prennent en compte que leurs intérêts, négligeant alors ceux de leurs principaux créanciers, les déposants.

Références : (1) Grandjean, A., 2008. Crise Financière et développement durable. Responsabilité et Environnement, 50, 7-15. (2) Mainguy, D., 2012. Le problème posé par le théorème de Coase, le droit de l’environnement et l’intérêt général environnemental [en ligne]. http://ddata.over-blog.com/ xxxyyy/3/61/42/26/Le-probleme-pose-par-le-theoreme-deCoase--le-droit-de-.pdf [consulté le 30 novembre 2012]. (3) Theurillat, T., 2009. Le développement durable, un antidote à la crise financière? [en ligne]. http://www2.unine. ch/files/content/sites/socio/files/shared/documents/publications/workingpapers/wp_2009_03_f.pdf [consulté le 30 noLa fédération entre banques vembre 2012]. et développement durable  : (4) Ministère des Finances du Canada, 1999. La réforme du relever la finance et contrer secteur des services financiers, un cadre pour l’avenir [en ligne]. http://www.fin.gc.ca/finserv/docs/finservrept_f.pdf les crises [consulté le 30 novembre 2012]. (5) De Serres, A., 2006. Aux confins de la responsabilité Si nous partons du postulat selon sociale des banques: les défis et les enjeux de la gestion lequel la finance à elle seule n’a pas des risques éthiques et fiduciaires [en ligne]. http://www. su réguler le marché, nous pouvons strategie-aims.com/events/conferences/6-xviieme-conferdire que la résolution de la crise fi- ence-de-l-aims/communications/1677-aux-confins-de-lanancière reposerait bien sur une responsabilite-sociale-des-banques-les-defis-et-les-enjeuxinterdisciplinarité. Ainsi, partant de-la-gestion-des-risques-ethiques-et-fiduciaires/download [consulté le 30 novembre 2012].

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Opinion

LE DÉVELOPPEMENT DURABLE : LE DÉFI DE LA CONCILIATION Jérôme Blanchet-Gravel, baccalauréat en science politique. Département de science politique de l’Université Laval, jerome.blanchet-gravel.1@ulaval.ca Le concept de développement durable, tel qu’il a été élaboré, témoigne actuellement d’une ambivalence qui est tributaire de deux éthiques qu’il contient, soit l’éthique anthropocentrique qui est dominante, et l’éthique écocentrique qui est latente. Pour mieux s’enraciner, le défi du développement durable réside dans une meilleure conciliation de ces deux conceptions du monde.

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’état des écosystèmes ne sera devenu préoccupant que depuis la prise de conscience relative à sa dégradation constante, ainsi que grâce à une meilleure connaissance scientifique des phénomènes entourant les nouveaux enjeux environnementaux. C’est ainsi que naissait dans les années 1960 le mouvement écologiste. Dix ans plus tard voyait le jour l’écologie profonde, laquelle développera, en réaction à l’éthique anthropocentriste caractéristique du monde occidental, une éthique écocentriste de la relation de l’homme à la nature. Pour Olivier Meuwly, le développement durable tel qu’on le connait aujourd’hui ne pourrait être dissocié de son socle qu’est l’écologie profonde, laquelle s’était avant lui largement propagée aux États-Unis (1). S’il est communément admis que, sous sa forme actuelle, le développement durable reste anthropocentrique, il n’en demeure pas moins qu’il contient en son sein une double tension qui a été mise en exergue, entre autres, par Lucie Sauvé (3). D’ailleurs, il semblerait que le concept même de développement durable, mis de l’avant dans le rapport Brundtland au milieu des années 1980, revêtirait l’essence d’un compromis, sa conceptualisation ayant été effectuée dans le but de concilier les dimensions sociales, économiques et écologiques (4). À cet effet, nous pensons que cette tension existe bel et bien, laquelle est produite par la confrontation des deux éthiques en question en se révélant symptomatique de cette c onjugaison naissante. Tout d’abord, nous pouvons dire que l’anthropocentrisme renvoie à l’idée selon laquelle l’humain est au centre de toutes les préoccupations, constituant l’entité centrale de tout l’univers. Dans la perspective du développement durable, cela veut dire que, si la nature doit être respectée, c’est que celle-ci est essentielle à la continuation aisée de la vie humaine. Quant à lui, l’écocentrisme estime que l’être humain a une valeur égale aux autres formes de vie et que le respect de la nature est une fin en soi. Comme le décelait Louis Guay, la conception anthropocentrique considère donc l’humain comme un être à part, différent de la nature, tandis que celle écocentrique le considère comme une partie intégrante de la déesse-mère (2). Il apparait ainsi que le défi du développement durable réside particulièrement dans la conciliation de ces deux modèles qui apparaissent mutuellement exclusifs mais qui devront, pour la pérennité de l’humain comme des écosystèmes, être amalgamés.

fait, la difficulté est relative à l’adaptation d’un héritage judéo-chrétien sur lequel la science occidentale s’est bâtie, avec la volonté de renouer avec un respect ancestral pour les éléments naturels. En effet, nous pouvons retrouver les origines de l’anthropocentrisme au sein des grandes religions monothéistes tandis que nous pouvons retrouver celles de l’écocentrisme au sein des grandes traditions orientales et polythéistes (3). D’ailleurs, cela a aussi été soulevé par Bill Devall et George Sessions, théoriciens principaux de l’écologie profonde (5). Pour Patrick Gonzalez, la définition du développement durable popularisée par le rapport Brundtland et reprise par la Loi sur le développement durable du Québec sous-tend la vision faible de ce concept et ce, en opposition avec sa vision forte (6). Cette dernière mettrait l’accent sur la nécessité de préserver la nature pour elle-même, en préconisant, en autres, l’arrêt ou l’inversement de la croissance économique. Nous pourrions ici affirmer que les tenants du maintien de la croissance économique renvoient à l’éthique anthropocentriste tandis que les tenants de la décroissance renvoient plutôt au biocentrisme. À la lumière de cela, nous pouvons affirmer que le développement durable s’inscrira à l’avenir inéluctablement dans un débat éthique, la question étant de savoir quelle latitude donner à chacun des deux schémas de pensée, c’està-dire lequel devrait primer sur l’autre dans l’optique du bien-être de l’Humanité. Plus encore, les éthiques écocentrique et anthropocentrique peuvent constituer de véritables outils

d’appréhension des rapports entre l’environnement, le développement et la société, et ce en constituant de bons indicateurs quant à la conformité d’une décision ou d’une pratique institutionnelle avec les principes du développement durable. Considérant que ce dernier, sous sa forme actuelle, demeure une forme de syncrétisme conciliant centralité de l’homme et centralité de la nature, ce sont les positions extrêmes qui devraient en toute logique être écartées, à moins qu’il n’y ait une mutation ou une redéfinition en profondeur du concept. Enfin, si le défi du développement durable réside dans la conciliation entre ces deux éthiques, c’est en quelque sorte l’avenir de l’humanité qui repose en elle. Les deux éthiques représentent deux tendances politiques différentes qui devront communiquer afin de mettre en œuvre le projet que nul être sensé ne devrait balayer du revers de la main.  Références : (1) Meuwly, O., 1999. Le développement durable : critique d’une théorie politique. Lausanne : L’Âge d’Homme. (2) Guay, L., 2005. Science et politique des changements climatiques : décider dans un climat incertain [en ligne]. Options Politiques, Décembre 2005-Janvier 2006. http://www.irpp. org/po/archive/dec05/guay.pdf [consulté le 16 janvier 2012]. (3) Sauvé, L., 2007. L’équivoque du développement durable [en ligne]. Chemin de traverse, 4 (1), 31-47. http://www. refere.uqam.ca/pdf/articles/2007_sauve_lucie.pdf [consulté le 16 janvier 2012]. (4) Vaillancourt, J-G., 1991. Le développement durable ou le “compromis” de la Commission Brundtland. Désarmement, développement et protection de l’environnement. Dans : André, P., Jacquard, A. et Reeves, H. (Dir). L’avenir d’un monde fini  : jalons pour une éthique du développement durable. Saint-Laurent : Fides. (5) Session, G. et Devall, B., 1985. Deep Ecology: Living as if Nature Mattered. Salt Lake City : Gibbs Smith. (6) Gonzalez, P., 2011. L’approche économique du développement durable. Notes du module 3 du cours « Fondements du développement durable ». Département d’économie de l’Université Laval.

D’un côté, il apparait évident que la domination de l’homme sur la nature, produite par le désenchantement du monde intrinsèque au rationalisme, porte en elle les germes de l’anthropocentrisme. En revanche, d’autres principes du développement durable témoignent d’un biocentrisme latent, qui se traduit par une volonté de réduction de la population mondiale et par le souci global d’harmonisation de l’homme avec l’environnement. En l’occurrence, un développement durable désireux de préserver une croissance économique et un progrès technologique redevables en bonne partie à la rationalité scientifique, tout en accordant une valeur en soi à la nature, comporte une dialectique binaire. En

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Opinion/actualités

LA MOBILITÉ DURABLE : UN PARADIGME EN ÉMERGENCE Emiliano Scanu, doctorat en sociologie. Département de sociologie, Faculté des Sciences Sociales, Université Laval, Emiliano.scanu.1@ulaval.ca. La haute mobilité est un acquis majeur des sociétés modernes. Toutefois, les systèmes de transport actuels sont de plus en plus remis en question, entre autres à cause de leurs impacts négatifs sur l’environnement. Le paradigme de la mobilité durable émerge donc dans le but de rendre le secteur des transports plus viable.

ments (3). Alors que le paradigme conventionnel se focalisait sur la dimension physique du territoire, sur le trafic et sur le transport motorisé, le nouveau paradigme est, lui, axé sur la dimension socioculturelle du territoire, sur l’intermodalité et sur les personnes (surtout les piétons et les cyclistes). Par ailleurs, dans une perspective de lutte aux changements climatiques, la gestion des transports selon ce nouveau paradigme est cruciale, car le transport engendre d’énormes quantités de GES. Au Canada, ce secteur est le principal responsable des émissions des GES depuis la dernière décennie (4). La planification des transports sous le signe de la durabilité se répand de plus en plus, aux États-Unis, comme dans l’Union Européenne (le Canada lui, n’a pas de stratégie à ce sujet). À l’échelle locale, un nombre grandissant de villes réalise des plans urbains de mobilité durable. La ville de Québec en a récemment élaboré et approuvé un, bien qu’il ne semble pas faire l’unanimité dans le débat public. Ce type de plan est très répandu en Europe, où la Commission Européenne encourage les autorités locales à en adopter. La planification durable du transport urbain est également au cœur des initiatives municipales de gestion du climat. Ces dernières sont nombreuses et diversifiées : la réalisation de pistes cyclables, la planification de l’usage du sol, l’amélioration du réseau de transport en commun, l’introduction de politiques de stationnement, le développement immobilier le long des axes de transport en commun, l’installation de tramways ou la réalisation de zones à trafic limité.

La page couverture du Plan de Mobilité Durable de la ville de Québec. http://www.ville.quebec.qc.ca/environnement/mobilite_durable/docs/ PlanMobiliteDurable.pdf

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ujourd’hui, nous vivons dans une époque de haute mobilité (des personnes, des biens, des idées, etc.). Les sociétés contemporaines sont tellement façonnées par la mobilité qu’il est possible d’affirmer que le « mouvement » représente une des forces motrices du progrès (1). Nombreux sont les facteurs qui sont à l’origine des systèmes de mobilité tels que nous les connaissons. On peut d’abord citer la diffusion de l’automobile privée comme moyen de transport et comme style de vie, ainsi que la disponibilité du pétrole en tant que combustible. La construction de routes et d’autoroutes, ainsi que l’étalement urbain qui lui est associé, représentent des facteurs décisifs sur le plan des infrastructures. La dérégulation des marchés et la privatisation des systèmes de transport à travers le monde sont également déterminantes.

nommer que ceux-ci. Le caractère non durable des systèmes de transport actuels a été souligné, entre autres, par Anthony Giddens. Le sociologue britannique a notamment exprimé le constat qu’il « sera une démarche colossale de transformer une société dont le style de vie est construit autour de la mobilité et au « droit naturel » à consommer de l’énergie de façon prodigue » (2, p.229). Par ailleurs, les effets néfastes du transport se montrent de manière plus dramatique dans les milieux urbains, où désormais la majorité de la population mondiale vit et se déplace. La diffusion globale de ces problèmes a certainement contribué à remettre en question la viabilité des systèmes de transport actuels et le paradigme qui les soutient. C’est notamment pour faire face à ces questions qu’une nouvelle approche est en train d’émerger : la mobilité durable.

Les bénéfices que cette « ultramobilité » a engendrés sont légion, bien que pas toujours évidents, car souvent pris pour acquis ( ex. : grandes distances parcourues en très peu de temps, accessibilité à de l’information en temps réel, disponibilité quotidienne de biens produits à l’autre bout du monde ). Par contre, les effets négatifs de la mobilité sont de plus en plus évidents : pollution, congestion routière, émission des gaz à effet de serre ( GES ), épuisement des ressources ou exclusion sociale, pour ne

La mobilité durable repose sur le postulat de l’intégration de la planification des transports en l’aménagement du territoire. Afin d’atténuer les impacts du transport sur l’environnement, de lutter contre l’exclusion socio-spatiale, de favoriser la croissance économique et de minimiser le gaspillage énergétique, la mobilité durable comprend le déploiement d’actions visant à réduire le besoin de voyager, à encourager l’intermodalité, à diminuer la longueur des voyages et à augmenter l’efficience des déplace-

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Ainsi conçue, la mobilité durable possède tous les éléments pour transformer les façons dont nous nous déplaçons, sans diminuer la qualité de ces déplacements. Tant les gouvernements que les citoyens et les entreprises doivent cependant contribuer selon leurs compétences et ressources. Il ne s’agit pas de bannir les autos des villes, ou de tous aller travailler en vélo, ou encore de changer complètement nos styles de vie. À l’échelle nationale, diminuer notre dépendance au pétrole semble être le premier pas à faire, en plus de l’élaboration d’une politique-cadre provinciale qui tient compte, entre autres, du rôle crucial que les villes revêtent dans cette question. Au niveau local, il s’agit de planifier, de façon concertée, la ville dans laquelle on désirerait vivre, et ensuite de mettre sur pied des systèmes de gouvernance pour atteindre ces fins. De cette façon, le lien entre un haut niveau de mobilité et une haute consommation énergétique sera affaibli, et la démarche dont Giddens parle ne sera pas si colossale qu’on aurait pu le penser.

Références : (1) Banister, D., Stead, D., Steen, P., Åkerman, J., Dreborg, K., Nijkamp, P. et Schleicher-Tappeser, R., 2000. European Transport Policy and Sustainable Mobility. London : Spon Press. (2) Giddens, A., 2009. The politics of climate change. Malden : Polity Press. (3) Banister, D., 2008. The sustainable mobility paradigm. Transport Policy, 15, 73-80. (4) Environnement Canada, 2012. Rapport d’inventaire national. Sources et puits de gaz à effet de serre au Canada. Sommaire. Environnement Canada [en ligne]. http://www.ec.gc.ca/publications/A91164E07CEB-4D61-841C-BEA8BAA223F9%5CExecutive-Summary-2012_FR_WEB-v3.pdf [consulté le 23 avril 2012].

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ARTS ET CULTURE | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013 Critique littéraire : La manière Barrow | 12

Critique CD : Tire le coyote | 12

Arts et culture

Surprenante Sarah Slean PHOTO : SYLVAIN FILLOS

L’espace d’un soir, le Théâtre Petit Champlain est devenu une véritable boîte à surprises, et ce, au grand bonheur des spectateurs d’une salle presque comble.

Camille Allard

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ès la première partie du spectacle, assurée par le talentueux et sympathique Ian Kelly, la soirée promet d’être pour le moins animée. D’entrée de jeu, Kelly, charismatique, investit la scène en interprétant ses propres compositions bercées au son d’une musique folk tour à tour douce, vive et saisissante de par son humour. Ian Kelly, c’était l’une des belles surprises que nous réservait le Théâtre Petit Champlain.

rant sur son album double Land and Sea la présentent comme une artiste sobre, calme, presque taciturne, il n’en est rien.

Après que la salle ait été réchauffée, Sarah Slean entre sur scène, sautillante, gamine. Si les photos figu-

Dès les premières notes des chansons tirées de son album Sea, Slean surprend. Son registre de

Pétillante du début à la fin de sa prestation — et accompagnée d’excellents musiciens qu’elle présente à deux reprises durant la soirée —, c’est une femme dynamique et joueuse qui se présente à un public ravi de l’entendre s’adresser à lui en français la plupart du temps.

voix impressionnant charme et secoue à la fois. Aucune chanson ne se ressemble, toutes ont leur cachet. Voir jouer Slean au piano, c’est un peu comme voir jouer une enfant avec sa poupée : c’est drôle, vrai, attendrissant. La scénographie est très simple, basée sur des effets de lumière dorés, en éventail. Elle plonge littéralement l’auditoire sous l’eau. Les chansons de Slean s’enchaînent, enjouées, tristes, critiques, vivantes. Un problème technique dérange la qualité

sonore du spectacle  ? «  Si ça continue, nous allons nous débrancher et jouer acoustique pour vous. Vous méritez la perfection ! » s’exclame l’artiste, soucieuse d’offrir une bonne prestation. Déçu, le public ? Jamais !

Voir jouer Slean au piano, c’est un peu comme voir jouer une enfant avec sa poupée : c’est drôle, vrai, attendrissant Si la musique, les chansons et les effets d’éclairage appuient un professionnalisme véritable, la présence de l’artiste, que cette

dernière soit assise à son piano ou debout, le micro à la main, est entraînante. Généreuse de sa personne, Sarah Slean anime la soirée par ses expressions, ses mimiques et son évidente passion. Elle pique, ose quelques blagues, notamment à l’endroit de monsieur Stephen Harper... Lorsqu’elle s’adresse à l’auditoire, c’est pour blaguer avec lui et expliquer, parfois, la signification de certaines pièces. Le public n’est à aucun moment laissé à lui-même  : il a l’impression d’accompagner Slean durant toute sa prestation. Surprenante, Sarah Slean? Elle est une petite boîte à surprises et à chaque ouverture, elle offre un cadeau différent.

Empire parricide Le Théâtre de la Bordée offre à son public pour sa troisième pièce de l’année une version de l’oeuvre de Racine : Britannicus. Mise en scène par Jean-Philippe Joubert ( La nuit des rois ), la tragédie romaine se déroule dans un décor intemporel. Si l’Empire romain avait dû perdurer jusqu’en 2012, c’est dans ce décor que César se serait tenu.

Anouk Neveu-Laflamme et Mathieu Massé

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n y retrouve un jeune empereur, Néron, ayant pris la place de son frère Britannicus sur le trône. En plus de lui avoir volé son héritage, il tente de lui voler Junie, sa bien-aimée. C’est la mère des frères qui met en place une trame de jeux de pouvoir afin que les lauriers atterrissent sur la tête de Néron. Dans un jeu malhabile et parfois hésitant, Érika Gagnon ( Henri IV ) rend

une mère obsédée par son pouvoir chancelant sur l’empire et sur son propre fils. Dans le rôle de l’empereur Néron, Olivier Normand est égal à luimême: excellent, et bien dosé. André Robillard ( Thérèse et Pierrette à l’école des Saints-Anges ) semble un peu moins juste dans son interprétation du personnage de Britannicus. Quant au directeur artistique de la Bordée, Jacques

Leblanc ( Fin de partie ), il propose un Narcisse des plus crédible. L’utilisation presque parfaite de caméras et de projections complète le décor en multipliant les points de vue offerts aux spectateurs. Sans tomber dans l’abus, cet effet ajoute une couche supplémentaire à la pensée des personnages. Malgré un scénario bien ficelé, l’écriture en alexandrins rend un

PHOTO : COURTOISIE, NICOLA-FRANK VACHON

peu difficile l’identification aux personnages.

déclencheur qui a fait de Néron le Néron de l’Histoire.

Dans Britannicus, Jean Racine s’interroge sur ce qui a mené à la débâcle d’un empereur qui avait pourtant bien commencé son règne. Il se demande quel est l’événement

Quoi ? Britannicus Qui ? Texte de Racine, mise en scène de Jean-Philippe Joubert Où ? Théâtre de la Bordée Quand ? Jusqu’au 16 février


ARTS ET CULTURE | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013

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Cher Facebook… Présentement, dans la Salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins de l’Université Laval se tient l’exposition 101 de deux anciennes étudiantes en design graphique, Anne-Christine Guy-Ban-Éthat et Émilie Chartré. Le duo s’est attaqué à un sujet pratiquement devenu universel : le fameux réseau social Facebook. Quoi qu’on en pense, l’influence de cette plateforme mondialement connue est indéniable. La thématique est d’autant plus à propos entre les murs d’une institution où une bonne majorité de ses étudiants l’utilisent.

Jeanne Couture

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ne fois inscrit, comment s’en passer ? Ce site, les artistes l’attendaient et l’aiment définitivement. Avec tout le matériel qu’il contient, tant au niveau graphique que comme base de données, pas étonnant qu’elles l’aient trouvé inspirant. Facebook nous divertit pendant les moments de navigation morne sur le web, flirtant avec le voyeurisme si populaire actuel-

lement. Anne-Christine et Émilie s’en servent comme matière première pour en tirer des compositions graphiques originales. 101 est tirée de ce qui était au départ un graphzine issu d’un projet scolaire où les artistes exploraient les diverses possibilités artistiques et thématiques du réseau social. La mise en exposition de ce projet

101 est tirée de ce qui était au départ un graphzine issu d’un projet scolaire permet d’apprécier l’ensemble de la suite graphique présentée

PHOTO : SYLVAIN FILLOS

comme de grandes affiches qui contiennent chacune un collage de signes et de symboles caractéristiques de la fameuse plateforme Internet. Ironiques, satiriques ou

cocasses, celles-ci questionnent notre rapport face à ce réseau social. Tous les facebookeurs se retrouveront sans aucun doute dans ces multiples captures d’écran et ces nombreux like. Ne se voulant pas moralisatrice, l’exposition place plutôt le spectateur devant le résultat de ce qui est aujourd’hui devenu un phénomène social. Quoi ? 101 Qui ? Anne-Christine Guy-BanÉthat et Émilie Chartré Où ? Salle d’exposition du pavillon Alphonse-Desjardins (local 2470) Quand ? de 9h à 17h du lundi au vendredi jusqu’au 13 février

À lire sur impactcampus.qc.ca

Critique du film Populaire Critique du film Le prix des mots Critique de l’exposition Pâté chinois mexicain Critique du spectacle de Organ Mood et Millimetrik au Pantoum


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SAUVER la littérature

La vie, une comédie dramatique

LA MANIÈRE BARROW HÉLÈNE VACHON ALTO

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urtout reconnue pour son travail dans le monde de la littérature jeunesse, Hélène Vachon nous offre cet hiver son deuxième roman pour adultes, La manière Barrow. Dans cette nouvelle histoire, l’auteure plonge tête première dans l’univers du théâtre et de la télévision. Elle allie réalité et fiction avec doigté pour mettre en scène le conflit intérieur de Grégoire Barrow, jeune homme timide à la voix d’or qui, le jour de ses 19 ans, prend la décision de devenir comédien.

« Au moment où le soleil aspergeait l’horizon d’un giclée d’or pâle, il ferma les yeux et tendit ses deux bras. Ses mains s’ouvrirent d’un coup, libérant la somme de tous les Grégoire possibles. L’un après l’autre, chanteur, orateur, avocat, politicien s’échappèrent en ricanant. Le fracas de leur chute raisonna longtemps à ses oreilles. » Les temps sont durs et Grégoire devient un de ces comédiens qui ne jouent pas assez. Obligé de se réorienter, il se fait engager dans

une boîte de doublage où sa voix est enfin reconnue à sa juste valeur. Tout semble s’arranger, mais Grégoire est plus perdu que jamais. Submergé par la marée de personnages qu’il doit créer, habitué de toujours jouer d’autres gens que lui-même, Barrow en vient à se demander qui il est vraiment. Incapable de distinguer l’homme qu’il est au travers de ceux qu’il doit incarner, il part à la conquête de luimême. Aidé par une panoplie de personnages; son père, son ami Siméon, sa patronne et même son chien, Grégoire cherche désespérément son identité. Drôle, La manière Barrow a une façon unique de présenter l’univers du théâtre et les déboires des comédiens. Bien que ce soit le drame d’un seul homme, on se rend vite compte que c’est la présence des autres personnages qui donne toute sa

profondeur à Grégoire et qui lui permet d’exister à part entière. Le hic, c’est que le style d’écriture nous donne parfois l’impression d’avoir manqué une information essentielle au bon déroulement de l’histoire. On revient en arrière, on cherche, mais on se rend compte que non, c’est tout ce qu’il y a. C’est alors à nous de relier les détails semés çà et là pour arriver à voir le produit dans son ensemble. Les bouquins qui nous font travailler un peu l’esprit sont les bienvenus, mais celui-là nous

laisse une légère sensation de ne pas avoir tout compris, comme si on voulait nous laisser croire que l’histoire ne s’arrête pas une fois le livre refermé. Somme toute, Grégoire Barrow et Hélène Vachon réussissent à nous faire décrocher de notre quotidien pour nous faire nous blottir un bref instant dans la chaleur rassurante de leur douce fiction; et c’est tout ce qui compte.

Jessica Pineau

TIRE LE COYOTE MITAN LA TRIBU

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’abord, on toussote un peu, question de déloger la poussière qui nous est entrée au fond de la gorge quand le shérif est passé à toute allure à cheval devant nous. On plisse les yeux pour faire face au soleil de plomb. Bienvenue dans l’univers « Morriconnesque » de Mitan, le dernier-né de Tire le coyote, paru le 22 janvier dernier. Benoît Pinette réussit à nous plonger dans une ambiance folk aux accents western grâce, entre autres, à des arrangements judicieux, laissant une belle part à la pedal steel, à l’harmonica et au violon. Sur ce plan, Calfeutrer les failles est particulièrement bien pensée : l’introduction armée d’un riff enlevant à la guitare cède la place à des sections contrastantes plus lentes et cette variété capte l’attention tout en servant le texte d’une belle façon. Au fond, l’esprit émanant de chacune des chansons dénote une maîtrise des ingrédients nécessaires à ce son particulier; toutefois, cette cohérence n’est en aucun cas synonyme de redondance. Les textes sont porteurs d’une poésie qui étonne; du genre qu’on goûte en lui portant une véritable attention mais qui peut avoir le malheur d’échapper aux oreilles distraites. L’opposition entre le vocabulaire familier et la délicatesse des sentiments exprimés éloigne le quétaine et le déjà-vu qui guettent sournoisement les auteurs de chansons d’amour – dans ce cas-ci, l’embuscade est évitée avec brio. Dans Chanson d’amour en sol standard, l’artiste de Québec déclame : « Te souviens-tu au magasin/Je t’ai trouvé dans l’rayon des soleils/Et depuis j’en ai pour mes sentiments », et en parlant d’un « amour fort comme un tracteur », s’éloigne habilement des clichés du genre. Dans Jésus, l’énumération des malchances de l’amoureux éconduit réussit à faire sourire par sa créativité ( « T’as rempli sa piscine a’t’a poussé dedans », « Tu y’as appris la guit’, a’l’a cruisé l’bassiste »…) mais la finale coup de point a tôt fait de remodeler notre état d’esprit. En somme, Tire le coyote nous livre un album dont les choix artistiques sont assumés, et nous fait passer un agréable moment. On s’immerge dans un décor créé sur mesure pour des chansons bien faites, qui ne méritaient qu’un aussi bon traitement.

3.5/5 Justine Pomerleau-Turcotte


SCIENCES ET TECHNO | IMPACTCAMPUS.QC.CA | MARDI 5 FÉVRIER 2013 Des organes de remplacement sur mesure | 14

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Sciences et techno

Le viagra et la perte de poids PHOTO : PASCAL HUOT

Des chercheurs de l’Université Bonn en Allemagne étudient le lien entre la prise de Viagra et la perte de poids en prévention de l’obésité.

Sophie de la Sablonnière

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out le monde est familier avec le Viagra, cette petite pilule magique qui redonne vie et passion à plusieurs couples, et ce, depuis des années. Le Viagra, aussi appelé sildénafil, est vendu depuis 1998 aux États-Unis. Il s’échange même au marché noir dans plusieurs pays. Le Viagra a d’abord été créé pour combattre l’angine de poitrine. En augmentant la pro-

duction d’une molécule appelée guanosine monophosphate cyclique ( GMPc ), le sildénafil favorise la circulation sanguine. Même si la pilule bleue s’est révélée inefficace contre l’angine de poitrine, elle est devenue le premier médicament vendu pour aider aux troubles d’érections. De plus, elle s’avère aussi utile contre l’hypertension artérielle pulmonaire.

Plus récemment, des chercheurs de l’Université de Bonn, en Allemagne, se sont tournés sur l’effet du Viagra pour contrer l’obésité. Depuis 1980, le taux d’obésité dans le monde aurait doublé. Parmi les adultes de 20 ans et plus, 500 millions d’individus seraient obèses, dont 200 millions d’hommes et 300 millions de femmes. En fait, une personne sur 10 serait obèse. L’obésité est

souvent accompagnée de plusieurs comorbidités telles que les maladies cardiovasculaires, le cancer et le diabète. Les recherches menées en Allemagne sur des souris ayant reçu du Viagra pendant 7 jours consécutif, dévoilent la possibilité d’une autre vertu pour la pilule bleue, déjà bien connue. D’une façon qui demeure non expliquée jusqu’à présent, le médicament convertirait les cellules adipeuses blanches, celles qui emmagasinent la graisse, en cellules adipeuses beiges ( ou brunes ) qui brûlent les gras en les convertissant en chaleur. Lors de l’expérience, les souris sous Viagra étaient aussi

PHOTO : PASCAL HUOT nourries avec un régime hypercalorique qui aurait dû les engraisser. Elles ont pourtant gardé la ligne. Le Viagra réduirait donc le stockage des graisses et limiterait la prise de poids. Par contre, ne courez pas tout de suite chez votre pharmacien ! La recherche en est encore à un niveau préliminaire, bien que très promettant, le Viagra n’avait été testé que sur les souris jusqu’à présent. Les résultats récoltés ont inspiré plusieurs chercheurs et sait-on jamais, peut-être un jour, en plus de raviver l’intimité de certains, le Viagra sera prescrit afin de prévenir l’obésité et d’aider à la perte de poids.

Autant de planètes que d’étoiles dans notre galaxie Un des points fondamental dans la recherche sur l’origine des planètes est de connaître leur nombre. Les astronomes sont confiants de découvrir une planète jumelle à la Terre prochainement, alors qu’une équipe de Caltech ( l’Institut de Technologie de Californie ) vient de publier une étude dans laquelle elles relatent l’existence de plus de 100 milliard de planètes dans notre galaxie, dont 17 milliards de taille similaire à la Terre. « C’est époustouflant », déclare John Johnson, professeur adjoint en atronomie planétaire à Caltech et co-auteur de l’étude. Fondamentalement, c’est l’équivalent d’une planète par étoile! Kepler-32 est une étoile faisant partie des naines M (  ou naines rouges ), une catégorie qui représente plus des trois quarts de toutes les étoiles de notre galaxie.

Valérie Désyroy Chef de pupitre sciences

Des estimations basées sur le système planétaire de Kepler-32 our arriver à ce chiffre, les chercheurs ont étudié le système planétaire de l’étoile Kepler-32, nommée ainsi à cause du téléscope spatial Kepler qui l’a détectée.

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C’est grâce à l’orientation du système planétaire en question que le téléscope Kepler, un photomètre spatial, a pu mettre en évidence l’existence de cinq planètes gravitant autour de Kepler-32. Deux d’entre elles avaient déjà été confirmées par d’autres chercheurs, et l’équipe de Caltech vient d’officialiser les trois dernières. Lorsqu’une des planètes en gravitation passe entre le téléscope et l’étoile, la lumière de cette-dernière est bloquée ( le transit ). C’est en analysant les variations de lumi-

nosité que les chercheurs ont pu calculer le nombre de planètes autour de Kepler-32, leur taille et leur période orbitale. Pourquoi ce système planétaire est-il si important ? L’équipe de Caltech explique que si l’on considère que les naines rouges sont de loin les étoiles les plus nombreuses, les cinq planètes de Kepler-32 pourraient être fort représentatives de la majorité des planètes de la galaxie. De ce fait, ce système pourrait fournir de grandes indications concernant la formation des planètes de manière globale. En combinant le nombre de systèmes planétaires détectés par Kepler avec la probabilité qu’un système soit visible grâce à l’orien-

tation de son plan gravitationnel, comme dans le cas de Kepler-32, les chercheurs sont arrivés au nombre de 100 milliards de planètes peuplant notre galaxie. D’autres études avaient déjà avancé ce nombre, mais c’est la première fois qu’un calcul est réalisé en fonction d’une étude poussée sur les systèmes planétaires des naines rouges. Cette estimation est donc sage, puisqu’elle ne prend pas en considération les planètes en orbite autour d’autres types d’étoiles, ou faisant partie de systèmes différents. Le nombre total de planètes dans notre galaxie pourrait donc en fait atteindre les 200 milliards ! Vers la découverte d’une jumelle de la Terre ? Toujours sur l’analyse des données recueillies par Kepler, on estime le nombre total de planètes de taille terrestre à 17 milliards. Néanmoins, pour que celles-ci puissent humainement être vivables, plusieurs critères doivent être retenus. La planète doit se situer dans la « zone tempérée », ou « zone habitable » : c’est-à-dire à une distance de son étoile qui permette une température ni trop haute ( l’eau se trans-

formerait en vapeur ), ni trop basse ( l’eau gèlerait ). Dans la quête d’exoplanètes - ou planètes extrasolaires - jumelles à la Terre, la majorité de celles identifiées sont de type géantes gazeuses, constituées de gaz et de composés volatils à l’image de Jupiter. C’est probablement le cas des deux planètes les plus éloignées de l’étoile Kepler-32. Toutefois, ces composés ne peuvent exister dans les zones plus chaudes. Les trois autres planètes seraient donc possiblement telluriques, c’est-àdire composées d’un noyau metallique et d’un manteau rocheux, comme la Terre, Vénus ou Mars. Il y a beaucoup d’impatience sur la suite que de tels travaux pourraient engendrer. Jonathan Swift, le chercheur principal de l’étude ne manque pas de souligner que «  c’est une découverte vraiment fondamentale du point de vue des origines », puisque les implications d’une galaxie peuplée de planètes - dont plusieurs similaires à la nôtre - peuvent aller très loin.


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Des organes de remplacement sur mesure L’implantation d’un organe « bioartificiel » serait une première en son genre en médecine régénérative. Les organes pourraient être fabriqués in situ ou en laboratoire. Cette avancée scientifique permettrait de changer l’avenir de bien des gens en attente d’une greffe d’organe.

Catherine Gilbert

S

elon Transplant Québec, 35 coeurs, 61 poumons, 103 foies, 13 pancréas et 231 reins ont été transplantés au Québec en 2011. Ces chiffres semblent positifs, mais ils sont trompeurs. En effet, 59 personnes sont décédées au cours

de l’année 2011 en attente d’un don d’organes et 1264 attendent toujours. Un malade doit attendre en moyenne entre 78 et 750 jours, dépendamment de l’organe dont il a besoin. Cela dépend également de son groupe sanguin et

de la disponibilité de l’organe, et encore là rien ne permet d’affirmer que le corps ne rejettera pas le nouveau venu. Les scientifiques sont en train de mettre en œuvre un moyen d’avoir des organes plus facilement et dont le risque de rejet est quasi inexistant. Ce que s’est : un organe bioartificiel composé de plastique et de cellules du patient. Pour le moment, seules des organes simples, comme des vessies et une trachée, ont

pu être créés et transplantés. Cependant, le New York Times indique que des scientifiques du monde entier sont en train de travailler à la création d’organes plus complexes, tels que rein et foie, à l’aide de ces techniques. Bien loin des machines d’autrefois Le travail de ces ingénieurs de tissus humains n’est pas celui constituant à créer des cœurs ar tificiels incapables de rester longtemps dans un corps. Ils devaient voir plus loin qu’une machine. Ils devaient trouver quelque chose de plus humain. C’est à ce moment, que ces scientifiques ont décidé d’utiliser des cellules souches. Celles-ci sont des cellules capables de se différencier en n’impor te quel type de cellule

du corps. Grâce à elles, les ingénieurs seraient capables de reproduire des organes entiers. Par contre, il s’agit d’un travail difficile et long, mais le Dr. Joseph P. Vacanti, directeur du Laborator y for Tissue Engineering and Organ Fabrication situé au Massachusetts General Hospital, confie au New York Times qu’après 27 ans de travail, il devient plus confiant que c’est possible. Un organe s’il vous plaît ! Si la recherche avance toujours à ce r ythme, un patient apprenant qu’il doit subir une greffe n’aura plus à vivre le stress de l’attente d’un donneur. Il lui suffira de donner quelquesunes de ses cellules et, un peu plus tard, il recevra un rein ou un cœur tout neuf prêt à lui donner une nouvelle vie.


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Défendre son titre à la maison PHOTO : ARCHIVES IMPACT CAMPUS, JOSÉE NORMANDEAU

Selon les informations recueillies à l’aide de nos sources, la formation de football du Rouge et Or serait près d’obtenir la confirmation qu’ils seront les hôtes de la Coupe Vanier 2013 en novembre prochain. Les protégés de Glen Constantin pourraient donc défendre leur titre devant leurs partisans.

Raphaël Bergeron-Gosselin Chef de pupitre sports

L

e Rouge et Or a été l’hôte de la finale du football universi-

taire canadien en 2009 et 2010, mais depuis ce temps, la rencontre était disputée au même endroit que la Coupe Grey. Il s’agissait d’une bonne méthode pour faire augmenter considérablement le nombre de spectateurs. En 2009, 18 826 amateurs s’étaient déplacés à la partie et seulement 16 237 personnes ont assisté à la conquête de la Coupe Vanier en 2010. L’année dernière, au Roger Center de Toronto, une foule record de plus de 37 000 personnes étaient présentes pour voir le Rouge et Or

soulever sa 7e Coupe Vanier. Toutefois, certains croient également que la partie passe inaperçue en raison de toute l’attention consacrée à la Coupe Grey. À moins de 10 mois de la rencontre, il s’agit d’une question de jours ou de semaines avant que l’on apprenne quelle université recevra la prestigieuse rencontre selon Stéphane Jobin, le chargé de communication du Rouge et Or. « Il y a présentement des pourparlers avec le Sport interuniversitaire

canadien ( SIC ), mais à 10 mois de l’événement ça devra se régler rapidement », a-t-il admis. De plus, l’Université McGill n’est plus dans la course étant donné que l’organisation des Alouettes de Montréal ne désire pas les appuyer dans l’organisation avec un si court délai. Nos sources nous ont également informés que quelques universités qui semblaient intéressées n’ont pas soumis leur candidature avant la date limite du 31 janvier. Michel Bélanger, le responsable des relations médias, a également soutenu que le processus était présentement en mode accéléré et qu’une décision sera prise sous peu. « Pour l’instant, il n’y a rien de décidé. Nous ne pouvons pas com-

menter le nombre de candidatures reçues, mais je peux affirmer qu’on s’approche d’une solution », a expliqué Michel Bélanger. L’expérience d’un match en soirée comme l’année dernière lors de la saison régulière nous laisse croire qu’advenant l’obtention de la rencontre, la finale pourrait être disputée sous les étoiles. Cette situation permet également aux téléspectateurs de partout au Canada de pouvoir regarder la rencontre à une heure raisonnable malgré le décalage horaire. Nous devrions donc connaître le lieu exact de la 49e Coupe Vanier d’ici quelques jours et Impact Campus vous fournira tous les détails.

Une semaine en montagnes russes Les Remparts de Québec ont récolté une victoire et ont subi une défaite lors de leurs deux rencontres au Colisée en fin de semaine dernière. Ces résultats portent la fiche des diables rouges à quatre victoires en dix matchs.

Mathieu Turgeon

V

endredi, la troupe de Patrick Roy était de retour à la maison pour recevoir la visite des Voltigeurs de Drummondville. Ces derniers ont été les premiers à s’inscrire au pointage lorsque Guillaume Gauthier a déjoué François Brassard avec seulement 44 secondes d’écoulées. La réplique des Remparts est venue du bâton de Frédéric Bergeron un peu avant le milieu du premier vingt.

En deuxième, Jérémy Beaudry a donné l’avance à Québec jusqu’à ce que Matthew Boudens ramène les deux équipes au point de départ. Le reste de la rencontre a été l’affaire des Remparts avec trois buts, dont les quatrième et cinquième de la saison de Brent Turnbull, pour porter la marque à 4 à 2. Jason Houde a inscrit le but d’assurance dans un filet désert. Dans la

défaite, les Voltigeurs ont effectué quarante lancers sur François Brassard, qui n’a cédé que deux fois. Les Remparts ont lancé vingt fois sur Louis-Philip Guindon, qui a accordé quatre buts. Vingt-quatre heures plus tard, le défi était de taille puisque Québec recevait les tenants du troisième rang au classement

général, l’Armada de BlainvilleBoisbriand. Depuis le départ de Mikhaïl Grigorenko avec les Sabres de Buffalo, les joueurs de la Vieille Capitale venaient au septième échelon du circuit Courteau. L’Armada a ouvert la marque en milieu de première période avec le 14e de la saison de Danick Martel. Nick Sorensen a répliqué peu de temps après, mais Marc-Olivier Roy a redonné l’avance à BlanvilleBoisbriand en avantage numérique avec un peu plus de quatre minutes à jouer en première. À michemin au deuxième vingt, Adam Erne a créé l’égalité avec son 22e but de la saison, lui qui a profité

du départ de Grigorenko comme meilleur pointeur de l’équipe. Le but de la victoire est allé à Marcus Hinds de l’Armada, qui consolide ainsi son emprise sur le premier rang de la division Telus Ouest. Une grosse semaine attend les Remparts avec quatre rencontres au calendrier. Mardi, ils seront à Gatineau et vendredi à Shawinigan. Samedi, les Tigres de Victoriaville seront de passage au Colisée de Québec alors que dimanche, les Cataractes de Shawinigan seront les visiteurs pour une deuxième confrontation entre les deux équipes en trois jours.



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