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N° 22 • Automne 2008

> Darfour CHRONIQUE D’UNE MORT ANNONCÉE

Entretiens ALAIN LAMASSOURE THIERRY ROLAND

L’OSR UN JEUNE ORCHESTRE DE 90 SAISONS

Rencontre LES FRÈRES BOGDANOV BALLADE INTEMPORELLE


Sommaire

Éditorial

N° 22 • Automne 2008 Le Darfour à la dérive . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 04 Survivre à la paix au Sud-Soudan . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 07 Darfour Chronique d’une mort annoncée . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 10 L’homéopathie pour animaux : une réalité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 14 Le bonheur est dans le pied ! Et dans les bains de mains ! . . . . . . . . . P. 18 2 trucs intelligents à faire suivre . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 21 Entretien avec Thierry Roland . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 22 Le tour du monde des marathons : Boston. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 26 De l’opportunité fiscale de s’installer à l’étranger . . . . . . . . . . . . . . . . P. 30 Les 50 ans de la 5e République. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 36 Bronislaw Gérémek est mort . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 39 Entretien avec André Lamassoure. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 40 Information . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 43 Le hasard fait bien les choses . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 44 Faire rimer Jeunesse et Avenir ?. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 48 La Fnac s’installe en Suisse alémanique . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 50 Il était une fois . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 54 L’OSR, un jeune orchestre de 90 saisons. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 62 Mes années cannibales . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 66 Igor et Grichka Bogdanov Ballade intemporelle . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 68 Marianne Shaw la fille de l’air . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 74 L’Abbaye d’Ambronay ou l’histoire d’une reconversion réussie. . . . . . P. 78 Alain Baraton . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 82 École dans la ville école de vie . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 86 “Histoire de la Prusse” . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 90 La cuisine du gibier à poil d’Europe. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 92 Bridge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . P. 94

Expatria Cum Patria Association nationale des Français établis hors de France - Loi 1901 Président-Fondateur : Serge-Cyril Vinet Vice-Président : Jean-Jacques Poutrieux Secrétaire Général : Marie-Thérèse Clausen

Éditeur, Directeur de la Publication, Rédacteur en chef Serge Cyril Vinet Éditorialiste Thierry Oppikofer Directeur de la Communication Victor Nahum Directeur du Comité de Rédaction Bernard Daudier Edito : Thierry Oppikofer Santé animale : Dounya Reiwald Santé prévention : Jean-Jacques Descamps Evasion : Patrick Blaser Vivre à l’étranger : Pascal Bardoux Expatria Cum Patria : Coralie Masle-Callu Intime conviction : Samira Aguerguan J’aimerais vous dire : Serge Cyril Vinet Implantation francophone : Didier Assandri Le saviez-vous ? : Daniel A. Sijerols Anniversaire : Kathereen Abhervé Exposition : Corinne Charles Le billet de Dany : Dany Vinet Rencontre : Anne Catelain-Le Du Carnets de voyage : Kathereen Abhervé Art de vivre : Véronique Bidinger Peinture : Robert Berghe Histoire : Dominique Ortiz Gastronomie : Jean-Jacques Poutrieux Bridge : Yorick Cazal Régie publicitaire Daedalus Publi FM Conception graphique Raphis > 06 62 30 14 53 Imprimerie Weber Color SA Tirage : 80.000 exemplaires vérifié par attestation notariale

a Coupe du monde de football s’est déroulée sans incident, en Suisse et en Thierry Oppikofer Autriche. Malgré – ou à cause – de cela, les médias se sont emparés de toute une série d’épiphénomènes pour remplir les colonnes de pages spéciales qu’ils avaient probablement trop généreusement planifiées. Parmi les divers sujets spéciaux ou spécieux, la fameuse polémique de portée internationale – c’est le cas de le dire – sur l’obligation ou non d’arborer le drapeau suisse lorsqu’on est étranger et qu’on affiche son propre pavillon à son balcon ou à sa fenêtre. Doctement, un quotidien populaire nous a expliqué à cette occasion que cette obligation n’existait pas, et s’est interrogé sans succès sur l’origine de la « rumeur » qui, paraît-il, semait la perplexité à l’approche de la grand-messe sportive. Nous avons des journalistes d’investigation. En tout cas, ceux que nous méritons, si l’on en croit l’adage. Nous apprîmes donc que le fils d’un restaurateur italien de Lancy « refusait que sa mère affiche le drapeau suisse au côté de la bannière vert-blanc-rouge ». On nous expliqua que « les Portugais, souvent doubles-nationaux ou couples mixtes, ne rechignent pas à suspendre les deux drapeaux », on interrogea enfin un fonctionnaire facétieux qui estima « indispensable de chanter le Cantique suisse (hymne national) tous les matins sur son balcon, sous peine d’amende ». Au passage, un reporter inspiré lança l’idée que s’il y avait peu de drapeaux français aux fenêtres, c’était par crainte du fisc hexagonal qui pourrait ainsi repérer les lieux où habitent les exilés; il serait peut-être utile de signaler à ce jeune homme que nous sommes au XXIe siècle et que la consommation excessive de certains produits dérivés du chanvre indien n’est pas dangereuse que pour la conduite d’un véhicule. En conclusion, le journal suggéra à chacun d’arborer le drapeau qu’il voulait. A aucun moment et nulle part, l’un de nos éminents confrères n’a eu l’idée de regarder vers ce beau Lac qui unit France et Suisse. Il aurait pu remarquer que les bateaux de la CGN portent les deux pavillons, selon la tradition diplomatique et marine qui veut que l’on arbore son drapeau national et, par courtoisie, celui du pays dans lequel on se trouve, qu’on visite ou dont on reçoit un représentant. Désuet, sans portée, anecdotique, cet usage ? Sans doute, surtout lorsqu’il s’agit finalement de manifester son appui à onze ou vingt-deux athlètes qui tapent dans un ballon. Mais la courtoisie, la reconnaissance de l’autre, le respect témoigné à l’invité, à l’adversaire, au rival – qu’il se manifeste de façon solennelle ou bon enfant – reste une valeur ancrée chez ce qu’on appelle les gens civilisés. C’est un héritage qu’on devrait conserver avec davantage de soin. Derrière les deux drapeaux de la famille portugaise, et sans qu’elle le sache peut-être, il y a un peu du souvenir de Vasco de Gama.

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Oriflammes


Humanitaire >>

Le camp de Gereida et d’autres camps de fortune ont récemment accueilli de nouveaux arrivants, qui redoutent de nouvelles attaques ; parmi eux, de nombreuses personnes âgées.

Des combattants de l’Armée de libération du Soudan assistent à une séance d’information sur le droit humanitaire organisée par le CICR à Durum.

La formation des agents communautaires de santé vétérinaire est destinée aux gardiens de troupeau, pêtres et nomades qui parcourent des distances considérables afin de suivre un cours de base dispensé par le CICR.

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Humanitaire

Le Darfour à la dérive

Dans des zones isolées de Darfour, une équipe chirurgicale mobile du CICR apporte des soins vitaux aux soldats comme aux civils.

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Humanitaire >>

a situation continue à se dégrader au Darfour. L’insécurité est encore montée d’un cran au cours des derniers mois, privant de nombreux habitants de leurs moyens d’existence et d’une assistance vitale.En raison du conflit interne, des populations entières continuent à être déplacées, ce qui empêche les cultivateurs d’ensemencer leurs champs tout en perturbant l’accès aux marchés et aux services de santé. Face à l’ampleur des besoins, le CICR et ses partenaires du Mouvement de la CroixRouge et du CroissantRouge ont mis sur pied une opération d’assistance massive, la plus importante du Mouvement à l’heure actuelle. « Être du Darfour aujourd’hui - quelle que soit votre origine ethnique - signifie survivre dans une insécurité totale, à mille lieues des déclarations des diplomates. Cela signifie la douleur d’avoir tout perdu hier, la crainte de l’insécurité aujourd’hui et l’incertitude pour demain. Cette situation terrible ne peut être réglée que par des moyens politiques. En attendant, une action humanitaire authentiquement indépendante et neutre est plus nécessaire que jamais, mais les conditions sont de plus en plus dangereuses », explique Jacques de Maio, chef des opérations du CICR pour la Corne de l’Afrique. De fait, les conditions de sécurité sont de plus en plus précaires pour les humanitaires engagés au Darfour. Plusieurs employés d’agences

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humanitaires ont été tués ou blessés lors d’attaques. En août, un employé du CICR a été enlevé, puis tué. Bien que l’accès à certaines régions soit intermittent, le CICR poursuit ses activités dans les trois États du Darfour. La priorité absolue consiste à aider les résidents et les personnes déplacées dans les zones rurales, notamment en leur fournissant des semences, des outils et des secours appropriés à leurs besoins. L’approvisionnement en eau, ainsi que des programmes médicaux ne

sont pas moins vitaux. Des millions de personnes sont déplacées à l’intérieur du pays, tandis que 220 000 personnes ont cherché refuge au Tchad. Dans la région du Darfour Sud, plus de 100 000 personnes déplacées vivent dans des camps de fortune qui s’étendent sur plusieurs kilomètres carrés autour de la ville de Gereida. Un programme de nutrition y est mené avec les Croix-Rouge britannique et australienne. Une équipe chirurgicale de quatre personnes est basée à Nyala et peut être déployée en quelques heures dans les zones d’affrontement pour soigner soldats et combattants blessés de toutes les parties du conflit. Le CICR a renforcé son soutien aux campagnes de vaccination menées par le ministère de la Santé soudanais, ainsi que ses programmes vétérinaires, afin de pallier les carences et d’encourager l’autosuffisance des populations. Pour soulager les épreuves de la population civile, le CICR maintient un dialogue confidentiel avec toutes les parties, à tous les niveaux, afin de leur rappeler leur obligation, au regard du droit international humanitaire, de veiller à ce que les civils soient protégés. Le conflit du Darfour a dispersé de nombreuses familles. Rechercher les personnes disparues et aider celles qui sont séparées à communiquer entre elles - et si possible à se regrouper - est un travail de longue haleine qui s’opère avec le soutien effectif du Croissant-Rouge soudanais. En l’absence de perspective d’apaisement, le Mouvement est plus que jamais mobilisé pour faire face à une urgence qui dure. JEAN-FRANÇOIS BERGER RÉDACTEUR EN CHEF CICR DE CROIX-ROUGE, CROISSANT-ROUGE

Cet homme fait partie des 100 OOO personnes déplacées vivant dans le camp de Gereida, au Darfour Sud.

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Humanitaire

L’hôpital universitaire de Juba.

LA GUERRE CIVILE QUI A PRIS FIN EN 2005 APRÈS AVOIR RAVAGÉ LE SUD DU SOUDAN PENDANT 22 ANS, A LAISSÉ DES SÉQUELLES PHYSIQUES ET PSYCHOLOGIQUES DURABLES, SURTOUT POUR LES PAUVRES, COMME L’A MONTRÉ UNE VISITE EFFECTUÉE AU DÉBUT DE L’ANNÉE À L’HÔPITAL UNIVERSITAIRE DE JUBA, LA CAPITALE DU SUD DU PAYS.

Survivre à la paix au Sud-Soudan n cette chaude matinée de janvier, l’hôpital universitaire de Juba (le “ JTH ”, comme tout le monde l’appelle ici), d’une capacité de 500 lits, semble encore plus grouillant d’activité que d’habitude. Une section de quarantaine a été créée pour des malades soupçonnés de souffrir du choléra. Les ailes médicales et pédiatriques sont surpeuplées, et dans la salle des urgences, le personnel soigne les victimes d’un accident de la route, le premier de la journée. Des patients épuisés gisant sur des lits métalliques, dans des salles à la peinture écaillée, les nuages de poussière soulevés par le balai des nettoyeurs dans les couloirs, la multitude d’effluves dans l’air : tout cela

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donne une petite idée de la dévastation que peut apporter un conflit à une société déjà appauvrie, même longtemps après la fin des hostilités. Parmi les patients dans les services de chirurgie, plusieurs hommes blessés par balle et un autre, par une lance. Une femme du nom de Larisa, amputée d’une jambe, allongée dans son lit, vaporise du parfum bon marché sur son moignon pansé. A ses côtés, une femme et son bébé, blessés tous deux pendant un affrontement intertribal dans leur village. Le service de pédiatrie est débordé. Des mères sont allongées, serrées l’une contre l’autre sur les lits éraflés, berçant des enfants malades, d’autres sont assises sur >>


Humanitaire Préparer l’avenir • Le ministère de la Santé du gouvernement du Sud-Soudan est responsable du JTH et s’apprête à engager une société qui administrera l’établissement à long terme. • Les ressources financières nécessaires au JTH sont garanties par l’allocation, décidée par le gouvernement, de 220 millions de dollars pour les trois ans à venir pour le secteur de la santé. • Le recrutement du personnel spécialisé pour les principaux départements (médecine générale, pédiatrie et gynécologie) est maintenant achevé, avec l’engagement de médecins soudanais. • Les conditions sont maintenant réunies pour que le CICR se retire à la fin de 2008.

>> des couvertures à même le sol, si serrées qu’il est difficile de progresser sans poser le pied sur un enfant prostré. Dans tout ce chaos, des enfants atteints de paludisme et de diarrhée gisent, immobiles, reliés à des goutte-à-goutte, sur des couvertures grises de l’armée ou sur des tissus de coton délavés. Les pleurs couvrent le bruit des conversations. Un seul infirmier est de service : Patrick, étudiant en médecine de première année. Le CICR soutient le JTH depuis 14 ans. Des dizaines de chirurgiens, anesthésistes, médecins, infirmières et administrateurs ont travaillé ici pour épauler le personnel soudanais (près de 1 000 employés), enseigner à l’école d’infirmiers et apporter un soutien administratif. Le CICR continue à fournir la totalité des médicaments et des fournitures médicales, des réactifs pour le laboratoire et des articles non médicaux : pansements, gants chirurgicaux, draps et uniformes d’infirmières. Aujourd’hui, cependant, deux ans après la fin de la guer-

Un médecin du CICR opère un genou.

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re, le CICR a commencé à réduire son soutien, et en décembre 2007, il s’est retiré du JTH, passant le relais au ministère de la Santé du gouvernement du Sud-Soudan. Cette perspective angoisse le directeur de l’hôpital, Samuel Salyi. « Rome ne s’est pas faite en un jour, dit-il. Les gens émergent de la guerre, et il faut du temps pour que les choses changent ; ils sont toujours traumatisés. » La Banque mondiale, par l’intermédiaire de son Fonds d’affectation multidonateurs, verse maintenant des millions de dollars pour la remise en état de l’hôpital. Mais c’est le personnel, plus encore que les infrastructures, qui préoccupe Samuel Salyi. « Les médecins de la diaspora sont toujours réticents à revenir au pays », explique-t-il d’une voix où pointe la désillusion. Lui-même n’a pas quitté Juba pendant toute la guerre. L’unique radiologue de l’hôpital est resté, lui aussi. Lorsque les combats ont éclaté en 1983, il a emmené sa famille en Ouganda, puis il est revenu à son poste pendant toute la durée de la guerre. « Les besoins augmentent, affirme-t-il. Il y a davantage de véhicules dans les rues, et donc plus d’accidents. Par ailleurs, la population est plus nombreuse, nous faisons 30 radios par jour. » Il craint aussi que les anciens comme lui ne soient pas remplacés par du personnel plus jeune. « J’ai parlé aux autorités, explique-t-il, et je leur ai demandé de nous envoyer des jeunes, car nous, les anciens, on disparaît peu à peu. » De nombreux collaborateurs, marqués par le conflit, semblent frappés d’un profond malaise. « Certaines de nos infirmières ont perdu leur mari pendant la guerre et elles élèvent seules leurs enfants », explique sœur Christine Akongo, une nonne qui travaille ici depuis de nombreuses années. L’absentéisme est important, car le personnel cherche à compléter son revenu par un deuxième emploi, ou à cultiver des vivres pour nourrir sa famille. « La guerre a abîmé l’âme des gens », dit Louise Vuillermin, responsable de projet CICR , l’une des 15 expatriés qui travaillent actuellement au JTH. L’hôpital est administré par le gouvernement ; le CICR joue un rôle d’appui. L’équipe ne peut guère qu’encourager ses homologues soudanais à prendre leur tâche plus


Humanitaire au sérieux. Mais Claire Gripton, infirmière en chirurgie, pose la question cruciale : « Comment motiver des gens qui ont perdu l’espoir ? » Dans un contexte où la prise en charge attentive du patient n’existe pas, la moindre petite amélioration est une grande victoire. Voir une fillette tuberculeuse de 9 ans s’asseoir et s’intéresser à ce qui l’entoure après une longue période de léthargie, par exemple, éclaire une journée entière. Savoir que la mortalité infantile dans le service de pédiatrie a baissé de 7 à 5 % suscite un soupir de soulagement. Voir le plaisir sur les visages des patients qui assistent à une projection du Roi Lion est un moment à savourer. Patrick, l’étudiant de 21 ans du service de pédiatrie, confie qu’il a choisi la carrière médicale alors qu’il était en exil en Ouganda et collaborait à des campagnes sur le VIH/sida. Il est revenu en 2005 pour revoir son père, dont il était séparé depuis plus de 15 ans, et s’est inscrit peu de temps après à l’école d’infirmiers du JTH. « C’est moi qui ai décidé de rentrer, explique-t-il. Au fond de mon cœur, je veux aider les autres. » Aux urgences, une foule de personnes attendent. C’est maintenant la fin de l’après-midi, mais il y a autant de monde que ce matin. A l’ombre d’une véranda, une vieille femme agonise, la tête sur les genoux de son fils.Les victimes d’un nouvel accident de la route attendent qu’on s’occupe d’elles ; sous un arbre, la famille d’un patient prépare le repas sur un feu de bois et s’apprête à passer la nuit sur place. Ces scènes d’intimité à l’heure du crépuscule rappellent les paroles de William Penn : « Je ne parcourrai qu’une fois le chemin de la vie, et si je puis faire le bien ou témoigner de la compassion à mon prochain, c’est aujourd’hui qu’il faut agir, car je ne repasserai plus par ce lieu. » Ces paroles semblent avoir été écrites pour les nombreux hommes et femmes, délégués CICR et Soudanais, qui ont tant donné d’eux-mêmes pour aider les victimes de la longue guerre civile soudanaise, et qui les aident désormais à survivre à la paix. Le mot de la fin revient à une infirmière norvégienne du JTH, Turid Andreassen : « Pour faire ce travail, on utilise non seulement tout son savoir-faire d’infirmier, mais aussi tout son bagage d’être humain. » JESSICA BARRY

Vue générale du camp de Gereida, au Darfour Sud.

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Humanitaire Jakob Kellenberger, président du CICR, visite Gereida, un camp pour personnes déplacées situé au Soudan (février 2007). Ce camp héberge environ 90 000 personnes dont certaines depuis déjà deux ans ; le CICR y distribue de la nourriture, de l’eau et des soins.

Darfour Chronique d’une mort annoncée

LE DARFOUR, PROVINCE OCCIDENTALE DU SOUDAN, VIT DEPUIS PLUS DE QUATRE ANS LES AFFRES D’UNE GUERRE CIVILE QUI A ESSAIMÉ PLUS D’UN MILLION DE DÉPLACÉS INTERNES, SELON LA TERMINOLOGIE DU HAUT COMMISSARIAT DES NATIONS UNIES POUR LES RÉFUGIÉS (HCR), ET AURAIT CAUSÉ LA MORT DE 200 000 PERSONNES. CE PAYS, GRAND COMME QUATRE FOIS LA FRANCE, CONTINUE D’EXPORTER PLUS DE 70%(1) DE SON PÉTROLE VERS LA CHINE, QUI VIENT DE NOMMER UN REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR L’AFRIQUE ET DONT LA PREMIÈRE MISSION SERA CONSACRÉE AU DARFOUR. AU NORD, LES PAYS EXPORTATEURS D’ARMES NOURRISSENT LA VIOLENCE, MALGRÉ LE DROIT HUMANITAIRE. À GENÈVE, LE PRÉSIDENT DU COMITÉ INTERNATIONAL DE LA CROIX-ROUGE (CICR), JAKOB KELLENBERGER, DÉFEND INLASSABLEMENT LE DROIT INTERNATIONAL HUMANITAIRE « POUR PROTÉGER LA VIE ET LA DIGNITÉ DES CIVILS ».

> Kaële : Pouvez-vous nous expliquer les conséquences humanitaires du conflit au Darfour ? Jakob Kellenberger : Être darfourien aujourd’hui, indépendamment de l’origine ethnique, signifie souvent survivre dans un environnement d’insécurité. Les communautés rurales ont été particulièrement touchées. Les moyens d’existence

de la population sont menacés par le pillage, une liberté de mouvement restreinte et le manque d’accès aux services médicaux et vétérinaires essentiels. Des mécanismes de survie, tels que le petit commerce, sont mis à mal par la destruction des cultures et l’instabilité des lignes de front. L’insécurité touche également les civils qui ont fui leur

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village en quête d’une relative sécurité dans les camps pour personnes déplacées à l’intérieur du pays. Malgré la réduction des confrontations militaires ces derniers mois, il n’y a pas eu une amélioration globale sur le plan de la violence et de l’anarchie. Le personnel humanitaire a donc plus de difficultés à atteindre les victimes. Ce drame


Humanitaire

> K. : Considérez-vous que nous soyons en présence d’un génocide ? J. K. : Le CICR a notamment pour mandat d’œuvrer à la compréhension et à la diffusion du droit international humanitaire, tout en menant une action humanitaire indépendante et neutre. En revanche, le CICR n’a pas pour vocation de se prononcer sur l’existence ou non d’une situation de génocide. La Commission d’enquête instituée par la résolution 1564 du Conseil de sécurité des Nations unies a conclu en 2006 qu’il n’y avait pas de génocide au Darfour. Quelle que soit la qualification de la situation dans la région, la violence engendre toujours des souffrances. > K. : Quelles sont les marges de manœuvre du CICR ? J. K. : En collaboration avec le Croissant-Rouge soudanais et d’autres sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, le CICR n’a cessé de renforcer son action face à la crise, surtout dans les zones reculées. Le dialogue confidentiel que nous entretenons avec toutes les parties du conflit nous permet d’avoir l’accès aux victimes nécessaire pour pouvoir continuer notre travail et acheminer l’aide là où elle est la plus urgente. Malgré l’insécurité qui prévaut dans de nombreuses régions du Darfour, le CICR est encore présent dans ses trois États. Bien que toutes les parties du conflit acceptent, dans l’ensemble, la présence du CICR au Darfour, cela ne signifie pas pour autant que le personnel de l’institution ne court aucun risque d’attaque. Le grand problème, c’est le banditisme et la criminalité. J’insiste donc sur la nécessité de respecter la mission du CICR. > K. : Vous avez effectué trois visites au Darfour depuis 2004. Qu’avez-vous pu constater de l’évolution du conflit ?

J. K. : Je suis retourné au Soudan en février, principalement pour voir comment la situation avait évolué depuis ma dernière visite en 2004. J’ai rencontré des représentants des autorités locales, des commandants rebelles et des chefs de tribus et de communautés. J’ai été très inquiet de voir à quel point les conditions de sécurité étaient devenues précaires dans de nombreuses régions. Je l’étais plus encore de voir les terribles souffrances endurées par la population civile dans toute la région. Et j’étais frustré de constater les difficultés auxquelles le CICR et d’autres organisations humanitaires se heurtent alors qu’ils essaient d’apporter de l’aide. Ce sont des préoccupations dont j’ai fait part à toutes les personnes que j’ai rencontrées sur le terrain, mais aussi aux ministres du gouvernement et à d’autres personnes, à mon retour à Khartoum.

droit international humanitaire, de veiller à ce que les civils soient protégés. Le CICR continue à suivre de près les violations du droit et à les porter à l’attention des autorités et parties concernées, conformément aux modalités de travail habituelles de l’institution. Là où il y a des problèmes, nous demandons qu’ils soient résolus. C’est la responsabilité des parties de respecter ce droit qui a pour but de protéger la vie et la dignité des civils. > K. : Comment jugez-vous la responsabilité de la communauté internationale ? J. K. : Selon les Conventions de Genève, les États ont l’obligation non seulement de respecter les règles du droit international humanitaire (DIH), mais égaIement de les faire respecter par d’autres. Un meilleur respect du DIH par toutes les parties impliquées dans le conflit au Darfour aura un effet positif et immédiat sur la population.

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humain ne peut être réglé que par des moyens politiques.

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Les conditions de sécurité de plus en plus précaires pour les humanitaires ont eu un impact très négatif sur leur capacité d’agir.

> K.: Le CICR porte assistance à plus de 300 000 personnes, il y aurait plus d’un million de déplacés internes. Quels moyens de pression avez-vous pour obtenir que la population civile du Darfour soit mieux protégée ? J. K. : Il est vrai que la situation des déplacés mais aussi des autres civils touchés par la crise actuelle est inquiétante. Si les conditions de sécurité ne sont pas réunies, il y a peu d’espoir de voir ces personnes retourner un jour dans leur village. Pour y parvenir, toutes les parties du conflit doivent pleinement respecter les règles du droit international humanitaire. Pour soulager les épreuves de la population civile, le CICR maintient un dialogue confidentiel avec toutes les parties, à tous les niveaux, afin de leur rappeler leur obligation, au regard du

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> K. : Aujourd’hui, quelles informations vous parviennent du terrain ? J. K. : Les affrontements et les mauvaises conditions de sécurité dans de nombreuses régions vulnérabilisent encore davantage la population civile. Les conditions de vie sont de plus en plus difficiles pour les millions de personnes qui ont été forcées de quitter leur foyer depuis le début du conflit. L’accès aux victimes devient de plus en plus difficile aussi. Dans certaines zones, la distribution d’aide humanitaire a été interrompue à cause des incidents de sécurité. Comme vous voyez, il n’est pas facile de travailler dans un contexte où même les humanitaires, en violation des règles du droit international huma- >>


Humanitaire >> nitaire, sont souvent pris pour cibles. > K. : Selon vous, pourquoi le conflit soudanais ne mobilise-til pas les États occidentaux comme le font les guerres au Moyen Orient ? J. K. : Le conflit et la situation humanitaire du Darfour continuent pourtant à attirer l’attention internationale. Le niveau de financement du CICR montre qu’il y a un intérêt pour secourir les victimes de ce conflit. > K. : Malgré la présence d’organisations humanitaires au Soudan, la situation ne s’est, semble-t-il, pas améliorée. Quel constat tirez-vous de ce que l’on pourrait considérer comme un échec de l’intervention humanitaire ? J. K. : Je ne parlerais pas d’un échec, mais il est vrai que les conditions de sécurité de plus en plus précaires pour les humanitaires ont eu un impact très négatif sur leur capacité d’agir. Plusieurs employés d’agences humanitaires ont été tués ou blessés lors d’attaques. En l’absence de perspective d’apaisement, le CICR et le Croissant-Rouge soudanais sont plus que jamais mobilisés pour faire face à une urgence qui dure. Mais l’action humanitaire seule ne suffit pas. La situation ne peut être résolue que par des mesures politiques. > K. : Quelles sont les actions du CICR au Soudan ? J. K. : À partir du début de 2004, les besoins cruciaux de la région du Darfour ont fait de l’action menée au Soudan la plus importante opération du CICR dans le monde. Depuis 2004, une réponse structurée a été élaborée sur la base d’un dispositif diversifié et d’une logistique solide, avec des programmes allant de la protection à plusieurs formes d’assistance : aide alimentaire, approvisionnement en eau et fourniture de soins médicaux. Au Darfour, en 2006, l’institution a distribué en

moyenne 19 000 tonnes de vivres par mois à environ 177 000 personnes, dont un tiers étaient des déplacés internes. La majeure partie de la nourriture a été remise aux personnes vulnérables résidant dans des régions rurales éloignées, dans le but d’éviter qu’elles ne viennent grossir les rangs des personnes déplacées vivant dans des camps déjà surpeuplés. Les ingénieurs du CICR ont alimenté en eau plusieurs camps pour déplacés internes et diverses zones urbaines, et ils ont réparé les réseaux d’approvisionnement en eau de quatre villes. En 2006, des centaines de pompes à eau ont été réparées, plus d’une cinquantaine de puits ont été creusés ou nettoyés. Le CICR a également modernisé quatre hôpitaux et douze centres de soins de santé primaire auxquels il a fourni une assistance médicale et du personnel. En 2006, l’équipe chirurgicale du CICR a été déployée 60 fois et a procédé à presque 500 opérations. Des centaines de milliers de chameaux et de bovins ont été vaccinés et du matériel agricole distribué à

des milliers de personnes. Le conflit du Darfour a dispersé de nombreuses familles. Rechercher les personnes disparues et aider celles qui sont séparées à communiquer entre elles - et si possible à se regrouper - est un travail de longue haleine qui s’opère avec le soutien efficace du Croissant-Rouge soudanais. > K. : Le CICR gère-t-il les camps de déplacés ? J. K. : Le CICR ne gère pas les camps de déplacés. Cette tâche revient aux autorités sur place. Néanmoins, le CICR a entrepris des activités pour fournir les moyens de survie pour les populations déplacées, là où les autorités ne sont pas en mesure de le faire. Au début de la crise en 2004, le CICR a commencé à travailler dans les camps pour personnes déplacées au Darfour, mais comme d’autres organisations sont arrivées pour aider les déplacés, nous nous sommes progressivement concentrés sur les zones rurales où il ya très peu d’organisations humanitaires, afin de porter

Violation de l’embargo sur les armes au Soudan

D

ans un rapport publié le 8 mai dernier, Amnesty International révèle que l’embargo des Nations unies sur les transferts d’armes aurait été violé entre janvier et mars 2007 par le gouvernement soudanais, et détaille les types d’armes fournis au Soudan par la Chine et la Russie, rappelant que ces deux pays (qui ont démenti ces accusations) sont « membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies. Cet armement a lui aussi servi à violer l’embargo, pourtant décrété par le Conseil de sécurité. » À l’appui, Amnesty publie des photos dont celles d’un hélicoptère d’assaut (type MI-24) à l’aéroport de Nyala au Darfour (mars 2007). Selon le rapport, le Soudan a importé de la Chine pour 24 millions de dollars d’armes et de munitions, la Russie pour 21 millions de dollars d’équipements aériens. L’organisation non gouvernementale dénonce « la formulation assez vague de l’embargo du Conseil de sécurité des Nations unies concernant le Darfour, et l’absence d’un mécanisme suffisamment efficace pour le suivi, le contrôle et les rapports publics, certains États et personnes peuvent violer cet embargo en toute impunité. » Amnesty International appelle la communauté internationale à renforcer l’application de l’embargo et à réduire les flux d’armes à destination du Darfour, et milite depuis 2003 pour un traité mondial sur le commerce des armes « afin d’empêcher que ces dernières alimentent des conflits aussi catastrophiques. » Le rapport en anglais sur : http ://web.amnesty.org/library/index/engafr540192007

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Humanitaire

assistance aux personnes vivant encore dans leur village. C’est une priorité pour nous d’aider les gens à rester chez eux afin qu’ils ne rejoignent pas les camps. Nous soutenons les résidents et les personnes déplacées dans les zones rurales,notamment en leur fournissant des semences, des outils et des secours appropriés à leurs besoins. L’approvisionnement en eau ainsi que des programmes médicaux sont non moins vitaux . Fin janvier, nous avons exceptionnellement décidé de reprendre en charge dans le camp de déplacés de Gereida l’approvisionnement en eau et en vivres, la supervision des services sanitaires, la gestion des déchets, la provision de soins de santé primaire et la gestion d’un programme de nutrition en collaboration avec les Croix-Rouge britannique et australienne. Cette décision était prise suite au départ des autres organisations humanitaires qui ont dû quitter la ville après un incident de sécurité grave. > K. : Quelles mesures politiques pourraient mettre un terme au conflit ?

J. K. : Il faut des mesures qui promettent de réconcilier les aspirations politiques et économiques du gouvernement central et des groupes d’opposition au Darfour. Toute solution politique doit être en accord avec les droits de l’homme et le droit international humanitaire. > K. : Selon vous, comment faut-il envisager l’avenir ? J. K. : Il y a pour le moment peu de signes d’une solution politique solide et la fragmentation des groupes armés complique encore un contexte déjà dangereux. Un banditisme accru, la fragmentation des groupes armés, les accrochements entre les forces gouvernementales et les groupes rebelles non signataires ainsi que les luttes tribales s’inscrivent en toile de fond d’un conflit local de plus en plus politisé et d’un état grandissant d’anarchie. Les rivalités pour les terres et les ressources d’eau continuent d’alimenter la violence et les confrontations armées au sein des trois provinces. > K. : Vous êtes le président du Comité international de la

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À Abata, région isolée au pied du Jebel Mara, des bénéficiaires de l’aide du CICR attendent la distribution de la nourriture (mai 2006). Des groupes armés entretiennent l’insécurité, ce qui a rendu impossible toute plantation agricole au cours de la dernière saison.

Croix-Rouge depuis 2000. Quel bilan tirez-vous de ces sept années ? J. K. : Je me suis rendu compte qu’il est possible, malgré toutes les difficultés, d’améliorer la vie de millions de personnes particulièrement vulnérables par une action humanitaire déterminée. > K. : Humainement, qu‘avezvous appris sur vous-même et le monde qui vous entoure ? J. K. : Pour ce qui est du monde, la proximité du pire et du meilleur. Sur moi-même : une volonté forte basée sur des convictions solides est utile, aussi dans cette fonction. FABIEN FRANCO


Santé animale

L’homéopathie pour animaux

une réalité LA MÉDECINE ALTERNATIVE NOUS SUBMERGE AUJOURD’HUI DE MÉTHODES DE GUÉRISONS DIVERSES. LA MÉDECINE VÉTÉRINAIRE EN EST AFFECTÉE DE MÊME : L’ACUPUNCTURE, LA PHYTOTHÉRAPIE, L’HOMÉOPATHIE, LES FLEURS DE BACH, LES TERMES N’EN FINISSENT PLUS ET L’ON NE SAIT PLUS TROP QUE PENSER. QUELLE SIGNIFICATION CELA A-T-IL D’AMENER SON CHIEN CHEZ UN HOMÉOPATHE, OU DE FAIRE VENIR UN SPÉCIALISTE EN HOMÉOPATHIE POUR SON CHEVAL ? QUELLES SONT LES DIFFÉRENCES FONDAMENTALES ENTRE LA MÉDECINE CONVENTIONELLE ET LA MÉDECINE ALTERNATIVE ?

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n temps que spécialiste en homéopathie et médecine comportementale chez les animaux, je vais me contenter de préciser les particularités de ces deux disciplines, tout en décrivant brièvement les autres médecines alternatives dans l’encadré. L’homéopathie n’arrête pas d’être accusée de sorcellerie, de placebo, de charlatanerie. L’incompréhension de certains phénomènes physiques nous amène à douter de la vérité de certaines réalités. L’homéopathie se base sur la croyance à une énergie inhérente à chaque être vivant, permettant la vie et la survie de cet être. D’après le fondateur de l’homéopathie Samuel Hahnemann, docteur et chimiste du

E


Santé animale 19e siècle, cette énergie s’appelle “Lebenskraft”, ou énergie de vie. Les médicaments homéopathiques ne sont donc pas décelables avec un PCR ou d’autres moyens chimiques ou physiques contemporains. Ils sont dilués au delà du nombre d’avogadro, et ne se retrouvent donc plus dans le liquide représentant le médicament. Cela pose évidemment problème à nos cervelles rationelles et sceptiques. L’effet placebo, de son côté, représente une réponse positive du corps à un médicament exempt de principe actif, soit de contenu. Le corps réagit donc par soi-même à une impulsion inconnue. Dans ce sens, l’homéopathie peut en effet être appelée traitement placebo, car c’est exactement ce qu’elle fait : elle donne l’impulsion au corps de rassembler ses forces immunitaires afin de guérir. Elle lui donne cette possibilité grâce à un médicament qui va agir au niveau de l’énergie globale, de la “Lebenskraft” ou énergie de vie. Le médicament homéopathique va en effet entrer en résonance avec les cellules du corps vivant, tout comme un diapason entre en résonance avec un autre et adopte le même ton. La biologie déborde de phénomène oscillatoires qui ne peuvent être abordés avec nos instruments de mesure actuels. Les rythmes circadiens chez les animaux ou la fréquence du cœur sont d’autres phénomènes témoignant de la résonance et de la sensibilité des systèmes biologiques. Ces systèmes sont complexes et difficilement décryptés par des moyens d’analyses souvent adaptée à une technologie “human made”, incapables d’atteindre le niveau de sensibilité nécessaire. Au temps de la découverte de l’homéopathie, la mécecine conventionelle ne traitait pas ses malades de main morte. Beaucoup de patients mouraient de leur traitement. L’homéopathie doit également son succès aux réactions secondaires légères qui la caractérise. La grande différence entre une méthode alternative ou complémentaire et la médecine conventionnelle, reste cependant le but du traitement. La médecine conventionelle veut éliminer les symptomes du désagrament présent, alors que la médecine alternative va aborder son patient en temps qu’ensemble et essayer de traiter la cause du symptome et du désagrément. L’homéopathie va permettre à l’humain ou au cochon d’inde de surmonter ses symp-

Coffret de traitement homéopathique pour animaux.

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tomes de ses propres forces afin qu’ils ne réapparaissent plus. Des millions d’observations permettent aujourd’hui d’affirmer que les médicaments homéopathiques hautement dilués guérissent des humains et des animaux quotidiennement, quand il est possible d’administrer des globules correspondant le plus exactement aux symptomes du patient. Ceci, après avoir contrôlé que le patient ne souffre pas d’une maladie qui nécessite d’autres traitements (chirurgie, diète etc.) et avoir obtenu la confirmation que l’environnement du patient ne nuit pas à sa santé. Ceci est particulièrement important chez les animaux, dont les propriétaires méconnaissent parfois les besoins. Afin de pouvoir reconnaître et juger des >>


Santé animale >> besoins des animaux, il faut en connaître le fonctionnement exact. La médecine générale permet de distinguer différents maux somatiques, la médecine comportementale permet de son côté de juger de la santé mentale d’un animal. Depuis des années, je me passionne pour ce domaine trop oublié et je me suis rendue compte à quel point il est difficile de cohabiter avec d’autres espèces sans en violer, involontairement bien sûr, certains besoins ou instincts. Le chien nous accompagne depuis plus de 15 000 ans. Le chat partageait déjà la vie des Égyptiens et le cheval sert de moyen de transport depuis des siècles. Ces animaux nous sont utiles à différents niveaux, travail, hobby ou simplement compagnon de vie ; ils ont cependant chacun leur propres moyens de communication, leur propres besoins et habitudes. En temps qu’animal plus intelligent, c’est à l’homme d’essayer de comprendre ces particularités afin de permettre une vie agréable à tout le monde. Car un chien développant une anxiété due à une mauvaise communication entre homme et animal peut devenir très pénible pour son environnement. Il en va de même pour un chat souffrant d’incontinence ou faisant du marquage urinaire. La douleur qui engendre un pas incertain du cheval doit être diagnostiqué certainement avant de penser à un trouble du comportement, même si celui-ci suit de près la douleur . Il n’est pas rare de trouver une douleur intimement liée à un problème comportemental. Voici deux exemples d’animaux, auquels l’homéopathie et ou la médecine comportementale ont permis de retrouver un équilibre corporel et psychique. • Le chat de race main coon May est très faible et ne pèse que 1.4 kg pour ses 6 mois. La

Chat de race main coon et Labrador.

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sœur du chaton mourut un jour avant que je ne rencontre la propriétaire. Les chatons ne présentaient aucun symptome particulier, à part la grande faiblesse et surtout un manque d’appétit acharné. May se montre cependant très curieuse, ses yeux sont grand ouverts et suivent tous mes mouvements. La propriétaire m’explique que le chaton n’a pas eu un bon accès au lait maternel et qu’il aime se coucher surtout au chaud, sur le chauffage ou sur la propriétai-


Santé animale Glossaire Phytothérapie L’utilisation des plantes médicinales avec toutes les plantes adéquates (en forme liquide ou extraits alcooliques) Homéopathie Les informations extraites de plantes, d’animaux, de métaux ou de tissus organiques sont inscrites sur des globules ou liquides et affectent directement l’énergie de vie des patients. L’être vivant est perçu dans son intégralité, les symptomes ayant une valeur de signe. Fleurs de Bach Certains états d’âme correspondent à certaines fleurs. Ces fleurs sont préparées avec de l’eau de source. Thérapie aromatique L’acquisition d’arômes (inspiration, bain, massage) transforme l’état émotionnel du patient. Sels de Schüssler L’absorption de ces sels incite la cellule à absorber davantage de sel provenant de la nourriture. Ceci permet la guérison. Acupuncture et médecine chinoise L’acupuncture est un des traitements principaux de la médecine chinoise traditionelle. Elle est appliqué surtout pour la prophylaxie, soit l’évitement du déclenchement de la maladie. Le fondement de cette médecine est une conception de l’être vivant dans son intégralité avec des mots clefs tels le Yin/Yang, les cinq éléments (bois, feu, terre, métal et eau) ainsi que huit critères de base.

homeoverhalten@reiwald.ch

re elle-même. Il n’y a pas de temps à perdre, le médicament doit avoir un effet immédiat et j’administre quelques globules ayant comme caractéristique principale le manque de lait maternel et le besoin de chaleur. Un quart d’heure plus tard, May quitte enfin les genoux de sa maîtresse et vient inspecter mon bureau sur des jambes tremblantes. Nous décidons d’en rester là. Le lendemain, la propriétaire de May m’appelle en disant que le chaton dort moins. Deux semaines plus tard, le chaton mange un peu mieux et se promène parfois dans l’appartement. Après trois ans, May est devenue une chatte très sûre d’elle-même, n’ayant jamais de problème de santé. • Le labrador Mori a 6 mois et est hyperactif. Il ne sait pas s’arrêter quand on joue, il tourne en rond pendant toute la consultation en reniflant trois fois le même endroit, il se lèche les pattes antérieures et dort trop peu. Le diagnostic étant clair, les propriétaires et tous les humains s’occupant de Mori vont s’efforcer de suivre mes conseils concernant la communication et la manière de tenir Mori. De plus, le labrador reçoit un médicament homéopathique s’apparentant le plus possible à son caractère, ce qui inclut l’hyperactivité. Les propriétaires étant très conséquents et le chien jeune, cela dure quatre mois jusqu’à ce que le comportement de Mori se stabilise. Un chien plus âgé aurait mis plus de temps à retrouver un équilibre. De plus, les efforts des propriétaires jouent un rôle non négligeable : la conséquence, l’absence de punition, la patience sont d’une grande importance. Les succès de l’homéopathie dépendent de plusieurs facteurs : la qualité des médicaments est importante, les connaissances de l’homéopathe concernant les milliers de médicaments différents est fondamentale. Mais la netteté des symptomes joue également un rôle primordial, l’âge et le poids d’un animal seuls ne pouvant en aucun cas nous permettre de choisir les globules adéquates. C’est pourquoi il est nécessaire de voir l’animal pour pouvoir juger de son comportement et de ses traits de caractère. Il faut ensuite en savoir davantage sur la manière dont il mange, ses places de couchage préférées, si les yeux restent ouverts quand il dort, s’il émet des sons pendant le sommeil, s’il mange proprement, s’il boit

Dounya Reiwald

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beaucoup, etc. Car ce sont les détails qui peuvent paraître anodins qui nous mènent au médicament adéquat. Par exemple, un chien qui ne met jamais les pattes dans une flaque d’eau, a froid mais évite la chaleur, ou la jument qui n’aime pas que l’on sert la sangle, ou le chat qui a mal à une patte mais se couche toujours dessus. Les médicaments homéopathiques peuvent agir rapidement ou pendant des mois, selon la dilution administrée, et le diagnostic. Une homéopathie pratiquée professionellement aide toujours à retrouver un équilibre, ou du moins, à reconnaître les bienfaits ou méfaits de certaines habitudes ou actes. Lorsqu’une guérison totale n’est pas possible, l’homéopathie et la médecine comportementale, toutes deux méthodes visant à traiter l’ensemble de l’individu, accompagnent l’animal et les propriétaires sur le chemin qui mène à une solution. DR. DOUNYA REIWALD, MÉDECIN VÉTÉRINAIRE


jjdescamps@thermalp.ch

Santé prévention

Le bonheur est dans le Jean Jacques Descamps

REPROGRAMMER ET ACTIVER SON ORGANISME

pied!

Et dans les bains de TRAITER LES PROBLÈMES DE SANTÉ PAR LES PLANTES MÉDICINALES, AUJOURD’HUI ENCORE LES GENS SONT DIVISÉS. D’UN CÔTÉ LES INCONDITIONNELS, CE SONT GÉNÉRALEMENT LES CONSOMMATEURS DE PRODUITS NATURELS ; DE L’AUTRE LES SCEPTIQUES, QUI ESTIMENT QUE SEUL UN TRAITEMENT DE CHOC PEUT VENIR À BOUT DE LEURS PETITS PROBLÈMES. SI POSSIBLE VITE !

mains!

Les bains de mains et les bains de pieds Le turbo de votre circulation Alors, si en plus des tisanes et autres recettes de grand-mère dont on vous assure qu’elles ont un pouvoir étonnant, on vous parle de bains de mains et de pieds dans une macération de plantes pour soulager vos maux, là vous allez décourager même les meilleures volontés. Il y a des siècles pourtant que l’on connaît l’efficacité des bains de plantes. Les peuples les plus divers le savaient et les pratiquaient. Dans un de ses premiers livres, le célèbre phytothérapeute Maurice Mésségué le disait : « J’aurais été incapable de donner la raison de ces bains. Je l’ignorais. Mon père les donnait, je faisais comme lui. Lui avait-on expliqué que la paume des mains et la plante des pieds étaient plus réceptives ? Qui ? Je ne sais pas. Cela venait certainement de très

« Comment peut-il mourir l’homme qui a de la sauge dans son jardin ? »

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loin, d’une tradition orale qui s’était transmise dans notre famille. J’ignorais encore que les Romains utilisaient, de cette manière, les eaux thermales. Qu’à Royat, au dessus de Clermont-Ferrand, on faisait prendre des bains de pieds aux artéritiques. Il y a bien longtemps qu’on ne moque plus les traitements par osmose. On connaît leurs vertus curatives et le processus scientifique de leurs effets. Ce n’est plus, depuis déjà bien des années, de l’empirisme ! »


Santé prévention

Dans le centre de cure de Crans-Montana, après avoir travaillé une dizaine d’années avec Maurice Mésségué, j’ai moi-même tenté l’expérience de remettre en pratique ces bains de mains et de pieds pour les curistes. En plus de vingt ans, je n’ai jamais rencontré une personne qui ait refusé de faire ces bains de mains et de pieds. Il n’y a pas de saison pour se faire du bien Une cure de bains de mains et de pieds se fait en toutes saisons. En hiver, elle permet de passer une saison froide sans problèmes. Quant à la durée de la cure, elle est fonction de votre état de santé. Précisons qu’en premier lieu, ces bains activent la circulation du sang et la régularisent. C’est donc une prévention efficace pour vos problèmes circulatoires des membres inférieurs, varices, jambes lourdes, œdèmes, cellulite et fourmillements. Ces bains de pieds et de mains redonnent force et vitalité, régénèrent les cellules, favorisent le travail de digestion, calment les nerfs et les douleurs. La potion magique de votre peau et vos cheveux Les peaux sèches ne résisteront pas à une cure de dix jours de bains de mains et de >> bains de pieds.

Ils l’ont vécu, ils témoignent

Depuis l’âge de deux ans, je souffrais d’eczéma. Mon état ne faisait qu’empirer. J’avais également de l’asthme. J’étais dans un état lamentable. Les médecins consultés y perdaient leur latin. Ils me faisaient prendre de la cortisone à grandes doses. C’est alors qu’avec l’autorisation de mon médecin traitant, qui a fait preuve, ce faisant, d’une grande largeur d’esprit, j’ai pris contact avec un spécialiste qui soigne au moyen d’herbes médicinales. Il m’a ordonné des bains de pieds tous les matins, avec un liquide que lui-même m’a donné, et il m’a prescrit après le déjeuner une tasse de tisane (un mélange de thym, romarin et sauge). J’ai commencé à aller mieux après douze jours de traitement. J’ai enfin pu dormir la nuit. Auparavant, si je dormais trois ou quatre heurs, c’était le maximum. A cause des démangeaisons et de la toux. Le matin, je me sentais encore plus fatigué qu’au moment d’aller me coucher. Au bout d’un mois et demi, le résultat était spectaculaire. Maintenant, je poursuis mon traitement. Car si l’eczéma est parti assez vite, j’ai éprouvé encore un certain temps des démangeaisons. Quant à l’asthme, cela est plus long. Au début du traitement, on m’avait signalé qu’il faudrait au moins six mois pour obtenir un résultat dans ce domaine. » Ce mélange est composé de sauge officinale, d’ortie, de chiendent et de feuilles de bigaradier.

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Santé prévention >> Un autre moyen de lutter contre les allergies Vos allergies ne seront plus qu’un mauvais souvenir après quelques semaines de bains de mains et de bains de pieds. Le chiendent Il suffit de suivre votre chien ou votre chat dans un champ pour observer les bienfaits de cette plante que seuls les jardiniers et les agriculteurs considèrent comme une mauvaise herbe. Les animaux, par nature, l’utilisent depuis la nuit des temps pour se purger, la rongeant, la mastiquant ou l’avalant pour mieux la régurgiter. Nos animaux de compagnie nous montreraient-ils pas tout simplement l’exemple à suivre ? Le chiendent, certes, ne présente pas beaucoup d’attraits, la croyance populaire voulant que l’on se méfie généralement des plantes rampantes. Graminée vivace qui croît en abondance dans les terrains incultes, elle a des tiges très fines et noueuses et ses feuilles sont linéaires, plates et nervurées. C’est essentiellement du rhizome rampant, que l’on appelle vulgairement racine, très riche en sels de potassium et en fructosane (la triticine), que la médecine tire ses bienfaits. L’origine de son nom commun viendrait de l’allusion aux jeunes extrémités des rhizomes qui s’apparentent à des canines de chien. L’exemple à suivre ne se limite pas seulement à l’imitation des chiens et chats et autres chevaux et cochons, mais également aux usages des anciens, puisque déjà, au Ier

A vos cuisines ! Préparation du bain de mains et bain de pieds • Rajouter dans 4 litres d’eau froide le paquet de mélange (200g). • Porter à ébullition, cuire 5 minutes. • Laisser macérer pendant 4 heures puis filtrer. • Cette macération que vous ferez chauffer vous servira pendant 10 jours pour faire vos bains. • Le matin, à jeun, faire un bain de pieds tiède pendant 10 minutes. • Le soir, un bain de mains le plus chaud possible, également pendant 10 minutes. Cure minimale conseillée : 2 fois par an. Cure dépurative. À faire deux à trois fois par an pendant deux semaines • Mettre 3 pincées de chiendent dans un litre d’eau froide. • Porter à ébullition pendant 5 minutes. • Filtrer et boire chaud ou froid au courant de la journée.

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siècle après J.-C., le médecin grec Discoride, approuvé par le naturaliste romain Pline, conseillait l’utilisation du chiendent pour traiter les affections urinaires et faciliter la dissolution des calculs rénaux. De nos jours, cette plante extraordinaire est essentiellement utilisée comme diurétique et comme calmant d’états inflammatoires de l’appareil urinaire (cystites, calculs, etc.). Mais on lui reconnaît également une action bienfaisante en tisane dans les maladies fébriles. Diurétique, antiseptique et antiinflammatoire, les propriétés du chiendent sont précieuses dans les traitements d’œdèmes des membres inférieurs, de rétention d’eau, de coliques néphrétiques et de goutte, notamment.


Bon à savoir

trucs intelligents à faire suivre

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Pour une fois 1> POUR LES URGENCES

Les ambulanciers ont remarqué que très souvent, lors d’accidents de la route, les blessés ont un téléphone portable sur eux. Toutefois, lors des interventions, on ne sait jamais qui contacter dans ces listes interminables de contacts. Les ambulanciers ont donc lancé l’idée que chacun d’entre nous rentre dans son répertoire la personne à contacter en cas d’urgence sous le même pseudonyme. Le pseudonyme international connu est « ICE » (= In Case of Emergency). C’est sous ce nom qu’il faut entrer le numéro de la personne à contacter, utilisable par les ambulanciers, la police, les pompiers ou les premiers secours. Lorsque plusieurs personnes doivent être contactées, on peut utiliser ICE1, ICE2, ICE3, etc. Facile à faire, ne coûte rien et peut apporter beaucoup. Si vous croyez en l’utilité de cette convention, faites passer le message afin que cela rentre dans les mœurs.

PAR JEAN-JACQUES POUTRIEUX

« ICE » (pour In Case of Emergency). C’est le code à entrer dans son mobile pour appeler les secours.

d’identifier les signes d’un tel accident, Julie aurait pu être sauvée. Un neurologue dit que s’il peut atteindre une victime d’AVC dans les trois heures, il peut renverser entièrement les effets de la crise. Il affirme que le plus difficile est que l’AVC soit identifié, diagnostiqué et que le patient soit vu en moins de trois heures par un médecin. Si la vistime d’un malaise a de la difficulté à répondre positivement aux questions qui lui sont posées (« pouvez-vous sourire, lever les deux bras, prononcer une phrase simple »), appelez le 144 (Suisse) ou le 112 (Europe)... et décrivez les symptômes au répartiteur. Selon un cardiologue, si tous ceux qui reçoivent cet e-mail l’envoient à leur tour à 10 personnes, une vie au moins pourrait être sauvée par jour. Merci à toutes et à tous.

2> ACCIDENT VASCULAIRE CÉRÉBRAL Cela peut servir ! Prenez quelques minutes pour lire ceci et peut-être sauver une vie et contribuer à faire connaître le danger que représente l’Accident Vasculaire Cérébral. Lors d’un barbecue, Julie trébuche et fait une chute. Elle affirme aux autres invités qu’elle va bien et qu’elle s’est accrochée les pieds à cause de ses nouveaux souliers. Les amis l’aident à s’asseoir et lui apportent une nouvelle assiette. Même si elle a l’air un peu secouée, Julie profite joyeusement du reste de l’aprèsmidi... Plus tard, le mari de Julie téléphone à tous leurs amis pour dire que sa femme a été transportée à l’hôpital… Julie meurt à 18h. Elle avait eu un Accident Vasculaire Cérébral lors d’un barbecue. Si les personnes présentes avaient été en mesure

Reconnaître les symptômes d’un AVC Poser trois questions très simples à la personne en crise : 1. Lui demander de SOURIRE. 2. Lui demander de lever LES DEUX BRAS. 3. Lui demander de PRONONCER UNE PHRASE TRES SIMPLE (ex. Le soleil est magnifique aujourd’hui).

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Entretien avec… LA CÉLÈBRE MAISON DE CIGARES GERARD INSTALLÉE DANS L’HÔTEL KEMPISKI AU BORD DU LAC LÉMAN, JUSTE EN FACE DU MAJESTUEUX JET D’EAU, AVAIT CONVIÉ QUELQUES AMIS POUR PARTAGER LE BONHEUR DE S’ENTRETENIR AVEC “MONSIEUR FOOTBALL”, J’AI NOMMÉ THIERRY ROLAND.

> France Magazine : « Quand on a vécu ça, maintenant, on peut mourir ! » Toujours d’actualité ? Thierry Roland : Ha oui ! Mais le plus tard possible, si vous le voulez bien. Ça, c’est vrai que c’était quelque chose. Sur les ChampsElysées et toutes les voies environnantes, il y avait, je ne sais pas moi, deux, trois millions de personnes. Communion totale. Impressionnant. Phénoménal ! Vous savez, je suis d’une génération avant la guerre. Je compare cet événement, toutes proportions gardées, à des images de la Libération de Paris. J’avais 7 ans, et quand on a cet âge-là, vous mémorisez toutes les images. Les champs étaient noirs de monde, les Américains, en

libérateurs qu’ils étaient, nous offraient du chewing gum, je ne savais pas ce que c’était auparavant. Ils nous distribuaient des bonbons de toutes les couleurs, du chocolat. Les filles avaient droit aux bas nylon. Je vous dis cela, parce que ces images du 12 juillet 1998 m’ont remémoré les mêmes flash qu’à la Libération. C’est vous dire l’impact. C’était une grand-messe de la France unie, universelle. > FM : A la lecture de votre périple, je me suis souvenu d’un tout jeune et fringuant reporter qui officiait à l’ombre d’un géant. A l’ombre d’une voix, celle du regretté Georges Briquet. Souvenirs ? TR : Je pense bien, c’était mon premier patron. On a souvent des pensées affectueuses pour son premier patron. C’est lui qui m’a appris mon métier sur les antennes de la radio qu’est devenue France Inter depuis et sur Europe 1 où j’ai commenté pendant 11 ans le Tiercé.

Thierry Roland

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Entretien avec… J’ai deux vices, c’est pas beaucoup, hein ? Le Dada et le cigare. D’où ma présence ici aujourd’hui chez mes Amis Gérard, dans cette belle cité Calvin au bout du lac. Oui, le Père Briquet, c’est comme ça qu’on l’appelait, avait été chagriné de me voir muté en compagnie de Robert Chappatte de la radio vers la télé. Je n’y étais pour rien, c’était Raymond Marcillac, à l’époque grand patron de l’unique chaîne de télé, en noir et blanc s’il vous plaît, qui en avait eu l’idée. Il est mort en 1968. J’étais aux jeux olympiques d’hiver de Grenoble et n’ai pu malheureusement assister à son enterrement. j’en ai été très affecté. > FM : Beaucoup d’entre nous se souviennent de l’épopée des Verts. Oui ! Mais laquelle ? Les amis de notre génération se rappellent des frères Tylinski, notamment Richard, de Rachid Mékloufi, de N’Joléa, de Bernard Bosquier, un vrai défenseur et de Béretta un remarquable ailier qui savait déborder. J’en oublie, Carnus, bien entendu. Des anecdotes ? TR : Vous faites référence aux années 60, c’est vrai qu’à l’époque, les Verts tournaient déjà bien avec les frères Tilinsky, Michel et Richard, Claude Abbe dans les buts, Rachid Mékloufi et N’joléa. Ha, ce N’joléa, les Foréziennes s’en souviennent encore. Il tirait sur tout ce qui bouge. Un vrai cavaleur. Il est mort, le pauvre. Non, pour moi, la véritable épopée des Verts, c’est celle des années 70. C’est d’ailleurs la seule équipe des Verts qui soit allée en finale de coupe d’Europe. Curcoviks dans les buts, Janvion et Sinaegel à l’arrière, Fernandez devenu depuis un excellent golfeur, Bathenay, Oswaldo Piazza, argentin légendaire à la crinière de jais aux allure de tarzan, chauve comme un genou aujourd’hui. Les frères Révelli, Domique Rocheteau et Jean-Michel Larqué, confrère et longtemps condisciple. > FM : Je garde en mémoire une discussion que j’avais eue avec Jo Havelange au Brésil. Entre sa prise de fonction à la tête de la FIFA en 1974 et son départ de celle-ci, après la dernière coupe du

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monde du 20e siècle en 1998 en France ; son budget a été multiplié par 1000. N’est-ce pas la nature de toutes les dérives ? N’est-ce pas là l’origine de tous les maux du sport de haut niveau en général ? TR : C’est vrai ce que vous dites, mais à qui la faute ? Si un joueur est sous contrat et qu’il est transféré, le grand gagnant, c’est son club. Lui, le joueur, touche le reste... Par contre, si le joueur est libre de tout engagement, alors il reçoit le pactole. Moi, je peux les comprendre, les gosses. Regardez Cristiano Ronaldo, combien croyez-vous qu’il soit payé ? 300 000 euros par semaine. Plus de quinze millions d’euros par an ! Il a 23 ans. Comment voulezvous que devant tant d’argent, certains gamins ne pètent pas les plombs ?

Quand on voit les sommes engagées par Canal Plus, cela donne le vertige. D’ailleurs, je pense qu’ils seront obligés de négocier un certain nombre de retransmissions. Autrement ils ne pourront pas tenir. Regardez, déjà M6 a versé 450 000 euros pour se positionner envers les prochaines coupes du monde de 2010 et 2014. Pour ma part, je suis sous contrat jusqu’à la fin de la saison 2009. Après on verra. Vous savez, j’ai fait 11 coupes du monde, alors... > FM : Le football de la fin des années 50, avec des joueurs mythiques comme Just Fontaine, Robert Jonquet, Armand Panverne, Glowaki, Jean Vincent, Roger Piantoni, François Remetter ; sans oublier la star de l’époque : Raymond Kopa, premier joueur français et longtemps le seul expatrié au non moins mythique Réal de Madrid aux côtés de Guiseppe Di Stéfano, Férenc Puskas et de Rento. Il y a là une réflexion qui s’impose : aujourd’hui, bon nombre de nos footballeurs tricolores s’émancipent dans des clubs étrangers de très haute réputation. A quoi peut-on imputer cette différence entre il y a 50 ans et aujourd’hui ? Et comment se fait-il qu’avec des joueurs à la renommée internationale et reconnus comme tels >>


Entretien avec… >>

par les clubs étrangers, nous avons été quasiment inexistants au dernier Euro ? TR : On a été nuls de chez nuls à l’Euro 2008. Les années cinquante nous rappellent tous ces grands, pour beaucoup disparus aujourd’hui. Raymond Kopa et Justo Fontaine sont toujours solides, Robert Jonquet est parmi nous mais très fatigué... C’était le temps du légendaire stade de Reims et du non moins mythique Réal de Madrid. Mais vous voyez, si nous avons gagné la coupe du monde en 1998, c’est grâce à toutes ces préparations, à tous nos joueurs qui sont allés s’aguerrir à l’étranger. Ils ont progressé en Espagne, en Italie, en Angleterre. Regardez notre championnat national, c’est minable, ça manque de rythme. Vous allez en Angleterre pour assister à un match de milieu de tableau, vous avez l’impression d’être en présence d’un match de coupe. L’engagement est total, du début jusqu’à la dernière seconde. C’est typiquement britannique. Chaque semaine, les équipes anglaises sont confrontées à des équipes étrangères, ce qui permet aux joueurs autochtones de se frotter, malgré tout, à la compétition internationale et donc de progresser. En France, vous en avez 4 par an...

Tous fous de foot : on reconnaît, au côté de Thierry, Michel Drucker, Bernard Pivot et Jean-Michel Larqué.

> FM : Vous semblez manifester quelques doutes sur les capacités de la nouvelle direction du Paris SaintGermain ? La solution ? Des noms ?... TR : (rires). Arrêtez... C’est pas qu’il est mauvais, il n’y connaît rien. (Charles Villeneuve). Songez qu’à l’heure où nous parlons, Paris Saint-Germain est le seul club de 1ère division à n’avoir recruté aucun élément. C’est n’importe quoi ! Dans le fond, Lilian Thuran à qui l’on vient de découvrir une anomalie cardiaque, dont on espère seulement qu’elle restera au niveau de l’anomalie et que la gravité s’estompera avec l’arrêt de sa carrière sportive. Cette découverte va lui éviter, le pauvre, de s’enférer dans une histoire pas possible au terme de sa carrière. Lilian n’a pas besoin de cela. Nous lui souhaitons surtout une bonne santé. Non, ce que je crains, si les résultats espérés ne sont pas au rendez-vous, c’est

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que les supporters mécontents aillent chercher Villeneuve chez lui. Et là, ça risque de faire du vilain. > FM : C’est un Jubilé ! Plus de cinquante ans au service du sport, au service du partage des émotions avec les auditeurs en premier, puis avec les téléspectateurs ensuite. Des joies et des peines. Des déceptions, des frutrations, mais aussi... un immense bonheur. Bonheur et joie de vivre encore partagés dans la célèbre émission de Philippe Bouvard “Les Grosses Têtes” sur RTL où votre présence nous est signalée par votre rire sybillin. Quelle épopée, Thierry ! TR : Bien sûr, de découvrir les premières joies télévisuelles aux côtés de Robert Chappatte et de Roger Couderc. Mais aussi des déceptions, celle d’avoir été viré en 1968 pour des raisons de “non conformités” du moment. On dira ça comme cela. De nouvelles émotions, toujours en 1968, j’ai fait le Tour de France ave Maurice Séveno, dans la caravane publicitaire. On vendait un journal. Plus de 120 000 exemplaires écoulés en 22 étapes. Fallait quand même le faire. Nous étions derrière l’accordéoniste Aimable et une voiture transformée en banane. Ha ! j’en ai mangé des bananes. Heureusement que j’aimais ça... (rires). Vous dites sybillin pour qualifier mon rire, moi je dis que j’ai un rire à la con. Ça prouve tout simplement que vous avez une meilleure éducation que moi (c’est lui qui le dit). Quand j’étais petit, j’allais au cinéma voir Laurel & Hardy. Je riais tellement fort que les spectateurs assis devant moi, étaient obligés de se lever et s’asseoir dans les rangées arrière pour mieux entendre les dialogues. Je vous dis pas l’ambiance. J’ai toujours eu un rire à la con. Des joies et des peines, ça c’est sûr ! C’est la vie... Joie de se retrouver dans les studios de RTL, toute une bande copains. Du fantastique comédien Francis Perrin qui sait tout faire à l’inénarable Kersauzon qui tourne le dos au public (j’veux pas voir ces cons !) et puis la peine de ne plus les voir revenir... Rien que l’an dernier : l’inimitable Carlos, Jean-Claude Brialy le gentleman, Michel Serrault l’unique, sans oublier l’élégant Philippe Noiret. Quelle hécatombe ! > FM : Tout à fait Thierry !


Évasion

APRÈS LES MARATHONS DE NEW YORK (FRANCE MAGAZINE N° 20) ET DE CHICAGO (FRANCE MAGAZINE N° 21), PATRICK BLASER VIENT DE BOUCLER LE TRIPTYQUE DES MARATHONS AMÉRICAINS LES PLUS PRESTIGIEUX AVEC CELUI DE BOSTON QUI S’EST DÉROULÉ LE 21 AVRIL DERNIER. UNE OCCASION RÊVÉE D’APPRÉCIER LE PAYSAGE URBAIN D’UNE VILLE AMÉRICAINE RESTÉE SI BRITANNIQUE.

Le tour du monde des marathons

Boston vec ses 112 ans d’âge, le marathon de Boston fait office de vénérable vétéran de la discipline, tous pays confondus. A cela s’ajoute que le marathon de Boston fait partie des Big Five avec ceux de New York, Chicago, Londres et Berlin. Par ailleurs, ce marathon est quasiment élitiste puisque des temps minima sont exigés (rassurez-vous ils sont variables en fonction de… l’âge !). Enfin, dernière caractéristique, les trois quarts du marathon de Boston se courent à l’extérieur de la ville, dans une campagne où la nature a été étonnamment préservée, avant d’atteindre le cœur de la ville où l’expression « Nouvelle Angleterre »

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prend tout son sens. Voilà autant de bonnes raisons d’inscrire impérativement le marathon de Boston à son agenda, puis à son palmarès !

Le Freedom Trail (chemin de la liberté) Comme le marathon de Boston ne traverse qu’une partie des quartiers historiques de la ville, il est recommandé de parcourir l’autre partie la veille en guise de parcours « d’échauffement ». Et dans ce cadre, Boston bénéficie d’un itinéraire « pré-marathon » fait sur mesure. Il s’agit du Freedom Trail, ou chemin de la liberté (qui porte très bien son nom puisqu’il


Évasion comprend plusieurs « témoins » de la lutte pour l’indépendance dont Boston est le berceau), lequel part du parc central de Boston (le Boston Common) pour rejoindre, de l’autre côté de la rivière, Charles le Bunker Hill Monument en traversant plusieurs quartiers historiques de Boston. Cet itinéraire (sur 4 km) est facile à suivre puisqu’il est marqué au sol par une ligne rouge (peinte ou en brique) continue. Impossible de se perdre (sauf les jours de marché !). Pour éviter d’avoir les yeux rivés sur le trottoir, il suffit de longer, si possible depuis le trottoir d’en face, la file de touristes processionnaires qui ne voudrait pour rien au monde s’écarter de la ligne rouge ! L’avantage indéniable du Freedom Trail, c’est qu’il permet de ne manquer aucun des monuments et bâtiments historiques essentiels de Boston. Un véritable écomuseum de l’architecture et de l’histoire de Boston. Le départ est situé au Boston Common qui est le plus ancien parc public des EtatsUnis. C’est l’équivalent du Central Park de New York (mais en version miniature). Lieu privilégié de pendaisons

publiques vers 1800, ce parc est devenu un centre incontournable de délassement et de manifestations culturelles (patinoire en hiver et concerts en été). Un chemin de contrastes architecturaux Le long du chemin de la liberté, l’œil est immanquablement attiré par une première vaste construction de briques rouges. Il s’agit de la Old South Meeting House ; en fait un temple construit en 1729. Ce temple ser-

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vait aussi de lieu de rassemblement politique d’où partit d’ailleurs l’une des premières insurrections des Bostoniens (et Bostoniennes !) à l’encontre de leurs ancêtres, les Anglais. Depuis, ce bâtiment, étonnamment préservé des marteauxpiqueurs, est tout naturellement devenu le musée de la Révolution américaine. Ensuite, le joggeur tombe sur le Old State House, construit en 1713 (ce qui en fait l’un des bâtiments les plus anciens des EtatsUnis qui a aussi été miraculeusement sauvegardé de la destruction). On a peine à croire que ce bâtiment de briques rouges et surmonté d’une tour blanche, ait été l’un des plus grands de son temps. Mais la grandeur de ce bâtiment réside surtout dans son histoire : c’est en effet de son balcon qu’a été lue publiquement pour la première fois la Déclaration d’Indépendance. Par ailleurs, c’est à quelques mètres de là qu’eut lieu le massacre de Boston (en fait seules cinq personnes trépassèrent) qui a lancé la rébellion contre les Anglais. Plus loin (une pause n’y est pas interdite et même fortement conseillée), les anciennes halles de Boston ont été, et c’est une réussite architecturale, radicalement rénovées et transformées en marchés, boutiques et restaurants. Le touriste y est roi et l’animation reine. C’est l’un des lieux les plus fréquentés de Boston. En poursuivant son footing, il ne faut pas manquer, après avoir traversé le quartier des restaurants italiens (très recherchés par les marathoniens) de visiter la Old North Church, d’abord parce que c’est l’une des plus anciennes églises de Boston (1723) avec une architecture très… britannique. Comme on le voit, l’émancipation architecturale de Boston a mis beaucoup plus de temps à s’affranchir du joug britannique qu’il n’en a fallu aux Bostoniens pour gagner leur indépendance. En tout état, ce qui frappe dans le paysage urbain de Boston, c’est que des bâtiments historiques isolés, hauts d’à peine quelques étages, côtoient de gigantesques gratteciels ultramodernes qui les dominent de plusieurs dizaines d’étages. Le contraste entre ces deux genres de bâtiments est d’autant plus frappant que plus de deux siècles les séparent sans aucune quelconque transition architecturale. Ensuite, la voie est libre pour prendre le grand large en enjambant la rivière Charles par le pont de Charlestown et rejoindre sur l’autre rive le Bunker Hill Monument (qui >>


Évasion >>

Trinity Church.

commémore l’une des nombreuses batailles qui menèrent finalement à l’indépendance) d’où l’on a, du haut de l’obélisque de granit, une magnifique vue sur Boston, ses gratte-ciels, ses parcs et son port. Au passage il ne faut pas manquer de visiter le magnifique vaisseau USS Constitution, dont l’authenticité est garantie, qui a vaillamment résisté en 1812 au canardage des navires anglais. Le retour peut se faire par le même chemin,

Museum of Science. ce qui donne l’agréable impression de remonter le temps au gré des bâtiments historiques, sans risque de s’y perdre, ligne rouge oblige ! Et demain c’est le marathon ! Un marathon par monts et par vaux Le départ du marathon est donné dans le village de Hopkinton qui se situe à 26 miles (la distance du marathon) du centre de Boston. Les 25 000 heureux élus s’y rendent, depuis le parc central de Boston, grâce à plusieurs dizaines de ces célèbres longs bus jaunes américains « school buses » qui sont mis à leur disposition. A eux seuls, ces bus valent déjà le déplacement. Les chauffeurs de bus n’hésitent en outre pas à profiter de l’événement pour rivaliser de vitesse sur l’autorou-

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te qui mène à Hopkinton. L’ambiance y est garantie. Et là, mais c’est une « tradition » des grands marathons comme ceux de New York ou de Londres, les participants sont condamnés à « poireauter » pendant 2 à 3 heures avant le départ. A l’heure H, tout s’enchaîne rapidement. C’est d’abord l’hymne américain écouté quasi religieusement (ou en tout cas dans le plus grand des silences) par l’ensemble des participants (même non américains) debout, immobiles, la main sur le cœur (en tout cas les Américains). Le drapeau américain ne Park Street manque évidemment Church. pas à l’appel. Au coup de feu à 10 heures pile, c’est la délivrance et un départ en trombe. A se demander si les participants sont conscients que ce sont 42 km qui les attendent. A décharge de l’inconscience : le parcours commence par une longue descente. Ceci peut expliquer cela. De toute façon on suit le rythme. C’est ensuite une succession de forêts bordant rivières et lacs. Outre la beauté sauvage des sites, le parcours est loin d’être monotone puisqu’il est particulièrement vallonné (c’est presque Morat-Fribourg !). C’est aussi une succession de villages (à l’américaine) où les maisons en bois se côtoient dans un festival de couleurs. Chacune de ces maisons individuelles en bois semble, par son volume, ses façades, sa couleur et… son degré d’entretien, devoir représenter, au même titre que la voiture, la carte de visite sociale de son propriétaire. Cela donne en tout cas un cachet architectural très diversifié à chaque village traversé. Et partout une foule compacte, sortie d’on ne sait où, qui ne ménage pas sa ferveur au passage du marathon avec, en points d’orgue, le passage devant le collège de filles Wellesley (km 20) puis celui de Boston (km 34).


Évasion Le vif du sujet est déjà très largement entamé lorsque le marathon aborde la banlieue (manifestement aisée !) de Boston par ses artères principales que sont la Commonwealth Avenue dans le quartier de Newton, puis la Beacon Street à Brookline. Au passage, les marathoniens ne peuvent manquer d’admirer le fameux cinéma Art Déco situé au Coolidge Corner puis de repérer un monumental panneau publicitaire (de 18 m sur 18 m !) de la marque CITGO qui est un point de repère visible de loin et qui marque tant le km 40 que le mile 25 ! (chacun y trouve son compte ; l’arrivée est proche !). La foule, de plus en plus compacte, transporte (et le mot n’est pas faible ! on pourrait d’ailleurs presque parler d’« agoraphine ») littéralement tous les marathoniens, quel que soit leur rythme, sur les derniers kilomètres jusqu’à l’arrivée.

L’arrivée à l’ombre de la John Hancock Tower Ensuite, et enfin, le marathon débouche sur la Boylston Street qui mène tout droit à la

Coply Square.

patrick.blaser@borel-barbey.ch

Un charme très… british Cet engouement populaire ne doit toutefois pas empêcher d’apprécier le charme très british de l’une des plus belles avenues de Boston, la Commonwealth Avenue. Cette large avenue se caractérise par la présence en son centre d’un magnifique chemin piétonnier qui mène tout droit sur environ 2 km au principal parc public de Boston situé à son extrémité. Cette avenue est bordée d’arbres et de magnolias quasi centenaires qui donnent de l’ombrage à l’alignement de maisons de briques rouges érigées sur trois étages. On se croirait dans une banlieue aisée de Londres. Le calme et la sérénité de cette avenue contrastent d’ailleurs sans aucune transition avec la rue parallèle, la Newbury Street, qui est la rue commerçante par excellence, animée par de nombreux commerces et terrasses de restaurants. Dans ce quartier, la NouvelleAngleterre n’usurpe manifestement pas son nom.

Hall Samuel Adams.

Patrick Blaser

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célèbre arrivée du marathon de Boston, haute en couleur, qui se situe à la hauteur du Copley Square. L’arrivée franchie, sous les acclamations exubérantes d’un public qui restera chaleureux jusqu’au passage du dernier des 25 000 marathoniens, un temps nécessaire et salutaire de récupération permet d’admirer les monuments architecturaux les plus caractéristiques de Boston qui entourent le Copley Square. Il s’agit d’abord de la tour John Hancock qui est le plus haut bâtiment de Boston. Ce gratte-ciel vitré de 62 étages a été construit en 1975 par l’architecte I. M. Pei et domine de sa stature moderne tout Boston. Retour sur terre : c’est le bâtiment de la Boston Public Library qui attire le plus l’attention par ses volumes et façades imposantes ainsi que par l’aura qui l’entoure puisqu’il s’agit là de la plus ancienne bibliothèque des Etats-Unis. Enfin, c’est la magnifique Trinity Church dont les façades en grès et granit, de style roman, se reflètent magnifiquement sur les baies vitrées pleines de modernité de la John Hancock Tower dans un contraste saisissant de deux époques qui ne s’excluent pas mais se complètent à merveille, l’une servant de miroir à l’autre. La remise de la médaille et les « congratulations » dûment renouvelées mettent fin à la rêverie. La série des grands marathons américains (New York, Chicago, Boston) est ainsi (provisoirement) terminée. Prochaines étapes : sur le continent européen avec les marathons de Paris, Berlin, Londres et… d’autres.


Vivre à l’étranger

De

l’opportunité fiscale de s’installer à l’ étranger ans surprise, la qualité de non-résident français ouvre d’intéressantes perspectives au niveau fiscal. Toutefois, si certains avantages peuvent être mis en avant, l’administration veille à éviter l’utilisation abusive de ce statut.

S

Notion de domiciliation La domiciliation fiscale d’un contribuable n’est pas toujours aisée à établir. L’article 4B du Code général des impôts énonce qu’un contribuable est considéré comme ayant son domicile fiscal en France en fonction de trois critères alternatifs : • avoir en France son foyer ou son lieu de séjour principal ; • y exercer une activité professionnelle, salariée ou non, à moins de justifier que cette activité y est exercée à titre accessoire ; • y avoir le centre de ses intérêts économiques. Un seul de ces critères suffit à déterminer la domiciliation fiscale. Lorsque les critères sont remplis dans deux pays, il convient de se reporter à la convention fiscale, s’il en existe une, qui permet notamment d’éviter les risques de double imposition. L’assurance-vie Fiscalité des retraits partiels et totaux En principe, le non-résident n’est imposable en France que sur les revenus de source française (CGI, article 164 A et suivants). En matière d’assurance-vie, la taxation se fait par la voie de prélèvements libératoires (CGI, article 125 A III). C’est l’article 125-0A du CGI qui en fixe le taux. En principe, pour les résidents français qui opteraient pour le prélèvement libératoire,

LES NON-RÉSIDENTS FRANÇAIS BÉNÉFICIENT DE LA LIMITATION DU CHAMP D’APPLICATION DE L’ISF ET D’UNE FISCALITÉ DES CONTRATS D’ASSURANCE-VIE PLUS AVANTAGEUSE. ILS SONT AUSSI EXONÉRÉS DE PLUS-VALUE EN CAS DE CESSION D’UN IMMEUBLE EN FRANCE.

Sur internet

L

en cas de rachat moins de huit ans après le premier versement, le taux est de 35% si la durée du contrat a été inférieure à quatre ans et de 15% au-delà. Pour le non-résident qui révèle son identité et son domicile fiscal (4° du III bis de l’article 125 A), le taux de ce pélèvement varie de 35%, lorsque la durée du contrat a été inférieure à deux ans, à 7,5% lorsque cette durée a été égale ou supérieure à huit ans pour les contrats souscrits à compter du 1er janvier 1990 (article 125-0 A du CGI).

Exonération ou plafonnement En réalité et selon les conventions internationales, il peut y avoir une exonération totale du prélèvement libératoire. Tel est le cas si la convention prévoit une imposition par le seul État de résidence du bénéficiaire du contrat : il en est ainsi pour l’Allemagne, par exemple. Par ailleurs, la convention peut prévoir un plafonnement de ces prélèvements libératoires, en général de l’ordre de 10% à 20% (15% en Belgique). Dans ce cas, le prélèvement libératoire à retenir est celui qui se révèle le plus avantageux pour le contribuable : soit celui prévu par la convention s’il est inférieur au taux du prélèvement libératoire en France, soit, dans le cas contraire, celui prévu en France. Pour cela, le non-résident doit avoir cette qualité au moment de la perception des produits.

e ministère des Affaires étrangères et européennes propose un site internet précisant les formalités à remplir par les non-résidents, les principales modalités d’imposition, ainsi que la liste des pays et territoires avec lesquels la France a passé une convention fiscale : http://www.mfe.org/.Default.aspx?SID=12100

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Vivre à l’étranger Prélèvements exigibles sur le contrat d’assurance-vie Concernant les primes versées avant le 70e anniversaire de l’assuré, le prélèvement de 20% diminué d’un abattement de 152 500 €, institué par l’article 990 I du CGI, applicable aux sommes, rentes ou valeurs dues au titre des contrats dont le souscripteur ou l’adhérent est une personne physique, n’est pas dû. En effet, il vise les personnes physiques ayant leur domicile fiscal en France (au sens de l’article 4 B du CGI) au moment de la date de souscription ou d’adhésion au contrat, quels que soient les changements de domiciliation survenant plus tard (D. adm. 7 S-346 n°4, 1er octobre 1999). Autrement dit, lorsque le contrat d’assurance-vie est souscrit par un nonrésident français, et même si, par la suite, l’assuré réside ou décède en France, le prélèvement n’est pas dû. Quant aux primes versées après le 70e anniversaire de l’assuré, l’article 757 B du CGI prévoit qu’elles sont soumises aux droits de succession pour la fraction supérieure à 30 500 €. Toutefois, si la convention ne prévoit pas que l’imposition est réservée à l’État où a été souscrit le contrat, il n’y aura pas de droit de succession. Prélèvements sociaux Les prélèvements sociaux de 11% sont applicables aux revenus perçus par les personnes fiscalement domiciliées en

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France. De ce fait, les non-résidents n’en sont pas redevables. Les plus-values immobilières Lorsqu’un non-résident possède

un >>


Vivre à l’étranger >> immeuble en France, il peut, comme les résidents français, bénéficier d’un régime de faveur en cas de cession de cet immeuble. Ainsi, l’article 150 U, II-2° du CGI (Instruction du 16 février 2006, BOI 8M1-06) exonère de plus-values immobilières la cession d’immeubles, de parties d’immeubles ou de droits relatifs à ces biens qui constituent l’habitation en France des personnes physiques, ressortissantes d’un État membre de l’Union européenne, dans la limité, par contribuable, des deux premières cessions. Pour cela, le cédant doit avoir été fiscalement domicilié en France de manière continue pendant au moins deux ans à un moment quelconque avant la cession, et il doit avoir eu la libre disposition du bien depuis le 1er janvier de l’année précédant celle de la cession. Pour la seconde cession, l’exonération est applicable si elle porte sur l’unique propriété en France du non-résident et si elle intervient plus de cinq ans après la première cession exonérée. L’impôt de solidarité sur la fortune En matière d’ISF, le non-résident n’est imposable que sur les biens immeubles situés en France et sur certaines participations mobilières. Néanmoins, sous réserve de résider dans un pays où ce type d’imposition n’existe pas (la Belgique par exemple), le montant dû au titre de l’ISF peut se voir fortement réduit. En effet, les placements financiers ne sont pas imposables en France (CGI, article 885 L). Ainsi, les contrats d’assurance-vie ou de capitalisation souscrits auprès de compagnies françaises n’entrent pas sans la base imposable à l’ISF. Toutefois, les titres de participation ne peuvent pas être assimilés à des placements financiers. Selon la doctrine administrative (D. admi. 7 S-346 n° 4, 1er octobre 1999), ce sont ceux qui représentent plus de 10% du capital social et qui ont été souscrits à l’émission, soit conservés pendant un délai de deux ans au moins. Néanmoins, ces titres pourraient, sous réserve de remplir certaines conditions, faire l’objet de l’exonération prévue pour les biens professionnels détenus en France. Inconvénients et risques de l’expatriation Le dispositif légal français prévoit cer-

Votre notaire répond : Le domicile fiscal

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Comment déterminer son domicile fiscal ? L’administration fiscale considère comme domiciliées fiscalement en France les personnes qui remplissent l’un de ces trois critères : avoir en France le foyer et le lieu de leur séjour principal ; y exercer une activité professionnelle salariées ou non ; avoir en France le centre de ses intérêts économiques. Autant de formules qui nécessitent des précisions pour être bien comprises. Ainsi, le foyer évoque le lieu où réside (conjoint, enfants) bien que l’un de ses membres travaille régulièrement à l’étranger. Quant au critère de “ séjour principal ”, il est rempli lorsque la personne expatriée y séjourne plus de 183 jours par an. Enfin, le “ centre des intérêts économiques ” s’applique au lieu dans lequel le contribuable effectue ses principaux investissements, où il possède le siège de son entreprise ou encore au pays dans lequel il perçoit la majeure partie des revenus.

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À quoi servent les conventions fiscales internationales ? Afin de déterminer son statut fiscal fiscal, de résident ou nonrésident, il faut, avant d’étudier la définition du domicile fiscal, rechercher s’il existe une convention fiscale internationale entre la France et le pays dans lequel la personne travaille ou est installée de façon plus ou moins régulière. En effet, ces conventions fiscales internationales, qui s’appliquent dans plus d’une centaine de pays, ont une valeur supérieure à celle de la législation interne. Le plus prudent est donc de consulter l’administration fiscale qui vérifie l’existence ou non d’une convention puis s’y réfère pour appliquer les critères déterminant le domicile fiscal.

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Dans quel cas doit-on s’adresser au centre des impôts des non-résidents ? Il arrive que la situation fiscale ne relève pas en totalité de la France ou du pays d’installation. Ainsi, les expatriés qui continuent à percevoir des revenus de source française sont imposables pour ces seuls revenus auprès du centre des impôts des non-résidents. Il peut notamment s’agir des revenus et plusvalues provenant de biens immobiliers situés en France, de rémunérations publiques versées par l’État français ou encore des revenus des valeurs mobilières.

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De quels moyens de contrôle l’administration dispose-t-elle ? Il n’est pas rare que des contribuables se croient suffisamment malins pour déjouer le système. Ainsi, des habitants du nord de la France exerçant leur activité professionnelle en Belgique peuvent être tentés d’y élire leur domicile fiscal afin, notamment, d’échapper au paiement de l’ISF. Mais c’est sans compter sur les pouvoirs d’investigation de l’administration fiscale française qui a accès à toutes les données administratives : EDF, France Télécom, inscription dans les écoles ; elle peut ainsi localiser le véritable lieu de résidence du contribuable.

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Vivre à l’étranger taines règles visant à limiter les avantages du statut de non-résident. Et l’administration dispose de droits qui lui permettent de vérifier que la situation réelle du non-résident correspond à la situation qu’il a déclarée.

Les habitations détenues en France sont imposées à l’IR L’article 164 C du CGI prévoit que les personnes qui n’ont pas leur domicile fiscal en France, mais qui y disposent d’une ou plusieurs habitations, directement ou sous le couvert d’un tiers, sont assujetties à l’impôt sur le revenu sur une base égale à trois fois leur valeur locative réelle, à moins que les revenus de source française des intéressés ne soient supérieurs, auquel cas le montant de ces revenus sert de base à l’impôt. Le tiers visé par le texte peut être un parent ou une société civile transparente définie à l’article 1655 ter du CGI. L’article 164 C du CGI s’applique aussi quand le non-résident a la jouissance de fait de l’habitation sous le couvert d’une société ou d’un organisme quelconque (D. adm. 5 B-7112, n°7, 1er août 2001). Cependant, ces dispositions ne s’appliquent pas : • aux contribuables de nationalité française qui justifient être soumis, dans le pays où ils ont leur domicile fiscal, à un impôt personnel sur l’ensemble de leurs revenus au moins égal aux deux tiers de celui qu’ils auraient à supporter en France sur la même base d’imposition ; • l’année du transfert du domicile fiscal hors de France et les deux années suivantes, aux contribuables de nationalité française qui justifient que ce transfert a été motivé par des impératifs d’ordre professionnel et que leur domicile fiscal était situé en France de manière continue pendant les quatre années précédentes. Les contrôles de l’administration L’administration française dispose de moyens efficaces pour vérifier la réalité de la résidence ; • l’assistance fiscale internationale lui permet d’interroger les administrations étrangères afin de collecter des informations relatives à la domiciliation ; • le droit de communication (articles L 81 et suivants et R 81-1 et suivants du Livre de la procédure fiscale) lui permet de

Communication du Sénateur André Ferrand a.ferrand@sénat.fr)

recueillir des documents ; ce droit de communication peut être exercé auprès des banques ou d’autres administrations (Caisse d’assurance-maladie…), mais également auprès de fournisseurs (EDF, GDF) ou de clients, de manière à vérifier les informations fournies par le contribuable. Aussi, afin déviter que l’administration remette en cause le domicile fiscal du nonrésident, certaines précautions doivent être prises ; À titre d’exemples, il convient de vérifier : • la nature des comptes bancaires ouverts auprès d’établissements français : la détention de livret de développement durable (ex-codevi) ou de PEA, par exemple, est réservée aux résidents français ; • les abonnements EDF, GDF ou téléphoniques : résiliation des abonnements, consommation… • l’adresse postale : nom, procuration… • la durée des séjours en France. La réalité de l’expatriation La législation s’avère plutôt généreuse à l’égard des Français qui élisent domicile dans un pays étranger. Reste que pour bénéficier de ces avantages, il est impératif de s’installer réellement hors des frontières hexagonales. PASCAL BARDOUX CRIDON (CENTRE DE RECHERCHE, D’INFORMATION ET DE DOCUMENTATION NOTARIALES) DE LYON

Deux exemples de redressement • Dans un arrêt du 25 mars 1997 (n°95-1501) rendu par la Cour administrative d’appel de Paris, l’administration avait fait valoir que le contribuable était domicilié en France et non en Italie dans la mesure où il occupait de façon permanente une résidence en région parisienne comme le démontrait, notamment, l’état des relevés EDF/GDF. • Dans un arrêt du 21 novembre 1995 (n°94-683) rendu par la même juridiction, l’administration a démontré que compte tenu des dépenses d’électricité et de téléphone, ainsi que des dépenses régulières et importantes par chèque et par cartes de crédit en France, le contribuable devait être considéré comme ayant son domicile fiscal en France.

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Expatria Cum Patria

Les jeunes expatriés français

des dix dernières années UN EXPATRIÉ EST UN FRANÇAIS ÉTABLI À L’ÉTRANGER POUR UNE DURÉE MINIMUM DE 12 MOIS.

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Expatria Cum Patria sources d’informations sont utilisées dans cette enquête : • le registre mondial des Français établis hors de France composé de plus de 2 millions de personnes ; • l’enquête du ministère des Affaires étrangères et européennes ; • les interviews d’expatriés de 24 à 35 ans en Suisse, Belgique et Canada.

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Interview d’expatriés de 24-35 ans • Depuis 1980 Michel vit à Bâle en Suisse : « Il serait très difficile pour moi de revenir en France après tant d’années en Suisse ou je suis très bien intégré et ou j’ai été naturalisé. » • Depuis 2000, Sylvie vit au Canada à Crabtree, où elle a été peu aisée et connu des difficultés. « Partout où je suis allée, j’ai recherché les mêmes conditions et paysages que ceux de la France, les gens aussi. NON, l’herbe n’est pas plus verte ailleurs, mais juste différente et parfois pire. Comme Ulysse, qui fit un beau voyage, je vais retourner en France. »

L’expatriation en chiffres Selon le registre français au 31.12.2007, il y aurait plus de 2 millions de Français expatriés. 39% en Amérique du nord, 20% en Afrique et 19% en Asie. Ce sont des résidents de longue durée dont 54% sont des

• Depuis 1997, Eric vit en Belgique : « J’ai quitté la France pour des raisons fiscales à cause de la pesanteur administrative et pour trouver une opportunité de travail avec peu de diplôme. »

la première destination choisie à 16% contre 25% pour l’Amérique du nord. L’éloignement ne semble plus un obstacle mais les pays anglo-saxons conservent leur force d’attraction.

Diagramme des pays de résidence des expatriés actuels NB : la Chine arrive en 18e position.

Diagramme de l’évolution de l’expatriation par âge et par sexe. 70% d’entre eux ont moins de 40 ans.

L’expatriation en terme socio-culturel Les expatriés ont un but avant tout professionnel mais aussi d’enrichissement culturel. 15% d’entre eux sont binationaux notamment canadien (17%) ou suisse (6%), ou américain (14%). La tendance à l’expatriation de cette population active française jeune a augmenté de 4% par an depuis 10 ans. Beaucoup de couples mariés sans enfants s’expatrient (66%) et 3/4 maîtrisent la langue du pays d’expatriation (souvent francophone). Pour les expatriés sondés dans l’enquête du ministère, leurs motivations sont liées à 60% à l’enrichissement culturel, 45% à l’expérience professionnelle et 22% à l’augmentation de leurs revenus. Actuellement, depuis 2 ans, la Chine serait

iaoranacorail@ifrance.com

femmes et 6/10 sont des jeunes entre 25 et 34 ans. A 86%, ils travaillent notamment dans le secteur tertiaire avec des rémunérations de 30.000 à 60.000 euros net par an avec des niveaux d’études variant de Bac à Bac+2. 44% sont binationaux.

Coralie Masle-Callu

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Le profil type de l’expatrié Il est à noter une forte progression des séjours des scientifiques avec 4%. Les étudiants représenteraient 20% des expatriations (NB : en France, les étudiants représentent 8% de la population active). Fait nouveau : 20% des femmes désirent s’intégrer à long terme, contre 15% des hommes. 18% veulent fonder une famille dans le pays d’expatriation contre 7% des hommes. Les femmes sont plus nombreuses à s’expatrier que les hommes. A partir de 30 ans, la proportion de séjour répondant à une demande d’entreprise double (raison exposée à 31%). Enfin, pour les 24-35 ans, les deux plus fortes motivations sont une réelle envie de s’installer à l’étranger et/ou le suivi du compagnon. Les facteurs clefs de réussite 80% d’entre eux sont salariés et 1/2 est employée par une entreprise dont 26% dans une filiale d’une société française. En premier lieu sont cités le fait que l’employeur organise ou soutienne l’expatriation, puis le fait que le logement et les conditions de vie soient adéquats, et enfin les questions de facilité en terme administratif et fiscal apparaissent comme un attrait. Il est à noter que 1/2 personne effectue un voyage préparatoire pour nouer des contacts sur place. Les durées de résidence sont à 39.4% de 3 à 9 ans. Chez les 24-35 ans, seuls 17.4% envisagent de rester plus longtemps.


Entretien

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Les

ans de la République > France Magazine : Monsieur le Président, en fin observateur politique que vous êtes, vous avez vécu la promulgation la Ve République. Quelques années plus tard, en tant que jeune élu, vous avez pu juger de la qualité de nos institutions. Cette année, en 2008, il est de bon ton de commémorer, sous tous les angles, l'année 1968. En France, depuis 40 ans, chaque mois de mai se veut particulier... Curieusement, il est passé sous silence un autre anniversaire qui revêt actuellement toute son importance : les Cinquante ans de la Ve République. Mais aussi et surtout, le Cinquantième anniversaire du Sénat. Curieusement, 1968 et 1958 ; ces deux dates ont bien un rapport entre elles : celle de 1958 souligne l'accession à la Présidence du Sénat de la Communauté, Monsieur Gaston Monnerville, ancien Président du Conseil de la République depuis le 18 mars 1947 et son renoncement à se représenter à la Présidence du Sénat le 2 octobre 1968. Pouvez-vous nous traduire, Monsieur le Président, la différence entre le Sénat de la Communauté de 1958 et le Sénat d'aujourd'hui ?

CHRISTIAN PONCELET PRÉSIDENT DU SÉNAT FRANCEMAGAZINE N°22 36 AUTOMNE 2008

Christian Poncelet : La principale différence réside bien sûr dans la vocation et la raison d'être du Sénat de la Communauté de 1958 et le Sénat de la République française de 2008. Le Sénat de la Communauté, dont l'existence fut très brève, rassemblait des représentants des pays, relativement autonomes mais fortement liés à la France, tandis que le Sénat de 2008 représente les collectivités territoriales de métropole et d'outre-mer ainsi que les Français de l'Etranger.


Entretien > Gaston Monnerville, né le 2 janvier 1897 à Cayenne en Guyane française, brillant avocat, député de la Guyane de 1932 à 1946, sous-secrétaire d'Etat aux Colonies 1937-1938 ; est élu en mars 1947 et réélu en janvier 1948, à la Présidence du Conseil de la République. La Constitution d'octobre 1958 ayant remplacé le Conseil de la République par le Sénat, Gaston Monnerville est élu Président du Sénat. Réélu constamment à chaque renouvellement, il aura présidé la Haute Assemblée pendant vingt-deux ans en tant que deuxième personnage de l'Etat. Mais en septembre 1962, il est au premier rang de ceux qui s'opposent au Référendum instituant l'élection du Président de la République au suffrage universel. Cette année là voit votre entrée à l'Assemblée Nationale comme jeune député. Quels étaient les griefs que Gaston Monnerville reprochait à ce Référendum ? Le projet du Général de Gaulle d'inscrire dans la Constitution le principe de l'élection du président de la République au suffrage universel direct a été très mal accueilli par une grande partie des parlementaires de l'époque, et au premier rang d'entre eux Gaston Monnerville. Alors que le projet du Général de Gaulle déplaçait considérablement le centre du pouvoir sous la Ve République, au profit du président de la République, Gaston Monnerville, lui, défendait ardemment les pouvoirs du Parlement et, en premier lieu, ceux du Sénat qu'il présidait. C'est pour cette raison qu'il s'est élevé avec énergie et conviction contre ce référendum. > Le 2 octobre 1968 salue l'arrivée à la Présidence du Sénat d'Alain Poher. C'est lui qui nommera le 22 février 1974 Gaston Monnerville, membre du Conseil Constitutionnel, un homme que vous connaissez

bien pour l'avoir cotoyé dans le monde syndical avant de le retrouver dans l'univers parlementaire. Après l'échec du référendum de 1969 sur la régionalisation et la participation, le Général de Gaulle quitte le pouvoir. Monsieur Alain Poher devient pour la première fois Président de la Ve République... par intérim. Il est également candidat à la Magistrature suprême contre Georges Pompidou. Ironie de l'histoire, Georges Pompidou, devenu Président de la République, décède prématurément le 2 avril 1974. Pour la seconde fois, Monsieur Alain Poher, devient Président de la République... par intérim. Cette fois, il ne sera pas candidat et ce sera Monsieur Valéry Giscard d'Estaing qui deviendra Président de la République. Vous entrez au Sénat en 1977. Qu'est-ce qui fait que la France d'alors change ? Nous sommes à cette époque dans la France d'après mai 68, dont nous célébrons les quarante ans cette année, et la France ressent le besoin de changer en profondeur. D'ailleurs , des réformes de société importantes ont été adoptées durant cette période, comme la majorité civile à 18 ans, la loi Veil sur l'avortement... > Monsieur Alain Poher présidera aux destinées du Sénat pendant 24 années, jusqu'en 1992. C’est la date où, en octobre de la même année, René Monory accède au petit palais du Luxembourg pour 6 années, faisant la transition entre les 14 années de François Mitterrand à l'Elysée et l'arrivée de Jacques Chirac au 55 rue du Faubourg Saint-Honoré. Quels sont les aménagements marquants de la Constitution qui sont à mettre au compte de l'ancien ministre de l'Economie et des Finances de Raymond Barre ?

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Président du Sénat de 1992 à 1998, René Monory a su mettre le Sénat sur le chemin de la modernité. En effet, il a modernisé l'institution sénatoriale, en y développant les nouvelles technologies, notamment par la création, dès 1995, d'un site Internet, et en ouvrant la Haute

Gaston Monnerville.

Assemblée sur les relations internationales. Au cours du mandat du président Monory, la Constitution a été révisée trois fois dont une concerne directement le fonctionnement du Parlement avec la mise en place de la session parlementaire unique mais aussi la création de séances réservées à un ordre du jour fixé par chaque assemblée. > Le 1er octobre 1998, vous devenez le 4e Président du Sénat de la Ve République. Depuis votre accession à la deuxième charge de l'Etat, chacun s'accorde à reconnaître que vous avez énormément modernisé le

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Entretien >>

Palais du Luxembourg. Après le quinquennat du mandat présidentiel, vous avez tenu à abaisser la durée du mandat électif des sénateurs de 9 à 6 ans. Modernisation, aménagement, ouverture, etc. Quels sont les faits significatifs que vous aimeriez que l'on portât à votre crédit ? Depuis mon élection à la Présidence du Sénat, j'ai toujours agi pour que le Sénat soit l'avocat et le promoteur des collectivités territoriales. Depuis 1998, la Constitution a été révisée à douze reprises - c'est sans doute trop - mais le Sénat a su jouer pleinement son rôle notamment lors du vote de la loi constitutionnelle relative à l'organisation décentralisée de la République, qui concerne en premier lieu les territoires français. J'ai voulu aussi que le Sénat s'auto réforme, ce qui est assez rare de nos jours. C'est chose faite depuis 2003. J'ai souhaité aussi placer mon action sous le signe de l'ouverture du Sénat vers le monde extérieur. J'ai ainsi lancé, avec le soutien de mes collègues sénatrices et sénateurs, de multiples initiatives vers le monde économique. J’ai également souhaité que les parlementaires se rendent autant que possible sur le terrain, pour mieux legiférer, ainsi que l'illustrent par exemple les stages d'immersion des sénateurs en entreprise, dans le monde judiciaire et au sein des forces armées... > Ces trentes dernières années ont vu se réunir assez fréquemment le Congrès à Versailles dans le but d'aménager la Constitution de la Ve République. Depuis quelque temps déjà, d'aucuns réclament à corps et à cri une VIe République. Votre avis, Monsieur le Président ? La Ve République se porte très bien, pourquoi vouloir changer de numéro ! Alors que nous fêtons cette année les cinquante ans de la Ve

Constitution, le système institutionnel français n'a jamais été aussi stable. Depuis 1958, notre Constitution a fait l'objet de plus de vingt révisions, ce qui est aussi la preuve que le législateur a su en permanence l'adapter à son temps. > 1968, c'est aussi la célèbration de la mort du pasteur Martin Luther King. 2008. Un autre homme de couleur, Barak Obama, peut-il, selon vous, accéder à la Présidence des Etats Unis d'Amérique ? Dès lors que le Sénateur de l'Illinois est désigné par le parti démocrate pour le représenter dans la cam-

Charles de Gaulle. pagne présidentielle, Barack Obama a autant de chances que son adversaire républicain d'accéder à la fonction suprême américaine. Je suis convaincu que les Américains voteront pour le programme qu'ils jugeront le plus prometteur. > En France, nous venons de rendre un vibrant hommage à l'homme de lettres, mais aussi

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à l'homme politique qu'était Aimé Césaire. Avant lui, il y avait eu Léopold Sédar Senghor, Gaston Monnerville. On se souvient en 1958, lors de la cérémonie des Sceaux de la Ve République, de Félix Houphouët Boigny. Il y a bien eu pendant la Coupe du monde de football de 1998 un célèbre “ Black, Blanc, Beur ”. Qu'en reste t-il ? Je suis convaincu que le formidable élan d'unité nationale, qui s'était manifesté en 1998, existe toujours et qu'il a même pris en dix ans plus d'ampleur. Quelle fierté pour un homme politique de voir tous ces

jeunes Français, quelle que soit leur origine, défendre avec énergie les couleurs de notre pays ! C'est à nous, femmes et hommes politiques, de contribuer à faire en sorte que ce mouvement perdure en leur donnant les moyens de réaliser leur projet. Le Sénat, soyez-en sûrs, y participe pleinement, tant par son activité législative et de contrôle, que par les nombreux événements qu'il organise et sa constante ouverture sur la société.


Hommage

Bronislaw Gérémek Geremek est mort JE N’AI JAMAIS IMAGINÉ LA POLOGNE SANS LUI. DEPUIS 1989, DATE À LAQUELLE J’AI FAIT SA CONNAISSANCE DEPUIS MON PREMIER VOYAGE EN POLOGNE JUSQU’À AUJOURD’HUI, IL A TOUJOURS CONSTITUÉ UNE RÉFÉRENCE ET UNE MÉTHODE.

l avait cette capacité à développer un raisonnement de manière simple, de placer ses observations dans le long terme, en dehors de toute gestion de l’instant. En accord ou en désaccord, c’était toujours enrichi que l’on ressortait d’un entretien avec lui. Citoyen européen, il a toujours été là, en Pologne, entre la Pologne et le reste de l’Europe et particulièrement de la France, lorsqu’il fallait construire des ponts entres celles et ceux qui ne parvenaient pas à se comprendre. Il parvenait à nous faire partager notre histoire et nos valeurs. A en faire un moteur pour l’avenir. Visionnaire avant tout. Début 1990, je l’ai vu témoigner devant des proches de Gorbatchev déboussolés de sa conviction de la réussite des réformes économiques entreprises par Balcerowicz, mais aussi de l’indépendance inéluctable des pays baltes. En 1993, il témoignait de l’inévitable adhésion à l’Union européenne des nouvelles démocraties, mais aussi des problèmes que cela poserait pour la suite et raison de nos différences de perception qu’il convenait de combler au plus vite. Ou de la place de l’Ukraine en Europe. Depuis plusieurs années il constatait la manque de préparation des Européens, à ce qu’il appelait un « moment constitutionnel », ce qui le conduisait à vouloir aborder la construction européenne avec un grand pragmatisme. Avec François Gault, nous l’avions interviewé en 2003. Ses réponses gardent, aujourd’hui, une totale actualité. Il conjuguait une vision du monde, la défense de la démocratie, de la liberté dans la solidarité avec un solide réalisme, qui nous

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manquera en Europe. Il a toujours été une personnalité à part dans les relations franco-polonaises. Lorsqu’en 1994, je me suis présenté pour la première fois au CSFE, j’avais souhaité m’en entretenir avec lui et lui demander son soutien. Il m’avait aidé dans mes premiers pas et la première réunion publique de la campagne, auquel il n’avait pas pu participer, mais avait demandé à Hanna Suchocka, d’être présente. Je sais à quel point il constitue une référence, un exemple, un point fixe pour nombre d’entre nous, Français, ayant une relation particulière avec la Pologne. Aujourd’hui, nous sommes nombreux à être tristes. Dans les jours et les années qui viennent nous mesurerons son absence. JEAN-YVES LECONTE CONSEILLER ÉLU DE L’AFE POUR LA POLOGNE GENERIK@GENERIK.COM.PL

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Entretien avec…

Alain Lamassoure > France Magazine : Selon vous, Monsieur Lamassoure, « Le Référendum est l’arme la plus prisée par les dictateurs ». Remarquez, cela équivaut au « Verrou Référendaire » de Jean Pierre Jouyet. Mais tout cela, n’est-ce pas un peu réducteur ? N’estce pas un tant soi peu méprisant ? N’est-ce pas juger le peuple “forcément” ignare ? Le sage se demande à lui-même la cause de ses fautes ; l’insensé la demande aux autres. Alain Lamassoure : La faute, ici, est d’avoir recouru au référendum. Il n’est pas fait pour ça. Pour ne prendre que l’exemple irlandais, 40% des électeurs qui ont voté “non” ont expliqué leur décision par le fait qu’ils ne comprenaient pas le texte, et 80% d’entre eux ont déclaré après coup qu’ils souhaitaient que leur pays reste au cœur de l’Union européenne. > FM : Au NON de l’Irlande, se serait probablement ajouté celui d’autres nations, si elles avaient été consultées sous les mêmes auspices, qu’ils s’agis-

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se de la France, la Hollande, la Pologne et nous dit-on, même le peuple allemand se serait laissé aller à cette dérive négative. Et pourtant, d’aucuns vous diront toute leur satisfaction de n’avoir qu’une monnaie. De ne posséder qu’un passeport reconnu par 27 pays. De ne plus souffrir de tracasseries douanières. Alors, Comment expliquez-vous ce rejet des peuples ? Pourquoi cette incompréhension ? AL : Complétons la question par une autre : pourquoi donc aucune des réformes faites ces dernières années dans les grands pays européens n’a-t-elle été soumise à référendum ? Ni au Royaume-Uni (sauf pour l’autonomie de l’Ecosse, sujet qui, en effet, se prête à référendum), ni en Allemagne, ni en Espagne. Ni en France, qui n’y aura pas même recours pour la réforme de la Constitution la plus ambitieuse dans l’histoire de la Ve République ! Encore une fois, la procédure n’est pas la bonne. Quand les Français ont


Entretien avec… refusé en 1969 le projet de décentralisation que de Gaulle avait soumis au référendum, personne n’a dit que les Français étaient désenchantés de la France, ni même qu’ils refusaient la décentralisation : ils ont saisi l’occasion pour dire « non » à de Gaulle. > FM : En fait, le “Despotisme doux et éclairé” tant prôné en son temps par Jacques Delors n’est plus de mise. L’at-il été d’ailleurs ? Le “NO” Irlandais que l’on voudrait nous faire passer comme une banale péripétie, fût-elle passagère , est beaucoup plus grave, plus conséquente et bien plus profonde. La vérité souffre de ne pas être regardée en face. Les peuples souhaitent l’Europe. Leur Europe et non point celle que l’on veut leur imposer. AL : Les peuples souhaitent “leur” Europe : mais laquelle ? Celle des “nonistes” français qui voulaient plus d’harmonisation fiscale, plus de défense européenne et la garantie du droit à l’avortement, ou celle des opposants irlandais au traité de Lisbonne, qui voulaient exactement le contraire ? Et pourquoi oublier les Espagnols, qui avaient approuvé à 75% le traité constitutionnel ? L’Europe qu’“on” veut leur imposer. Mais qui est “on” ? Le traité constitutionnel a été élaboré par une assemblée (la Convention européenne, que présidait Giscard) où étaient représentés tous les partis politiques de tous les pays européens, qui ont adopté le texte final à l’unanimité, à l’exception des seuls conservateurs britanniques. Le traité de Lisbonne a été négocié et signé par tous les gouvernements, et il est appuyé par tous les partis d’opposition (sauf, là encore, par les mêmes conservateurs). Et il a précisément pour principal objet de donner le pouvoir aux citoyens : désormais, l’Europe sera gouvernée, non plus par les dirigeants nationaux dissimulés derrière le bouc émissaire si commode de “Bruxelles”, mais par les élus des citoyens européens. Le Parlement de Strasbourg exercera la plénitude du pouvoir législatif et le Président de la Commission sera élu par lui - c’est-àdire, par son intermédiaire, par les citoyens eux-mêmes, comme le sont les Premiers

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Ministres des pays parlementaires. Croyezmoi : ce jour-là, plus personne ne parlera de déficit démocratique en Europe. Et plus personne ne dira « c’est la faute à l’Europe ». On dira : « c’est la faute à M. Untel ». Et si on n’est pas d’accord avec lui, on le changera aux élections suivantes. > FM : Vous êtes aussi un élu, issu d’une bien belle région de France, le pays basque. Que répondez-vous aux paysans qui ont privés de produire la nourriture pour la population par un diktat de Bruxelles ? Lorsque vous prenez votre véhicule et que vous traversez notre pays de bas en haut ou de long en large, de voir des milliers d’hectares en jachère, de constater ces étendues incultes à perte de vue ; c’est d’une tristesse à en pleurer quand on sait qu’un milliard d’êtres humains souffrent de malnutrition. Montesquieu aimait les paysans. « ls ne sont pas assez savants pour raisonner de travers », disait-il. Un peu de bon sens paysan, voilà ce qui semble singulièrement faire défaut à Bruxelles. AL : Mais ce n’est pas “Bruxelles” qui invente une politique qui s’imposerait à nos paysans ! Toutes les réformes de la politique agricole commune ont été approuvées par les gouvernements français, quand ils ne les ont pas suscitées ! Et, après coup, toutes ont été acceptées par les organisations agricoles, qui en ont reconnu le bien-fondé. La jachère, comme les quotas laitiers, étaient bien utiles pendant les longues années de surplus agricoles permanents. Maintenant que la conjoncture est différente, il est normal de les supprimer. Tout en sachant que ce ne sont pas les Européens qui nourriront l’Afrique, pas plus que, dans le passé, ce sont eux qui ont mis fin à la famine en Inde : c’est à chaque territoire d’assurer, directement ou indirectement, son autonomie alimentaire. C’est ça le bon sens paysan. Et c’est bien comme cela que l’entendent d’ailleurs, désormais, les dirigeants africains. > FM : Après tant de tentatives infructueuses, que rétorquez-vous à ceux qui

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Entretien avec… >>

vous implorent de tout remettre à plat. De définir clairement les frontières de l’Europe et pour longtemps ? AL : Tout remettre à plat, ou tout défaire ? J’attends toujours le “plan B” de M. Fabius, ou une contre-proposition de ces eurosceptiques qui se disent plus Européens que les autres mais ne sont pas capables de se mettre d’accord entre eux pour présenter un autre projet européen. Par définition, un tel projet ne se fait pas tout seul. Le traité de Lisbonne donnant le pouvoir aux citoyens, si une majorité de ceux-ci souhaitent repartir sur de nouvelles bases et soutiennent un contre-projet, ils pourront le mettre en œuvre immédiatement. Ils pourront aussi décider des frontières ultimes de l’Europe. Aux élections européennes, le PPE devrait faire campagne pour limiter l’Union aux frontières du continent européen, à l’exclusion de la Turquie, comme de la Russie. C’est aux citoyens européens eux-mêmes de décider des frontières de la famille. > FM : Nous nous dirigeons vers un baril de pétrole à 200 $ us. Les matières premières et les denrées alimentaires retiennent toute l’attention des spéculateurs au grand dam des consommateurs. Si cela continue, il est à craindre que nous voyons s’appliquer l’article 35 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen et préambule de la constitution du 24 juin 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ». AL : L’insurrection contre qui ? Contre le pétrole cher ? Contre les Chinois qui en achètent trop, les Américains qui le gaspillent, les producteurs qui n’augmentent pas la production assez vite ? On évoquait le bon sens paysan tout à l’heure : quand le prix d’achat d’un produit augmente, le plus raisonnable est de réduire sa consommation, de trouver des produits de substitution, et d’augmenter son propre pouvoir d’achat en diversifiant sa propre production. Et si les consommateurs s’entendent, de s’unir pour négocier en bloc avec les producteurs. C’est cela, la valeur ajoutée que l’on attend de l’Europe. C’est l’union qui fait la force, pas la rouspétance.

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> FM : « Plutôt que de savoir ce qui a été fait, combien il vaut mieux chercher ce qu’il faut faire »1. Cela va prendre du temps, mais il est urgent de tout remettre à plat et d’écouter les peuples. « Bien des erreurs sont nées d’une vérité dont on abuse »2. AL : A quoi servent nos élections démocratiques, sinon à écouter les peuples ? A quoi servent ces sondages quotidiens ? Le problème des dirigeants de nos pays n’est pas qu’ils n’écoutent pas, mais qu’il y a trop à entendre et que ce qu’expriment les uns et les autres est une cacophonie de contradictions. C’est le rôle des hommes d’Etat, et leur grandeur, de guider les peuples dans les moments de doute. At-on jamais conseillé à de Gaulle, à Churchill, à Helmut Kohl, et à combien d’autres, d’écouter leurs peuples avant d’agir ? Quand Robert Schuman a lancé son appel historique, une immense majorité de Français et d’Allemands étaient plus disposés à la vengeance qu’à la réconciliation. Heureusement qu’on n’a pas fait de référendum alors... 1 - Sénèque 2 - François Marie Arouet dit Voltaire.


Information

Lors de sa venue à Genève le vendredi 13 juin 2008, Monsieur Xavier Bertrand, Ministre du Travail, des Relations Sociales, de la Famille & de la Solidarité, a désiré s’entretenir à la Résidence de France à l’ONU avec les membres de l’UMP en Suisse et de sa délégation, ainsi qu’avec les Conseillers élus à l’Assemblée des Français de l’Etranger, et également les conseillers nationaux du mouvement. C’est sous l’égide de son vice-président Nicolas de Ziegler que Géraldine Dunoyer, Mélanie Filippelli, Norbert Danville et Thierry Mossé se sont fait l’écho du dialogue courtois et libre qui s’est déroulé avec le ministre, secrétaire général adjoint de l’UMP. Les deux Conseillers élus de l’A.F.E., Serge Cyril Vinet et Pierre Oliviéro, ont mis en exergue les différences notoires entre la Suisse et la France, notamment dans l’approche du code de la législation du travail et de son application.

Les quatre Conseillers élus à l’A.F.E . fondateurs de “l’Association Lycée Français Maurice Druon - Genève” se sont réunis pour entériner la transformation de cette association en Fondation reconnue de bien d’utilité publique du même nom. De gauche à droite : Pierre Oliviéro, Serge Cyril Vinet, Jean-Pierre Capelli et Marceau Kaub. Photo Francisco Bonifacio

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Intime conviction AZ-ZAHR. JUSQU’AU XIIe SIÈCLE, CE TERME FAMILIER DÉSIGNAIT COMMUNÉMENT EN ARABE OCCIDENTAL UN JEU DE DÉ. AU FIL DU TEMPS ET DES CROISEMENTS CULTURELS, LE MOT S’EST TRANSFORMÉ POUR DÉSIGNER HABILEMENT CE QUI ÉCHAPPE AU PRINCIPE DES CAUSALITÉS : LE HASARD.

Le

hasard fait bien les choses

ne rencontre, une rue, un détour, une simple modification dans notre emploi du temps peut bouleverser le cours de notre vie. Ces changements inattendus peuvent modifier collatéralement la vie des autres. Et parfois même les sauver. Robert Badinter déclare dans chacune de ses interviews que son plus grand combat, celui qui a modifié à jamais le visage de la justice française, est né “par hasard”. Il voulait enseigner le droit. Transmettre son savoir était son plus grand rêve, sa vocation. Il se retrouvera au front, à affronter physiquement, de tout son être, comme on le lit dans son livre “L’Exécution”, la peine de mort en France.

aguerguan@hotmail.com

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Samira Aguerguan

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Puisqu’aucun événement n’est un commencement absolu, quel rôle le destin, le hasard et le déterminisme ont joué dans le combat et la vie de Robert Badinter ? A 80 ans, le regard vif, tranchant et amusé, cet homme a conservé la fraîcheur et la rage d’un jeune homme de 18 ans. Avec son besoin constant d’exploser les frontières juridiques de la Ve République, on ressent sa crainte de voir se refermer les ouvertures douloureusement acquises de son pays. Robert Badinter a 15 ans quand son père se fait arrêter à Lyon en 1943 par la Gestapo. Un âge où l’empreinte paternelle se pose sur le fils pour définir l’homme à venir. Malgré cette tragédie, le jeune homme


Intime conviction

Robert Badinter, fervent défenseur de l’abolition de la peine de mort et à l’origine de la loi qui porte son nom.

déterminé sort cinq ans plus tard de la Sorbonne, diplômé en droit, et obtient par la même occasion une bourse du gouvernement français pour étudier à Columbia, aux Etats-Unis. Robert Badinter aurait pu alors exercer sa profession outre-mer ; toutefois, le choix du retour au pays natal l’emporte. En attendant de passer l’agrégation, il devient avocat, “par hasard”, afin d’être financièrement autonome. Cette décision semble être en effet indépendante de sa volonté et totalement fortuite, bien que choisir initialement le droit, suite aux crimes vécus par sa communauté et sa famille, laisse penser qu’un déterminisme a vraisemblablement modelé son parcours.

a 27 ans. Débutant et peu sûr de lui, les accusés refusent de confier leur tête entre les mains de ce jeune premier. Il s’oriente donc vers le civil en gardant un œil attentif vers les assises, qu’il considère comme l’art suprême du droit. Goûtant enfin aux plaisirs de la vie, Robert Badinter profite des avantages de son cabinet d’avocats très huppé et mène une vraie vie de mondain : cette parenthèse se présente telle une douceur qu’on se doit de déguster avant un pénible et long voyage. En 1971, ce n’est ni le hasard, ni le déterminisme qui vient frapper à la porte de Badinter mais l’avocat Patrick Lemaire ainsi qu’une bonne dose de destin. Ce dernier

Le choix de son futur patron semble également peu hasardeux : il doit se trouver un mentor prêt à le guider, à l’initier et à offrir une consistance à sa personnalité. Il se présente chez Henri Torrès en 1951, célèbre avocat d’assises possédant une voix imposante et un physique à jouer aux côtés de Ventura et Blier. Torrès représente à la fois le Père et la Justice, deux notions symboliquement liées dans l’histoire personnelle de Badinter. “Le petit Rabbin studieux” comme il aime lui-même se nommer, travaille ainsi pendant cinq ans dans l’ombre du géant en buvant ses paroles et en admirant sa prestance et sa gestuelle. Quand Torrès prend sa retraite, son protégé

demande à son ami de l’aider à défendre l’affaire Buffet-Bontemps qui fait, à cette époque, les gros titres des journaux. Claude Buffet, condamné à perpétuité, et Roger Bontemps, condamné à vingt ans, ont égorgé une infirmière et un gardien lors d’une prise d’otages à la centrale de Clairvaux. Il s’avère, au cours de l’enquête, que Bontemps est un braqueur, mais seul Buffet a commis le crime. Le but est donc de sauver la tête de Bontemps. Badinter repose sa plaidoirie sur la raison et les faits : pour lui, la justice ne pouvait tuer celui qui n’avait pas tué. Mais il manque d’assurance et sent la mort rôder à l’heure du verdict. Les deux hommes sont condamnés à la peine capitale et guillotinés le 29 novembre 1972. >>

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Intime conviction >>

Patrick Henry, meurtrier du petit Philippe Bertrand en 1972 doit d’avoir sauvé sa tête à Robert Badinter.

Bien que depuis longtemps partisan de l’abolition de la peine de mort, c’est la mort de Bontemps qui donne naissance au farouche militant que l’on connaît depuis. Ce procès éveille de vieilles et profondes blessures chez l’avocat. Lorsqu’on lui demande si cette révolte vient de ce que l’on nomme la culpabilité du survivant, l’homme répond avec pudeur qu’il préfère ne pas y penser et qu’il se soigne dans l’action. Se jurant de défendre corps et âme, toutes les personnes susceptibles d’être condamnées à mort, c’est dans cet état d’esprit que Robert Badinter accepte de défendre le tueur d’enfant, Patrick Henry. Ce matin d’hiver 1976, Robert Bocquillon lui demande de l’aider à traiter ce qui deviendra l’un des plus célèbres procès de l’histoire française. Le 30 janvier 1976, Patrick Henry kidnappe le petit Philippe Bertrand, âgé de 7 ans, et demande une rançon d’un million de francs aux parents. N’obtenant pas satisfaction, Patrick Henry étrangle l’enfant d’un foulard et cache le corps dans son appartement. Parti skier avec des amis et laissant le cadavre chez lui, il est toutefois suspecté depuis le début de l’affaire par la police et se fait interpeller à son retour. Un vrai cirque médiatique se met alors en place autour du suspect, ce dernier clamant haut et fort son innocence devant les caméras, déclarant même que le coupable méritait la peine de

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mort. La police finit toutefois par l’arrêter le 17 février 1976. Patrick Henry désigne lui-même l’emplacement du corps du petit Philippe, dissimulé sous son lit. C’est le comportement détaché de Patrick Henry qui horrifie toute la France, ses médias et ses politiques. On comprend alors que seul un être humain peut être inhumain : Patrick Henry reflète à cet instant la part la plus obscure de l’humanité et, par conséquent, de nousmêmes. Robert Badinter n’est plus le même qu’en 1972. Le procès Bontemps a hanté ses nuits et ses pensées toutes ces années : il a du réécrire en secret des milliers de fois la plaidoirie qui aurait su convaincre le jury et éviter le son tranchant de la lame et le bruit sourd de la tête qui tombe. En janvier 1977, le jour du procès, Badinter est en transe : tout son être, toutes ses blessures, tous ses sentiments révoltés resurgissent ce jour-là. Il comprend qu’une défense rationnelle ne sauvera pas Patrick Henry. Il ne défend donc pas un tueur d’enfant mais déclame avec ferveur un discours contre la peine de mort. Les jurés pleurent. Patrick Henry est condamné à la réclusion criminelle à perpétuité mais sa tête est sauvée. Badinter fait preuve d’une richesse humaine et d’une dimension intellectuelle hors normes, puisque malgré les horreurs vécues, il croit fondamentalement en l’homme et à sa capacité à évoluer, à tendre vers le bien. Ainsi que laisser le temps à cet être complexe et imparfait de saisir la responsabilité de ses actes et apprendre à vivre avec. Si Badinter a si souvent utilisé le terme hasard, c’est peut-être parce que le mot destin, du latin “destinare” qui signifie “assujettir”, résonnait comme une fatalité. Et ce n’est pas la fatalité mais la fièvre et l’engagement d’un avocat devenu Garde des Sceaux qui changèrent la justice de notre pays ce 17 septembre 1981 à l’Assemblée Nationale. « Monsieur le président, mesdames, messieurs les députés, j’ai l’honneur, au nom du Gouvernement de la République, de demander à l’Assemblée nationale l’abolition de la peine de mort en France. »


Faire rimer

Jeunesse Avenir ?

et

LORSQUE L’ON VOIT TOUTE UNE JEUNESSE DÉFERLER DANS LES RUES, PROFITANT DE MANIFESTATIONS, CERTAINES LÉGITIMES, POUR SACCAGER GRATUITEMENT LE BIEN D’AUTRUI, ON NE PEUT QUE S’INTERROGER : QUE VA-T-ON FAIRE DE CETTE JEUNESSE DÉSŒUVRÉE ? QUE LUI RÉSERVE L’AVENIR ?

ne fois ces questions posées, on s’aperçoit que les réponses à apporter sont beaucoup plus complexes qu’il n’y paraît. Quoiqu’on en dise, ça n’est pas simple. Mais de là à englober toute la jeunesse dans cette frange, ce serait un peu trop facile et pour le moins très réducteur. Comme d’habitude, nous sommes confrontés à deux cas d’école : 1/La minorité agissante. Celle qui fait la Une des médias. 2/La majorité silencieuse. Celle qui étudie, qui bûche, qui cherche, qui construit son Avenir. Notre Avenir. Si, comme votre serviteur, vous aviez eu l’honneur d’assister à la dix-neuvième cérémonie de remise des prix de la fondation Arditi, ce 25 juin dernier à Genève, vous auriez dégusté un véritable élixir de jouvence. Cette jeunesse faisait plaisir à voir. Qu’il s’agisse, en lettres, d’Yvan Salamanca sur ses travaux concernant l’écrivain japonais Tanizaki Junichiro ou la vision très particulière du voyage au bout de la nuit de Louis Ferdinand Céline par Maria Gal, en français moderne, tous ces lauréats étaient

serge.c.vinet@bluewin.ch

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Serge Cyril Vinet CONSEILLER ÉLU À L’A.F.E. POUR LA SUISSE ET LE LIECHTENSTEIN

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heureux de communiquer leurs travaux avec brio. Je ne peux résister de vous citer Michael de Pasquale, dans la catégorie Histoire. Sa thèse surprenante du système de prostitution moderne et règlementé du Japon des périodes Meiji & Taishô, en a laissé plus d’un, interrogateur. Oui, vraiment surprenant. Touchant de près nos préoccupations actuelles sur la nourriture, Jérémie GayFradet, en Biologie, s’est penché sur les analyses génétiques et notamment sur les plantes légumineuses. Que les élèves non cités me pardonnent. Il sont tous talentueux et, du privilège de les écouter, ne s’écoulait que du bonheur. Je m’en voudrais d’oublier ma préférence. Native du Tessin, Valentina Mercanti, catégorie Médecine, nous a enchanté par sa présentation facétieuse de travaux très académiques “ Membrane Sorting In The Endocytie Pathway “. Elle nous a expliqué ses recherches sur un thème qui n’a pas abouti. Mais... elle a trouvé autre chose qui lui a permis de comprendre comment les cellules réception-


J’aimerais vous dire… naient les diverses protéines que nous absorbons. Pour les profanes que nous sommes, elle n’a pas hésité à comparer la cellule souche à un centre de tri postal. Chaque groupe de protéines identifiées est enfermé dans un sac postal, oblitéré à l’adresse du destinataire. Les inconnues sont distribuées en Poste Restante. Sa découverte, souffrant la comparaison avec la poste Suisse plutôt qu’avec la poste Italienne... Vous avouerez quand même, que nous sommes très loin de la Star Académy ! Voilà donc nos lauréats auréolés des lauriers de la fondation Métin Arditi. Il ya 25 ans de cela, lors d’un séjour à l’université de Stanford en Californie, ce dernier fut subjugué par les prouesses d’une fondation créée par Gérald Kantor, aux Trois Maîtres Mots révélateurs : Excellence. Plaisir. Partage. Le but était de favoriser, dans leurs recherches, des élèves aux talents prometteurs. Quelques années plus tard, nous célébrons cette année, les 20 ans de la Fondation Arditi. Les Trois Maîtres Mots sont toujours présents. Le But est toujours d’actualité. Modestement, très modestement, Excellence, Plaisir et Partage, voilà bien trois mots qui conviennent à l’épopée de France Magazine : Excellence. C’est ce vers quoi nous aspirons en permanence par la qualité de nos réflexions (objectif rarement atteint, vous l’avouerai-je). Plaisir. Plaisir d’écrire en premier lieu. Plaisir décuplé ensuite, sachant que nos écrits vont être partagés avec bon nombre d’anonymes. C’est dans cette même lignée et avec les mêmes buts que les fondateurs de “ L’association du Lycée Français Maurice Druon Genève ” ont transformé cette dernière en “ Fondation Lycée Français Maurice Druon Genève “ reconnue d’utilité publique.

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Implantation francophone

La

LA FNAC, FÉDÉRATION NATIONALE D’ACHAT DES CADRES, EST UNE ENSEIGNE BIEN CONNUE DE LA PLUPART DES FRANÇAIS, CAR ELLE EXISTE SUR LE TERRITOIRE NATIONAL DEPUIS PLUS DE 50 ANS ET A SU SE POSITIONNER COMME UNE RÉFÉRENCE POUR LES PRODUITS CULTURELS ET TECHNIQUES.

fnac

s’implante en Suisse alémanique

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Implantation francophone e qui est moins connu, c’est que la FNAC est aussi présente en Belgique, en Espagne, au Portugal, en Italie et en Grèce. La FNAC a aussi réussi le saut audelà de l’Atlantique puisqu’elle a ouvert 7 magasins au Brésil. Plus près de nous, la FNAC a inauguré en 2000 son premier magasin en Suisse, à Genève, avant d’en ouvrir un deuxième toujours à Genève puis un à Lausanne et finalement un à Fribourg. En tout, ce sont plus de 130 magasins et plus de 20 000 salariés qui travaillent pour cette enseigne. Depuis avril 2008, il y a un magasin FNAC de plus, et il se trouve à Bâle, en plein cœur de la cité rhénane, idéalement situé dans la rue piétonne, et juste à côté de plusieurs lignes de tram et d’un parking. Autant dire que l’endroit a été bien choisi. Avec 8 étages et plus de 3 000 m2 de surface de vente, la FNAC de Bâle a de quoi satisfaire autant les passionnés du livre que ceux de la vidéo. Mais la FNAC a aussi frappé un grand coup médiatique lors de son installation à Bâle en organisant une opération de “teasing” une semaine avant l’ouverture. Qu’est-ce qu’une opération de teasing ? Et bien, c’est une campagne publicitaire qui dévoile petit à petit quel est le produit que l’on cherche à promouvoir. Ainsi, Bâle s’est couverte d’autocollants, de banderoles et d’affiches où il n’était écrit rien

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d’autre que « HAPPY-BASEL.CH ». La presse locale s’est emparée de l’affaire, essayant de lever le mystère. Au bout de quelques jours, le secret a transpiré et l’on a su que c’était la FNAC qui était à l’origine de tout cela. Alors, quel est le but de la FNAC en s’implantant à Bâle qui est un marché aux mains d’acteurs allemands et quelles sont ces chances de réussite ? Rencontre avec Daniel Bader, responsable communication de la FNAC de Bâle. > France Magazine : Monsieur Bader, merci beaucoup de nous accueillir aujourd’hui et de bien vouloir répondre à nos questions sur l’implantation de la FNAC à Bâle. Monsieur Bader, après Genève, Lausanne et Fribourg, la FNAC a décidé de s’implanter en Suisse alémanique et a choisi Bâle comme premier lieu. Pourquoi Bâle ?


Implantation francophone Daniel Bader : C’est un fait que la FNAC cherchait un endroit adéquat pour s’établir en Suisse alémanique. Il se trouve que Bâle avait ce genre de possibilité disponible rapidement et nous avons donc inauguré notre entrée en Suisse alémanique à Bâle. Nous sommes particulièrement heureux de cette opportunité car Bâle est une ville culturelle par excellence au carrefour de trois pays. > Les livres et la vidéo sont traditionnellement en mains allemandes à Bâle. Comment comptezvous vous diversifier par rapport à la concurrence ? Avant de nous établir ici, nous avons fait une étude de marché afin de vérifier s’il y avait des niches ou des domaines qui n’étaient pas encore couverts et qui permettraient de nous démarquer et ainsi d’être plus concurrentiels. Par exemple, les bandes dessinées où nous avons mis l’accent sur ce genre de publication. Un autre exemple, les livres disponibles en français ; nous pensions qu’il y a une réelle demande et avons agi en conséquence mais la demande a été plus forte que prévue et nous avons déjà dû augmenter notre offre par rapport à ce qui était disponible à l’ouverture du magasin. Notre clientèle s’attend à trouver des livres en français chez nous. En ce qui concerne l’électronique, nous voulons mettre l’accent sur des produits et un conseil de qualité et pas seulement être revendeurs de produits bas-prix. Nous ne voulons pas proposer le plus grand éventail de produits ni forcément être moins chers de quelques centimes que les autres mais nous voulons offrir une sélection de produits qui nous ont convaincus et que nous pouvons conseiller et vendre en toute confiance. Cela demande bien sûr d’avoir du personnel qualifié qui soit en mesure de répondre aux attentes des clients. Un autre point qui nous démarque de la concurrence, ce sont nos guides FNAC qui décrivent, entre autres, les résultats de certains de nos produits dans nos laboratoires d’essais. Ces laboratoires existent depuis 1972 et permettent d’offrir aux consommateurs des éléments comparatifs objectifs. À chacun ensuite de décider quelle priorité il veut bien attribuer à chaque élément comparatif. Si vous voulez un dernier élément différentiateur par rapport à la concurrence, je dirais que nous sommes les seuls à Bâle à réunir sous un même toit livres, CD, DVD, jeux, logiciels, informa-

tique, électronique, ainsi que billetterie, et ceci en allemand et en français. De plus, nous avons aussi un forum dédié aux rencontres culturelles ainsi qu’un café équipé de bornes sans-fils et qui possède une très belle vue sur la ville. > Pensez-vous qu’il y ait suffisamment de demande pour qu’une offre en allemand et en français puisse cohabiter et être rentable sur le long terme ? Oui, tout à fait. Comme je vous l’ai dit, nos prévisions ont déjà été dépassées. Nous voyons aussi une clientèle alémanique à la recherche de livres ou de films en français en plus de la clientèle francophone sur laquelle nous comptions. Nous voulons aussi continuer à nous faire connaître dans

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Implantation francophone que pour la diversité culturelle. > Vos employés sont-ils tous bilingues ? Non. Ce n’est pas le cas. Au niveau cadre, tout le monde l’est mais pas au niveau de la vente. Ce n’est pas une condition d’embauche non plus. C’est très certainement un avantage mais pas une condition indispensable de parler français. > Vous avez évoqué précédemment un Forum. Pouvez-vous nous expliquer quel en est le concept ?

> Quels sont vos objectifs à moyen terme sur la Suisse ? Est-ce que Bâle est juste un essai en terre alémanique ? Notre objectif et d’ouvrir des magasins supplémentaires. Fin 2009, nous allons ouvrir une FNAC à Berne ; puis Zurich, Saint-Gall et Lucerne suivront. En aucun cas, Bâle ne va rester isolée en Suisse alémanique. Cela fait partie d’une stratégie que nous avons et où nous prévoyons un potentiel de 12 à 15 magasins sur tout le territoire suisse. Nous pensons avoir un concept porteur qui a déjà fait ses preuves dans de nombreux autres pays et nous voulons compter parmi les acteurs incontournables en ce qui concerne les produits techniques et éditoriaux ainsi

> Merci beaucoup pour votre temps et pour vos explications Monsieur Bader et nous souhaitons « tout de bon » à la FNAC dans son entreprise en Suisse alémanique.

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dassandri@bluewin.ch

la région pour que notre offre atteigne le plus de personnes intéressées possible.

Oui, bien sûr. C’est un concept essentiel de la philosophie de la FNAC. Cet endroit fait partie intégrante de la vie du magasin. Nous voulons que cela soit un lieu de rencontre, de découvertes. Nous voulons offrir régulièrement des représentations gratuites et elles auront lieu durant les horaires d’ouverture. Dans une grande mesure, il y a un lien avec les produits que nous vendons ; ainsi, nous proposons des lectures de livres où des rencontres avec des auteurs. Nous voulons que cela profite aux échanges entre public et auteurs, donc ces rencontres seront animées par un présentateur. Il y a aussi des mini-concerts de promotion qui durent entre 45 et 60 minutes. Nous voulons aussi organiser des événements pour les enfants ou des spectacles de danse. En tout cas, toujours en rapport avec des partenaires locaux. Actuellement, nous avons 2 à 3 événements par semaine mais à partir du mois d’août, nous voulons avoir un événement quotidien. Nous avons beaucoup d’idées sur ce que nous voulons faire et nous sommes en train de préparer le calendrier. Nous avons le local et les infrastructures et Bâle a très certainement beaucoup à offrir dans ce domaine. Nous serons heureux de pouvoir partager ces valeurs communes. Ces événements se produisent en allemand ou, occasionnellement, en français. Le Café est une partie intégrante du Forum. Vous pouvez à tout moment vous y détendre et y consommer et il y a aussi en permanence une exposition de photos d’artistes locales.

Didier Assandri


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Le saviez-vous ?

danysirejols@sunrise.ch

IL ÉTAIT UNE FOIS… NON, CE N’EST PAS UN CONTE, ET SURTOUT PAS UN CONTE DE FÉE. IL ÉTAIT UNE FOIS UN FRANÇAIS DE L’ÉTRANGER RESTÉ TRÈS ATTACHÉ À SON PAYS ET À SA CULTURE.

Daniel A. Siréjols

l était une fois…

armi les liens à celui-ci, il y avait la télévision française dont il regardait les informations, les émissions culturelles, les variétés, le sport… Pour cela, il avait fait équiper sa maison d’une parabole, investissement non indifférent (dans les 2 000 francs suisses) et prit une carte TPS pour le décodeur (elle-même dans les Chf 600), mais bon, c’est connu, quand on aime… Il était enchanté, recevant près d’une centaine de chaînes en français, couvrant tous les sujets précités. Et voilà qu’un beau jour, TPS est passé, en cette année 2008, dans les mains de CanalSat. Bon, pas de changement lui a t-il été expliqué, on vous change votre carte TPS pour la carte CanalSat. Bien. Sauf que, très vite, quelques chaînes ne pouvaient plus être ouvertes, et ce, de plus en plus. Cela commença par des chaînes disons “périphériques” comme Paris Première ou NRJ 12, puis des chaînes de sport, tel Infosport ou culturelles comme Histoire ou Voyage. Ce sont des raisons techniques, lui a t-on dit chez CanalSat. Mais le mal a continué d’empirer au fil des semaines, pour arriver à la disparition des chaînes publiques : France 2, 3, 4, 5, TF6, 0, et finalement TF1, LCI, M6, TMC, RTL9 depuis début juin, pour ne citer que les plus connues. Les explications fournies sont maintenant que des pays comme la Suisse et la Belgique sont des “marchés gris” (lisez : notre Français recevait la TV française frauduleusement sans le savoir !). Mais rassurons-nous, la télévision romande (merci amis suisses) et Arte sont toujours accessibles. Là, nous commençons à nous poser des questions : la réception des chaînes PUBLIQUES françaises dépend donc du bon vouloir d’une entreprise PRIVÉE ??? CanalSat, entreprise privée, peut donc s’arroger le droit de diffuser ou non, les émis-

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sions produites par les chaînes d’Etat ? Estce un abandon de l’Etat ou un abus de pouvoir technologique ? Que signifie “marché gris” pour CanalSat qui distribue des centaines de cartes, en échange et en toute connaissance de cause, de celles de TPS, et en tirerait profit ? Comment se fait-il qu’il n’y eut pas communication préalable plutôt que d’exercer ce petit jeu de supprimer les chaînes au fil du temps ? CanalSat entreprise de communication ? En France, CanalSat retransmet les chaînes publiques via l’abonnement par sa carte pour le décodeur (et ristourne probablement, ce qui serait juste, une partie des sommes encaissées à l’Etat). En quoi cela ne serait-il pas possible ici ? La carte vendue à l’étranger servant de cotisation à la redevance télé. Le problème est né avec l’arrivée de CanalSat. A titre de comparaison, nous recevons les émissions radios françaises (est-ce un autre marché gris ?). Celles-ci passant aussi par satellite pour la plupart, devons-nous nous attendre à ce qu’elles deviennent muettes ? En poussant le résonnement à l’extrême, les NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne) n’ont qu’à décider de ne plus délivrer leurs journaux hors France ! Nous avons entendu qu’en France, CanalSat a l’intention de créer une nouvelle carte qui ne sera compatible qu’avec son propre décodeur. Une façon d’aller vers un système monopolistique dont il serait intéressant de connaître l’avis de Bruxelles. Le décodeur présenterait aussi l’avantage de ne recevoir qu’une seule carte. Adieu donc la possibilité d’en ajouter une seconde pour recevoir un autre satellite. A l’origine, Canal+, qui a initié le système carte-décodeur, en avait tous les droits : cela ne concernait que ses propres émissions d’entreprise privée. D’autre part,


Le saviez-vous ? CanalSat a décrété que pour obtenir sa nouvelle carte, il faudra attester d’une adresse en France (!). En s’informant alentour, nous apprenons que la transmission par le câble commence à être touchée du même mal, ainsi FR3 a disparu à Berne (et peut-être chez vous ?). Il serait intéressant de connaître le point de vue d’organismes d’origine hors Hexagone comme RMC et RTL qui doivent être ravis que l’on dispose ainsi de leurs droits. Nous avons contacté la filiale de Canal+ en Suisse. Il nous a été expliqué que la société suisse (mais il y en plusieurs) qui nous a vendu la carte TPS et l’a remplacée par celle de CanalSat a œuvré via le marché gris et que le groupe Canal a décidé d’interrompre les diffusions sur la Suisse. Aux questions : comment pouvez-vous interrompre des émissions du Service Publique - ainsi que celles de territoires non français (Principauté de Monaco, Grand Duché du Luxembourg) - comment avezvous accepté de remplacer des centaines de cartes TPS par les vôtres (la quantité et leur encaissement n’ont pu passer inaperçus), les réponses ont été éludées par « C’est à Paris que cela a été décidé ». Certainement. Puis, on nous annonce une nouvelle carte CanalSat à l’automne pour la Suisse mais les caractéristiques techniques et commerciales sont encore inconnues ici-bas. Aucune mention sur le fait que les problèmes seraient nés du refus de Canal de payer les droits de retransmission en Suisse. Enfin, une proposition réconfortante nous est faite : « Donnez-nous le numéro actuel de votre carte et nous allons vous la remplacer dans les 15 jours et vous pourrez recevoir tous les canaux que vous aviez au préalable » (pour combien de temps ?) !!! Bonne idée d’avoir pris l’initiative personnelle de les appeler. Le Français de l’étranger qui écrit ces lignes, garde le moral, la TSR, en tout temps, est à même de lui donner des nouvelles de son pays, ainsi sera-t-il tenu au courant quand la Nation lui demandera de voter ! Malheureusement, il se pourrait qu’il ne puisse pas suivre les débats entre les candidats si les annonces faites par Canal ne suivent pas. Le soussigné a aussi la chance que dans sa famille, on pratique également l’Allemand,

l’Anglais et l’Italien, langues pour lesquelles il reçoit des chaînes à profusion. Alors vive la Francophonie, à moins que le mot n’ait plus de sens et que restriction budgétaire aidant, on en supprime les fonds alloués. Car il s’agit bien de Francophonie, on sait parfaitement que les chaînes françaises ne sont pas suivies que par les seuls ressortissants du drapeau tricolore. D’ailleurs, si un journal comme 24 Heures (voir article du 2 juin ci-joint) s’en est ému, c’est bien la preuve que l’audience dépasse celle des seuls porteurs du passeport français. A ce sujet, nous aimerons avoir l’avis de l’Organisation Internationale de la Francophonie à Genève. Vous qui nous lisez et qui connaissez les mêmes mésaventures ou qui allez les vivre, nous vous remercions de nous envoyer votre point de vue et vos suggestions à votre revue France Magazine, car tout ceci… n’est pas un conte de fée.

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Anniversaire

L’OSR

1918-2008 IL Y A 90 ANS NAISSAIT L’ORCHESTRE DE LA SUISSE ROMANDE

Un jeune orchestre de 90 saisons

Ernest Ansermet.

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Anniversaire

insi, dix-neuf jours après l’armistice de la Grande Guerre, naissait l’Orchestre de la Suisse Romande qui, depuis, n’a cessé d’enrichir la vie musicale genevoise et lausannoise et est devenu au fil des décennies l’un des fleurons de la musique européenne.

A

Ernest Ansermet, le chef fondateur (1883-1969) Il fallait certes l’énergie, la jeunesse, la détermination, peut-être même le petit brin de folie d’un chef comme Ernest Ansermet pour se lancer dans une telle aventure à une époque aussi troublée. Mais le chef romand qui s’était fait connaître en Europe et en Amérique en dirigeant

depuis 1915, les célèbres Ballets Russes, a très rapidement conduit son orchestre vers les plus hautes sphères musicales de son temps. La Radio Suisse Romande naissante et les très nombreux vinyles enregistrés à partir des années 40 vont permettre à l’OSR de se faire connaître du grand public. Les tournées organisées par Ansermet dans le monde entier, contribuèrent à augmenter la renommée de l’Orchestre, et ce particulièrement à partir des années 50, où l’OSR est régulièrement invité aux Etats Unis et en Asie pour jouer le répertoire suisse et franco/russe du début du XXe siècle. La voie était tracée et ses successeurs n’avaient plus qu’à

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reprendre le flambeau, ce qui n’a toutefois pas toujours été très facile. Depuis sa fondation en 1918, l’Orchestre s’est étoffé et compte aujourd’hui 112 musiciens permanents. Etant soutenu par la Canton et la Ville de Genève, la RadioTélévision Suisse Romande, les associations d’amis et de nombreux sponsors et mécènes, l’Orchestre doit assurer les concerts d’abonnements à Genève et Lausanne, les concerts symphoniques de la Ville de Genève, le concert annuel en faveur de l’ONU et, bien sûr, être présent dans la fosse du Grand Théâtre de Genève pour pratiquement toutes les productions. Une activité qui lui laisse tout juste le temps de partir en tournée et de répondre aux très nombreuses invitations de festivals. Dans l’esprit de son fondateur qui soutenait la musique française et les compositeurs du début du XXe Hahn Hilary. siècle dont certaines œuvres ont été créées à Genève (Brittten, Debussy, Darius Milhaud et Stravinski, et, plus près de nous, Heinz Holliger et Peter Eötvös) l’Orchestre poursuit cette politique de découvreur et encourage la création suisse par des commandes régulières à William Blank et Michael Jarrell. Histoire d’une succession Après 50 ans de règne (1918-1967) Ansermet laissait un grand vide, et les chefs qui lui succédèrent n’eurent pas la tâche facile. Paul Klecki ne resta que trois ans. Wolfgang Sawallisch conduira l’OSR pendant 10 ans (1970-1980) vers le répertoi- >> re allemand, sans toutefois délaisser les musiciens français. De nombreuses tournées et peu d ’ e n re g i s t re ments. Son successeur Horst Kathereen Abhervé Stein ne restera

k.abherve@geneveopera.ch

LE 30 NOVEMBRE 1918, ALORS QUE L’EUROPE EST TOTALEMENT ANÉANTIE PAR LA GUERRE ET SA POPULATION DÉCIMÉE PAR LA GRIPPE ESPAGNOLE, LE JEUNE CHEF ERNEST ANSERMET RÉALISE SON GRAND RÊVE D’ORCHESTRE, EN DIRIGEANT POUR LA PREMIÈRE FOIS AU VICTORIA HALL, UNE SOIXANTAINE DE MUSICIENS SUISSES, RAPIDEMENT REJOINTS PAR DES CORDES ITALIENNES, DES BOIS FRANÇAIS ET DES CORS AUTRICHIENS.


Anniversaire >> que cinq ans. En 82, il dirigea au Grand Théâtre, un Parsifal mémorable. Mais c’est avec Armin Jordan que l’orchestre retrouve son répertoire d’élection avec les compositeurs helvétiques contemporains et

des symphonies (achèvement, fin 2011). Avec ce chef polonais de tradition allemande, l’Orchestre a retrouvé sa place dans la cour des grandes phalanges d’Europe. L’OSR, un jeune orchestre de 90 saisons Mais rien n’étant jamais acquis, l’Orchestre, qui, cet automne, fêtera son 90e a n n i ve rs a i re, doit, selon Metin Arditi, le président de la Fondation « représenter à

Luisi Fabio.

les musiciens français du début du XXe siècle, tout en accordant une place importante à la musique allemande. L’OSR réalise de nombreux enregistrements dont l’intégrale Ravel à l’occasion du 50e anniversaire de la mort du compositeur. En 1997, Armin Jordan sera remplacé à la tête de la phalange romande par le jeune chef Fabio Luisi qui, Maïkki Susanna. en cinq ans, révolutionnera les habitudes de l’Orchestre par des programmations inhabituelles, et qui l’emmènera au Japon, puis en Chine. Il osa même, lors d’un concert pour les enfants, diriger costumé en panthère rose… Le chef israélo-américain Pinchas Steinberg lui succèdera pour trois ans durant lesquels il a conduit l’Orchestre sur les routes d’Europe, jusqu’au pied du grand mur du Théâtre antique d’Orange, et à New York, pour un concert à l’ONU. Depuis 2005, c’est Marek Janowski qui est passé aux commandes de l’OSR, le menant en tournées européennes avec de la musique française et Brucker dont il a commencé à graver l’intégrale

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la fois le poids de la tradition allié à une volonté incessante de renouveau. Rien n’est possible, poursuitil, dans le confort et tout se gagne par un travail incessant. » Son objectif : installer le Romand dans le peloton des grandes formations internationales. Pour cela, l’Orchestre ne doit jamais cesser d’innover, de se dépasser et doit être à la pointe des technologies, poursuivre ses tournées internationales, et rester toujours disponible pour son public local qui le soutient depuis 90 saisons. Metin Arditi a de quoi être satisfait au regard du taux de fréquentation des concerts qui dépasse les 90% avec près de 80% d’abonnés. A ce bilan positif, s’ajoutent un soutien


Anniversaire infaillible des autorités et une augmentation de la participation privée. Alors que demander de plus ? La saison 2008-2009 : un cru exceptionnel La saison 2008-2009 s’annonce, par conséquent, à la hauteur des attentes de chacun avec la présence de grands artistes tels que Charles Dutoit qui revient pour un programme Ravel, Beethoven et RimskiKorsakov avec la pianiste Martha Argerich ; avec des chefs comme Fabio Luisi, Christian Zimmermann

sous la baguette de Marek Janowski, la mezzo wagnérienne Petra Lang, le ténor Nikolaï Schukoff et la basse Günter Groissböck pour le 1er acte de La Walkyrie. Pour son concert de Nouvel An (14 janvier), l’Association invitera le chef Leopold Hager à diriger un programme d’opérettes viennoises chantées par la soprano Michaele Kaune et le baryton Bo Skovhus. Les tournées Outre les concerts proposés aux abonnés du Victoria Hall de Genève et du T h é â t r e Beaulieu de Lausanne, L’OSR à Varsovie

à la tête de l’Orchestre de Chambre de Lausanne, Joseph Pons ou Leonard Slatkin, des valeurs sûres programmées aux côtés de jeunes virtuoses invités à exécuter dix des plus grands concertos pour violons du répertoire symphonique (Série Crédit Suisse). Autre temps fort de la saison, la venue de la jeune cheffe finlandaise qui dirigera Lévitation, une création du compositeur hongrois Peter Eötvös bien connu des Genevois, tout comme Michael Jarrell qui présentera en première mondiale, sous la baguette de Marek Janowski, Le ciel, tout à l’heure encore si limpide, soudain se trouble horriblement. L’Association genevoise des Amis de l’OSR qui soutient les activités de l’institution depuis une soixantaine d’années, participera à la célébration en organisant le 30 novembre prochain, jour officiel de la création de l’Orchestre par Ansermet en 1918, un grand concert symphonique et lyrique qui rassemblera

dans les séries « Répertoire », « Grands classiques » et « Symphonie », qui verront se succéder au pupitre des chefs comme Gerd Albrecht, Michael Schønwandt, le talentueux chef péruvien Miguel Harth-Bedoya, invité à Genève pour la première fois, l’Orchestre doit également entretenir son image à l’étranger et reprendre chaque année son bâton de pèlerin. Ces voyages permettent de stimuler le travail des musiciens (préparation de nouveaux programmes) et renforcent leur cohésion. Depuis 2003, l’OSR est régulièrement invité aux Chorégies d’Orange. Cet été, les festivaliers ont pu apprécier dans Carmen (12 et 15 juillet 08), la formidable collaboration entre l’Orchestre et le chef français Michel Plasson qui l’avait à

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plusieurs reprises dirigé à Genève sur la scène du Neuve dans Hamlet d’Ambroise Thomas et dans le cadre de concerts symphoniques. En août dernier, lors du Festival Septembre Musical de Montreux, l’Orchestre a été invité avec le Requiem de Berlioz. Autre Requiem, celui de Brahms que l’Orchestre exécutera en compagnie du Rundfunkchor de Berlin en novembre prochain, à l’occasion du Festival International d’art sacré de Rome. Petit détour par la Salle Pleyel à Paris pour un concert avec le pianiste Nikolaï Lugansky dans un programme Schumann et R. Strauss (6 mars 09). L’OSR est ensuite attendu en avril 09, en compagnie du pianiste JeanYves Thibaudet, dans plusieurs grandes villes d’Allemagne (Berlin, Cologne, Aix-la-Chapelle et Wiesbaden), puis en mai, il s’embarquera enfin pour l’Amérique du Sud.

Une grande preL’OSR au mière, puisque Victoria Hall l’OSR, malgré à Genève. l’énorme travail fourni en Argentine par Ernest Ansermet durant des décennies, n’avait jamais pu se rendre en Amérique latine. Cette grande tournée, qui s’imposait absolument pour le 90e anniversaire de l’OSR, passera par Sao Paulo et Rio de Janeiro au Brésil puis Montevideo en Uruguay et prendra fin à Buenos Aires en Argentine où le chef romand a laissé une empreinte indélébile. La saison de l’Orchestre s’achèvera en juillet >>


Anniversaire >> 2009

au Concertgebow d’Amsterdam avec la 5e Symphonie de Bruckner (les 14 et 15 juillet). Les publics de demain La recherche de nouveaux publics est une préoccupation récur-

Charles Dutoit et Martha Argerich .

rente pour les institutions culturelles d’aujourd’hui, et l’OSR n’échappe pas à cette politique qui demande imagination et persévérance. Bien que le taux de fréquentation de l’OSR soit supérieur à 90%, il est indispensable pour son bon fonctionnement, de toucher d’autres auditeurs qui remplaceront à plus ou moins long terme ceux d’aujourd’hui. Simple bon sens, d’autant que la pléthore d’offres culturelles proposée rend le public versatile. L’OSR propose donc dans sa série Mosaïque, trois concerts (les

18 décembre, 25 mars et 04 juin 09) qui invitent mélomanes avertis, béotiens ou curieux sur des chemins de travers du jazz manouche de Django Reinhardt à la Grèce de Mikis Theodorakis tout en faisant un petit clin d’œil aux musiques de films aussi connus que Star Wars et E.T. La saison dernière, la projection du film Les Temps Modernes sur écran géant

Marek Janowski.

déployé au dessus des musiciens de l’OSR qui interprétaient en direct la musique de Chaplin, avait rempli le Victoria Hall d’un public hétérogène absolument ravi. L’Orchestre s’intéresse également aux jeunes pour lesquels la musique classique est loin d’être une priorité. Mais Philippe Béran qui est le chef de l’Orchestre du Collège de Genève, connaît bien ce public pour lequel il conçoit depuis l’an 2000, une « Série Prélude » regroupant des concerts adaptés aux jeunes et à leur famille. En commentant les œuvres qu’il dirige, il parvient à capter l’attention de son public. Environ 15 000 jeunes sont ainsi concernés par ces concerts auxquels s’ajoutent des « Ateliers découvertes » animés par les musiciens eux-mêmes qui présentent aux élèves les différentes familles d’instruments. Enfin, les activités des « Zamis de l’OSR » orchestrées par un ancien violoniste de l’Orchestre, André Piquet, alias Ernesto, touchent, quant à eux, près de 800 jeunes de moins de 25 ans qui, moyennant une cotisation annuelle de 10 francs, deviennent membre du club et peuvent assister gratuitement à des concerts de l’Orchestre, à des répétitions au Grand Théâtre et, accessoirement, être parrainés pendant une année par un musicien de l’OSR. La relève semble par conséquent bien assurée !

INTERVIEW DE STEVE ROGER teve Roger, l’administrateur général de l’Orchestre de la Suisse Romande, en déplacement en Provence avec l’Orchestre à l’occasion de Carmen de Bizet programmée pour deux soirées aux Chorégies d’Orange, avait accepté avec beaucoup de générosité, de répondre à notre curiosité.

S

> France Magazine : Pour son 90e anniversaire, l’OSR propose une saison particulière. Quels en seront les points forts ? Steve Roger : Plusieurs événements à Genève, comme le concert anniversaire du 30 novembre 2008 ou la Série Credit Suisse, marquent cet anniversaire. Par ailleurs, l’Orchestre se produira entre autres à Rome, Paris, Berlin, Sao Paulo, Buenos Aires et Amsterdam.

> FM : Ernest Ansermet privilégiait le répertoire suisse et franco-russe du début du 20e siècle, sans oublier Bélà Bartók. Ses successeurs accordèrent quant à eux une place importante à la musique allemande. Cette saison de célébration qui débutera le 10 septembre à Genève, résume-t-elle les 90 ans de musique de l’orchestre ? SR : Un orchestre doit vivre avec son époque et la programmation est autant influencée par les goûts et affinités personnels d’un directeur musical que par l’objectif de répondre aux attentes de publics. On peut aussi difficilement comparer les différentes périodes puisque Ernest Ansermet a programmé 49 saisons et Pinchas Steinberg, par exemple, 3. Aujourd’hui, un orchestre doit pouvoir jouer tous les répertoires, et si on regarde la

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Anniversaire saison 2008/2009, il y a des compositeurs de 13 nationalités différentes, de la période classique à nos jours. > FM : Richard Strauss et Wagner programmés pour le concert anniversaire du 30 novembre prochain. On pourrait s’étonner de ne pas y trouver de musique française. SR : L’OSR est un orchestre symphonique qui joue également en fosse. Le 1er acte de Walkyrie en version concert fait appel à ces deux qualités. Strauss est également un des plus grands orchestrateurs et utilise toutes les couleurs d’un orchestre symphonique. > FM : Après une importante tournée en Allemagne, l’OSR partira en Amérique du Sud. Le rêve d’Ernest Ansermet, 90 ans après, va enfin se concrétiser. Pourquoi avoir attendu si longtemps ? SR : Ernest Ansermet n’a pas pu se rendre en Amérique du Sud avec son orchestre pour des raisons économiques. Depuis 10 années que je suis à l’Orchestre de la Suisse Romande, il y a eu une tentative qui a aussi échoué pour des raisons économiques. Aujourd’hui, l’Argentine et le Brésil peuvent offrir de meilleures conditions financières et le soutien de mécènes et sponsors envers l’OSR est beaucoup plus important. > FM : Pour fêter ces 90 ans, l’OSR a programmé 10 concertos pour violon avec de jeunes virtuoses très talentueux. Priorité aux concertos pour violon et préférence pour la jeune génération montante. Pour quelles raisons de tels choix ? SR : Cette jeune génération représente l’avenir de notre orchestre qui joue un répertoire immense de l’époque classique à aujourd’hui. Ces solistes sont au début de leur carrière et vont certainement partager nos 40 prochaines années. Le choix du violon est significatif à plus d’un titre. Il est l’instrument soliste préféré du public et mis en concerto, il occupe en principe une place importante de l’œuvre des compositeurs. > FM : L’OSR rendra hommage à Olivier Messiaen en décembre prochain avec un concert exceptionnel. L’OSR a-t-il entretenu un rapport particulier avec le compositeur français ? SR : L’OSR non, notre directeur artistique oui. Notre tradition d’interprète de la musique française nous permet d’aborder cet anniversaire Messiaen en interprétant l’un des chefs-d’œuvres de sa composition (Des Canyons aux Etoiles). Olivier Messiaen est l’un des plus grands compositeurs du 20e siècle ; nous sommes fiers de lui rendre cet hommage. > FM : Malgré le talent multiple des chefs qui ont conduit l’OSR ces dernières années, l’arrivée en 2005 de Marek Janowski semble avoir redonné une énergie nouvelle à l’Orchestre, véritablement

considéré aujourd’hui comme l’une des grandes phalanges européennes ? SR : Dans toute matière artistique, et la musique n’y fait pas exception, la qualité atteinte par les interprètes est toujours perceptible. Marek Janowski fait des merveilles avec nos musiciens et le niveau de qualité des concerts nous place aujourd’hui en concurrence avec les grandes formations internationales. Les relations entre le chef et ses musiciens (dont les membres viennent de voter à plus de 80% leur souhait de poursuivre le travail pour un nouveau mandat) s’intensifient et l’orchestre va encore beaucoup gagner en qualité dans les prochaines années. > FM : Depuis ces dernières années, l’OSR renforce sa politique d’enregistrement en conciliant les exigences de la musique symphonique classique et une technologie particulièrement avancée. Quelques mots sur la production audiovisuelle ? SR : L’OSR qui n’avait plus de maison de disque attitrée a lié un partenariat avec PentaTone et plus de 10 disques sont prévus dans les 4 années à venir. Le partenariat avec la Radio et Télévision Suisse Romande permet aussi à l’OSR d’être disponible en DVD avec Tristan und Isolde, Don Pasquale. Egalement sur les chaînes de télévision suisses, mais aussi internationales comme Arte et TV5. Le concert de Noël 2007 a été le premier événement de musique classique diffusé sur la nouvelle chaîne haute définition de la TSR, en prime time le soir de Noël. > FM : Depuis 2003, l’OSR est régulièrement invité à participer, en juillet, aux Chorégies d’Orange. L’OSR collabore-t-il avec d’autres festivals musicaux ? SR : L’Orchestre est très sollicité et manque cruellement de temps pour se produire dans tous les lieux qui le demandent. Nous avons déjà joué 4 productions à Orange, soit devant plus de 100 000 spectateurs. La période estivale, sans activité symphonique en public à Genève, nous permet aussi de consacrer du temps aux enregistrements discographiques. 3 disques seront enregistrés en juillet 2009 avant un déplacement pour deux concerts au Festival Robeco au Concertgebouw d’Amsterdam, puis le concert d’ouverture du Festival de Montreux. Les projets futurs prévoient, entre autres, un concert au Festival de Lucerne en été 2010. > FM : Un vœu pour l’anniversaire de l’OSR ? SR : Le Victoria Hall est une salle de concert magnifique, hélas inadéquate, de par sa surface scénique et son volume global, au grand répertoire symphonique et sans le confort moderne auquel le public peut s’attendre... A quand la construction d’une salle dédiée à la musique qui placera Genève sur la carte des grandes capitales musicales ?

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Exposition

Émilie Charmy

PIANA, CORSE, 1906, h. s/toile collée s/carton, 45 x 60 cm musée Paul-Dini. © photo D. Michalet Adagp, Paris 2008

www.rezonance.ch/ccharles

Une expressionniste française LE MUSÉE PAUL-DINI À VILLEFRANCHE-SUR-SAÔNE PRESENTE LA PREMIÈRE RÉTROSPECTIVE EN DATE DE L’ŒUVRE D’EMILIE CHARMY (1878-1974). LA MANIFESTATION RASSEMBLE PLUS DE CENT TOILES DE LA PEINTRE, DEPUIS LES DÉBUTS DE SA CARRIERE À LYON JUSQU’À SON PLEIN ÉPANOUISSEMENT À PARIS. harmy mena une vie mondaine, parfois fastueuse, qui la mit en contact avec de nombreuses personnalités du monde littéraire ou politique. Elle fut l’amie de Colette, de Roland Dorgelès, de Pierre Mac Orlan et du journaliste Elie-Joseph Bois, rédacteur en chef du Petit Parisien de 1914 à 1940, un des journaux les plus puissants de la Troisième République. Elle réalisa leurs portraits, comme ceux de grands

C Corinne Charles DOCTEUR EN HISTOIRE DE L’ART

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hommes politiques de son temps (Edouard Daladier ou Aristide Briand). Pourtant, son parcours artistique fut volontairement solitaire. Jusqu’à la fin de sa vie, elle a poursuivi sa voie en cherchant avant tout à exprimer sa vision de la réalité. C’est auprès de Jacques Martin (18441919), ingénieur chimiste et peintre lyonnais, que Charmy apprend les rudiments du métier. Grâce à la modernité de son mentor,


Exposition elle se forme dans un climat de liberté qui convient bien à son caractère indépendant et farouche. En 1903, elle déménage à Saint-Cloud et expose pour la première fois à Paris au Salon des indépendants. Elle entre ainsi en contact avec les protagonistes du courant artistique d’avant-garde de l’époque, le fauvisme. Son style s’affirme

AUTOPORTRAIT dans une palette colorée proche de la leur. AU PEIGNOIR Toutefois, elle n’adhère pas officiellement OUVERT, au groupe, même lorsqu’elle devient la vers 1916-19, compagne du peintre fauve Charles Camoin h. s/toile, (1879-1965). 92 x 73 cm, Entre 1906 et 1910, des séjours sur les rives coll. privée. de la Méditerranée lui inspirent des paysages dominés par les tons bleus du littoral, en contraste avec les ocres et terres de Sienne des rochers et maisons du sud (Piana, Corse). Des cernes noirs ou bleus sombre entourent les larges aplats de couleur. En 1910, lors de son voyage avec Camoin en Corse, elle exécute des toiles qui témoignent de ses échanges artistiques avec le peintre marseillais. Déjà à cette période, Charmy GRAND NU, vers 1912, h. s/toile, peint des tableaux qui montrent certes 140 x 68 cm, coll. les contrastes coloprivée. © photo rés de la palette A. Ricci Adagp, fauve, mais qui sont Paris 2008 aussi celles des >>

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Exposition >>

peintres du groupe Die Brücke au même moment ; et la véhémence de la touche, les gestes nerveux que l’on pressent appartiennent à l’univers expressionniste. L’expressionnisme allemand, mouvement pictural mal connu en France jusque dans les années 60, est difficile à préciser sur le plan de l’art plastique car les artistes regroupés sous cette étiquette ont des styles différents. Ils ont en commun toutefois de privilégier leur réaction individuelle. Ce fut aussi le cas de Charmy, dont l’esprit d’indépendance et la liberté d’action se manifesteront durant sa longue carrière (elle peint de 1895 jusqu’à la fin des années 60). Comme les révoltés de la jeune peinture expressionniste allemande et autrichien-

NAPPE, vers 1945-50 h. s/toile, 46 x 55 cm, coll. privée. © photo A. Ricci Adagp, Paris 2008

ne, elle est un caractère rebelle et anti-conformiste également dans sa vie privée. Peintre à une époque où les femmes ne pouvaient se former à ce métier que dans des ateliers privés, les établissements publics leur étant fermés, elle fut aussi une mère célibataire en 1915, au cœur de la Première Guerre mondiale. Ce n’est qu’en 1931 qu’elle épousera le peintre George Bouche (1874-1941), père de son enfant. Dans une grande partie de son œuvre, elle montre sa volonté de s’affirmer en dehors des canons classiques, ce qui est notamment sensible dans ses nus. Certains tableaux ont une telle force d’expression que les conventions sont balayées. Elle peignait rarement en faisant poser des modèles. Cela freinait sa liberté de conception et contrariait sa gestuelle de peintre, spontanée, parfois sauvage. Dans le Grand nu, en représentant une femme dénudée, mais ayant conservé ses bottines, elle évoque l’iconographie d’une passe rapide avec une prostituée. En contraste avec les coloris ivoire du torse, elle appose des tons d’un bleu-vert puissant, qu’elle reprend sur les cuisses, vigoureusement zébrées de blanc. Ses contemporains notent la sensualité troublante et la provocation qui se dégage de ses nus. A cette touche fougueuse qui habite ses tableaux, Charmy ajoute des couleurs vives qui renforcent l’expressivité des visages. A

Le catalogue Emilie Charmy (1878-1974), une destinée de peintre, catalogue de l’exposition. Textes de Sylvie Carlier, Corinne Charles, Sandra Martin et Patrick Seale. Ed. musée Paul-Dini, Villefranchesur-Saône 2008, 180 pages, 110 reproductions en couleur. 28 €

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Exposition la manière des expressionnistes, elle structure les traits en juxtaposant des tons d’orange et rouge à d’audacieux rehauts de bleu-vert (Autoportrait expressionniste). Malgré sa touche vive et bousculée, cette toile exprime un état d’âme délicat et troublé, qui nous mène vers la mélancolie. Les yeux, par leurs contours noirs épais comme les aimait Kees Van Dongen, et, d’une façon

L’exposition Emilie Charmy – Une destinée de peintre Jusqu’au 15 février 2009 • Musée Paul-Dini 2 place Faubert • 69400 Villefranche-sur-Saône www.musee-paul-dini.com Heures d’ouverture : mercredi–vendredi 10h-12h30 et 13h30-18h, samedi et dimanche 14h30-18h

accomplit sur elle-même (Autoportrait au peignoir ouvert). Elle transforme son apparence au gré de sa fantaisie, donnant une vision d’elle toujours renouvelée, comme si elle était toutes les femmes. Ses autoportraits sont une chronique intime de son humeur ou de ses passions. Mélancolique, provocatrice, libertine, coquette, garçonne des années 20 ou encore fantasque : chaque tableau reflète un état d’âme, que l’on peut apprécier dans l’exposition de Villefranchesur-Saône. Outre cet aspect de son travail, la manifestation propose un vaste choix de natures mortes et paysages. Ceux de la dernière période montrent une touche de plus en plus épaisse (Nappe), allant parfois aux limites de l’abstraction (Les Invalides). LES INVALIDES, Une rare occasion de vers 1950-55, découvrir des h. s/toile, 92 x 73 œuvres, pour la plucm, coll. privée. part inédites et © photo A. Ricci conservées en mains Adagp, privées. Paris 2008

encore plus prononcée, Alexej Von Jawlensly, ajoutent au mystère. Sur le plan formel, Charmy est ici proche des fentes noires qui figurent les yeux sur les masques africains, dont la sculpture a influencé des peintres comme André Derain ou Ernst Ludwig Kirchner. Comme les expressionnistes, Charmy privilégie l’introspection et la met en images. Elle a réalisé une profusion d’autoportraits, en quantité difficile à évaluer. En effet, elle est son propre modèle pour de nombreux tableaux, ce qui n’est pas de prime abord décelable au vu des transfigurations qu’elle

AUTOPORTRAIT EXPRESSIONNISTE , vers 1909-12, h. s/contreplaqué, 47 x 38 cm, coll. privée. © photo A. Ricci Adagp, Paris 2008

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Le billet de Dany Photo John Foley

> France Magazine : Vous avez écrit plusieurs ouvrages autobiographiques : J’ai quinze ans et je ne veux pas mourir, Grand Prix Vérité en 1954, paru chez Fayard en 1955, suivi en 1957 de Il n’est pas si facile de vivre ; Embrasser la vie, en 2001, toujours chez Fayard. Aujourd’hui, plus de cinquante ans après vos débuts d’écrivain, vous nous offrez, fidèle au même éditeur, Les Années Cannibales, évidemment le plus complet. Il m’a semblé que vous jetez sur toutes ces années passées, ces événements vécus, un double regard. En premier, un regard d’historienne qui raconte sa vie, la vie et les mentalités évolutives au cours de toutes ces années. En second, un regard incommensurablement optimiste sur l’avenir. Votre avis ? Christine Arnothy : Lorsque j’ai été prévenue en 1954 que je venais d’obtenir le Grand Prix Vérité, j’habitais la Belgique. Je suis venue à Paris avec la seule petite robe noire que j’avais alors. Le Grand Prix Vérité m’a été remis au restaurant Lucas Carton, place de la Madeleine à Paris (c’est d’ailleurs en ces lieux que j’ai signé le premier contrat avec mon éditeur Fayard, au dos du menu du restaurant). Toutes ces années passées aux côtés de mon mari, Claude Bellanger(1), m’ont permis d’être en contact avec une multitude de personnalités du monde politique et

Dany Vinet

ENTRETIEN AVEC MADAME CHRISTINE ARNOTHY, ÉCRIVAIN, LORS DE LA SORTIE DE SON AUTOBIOGRAPHIE LES ANNÉES CANNIBALES.

Mes années cannibales culturel. Certaines étaient brillantes. Ce qui est intéressant et qui m’a poussée à écrire Les Années cannibales, c’est de constater la transformation totale des mentalités et du monde en cinquante ans. Je n’ai jamais été optimiste. J’ai gardé la lucidité noire de mon père, qui était un seigneur et avait une très mauvaise opinion sur l’être humain. Au début de ma lutte littéraire pour essayer de faire comprendre à l’Ouest ce qu’était l’Est, j’ai cru que mes romans, dont le

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contenu était toujours historique, servaient ce but. Je me suis trompée. Je me suis alors tournée vers des sujets plus internationaux. Le Jardin noir (Julliard 1962) soulevait, pour la première fois dans la littérature européenne, la question suivante : la culpabilité des pères est-elle héréditaire ou non ? Il y a eu plusieurs projets d’adaptation cinématographique du Jardin noir. Chaque fois, voyant comment le sujet aurait été déformé, j’ai dit non. Il y a eu ensuite Un type merveilleux (Flammarion 1972), où je


Le billet de Dany m’attaquais au problème de la transformation du psychisme d’un être humain qu’on a habitué à tuer. La guerre du Vietnam. Ce ne sont que deux exemples. On peut retrouver, en suivant la ligne conductrice de mes livres, un désir profondément pacifiste et antiraciste. L’optimisme ? Même le mot m’était étranger. La confusion a pu être créée par le fait que je me suis toujours attaquée aux difficultés diverses, ayant hérité de l’immense énergie de ma mère. Mon père, qui était un philosophe amer, croyait à la mort, ma mère à la vie. Je suis le mélange parfait de ces deux attitudes génétiques. > Le bonheur que vous avez d’écrire se transcrit dans vos titres. Votre roman paru chez Grasset en 1978 ne s’appelle-til pas Le Bonheur d’une manière ou d’une autre ? En 1980, vous obtenez le Prix Interallié avec Toutes les chances plus une. En 1990, vous publiez chez Plon Une question de chance. La vie ne vous a pourtant pas épargnée. Qu’est-ce qui fait que votre confiance en la vie soit si contagieuse ? Est-ce le sentiment d’avoir eu la “chance” de survoler et de surmonter bon nombre de difficultés au cours de votre existence ? Mes titres sont toujours au deuxième degré. Il n’y a aucune “ simplicité biblique ”. Le Bonheur d’une manière ou d’une autre est l’histoire d’un terroriste intellectuel qui veut faire sauter le barrage d’Assouan. Toutes les chances plus une, c’est le parcours d’un socialiste qui devient président de la République et apprend la nouvelle de son élection en pleine crise cardiaque. Tous les titres où “ bonheur ” ou “ chance ” apparaîssent cachent des pièges et des énigmes à résoudre. Mon oxygène, mon équilibre, c’est l’écriture. Ni bonheur, ni malheur, l’écriture fait partie de ma vie

depuis mon adolescence. C’est une forme d’existence. Par contre, et c’est peut-être là ma chance, je m’évade assez facilement d’un contexte pénible en construisant une histoire. Un exemple ? Je suis dans un aéroport. Mon attention est soudain retenue par un individu à l’allure particulière qui le différencie des autres. Discrètement, j’observe qu’il a pour destination Sydney. Je rentre à la maison et couche sur le papier les grandes lignes de mon nouveau roman. Et c’est là que ce besoin vital d’écrire m’occupe entièrement. Pour être totalement dans la peau de mon personnage, je vais prendre l’avion pour Sydney, descendre dans le même hôtel que lui. Mon roman prend vie, le scénario est en train de naître... > Avez-vous l’intention ou l’envie de raconter sobrement votre difficile jeunesse à l’aîné de vos petits-fils ou préférez-vous qu’il vous découvre en lisant vos ouvrages ? Je m’en voudrais de l’influencer. Je préfère qu’à la lecture de mes livres, il m’interroge ; et là, je lui répondrai. Non, vraiment, je préfère qu’il me découvre par lui-même. > Pensez-vous que votre motivation et votre besoin d’écrire auraient été les mêmes si vous n’aviez pas eu l’amour et la confiance absolue de votre père ? Absolument ! Depuis ma plus tendre enfance, j’étais habitée par ce besoin impérieux d’écrire. Mais le fait que mon père croyait en moi m’a beaucoup aidée. > Si j’ai bonne souvenance, vous avez écrit une trilogie américaine sous un pseudonyme. Allez-vous bientôt nous donner la joie de connaître ce qu’il advient de Mrs Clark ? Oh ! c’était au temps de mon épopée américaine. Ces romans vien-

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nent d’être réédités sous mon vrai nom. J’écris actuellement mon nouveau roman. Je suis entièrement dedans et ne pense qu’à cela. Après, donner une suite aux aventures de Mrs Clark... pourquoi pas ? > D’avance, je sais que c’est une mauvaise question, mais, pardonnez-moi, je vais quand même vous la poser : parmi tous vos ouvrages parus à ce jour, s’il vous fallait en choisir un, un seul, lequel serait-ce ? Chaque roman, chaque récit est une parcelle de moi-même. Je ne triche pas, je suis entière. Je les aime tous. Mais je dois dire que j’ai une affection particulière pour Le Bonheur, d’une manière ou d’une autre. > Combien de romans ? Je suis occupée à l’écriture de… mon trente-quatrième roman. > Toutes traductions confondues, et elles sont nombreuses, vous êtes traduite en combien de langues ? Avez-vous une idée du tirage global de votre œuvre ? Ayant gagné le Prix Vérité, j’ai eu, en un an et demi, vingt-sept propositions de traduction. J’ai quinze ans… est un des livres les plus lus. Lors du cinquantenaire du Livre de Poche en 2003, il a été annoncé comme l’un des quatre livres les plus vendus en France ; cela représentait plus de trois millions et demi d’exemplaires uniquement en langue française. Mon éditeur vient de me faire savoir que je vais être traduite en langue estonienne. C’est donc en trente-cinq langues que mes lecteurs vont pouvoir me suivre. Quant au tirage global, je crois que nous avons dépassé depuis déjà un bon moment les dix millions d’exemplaires. [1] Monsieur Claude Bellanger, résistant et gaulliste de la première heure, fondateur du Parisien Libéré.


Rencontre CONFIDENCES HÉDONISTES À LA MAISON BLANCHE

Igor et Grichka BALLADE

INTEMPORELLE

Bogdanov FRANCEMAGAZINE N°22 68 AUTOMNE 2008


Rencontre

COMPAGNONS DE VOYAGE : IGOR ET GRICHKA. DES GENTLEMEN AMOUREUX DE LA TERRE, PASSIONNÉS D’ART, DE CHANT, DE POÉSIE. DES VISIONNAIRES HEUREUX DE PARTAGER LEUR SAVOIR, LEURS DÉCOUVERTES, LEURS INTERROGATIONS. DES HOMMES A L’OPPOSÉ DE L’IMAGE D’EXTRATERRESTRES QU’ON LEUR PRÈTE. AMOUREUX DE LA VIE. ans le ciel azur de mars éclaboussé de soleil, la Tour Eiffel inscrit sa mythique silhouette et le Dôme des Invalides s’enflamme. Le double regard ambré des frères Bogdanov s’attarde sur ce panorama depuis la terrasse du restaurant Maison Blanche, perché sur le toit d’un immeuble Art Déco de l’avenue Montaigne. Les jumeaux, compteurs et conteurs du temps passé et du temps à venir, marquent une pause, émerveillés par cet instant oscillant entre deux saisons. Avant de dévoiler des pans méconnus de leur personnalité. de disserter sur l’origine de l’Univers, leur quête étemelle. La voix de l’un se mêlant à celle de l’autre pour ne faire qu’une. Réellement.

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PAR ANNE-MARIE CATTELAIN-LE DU

> Romantiques, émus par cette lumière particulière de la fin de l’hiver, cela semble peu en accord avec vos personnalités ? Nous sommes nés et avons passé notre enfance à la campagne, dans le Gers, sensibles aux rythmes des saisons, aux changements constants du ciel. Nous restons habités par cette magie, cette vie lente et forte. Nous en gardons le goût du rêve car

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comme l’écrit Bachelard « une des fonctions de la rêverie est de réimaginer notre passé, de nous maintenir en cette enfance interdite. » Et puis nous sommes tous les deux sensibles aux voyages que nous offre notre regard, tout simplement. > Une enfance préparant peu à l’interrogation sur l’origine de l’univers ? Mais si. Nous vivions dans le château familial de Saint Lary, près d’Auch, forteresse du XIe siècle. A trois ans, nous nous projetions à la fois dans le Moyen-Âge, imaginant les chevaliers ayant vécu entre ces murs et dans l’avenir, pensant à ce que serait cette propriété dans 1 000 ans. Très jeunes, nous nous sommes interrogés sur l’intemporalité, voyageant dans le temps par l’esprit et les livres de la bibliothèque familiale dont les ouvrages de Camille Flammarion “ Merveilles célestes ” et “ Les terres du ciel ”, écrits de vulgarisation astronomique datant de la seconde moitié du XIXe siècle. >>


Rencontre L’actualité littéraire des Bogdanov > Leur théorie sur le secret de l’Univers vue par le professeur Lubos Malt. Jeune physicien théoricien, spécialiste de la Théorie des Cordes. Choqué par les procés intentés aux Bogdanov sur leur théorie de l’origine de l’univers, il prend contact avec eux en 2005. « Nous connaissions ses travaux et avons été flattés de l’intérêt manifesté pour nos propres recherches » confient les deux frères. Lubos Malt livre ses conclusions, persuadé que, comme l’affirment les frères Bogdanov, il existe un “ code mathématique ” à l’origine de l’univers comme il existe un code génétique à l’origine des êtres vivants.

>> Nous avons, dès 4-5 ans, dévoré des ouvrages de science-fiction, puis très vite rédigé des notes de lecture qui nous servaient de référence. > Avec, l’un comme l’autre, les mêmes préoccupations Oui, une curiosité égale, partagée. Aînés d’une dizaine d’années d’une fratrie de six, nous avons vécu en autarcie. Toujours ensemble. Avec la chance de vivre auprès de notre grand-mère, aristocrate autrichienne, très cultivée parlant onze langues. Nous avons bénéficié d’un environnement stimulant. Elevés à la fois comme des enfants de la campagne mais dans un milieu intellectuel et artiste, tout à la fois. Nous étions nourris des grandes utopies du XIXe siècle. > C’est toujours le cas ? Oui, nous avons toujours les mêmes centres d’intérêt et nous dialoguons en permanence. Si nous ne sommes pas ensemble, nous nous téléphonons. Car chacun mène sa vie sous son propre toit, avec ses compagnes. Igor a des enfants, moi pas encore précise Grichka, les deux ajoutant « ces plages de liberté, de récréation alimentent notre créativité commune ». > Jamais inscrits dans la rivalité ? Jamais. Nous sommes complémentaires. Cette complémentarité est la force de la gémellité, elle prolonge la magie de l’enfance. Nous sommes une entreprise culturelle “ gémellisée ”. Nous étudions, cherchons, écrivons ensemble comme notre dernière thèse sur “ Les secrets de l’origine de l’Univers ” et tous nos livres. Notre gémellité nous permet d’avancer plus vite, de faire

L’équation Bogdanov, 235 pages, Presses de la Renaissance, 19 euros. > Le commencement du Temps, chez Flammarion parution en septembre. Les Bogdanov, de manière pragmatique, résumeront, pour le grand public, leurs dernières thèses sur l’origine de l’Univers. > Un beau livre, à paraître aux Editions du Chêne en novembre. Dinosaures et autres être vivants disparus, continents, planètes, etc. seront rassemblés dans cet ouvrage.

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Lorsqu’on boit une goutte de vin, on savoure les premiers moments de l’univers. Les premiers noyaux d’hydrogène.

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coexister nos projets, de diviser tous les temps morts par deux, voire par trois. En effet, nous sommes un en deux. Ce que nous bâtissons, nous le bâtissons à deux. > Identiques, alors ? Nos différences sont de l’ordre de la nuance. Igor est né le premier avec 300 gr de plus, il reste celui qui ouvre le chemin, le plus fort physiquement, le plus rapide, le premier de cordée, le plus apte à résoudre les problèmes mécaniques, matériels, possédant une meilleure praxie sur le monde. Il est aussi doté d’un sens de l’humour, de la dérision hors du commun et d’une capacité d’émerveillement étonnants. C’est lui le physicien. Grichka, plus intellectuel, possède une puissance de feu mentale très forte. Au moment de l’écriture commune de leur thèse, Grichka a toujours été le leader. Il ne se décourage jamais, fait sienne toute abstraction. Il possède le vrai courage, celui de l’esprit. C’est le mathématicien du duo. > Voués à la science ? Pas uniquement. Tout nous intéresse. Nous pratiquons la musique, piano, luth, banjo. Nous chantons des airs de la Renaissance, donnons des concerts avec des jeunes femmes soprano. C’est une façon d’entretenir le lien avec l’imaginaire, le passé, d’approcher une volupté esthétique, poétique, très douce et profonde. Nous planons dans un espace-temps qui n’est pas le nôtre doté d’ailes technologiques grâce à la sciencefiction, poétiques grâce à la lecture, esthétiques grâce à la musique. Comme les poètes ailés qu’évoquent Baudelaire, Rimbaud, Mallarmé. Nous jouissons de la vie dans le sens premier du terme.


Rencontre > Et dans cet espace, le devenir de notre planète terre vous préoccupe ? Nous vivons probablernent la période la plus dangereuse de l’histoire “ humanotechnologique ”. Les taux de destruction et de construction étant équivalents, tout peut basculer, à tout moment et nous pouvons donc être empreints d’un certain pessimisme. Mais comme le disait Malraux, « il ya une réponse de civilisation à tout problème de civilisation. » Nous sommes donc à cette époque charnière, passionnante, exaltante où tout est possible, le pire comme le meilleur car nous n’avons pas encore intégré la rapidité des changements. > Vous croyez vraiment ? Dans la première moitié du XXe siècle, le savoir, c’est-à-dire nos connaissances, doublait tous les trois ans. Aujourd’hui, tous les six mois, l’Histoire, la connaissance s’accé-

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Rien ne remplacera jamais le bruit magique du vent dans les feuilles

lèrent. Ce sont des faits, pas de la sciencefiction. Nous sommes à la veille de quatre grandes révolutions : • une révolution des sciences de la vie avec une connaissance pointue de notre code génétique permettant de lutter contre le vieillissement des cellules et d’augmenter l’espérance de vie. Elle sera de 200 ans en 2020, autant dire demain. D’ores et déjà, les centenaires ne sont plus une exception. • une révolution des sciences de l’information qui accélère nos moyens de compilation, d’accès à la connaissance. Cette révolution est quotidienne, elle nous concerne tous. • une révolution de l’énergie avec la maîtrise de l’acquisition d’énergies vertes non polluantes : électricité embarquée remplaçant les hydrocarbures, énergie de fusion thermo-nucléaire inépuisable qu’on ne sait pas encore extraire. Vers 2050, toujours >>

Questionnaire enivrant… interplanétaire Bacchus est-il un dieu que vous vénérez ? Nous sommes nés dans le Gers, pays du Madiran et de l’Armagnac. Nous apprécions le vin mais en goûteurs plutôt qu’en buveurs. Nous l’appréhendons comme des amateurs d’art. Nous aimons ses nuances, ses arômes, son parfum, ses subtilités, particulièrement ceux des grands crus de bordeaux et de certains Châteauneuf-du-Pape. Vos premiers souvenirs liés au vin ? Nous avions des plants de Côtes de Gascogne rouge sur la propriété familiale. A cinq ans, nous participions à l’élaboration du vin. Préparation de la terre, vendange, foulage des grappes, distillation, nous étions là à chaque étape. Comment oublier cette fièvre qui anime alors les hommes et les lieux ? Comment oublier ces grands foudres rustiques alignés dans la cave ? Ce sont des images qui resurgissent aux moments les plus inattendus de la vie. Quelle émotion vous procure le vin ? Toujours la même, aussi intense.

Celle de voyager dans le temps car lorsqu’on boit du vin, on savoure les premiers moments de l’univers, la toute première seconde après le bigbang. On avale des noyaux d’hydrogène formés à cet ultime instant, ni avant, ni après. Nous possédons quelques vieilles bouteilles presque centenaires de vin et d’Armagnac. Lorsque nous les contemplons, nous sommes hypnotisés par cette suspension du temps “ contenue ” dans le verre, suspension qui peut s’éterniser. Avec qui partagez-vous un bon cru, autour de quel type de menu ? Autant, probablement à cause de nos origines russes, nous sacrifions au rituel du thé plusieurs fois par jour, autant nous ne buvons du vin que dans des moments d’exception, avec des mets qui le méritent et des hôtes que nous souhaitons honorer. Nous nous contentons pour notre part de le goûter. Pour le plaisir du partage et non de l’ivresse. Rêvez-vous de posséder des vins extraordinaires ? Oui, les premiers qui seront produits

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sur d’autres planètes. La première cuvée de Mars ou de Vénus par exemple. Planètes et cocktails sources d’inspiration. Quels mélanges pour quelles planètes ? Cinq planètes se prêtent à ce jeu des mélanges car elles sont solides comme la Terre, Mars, Vénus, Titan, Pluton et Europe, satellite de Jupiter. MARS, planète suave, smootie : banane, mangue, un trait de fraise pour l’acidité mais pas d’alcool. VÉNUS, planète chaude, lumineuse, veloutée, un jus de mangue orangé, un zeste de banane, une once de rhum blanc et de la glace. TITAN, planète froide, un cocktail à base de chocolat chaud, pourquoi pas viennois comme nos origines, relevé d’une goutte de liqueur de café. PLUTON, planète froide, du thé très parfumé, un Earl Grey, avec une larme de whisky évoquant la tourbe, ou un grog ambré relevé de zestes de citron et d’orange. EUROPE planète de glace, un mélange proche d’un planteur avec de l’orange, des épices, du rhum en quantité mesurée et un sirop de canne parfumé, venu des Tropiques.


Rencontre Maison Blanche, comète éblouissante

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ccroché dans le ciel de Paris, avec pour vis-à-vis la Seine, le Dôme des Invalides et la Tour Eiffel, le restaurant Maison Blanche dévoile, derrière ses larges baies vitrées l’un des paysages les plus romantiques de la Planète. Propice lorsque les lumières de la ville scintillent aux tête-à-tête amoureux et gastronomes et la nuit du vendredi à des soirées trendy au White bar animé par un sommelier expert en cocktails détonants et en champagnes millésimés. Le journal L’Expansion qualifiait récemment Maison Blanche d’établissement parmi les plus élégants de Paris, tandis que le magazine américain Forbes lui décernait le

titre très enviable du meilleur restaurant d’affaires du monde devant neuf établissements prestigieux. C’est vrai que le professionnalisme, la passion, l’imagination, l’accueil de Bruno Frank, directeur des lieux, alliés aux talents et à l’inventivité des Frères Pourcel, consultants culinaires, imposent dorénavant Maison Blanche comme une table incontournable dans la Capitale. Avec pour récompenser la fidélité des aficionados, une carte Club Maison Blanche, sésame pour obtenir des conditions privilégiées et jouir d’un service Montaigne Concierge by Maison Blanche pour faciliter la vie quotidienne des membres.

>> demain donc, on devrait posséder les technologies adéquates pour cela, plusieurs équipes de chercheurs s’y emploient. • une révolution spatiale qui, grâce à la mise au point de systèmes de propulsion ultrarapides, nous autoriserait à coloniser l’espace et, en priorité, les planètes solides, habitables comme la Lune, Mars, Vénus. La Nasa se penche sérieusement sur ces aspects. Nous en parlons nous-mêmes en commission avec de hauts responsables. Savez-vous qu’en ensemençant avec des algues bleues la surface de Vénus, par exemple, on créerait de la pluie, de la végétation, du ciel bleu ? Dans une trentaine d’années, des astronautes y cultiveront leur jardin. Ils y planteront des légumes mais aussi des vignes, c’est prévu. Alors, une cuvée de l’espace sur sa table, c’est aussi pour demain. > Prêts pour embarquer au long cours, pour cette mise en orbite ? Immédiatement, sans l’ombre d’une hésitation, sans l’ombre d’une appréhension mais au contraire avec une grande impatience, une extrême curiosité. > Sans rien regretter du monde terrestre ? Si, le bruit du vent dans les feuilles, la pesanteur, la gravité terrestre, le cycle des saisons. Le reste, on peut, grâce à l’ordinateur, l’embarquer : tous les livres du monde, toutes les musiques, toutes les photos, toutes les connaissances. > Parés à vivre sous bulle alors, privés

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des plaisirs de notre planète ? Nous ne vivrons pas sous une bulle car, alors, l’atmosphère sera respirable et nous pourrons ériger des maisons toutes simples de pierres et de bois. Et nous pourrons reproduire là-haut, la vie d’en bas. Celle des terriens, en essayant si possible même de l’améliorer. Et puis c’est un voyage, avec un retour programmé. Pas une mise en orbite pour l’étemité. ANNE-MARIE CATTELIN-LE DÛ PHOTO ALAIN SMILO


Voltige 1ère DAME DE FRANCE DANS NOS CŒURS. LA VIE DE COUPLE EN 3 DIMENSIONS

Marianne Shaw

La fille de l’air

Marianne Shaw donnant des instructions à Coralie Masle-Callu.

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Voltige ranc-Comtoise, née à Besançon, issue d’une famille de quatre enfants, élevée dans une ambiance bon enfant typiquement helvète. Marianne fait partie de l’équipe de France Voltige Aérienne, pendant 15 ans. Elle fut 7 fois championne de France et a récolté 17 médailles lors de championnat d’Europe et du monde. Elle totalise 4 700 h de vol. (En Europe, seuls 5% des pilotes sont des femmes). Elle est mère de deux filles. Avec le CAP10 F-GOUM de Marianne et celui F-BXHE d’Adam, ils totalisent 20 000 vols de voltige. A 250 km/h, les ailes à quelques mètres, avec la même vitesse et le même rayon, ils effectuent des acrobaties fabuleuses. Lors d’un concours de voltige, voici les limites de l’espace auxquelles doivent se limiter les avions compétiteurs tels que défini par la Fédération Aéronautique Internationale.

1996 aux Editions du Choucas préfacé par Bernard Chabbert et la patrouille sur www.CAPTENS.fr Adam et Marianne SHAW nous éblouieront les 2 et 3 août à Courchevel et le 20 et 21 septembre à Varazze et San Remo, en Italie. Venez admirer une chorégraphie artistique rythmée avec un programme renouvelé. La voltige aérienne est codifiée en un certain nombre de figures de base. Les enchaînements de celles-ci, dans l’un ou l’autre sens, gauche ou droite, permettent des variantes quasi infinies : Boucle, Tonneau, Vrille, Immelmann ou Rétablissement normal, Rétablissement tombé, Renversement, Déclenché, Virage dos, Remontée dos, Passage par l’avant, Tonneaux en virage. Cette année, la patrouille Captens est sponsorisée par IOA (www.ioa.fr) dont le métier est l’Ouvrage d’Art, les bâtiments publics, Tunnels et équipement autoroutiers. CORALIE MASLE-CALLU

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Contraintes techniques

R D’après un témoignage de Clémence, pilote de ligne à Air France et Christophe, pilote professionel Hélicoptère qui furent passagers de Marianne et Adam, la sensation durant le vol relève de l’effet miroir : « voir ce qui se passe dans l’avion comme si tu te voyais de l’extérieur avec comme toile de fond le Mont Blanc et le lac d’Annecy. » Après les avoir admirés au Fly In de Prangins dans le canton du Vaud l’an dernier, je puis vous assurer qu’il faut surtout une grosse dose de talent et de confiance mutuelle, un sens du rythme au fil de la musique et du spectacle tout en restant très professionnel quant aux règles de sécurité. Sur votre table de chevet, à côté du livre de St-Exupéry, le Petit Prince, retrouvez une tranche de vie de Marianne Shaw dans son livre “JEUDI 12”, une vie à l’envers, paru en

ares sont les patrouilles de voltige aérienne, encore plus lorsque les pilotes sont des civils. Dans la patrouille, Marianne est le Leader, et Adam Aillié. Adam et Marianne effectuent 12 figures en moyenne en 20 minutes de démonstration, leur programme est visible par le public dans une fenêtre restreinte au dessus des spectateurs. Adam est étagé à 1 m 50 au dessus du Cap 10 de Marianne et 2 m derrière. Ils s’entraînent 3 fois par semaine. Le rayon de cercle de l’Aillié est plus grand que celui du Leader qui vole réduis à 20 pouces d’admission au lieu de 25 pour l’Aillié. Marianne et Adam jouent sur l’illusion d’optique du positionnement de la patrouille vis-à-vis du spectateur.

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Voltige >>

INTERVIEW ADAM ET MARIANNE SHAW PATROUILLE CAPTENS

> Comment l’idée de devenir pilote de voltige vous est-elle venue ? A 15 ans, Marianne effectue son premier baptême de vol en DR221 car elle avait gagné un prix de compétition de ski de l’Aéroclub de Dijon. Elle voulait être monitrice de ski. Mais à 19 ans, elle commence à piloter. > Quel est votre héros dans la réalité ? Auguste Mudry, et la French Connection avec lesquels Adam et moi étions amis. > Pensez-vous que votre côté atypique résulte d’une envie de liberté ? Peut être, mon père m’avait écrit un poème : « Petit oiseau qui t’envoles vers tous les horizons de France. » > Quels souvenirs gardez-vous de vos multiples crash sans égratignures, surtout celui de 1987 ? Les autres étaient étonnés que je sois indemne. J’ai un bon “ange gardien”. Questions à la Proust : de ses propres mots, Marianne nous décoiffe en voltige et nous endort en hypnose. > Quelle est votre devise ? « Qui sait ce qu’il advient d’un message transmis aux nuages. » > Quelle est votre recette ? Cette passion exige du temps, de l’énergie, de l’émotion. « La voltige m’a appris la vraie valeur de voler de ses propres ailes au sens propres comme au figuré. » MERCI À MARIANNE & ADAM SHAW

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Notre Marianne de France, d’exploits en bonheurs Carrière et records Marianne effectue un baptême de voltige en Suisse à Porrentruy en Bûckert à 22 ans. A la Ferté Alais, elle vole avec Jean Salis. En 1970, Marianne fait le tour de France des jeunes pilotes avec Montaine. En 1972, elle croise Philippe Bobet, le fils de Luison Bobet. En 1974, elle effectue son cycle voltige sur Stamp avec Jean Eyquem. Elle passe son pilote professionnel en Suisse à l’école IFR des Ailes. De 1978 à 1993, Marianne fait partie de l’équipe de France. En 1988, elle participe au Championnat du monde de voltige à Calgary au Canada sur DL260, à celui d’Yverdon Les Bains dans le canton de Vaud en 1990, puis à Bex dans le Valais en Suisse. En 1989, elle tourne un film “Pirouettes” dans le Mont Blanc. Elle effectue également une traversée de la Manche sur le dos. En 1992, elle rencontre en Floride sur CAP231 la “French Connection” et M. Auguste Mudry lors de la finale Breitling. Elle sera plus tard directeur technique pour une saison de la coupe de voltige Breitling. Autres études Marianne a effectué des études à l’Ecole de Commerce de Genève. Elle est également thérapeute, coach en PNL, Kinésologue. Marianne a réalisé ses études à Inteno et à l’Institut des Perspectives Humaines à Genève.


Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé

L’Abbaye d’Ambronay

ou l’histoire d’une reconversion réussie

Jeux d’ombre et de lumière dans le cloître

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LE VISITEUR QUI, DE LOIN, DÉCOUVRE LA BLANCHE ABBAYE D’AMBRONAY SE DÉCOUPANT SUR L’ÉPAISSE TOISON DE FORÊTS DES MONTS DU BUGEY, COMPREND POURQUOI LES MOINES, IL Y A 1200 ANS, S’ARRÊTÈRENT EN CE LIEU SOLITAIRE.

e festivalier qui pénètre dans l’église abbatiale comprend, quand à lui, pourquoi Alain Brunet, en 1980, y programma les premiers concerts fondateurs du Festival de musique baroque d’Ambronay, devenu depuis, l’un des événements musicaux les plus importants de France.

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Il était une fois l’Abbaye d’Ambronay Ainsi pourrait commencer l’histoire de cette abbaye fondée autour de l’an 800 par Saint Barnard, officier de Charlemagne. Edifiée en un lieu habité dès l’antiquité, sur le versant occidental des monts du Bugey, entre le trio infernal formé par la Savoie, le Dauphiné et la France, l’abbaye d’Ambronay n’a cessé, durant un millénaire, de s’agrandir et de se transformer selon les événements et les congrégations de moines qui l’occupèrent. Echappant à la Révolution en acceptant pendant près de deux siècles de servir la république, elle accueille aujourd’hui un festival de musique et un centre culturel de rencontre. De l’époque de sa fondation, il reste peu de traces. Mais l’on sait que malgré l’anarchie qui suivit la dislocation de l’Empire de Charlemagne et les invasions dévastatrices des Sarrasins et des Hongrois, l’abbaye rattachée à la Règle de Saint Benoît, prospéra. En deux siècles, les moines étendirent considérablement leur domaine et obtinrent la protection de Rome. Cette prospérité attira artisans et commerçants. L’abbaye se plaça alors sous la protection du Comte de Savoie (1282). Un siècle plus tard, la ville et l’abbaye s’abritèrent derrière de solides

remparts dont il subsiste encore la haute Tour des Archives et la Tour Dauphine. Protection illusoire qui n’empêcha pas le pillage de la ville et l’incendie de l’église. L’abbaye continue toutefois à s’enrichir et la Règle se relâche. La réforme catholique voulue par le Concile de Trente y mettra bon ordre et la Congrégation de Saint-Maur s’installe à Ambronay en 1652. Renouant avec la vie monacale authentique, les mauristes restaurèrent et transformèrent les bâtiments, rassemblant les archives, fondant une

Un long sauvetage Le visiteur ne se doute pas, en découvrant la belle harmonie qui se dégage de l’ensemble de l’abbaye, qu’elle résulte d’un savant assemblage de styles élaboré au cours d’un millénaire. Toutefois, les remaniements effectués au cours de cette longue gestation, particulièrement ceux du XIIIe et XVe siècles, ont quelque peu effacé les époques antérieures. L’église, grand vaisseau de 60 mètres de longueur et de 17 mètres de hauteur, résume, quant à elle, plusieurs siècles d’architecture : piliers rectangulaires pré- >> Ci-contre : Un soir de concert dans l’abbatiale Ci-dessous : Sous les voûtes de l’abbatiale.

école, jusqu’aux jours noirs de la Révolution qui abolit les ordres religieux et dispersa la Congrégation. Tout d’abord transformée en prison, l’abbaye abrita ensuite des soldats, devint une école, puis accueillit des logements sociaux. Autant d’attributions étonnantes et de réaménagements singuliers qui ont évité à l’ensemble des bâtiments, malgré quelques mutilations, d’être démantelés comme le furent de nombreux édifices religieux vendus après la Révolution comme carrière de pierre ! L’église, quant à elle, après avoir été temple de la raison, devint l’église paroissiale et le demeure aujourd’hui.

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Les carnets de voyage de Kathereen Abhervé >> romans, frise de pierre du XIIIe,

jeunes musiciens. En attendant la voûte de la nef et magnifiques ver- transformation de ces lieux encore rières de vitraux du XVe. La partie endormis, la plupart des grands inférieure du cloître date de la concerts de la 29e édition du festival même époque, surélevé deux prendront place, du 18 septembre siècles plus tard par les moines au 12 octobre prochain, dans la mauristes qui relièrent les deux magnifique abbatiale, certains, plus tours par une infirmerie. Ils édifiè- prosaïques, s’installeront sous un rent également un grand corps de vaste chapiteau de toile dressé derbâtiment de 60 mètres long com- rière l’abbaye, d’autres enfin prenprenant cuisine, réfectoire et cel- dront place dans quelques églises lules des moines. des alentours, au monastère royal Face aux dévastations de la révolu- de Brou, au théâtre de Bourg-ention, des intellectuels comme Bresse et à la cathédrale de Belley. Charles Nodier, Victor Hugo ou Les festivaliers pourront ainsi Mérimée combattent contre le van- découvrir quelques beaux exemples dalisme et pour la sauvegarde des du patrimoine architectural de la monuments de France. Création d’une commission des monuments historiques en 1837. L’église d’Ambronay devra attendre 1889 pour être classée, le cloître en 1905. Depuis, plusieurs campagnes de restauration se sont succédées jusqu’aux récents travaux entrepris depuis Effervescence 1980 pour les région également connue dans le cloître besoins du Festival pour sa richesse ornitholode musique qui, en avant un concert. gique et la beauté sauvage de 93, crée l’Académie ses paysages. baroque européenne, puis en 2003, le Centre culturel de rencontre. Femmes, le génie interdit ? Les festivaliers qui déambulent Depuis 2003, le festival est devenu dans le cloître pendant les une véritable caisse de résonance entractes, ne se doutent certaine- des thématiques explorées par le ment pas qu’il fut jadis cour de pri- Centre culturel de rencontre. Le son puis servit de grange aux villa- programme du prochain festival geois, et que la plupart des magni- concocté par Alain Brunet, directeur fiques dentelles de pierre des du Centre et fondateur du festival, fenestrages gothiques avaient dis- éclairé par les précieux conseils de paru. D’autres rénovations sont pré- Catherine Cessac, chercheur et vues qui permettront dès cet musicologue, va donc tenter, à la automne d’accueillir récitals et suite des réflexions faites par le conférences à la Tour Dauphine fraî- centre autour des liens entre la chement restaurée. Ces prochaines musique, la femme et le sacré, de années prévoient la réhabilitation du réhabiliter les femmes composilong bâtiment de l’aile sud datant du trices, interprètes, du Moyen-Âge à XVIIe siècle, qui retrouvera en nos jours, d’ici et d’ailleurs, restées quelque sorte sa fonction première, pour la plupart inconnues. puisqu’il permettra d’accueillir et La thématique est peu ordinaire car d’héberger artistes, chercheurs et si les femmes écrivains et peintres

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font partie depuis longtemps du paysage culturel et sont considérées comme des créateurs à l’égal de leurs collègues masculins, les compositrices, en revanche, font encore exception, surtout dans les siècles passés. Pourtant, les femmes composèrent, mais la plupart du temps dans l’ombre d’un époux, d’un père ou d’un frère. On pense bien sûr à Fanny Mendelssohn, compositrice de talent qui ne publia jamais sous son nom et dont les œuvres furent “ récupérées ” par son frère Félix auteur du célèbre Songe d’une nuit d’été. A ce propos, une rencontre

La paix du cloître.

internationale “ Musique, femme et interdits ” offrant conférences, débats et concerts, se déroulera à Ambronay sous la direction scientifique d’Aline Tauzin, les 3 et 4 octobre prochains. Les femmes compositrices Le festival s’ouvrira sous la baguette de Marie-Laure Teissière, par un concert dédié aux femmes compositrices du XVIIe au XXe siècle. Avec des extraits de l’opéra Céphale et


Procris d’Elisabeth Jacquet de la Guerre, on découvrira le premier opéra écrit en France par une femme, puis des œuvres chorales de Fanny Mendelssohn entre autres(21.09). Le Concerto Soave dirigé par Jean-Marc Aymes accompagnera la soprano Maria Cristina Kiehr dans un programme dévolu aux compositrices italiennes du Seicento, présentant des œuvres de Francesca Caccini, Caterina Assandra et de la cantatrice virtuose et compositrice exceptionnelle Barbara Strozzi (5.10) dont deux autres concerts révèleront les multiples talents (10.10 et 12.10).

D’autres femmes compositrices seront célébrées comme la si talentueuse Lili Boulanger disparue prématurément, sa sœur Nadia, Betsy Jolas, Christine Menneson et Adrienne Clostre (27.09). Les femmes cachées Christina Pluhar à la tête de l’Arpeggiata ouvrira la thématique “ des femmes cachées ” en proposant un concert où Philippe Jaroussky ressuscitera des œuvres écrites en Italie au milieu du XVIIe pour les castrats remplaçant les femmes interdites dans les églises (18.09). Les femmes cachées

comme Les demoiselles de Saint Cyr, jeunes filles nobles mais pauvres protégées par Madame de Maintenon dont s’est inspiré l’ensemble vocal féminin dirigé par Emmanuel Mandrin qui interprétera les Leçons de ténèbres de Couperin (28.09). Egalement composé pour les jeunes filles des ospedale de Venise, l’oratorio S. Petrus & S. Magdalena de J. Hasse, sera recréé par l’ensemble Akadêmia de Françoise Lassere (4.10). Autre concert très attendu, la recréation, par l’ensemble Doulce Mémoire de Denis Raisin Dadre, d’un concert secret donné à la cour du duc Alphonse d’Este par les célèbres dames de Ferrare, trois musiciennes exceptionnelles qui ne chantaient que de la musique inédite composée pour elles, pour un cercle restreint d’invités prestigieux du duc (4.10). Les femmes représentées Un troisième hommage sera rendu aux grandes figures féminines comme La façade Sainte Cécile, martyde l’abbaye. re et patronne des musiciens (20.09) ou Theodora qui inspira à Haendel l’un de ses plus beaux oratorios, sera dirigé par Christoph Spering (3.10). Une grande poétesse allemande du XVIIe, Catharina Regina von Greiffenberg jusqu’alors inconnue, inspira, quant à elle, une composition pour chœur et viole de gambe à Philippe Hersant répondant à une commande du Centre culturel. Cette création mondiale sera donnée par Les Solistes de Lyon-Bernard Tétu et Christine Plubeau à la viole (2.10). Gabriel Garrido à la tête de l’Ensemble Elyma restituera les pleurs de la pauvre Ariane abandonnée sur son rocher et la fureur de Clorinde dans un spectacle chorégraphié présenté sous le chapiteau (28.09) où seront également jouées Les frasques du Capitaine Le Golif dit Borgnefesse par le Concert de l’Hostel Dieu de Franck Emmanuel Comte et par la Cie Opéra Théâtre. Cet opéra “ maritime et familial ”

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sera proposé dans une mise en espace d’André Fornier (9.10). D’autres concerts, nombreux, rendront hommage aux femmes d’hier comme la cantatrice italienne Leonora Baroni ou Mademoiselle Certain, célèbre claveciniste oubliée du Grand Siècle, aux femmes cheffes d’orchestre et interprètes d’aujourd’hui, Nicole Corty, Laurence Equilbey, Christina Pluhar et Marie-Laure Teissèdre, la violoniste Mira Globeanu et la claveciniste Aline Zyberajch, aux femmes d’ailleurs avec les voix d’Assurd, Houria Aïchi, Saira Begum et Françoise Atlan. Enfin, le festival qui, depuis 1993, s’est doté d’une Académie baroque en vue de la formation et de l’intégration professionnelle des jeunes interprètes, fera peau neuve cet automne en proposant des académies plus adaptées aux besoins des chanteurs et des instrumentistes. D’une part, l’Académie Solistes proposée aux jeunes chanteurs, présentera, sous la direction de Serge Saitta, Les tronqueurs, opéra d’Antoine Dauvergne, qui sera présenté au Théâtre de Bourg-enBresse dans une mise en scène de Pierre Kuentz (25.09). L’Académie Concert regroupant, quant à elle, les jeunes instrumentistes de l’Académie dirigés par Jean Tubéry, proposera sous les hautes voûtes de l’abbatiale, un programme dévolu à Giovanni Gabrielli (26.09). Si ce savoureux programme musical ne vous a pas rassasié, vous pourrez tenter une expédition au logis abbatiale (à côté de l’abbatiale) pour déguster les menus gastronomiques concoctés par Christian Bidard, chef étoilé Michelin. Une réservation s’impose toutefois !

Renseignements et réservations Centre culturel de rencontre Pace de l’Abbaye – BP 3 – 01500 Ambonay Location : +33 (0)4 74 38 74 04 www.ambronay.org


Art de vivre

Alain

Baraton

LE JARDINIER LE PLUS CHIC DE FRANCE MAÎTRE D’ŒUVRE DES JARDINS DE VERSAILLES libre et heureux, peut-on se lasser d’une telle félicité ? Ma seule contrainte est la suivante : « en matière de plantation, celui qui a raison est celui qui possède les graines. » Ces derniers temps, les tubéreuses sont redevenues à la mode, on en replante donc davantage, comme les Lilas (ou Syringua, ne pas confondre avec le seringa), je tiens aussi compte des couleurs qui suivent également un courant ; ainsi, plus de couleurs vives, jugées souvent vulgaires, mais, au contraire, un choix de teintes pastels, douces pour le regard.

epuis 30 ans, Alain Baraton a le privilège de succéder aux jardiniers en chef du roi, un poste hautement envié et on le comprend lorsqu’on sait que Le Nôtre était le seul devant lequel Louis XIV s’inclinait et que le Général De Gaulle avait une telle affection pour Versailles que, lorsque son emploi du temps le lui permettait, il démarrait invariablement sa journée par la visite des jardins. Une centaine de jardiniers l’aide à créer, dans les 850 hectares de Versailles, de véritables œuvres d’art à l’image des toiles de Claude Monnet ou en s’inspirant de la magie des grands chefs de la restauration, au gré de sa fantaisie et… des graines disponibles.

vero.bidinger@bluewin.ch

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Véronique Bidinger

> Véronique Bidinger : Alain Baraton, 30 ans au service des jardins de Versailles, pas de lassitude à l’horizon ? A.B. : Versailles a fait de moi un homme

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> Vous faites un parallèle entre l’art du jardinier et celui du cuisinier. Qu’entendez-vous par là ? Considérons le jardin comme un plat : des arômes s’échappent de part et d’autre ; les deux doivent être agréables à regarder. Ils reçoivent tous deux le mot partage en héritage, on désire en faire profiter ceux que l’on aime ; enfin, ce sont deux applications artistiques qui déclinent la manière d’accommoder les restes. Comme en économie « rien ne se crée, tout se transforme », au jardin « rien ne se gâche, tout se transforme », bien que je sois plutôt opposé à la mode des fleurs dans la salade, sauf celles de chouxfleurs et d’artichaut, très décoratives par ailleurs. > La femme est-elle l’avenir du jardinier ? Vous savez, j’ai rencontré mon épouse Corine dans les jardins de Versailles. Qui pourrait imaginer endroit plus élégant et romantique ? C’est certainement pour cela que le jardin idéal se décline pour moi au féminin, mais ce n’est pas la seule raison.


Art de vivre En vérité, les femmes ne sont présentes au jardin que depuis 1982, et c’est un bienfait car elles y ont apporté tendresse, sensualité et courage, et peut-être aussi la touche de fantaisie qui manque parfois chez leurs collègues masculins. Elles montrent un perfectionnisme qui peut paraître excessif

et même parfois agaçant, mais le plus souvent de bon aloi, venant contrecarrer une certaine vulgarité chez ceux dits du sexe fort, une sorte de tendance bling-bling, bien en vogue ces temps-ci. > Une vertu qui vous paraît capitale au jardin ? « Patience et longueur de temps font plus que force ni que rage »: planter, observer, patienter, le temps de donner une âme au jardin, et puis l’entretenir avec amour : le jardin est vivant, si on l’aime, on le quitte à regret. > Les jardins de Versailles sont-ils encore un lieu recherché pour le cinéma ? De l’eau est passée sous les ponts depuis la création des jardins de Le Nôtre à la fin du XVIIe siècle, et aussi depuis le célèbre film de Sacha Guitry “Si Versailles m’était conté”

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en 1954 ; depuis, Versailles n’a cessé d’être un lieu de prédilection pour les façonniers du 7e art, comme Patrice Lecomte avec “Ridicule” en 1996,ou Sofia Coppola avec sa “Marie-Antoinette” version américaine en 2006 , 300 000 dollars engloutis pour 2 mois de tournage à Versailles, sans compter Bruno Podalydès, pour 2008 qui a terminé le 3e volet de sa trilogie versaillaise, “Bancs publics” : il faut dire que Christine Albanel, qui est restée aux commandes du domaine entre 2000 et 2007, a beaucoup œuvré pour >>


Art de vivre >> permettre

d’utiliser Versailles comme écrin au cinéma. L’art contemporain s’installe aussi dans les jardins, par la grâce de J.-J. Aillagon, successeur de Christine Albanel, notamment avec une exposition de Jeff Koons (chouchou du Palazzo Grassi de Venise dont il a été directeur) prévue dès le mois de septembre, qui précédera d’ailleurs celle des photographies de Karl Lagerfeld.

Je possède pour ma part un jardin de 200 m2 à l’Ile d’Oléron depuis de nombreuses années, cela me convient parfaitement. Un jardin idéal est celui où l’on reçoit ses amis et ou l’on passe du bon temps : le jardin, c’est la vie. Alain Baraton n’est pas seulement le jardinier en chef du domaine de Versailles et de Trianon ; son talent a été maintes fois reconnu ; il est notamment chevalier des Arts et Lettres et officier du Mérite Agricole. C’est également un journaliste photographe d’exception passionné par la splendeurs des jardins royaux qu’il sillonne volontiers au petit matin, qu’importe s’il est accompagné du soleil levant ou non. Textes et photos sont pratiquement toujours le résultat d’un travail personnel. Pour lui, le poète ment lorsqu’il dit que « la beauté n’est qu’une image fardée » car « tout est beauté dans les jardins de Versailles, les massifs et bosquets, les pièces d’eau, les statues, les arbres et les fleurs ».

> On produit aussi du vin à Versailles, dit-on ? Absolument. Les premières vendanges issues des 1900 pieds de vigne plantés en 2003 au Château

de Versailles dans le jardin de MarieAntoinette, datent d’octobre 2006. Une centaine de bouteilles en ont été tirées. Une récolte aussi exclusive que le château d’Yquem , n’est-ce pas ? La prestigieuse cuvée Rosé Marie-Antoinette, dont le parrain n’est autre que Francis Ford Coppola, est réservée aux aimables mécènes et amis de Versailles comme Eric Orsenna ou JeanPierre Coffe, ou encore Nicolas Hayek, président de Swatch Group qui, grâce à un don de plusieurs millions de dollars, a permis la plantation de milliers d’arbres après la tempête catastrophique de 1999. > Alain Baraton, le jardin idéal est-il le vôtre ?

Alain Baraton auteur • Le Jardin de Versailles vu par Alain Baraton. Edition Phare’s. Des photos somptueuses. • Savoir tout faire du bon jardinier. Editeur La Maison Rustique. Sur les ondes. France Inter : Indispensables chroniques du WE : de 7 h 45 à 8 h. Songe d’une belle nuit d’été : « J’ai rêvé d’un endroit extraordinaire où il me serait possible de rencontrer Lafontaine, Molière ou Pissaro. J’ai rêvé d’un parc fabuleux peuplé de petits mammifères espiègles et d’oiseaux de nuit. J’ai rêvé d’un jardin planté d’arbres rares. »

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Peinture

robert.berghe@bluewin.ch

ECOLE SANCTUAIRE, CITADELLE DES SAVOIRS DISCIPLINÉS ? ECOLE OUVERTE SUR LE MONDE OÙ L’INTELLIGENCE À L’ÉTAT BRUT SE CHARPENTE FACE À L’EXPÉRIENCE DU CONCRET ? AUCUNE RÉPONSE SIMPLE NE SAURAIT SATISFAIRE, ENCORE MOINS ÉPUISER, LA QUESTION DE L’ÉCOLE. DE TOUTE ÉVIDENCE, L’ÉCOLE DOIT RESTER LE LIEU OÙ S’ACQUIÈRENT LES SAVOIRS DISCIPLINAIRES DU « LIRE, ÉCRIRE, COMPTER », JUSQU’AU DÉCRYPTAGE INTELLIGENT DES JOURNAUX, À LA PRATIQUE CONSTRUITE D’UNE VIE PROFESSIONNELLE, À L’EXERCICE DES RESPONSABILITÉS CITOYENNES DANS SON ENVIRONNEMENT.

Robert Berghe

École dans la ville École de vie ’acquisition des savoirs se fait, bien sûr, à l’intérieur de l’école, mais la vérification de leur validité se fait à l’extérieur. L’école se doit d’être ouverte sur le monde. Les institutions culturelles, politiques, scientifiques tout comme les entreprises ouvrent leurs portes aux élèves de nos écoles : chacun accepte aujourd’hui l’idée qu’un des objectifs de l’institution scolaire est de permettre aux jeunes de trouver leur place dans la vie professionnelle, dans le monde, sans négliger, évidemment, leur développement personnel. Les musées de la ville seront peut-être le premier lieu d’accueil puisqu’ils partagent avec l’école le projet d’un travail sur les savoirs. Posons-nous quelques questions avant de nous lancer dans la visite des expositions ? Qu’est-ce que la culture ? L’ensemble des connaissances acquises qui permettent de développer le sens critique, le goût et le jugement. C’est la définition du Robert auquel nous emprunterons aussi les définitions suivantes. Qu’est- ce que l’art ? L’ensemble des activités humaines créatrices visant à l’expression d’un idéal esthétique au travers d’œuvres.

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Qu’est ce qu’une exposition ? La présentation publique d’œuvres d’art, l’ensemble des œuvres explorées, le lieu ont elles sont exposées. Vaste programme que de trouver des réponses à ces questions ! Mais n’ayons peur de rien et essayons d’analyser quelques hypothèses proposées par les expositions de l’été à Lausanne et à Martigny. Peut-on traverser la nuit des temps avec une lampe de poche ? « Les murs murmurent ! » au Musée Romain Lausanne-Vidy et Laurent Flutsch, directeur du musée et humoriste à ses heures, a fait le pari avec les commissaires de l’exposition, de nous faire remonter les siècles avec la lampe de poche dynamo fournie à l’entrée. Ainsi équipés, nous pouvons, passés d’épais vélums, pénétrer dans l’obscurité d’un dédale dont les parois sont tapissées de tessons, fragments, débris, morceaux, éclats de parements, d’enduits, de revêtements, de briques, de pierres, de terre cuite… Bien entendu, les pièces des puzzles ont été assemblées, et en promenant le faisceau lumineux, on voit apparaître « les griffures incertaines ou têtues des passants ancestraux qui ont marqué leur passage furtif sur les murailles impériales » dont parle Mérimée. Des paroles, des dessins qui s’adressent à nous, nous qui les lisons même si leur auteur n’a jamais imaginé que son message traverserait 2040 années pour nous parvenir : « Moi, Teucer, j’étais ici le 28 mars de l’an 32 avant Jésus-Christ ! » bien sûr, le graffiti a dû passer par la traduction, l’interprétation pour devenir une information qui nous parle. C’est là le travail d’expertise du musée. Reviennent en mémoire les mots de Valéry gravés au frontispice du Palais de Chaillot : « Il dépend de celui qui passe Que je sois tombe ou trésor Que je parle ou me taise Ceci ne tient qu’à toi Ami n’entre pas sans désir » L’art nous parle-t-il d’autre chose que de lui-même ? La fondation de l’Hermitage à Lausanne nous propose, jusqu’au 26 octobre, un parcours à travers les fastes et les ors de la renaissance italienne. Les cimaises des superbes salles de la Fondation sont par-


Peinture A gauche : Pisanello, Portrait de Lionello d’Este, 1441 (?). Huile sur bois, 29 x 19,5 cm A droite : Raphaël, SaintSébastien, vers 1501-1502. Huile sur bois, 38 x 47 cm

faites pour accueillir la collection de l’Accadémia Carrara de Bergame et le Portrait de Lionel d’Este (1441) par Pisanello fut un excellent choix pour l’affiche de l’exposition. Représentation du pouvoir qui s’affirme, le profil est encore celui des pièces de monnaie, les traits sont encore idéalisés, mais la texture de la peau, l’ourlet des lèvres, la matière du vêtement, tout converge à mettre en avant la personne du condottiere et sa position dans la société de son époque. Nous sortons de la féodalité, nous entrons dans la « modernité » : l’Italie devient un laboratoire pour ce qui sera appelé bien plus tard « l’Etat-nation ». Macchiavel n’est pas loin. Se dessinent dans l’œuvre les reflets de tout un imaginaire politique en voie de réorganisation. L’histoire de l’art n’a pas une trajectoire rectiligne, sauf peut-être sur les fresques didactiques de nos écoles élémentaires. Bonheur qu’offre l’échange vivant que sont les expositions, je suis interpellé par un

Graffiti découvert à Augst (BâleCampagne) : inscription indéchiffrée, dessin figurant Diane et un cerf. (Photo Fibbi-Aeppli, Grandson)

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Peinture >> Titien (Tiziano Vecello dit), Vierge à l’enfant, vers 1507, huile sur bois, 38x47 cm, Academia Carrara de Bergame.

passant au fort accent qui me dit devant un Raphaël : « On n’a jamais pu faire mieux, n’est-ce pas ? » Oui, bien sûr, chef d’œuvre de virtuosité, mélange volontaire d’une recherche idéalisée de la forme et de la perfection du rendu de la matière : hors de la Bella Maniera, point de salut ! Parfait exemple de maniérisme que ce Saint Sébastien placide qui tient la flèche qui vient de le transpercer comme d’autres tiennent leur petite cuillère au-dessus de leur tasse de thé. Le stéréotype qui s’impose est celui du Courtisan tel que le dépeint Baldassare Castiglione dans son livre. Heureusement, pour nous rappeler que la personnalité de l’artiste l’emporte parfois sur la convention du temps, une petite huile sur bois du Titien rafraîchit par sa simplicité. Une vierge à l’enfant devant une nature riche et profonde, et des couleurs vives et franches : une économie de moyens étonnante qui dépeint malgré la scène de genre, un amour maternel tout simple, si lisible et si vrai qu’il pourrait être celui d’un instantané. Les dieux se sont humanisés, les personnages ne sont plus surhumains, ils ont la fragilité de la chair et du sang. Peut-on faire l’éloge de l’hétérodoxie ? 1934, première exposition de Balthus à

Paris : « Quel scandale ! s’exclamaient les visiteurs. C’est du figuratif ! » En effet, comment osait-on proposer à cette époque d’abstraction, de cubisme, de déconstruction de toutes les traditions picturales, une œuvre aux apparences académiques ? Au même instant que ces cris d’horreur, l’œuvre de Balthus suscitait l’analyse d’Antonin Artaud qui écrivait dans la Nouvelle Revue Française à propos de cette exposition : « La technique de David au service d’une aspiration violente, moderne, et qui est bien l’inspiration d’une époque malade où l’artiste qui conspire, ne se sert du réel que pour mieux le crucifier. » Dans le même esprit, Artaud recherchera plus tard dans son théâtre « la libération des instincts élémentaires parmi lesquels la cruauté, gage absolu de la sincérité. » Georges Bataille qui fait partie du groupe d’amis proches, écrit : « L’art est un moyen de provocation, de violence nécessaire tendant à substituer au langage une contemplation silencieuse… » C’est bien ce qui ressort des œuvres de Balthus, ce sentiment de contemplation silencieuse chargé, cependant, du souvenir proche de la Première Guerre mondiale. On se rappellera alors, à juste titre, que Rainer Maria Rilke a eu une influence de première

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Peinture importance dans les années de formation du jeune Balthus. C’est sans doute lui qui lui a conseillé de prendre comme nom d’artiste le diminutif de son prénom. Rilke qui a marqué son époque et toute une génération de poètes, continue, d’ailleurs, d’être un succès de librairie avec ses Lettres à un jeune poète disponibles aujourd’hui en traduction française dans 15 éditions différentes au moins. On voit avec l’énumération de ceux qui ont saisi la sensibilité de Balthus que nous sommes dans un phénomène que nous serions tentés d’appeler contre-culture. Bien sûr, nommer le mouvement est insuffisant pour le décrire car aujourd’hui, Balthus est au musée, Artaud célébré, Bataille encore souvent cité par les doctorants. En prenant un peu de recul par rapport à cette proposition, on pourrait y ajouter l’idée que chaque génération d’artistes reconnus par la société et sa pensée dominante, engendre d’autres artistes qui vont s’inscrire en opposition avant de devenir eux-mêmes, un peu plus tard, les tenants

Balthus, Les Beaux Jours, 1944-1946. Huile sur bois, 148 x 200 cm. Smith Sonian Institution.

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de l’orthodoxie, ad infinitum ? Balthus, qui trouve dans la Fondation Gianadda à Martigny un espace parfaitement adapté à sa peinture, a choisi de répondre de façon oblique aux questions de l’art et de la société. Il écrit lui-même à propos de son travail : « Je veux y mettre beaucoup, beaucoup de choses, de la tendresse, de la nostalgie enfantine, du rêve, de l’amour, de la mort, de la cruauté, du crime, de la violence, des cris de haine, des rugissements et des larmes ! Tout cela, tout ce qui est caché au fond de nous-mêmes, une image de tous les éléments essentiels de l’être humain dépouillé de sa croûte épaisse de lâche hypocrisie ! Un tableau synthétique de l’homme tel qu’il serait s’il savait encore être grand. » Il met néanmoins tout son art à garder sa part de mystère à la réalité : tout est là mais encore faut-il aller chercher et ne pas croire trop vite que l’on a tout compris. Faire ainsi le tour des expositions nous amène obligatoirement à une attitude d’humilité face aux questions péremptoires que les épreuves du Bac en Philo nous posent chaque année. En voici quelques-unes, façon 2008 : « L’art transforme-t-il notre conscience du réel ? Y a-t-il d’autres moyens que la démonstration pour établir une vérité ? Peut-on désirer sans souffrir ? Est-il plus facile de connaître autrui que de se connaître soimême ? La perception peut-elle s’éduquer ? Une connaissance scientifique du vivant est-elle possible ?… » Pour rester maître dans sa classe, quelle doit être la posture de l’enseignant ? Celle du « grand sachant » ou celle d’un éternel apprenti lui aussi en quête de vérité ?


Histoire

“Histoire de la Prusse” PAR JEAN-PAUL BLED POUR DES GÉNÉRATIONS D’EUROPÉENS, LA PRUSSE EST UN MONDE DÉFUNT DONT ON N’A BIEN SOUVENT RETENU QUE LE MILITARISME BELLIQUEUX ET LE RÈGNE FASCINANT DE FRÉDÉRIC II. outefois, au-delà de ces visions partielles, on doit bien constater que les Etats, les territoires et les villes ont souvent une histoire qu’il est bon de connaître pour en apprécier tous les aspects. Surtout quand celle-ci s’inscrit au cœur même du continent où nous vivons et au sein de cette Histoire, avec un grand H, qui a bouleversé les champs du possible de ce terrible XXe siècle en permettant l’existence d’un couple franco-allemand - ce qui, après trois conflits sanglants en moins de soixante-quinze ans, était pour le moins hypothétique - et sonné la fin de la guerre froide lorsque des deux côtés de la porte de Brandebourg à Berlin, les populations des deux Allemagne prirent la parole pour n’en faire plus qu’une. Si la Prusse est en effet un objet historique difficile à identifier, le livre remarquable de Jean-Paul Bled publié chez Fayard permettra de la rendre beaucoup plus compréhensible et donnera à tout lecteur intéressé par l’avenir de notre continent de nombreuses et utiles clés de compréhension de l’Allemagne moderne et, au-delà, de tout cet ensemble qui se situe entre la face occidentale et la partie orientale de l’Europe. L’histoire de la Prusse, c’est au fond celle d’une réussite indéniable et tout à fait inattendue qui prouve une

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fois encore qu’avec des idées claires et une volonté forte, une entité modeste peut, au final, compter bien plus que de grands voisins qui n’ont que la taille de leur territoire ou le nombre de leurs populations à opposer. La Prusse a tout d’abord une histoire particulière car contrairement à tant d’autres, elle n’est pas inscrite territorialement dans une géographie donnée. Son territoire évolue en effet au cours des siècles pour d’abord se situer très à l’Est du continent lorsque les chevaliers Teutoniques créent un Empire qui s’étend, dans la première moitié du XIIIe siècle, entre la Vistule et le Niémen aux confins de ces hautes terres allemandes du bord de la Baltique. Face à cet ensemble, de l’autre côté de la ligne de front de l’évangélisation face aux populations païennes, se trouve le Brandebourg et son ambitieux Margrave. A cette époque, les destins de ces deux entités sont encore séparés mais l’Histoire va se charger de rapprocher le Duché de Prusse à l’Est et le Margraviat de Brandebourg situé plus à l’Ouest. En 1618 scellée sous l’égide des Hohenzollern, l’union de la Prusse et du Brandebourg reste toute personnelle mais les événements vont permettre à l’Electeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume, de d’abord se

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dégager de toute tutelle étrangère grâce au traité d’Oliva où le Roi de Suède reconnaît les droits de souveraineté de l’Electeur sur la Prusse ce qui constitue le socle sur lequel les Hohenzolern vont pouvoir fonder la puissance de leur maison. Puis, le 18 juin 1675, Frédéric-Guillaume remporte à Fehrbellin une victoire éclatante sur les Suédois pourtant largement supérieurs en nombre et expérimentés. Pour l’armée prussienne, cette victoire est la démonstration de ses capacités. Il n’est pas exagéré d’y voir véritablement l’acte de naissance de l’armée prussienne. Celle-ci s’était en effet déjà illustrée par le passé mais aux côtés d’autres belligérants. A Fehrbellin, l’armée prussienne ne doit son succès qu’à elle seule. C’est une étape décisive qui annonce bien d’autres succès, notamment ceux de Frédéric lors de la guerre de Sept ans (1756-1763), et apporte la démonstration que la structure de développement voulue par la Prusse s’appuyant sur une armée forte et une administration efficace a permis de battre un adversaire considéré comme supérieur. Mais il est aussi un événement qui va beaucoup peser sur le développement futur de la Prusse et qui vient de France : c’est la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV qui contraint à l’exil bon nombre de Protestants. Grâce à une législation favorable, Frédéric-Guillaume va mettre en place les conditions nécessaires à l’accueil d’une forte colonie française durant ces années. Ce flux migratoire aura comme conséquence l’arrivée d’un savoir-faire dans de nombreux secteurs tels que la culture, la finance et l’administration où les Huguenots démontrent d’indéniables qualités et aussi dans le domaine culinaire dont la trace est attestée jusqu’à nos jours dans le vocabulaire berlinois notamment. Ce “siècle français” en Prusse comme l’on qualifié les Historiens ne prendra fin qu’avec Frédéric II. Enfin, le 18 janvier 1701 marque l’acte de naissance de la Prusse et


Histoire folle propagande, d’une filiation avec le grand Frédéric que JeanPaul Bled met brillamment en pièces tant la ligne qui va de la Prusse frédéricienne au IIIe Reich est une ligne brisée. Au fond, l’Histoire de la Prusse est bien singulière avec cette unité géographique qui n’avait rien de sûre entre une genèse lointaine sur les bords de la Vistule avec les chevaliers teutoniques du XIIIe siècle et ce Margraviat de Brandebourg que peu à peu les Hohenzollern ont affranchi des tutelles et puissances étrangères qu’elle soit polonaise, autri-

Finalement, le destin de la Prusse et de cette nouvelle Allemagne - pilier de l’Union Européenne et lien entre l’Est et l’Ouest du Continent - a été illustré magnifiquement lors du retour des cendres de Frédéric à Sans-Souci le 17 aout 1991 - jour du 205e anniversaire de la mort de Frédéric - grâce au chancelier Helmut Kohl et au chef de la maison des Hohenzolern le prince LouisFerdinand. Ce jour-là en effet, le Grand Frédéric était enfin inhumé là où il l’avait désiré - souhait que ses successeurs n’avaient pas respecté. Et il l’était dans cette Allemagne

Le royaume chienne ou suédoise pour récemment unifiée, à de Prusse fonder une entité qui, finaquelques kilomètres de en 1803. la Porte de Brandebourg, lement, sera à la base de l’Allemagne moderne alors symbole de la grandeur que d’autres Etats allemands, prussienne mais aussi de la séparacomme la Bavière, auraient pu y tion de l’Allemagne et de la coupure prétendre davantage. Une fois enco- de l’un de ses berceaux historiques re, une idée forte, s’appuyant sur un les plus éminents, Berlin, à l’issue outil efficace (à l’époque l’armée) de cette guerre associé à une administration com- froide qui venait pétente, opiniâtrement développée de finalement par quelques monarques d’enver- capituler face à la gure et favorisée par quelques marche des bonnes fortunes adressées par le peuples du XXe destin ont permis à la Prusse de siècle finissant s’étaient développer une destinée particuliè- qui re qui, d’une certaine manière, réapproprié leur continue encore aujourd’hui à tra- histoire autant Dominique Ortiz que leur destin. vers l’Allemagne unifiée.

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dominique.ortiz@bpc-bank.com

de son développement. En effet, à cette date, le prince électeur de Brandebourg, Frédéric III, ceint la couronne royale de Prusse à Königsberg. Il devient Roi en Prusse - se substituant au margrave de Brandebourg - avant que le Grand Frédéric, grâce à son habileté et ses succès à la guerre, ne parachève son œuvre en prenant en 1772 le titre de Roi de Prusse. Comme le montre Jean-Paul Bled, Frédéric II sera le grand Roi de Prusse par excellence. Héritant de son père Frédéric-Guillaume 1er “le Roi-Soldat” un Etat doté d’une administration efficace et d’une armée puissante, il restera comme celui qui a fait fructifier au-delà de toute attente les intérêts de la maison Hohenzolern et favorisé le développement de ses Etats. Roi philosophe autant que grand capitaine il laisse l’image d’un grand roi dont la demeure de Sans-Souci à Potsdam dans les environs de Berlin définit le caractère et les inclinations. Résidence d’été préférée du monarque, dotée d’une bibliothèque remarquable, il sera le premier serviteur de l’Etat autant qu’un esthète de l’existence en conviant à sa table des hommes de la qualité de Voltaire et de Maupertuis tout en s’inquiétant de la situation de ses sujets. Cette image, ses successeurs s’en inspireront avec des fortunes diverses. Bismarck en fera un élément essentiel de sa politique afin de réaliser cette Allemagne pour le compte des Hohenzolern au détriment des Habsbourg autrichiens écartés définitivement à Sadowa et sur les décombres du Second Empire battu à Sedan. Les Nazis se réclameront, quant à eux, dans leur


Gastronomie

La cuisine du

gibier à poil d’Europe UN LIVRE DE CUISINE PAS COMME LES AUTRES,… DU JAMAIS VU !

on contenu, sa structure va en étonner plus d’un. Les gastronomes, les cuisinières et cuisiniers, qu’ils soient professionnels ou amateurs, vont y trouver des recettes inédites, tellement claires et bien écrites dans un langage culinaire et cynégétique précis, qu’une ménagère n’aura pas de difficultés pour les réaliser, en compulsant à la fin de l’ouvrage un lexique qui l’aidera à comprendre les termes vrais utilisés. Ce livre sera aussi très apprécié par les amoureux de la nature que sont les chasseurs, les randonneurs, qui

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aiment marcher, découvrir, observer, comprendre la nature, et vont y reconnaître l’animal qu’ils ont croisé au détour d’un sentier, personne ne peut rester insensible à un tel ouvrage. Son auteur est un cuisinier, pour qui son métier est une passion, et dont la chasse est le hobby, c’est Benoît Violier. Il n’est pas devenu cuisinier par hasard, ce sont sa grand-maman et sa maman, “Cordons bleus” comme on en trouve dans les vraies familles françaises, qui l’on initié très jeune à la cuisine. Il est né dans une famille paysanne, à Montils, charmant villa-

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ge de quelques centaines d’habitants, partagé entre la culture et la vigne en Petite Champagne. Vous allez beaucoup mieux situer cette bourgade, si je vous dis qu’elle étale ses vignes et ses champs en Charente Maritime, à quelques kilomètres de Cognac. Benoît Violier, dont la qualité principale est le respect de la perfection, et ce dans tous les domaines, mérite que l’on fasse sa connaissance. Auteur d’un tel ouvrage, vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’il est, aujourd’hui, chef de cuisine, mais, vous serez peut être étonné qu’il le soit dans un des plus grands restaurants du monde, le Restaurant Philippe ROCHAT à Crissier. J’oserai même dire qu’il est le Chef le plus grand du monde, et je ne prends pas beaucoup de risque en écrivant cela, puisque Henri Millau, créateur du guide GaultMillau, n’a pas hésité à le qualifier de “meilleur restaurant du monde” dans le guide GaultMillau 2000. Jean-Claude Ribaud, critique gastronomique du Monde, l’a consacré meilleur table de la planète. Le Point, sous la plume de son chroniqueur chevronné Gilles Pudlowski, l’a nommé meilleur restaurant d’Europe… Le Restaurant Philippe ROCHAT, connu aussi sous le nom de Restaurant de l’Hôtel de Ville attire les plus grands gastronomes du monde à Crissier, dans les hauts de Lausanne. Ce n’est pas un restaurant comme les autres, c’est une institution. Fredy Girardet l’a élevé au firmament de la Gastronomie en obtenant trois étoiles au Guide Michelin, et Philippe Rochat, son chef d’alors, le seul à pouvoir poursuivre l’œuvre de Fredy, en a fait un établissement irréprochable, reconnu par les


guides de la terre entière, sa notoriété n’a pas de frontières. Son Chef, Benoît Violier, cuisinier hors pair, Meilleur Ouvrier de France en 2000, Compagnon du Tour de France des Devoirs Unis, deux qualificatifs suffisants pour démontrer sa classe, en est le maître des fourneaux depuis dix ans. Professionnel hyper exigeant, mais aussi et surtout, hyper doué, il manie la Haute Cuisine comme un virtuose, avec une précision d’horloger, et domine l’art de la gastronomie avec aisance. Avant de se lancer dans la création d’un ixième livre de cuisine, il a d’abord réfléchi à ce qui pouvait manquer aux lecteurs malgré le grand nombre d’ouvrages existants.

dante ses sentiments autant de la cuisine que de la chasse. Je ne voudrais pas vous en dire trop pour ne pas gâcher l’effet de surprise, quand vous découvrirez ce livre, qu’il faudrait plutôt appeler “l’art de la chasse à travers la Haute Cuisine”. C’est un véritable document de 380 pages, il a réduit son sujet au gibier à poil d’Europe, pour être certain de pouvoir le traiter avec la précision et la rigueur qui lui sont coutumières. Le livre contient quelque deux cents recettes, et avec chaque recette, le lecteur sera renseigné non seulement sur le morceau, la façon de l’apprêter, de le cuire, de l’accompagner, mais aussi sur l’animal, ses

Présidents de société, les guides de chasse, ou encore les conducteurs de chien. Ce livre recèle des trucs, des astuces, des tours de main souvent oubliés, vous allez retrouver des légumes vieux comme le monde, mais inconnus de nos étalages modernes. Il nous suffit de se rappeler que nos ancêtres vivaient dans la nature, de la nature, que la chasse était, à l’époque, la principale occupation, une occupation vitale pour se nourrir, pour comprendre que c’est un véritable hommage à la nature, que Benoît Violier nous présente au travers de son métier. L’être humain a oublié tout ce que la nature met à sa disposition ; s’il s’en

Il a choisi de construire un livre de recettes comme jamais la cuisine n’aura été expliquée. Il a voulu traiter son sujet par thème, dans les moindres détails, pour ne pas se disperser, pour le rendre encore plus intéressant. Et malgré le travail colossal que cela représente, il espère sortir un livre tous les deux ans, et que celuici soit le début d’une collection merveilleuse. Pour son premier ouvrage, il a choisi comme thème la Chasse, mais il l’a décrite de telle façon que le lecteur est envoûté, et partage avec une intensité débor-

habitudes, sa nourriture, la façon de le chasser. Au fil de la lecture, vous pourrez découvrir des hommages à des artisans dont les métiers méconnus sont en étroite collaboration avec la chasse, tels l’armurier, le taxidermiste, le peintre animalier, le coutelier, le sculpteur, ou le graveur… Notre auteur montre aussi le grand respect qu’il a envers ceux qui œuvrent pour que la chasse reste un sport pratiqué par des adeptes d’une chasse sélective, tenant compte de l’évolution des populations de gibier, que sont les

souvenait, il n’aurait besoin ni de se mobiliser, ni de se forcer pour la respecter. Ce livre a été préfacé par messieurs Olivier Dassault et Philippe Rochat. Imprimé par les Editions du Gerfaut Vous pouvez le trouver en librairie et naturellement au Restaurant Philippe Rochat où son auteur se fera un Jean-Jacques plaisir de vous le dédiPoutrieux cacer.

FRANCEMAGAZINE N°22 93 AUTOMNE 2008

jjpoutrieux@bluewin.ch

Gastronomie


Bridge Les enchères - Entre le naturel et le conventionnel…

« Cher partenaire - Jouez-vous le 2 SA fitté ? » our cette édition, nous nous proposons de reparler enchères … Si nous traitions d’habitude de conventions simples et utiles mais peu usitées, cette fois, nous nous proposons de revenir sur l’une d’elles qui curieusement semble peu faire débat tant la majorité des clubs et joueurs français semblent l’avoir adoptée… Convention classée auparavant dans la rubrique des «compléYorick Cazal ments pour la compétition », le 2SA fitté fait son entrée dans le S.E.F. (Standard des Enchères Français) en juin 2006 – un produit frais en quelque sorte ! Philippe Cronier, champion et responsable de l’enseignement et de l’unité de recherche de l’université du bridge nous rappelle la définition très simple sur laquelle s’est arrêtée la Commission Nationale Pédagogique (qui décide du contenu du S.E.F.): «on utilise l’enchère de 2 SA chaque fois qu’on a de quoi faire une manche dans la majeur d’ouverture du partenaire, avec exactement trois atouts. » On a le droit de posséder quatre cartes (peut-être même cinq) dans l’autre majeur. Si vous êtes comme moi (un joueur occasionnel et un élève dilettante) : avec les 3 atouts exactement, vous avez surtout retenu 11-12 points HLD et un jeu régulier ou semi-régulier - je vous laisse choisir… Le côté tout à fait naturel du développement de l’ouvreur est vraiment appréciable, il se présente comme suit :

cazal@goodvalues.ch

P

Exemple : Sud ´DV983 § AD u R V 10 ® DV9

Sud 1´ 3 SA

Nord 2 SA Fin

c). annonce une nouvelle couleur au palier de 3 pour montrer un bicolore avec des ambitions de chelem. Exemple : Sud Sud Nord ´2 1§ 2 SA § ARV64 3u enchère pour u ADV2 possible ® A95 découv. chelem à K d). utilise le splinter au palier de 4 pour indiquer le singleton dans la couleur choisie. Exemple : Sud Sud Nord ´ A R 10 8 6 5 1 ´ 2 SA § RD9 4u enchère pour pouru 4 suivre la recherche… ´AV4 du chelem. Bien que cette convention ait été adoptée par une grande majorité des joueurs, les inférences qui lui correspondent ne sont pas forcément toutes dominées… Sans caractère exhaustif : Inférences du 2 SA fitté

Développements de l’ouvreur sur le 2 SA fitté Après 1 § / ´

2 SA l’ouvreur

a). revient au palier de 3 dans sa couleur d’ouverture sans espoir de manche ou conclut au palier de 4 si sa main le permet. Exemple : Sud ´ 10 8 § RD974 u AV63 ® R5 Sud ´R9632 § AD4 u R95 ® V2

Sud 1§ 4§

Nord 2 SA Fin

Sud Nord 1´ 2 SA 3´ Fin (Sur une propos. de manche à 3 P – on aurait passé.)

b). annonce 3 SA avec une main régulière d’au moins 15/16 points, ce qui constitue une proposition de jouer ce contrat souvent plus sûr qu’un fit 5-3 avec des jeux réguliers.

1.-Après 1 § / ´ de l’ouvreur, le répondant qui souhaite faire l’enchère naturelle de 2 SA doit commencer par un changement de couleur et annoncer 2 SA au tour suivant. Exemple : Sud Sud Nord ´ 10 8 1´ § RD97 2® 2´ u D 10 6 2 SA ® RV93 2.-Les soutiens différés de la majeur d’ouverture au palier de 3 deviennent forcing, y compris si l’ouvreur répète sa couleur – C’est une proposition d’exploration de chelem… Exemple : Sud Sud Nord ´A98 1´ § A83 2® 2 ´ u R8 3´ ® RD954 Alors qu’auparavant, le soutien différé au palier de 3 était non forcing - c’est la conséquence essentielle de l’utilisation ou non du 2 SA fitté.

FRANCEMAGAZINE N°22 94 AUTOMNE 2008


Bridge Exemple : Sud Sud Nord ´AV2 1´ § 64 2u 2´ u R D 10 6 2 3 ´ ® 642 On voit dans cet exemple, qu’avec l’utilisation du 2 SA fitté, on va plus vite à la manche éventuelle et on donne moins de renseignements à l’adversaire mais on perd la description des Carreaux pour trouver un possible beau double fit… 3.-Après un changement de couleur 2 sur 1, le retour au palier de 2 dans la majeur d’ouverture indique désormais un honneur second et pas trois cartes. 4.-L’exception au caractère forcing du soutien différé de la majeur d’ouverture au palier de 3 est donnée par la séquence suivante 1 § - 1 ´ -2 § -3 - la recherche du fit 4-4 ou 5-4 à Pique impose que l’on continue de répondre 1 ´ avec un fit de 3 cartes à Cœur et une main de 10/11 points H Exemple : Sud Sud Nord ´ A V 10 4 2 1§ § R 10 3 1´ 2§ u D V 10 3§ ® 64 5.-Le soutien direct au palier de 3 rend obligatoire la présence de 4 atouts. Conclusion : L’adoption du 2SA fitté par une majorité de joueurs révèle sans aucun doute son côté pratique et efficace (à condition de ne pas oublier le caractère devenu forcing du soutien indirect au palier de 3…). Dans la Problème

Donne : De l’art de faire les choses dans l’ordre…

mesure où la recherche du fit reste un des éléments majeurs du développement des enchères, le développement d’un outil qui permettait, sans effort de mémoire, de le révéler sans ambiguïté et de manière accélérée se devait de rencontrer un franc succès. Le caractère naturel de la suite de la séquence pour l’ouvreur, ne peut que renforcer l’attrait de cette convention. Toutefois, le prix à payer sera – en perdant le 2 SA naturelle – de s’obliger à des circonvolutions pour déclarer 3 SA, ou tout simplement de rater quelques belles manches pour n’avoir pu révéler la concordance des mains… notamment lors de l’existence de doubles fits restés sous silence. C’est pourquoi, pour certains, il y a débat – notre championne du monde Bénédicte Cronier (que l’on félicite au passage, ainsi que ses partenaires, pour avoir remporté cet été les championnats d’Europe à Pau) est de ceuxlà : « adaptée au tournoi par quatre parce que favorable à la découverte de chelems, cette convention n’est pas optimale en tournoi par paires où la découverte de (la bonne) manche est beaucoup plus importante et, son utilisation par des non-champions risque d’être moins efficace que sa concurrente naturelle ». Finalement, ces mêmes champions qui ont (ou pour qui on a…) développé le système, l’utilisent désormais pour signifier la présence de 4 atouts/ 13H min. avec un espoir de chelem ! L’avenir dira si « la troupe suivra »… ou si le 2 SA fitté, dans sa définition actuelle, se sera confortablement installé, et pour longtemps, dans le Standard Français. Bibliographie : « Le petit Partenaire » de Philippe Cronier chez Pole – un mémento complet du système français aussi agréable à lire qu’indispensable !…

Pour ce qui est du début des enchères, il n’y a rien de particulier. L’enchère de 5 ´ est un effort de chelem sans contrôle à Cœur et à Trèfle – donc avec de beaux atouts. Sud qui est maximum ne peut que conclure dans la joie. L’entame : V de§ , 3 de Nord et Est fournit le 5.

Solution de la donne

Nord Est 2u 5´

-

Sud 1´ 3´ 6´

Ouest Fin

Il s’agit d’éliminer le Cœur perdant en le défaussant soit sur un Trèfle soit sur un Carreau gagnant. Pour cela, il faut qu’une des 2 impasses au Roi réussisse : 75 % de chance pour autant que l’on joue dans le bon ordre – « on doit toujours commencer par l’impasse indirecte lorsque l’on a le choix contre l’impasse directe ». Dit autrement : toujours jouer en premier la couleur dans laquelle on doit donner une levée. Trèfle vers la Dame… raté ! La suite permet toujours l’impasse au roi de Carreau… réussie ! Défausse du 2 de Cœur sur l’As de Carreau – la messe est dite.

Les enchères sont :

FRANCEMAGAZINE N°22 95 AUTOMNE 2008


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