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DORIANGRAY M A G A Z I N E

N#1 LE CŒUR


Coeur ; nm Du latin cor, cordis. centre, intérieur, point. Organe musculaire creux, situé dans la poitrine, qui permet la circulation sanguine. Partie au centre de quelque chose. Le siège des émotions, des sentiments.


EDITO BOUM Au deuxième jour, le sang s’engouffre dans les artères du petit prince. Le coeur, c’est le point de départ, culminant. C’est le centre, le secret mielleux qui coule dans la gorge. Plus fort, Dorian Gray entame maintenant un autre chapitre de sa formation ; au rythme de ses pulsations, il puise dans cette force vitale l’énergie de poursuivre son modelage. DORIAN T’AIME. BOUM


SOMMAIRE Rouge FORMA Edito de Jehanne Moll Invisibility Cloak Californian Dream Queen of Hearts MUSICA The Pickpockets Tame Impala Nouveautés Les chemins musicaux de la rédemption Rock’n’Love PHILOSOPHIA Schopenhauer EVENTUM Le 14 Février A ne pas manquer

La cité des Anges


Je vous quitte mon amour. Seulement pour la journée, et la nuit. Sur le pas de la porte je vous passe la main dans les cheveux pour voir votre visage entier tout illuminé. Quelques heures auparavant c’était dans le noir que j’avais empoigné votre cuir lorsque vous étiez descendue à hauteur des hanches. Le jour et la nuit. Intensément liés par leur paradoxe et leur contextes pas si différents. Sans vous je ne ferais que me lever, survivre et aller me coucher. Je prends 48h pour apprécier, le jour et la nuit…encore ; la vie. Bonjour Dorian.

Légèrement. Il suspend et fait douter. Après avoir éprouvé et presque amené le désir jusqu’à mes lèvres voilà que Rouge m’impose une retenue. Tout est là. Rouge. La couleur de la vie. Aujourd’hui la palabre, c’est chez Virginie Saint-Jeannet.

Né en 1969. La génération inspirée, le nouveau souffle, la nouvelle vague. Ce sont, ceux que l’on ne voit pas aujourd’hui quand on a 20 ans. Pourtant si l’on veut toucher à cet âge qui nous donne le droit d’aller partout, il faut connaître l’authenticité. Qui étaient-ils ? Cons d’adolescents. Je marche. Mes habits puent le parfum Provocateurs, mangeurs de joints. des gens que je fréquente. Mon odorat très sensible, je ne supportais qu’une Graphiste, styliste, diplômée des Beaux odeur qui n’existe plus. Par ci par là, Arts, rêveuse, flâneuse, heureuse dans bohémien de la volonté de survivre son canapé et son décor des 60’s de j’aime entendre et parfois écouter l’ex- Palm Springs, Californie, sur un fond périence de chacun. J’ai rendez vous. de Gainsbourg puis Paris Texas de ROUGE. Dites-le. Un ‘R’ qui me gratte la sa platine vinyle, la Belle me raconte. gorge, délivrance. Désir ? Peut être. ‘OU’ qui met la bouche en cœur. Lorsque je Qui es-tu ? prononce le mot lentement, mes lèvres « Je suis fille de militaire. Ma mère viennent caresser les dents et me font re- et mon père se sont engagés à l’armonter l’échine comme si, en plus, j’avais mée à l’âge de 16 ans. Je n’ai pas vraienvie de sentir une odeur ; l’odeur d’un dé- ment compris. Je crois en mes pasir parfait : Fait pour Moi. Le GE fait siffler. rents comme deux âmes d’artistes.


Ma mère dessinait dans la ferme de ses parents, endroit paisible dans le Gers. Et mon père sculpte parfois dans son jardin. J’ai un frère musicien. Son groupe, Improvisators Dub. C’est un Rasta Man qui cultive la terre. Le Vrai Bohème. Nous on est les Bobos, mais lui c’est le vrai Bohème ! (Rire d’autodérision) » Puis le thé se refroidi, car pendant ce temps je préfére boire ses paroles. Deux gorgés tièdes et je lui demande encore d’où elle vient, qu’elle adolescente était-elle. Elle sourit, contente de se rappeler, de baigner dans cette époque révolue qui maintenant se reflète sur ses enfants. « J’étais ado au début des années 80, New Wave quoi. J’ai eu mon coté Hippie, je te parle de ça, entre 10 et 15 ans. J’ai eu ce début Peace and Love, puis ensuite No Future en passant par la phase dark, un peu punkette. Je pense que c’est parce que mon père était sévère. Pas tant son côté militaire, mais sa vraie personne. J’étais la seule fille ! Tu te rends compte le fossé qui est apparu entre notre générations et celle de nos parents en 1980 ?! Ce clash ! La musique, c’était très accessible, toute cette influence culturelle qui vient surtout d’Angleterre. Je bois très tôt, je fume très tôt, je baise très tôt (Rire et reprise de souffle venu directement de la période comme si Waouh ! Voilà quoi, la vie !). A 15 ans j’étais avec des mecs de 25 ans. J’écoute Let Zep, Bowie, les Velvets. Je découvre.»

Elle se lève pour changer le vinyle de face. Moi qui ne peux m’empêcher de la regarder. Grande Femme aux cheveux noirs bouclés. Habillée d’une teinte, épicée par des touches de couleurs, pas n’importe laquelle. Elle est très Américaine. Le tac tac, Bang Bang ! Puis elle a comme un accent en bouche dont elle ne veut pas discourir. C’est peut être sa façon particulière de parler qui la rend encore plus désirable que la simple envie d’avoir une aventure avec elle. Mais elle est aussi très française. Modeste bourgeoisie. Bohème, plaisir et satisfaction de ses propres convictions. Lady Saint Jeannet n’a plus Quinze ans. Elle me raconte ses 20 ans. « A 20 ans quand je sors des Beaux arts je sens que je ne suis pas prête à explorer ou à m’arrêter sur quelconque forme d’art. C’est difficile à cet âge là de savoir qui l’on est. Donc mis à part les beuveries et les grosses fumettes pour me sentir vivante, je n’étais pas très à l’aise. C’est à ce moment que je rencontre mon mari. En 1991 nous partons au Etats-Unis en amoureux. On the Road, je me trouve des petits boulots, lui aussi. C’est vraiment la liberté. On avait un petit van. Aucune contrainte ! Pendant deux mois. De l’est à L’Ouest nous avons fini notre trip en atterrissant à Venice Beach dans une auberge de jeunesse, plus une thunes, pas de boulot. Ça faisait deux mois que nous étions ensemble. Je n’aime pas Los Angeles. Je me sens mal dans cette ville, je n’ai pas les moyens, je ne suis plus libre ».


A ce moment là des frissons m’envahissent. Moi Même âge. 20 ans et mes mauvais souvenirs. « Nous avons donc décidé de rentrer. Une fois en France je n’ai plus peur de rien. Tout est possible. » Puis j’ai envie de fumer une gainz. On ne fume pas dans le salon de Virginie. C’est plus agréable d’aller sur le balcon et la vue des toits des Chartrons avec les Bad cats. Les chats des toitures, les brigands, les truants. J’aperçois Patti, le chat de l’appartement. Il vient de Los Angeles. Ils l’ont trouvé dans la rue. Mais bien plus tard. Virginie est rentrée en France. D’abord à Lille pour une formation au Textile, boulot vagabond qui l’amène à Montpellier pour connaître cette Bipolarité. Deux états d’esprit représentatifs d’une femme entière. Ce qu’elle découvre c’est l’ordinateur comme son outil et la liberté du Graphiste. Un début dans le dessin d’ameublement puis se retrouve très vite dans la mode. A 25 ans styliste pour des grandes marques et la grande distribution, il lui manque quelque chose. Lady V chatouille la direction artistique, book les castings, déniche les jolis minois, imagine, invente. Retournée à Toulouse la belle a deux enfants de quatorze mois d’écart. Le dur labeur, le réveil, le rituel matinal, enclencher les écoutilles, éveiller les sens, étirer les muscles. Et puis ce matin où l’on se dit que les choses se répètent. Ce qui nous prend entre les épaules quand on ne tient pas en place et que l’on veut vivre de projets en projets, d’une vie à l’autre.

Virginie voit les docteurs des pensées fugueuses pendant deux ans. Envie d’en finir avec la vie. Ce Coté Dark. Elle a son premier enfant derrière elle, au volant de sa voiture, son pied lourd sur la pédale entrain de se demander si elle doit continuer d’accélérer pour embrasser le mur. Peut être que c’est le malaise de ses 19/20 ans. Les beaux arts. « En fin de compte aujourd’hui les enfants c’est l’amour qui est là pour toujours. L’amour inconditionnel. Là, pour la vie. Encré. » Je me souviens d’une soirée After show quand j’avais travaillé sur une exposition avec Virginie dans le cœur Bordelais. Il était Deux heures et demi dans l’endroit pédant des bien peignés. Ce verre, puis celui du copain. Elle me raconte. « J’ai deux flingues là, tatoués sur les hanches » Elle me les montre et je lui demande où s’arrête le canon. Se mordant les lèvres rouges, la dame me regarde et me le dit. Avec délicatesse, éclat de rire, elle me parle de Los Angeles. Aujourd’hui c’est dans l’après midi que j’écoute. « Avec mon boulot je pars deux ou trois fois dans l’année à Los Angeles, nous étions sur un gros contrat depuis des mois avec… mon partenaire. Une fois au Etats-Unis nous apprenons la bonne nouvelle. Marché conclu. Alors que j’avais refusé cette ville à 20 ans je la saisis complètement. Nous rentrions dans les bons endroits. Accédions aux vrais concerts de Rock désinhibés, nous snifions la bonne poudre, l’alcool glissait dans nos gorges amoureuses, LUI me faisait vibrer.


Folie, idylle, c’était mon partenaire et nous avons eu une aventure. Pour marquer le coup, nous sommes aller au Tinta Rebelde, un tatoueur mexicain très Latino qui a des tattoo shops au Mexique et un sur Hollywood Boulevard. Des Mecs poilus, virils vêtus de cuir, tatoués sur tout le corps. A cette époque j’étais une vraie Diva. J’étais mince ! Sur cette table au milieu du salon, avec tous ces mecs autour de moi ! Je n’avais qu’un string… Au début j’hésitais. Deux alouettes sur les épaules ? Mon tatoueur m’a dit que Non ! Toi c’est des « pistoleros » qu’il te faut, sur les hanches. C’était comme aller au bout d’un choix, vivre sa vie à 100%. Je pense qu’à cette époque je m’affirme comme je suis vraiment. Ca m’a beaucoup marquée. Cette idylle s’est transformée en une relation de cinq ans. Et quand le temps fait son travail, la passion s’épuise, il prenait beaucoup de drogue. Moi ce qui me fait vibrer, c’est rencontrer un homme - des fois c’est arrivé avec des femmes - mais là je parle de l’Homme. Désir, vivre une histoire, quelque fois c’est dangereux, tu te perds aussi. Surtout tu te sens vivant. C’est comme une ‘drug addiction’. Je ne pense pas que je changerai un jour. Beaucoup d’hommes m’ont inspirée. Le partage, être complètement en phase. Ce qui est génial avec l’expérience, c’est que quand ça s’arrête, tu te sens déchirée, tu penses que tu ne t’en remettras plus. Et bien ce n’est pas vrai. Tu vis.

Nous partons, je travaille dans une entreprise de design de mode. Nous avons commencé à 8, la marque a fini à 120 employés. J’avais un vrai travail, une réelle envie, un vrai investissement.» La Californie c’est quoi ? Du tac au tac et le regard fixé dans le vide comme si j’avais baissé l’écran blanc et turned on le petit bouton du film de sa vie « C’est la sérénité. Une ville accessible. Aucun jour ne se ressemble. Je suis tout le temps surprise par les gens, les bâtiments colorés, la nature. Le monde est désinhibé. Los Angeles donne beaucoup d’énergie, et prend énormément d’énergie. Là bas, je suis toujours dans une idée de création. Les soirées underground, et tout ce dont je t’ai parlé quand je l’ai vraiment découvert pour la deuxième fois. Les Etats-Unis, c’est un concentré d’amour, de travail et d’argent. Nous avions comme une épée de Damoclès au dessus de nous. Le Visa de travail dure cinq ans. Il fallait prendre tout ce qu’il y avait à prendre. Nous avions une belle bande d’amis, chanteurs, grapheurs, stylistes, il y avait tout le temps quelqu’un à la maison. En Californie il fait beau ; et quand le soleil éclaire nos vies, il éclaire notre humeur, illumine nos cerveaux, sublime notre création. Tu vois bien, aujourd’hui il fait beau et regarde-nous.

Le temps passe, Los Angeles te bouffe. Tu perds le rythme, entre dans une En 2006 j’ai une offre pour partir m’ins- spirale. La drogue, l’alcool. Les tymtaller à Los Angeles comme styliste. Je pans qui font Boum boum, les cosuis avec mon mari et mes deux enfants. pains qui s’amusent encore sur les premières choses qui nous ont étonnées.


Je me fais arrêter en tenue de soirée complètement ivre dans ma Mustang Rouge. Les cowboys m’envoient en prison pour 48h. Ils me condamneront à 110h de Community Labor. Je me rappelle que je nettoyais les Parks , moi little lady au milieu des blacks et des mexicains qui me sifflaient et me regardaient sans cesse du coin de l’œil. J’ai aussi dû assister au cours des AA. ‘Hello my name is’ » (Un soupir et de l’air qu’elle aspire entre les dents serrées) Epoque révolue et Virginie de se conforter dans ce large canapé « Je crois que ça m’a calmé. Ça m’a réellement montré qu’il fallait que je rentre.

Après cette longue palabre, les cigarettes consumées, le thé absorbé, j’ai demandé à Virginie ce qu’elle aimait et ce qu’elle aimerait voir dans sa ville, Bordeaux. Selon elle, il manque l’endroit adorable, abordable, éclectique. Désinhibée, la French Touch au service du tempérament déluré, de la couleur et des jeans trousés. Les tatouages à tout âge, la musique Rock. De l’intérêt et des gens interconnectés. Du style pour une ville lookée. Virginie, styliste, directrice artistique en France et à Los Angeles. Artiste qui aime lier tous ses univers à travers sa couleur. Femme passionnée. Maman.

Je me demande. Dois-je repostuler dans une boîte ? Une couleur est très présente dans ma vie. Mes passions agitent mes sens, elles me réveillent, me font sentir chaque plume de mon oreiller le soir. Je découvre Tumblr. Le rouge qui bouge et te fait bouger. Il t’anime, t’excite et lie tous mes univers. Ce que j’aime, c’est cette connexion et les techniques qui permettent de nous lier entre nous sur les mêmes matières, la vraie musique. Se mettre d’accord sur un état d’esprit. J’exploite la vidéo. Je colle la pop culture sur des tableaux. J’invente des présentations. J’évoque, je montre, je peins parfois, j’exploite les images des artistes et celles que d’autres artistes ont exploitées. Une manière de se renvoyer la balle dans un cercle. Quand je suis rentrée à Bordeaux, je me suis rendue compte que ça a été difficile de se recréer un réseau. On ne fait plus son réseau de la même façon à 40 ans. Aujourd’hui je suis connectée, interconnectée. »

J’ai terminé par lui demander de nous donner cinq titres de musique que vous pouvez enclencher après avoir lu l’article; turn on le petit bouton du film de votre vie et des jours précédents votre mort. Demain matin vous serez toujours en train de peser le pour et le contre pour savoir ce qu’il vous reste à faire. Ou plus tard vous ferez le choix d’entreprendre vos rêves abandonnés. Vous vous aimez et vous savez que vous pouvez tout de même être infidèle à vous-même pour satisfaire votre amour propre. N’oubliez pas que toutes ces folies, ces conneries, sous l’horloge qui, dès que l’on entend le tic tac, rend le temps qui passe désagréable ; ces folies ! sont les choses que l’on ne regrette jamais - Oscar Wilde. David Prat Photographie : MODALIZA www.modaliza.fr rougevie.tumblr.com


David Bowie Rock’n’roll Suicide

Serge Gainsbourg Overseas Telegram

Marvin Gaye Let’s Get it on

New Order Temptation

The Rolling Stones Wild Horses


FORMA


Photographe: Jehanne Moll ( http://jehannemoll.com ) Mannequins: Lotte et Malissia @ Flag Models Agency Make up artist: Vanessa Reginster Styliste: Adrien Gras


Lotte porte: Pull en coton tissĂŠ KRJST Bracelet Olivia Hainaut Malissia porte: Robe Masscob disponible chez Polopolo atelier, Bruxelles Veste Melvin Chaussures Repetto et headband disponibles chez Kelly, Bruxelles


Lotte porte: Pantalon à découpes en cuir et daim, collection APOSTASY de LOUISE LECONTE Pull Nathan Veste fourrée 29th October Chaussures ZIZI de Repetto disponibles chez Kelly, Bruxelles Bracelet Olivia Hainaut Malissia porte: Short en cuir POE disponible chez Polopolo atelier, Bruxelles Top Ishman Sac en cuir Nathalie Verlinden Chaussures vintage disponibles chez Bernard Gavilan, Bruxelles


Lotte porte: Pantalon Tommy Hilfiger Top imprimĂŠ soie KRJST Soutien-gorge Princesse tam.tam Malissia porte: Lingerie La Perla Pendue: Robe Nathan


Plaid en mohair Once Upon a Time de Hinterveld Lotte porte: Short en laine tricotée, collection APOSTASY de LOUISE LECONTE Pull American Vintage Mis-bas en laine tricotée, collection APOSTASY de LOUISE LECONTE Malissia porte: Pull américan vintage Culotte Valentine Knickers de Mademoiselle Jean Soutien-gorge La Perla


Lotte porte: Legging en soie Christian Wijnants Chemise B TEAM par Bensimon Gilet Rue Blanche Chaussures ZIZI de Repetto disponibles chez Kelly, Bruxelles Malissia porte: Jupe longue en organza, collection APOSTASY de LOUISE LECONTE Top B TEAM par Bensimon Gilet BOSS Orange


Lotte porte: Jupe BOSS Orange Pull Filipa K Chaussures BeOriginal Headband disponible chez Kelly, Bruxelles Malissia porte: Legging imprimĂŠ coton KRJST Gilet Nathan Chaussures Mellow Yellow


Lotte porte: Gilet en cuir moulé et organza, collection APOSTASY de LOUISE LECONTE Body La Fille d’O Collier en cristal de roche Olivia Hainaut Malissia porte: Chemise B TEAM par Bensimon Veste Bellerose Headband disponible chez Kelly, Bruxelles


Invisibility Cloak Chris Duce

Model: Rebecca Thomas

(Los Angeles)

Sometimes you just want to disappear, like when Harry Potter wears his cloak or when Bilbo wears his ring. The above photos claim to be examples of an actual invisibility cloak that will soon be sold to the military. Service men and women will be able to hide out, unnoticed by enemy forces while they do surveillance and plan an attack. One day, this same material might be in our hands. Until then, we will have to make do with creating the same effect in photos and video with green screen and editing software. This editorial has been shot in the desert where our model were exposed to the elements; armed with only her wits, her looks and her invisibility cloak. Her environment becomes her clothing.


Invisibility Cloak Stylist's own


Bikini Top- Vintage Black Tights- American Apparel Blue Thong- Model’s Own


Beastie Boys Jacket- Model’s Own Nylon Tricot Two-Tone SwimsuitAmerican Apparel


Parangay Jersey- Vintage Black Tights- American Apparel


Bikini top- Model’s own Shiny black tights- American Apparel


Nylon Tricot Two-Tone SwimsuitAmerican Apparel


Sheer Black Shirtdress- Topshop Shiny black tights- American Apparel Bikini top- Vintage


Accordion Pleat Trapeze Dress- American Apparel Wedges- Steve Madden


CALIF O RN I A N DREAM Pour ce numéro, Valérie J.Bower a réalisé un édito. Le voici, directement en provenance de Los Angeles.

Photography & styling: Valerie J. Bower Model: Levi Lingle


Itinéraire d’un jeune gars prometteur Simon Porte Jacquemus Prenez un gars d’une bonne vingtaine d’années, plutôt dans l’air du temps , un garçon dit moderne , qui décide d’un coup de tête d’arrêter son école de stylisme (après un mois) pour se lancer dans la dure loi du précieux marché de la mode. Rajoutez y une pointe de raffiné , de simplicité et d’esthétique vous obtiendrez Jacquemus . Un nom qui sonne comme un appel à la fascination. Pourtant, Simon Porte Jacquemus c’est un gars qui aime la matière plus que le détail. Il la choisit avec finesse, la modèle avec respect, sans jamais l’écarter de son toucher initial.C’est un mec de goût, qui sait parler aux femmes et qui aime la femme . Un mec que tout le monde rêve d’avoir dans son tiroir. Les femmes c’est sa marque de fabrique , son objet de recherche. S’inspirant de sa mère avant tout , elle est sa muse, son garde-fou.Une mère aux vêtements amples et agréables, aux coupes droites sans chichis, belle à la féminité presque divine . Loin de la fougue parisienne, c’est un homme du Sud né au Salon-de Provence, qui prend pour modèle les décors habituels de son côté natal dans la mise en scène de ses collections .

Sa première collection «L’hiver froid» est un véritable tremplin pour sa jeune carrière. Avec sa célèbre muse (blogueuse à l’air à peine croyable de Charlotte Gainsbourg ), il donne un véritable coup de jeune à la sphère de la mode : des tenues légères, de la transparence , des couleurs souvent unies et du short, du très short à faire pâlir les plus conservateurs . Sa force c’est son coup le ciseaux ; un coup qui retentit fort lors de la sortie de sa deuxième collection «Les filles en blanc» où Simon crée une signature , celle reconnue un an plus tard dans la haute sphère des jeunes créateurs en vogue.

Cette reconnaissance, il la savoure lors de la Fashion Week Parisienne du mois de septembre 2012 à la galerie Nikki Diana Marquardt où les critiques fusent et sont unanimes : après une glorification du Vanity Fair et un discours élogieux du Figaro, Jacquemus devient un nom à suivre . C’est un vrai coup de coeur, son histoire transmet et touche. Lors de ce défilé, Simon Porte Jacquemus présente une nouvelle collection , été 2013 , intitulée «Maison» qui reprend les canons esthétiques Chaque collection raconte une histoire, un voyage, un des années 60 par la mise en scène d’une femme de ressenti d’une matière souvent mise en lumière qu’il maison, au allure presque sévère et incommode. illustre avec soin par une panoplie de photos et de vi- Simon Porte Jacquemus est donc une recette légèredéos équivoques . Avoir l’art de la matière c’est bien ment pimentée qui n’a pas peur de vaguer entre époques , mais celle de la communication c’est encore mieux. et matières : une recette à déguster sans modération!

VANESSA COSTA


MUSICA


A Short Story by The Pickpockets

The pickpockets, le petit duo made in California composé de la voix angélique de Christi et le timbre chaux et rauque de Hunter, nous font l’honneur d’une participation.

Once upon a time…there was a boy. The boy was tired, and ached for a new world. He saw a girl. She had fire in her eyes and lightning on her tongue. She bit the sky and broke it into pieces to share with the boy. The boy was happy. He was alive. He saw that the girl was alive too. They were alive together. In the nighttime, the boy and girl would dance and sing and sweep up into a big glowing frenzy of a storm. The room around them would shake and whisper. Shake and whisper. And suddenly they would know, as they knew all along…that they were one and the same separate things behaving for each other.

They would cry. They would smile. They would Love. The boy would play his music and gently bend his ear to swallow up her song. And on and on it would go…
 Until his words meant nothing…
 Until her fearsome frenzy would pass…
 But then again… everything passes. Even the boy and girl. “That’s what they want you to believe…” She would say. The boy would smile his sad smile, and hug her till her tears stained his shirt. And then she would be still, there, in his arms…forever. They would both understand…they would each acknowledge. There was no forgetting, no wiping away, no wrenching of hearts between them. They were each other’s. In every way. And that…can never die. http://christigc.wix.com/lexiluproductions#!the-pickpockets


Si on devait penser à l’entrée dans la cour des grands du couple, on les imaginerait guitare à la main, se issant sensuellement sur les pavés d’Hollywood. Les pickpockets chantent l’amour, le grand amour qui dure toujours. Dorian les rencontre.

You guys are young, talented and beautiful. Depending on the song, you may sound What is your secret? Tell me a little about your- like brother and sister or soulmates, how selves, and about the band, how it started,..? would you describe your relationship? What keeps you linked to each other? We both grew up in professional theatre. Our backgrounds are in performance, showmanship, music, I don't think there's any way to describe what it is and technical theatre. We’ve always shared a natu- that links us to each other. It could be that we've just ral charisma and love of the theatrical and eccentric known each other so long that there's no way we could that we hope shows through in our music. We met let go now. Or maybe we've been together in every when I was thirteen, and she was just ten years old. I life we've lived and this one's no different. Either was playing «The Artful Dodger» in a production of way, whatever links us, feels magnetic for the both «Oliver», and she was one of Fagan’s kids. We knew of us. It's definitely an extremely open and accepting it even then, we were destined to be The Pickpockets. love that is too rare to walk away from. It's almost, or very well might be, an addiction to one another. Your songs are like vows of that special kind I think every one of our songs says something diffeof love meant to last longer that the lovers rent about us as individuals and us as a couple. If we themselves. What does «love» mean to you? sound like brother and sister, or soul-mates, lovers, enemies, or best friends, even total strangers, depenIt means that no matter where we are, what we’re ding on the song...it's just because we are all of those doing, who we’re with, if we’re together: we’re safe things depending on the moment. Each of our songs and at home. We always understand and accept each was written at a different, special time; in our music other; even if it takes a little time. I’m crazy, she’s we want you to be able to hear all the many dynapractical. She inspires me to be responsible; I ins- mics of our love, life together, and what life means to pire her to let go and learn to appreciate the wind. us. We believe music should go beyond the superWe know each other better than anyone could ever ficial and honestly offer an artist's perception of this know us. She is my burning fire that cleanses my ne- crazy thing we call "living"; and hopefully make you gativity, and I am her cool ocean that washes away dance while thinking on what's really important. her troubles and allows her to safely and comfortably float. We are each other’s balance...which is everything in life, and there is no life without love.


I know Christi works really hard to become a big star, is LA a place for passionate artists aspiring to something big? Tell me about your city. What are you up to these times? What LA is a place filled with mostly lost hopefuls, brea- is the next step on your way to success? king their backs for a 1 in 5 million shot raffle ticket. People come from all over the world to try and make We are currently about to record our first full album, it "Famous in Hollywood". There are many talented, hopefully to be released sometime late spring/ early passionate artists here in LA. But most will never be summer. We are VERY excited to finally get to try our handed that "Golden Ticket". It takes every ounce of hand in the studio, adding all the finishing touches to strength and determination you can muster to sim- the music we have been writing and working on over ply survive in this city from day to day; along with the past year. After that it's about fine tuning our live that, it takes every last drop of luck to become a star. show and jelling artistically with a full band rather than Buggi can tell you more about that, but I always say, just the two of us. It's going to be an all new adventure. " LA doesn't want us to live here, it's just not a user friendly city...". Buggi says, "Is there anywhere for To conclude, how do you picpassionate artists? I haven't found any, maybe I need ture yourself in 10 years? to come to Paris." If it was easy it wouldn't be art. I have always hated questions like this, and I don’t In Gangster Squad, Ruben Fleischer’s new mean to sound cliche or anything but we both just movie, John O’Mara concludes about want to be together and HAPPY, individually as well Los Angeles: «It’s not paradise. But it is as together!!! Whatever that means we are both willing the city of angels». Can you comment? to do the work that is required to make this happen. In ten years we hope to be starting a family of our own but Yes. It’s an illusion of Paradise, and it’s not the city of An- for now music is our baby, one we cannot live without. gels. Unless you’re talking about all the fallen «Angels» safely sleeping at Hollywood Forever Cemetery. You can catch a movie with them every weekend in the summer.


TAME IMPALA Tame Impala is back. C’est avec une impatience démesurée que j’appuie sur play pour découvrir le nouvel album des Australiens, orfèvres du rock psychédélique comme on n’en fait plus beaucoup. « Be Above It » démarre sur un gimmick envoutant qui transporte à des milliers de kilomètres. Les percussions entêtantes appuient une voix venue de l’au delà, un peu comme si John Lennon gémissait des mots d’outre tombe dans une ambiance Sgt Pepper’s. Un joyeux bordel qui plante le décor. On sait où l’on va et on fonce voir ce qui s’y passe. « Endors toi », paradoxalement, passe à la vitesse supérieure. Au fil des morceaux, on pénètre un peu plus dans la jungle Tame Impala, on s’y enfonce et l’on danse parmi les lianes et les papillons phosphorescents. L’idée de voyage se ressent fortement et pour cause : Kevin Parker a enregistré des parties de guitare et de chant un peu partout dans le monde, parfois même dans l’avion. J’ai pour ma part testé l’album dans un sleeping-train thaïlandais, entre Bangkok et la Côte d’Andaman, traversant les villages locaux et passant au milieu de forêts luxuriantes. L’effet fut saisissant.

Comme si le monde réel n’existait plus, chaque odeur, chaque morceau du décor prend tout son sens et se sublime au rythme d’une batterie saccadée, aux sons d’une danse sensuelle entre guitare et batterie et de voix angéliques gonflées à la reverb. L’expérience musicale de l’album est fascinante, la production soignée : on plonge dans une marmite d’effets en tous genres, de sonorités bizarres et épicées. Le groupe a volontairement tenté plus de choses sur cet opus tout en veillant à ne pas estomper le coté pop qui colore l’ensemble et le fait scintiller. Un choix judicieux, qui s’accompagne d’une envie de creuser, d’aller plus loin et d’explorer de bien étranges territoires. « Feels Like We Only Go Backwards » - paradis de synthétiseurs au refrain catchy, « Elephant » bluesy à souhait, sont des titres tubesques qui constituent les sommets du disque, mais n’hésitez pas pour autant à vous risquer dans les expériences pop plus progressives qui jalonnent le chemin menant jusqu’à « Sun’s Coming Up », ballade à savourer cigarette à la main, face à la mer, avant d’aller se coucher, quand d’autres se lèvent pour aller travailler.

Samuel J. Beillevert


Palma Violets Véritable sensation de l’année sans avoir sorti le moindre album, le quatuor anglais affole déjà Albion et la toute planète bleue avec ses deux titres balancés en avant première (Best of Friends et Step Up For The Cool Cats), hymnes garage psyché comme on n’en fait que de l’autre côté de la Manche. L’attente est grande pour ce skeud qui ne sortira que fin février. Get ready or get lost.

Tropical Horses Cette petite merveille est l’une des nouvelles perles hexagonales. Tout seul, le type prend les choses en main et nous transporte dans son univers : autre, transcendant, déroutant. A écouter sur une plage martienne déserte, cocktail en main, l’esprit vagabond.

FOALS Les fans et amateurs de Foals sont en alerte, affamés. L’attente se fait longue en ce qui concerne le successeur de Total Life Forever, le succès retentissant de 2010. Sur ce que l’on a pu lire très récemment, les anglais d’Oxford, princes de l’indie et du math-rock de la fin des années 2000 sont littéralement gonflés à bloc à l’aube de la sortie de leur nouveau bébé -Holy Fire- et d’une tournée de plus de cent dates. Apparemment en pleine confiance, sûrs d’eux, comblés et surtout désireux de ne pas tourner en rond, les Foals parlent de ce disque comme d’une nouvelle direction sans perdre leur marque de fabrique. Avec liberté et honnêteté comme maîtres mots, pas étonnant que les british aient qualifié David Guetta « (d’) abomination » et projeté de donner des cours aux artistes en devenir. Un vent de fraicheur qui, on l’espère se fera sentir dans ce nouvel album dont le premier single « Inhaler », un hymne percutant, caverneux et sont clip excessif et urbain, aux odeurs d’asphalte brulant - sont déjà sur la toile.

Samuel J. Beillevert


Les chemins musicaux de la rédemption Proust et la musique : le mystère de Vinteuil Dans son célèbre ouvrage " À la recherche du temps perdu " , Marcel Proust invente une partition littéraire à laquelle il donnera le nom de " la sonate de Vinteuil ", compositeur fictif, presque immatériel si l'on s'en tient à la musique elle-même. En effet, celleci se détache et prend vie à mesure qu'elle pénètre le corps et la conscience. Le mystère que nous tacherons d'approcher aujourd'hui est celui d'une pièce qui pourrait être la musique elle-même, dans ce qu'elle a de plus originelle et informée, la musique " en soi ", comme une expérience pure de l'altérité. Commençons tout d'abord par interroger son histoire, par qui ou par quoi a t'elle été inspirée ? Quelles sont les origines de sa création ? Dans une lettre à Jacques de Lacretelle en 1918, Proust reconnait avoir été inspiré dans une « mesure très faible à vrai dire « par la « phrase charmante mais enfin médiocre d’une sonate pour piano et violon de Saint-Saëns «, avant d’ajouter un peu sévèrement, « musicien que je n’aime pas «... Saint-Saëns représentait un certain académisme auquel Proust, plutôt ouvert à l’avant-garde, ne souscrivait pas, mais il alimente, même sans génie, la partition littéraire de la sonate, qui décrit une musique inédite, imaginée par Proust. Par ailleurs, il y a au moins trois autres compositeurs auxquels on songe, à partir d’indices très divers : Fauré, Franck, Wagner. Fauré est sans doute l’influence la plus immédiate. Proust le decouvre par son ami Reynaldo Hahn lui même compositeur et élève de l’école française fin XIX ème. Au début des années 1970, Jean-Michel Nectoux a montré ce que la sonate de Vinteuil devait à sa «Ballade pour piano et orchestre», dans sa version pour piano seul. Le grand foisonnement des mélodies de Fauré laisse à penser que Proust a pu les découvrir lorsqu’il fréquentait les salons mondains.

Le cas de Franck est plus intéressant. Il est l’inventeur de la forme cyclique qui structure le temps musical par la répétition et la transformation, la survivance d’un thème qui se métamorphose, avec des variations dans le mouvement ( ralentissements du tempo). C’est tout à fait dans l’esprit de la langueur, de l’aspect contemplatif de la petite phrase tant chérit par Swann dans la sonate de Vinteuil, toujours la même mais qui ne cesse en même temps d’évoluer, d’une apparition à l’autre et... D’une oeuvre à l’autre. Proust reconnait d’ailleurs la petite phrase dans le septuor ( longuement décrit dans « La Prisonnière « ) comme on peut repérer des liens thématiques entre la Sonate et le quintette de Franck. Il y a dans les différentes manifestations de l’oeuvre de Vinteuil quelque chose de ce transformisme de Franck : jouée au piano, puis pour piano et violon, par un quatuor à cordes, et ainsi de suite jusqu’au septuor, la petite phrase a les qualités transformistes typiques de l’écriture du compositeur. Proust écrit d’ailleurs dans la lettre à Lacretelle : « Dans cette même soirée quand le piano et le violon gémissent comme des oiseaux qui se répondent, j’ai pensé à la sonate de Franck dont le quatuor apparait dans un des volumes suivants. « Et Wagner ? C’est le compositeur le plus cité dans la « Recherche «. C’est la figure idéale de la modernité et de l’avant-garde, avec sa recherche d’une révolution incandescente dans la musique par l’usage du chromatisme surdéveloppé dont Nietzsche disait ( en fin de vie ) qu’il s’agissait d’un narcotique si hypnotique et puissant qu’il conduisait à une forme de nihilisme des plus dévastatrices. Effectivement, la petite phrase présente des caractéristiques wagnériennes. Il arrive que Proust écrive « la phrase ou peut-être l’harmonie « de Vinteuil, laissant entendre qu’il n’est pas seulement question d’une mélodie mais d’une certaines épaisseur sonore.


-Comment procède Proust dans les des- Le premier est toujours celui de la perception criptions musicales de la " Recherche " ? floue à la faveur de laquelle Swann attribue à la petite phrase une sorte de fonction de - La notion de technique en musique n'appa- confidente, de consolatrice. Le second stade rait quasiment jamais chez Proust, mais ses est celui de l’écoute critique, c’est le moment metaphores, la puissance incantatoire des dé- du privilège de l’intelligence où l’on cherche à tails, tous ces éléments offrent une veritable comprendre ce qui se passe «cognitivement». description de ce que représente la musique L’expérience confuse de la sonate laisse place pour lui : " D'un rythme lent, elle le dirigeait ici à une définition accrue des contours rendue d'abord, puis là, puis ailleurs, vers un bonheur par un rapport plus intellectuel. Cependant, noble, intelligible et précis. Et tout d'un coup, Proust ne croit pas vraiment à ce privilège au point où elle était arrivée et d'où il se pré- de l’intelligence qui est toujours une victoire parait à la suivre, après une pause d'un instant, de courte durée car il perd dans son analyse, brusquement elle changeait de direction, et ce mélange d’abandon et de concentration. d'un mouvement nouveau, plus rapide, menu, C’est pourquoi c’est seulement à un troisième mélancolique, incessant et doux, elle l'entrai- niveau qu’on va avoir une espèce de jeu de nait avec elle vers des perspectives inconnues formes sonores dans lequel l’idée de profon" ( Un amour de Swann ). Cette description de deur est présente. Cette dernière n’est possible la sonate fait apparaitre la musique comme art qu’après l’audition répétée de l’oeuvre, une du mouvement que miment les respirations, fois que la totalité du mouvement de la sonate les ponctuations de la phrase, le corps semble a été entendue, quand cet univers s’est refercomme embarqué par un " va-et vient " per- mé sur lui-même. C’est là que réside tout le manent, balancement qui épouse et reflète les mystère chez Proust, mystère de l’absolu et fluctuations de la conscience. En effet, aucune de l’ineffable, mystère où le langage se met à tentative de déconstruction musicologique ou ressembler à la vérité. philosophique du matériau musical, pas d ' " analyse " à proprement parlé, mais un simple - La temporalité : entre devenir et réminiscontact avec le musical lui même, dépourvu de cence, vers une réflexion sur la musique toute tentative ( meurtrière ? ) de conceptualisation. Là se trouve toute la recherche prous- La musique est l’expérience du temps vécu, tienne, la " phrase ", dans toute son extension, elle s’appelle devenir ! Fluente non pas itimais enfin intelligible, avec un début et une nérante : telle est la musique. Chez Proust, fin, est peut être plus apte que toute autre à l’objet musical se défait sans cesse, se forme, rendre compte de la richesse des impressions se déforme, se transforme, et puis se reforme que peut susciter un assemblage de sons. à l’image d’une mutation continue ( voir passage cité plus haut ). D’une certaine manière, - Pour la sonate, le sens de la musique se ré- nous vivons la musique, comme nous vivons vèle progressivement : Peut-on véritablement le temps, dans une expérience du mouvement parler chez Proust d’une initiation musicale ? perpétuel, dans un» Maintenant intemporel « qui grise le corps et la conscience, tous deux Il est une certitude, c’est qu’il n’y a pas d’expérience embarqués par une phrase comme dans un pure de la musique dès le départ. Il semble que songe. Chez Proust, on peut véritablement l’on peut peut distinguer trois stades de l’écoute, parler d’une mélancolie de la temporalité, de l’accès à la musique dans la « Recherche». là où la musique développe ce parfum inexprimable des souvenirs qui trouble une âme animée par la passéité de son propre passé.


En effet, la musique n'est-elle pas une sorte de temporalité enchantée ? Car si elle est toute temporelle, la musique est dû même coup une protestation contre l'irréversible et, grâce à la réminiscence, une victoire sur cet irréversible, un moyen de revivre le même dans l'autre. C'est en ceci que la nécessité croise la contingence chez Proust, il s'agit de la rencontre du passé recherché. Par la musique, la rencontre est rencontre de l'altérité, rencontre de l'inattendu qui devient nécessaire car rencontre et jaillissement du réel lui-même. Qu'est-ce que la musique dans la " Recherche " sinon cette recherche initiatique du souvenir qui s'actualise dans l'art ?

Lorsqu'avant la conclusion des " Berceaux " ( op. 23 n°1 ), la grande phrase initiale émerge enfin, comme suspendue à un nuage sur toute l'étendue du clavier, lorsqu'après la modulation progressive qui poursuit l'évanescence du chant, le piano rejoint sa matière initiale, alors la grande phrase vient à notre rencontre ainsi qu'une personne aimée. Le Thème -ou la phrase chez Proust - n'est il pas, dans le flux du devenir mélodique, une sorte de réminiscence affective, un éclat d'indicibles souvenirs ? Tels sont ces bouleversements qui terminent la seconde partie" Du Côté de chez Swann", sur un condensé de notre temps vécu.

PIERRE-LOUIS GASTINEL


R O C K ’ L’AGE D’OR John Lennon

N ’ L O V E DU ROCK’N’ROLL & Yoko Ono

Malgré le récent démenti de Paul McCartney, il suffit de revenir sur l’histoire des Beatles à partir de la rencontre des deux tourtereaux, vers 1967, pour être persuadé que Yoko est en partie responsable de la séparation du plus grand groupe de tous les temps. On ne peut en revanche guère douter de la sincérité des sentiments qu’ils éprouvaient l’un pour l’autre. En effet, depuis l’entrée de l’ «artiste» japonaise dans la vie de Lennon et jusqu’à la mort de celui-ci en 1980, elle est devenue son ombre et ne le quittera pas d’une semelle. Il deviendra impossible de voir John sans Yoko ou Yoko (quelle idée!) sans John. Elle sera présente à tous les enregistrements des Beatles, ne se contentant pas d’être dans la pièce, mais restant en permanence collée à John, au grand dam des autres membres du groupe. L’anecdote la plus révélatrice de l’intrusion de Yoko Ono dans l’intimité des Beatles se déroule lors de l’enregistrement du «White Album». Le couple est victime d’un accident de voiture à la suite duquel Mme Ono (oh no!), convalescente, se fait installer un immense lit à baldaquin en plein milieu du studio d’enregistrement! À écouter: Beatles «The Ballad of John & Yoko»(1969) et John Lennon «Oh Yoko!»(1971)


Keith Richards & Anita Pallenberg Avant de devenir la petite amie attitrée de Keith Richards, Anita Pallenberg, mannequin allemand à la forte personnalité et à la silhouette enivrante, entre dans le clan Stones en sortant tout d'abord avec Brian Jones, l'autre guitariste de la formation de l'époque. Mais celui-ci ayant la fâcheuse habitude de prendre les femmes pour des punching-balls, la belle va finir dans les bras de Richards, qui ne la frappe pas, mais avec lequel elle aura d'autres problèmes… Keith et elles développeront bientôt une mutuelle passion pour l'héroïne, dont Anita, restant souvent seule lors des tournées de son boyfriend pâtira plus que lui, enchainant les désintox et multipliant les crises de nerfs. Lorsqu'elle perd leur enfant en couche, Richards n'interrompt même pas la tournée des Stones pour lui rendre visite. Sûrement pas le couple le plus romantique, mais sans doute le plus rock'nroll. Peut-être un peu trop… À écouter: Rolling Stones "Exile On Main Street"(1973) À voir: le film "Performance"(1969) avec Anita Pallenberg et Mick Jagger (elle aura la chance, lors du tournage, d'inscrire un troisième Stones (Jagger) à son tableau de chasse, certaines scènes chaudes du film, censées entre simulées, ne l'ayant pas vraiment été...).


Nick Cave & PJ Harvey Le ténébreux crooner australien et la rockeuse anglaise semblent fait l’un pour l’autre: physique comparable (teint pâle, chevelure noire et yeux clairs), air mystérieux, goût pour une musique sombre et violente… Mais leur histoire n’aura duré que peu de temps et reste assez peu documentée. Rencontrés pendant l’enregistrement d’un duo pour l’album de Nick Cave «Murder Ballads»(comprenant également une superbe collaboration avec Kylie Minogue!), les deux se sont tombés dans les bras et ont immortalisé leur brève idylle sur la pochette du single «Henry Lee» sur laquelle on les voit s’embrasser. Il semblerait que ce soit PJ qui ait mis un terme à leur relation, car l’album suivant de Nick Cave, «The Boatman’s Call» est rempli de chansons d’amour brisé et évoque clairement leur rupture. À écouter: Nick Cave & PJ Harvey «Henry Lee»(1996)

Paul & Linda McCartney Elle rencontre McCartney en 1967; elle est alors une des plus grandes photographes rock des 60’s. Ils se retrouvent un an plus tard et commencent une idylle qui les mènera rapidement au mariage puis à la naissance de leur deux filles, Mary et Stella (la future styliste). À l’inverse de Yoko Ono, Linda a été une compagne de Beatle exemplaire, discrète et aimable, et sa collaboration avec son mari sera bien plus fructueuse que celle de John et Yoko, notamment sur «Ram», signé Paul et Linda, et sur tous les albums des Wings auxquels elle contribuera aux claviers et aux choeurs jusqu’à sa mort en 1998. À écouter: The Wings «The Lovely Linda»(1970) et l’album «Ram»(1971)de Paul et Linda McCartney.


Jacques Dutronc & Françoise Hardy Un des couples les plus beaux et les plus élégants des années 60! Françoise Hardy était déjà une starlette lorsqu’elle croise Dutronc dans un studio, alors musicien de sessions. La chanteuse flashe sur lui et l’engage comme guitariste afin de se rapprocher de lui. L’attirance qu’elle éprouve pour lui ne tarde pas à être réciproque et la belle chanteuse mélancolique et le dandy cynique vont alors former un couple qui est devenu un des symboles de son époque. Mais Jacques Dutronc, infatigable séducteur rend bien malheureuse la pauvre Françoise, qui exprimera plus que jamais sa tristesse dans ses chansons, parlant presque toujours d’amours malheureux tandis que celles de son compagnon, plus joyeuses et comiques, traitent plutôt des phénomènes de l’époque et de ses contemporains. Quelle meilleure peinture de Paris à l’aube en 1968 que «Il est cinq heures…»? Dutronc avouera plus tard ne pas réussir à écouter les titres mélancoliques de son ex-compagne que ses propres infidélités lui ont inspiré car ceux-ci lui «filent le bourdon», selon ses termes. Quel cynisme! En tout cas, la classe, tous les deux. À écouter: Françoise Hardy & Jacques Dutronc «Har-Dy Du-Tronc»(1968) Thurston Moore & Kim Gordon Le couple le plus underground et (presque) exemplaire du rock. Kim Gordon et Thurston Moore se rencontrent à New-York à la fin des années 70 avent de former Sonic Youth en 1981. Ils se marrient en 84 puis donnent naissance à leur fille, Coco Gordon-Moore en 94. Si la musique qu’ils produisent ensemble est on ne peut plus rock’n’roll, il semblerait que leur vie de couple ne l’ait pas vraiment été. Aucune histoires de drogue ou de tromperies à se mettre sous la dent! C’est sans doute à cette vie sage de couple normal qu’ils doivent la longévité de leur relation. Pourtant, au grand regret et à la stupéfaction des fans de Sonic Youth (dont je reconnais faire partie), Thurston et Kim se sont séparés, à presque 60 ans, en octobre 2011, mettant du même coup un terme à l’existence du groupe. À écouter: Sonic Youth «I Love Her All The Time»(1985) et «Bull In The Heather»(1994)

ALEXIS CAVALAN


PHILOSOPHIA


SCHOPENHAUER DEPRIME TOTALE POTO

A LA RENCONTRE DU PESSIMISTE DE FRANKFURT Le plan à trois le plus productif de l’histoire du 19ème siècle s’est déroulé entre allemands. Et oui garçon! Nous sommes durant l’été 1870 et les acteurs sont Nietzsche, Wagner et Schopenhauer. Dj Wagner vient tout juste de lâcher un pure tube : Tristan und Isolde. Nietzsche adopte le groove direct et se met dans l’ambiance. Mais comme dans tout plan à trois efficace il faut un leader, un papa, un maitre de cérémonie en gros le mec qui reste toujours au dessus. Voila pourquoi cette semaine je parle du pessimiste de Frankfurt: Arthur Schopenhauer, véritable éducateur des deux autres. Le résultat de ce gang bang fut surtout l’œuvre de Nietzsche. Il admirait Schopenhauer pour sa critique de Hegel, et son rejet de pas mal des idéologies de l’époque. Mais même Nietzsche a pété un câble et en plein ébat s’est relevé en mode: “Euh... NAN”. Il s’est ensuite séparé des deux autres pour écrire une philosophie qui exalte l’art, la puissance et la beauté de la vie. Cependant, c’est un tout autre caractère le Schopenhauer et il convient d’en parler parce-que j’ai rarement lu quelqu’un d’aussi badant de ma vie. Schopenhauer écrit que le monde est dominé par la souffrance perpétuelle, qu’il faut nier l’existence sur terre et que le plus grand crime de l’homme c’est le fait d’être en vie. Pourtant à en croire sa coupe de cheveux et sa barbe, Schopi semble être un mec relax. On dirait « a true homie » comme on dit ici à Londres. Schopenhauer a inspiré la coupe de Wolverine dans X-men, ça c’est sûr. Mais c’est peut être le seul truc positif qu’il a bien voulu nous donner.

Il est le premier philosophe européen à faire des conclusions orientales en allemand. Il veut savoir ce qui motive les gens. Ce qui pousse l’homme à l’action, ce qui donne le vouloir-vivre. (Moi à part le MacDo je ne vois pas trop.) Schopenhauer pense que l’humanité est dirigée par les désirs. Ces désirs sont illogiques, futiles et sont hors de contrôle. Ainsi il résume l’existence de l’Homme - et de la Femme aussi d’ailleurs- à ceci : «La vie oscille, comme un pendule, de droite à gauche, de la souffrance à l'ennui ; ce sont là les deux éléments dont elle est faite, en somme.» On souffre parce qu’on est continuellement dans l’obligation de satisfaire nos désirs. Puis une fois nos désirs remplis, on s’ennuie. L’ennui est un mal particulier à l’homme conscient qui doit s’appliquer “à tuer le temps”. Schopenhauer pousse même son pessimisme jusqu’à dire que l’ennui est ce qui pousse à la sociabilité. Pour éviter à tout prix d’être seul avec soi-même on va vers l’autre. On a peur de la solitude et on passe notre vie à essayer d’en échapper. Sur ces quelques points il est très bouddhiste. Le fait que le désir (tanha) engendre la souffrance et qu’il faut tendre vers l’idéal de ne plus rien désirer. Bouddha l’avait déjà grillé ça en dessous du figuier des pagodes.

Schopenhauer voit le Monde comme un endroit horrible où régne la souffrance et la violence. La vie n’est que la somme d’instants présents qui s’échappent ; un entre-acte entre deux périodes infinies de néant. L’existence ne peut être qu’une erreur. L’amour par exemple devient un élan aveugle qui perpétue la souffrance en reproduisant indéfiniment l’espèce. Du Le Monde pour Schopenhauer est une représenta- coup je ne pense pas qu’il avait de meuf. Il avait un tion. Du coup ce qui l’intéresse c’est découvrir la ré- chat. alité sous jacente à notre expérience immédiate du monde (toujours le même délire en philosophie). Il Voila aussi pourquoi en grande partie Schopenhauer pense que la réalité du monde n’est pas celle qu’on défend le suicide. C’est vrai qu’a force d’écrire en alleperçoit directement. Que les choses sont dirigées mand et nier toute valeur à la vie il a du être amen à par une énergie commune qui s’incarne dans chaque conclure qu’il vaut mieux en finir. objet. Toute chose est “une tendance vers”. Alors Le suicide est complètement rationnel parce-que ta l’Univers entier est de la matière en mouvement, et vie n’appartient a personne d’autre qu’a toi même et il identifie 100 ans avant Einstein que la matière et il semble normal que tu puisses en en faire ce que l’énergie sont homonymes. La vie est objectivation tu souhaites. La destruction du corps est même vue de cette énergie, de cette ‘Volonté’ qui est le fond comme manifestation du vouloir-vivre. (Alors là on des choses. Par moments, sa pensée se rapproche peut penser qu’il a une case Schopi.). même du bouddhisme et de la philosophie indienne.


Il donne une raison valide pour le suicide: c’est une libération de ce monde miséreux. Ça permet une liberté morale parce qu’il s’agit de la négation absolue du monde. A l’époque c’est une opinion choquante puisque l’Eglise, encore prédominante dans pas mal de pays européens, considère le suicide comme un crime. Schopenhauer, en rebelle consistant, se pose en tant que philosophe athée. (Alors ça j’aime bien un mec qui affirme ses couilles et les pose sur la table du curé pour discuter sérieusement de la contingence de l’existence. Ça claque.) Le système philosophique de Schopenhauer étant tellement élaboré – et oui il en a écrit des pages le mec – j’ai décidé d’aborder encore une facette de son caractère dans un de mes sujets favoris en philosophie : Le SEX. C’est simple ça plait à tout le monde et ça met de bonne humeur. Lorsque Schopenis parle d’amour, c’est pas morose. Pour lui l’amour et le désir sexuel sauvage sont la même chose. Il identifie dans la sexualité un conflit entre l’intellect et la volonté. Un conflit qui est mené par le vouloir-vivre (ou désir de vouloir se reproduire). Les pensées nettement conscientes de l’intellect ne sont alors que la surface. Se sont nos pensées les plus profondes et obscures qui jouent un rôle déterminant.

On voit ici que Schopenis pose les esquisses de l’inconscient de Freud. Freud qui lui ramène absolument tout à la sexualité. Tu angoisses parce-que tu rêves d’une tour médiévale et d’un animal domestique en danger ? Hmmm… t’es forcément amoureux de ta daronne et t’as peur de la menace de castration qui provident de ton père. Bref, Schopenis souligne l’importance des couilles pour comprendre l’existence de l’humanité. Il dit que “les parties génitales sont la racine, la tête et le sommet […] l’homme est un désir sexuel qui a pris forme”. L’instinct principal est sexuel. Derrière toute passion amoureuse se cache ce même vouloir-vivre et désir de pérennité de l’espèce. Alors que Schopenhauer en fait une raison pour nier l’amour je trouve qu’au contraire c’est assez touchant. L’humanité qui se débat dans la possession sexuelle de l’un l’autre dans un élan pour rester en vie. Laisser une succession après notre disparition dans le néant. Laisser la vie alors qu’on est condamné à la quitter. On se souviendra de cette dernière citation d’Arthur Schopenhauer “OUAIS GROS”.

GÖSTA STRÄNG


EVENTUM


«Le 14 février, je reste dans mon lit douillet» Il est de ces dates significatives pour l’homme, sans que personne ne sache pourquoi. Car, en toute honnêteté, aujourd’hui, 14 février 2013, combien d’entre nous savent ce qui est célébré, depuis quand, pourquoi ? Saint Valentin, défiant tout ordre monastique aurait-il été un véritable lover ? Un martyre libertin… Non, l’origine de cette « fête des amoureux » demeure obscure, on entend vaguement parler de tradition païenne, reprise par l’église catholique romaine, or en ce XXIe siècle, le 14 février est bien davantage assimilé au monopole nord-américain – chaque année ils nous sortent un film pour l’occasion. Le titre change, pas les gags.

5. Ceux pour qui cette fête existe, j’ai nommé les couples, échangeant de doux cadeaux et billets enamourés. Mention spéciale à l’homme qui achète des sous-vêtements à sa copine. Mention spéciale plus à l’homme qui demande à la meilleure amie de sa copine de l’aider à choisir des sous-vêtements. Rouges. Avec du papier cadeau.

Ni le public de jeunes célibataires devenues subitement féministes pour l’occasion et se rebellant contre le sexe opposé, qui n’est composé que de brutes, dont elles n’ont absolument pas besoin pour passer une « super journée entre filles ». Ce qui ne les empêchera pas de pleurer à chaudes larmes devant le final, baiser si langoureusement prévisible que l’on attendait depuis bien 1h45. En somme il s’agit toujours de la même histoire, et chaque année qu’on le veuille ou non, il est strictement impossible d’y échapper. Cette réitération désespérante m’a néanmoins permis de dresser un constat –ma misanthropie chronique? Je vous vois venir, très drôle- des catégories se créent, facilement observables, mais dépassant subtilement la simple délimitation « célibataire » / « en couple ». Voici, donc, mon top 5 des figures les plus horripilantes de la Saint Valentin.

3. Le célibataire mâle en quête de proie. Seul en ce jour de l’amour, il ne peut gâcher cette occasion de draguer facile, charmante et enfantine : « bonsoir… aimeriez-vous être ma Valentine ? » Les pauvres. Le grand problème est que les rues sont désertes, car la variante féminine mentionnée plus haut occupe les salles de cinéma : tout au contraire, elle développe en ce jour une haine inégalable à l’encontre des hommes. Tu sais maintenant pourquoi la chasse est peu fructueuse, lionceau. 2. Parce que la fièvre amoureuse touche toutes les couches de la population, les petits, si mignons, n’échappent pas à la règle. Oui mais eux, ils en trouvent toujours un amoureux. On ne pourrait leur en vouloir s’il n’y avait les petits américains- encore eux. Alors qu’en Europe on se borne à envoyer une carte à l’élu(e) de notre cœur, outre Atlantique on les multiplie afin de multiplier les chances de rendement. Anti éducatif à souhait.

4. Le couple ne fêtant pas la Saint Valentin. Ces antis conformistes heureux qui n’ont pas besoin de fête commerciale pour célébrer leur amour. Allez, avouez-le, vous aviez simplement oublié il y a quelques années d’acheter un cadeau, et depuis la tradition est restée. Même pas ? Et bien le jour où vous aussi vous serez célibataire –si, si, cela arrivera tôt ou tard- vous glisserez dans la catégorie qui suit.


1. Le plus irritant de tous, Valentin. Celui qui réclame qu’on lui souhaite une bonne fête, qui fait la gueule lorsqu’on oublie- notons bien que de la saint Jérôme, Anaïs ou François, personne n’en a rien à foutre, ledit Valentin compris. S’il est combiné au point 5, vous le reconnaitrez au papier cadeau pailleté qui lui sera tôt ou tard rectalement encastré. Mais la réelle question est de savoir si l’on peut vraiment se blâmer les uns les autres, car en fin de comptes, nous sommes tous des victimes de la Saint-Valentin ; triste jour en vérité. La réalité de la Saint Valentin, ce sont les recettes des fleuristes et chocolatiers qui montent en flèche, des films pathétiques à gros budget qui prennent l’assaut de tous les cinémas, un nombre affolant de rendez-vous pour une épilation du maillot chez l’esthéticienne et d’achats de contraceptifs d’urgence –j’ai omis précédemment la catégorie des « depuis trop longtemps célibataires pour faire les fines bouches révoltées »-, l’omniprésence des publicités pour les sites de rencontres en ligne.

Chacun trouvant un moyen de se remplir la poche grâce à ce prétendu Amour ambiant– on est allés jusqu’à créer un « Village Saint-Valentin », comportant une mairie, avec remise de certificat des amoureux, messe des amoureux, confection de chocolats d’amour, gravure de cœurs pour l’arbre des « cœurs éternels ». Mignon n’est-il pas ? Sachant que selon l’INSEE, depuis les 15 dernières années, le nombre de divorces en France est d'environ 110.000 à 120.000, par an. (Au fait, sont-ce les mêmes graveurs de cœurs éternels, les 800 000 parisiens qui ont manifesté contre le mariage pour tous ?) Si Saint Valentin n’avait pas été un chaud lapin, on n’en serait pas là. Mais puisque la tradition l’oblige, je demande à l’auteur de l’article « d’Anges Heureux », publié dans Dorian Gray le mois dernier, de me donner la main de sa plume, j’en suis tombée amoureuse. Ça s’appelle de la publicité intra-magazine. Je vous embrasse pas, je vais lire la Bible, histoire de désigner un coupable.

TATIANA DELAUNAY

Illustration : LAURA SHNEIDER


Dorian non deficiet eventua


LOST&FOUND SOULMATE CLUB _ Behzad & Amarou _ Theorama & Jann

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Fév

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Cracki dj team - Panic Room // 6

Si vous êtes friand des lieux cosy, le Panic

Room est fait pour vous, des Happy hour qui raviront les petites bourses, des gens cool et sympa, un espace danse sous le plafond étoilé de la cave, le tout accompagné par le Collectif Cracki, le label à l’éléphant pour un rendez-vous éclectique et mouvementé avec des disques acid, funk, techno et house.

Les

amoureux de l'Undergroud serons ravis de passer une nuit de House, Techno et Garage en petit comité (99 places), dans un garage autrefois abandonné... Accompagnés par Behzad & Amarou (www.concreteparis.com), Theorama & Jann (www.sonotownweb.com), Sina & https://www.facebook.com/ Djam Djam (www.jekyllethyde.fr) ce qui e v e n t s / 2 6 3 1 4 1 9 8 7 1 4 9 9 3 0 / annonce un évènement de pure qualité.

Fév

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GET PERLONIZED @ CONCRETE ZIP, COPACABANNARK Live, THOMAS MELCHIOR, SAN PROPER, CABANNE

Les fameuses After de la Concrete, pour

les noctambules non rassasiés de leurs soirées ou pour les amateurs de bon son dominical, chacun y trouve son bonheur, que ce soit en House ou Techno, «venez comme vous êtes», la bonne humeur y règne toujours. https://www.facebook.com/ events/425635367516401/

23

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https://www.facebook.com/ events/449286285141168/

Soirée Manifart + ENSCI

C est au milieu de la grande serre de l’école ENSCI-Les Ateliers, en plein coeur de Paris que Manifart à décidé de poser son pied à terre le temps d’une soirée. Dans cet écrin, dix heures de live et dj set avec FLAVIEN BERGER (Bruxelles, Belgique), MADE IN RECORDS (Bourges), NHKFF VS MATOU VS POUVOIR MAGIQUE (Paris), Mr TOPALOFF (Paris), SATO VS TCHIKIOTO (Berlin vs Paris), RENART (Cracki Records - Lille), ARNAUD & COMBE (INPUT SELECTOR - Nantes), BAZOGA: DIMMIT + CHBAT (Strasbourg - Casablanca, Maroc) délivrées à l’aide d’un sound-système de premier choix.

https://www.facebook.com/ events/441310532608764/


TRAX présente RUMBLE FESTIVAL Launch Party A1 BASSLINE & LEON VYNEHALL

On ne présente plus le Magasine TRAX,

le spécialiste de la musique Electronique nous présente son Rumble Festival au Batofar, troisième édition du festival house, electro et bass music Lyonnais qui vient donner au public parisien le meilleur de cette UK house le temps d’une soirée avec deux jeunes prodiges : A1 Bassline et Leon Vynehall. https://www.facebook.com/ events/286509648144017/

La Centrale

with : Pig & Dan + Rodriguez Jr + Waifs & Strays + Tapesh // Uto Karem + Spektre + Julian Jeweil + Sacha Gryn & In Vitro

Après

le succès de sa première édition, Vous êtes la Nuit est de retour nous pour nous enflammer une autre nuit avec un Line up à faire frémir d’impatience, ROOM1# Pig & Dan + Rodriguez JR. (live) + Waifs & Strays + Tapesh ROOM2# Uto Karem+ Spektre (live) + Julian Jeweil (live) + Sacha Gryn & In Vitro, 2000 personnes, 1 scène deep house, 1 scène techno et une programmation à vous faire perdre vos plumes!

Nepap présente la Plastic People #3

C’est loin du snobisme parisien que le collec-

tif Nepap vous invite à passer la soirée dans un lieu tenu secret dont l’objectif est toujours de réveiller la nuit parisienne, en vous faisant profiter de DJs à la pointe de l’avant garde, dans un lieu magnifique, à des prix dérisoires et dans une totale liberté. Pour vous accompagner de 22:00h – 05:00h : AjDE (Native Compagnie), Vatican Radio [Nepap Friends]Live, Monsieur Cabaret & his machines [Nepap]- Live, L REY [Nepap Friends]- Live, Elemental TVR [Nepap Friends], Franky Jazz Band [Nepap, Midlands groove], Jegu Thébura [Nepap]- Live, Jacques- [Nepap Friends]. https://www.facebook.com/ events/475694045822673/

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MINIMALE COLLECTIVE #1 KLANGKARUSSELL + KÖLSCH + FAT LONDON + WID

Qui n’a jamais entendu la bombe Sonnen-

taz de KLANGKARUSSELL? et qui n’a jamais rêvé de les écouter en live? Et bien c’est pour notre plus grand plaisir que la machine du moulin rouge les a programmé accompagné de KÖLSCH, FAT LONDON et WID, une nuit spéciale Minimal pleine de promesses.

https://www.facebook.com/ https://www.facebook.com/ events/472964829419880/ events/500789169964461/


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SNTWN & SYNCROPHONE

NICK HÖPPNER _ JOHN HECKLE _ RØDHÅD _ JOHANNES VOLK _ HXB _ SYNCROPHONE DJ’S SET

Amoureux

https://www.facebook.com/ events/464439036944389/

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de vrai son Undergroud cet évènement est fait pour vous, Sonotown et Syncrophone se réunissent afin de vous livrer une soirée de qualité réunissant NICK HÖPPNER, JOHN HECKLE - LIVE, JOHANNES VOLK, RØDHÅD, HXB, BLAISE, DIDIER ALLYNE, JOHN SILL, Un line up composé de quelques uns des artistes incontournables de la scène électronique européenne, qui ne pouvait que contenter deux des promoteurs les plus attentifs à l’évolution des genres électroniques.

«LE CABARET»

ALEX NIGGEMANN (Poker Flat),THE SWIFT (Wilde Renate), RENART (Cracki), KOZAK & more

A.M.C réinvestit la péniche Le PETIT BAIN

pour une soirée «Cabaret Deep-House» pour plus de 12 heures de fête avec un seul mot d’ordre, un Dress Code: Cabaret / Glitter / Crazy. https://www.facebook.com/ events/1177337759072236/

SEVENACHT #1

concept: R.E.G.R.E.S.S.I.O.N, on sort sa panoplie so 90’s et on vient écouter KAISER ([BP] Berlinons Paris; La Familiale), RAW TONES (La Familiale), LITTLE FINGERS (SEVENACHT; ART YOUR SOUL), et des tableaux sur peau, couleurs et fluo By Marya YABORSKAYA le tout dans un lieu unique, «Le Garage» dans le 18 ème. https://www.facebook.com/ events/431217416954467/

JESSICA KOWALSKA


Clignez des paupières si vous m'entendez Les cheveux et les franges de ma veste de cowboy agités par le vent de la fenêtre grande ouverte d’où pendent négligemment mes jambes, il semble que nous allons plus vite que le temps lui-même, qui ne nous rattrapera pas. Qui suis-je? Qui a propulsé l’Homme sur la Terre il y a de ça des milliers d’années? Nos pères qui ont rendu possible notre conception et nos mères qui nous ont enfantés n’y sont pour rien. Ils sont eux-mêmes les victimes de cet abandon ancestrale qui est le lot commun du genre humain depuis son apparition. Où vais-je? Pour l’heure je ne connais que la voiture d’Hunter qui fonce sur l’autoroute californienne entre Long Beach et Los Angeles, Hollywood et Long Beach. La musique assourdissante de son poste radio est comme une bouée sous nos mains crispées par le désespoir. Hunter chante, hurle et tape sur le volant en secouant la tête comme un damné. Je suis une icône figée derrière des lunettes de soleil roses. A Hollywood, je ne quitte plus cette longue robe à fleurs beiges achetée un dollar chez Jet Rag. Nous roulons des heures comme si la route importait plus que la destination elle-même. Le soleil du soir illumine un ciel orange beau à s’en crever les yeux. Il apparaît et disparaît derrière les palmiers dansants. Hunter conduit dans cette lumière dorée. De temps en temps il embrasse ma bouche rouge foncé de presque femme en me caressant la cuisse sous ma robe. Lui et Buggi veulent coucher avec moi. Tout les deux. Ça me fait rire. Buggi, c’est sa copine. Le soir, ils me baladent sur la banquette arrière de Buggi, sans me dire où on va. Je les écoute se disputer ou parler des comédies musicales auxquelles Buggi participe. C’est une future star. Sur l’Hollywood Walk of Fame, les filles ressemblent à des putes. «Take me out, tonight» chante Morrisey en boucle dans ma tête.

«Driving in your car I never never want to go home Because I haven’t got one» I haven’t got one. En Californie, tout est plus grand. Surtout l’oubli. Avais-je une vie avant ici? Les Anges de la ville bercent et endorment ton âme en souffrance. Bientôt, ils se transforment en sirènes et ne desserrent jamais leur étreinte. Rien n’a d’importance à part la pipe d’Hunter et sa weed californienne qui empli tes poumons et embrume ton cerveau. Sur le canapé en cuir de chez Buggi, en sous-vêtements à côté d’elle, il est 3h du matin depuis des jours. Hunter me dit qu’il m’aime, il me chante des chansons. Ça fait une semaine: je cherche toujours ce que je fuis, soupçonne vaguement que c’est moi-même. Le week-end, je rentre à Long Beach. Je retrouve Jay, Danielle et Eric.On cuisine ensemble et on se dit qu’on s’aime. Le soir, je dors avec Eric. Il ne parle pas beaucoup mais il me caresse les cheveux quand je n’arrive pas à dormir. Parfois, Jay et Danielle dorment avec nous. Le matin, on mange de la glace dans le lit, on manque de s’étouffer parce qu’on rigole trop longtemps, et on se bat pour la couverture. Je perçois nos vies, pans tenus d’existence imperceptible dans l’infini. C’est comme si nous n’avons jamais existé. Déjà, nous somme poussière. Il me semble que nous pouvons nous confondre dans le décors, dissoudre nos êtres chimériques dans le flot absurdement constant de ce qu’on appelle par impuissance la Vie. Les routes, les montagnes, les immeubles nous survivront. Es-Tu là, tapis quelque part? Veilles-Tu sur nous, Tes enfants?


« Alors, qui suis-je ? Ditesle-moi d’abord, et, ensuite, s’il me plaît d’être la personne que vous aurez dite, je remonterai : sinon, je resterai ici jusqu’à ce que je sois quelqu’un d’autre… » Alice au pays des merveilles.

Puis Hunter revient me chercher et c’est reparti. Sur la route, je redoute de ne pas trouver un moyen de faire durer le trajet pour toujours. Parfois, un moment d’inattention et la réalité me rattrape, vient s’écraser contre l’arrière de mon crâne avec l’élan de la vitesse pour me poursuivre. Je me souviens de ma vie à Paris. Des gens que je connais, qui sont en prépa, où à Sciences Po, ou étudient le droit. Ma tête tourne, le soir m’a attrapée par la bouche. La nuit est mon manteau. Il est 22h, eux se lèvent pour suivre leur chemin sagement tracé. Le vent par la vitre ouverte souffle toujours dans mes cheveux.

SHARON GRAY SOREL


DORIANGRAYMAGAZINE N#1  

DORIANGRAYMAGAZINE est un concept de web magazine culturel et mode né de l'insatisfaction et l'idéalisme caractéristiques des 18/28. Il se d...