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Magazine-Art-InĂŠdit-IndĂŠpendent


ité U n i ve rs e M o n t a i g n e d l e h c Mi ux 3 a e d r o B

:: Édito��� ������ ::�� :: Chronique :: :: Cocktail ::

::: Édition & Direction ::: Santiago Uhía Sara Pérez Castillo Patricia Trigueros

:: V.O ::Version Originale :: Portfolio :: :: HighFidelity :: ::: Illustrations ::: Felipe González Ana Maria Cárdenas Sara Pérez Castillo

:: Profil :: :: Cabaret :: :: millimètres ::

::: Concept Graphique ::: Sara Pérez Castillo Santiago Uhía


Édito

Il vaut mieux

Antoine Pouce Q.

Selon Antonio Machado, l’apparition d’une

nouvelle publication est source de joie pour les lettres et elle l’est d’autant plus lorsqu’il s’agit d’un milieu modeste qui cherche à s’adapter à la nécessité d’une communauté déterminée. Mais comment savoir, par exemple, ce dont a besoin Bordeaux ? Aujourd’hui, en pleine crise mondiale dans cette ville-monde, que doit-on publier ? Il est évident que la réponse ne se trouve ni dans l’infinie bêtise de la politique ni dans la flatterie pompeuse des rubriques « people ». Cependant, cette ville étant pourvue d’une importante communauté étudiante -dont nous faisons partie-, nous avons choisi de nous focaliser sur ce public. Vous vous direz : « tout le monde cherche à capter l’attention des jeunes, c’est un cliché ». Et vous aurez raison, au vu de l’état dans lequel les adultes nous ont légué le monde. Ce sont les jeunes qui affrontent le présent, qui construisent le futur et qui se doivent de revendiquer le passé si souvent remanié par les livres d’histoire. Mais ne vous méprenez point : cette revue a pour sujet l’art. Qu’est-ce que l’art ? Il n’est pas dans notre intention de le définir, nous nous en tiendrons donc, dans un premier temps, aux sept branches qui s’en réclament traditionnellement. Nous voulons exhiber les manifestations distinctes de ces arts. Celles qui s’offrent à nos yeux, mais qui ne sont pas exposées, faute d’espace parce que, pour tout dire, l’artiste doit pouvoir vivre de ce qu’il produit (cela est juste et nécessaire).

Mais pris au piège par la soif du gain, les galeristes et les publications spécialisées se sont converties en entités inaccessibles qui misent sur des valeurs sûres et ne prennent pas de risques en pariant sur de nouvelles propositions. Et que se passe-t-il pour nous, qui commençons tout juste à faire de l’art ? Comment exposer nos œuvres ?

Ce dialogue donne accès à une nouvelle vision et compréhension de l’art. Chaque œuvre évoquera quelque chose de différent chez celui qui la regarde.Certes, il est impossible de capter toutes les interprétations, mais on souhaite au moins savoir comment la culture d’un individu peut influencer celuici lorsqu’il est confronté à l’œuvre d’art.

C’est de cette inquiétude qu’est née l’idée de La V. Fatigués de chercher des réponses à ces questions ; lassés de frapper aux portes sans succès, nous avons décidé de nous unir et d’ouvrir un nouvel espace. Un espace que nous espérons voir devenir la plate-forme nous permettant de faire connaître non seulement nos travaux, mais également ceux des autres.

Nous avons l’impression que ce facteur est aujourd’hui mis de côté, et face à la politique culturelle de cette ville, il est nécessaire que les étudiants aient accès aux tendances artistiques venant de l’extérieur. Il est également nécessaire de savoir comment l’art français est interprété par un étranger, en particulier ces œuvres réalisées par des artistes contemporains qui ne font pas partie de cette élite qui expose au MoMa ni au Grand Palais. Il est important de préciser que nous n’avons rien contre ces derniers, mais ceux-ci jouissent déjà d’une certaine Fêtons donc l’apparition de cette publicareconnaissance. tion, et en parlant ainsi au pluriel nous souAfin de mener à bien ce projet, nous haitons que vous ne vous cantonniez pas au comptons avec la participation d’étudiants rôle de lecteurs, mais que vous deveniez des issus de plusieurs pays (nous espérons élargir acteurs de ce projet. notre réseau au fur et à mesure), tous impliqués dans le monde artistique et senCordialement, bien à vous. sibles aux vibrations culturelles des villes dans lesquelles ils se trouvent. Ce seront ces étudiants qui parleront de leur relation avec l’art venu d’ailleurs. Celui qui aura ce magazine entre ses mains y trouvera des expositions de galeries canadiennes décrites par une étudiante estonienne, ainsi que l’œuvre d’un jeune photographe salvadorien installé à Madrid.

Cependant d’autres objectifs sont sous-jacents à ce projet. L’université Michel de Montaigne compte à elle seule 1800 étudiants étrangers, un chiffre important pour une ville comme la nôtre. Un état de fait qui ne peut pas être ignoré, notamment en matière d’art. Chaque interaction entre le spectateur et l’œuvre se traduit par un dialogue dans lequel chacun interprète inévitablement le contenu à partir de son propre contexte. Ceci revient à dire que face à une œuvre d’art réalisée par un français, un uruguayen et un français auront des réactions différentes. Les possibilités sont infinies, et les frontières sont inexistantes. Il suffit de penser à tous ces étudiants qui bougent à travers le monde au sein des différents programmes de mobilité et d’échange.

L’immigration n’est pas qu’un facteur socioéconomique. C’est un puissant moteur de création. Elle fait partie intégrante de la nouvelle dynamique mondiale. L’art devient transculturel lorsqu’il est confronté à un regard venu d’ailleurs. Ceci ne veut pas dire qu’il perde son identité, mais il ouvre inévitablement des nouvelles perspectives. C’est le public qui a changé, puisque nous sommes de plus en plus nombreux à migrer. Ceci e peut être que bénéfique pour l’échange artistique. Cette « ouverture culturelle » nous permettra de rompre avec les schémas préconçus de telle ou telle culture, pour consolider les vraies racines de chaque artiste et de l’art de chaque pays. Il faut faire disparaître les clichés qui subsistent. Il faut s’ouvrir au monde et se servir de l’art pour surmonter la fadeur d’une réalité parfois mondaine et prévisible.


Les Fresques du Palais de Beaux Arts au Mexique

Chronique

Maese Pimentón

Ce n’est que lorsque l’on découvre les fresques

lignes Art Déco et autres diverses manidu Palais de Beaux Arts de la ville de Mexico festations qui reflètent toutes les époques que l’on peut parfaitement saisir le sens de et toutes les influences dans sa construction chaotique. Il y a ici une ces deux termes pour manifestation évidente, ainsi dire inséparables : comme gravée dans le Révolution Mexicaine. marbre de ce qu’a été l’Amérique Latine telle C’est ansi qu’imprévisible qu’elle transparaît dans ment, sans l’avoir même ses monuments et ses planifié, j’ai fini par me nombreuses époques retrouver dans ce musée. pour ne former plus qu’une. Je puis certifier que mon appréciation personnelle Le public présent est de ces œuvres diffère également surprenant. beaucoup de celle d’un Les touristes, bien touriste à la visite préprosûr, omniprésents et grammée ou de celle d’un repérables parleur oracadémicien venu admirer ganisation minutieuse l’œuvre des artistes en et leur discrétion. Les exposition. autres, la grande maCe qui frappe au premier jorité, ce sont des gens abord est l’édifice des qui vont et viennent et Beaux Arts lui-même, qui conçoivent ce site une sorte d’énorme concomme un vaste lieu de struction qui mêle sans rencontres, de rendezpudeur les formes et styles vous galants ou un forum architecturaux les plus variés. Il est possible propice aux négociations professionnelles. de noter l’esprit républicain de cette façade en même temps qu’il nous est donné de À l’extérieur, un jeune homme d’environ remarquer à l’intérieur de l’édifice les vingt ans faisait une agréable sieste en

attendant sa belle, tentant probablement de s’extraire le plus vite possible des éternels embouteillages. Assis sur les marches, le galant dormait, un livre de poèmes entre les mains et un bouquet de fleurs appuyé contre le mur. Autour de lui, l’empressement, les bousculades, les allées, les venues de chacun s’entrechoquant. Une fois à l’intérieur, on sent les fresques gigantesques s’imposer, elles sont comme de fantastiques témoins venus d’autres temps, d’autres galaxies, ici entreposées non pour êtres admirées sinon pour servir de gardiens des idéologies de leurs auteurs. L’ensemble parvient à susciter une sorte de crainte révérencieuse. Tant dans la signification du nom du site « Palais de Beaux Arts » que dans la disposition des œuvres, on devine une intention religieuse évidente : c’est un lieu de culte. Rien n’est laissé au hasard bien que le hasard ait été à l’origine de nombreuses dispositions et des multiples usages faits du Palais. Aujourd’hui toute cette congrégation fait sens.

empreints de socialisme scientifique, à la fois latino-américain et Soviétique. Un impossible mélange ethnique, une utopie géographique, une stérilité pratique que seule l’hallucination peut contempler. Les voix petit à petit se taisent, on n’entend que des murmures, des commentaires chuchotés et d’infimes manifestations de stupéfaction. Il n’y a ici de place de place que pour le silence. Cet art politique réalisa son projet de donner sens à une autre religiosité à travers son expression et sa contemplation. Les gens s’assoient devant les idoles et certains, plus respectueux, demeurent debout. Les chahuts de quelques enfants sont réprimandés par les fidèles et les bureaucrates en costume blanc, lévites actuels du temple.

Les appareils se lèvent timidement et photographient le plus discrètement possible. Les bureaucrates-lévites désormais identifiables grâce à leurs vêtements blancs rituels vérifient les dérogations octroyées dans ce but, puisqu’il faut avoir Ce sentiment de respect se confirme lorsque obtenu l’autorisation officielle, moyennant l’on découvre de petits bancs placés en face quelques pesos, à l’entrée de l’édifice. des œuvres de taille plus grande. Tout est disposé de façon à ce que le culte soit porté à Partout, le rituel se propage. Des gens sont bon terme. Il s’agit moins de contempler les assis ; d’autres debout. Des photos qui fresques que d’être approuvé par leurs yeux alimentent la pèlerinage et qui évitent que


nous ne remportions des résidus de pierre ou Le culte se poursuit comme dans le cadre des morceaux de fresques, modestes souvenirs de n’importe quel office religieux. de ce que nous aurons vu et senti. L’explication de chaque spectateur et sa purification doivent s’opérer en efLes voix baissent, les gestes ralentissent. Il fectuant l’intégralité du circuit. n’y a pas de plan préconçu ; simplement déambuler et procéder au même rituel devant Les fresques finissent par être des miroirs chaque relique. Personne n’entrave la dans lesquels deviennent des moments circulation des autres, et ainsi se poursuit que cette société a traversés. La misère, l’opulence, la joie, la tristesse forment des la visite. processions et des cortèges qui donnent le Ces oracles d’un autre temps, ces fresques ton de toute la culture latino-américaine. sautent aux yeux, certaines par leur couleur, d’autres à travers leur thématique décharnée ; Soudain s’opère la fameuse transformation, d’autres encore, grâce à la représentation et ce qui était à l’origine si typiquement bigarrée d’un Mexique tumultueux et tout mexicain, se trouve désormais être latinojuste en voie de construction. americain et semble appartenir à tous. Et là, c’est l’extase, le cœur du rituel. La On entrevoit ici l’intention délibérée d’Alfaro vraie révolution mexicaine embrasse toute Siqueiros, de Rivera, d’Orozco, de Tamayo, l’essence cosmique de Vasconcelos. c’est là la de González Camarena, de Montenegro, de cause réelle de son universalité : nous Rodríguez Lozano de faire ressortir, à travers sommes un tout en étant nombreux. La leur art, leur propre vision en matière grande tragédie d’offre à notre entendement, politique et idéologique. Dans certaines nous ne savons pas qui nous sommes, ni au œuvres transparaît une louange flagrante des singulier ni au pluriel. Nous nous cherchons vertus de socialisme, dans d’autres, perdure encore et encore. la sensation qu’en cherchant plus profondément, on découvre la sensibilité même La recherche va de l’artistique au violent. de l’artiste, la véritable commotion qu’une Ce que nous trouvons ne nous satisfait pas. culture peut sur celui capable de l’observer Il faut chercher d’avantage. C’est pour cette dans cette perspective visuelle de recherche raison que la Révolution mexicaine va et de compénétration. au-delà de l’Histoire, au delà du Mexico et

de ce Palais, au delà des Beaux Arts. Ce n’est pas un fait, ni un épisode culturel, ni une condition minimale de cette société-là. C’est une constante dans l’être latino si volatile. désespérance ; c’est la certitude qu’un homme, peut être plusieurs, trouveront la réponse et pourront donner à leur vie et à celle de leurs enfants et petits-enfants l’assurance que l’être latino s’enracinera dans la terre et donnera à d’autres ses meilleurs fruits.

L’espoir c’est cet esprit qui nous habite et qui attend patiemment sa propre révolution ainsi que le renouveau de son propre entendement et de ses actions. La foi se confirme.

À partir de là, et à partie de là seulement, la foi en ce que nous avons été, en ce que nous sommes, et en ce que nous serons s’amplifie en chacun des fidèles. Nous savons désormais que l’espoir ne réside pas dans les idéologies, ni dans la violence, ni même dans la misère ou l’opulence. Nous savons désormais, nous comprenons au plus profond de notre être, que l’espoir réside dans la manière dont nous pouvons nous efforcer de voir l’autre, de voir notre prochain. Le touriste qui déambule sans rime ni raison avec une coordination apparente; le jeune homme de vingt ans endormi à l’entrée du Palais-Temple dans une fausse indifférence, et celui qui à nos cotés contemple chaque fresque dans une pose insouciante. L’espoir bat dans les cœurs. Dans ces centres émotionnels qui commandent le vital Traduit de l’espagnol par : biologique et le vital spirituel. Aurelie Depraz


Cocktail Et si comme tout liquide les âmes étaient soumises au phénomène de l’évaporation alors, nous pourrions penser que, finalement, ces images correspondent aux âmes, égarées en enfer, qui se rendent compte au bout de quelque temps qu’elles peuvent encore faire quelque chose pour autrui ? Et finalement, si la balle était toujours dans notre camp et ces images correspondraient

Hypothèse No.1 Partons du principe qu’après la mort il y

a quelque chose qui nous attend. Bien sûr, cela suppose que le paradis et l’enfer existent. Si les âmes traversent vraiment un tunnel, comment savoir qu’elle est la bonne sortie ? Comment ne pas se tromper et finir au mauvais endroit pour l’éternité ? Si l’histoire de la lumière au bout du tunnel existe et qu’elle correspond au paradis, par opposition cela veut dire que l’enfer est rempli d’obscurité. Et si la lumière ne

correspondrait pas au bout du tunnel mais plutôt à un panneau de signalisation qui dit « vous êtes sur la bonne route » ? En effet, si les âmes font partie du corps humain, et que ce dernier est composé particulièrement de liquide, nous pouvons penser que les âmes sont elles aussi liquides. Si la rédemption nous était accordée à n’importe quel moment et non seulement une seconde avant de mourir comme certains le prétendent, alors après la mort nous avons encore nos chances.

aux âmes évaporées des enfers qui montrent aux nouveaux arrivés le chemin à suivre ? Et si la lumière céleste ne faisait que les mettre en évidence ? Cela fait, beaucoup de “si”, mais comme personne n’est jamais revenu pour nous en dire plus, ma théorie a autant de sens que les autres, non ?


Le lien Tous les jours, il y a une lutte constante

là-bas où se trouvent de nouvelles formes de vie, là-bas où se trouvent des créatures capables de survivre à des conditions extrêmes; là où l’homme n’a jamais vraiment été, où la beauté n’a pas vraiment d’importance et où seulement la naissance et la survie comptent. Là-bas dans les fonds marins, où des roches ardentes donnent naissance à des êtres vivants voluptueux, légers, trépides. Leur délicatesse et leur survie dépendent de leurs racines. Des racines, le lien étroit avec leur lieu de naissance. Nous pourrions les comparer à notre cordon ombilical, à la manière dont le notre est coupé. Leurs racines sont très longues, assez longues pour leur permettre de découvrir ce que se trouve caché dans cette obscurité déconcertante dont une seule lumière lui appartient. Elle habite dans un monde de silence, là où la liberté n’est pas octroyée par des écrits la limitant, un monde où la solitude n’est pas un phénomène d’abandon, des autres ou d’isolement mais seulement une façon de vivre ou plutôt de survivre…

Textes : Dora T. Morales Photographies : Sara Pérez Castillo

Détresse cardiaque Le

cœur humain n’est pas seulement le moteur sanguin de notre physiologie. En effet, en temps de joie et de bonheur, d’euphorie et d’accomplissement, il devient un lieu de stockage des émotions. Quand nous éprouvons des sentiments et des sensations agréables, nous sentons que notre cœur grandit et devient plein. Voici une radiographie d’un cœur qui semblerait donc seul dans le monde, en train de souffrir, probablement de soif, de faim et d’autres maux, après avoir été une fois rempli. Le voyage de vie se termine si souvent en termes d’émotions et de sentiments que je finis par croire que la mort est plus liée aux sensations qu’à la santé elle-même. Je crois que notre cœur subit tant de variations d’humeur qu’il finit un jour par s’épuiser. En considérant que le bonheur et tous les sentiments et sensations qui lui ressemblent sont éphémères et que la tristesse est généralement longue, nous parcourons notre vie en « sous-alimentation émotionnelle ». Alors, nous pouvons penser que ça ne sert à rien de vivre en se posant trop de questions car notre voyage est court et la route est très longue.


Peur de lui

Patricia Trigueros

J

’ai peur de lui faire confiance. Il est capable de me faire sentir comme une fille dépourvue d’innocence et, en même temps, sans arrière pensées. A côté de lui, je suis une gamine tout court. Pourtant, je suis une jeune femme. Devant lui je perds cette conviction: mon esprit et mon âge se réduisent au profit du sien et de sa sagesse. Peut-être que le secret ne vient pas de la différence d’âge uniquement, du fait qu’il a vu des choses et des années que moi j’ignorerai peut-être toujours... mais aussi du fait qu’il détient le mystère qui pendant très longtemps m’a rendu folle. J’ai peur de me laisser toucher par ses mains et qu’elles volent ma jeunesse, lui, m’enveloppant avec ses secrets sans vraiment me les donner. Je crois que ma jeunesse sera raccourcie si je me prête à ce qu’il peut me faire. Elle sera noyée dans ce qu’il détient de plus que moi, dans cette différence d’âge. J’ai l’impression que lui faire confiance reviendrait à tout permettre dans ce qui m’est inconnu... et me coincer à nouveau entre la réalité et un rêve hideux qui m’a déjà attrapée. Je ne veux pas de quelqu’un qui veut de ma vulnérabilité mais pas de moi.

Toulouse, le 24 Mars 07 Pause Café

Bref...

V.O

Version Originale

Santiago Uhía

Lenguas muertas

Martes

No sé por qué, Pero desde que tu lengua No juega con la mía He perdido la elocuencia.

Amada dama: anda, ama. Dama, amada dama.

Untitled 3

No mires atrás.

Cuéntame en secreto Qué le hiciste al tiempo Que no puede verte, Que corre asustado Como un niño Siempre que tú estás.

Teoría del primer encuentro

Untitled 19 La nostalgia apremia Y el tiempo hace llorar. Es tal vez esa hora en que la soledad grita en la ventana, Pero ya el vino escasea y no se puede Ceder a la tentación de la desesperación. Mañana, será mañana.

Una breve mirada basta. Él la llenará de adjetivos, Ella lo deshará en caricias. Una brevísima mirada bastó.

En medio del desastre Qué triste es Saber con toda Certeza que Nada es eterno, Que todo se acaba, Que la alegría es efímera; Sólo queda Esperar con devoción Que el final nos sorprenda Juntos.


Portfolio Promenade en forĂŞt

Charles Badi


Men are ants

Rodrigo Dada


HighFidelity

Arcade Fire

Luís Enrique Forero

Au cours de la dernière décennie - à partir

Ces événements ont choqué la totalité de la bande. Win et Régine, qui se sont mariés à la mi-année, ont commencé à écrire des chansons teintées de douleur, irradiant une profonde mélancolie, clairement inspirées de la mort, du deuil et de la solitude.

de la fin des années 90 - plusieurs musiciens canadiens ont fait des propositions sonores très intéressantes au panorama Indie : Broken Social Scene, Feist, Patrick Watson et Wolf Parade, entre autres. Ces artistes ont acquis une envergure internationale. Ils sont actuellement des références inévitables Le résultat a été « Arcade Fire EP » sept de la musique alternative contemporaine. chansons réalisées par le groupe. Dans ce premier travail, Toutefois, l’élément le manque une certaine plus important de cette expérience, chose innouvelle vague doit être, évitable au vu des sans doute, Arcade Fire. circonstances. CepenDepuis leurs modestes dant, il contient déjà débuts, ils ont progresen germe des éléments sivement atteint une notoqui seront développés riété et attiré l’admiration dans les deux albums d’artistes reconnus. Leur suivants : une voix son plein de nuances et aiguë et désespérée leurs paroles profondé-celle de Win But©Arcade Fire Press Photo ler- qui projette un ment mélancoliques se sont répandus sur la Terre entière. Les écho profond et va dominer l’ensemble. débuts du groupe remontent à 2003, Win La constance du tambour, qui fonctionne Butler et de son frère cadet, William, origi- comme une base, un substrat de chansons et naires du Texas, États-Unis, mais résidant d’une variété d’instruments : guitare, ukulélé, à Montréal, Québec, ont rejoint Régine mandoline, accordéon, violon, harpe, entre Chassagne, Richard Reed Parry, Tim autres. Ce travail a été réédité en 2005 par Kingsbury, Jeremy Gara et Sarah Neufield, Merge, l’étiquette qui serait désormais celle et ont décidé de former le groupe. des albums de la bande. Lors de cette première année, le groupe a connu une série d’événements tragiques dans la vie personnelle de certains de ses membres : le grand-père des frères Butler, la grand-mère de Régine Chassagne et une tante de Richard Reed Parry sont morts.

En 2004 enfin, la bande débute avec « Funeral ». L’album est sorti le 14 Septembre, au Canada, et l’année suivante en Europe. Il est composé de dix morceaux, dont quatre sont structurés dans le cadre du mot « Neighborhood », avec leurs numéros.

Depuis Neighborhood No.1 (Tunnels) jusqu`àIn The Back Seat, chacune des chansons est un petit bijou. Néanmoins, pour apprécier la véritable beauté de ce disque il est nécessaire de l’écouter entièrement. C’est à ce moment que « Funeral » se transforme en un voyage délicieux dans l’émotion profonde qui envahit l’esprit, stimule l’imaginaire et provoque un frisson dans l’âme. L’année 2005 a fait d’Arcade Fire un des groupes représentatifs de la scène alternative. Ils ont commencé une tournée en Amérique du Nord et en Europe, jouant dans plusieurs festivals à la hauteur de Coachella et Lollapalooza aux Etats-Unis ou de Reading à Leeds au Royaume-Uni. Ils ont reçu d’énormes éloges de la presse spécialisée comme le New Musical Express, et Pitchfork Media. Selon l’édition d’avril de la revue Time, au Canada, Arcade Fire sont ceux « qui ont contribué à ce que la musique canadienne soit connue à travers le monde. ». ` En 2006, le groupe a commencé à mettre en place son nouveau travail. Ils ont déménagé à Farham, une ville près de Montréal, où ils ont acheté une petite abbaye. L’église est devenue leur propre studio d’enregistrement. Cette atmosphère a donné à Win Butler et compagnie la tranquillité nécessaire pour réfléchir sur leurs désirs et intentions musicales. Le groupe a été inspiré par un certain mysticisme et une religiosité. Les préoccupations des hommes sur la vie et la mort, l’anxiété et la recherche de Dieu ont envahi les accords et les paroles du groupe.

En Mars 2007, « Neon Bible » est sorti, composé de onze titres. Ce disque représente une augmentation exponentielle des ingrédients qui les définissent : Il y a un plus grand nombre d’instruments présents, dont certains très rares comme une vielle à roue (un instrument médiéval dont les cordes vibrent par la friction causée en tournant une roue installée à l’intérieur de la boîte de résonance), ou le son de la marche d’une bande militaire hongroise. La densité de la sonorité invite à écouter attentivement, à fermer les yeux et à se laisser émerveiller (j’ai été particulièrement ému par la belle éloquence de « My Body Is a Cage »). Dans chacune des chansons, l’harmonie entre les voix et les instruments est parfaite. Les présentations d’Arcade Fire méritent une mention spéciale. Ce qui les distingue de d’autres groupes est l’empathie vers le public, en particulier dans des lieux de petite taille. Dans un concert au théâtre Olympia, à Paris : Le groupe a commencé le concert près de l’entrée de la salle, avec des haut-parleurs en jouant et en chantant tout en marchant à travers les centaines de spectateurs, qui ont participé en offrant la percussion en battant vigoureusement le sol avec leurs pieds. Sincèrement j’exhorte le lecteur à assister dans l’avenir à un de leurs concerts. Si j’ai éveillé votre curiosité, après avoir entendu l’album, l’expérience serait complétée face à la scène, dans un tête-à-tête avec l’un des meilleurs groupes de la scène indie.


Profil

Fernando Uhía

Santiago Patiño

Fernando Uhía est un peintre colombien

né le 18 Août 1967 à Bogota, Colombie. À la fin de ses études d’arts plastiques, il obtient une bourse pour réaliser un MFA (Master in Fine Arts) à San Francisco, au sud-ouest des États-Unis, où il commence à développer le style qui va le caractériser par la suite de sa carrière artistique. À son retour à Bogota il devient enseignant d’arts à l’université des Andes, prestigieuse université de la capitale colombienne ; en voulant préserver sa création artistique, il expose ses travaux dans diverses galeries. En 2006, dans le cadre du prix d’art Luis Caballero, le plus célèbre au niveau national, Uhía a présenté son œuvre Masse Critique, une installation à grande échelle, où le son était l’élément fondamental pour mettre en question la notion de critique d’art. Pour ceci, il a utilisé plus de trente magnétophones identiques branchés entre eux, reproduisant simultanément dans la galerie le son de différents films d’action « prime time », émis dans des pics horaires d’audience récurrents en télévision. Ceci dans une perspective de critique à la perte d’identité, ainsi qu’une allégorie à la globalisation. Un an après d’être exposé, la proposition d’Uhía reçoit le prix Luis Caballero.

©Fernando Uhia

En 2008, l’artiste présente l’exposition « Régurgitant le design » composée de trois séries différentes : les ciclovias, les interférences et les paraguernicas. Les deux premières consistent en une continuation de la

proposition qu’il développe depuis dix ans, renversant des vernis et couleurs sur des portières d’HLMs. La dernière, les paraguernicas, incarne un retour à un langage plus figuratif. Il fait allusion aux massacres de paysans perpétrés avec des tronçonneuses par les paramilitaires en Colombie au cours des années précédentes. Cette année, Uhía présentera son œuvre dans le cadre de la biennale de la Havane, à Cuba.

Santiago Patiño: En Colombie, ce n’est pas habituel qu’une œuvre comme Masse Critique reçoive un prix. Pourquoi croyez vous que votre installation a gagné le prix Luis Caballero? Fernando Uhia: Si on est en train de faire référence à la technique installation, on peut dire que, en Colombie, c’est devenu normal donner des prix à des œuvres qui utilisent des techniques non traditionnelles plus ou moins depuis 1990. Mais si on fait référence au contenu, la médiatisation et la globalisation de sujets fades, celle-ci serait la première œuvre qui fait référence à cette thématique qui gagne un prix national. L’atmosphère médiatique, la media sphère, a répandu l’idée que les effets spéciaux et l’ample couverture sont le message, raison par laquelle n’importe quel dessinateur numérique ou consommateur médiatique croit, naïvement, qu’il est en train de faire art ou qu’il est en connexion avec le sommet de la civilisation occidentale. Je crois que le jury du IV prix Luis Caballero a compris que Masse Critique opère de manière contraire :

en révélant au consommateur médiatique que l’utilisation et l’abus de la médiatisation sont nuisibles et moralement polluants.

SP : Donc, Le fait que vous ayez obtenu ce prix signifie que le message que vous avez proposé est arrivé au public? FU: Les effets des œuvres sont impossibles de se mesurer, plus encore quand on se trouve si près des faits comme pour pouvoir les séparer des conséquences. De plus, les œuvres d’art ne fonctionnent pas comme des « messages » dans le sens littéraire du terme. On ne fait pas des œuvres d’art pour qu’elles soient lues, au moins pas totalement. L’idée de l’existence des arts dits visuels c’est qu’il y ait de l’information qui n’est pas codifiée qui fait face à nos sens, à nos interfaces. Dans d’autres mots, comme le dit John Berger, « la vue arrive avant que les mots », ce que veut dire que la façon de communiquer des œuvres d’art est beaucoup plus rapide et intuitive que la communication verbale, et structurellement différente, incommensurable avec d’autres formes de communication. Celle-ci est la base de la pratique artistique et de sa tradition séparée du langage. Faire des arts visuels consiste à arriver à interférer en ce qui arrive aux spectateurs, avec les mêmes outils de vélocité et intuition. Si dans un deuxième moment, on peut inférer quelque chose linguistiquement, ce qu’on appelle « message », tant mieux, mais il faut qu’il y ait toujours un espace pour l’expérience directe, impossible de codifier.


Je crois que dans le cas de Masse Critique le « message » arrivait à être inféré par la quantité et répétition de quelque chose qui semblait naturelle quand on l’observait dans d’autres contextes, par exemple le foyer. Si on répète et on exagère les voix doublées au Mexique des héros médiatiques comme Bruce Willis ou Van Damme, on peut expérimenter directement la force et le poids qu’elles ont pour contaminer les esprits faibles avec des « messages » violents et discriminatoires.

SP : Pensez vous que les images communes du consumérisme et de la culture « pop » sont devenus des éléments fréquents de l’esthétique contemporaine? ¿Est-ce que l’art est devenu médiatique ? FU: Le fait que les significats inhérents à la pratique récente des arts visuels se trouvent dans tous les écrans du monde ne veut pas dire que l’art s’est médiatisé. Mais dans le sens technique, c’est à dire celui qui a comme point de départ la Renaissance et ses innovations de perspective et clair-obscur, on peut dire que beaucoup des innovations et des d��couvertes techniques du passé sont partout, on peut les trouver dans les couvertures de magazines ou dans les effets spéciaux à la Harry Potter. Comme le dit Arthur Danto, si Giotto ressuscitait dans le présent il verrait dans les boîtes de céréales la plus grande création humaine, jusqu’au point de le faire abandonner ses recherches sur la perspective linéaire. D’un autre côté l’art dénommé POP a essayé d’appliquer à la tradition des arts

visuels une doctrine basée sur des objets quotidiens, manufacturés. Ce virage s’explique parce qu’avant le POP, la seule source de travail artistique qui existait c’était la vie émotive et psychologique de l’artiste, une dérivation assez tardive du Romantisme et de la philosophie hégélienne. Après la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, l’optimisme de l’American way of life a souligné les marchandises et le commerce exagéré comme la seule source possible pour la reconstruction de l’Europe et du Japon. L’art à profité de ce virage parce que le modèle émotif romantique se trouvait dans une impasse. Un deuxième moment d’optimisme forcé est apparu avec la chute du Mur de Berlin en 1990, moment parallèle avec l’expansion du micro-pouce et les ordinateurs, qui à fait que le POP, interprété comme une réaction ©Fernando Uhia valide de l’art vers l’exagération de la sensibilité du « je » artistique, s’est tourné, encore une fois vers un modèle vide et facile. Évidemment on ne cherche pas à revenir au « je » expressionniste, mais ce qu’on pourrait appeler esthétique contemporaine, totalement extériorisée et dépourvue d’ambition, mérite d’être interpellée.

SP : C’est vraie que cette médiatisation fait que le rôle de l’artiste créateur d’images soit superflu et même obsolète ? FU : Non, ce n’est pas vrai. Ce qui est médiatisé sont les images et les contenus facilement digérables. Les contenus nouveaux ou qui ont

besoin d’un certain degré d’attention ne vont jamais être populaires ni médiatisés parce qu’ils demandent des efforts et la culture médiatique est liée a l’expansion capitaliste, où le plus « intelligent » consomme plus d’images et profite du désordre existant dans la media sphère. Attraper quelque chose dans ce désordre ne demande pas d’effort et ce qui est globalisé c’est la paresse et les plaisirs paresseux. On a la tendance à penser à l’artiste seulement comme un créateur d’images, fonction qui est faite aujourd’hui para les photocopieuses et même par les caméras IMAX, mais en réalité, dans la tradition des Arts Visuels, la partie visuelle est seulement une fraction du problème. Ce qu’on appelle les Avant-gardes de la première moitié du Vingtième Siècle ont compris que cette tâche a été mécanisée depuis l’apparition de la photographie. Avec les Avant-gardes on a compris que la pratique artistique est un travail étique, politique, et que faire de l’art consiste précisément en voler de l’espace à la media sphère, récupérer ce qui est sensible pour les personnes et l’ôter des mains des multinationales de l’image. Dans ce sens, le travail artistique est un travail en négatif, qui, au lieu d’introduire plus d’images dans la media sphère, invente des stratégies pour éviter son expansion et faire face au pouvoir polluant de l’ultra droite.

SP : D’où vient le titre de votre exposition plus récente : Régurgitant le design ? FU : C’est la même chose de laquelle je parlais avant. La culture médiatique oblige à une indigestion constante, où nous ne comprenons rien, seulement nous consommons des contenus légers : un type d’addiction qui évite l’utilisation de notre faculté rationnelle. Régurgiter est une invitation à regarder attentivement, à penser avant de consommer quelque chose, ne pas seulement les images. En même temps, ce titre est une arme à double tranchant, car il s’apparente à un titre de magazine, une phrase médiatique, d’où le déclenchement d’un paradoxe qui fait réfléchir le spectateur. S P : Q u e représente la série Paraguernicas? ©Fernando Uhia

FU : Pour ma carrière elle représente une manière intelligente de fusionner un fait douloureux régional avec une imaginaire global, ceci déclenche des questions sur la validité de la mondialisation économique et médiatique, et sur le besoin de repenser et dédier du temps à résoudre les problèmes sociaux de notre entourage immédiq<sdfat avant de vendre nos nations à des intérêts faussement universels

SP :Pourquoi vous avez choisi Les Simpsons pour faire référence au phénomène paramilitaire de votre pays ? FU : Je n’ai pas choisi Les Simpsons, j’ai


choisi des petites figurines, plates comme une carte de crédit, qui venaient dans les paquets de chips d’une entreprise mondiale, et avec les quelles cette entreprise à augmenté ses ventes des centaines de fois. Ces formes ont été créées par Matt Groening, créateur des Simpsons, mais dans le cas latino-américain elles ont été adaptées à des sujets plus « latinos » comme le football ou le collectionnisme de chevaux. Ce qui a attiré le plus mon attention c’est que, en 2001, quand les petites figurines sont sorties dans les paquets de chips, je voyais en elles plutôt les massacres avec des tronçonneuses et non les personnages des caricatures. Ceci a fait que j’ai collectionné plus ou moins 40 figurines pendant 5 ans, prévoyant des meilleurs moments pour les traduire de manière picturale. C’est-à-dire que j’ai attendu le moment dans lequel on a crée de toutes pièces une comédie médiatique où on a couvert toutes ces actions sanglantes avec des politiques de pardon aux paramilitaires, des politiques qui conviennent seulement à quelques uns, ceux qui ont toujours été gâtés parl’État Colombien, qui a toujours été un Etat d’ultra-droite. Là où tout le monde voyait les Simpsons comme inoffensifs, l’exposition a permis de voir des problèmes de transmission des chaînes d’information, d’hypertextes « visuels » construits depuis des éléments issus de la banalité tels que ces figurines en plastiques.

quel serait l’impact d’œuvres comme les Paraguernicas hors du contexte de l’Amérique Latine ? FU : Je ne sais pas. Je fais l’effort de faire des choses qui fonctionnent à l’intérieur de la Colombie car je ne pense pas vraiment qu’il y ait des œuvres « globales » dans le sens universaliste de la philosophie grecque ou de l’humanisme colonialiste. Il n’y a rien qui soit universel, le fait c’est qu’il n’y a que des individus et des idées flottantes. Fortifier les éléments culturels locaux signifie fortifier les valeurs altermondialistes, qui s’opposent dans le sens éthique aux intérêts économiques mesquins. Est-ce que on préfère mondialiser, le boudin ou les télécommunications? Les télécommunications, car elles augmentent simultanément les plaisirs paresseux et le capitalisme sauvage. ©Fernando Uhia

faits naturels. Plus ces faits seront ramenés à leur véritable origine humaine (grâce à l’art), plus notre société sera juste. Je ne suis pas certain que l’art soit dénonciateur, puisque ce type d’actions son faites par les activistes. Ce que fait l’art c’est profiter des canaux à travers lesquels les politiques se solidifient, à travers lesquels les injustes se perpétuent au pouvoir. Ces canaux sont les sens humains. En tenant en compte que depuis l’invention de la photographie les plus puissants ont tiré profit de toutes les innovations techniques utilisées par les artistes pour créer plus d’iniquité, il est totalement nécessaire que quelqu’un réagisse en utilisant ces mêmes outils pour achever exactement le contraire, pour atteindre enfin et d’une fois pour toutes les idéaux de l’Illustration : liberté, égalité et fraternité. Il ya a encore beaucoup de choses à humaniser à travers l’art, même plus qu’’il y a 50 ans, ceci s’explique par le fait que le rôle de l’art est devenu, plus qu’un métier décoratif, une activité indispensable pour la continuité de l’espèce humaine.

SP : Dans votre opinion Est-ce que l’art a un rôle social ? Les dénonciations sociales qui se font à travers l’art ont-elles un impact social ou, restent-elles tout simplement dans les galeries ?

FU : Son rôle principal c’est de rendre palpable le fait que les choses peuvent être différentes. L’artiste est un expert de la différence, il peut faire en sorte que n’importe quel type de succès puisse atteindre le degré d’humanité de celui qui l’a produit. Le problème principal des sociétés humaines depuis longtemps c’est de faire passer des faits humains par SP : En tant qu’artiste colombien, selon vous des faits divins ; des faits humains par des

Traduit de l’espagnol par : Camila Montoya

©Fernando Uhia


Cabaret

Dean Chamberlain’s Light Paintings Julia Zinovjeva

L’exposition de Dean Chamberlain Light

Paintings était présentée de 17 au 23 Novembre 2008 à Meta Gallery, Toronto. Cette exposition consistait de 16 travaux de photographies réalisées entre 1980 et 2001. C’est la première solo exposition de Dean Chamberlain au Canada.

photographique qui consiste à jouer avec une source de lumière dans un environnement sombre pour dessiner des trainées lumineuses. Cela est possible en réglant l’appareil photo sur une longue exposition, permettant au capteur d’enregistrer les mouvements de la source de lumière.

L’avantage de cette technique par rapport au flash est la possibilité de sélectionner très précisément les zones à éclairer et la quantité de lumière à distribuer sur le sujet. Cette technique originale permet à Dean Chamberlain de créer des œuvres mystérieuses et irréelles. L’artiste cherche à reproduire des ambiances originales, brillantes et vives par des couleurs. Le spectateur est attiré par la luminosité de ces ©Dean Chamberlain- Yellow Falling photographies. Le choix d’éclairage des objets, la palette de couleurs Le light painting n’est pas un phénomène sont originales et innovantes. récent puisque le photographe albanais Gjon Mili avait déjà expérimenté avec la complicité de Pablo Picasso en 1949. Cepen- Dans cette exposition la lumière est au centre. dant, ce mode d’expression artistique connait Tous les éléments et objets du sujet sont soiactuellement un regain d’intérêt. Le light gneusement éclairés par des lumières différenpainting, aussi appelé light drawing, light tes. Chaque photographie a son sujet origigraffiti ou light graph est une technique nal, des ambiances irréelles, inhabituelles. Artiste photographe unique en son genre, il pratique dès 1977 sa technique de peinture par la lumière. Appliquant des temps de pose extrêmement longs, parfois jusqu’à cinq heures, il utilise des sources de lumières variées et des gélatines de couleurs pour éclairer chaque élément de ses compositions. Le titre de cette exposition Light Paintings, décrit au mieux la nature de son travail.

L’artiste travaille souvent avec des paysages mystérieux, des forêts illuminées, des portraits de célébrités dans des ambiances fantaisistes. Les photographies de forêts mystérieuses Yellow Falling (1989) et Yellow Road (1989) invitent le spectateur dans un monde totalement énigmatique. Les arbres illuminés dans la nuit, les chemins éclairés, les feuilles brillantes créent toute une ambiance mystique. Souvent ses photographies sont prises avec une perspective en plongée, une profondeur qui invite le spectateur à entrer dans ces mondes lumineux. Chamberlain dessine avec la lumière des histoires, des contes magiques et invite le spectateur à plonger dans ces images attirantes, tellement chargé des détails, des couleurs inattendues, des sujets mystiques. En outre les portraits de célébrités comme Keith Haring (1986), Albert Hofman (1999), Alba Clemente (1995) frappent l’œil avec l’explosion des couleurs. Chamberlain est un vrai spécialiste de la lumière, qui tire l’art du portrait vers un niveau de lecture supérieur. Il crée des situations bizarres

pour chacun de ces personnages. Par exemple l’actrice Alba Clemente est représentée allongée dans une grande chambre illuminée et chargée des milliers des détails. Le spectateur peut être frappé par le choix des couleurs inattendues, comme le feu de la cheminée de couleur bleu vif et les murs verts, par le choix des objets présentés, de la perspective de l’espace, du paysage mystique vu par la fenêtre. Ceci crée des portraits originaux et présente les célébrités dans un autre monde irréel, vu et « dessiné » par le photographe. Les endroits lumineux des photographies ont une grande force, qui peut faire penser à la retouche des photographies à l’aide d’ordinateur. Mais seul un grand travail de photographe, ses idées pertinentes, la patience, la maîtrise de la technique originale et les recherches infinies sur les lumières sont les résultats présentés au public dans cette exposition. ©Dean Chamberlain- Keith Haring


Hiroshima mon amour a 50 ans

millimètres

Patricia Trigueros

C’est l’année de l’anniversaire d’un grand

lancé la première bombe atomique. Et ils se rapprochent d’avantage. Lui avoue avoir un lien avec la souffrance qui s’est emparée de la ville, une souffrance qui passe par le silence, plutôt visible que dicible et devient le confident de la jeune actrice. Le jour de départ à Paris de cette dernière s’approche, Regarder Hiroshima mon amour, c’est plon- mais ceci ne l’empêche pas d’évoquer Nevers. ger dans le dynamisme d’une petite histoire étroitement liée a la grande Histoire. Pen- Un deuxième nom de ville s’ajoute donc au dant une heure et demie, le spectateur suit dialogue qui se déforme en fonction de la l’interaction de deux personnages: Elle et déformation des sentiments de cette femme Lui. Elle est une actrice Française qui se : elle se noie dans un désir, se promène dans rend à Hiroshima pour tourner un film sur Hiroshima et l’on entend son esprit qui veut la paix et Lui un architecte qui vit dans cette dire à son amant « Tu me tues, tu me fais du ville qui « était faite à la taille de l’amour » bien » ; elle remémore sa jeunesse troublante et malgré l’Histoire, l’horreur qui l’a un jour les lieux deviennent silencieux jusqu’ à devenir les souvenirs d’une jeune fille amouravagée. reuse d’un soldat Allemand à Nevers avant C’est ainsi qu’ils se rencontrent et devien- sa libération, tout réduit à la taille du mot nent amants, qu’ils se trouvent l’un à l’autre « Nevers ». L’on assiste au théâtre de la proparmi les souvenirs indescriptibles représen- fondeur de ces échanges entre Elle et Lui. tés par un entassement d’images de victimes De ce qu’ils ont vécu ne peut naître que la et ensuite par une paire de corps couverts de mémoire individuelle qu’ils représentent cendres. Ce sont les corps des amants, et le et de leur exemple peut-être l’espoir d’une dialogue devient aussi clair qu’il était figu- réconciliation de peuples, surtout qu’à la ré au début, lors des répétitions pénétrantes fin ils ont le souvenir de leur histoire, de faites par la voix-off du personnage masculin, leur amour et ce qui reste n’est plus que deux exemple premier de la beauté du scénario noms de deux villes : « Ne-vers », « Hi-ro-shide Marguerite Duras : « Tu n’a rien vu a ma ». Hiroshima ». La toile de fond de l’histoire qui vient juste de commencer est alors mise L’histoire du cinéma ne connaissait pas de en place : on est dans le cadre de deux per- film pareil quand Hiroshima mon amour sonnes qui tombent amoureuses là où l’on a est apparu. Ce fut le premier à se détacher

film dans l’histoire du cinéma et nous vous invitons à le fêter en vous rappelant la grandeur du travail sur la mémoire et sur la forme cinématographique derrière le premier long-métrage d’Alain Resnais.

des formes traditionnelles cinématographiques, dans la même ligne que A Bout de Souffle et autres films de la nouvelle vague, gr��ce a l’intensité de l’édition dont il participe, dans le sens où la représentation de la psychologie des personnages l’emporte sur le réalisme et le cadre spatio-temporel dépend plutôt des sentiments d’une femme que d’une chronologie. Autrement dit, c’est innovant au point de vue de la forme, ce qui est d’autant plus réussi sachant que le contenu est aussi bien traité que si le film avait été réalisé de manière plus conventionnelle. Il faut donc admirer Alain Resnais et Margueritte Duras, les remercier d’avoir rendu possible la transposition du nouveau roman au grand écran. La richesse de cette œuvre en réflexions sur la mémoire et le devenir de l’être humain est transparente. Le film est en soi un spectacle qui renferme le spectateur dans un univers visuel et sonore, ou se juxtaposent les mots et les images, la musique et les sons, qui peuvent être aussi abruptes que doux. De cela la parenté importante de cette œuvre non seulement avec les innovations cinématographiques et littéraires contemporaines mais aussi avec des formes d’art modernes. C’est un film qui naît de l’influence de musiciens comme Igor Stravinski, compositeur Russe qui s’est démarqué par son travail avec les technologies dont il disposait à son époque et par sa musique sérielle a la fin de sa carrière

artistique. Nous retrouvons aussi, dans une certaine mesure, les propos des surréalistes et leur invitation a l’exploration du fantasmagorique, ce qui va être vrai pour le suivant film du réalisateur, soit L’année dernière à Marienbad. Et, enfin, ces images en noir et blanc de deux amants qui profitent l’un de l’autre et se rapprochent en si peu de temps, des images à Hiroshima, à Nevers, ne sont-elles pas à la fois un peu cubistes dans l’architecture qu’elles y représentent, à la fois aussi expressionniste qu’une toile de Marc Chagall ? Cinq décennies se sont écoulées depuis, mais le temps ne parvient pas à effacer l’importance de ce film. C’est bien grâce aux différentes réflexions qui s’y dégagent, aux images, aux sens, aux sons que l’on retient. Hiroshima mon amour est entré dans la mémoire du cinéma et peut-être que dans cinquante ans il y sera toujours. Jusqu’à présent ni le public ni les cinéastes l’ont oublié.


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