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Une alternative à l’insistance sur la rationalité économique comme explication pour le comportement consiste à mettre l’accent sur les relations humaines (Lejano, 2006). Construire les relations entre les partenaires en conservation demande de passer du développement des intérêts mutuels au développement des identités mutuelles, qui peuvent être construites autour des symboles partagés tels que le parc lui-même ou les espèces charismatiques comme les gorilles de montagne. Les activités exécutées conjointement, telles que les patrouilles des gardes et les recensements des gorilles, permettent aux participants des deux côtés de la frontière de se voir eux-mêmes comme un groupe, avec une identité collective. Dans une étude menée en 2003 et portant sur 136 complexes de parcs transfrontaliers, Zbicz a trouvé que l’existence des contacts interpersonnels est le déterminant le plus fort pour une coopération active (Lejano, 2006). Regarder la coopération à travers les lentilles des relations interpersonnelles, avec la force des institutions transfrontalières liées à la largeur et la profondeur de ces relations, permet une meilleure compréhension de l’importance du passé. Avec l’analyse du choix rationnel, le passé est largement sans importance puisque les choix actuels sont basés sur les attentes pour de futures avantages. Avec l’accent mis sur les relations, le passé devient très important, parce que les caractéristiques pour des relations fortes, telles que la confiance sont le résultat de l’expérience antérieure.

Analyse du thème

Les premières années de la collaboration informelle Les tentatives initiales pour développer la coopération bilatérale et trilatérale dans la gestion des parcs n’ont pas réussi à gagner de l’entrain pour être poursuivies. Par exemple, une réunion Tripartite pour le Développement du Tourisme s’est tenue à Kigali en 1973 en vue de développer un plan d’action régional, mais n’a pas réussi à porter de fruit (d’Huart, 1989). Le prédécesseur du PICG, le Projet de Gorille de Montagne (MGP), a été formé en 1979 avec un mandat de travailler au Rwanda uniquement. La nécessité d’opérer au delà des frontières nationales a été suscitée par l’expérience même de MGP issue des réalités de la conservation des gorilles, mais aussi d’une sensibilisation croissante parmi les autres agences de conservation opérant au sein du Rift Albertin. Vers la fin des années 1980s, la reconnaissance de l’importance de la collaboration tranfrontalière a commencé à prendre pied réellement. En 1989, un forum régional sur les écosystèmes des forêts afromontaines a été formée et sa première conférence a eu lieu cette même année à Cyangugu, avec deux suivantes, respectivement à Bujumbura en 1992 et Mbarara en 1994 (Lanjouw et al., 2001). Aussi à lafin des années 1980s, l’UE était à la recherche des moyens pour relier ses interventions à l’Est du RDCongo et à l’autre côté de la frontière en Uganda. Le résultat était un plan d’action recommandé qui impliquait entre autres choses, l’expansion du Statut de Patrimoine Mondial au de là de la frontière à partir du PNVi dans la partie ougandaise de l’écosystème; l’extension et l’harmonisation du tourisme aux gorilles; l’harmonisation des plans de gestion; et l’établissement d’un Comité de Gestion des Ressources (d’Huart, 1989).

La guerre a frappé la région en 1990, avec le FPR basé en Uganda et combattant pour saisir le pouvoir au Rwanda. La RDCongo elle était immergée dans ses propres problèmes, avec les crises économiques et politiques qui ont conduit aux violentes émeutes en 1991 et le retrait de la plupart des donateurs. Les relations entre la RDCongo, Rwanda et Uganda étaient telles que les frontières étaient fermées durant toute la période de la guerre rwandaise entre 1990-1994. Tenant cela en considération, il est vraiment très remarquable que les partenaires du MGP aient été capables de réunir les trois Autorités des Aires Protégées (AAPs) en 1991 et aient réussi à arriver à un accord sur un programme de conservation impliquant tous les trois pays, avec un cadre présageant sur la collaboration transfrontalière. A ce point dans ce rapport, nous devons souligner cela comme un point critique de l’histoire de la collaboration transfrontalière du PICG. Apprendre des leçons à partir de l’expérience du PICG revient en grande partie à essayer de comprendre cette réalisation. Dans le reste des sections de ce chapitre du présent rapport, nous allons continuer à décrire les activités du PICG. Dans le chapitre qui va suivre, nous allons prendre une approche plus analytique en vue d’arriver à cette compréhension. Les activités initiales du PICG consistaient essentiellement à supporter les trois AAPs, octroyant des équipements de base, qui étaient souvent pillés, suite au conflit. Pendant la période 1991-1994, les activités transfrontalières du PICG étaient largement confinées en RDCongo et Rwanda, avec des réunions bilatérales des représentants des deux AAPs et des visites transfrontalières des personnels de terrain. A partir de Novembre 1993 jusqu’au génocide d’Avril 1994, il y avait eu une brève période pour l’organisation des patrouilles conjointes ORTPNICCN avec des équipes d’à peu près 10 gardes pour camper et travailler ensemble pendant environ une semaine. A ce moment là, les relations entre le Rwanda et l’Uganda s’étaient trop détériorées pour s’engager dans ce genre patrouilles. Par exemple, il arrivait que les gorilles traversaient occasionnellement la frontière en venant de Bwindi vers la Réserve Forestière de Sarambwe, un événement qui a toujours causé une grande inquiétude suite au niveau très bas de protection au niveau de Sarambwe. Quand ceci est arrivé en 1993, le PICG a pu contacter le personnel de l’ICCN au niveau de Rumangabo qui ont accepté de détacher une patrouille dans cette partie. Vers la fin des années 1990s, il y avait des réunions informelles entre les AAPs de QENP et le

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20 Ans de PICG: Leçons Apprises dans la Conservation des Gorilles de Montagne  

Le Programme International de Conservation des Gorilles

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