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Dans le cas de l’achat de terres à Nkuringo, les choses étaient, du moins dans les premières phases du processus, beaucoup mieux conduits. Les communautés avaient été consultées, la grande majorité (93%) parmi ces dernières manifestant la volonté de vendre leurs parcelles, et la préparation pour l’acquisition des terres a pris quelques années, durant lesquelles les plans d’utilisation étaient discutés à plusieurs niveaux. Les propriétaires ont reçu de bonnes sommes d’argent pour leurs parcelles et la vaste majorité parmi eux était contente de cette opération, ou bien tel était le sentiment général à ce moment là. Cinq ans plus tard, le sentiment pourrait être légèrement différent, avec un nombre de plus en plus grand des paysans évoquant leur déception et regrettant pour avoir vendu leurs parcelles. Ce sentiment tient ses racines directes dans la manière dont la zone tampon a été gérée depuis lors, et le fait que les conflits homme-animaux sauvages n’a toujours pas trouvé de solution réelle et durable. Une telle situation explique les sentiments plutôt mitigés exprimés par les auteurs qui ont évalué le processus et le principe de l’achat des terres à Nkuringo, quelques uns parmi eux étant plutôt négatives (Namara, 2006; Laudati, 2010) et les autres étant beaucoup plus positifs (Luseesa, 2008; Martin et al., 2008).

Dans le cas de Buhoma et Nkuringo, l’évaluation de la valeur et des mérites de l’achat des terres est donc une entreprise délicate qui demande au moins au préalable la validation des principes et des objectifs de l’opération. Par conséquent, ceci appelle à passer assez de temps avant de sauter sur des conclusions qu’elles soient positives ou négatives. Si les Autorités des APs et leurs partenaires respectifs dans les trois pays considèrent des initiatives dans le futur d’achat de nouvelles terres soit pour augmenter la taille de la zone sous protection ou de créer des zones tampons, il serait utile de comparer les mérites entre les modes d’acquisition pure et simple avec ceux sous forme de [“mise en demeure pour la conservation”] où les propriétaires retiennent généralement les droits de propriétés mais les louent à des fins de conservation (Watson et al., 2010).

Recommandations Mettre en oeuvre des recommandations antérieures Un nombre de recommandations qui avaient été émises dans des rapports antérieurs, datant de plus de 10 ans, restent encore valides aujourd’hui d’autant plus qu’ils n’avaient pas été mises en oeuvre immédiatement (par exemple Massif, 2000 et Musaasizi, 2006). Ceci est particulièrement vrai pour les aspects de durabilité du programme HUGO et le processus de suivi de tous les paramètres relatifs aux conflits homme-animaux sauvages (voir ci-dessous).

Identifier les solutions appropriées pour la durabilité du programme HUGO

Dans les toutes premières années, le programme HUGO était perçu comme étant particulièrement réussi. Aujourd’hui, même si la réponse globale des gorilles aux méthodes de refoulement est devenue en quelque sorte diminuée, le simple fait d’avoir un processus impliquant les membres de la communauté qui s’occupent de cet aspect du conflit est définitivement un atout. Afin de pérenniser ces réalisations et les rendre plus efficientes, il est plus que grand temps de considérer l’aspect de durabilité. Le présent rapport a décrit certaines des options qui devraient être explorées dès la première occasion, et qui pourrait définitivement renforcer le programme en tant mécanisme institutionnalisé: taxe gorille, NCDF, MBCT et même UWA. Le rôle du PICG devrait être celui de la plaidoirie pour cette solution et peut être aussi en tandque partenaire technique pour conseil. Dans le cas de la RDCongo, où le programme HUGO a été en quelque sorte momentanément interrompu, le PICG devrait engager ICCN et considérer les options en vue de ré-établir un programme effectif de résolution de conflit.

Ré-établir et maintenir les programme de suivi à tous les niveaux

La présente étude a montré combien il est difficile de procéder à une évaluation objective de ce qui a été fait au cours des années en termes de conflits homme-animaux sauvages et gestion de la zone tampon, et cela suite au manque de données systématiques et de long terme. Cette observation couvre plusieurs facettes du problème: des réponses écologiques basiques relatives aux espèces animales principalement concernées par le problème, l’intensité et la distribution des incidents de destruction des cultures, impact des stratégies des solutions pour la résolution du conflit etc. Sans ce genre d’information, il s’avère impossible de continuer la mise en oeuvre des projets et de valider les options choisies, ou même de convaincre les institutions politiques et les donateurs.

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20 Ans de PICG: Leçons Apprises dans la Conservation des Gorilles de Montagne  

Le Programme International de Conservation des Gorilles

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