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Leçon 7: Une fois identifiés et acceptés, les objectifs de la zone tampon doivent être entièrement mis en exécution. Selon la revue littéraire faite par Martino (2001), il y a deux positions antagonistes qui ont été identifiées concernant les zones tampon autour des aires protégées. Une propose les zones tampons comme extension des parcs nationaux et l’autre justifie le rôle majeur des zones tampons consistant à intégrer les parcs avec la population. De manière intéressante, la zone tampon de Nkuringo satisfait bien aux deux perceptions, avec la zone interne qui est de fait une extension du parc et celle externe étant conjointement gérée par UWA et NCDF qui représente les communautés. Le plan d’aménagement de la zone tampon de Nkuringo (NCDF et UWA, 2007) stipule comme son but de gestion: “Réduire le conflit homme-animaux sauvages tout en protégeant la population en danger critique des gorilles de montagne et contribuant à l’amélioration des conditions de vie des communautés avoisinantes”. Les quatre objectifs identifiés sous ce but sont: • Réduire l’endommagement des cultures et autres activités destructrices par les animaux sauvages et renforcer les bonnes relations de collaboration entre les communautés locales et l’autorité de gestion du parc; • Assurer la sécurité générale des gorilles de montagne et participer au contrôle de maladies;

• Contribuer à l’augmentation des revenus des ménages pour les communautés adjacentes au parc et assurer l’utilisation des ressources de la zone tampon; • Promouvoir la sensibilisation environnementale et la participation communautaire dans la gestion de la zone tampon; Étant donné l’absence des données objectives, l’on peut que se baser sur des impressions pour vérifier certains de ces objectifs. Partant des récits des communautés, particulièrement les populations sur la ligne de front vivant à côté des limites de la zone tampon, le niveau de dommages aux cultures n’a jamais diminué, par contre beaucoup clament qu’il s’est même empiré (Luseesa, 2008). Ceci en retour a évidemment un impact sur “les bonnes relations de collaboration entre les communautés locales et l’autorité de gestion du parc”. Quant au deuxième objectif, les données récentes de l’aire d’évolution des gorilles semblent indiquer que, du moins pour le groupe de Nkuringo, les gorilles passent toujours beaucoup de leur temps en dehors du parc et même sur des terres appartenant aux communautés à l’extérieur de la zone tampon (voir Figures 7 et 8). Même s’il n y a pas encore eu de maladies épidémiques signalées depuis l’épidémie [scabies=maladie cutanée?] vers la fin des années 1990s, le simple fait que les gorilles passe une bonne partie de leur temps en dehors de la forêt crée des risques potentiels de maladies pour ce groupe.

Dans le meilleur des scénarios, les communautés auraient des bénéfices découlant de l’utilisation conjointe de la partie externe de la zone tampon, plus concrètement en cultivant et en récoltant des cultures de rente. Malheureusement, les quelques tentatives essayées avec différentes cultures et des modes d’utilisation des terres n’ont pas encore prouvé “leur contribution à l’augmentation des revenus pour les communautés adjacentes au parc” (Luseesa, 2008; Andama, 2009). Bien plus, l’augmentation en nombre d’incidents de conflits hommeanimaux sauvages autour de la zone tampon apporte une couche supplémentaire de coûts pour les paysans et leurs cultures.

Le quatrième objectif a été en quelque sorte réalisé, du moins partiellement. Les populations avoisinant la zone tampon ont certainement un niveau de sensibilisation plus élevé et leur “participation” a toujours été relativement élevée (voir les différents niveaux de participation ci-dessus décrits). Cependant, il est aussi clair que la motivation des communautés a décliné au fur des ans, résultant des nombreuses solutions qui ont été testées et qui ont échoué (Luseesa, 2008).

Se référant encore sur le plan d’aménagement de Nkuringo produit en 2007 et le comparant à la situation actuelle sur le terrain, l’observation la plus empoignante est que la zone interne, qui était supposée “d’être activement manipulée afin d’empêcher la régénération de la forêt naturelle” a en effet laissée libre pour régénérer. Cette végétation secondaire représente un excellent habitat pour quelques espèces d’animaux sauvages, particulièrement les gorilles, qui sont de fait attirés dans cet endroit. Mais plus troublant est que la zone externe, dans plusieurs endroits, commence à ressembler à la zone interne, puisque les tentatives de cultiver les cultures dans la zone tampon n’ont pas réussi et que la végétation y est croissante. Une conclusion malheureuse sur l’état actuel de la zone tampon est que, dans l’esprit de plusieurs membres des communautés et sous forme de critiques, le parc a été effectivement étendu. Les accusations d’ “empiétement” du parc sur des terres des communautés (Geisler, 2003; Namara, 2006; Laudati, 2010), seront toujours difficiles à contrecarrer, tant qu’elles ne seront pas déniées par des actions correctives.

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20 Ans de PICG: Leçons Apprises dans la Conservation des Gorilles de Montagne  

Le Programme International de Conservation des Gorilles

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