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EXPRESSO QUOTIDIEN DU MASTER DE JOURNALISME DE L’ INSTITUT FRANÇAIS DE PRESSE - PROMO 2015

11 02 2014

L’ESSENTIEL FRANCE

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Querelle autour des livres scolaires

n Nouvelle polémique

autour d’ une déclaration erronée de Jean-François Copé sur l’enseignement de la « théorie du genre à l'école »

INTERNATIONAL

# 05

Le gouvernement défend son projet devant le PS

Le pacte qui divise les socialistes

P.4

Tournée américaine pour Hollande

Barack Obama a déroulé le tapis rouge pour le président français. Après un passage par Washington, ce dernier se rendra demain dans la Silicon Valley

n

ECO/CONSO

P.6

Les taxis en colère

Les propriétaires de licences ont paralysé la capitale hier pour protester contre une ouverture de la profession à la concurrence. Une situation explosive pour le gouvernement.

n

CULTURE

P.8

Les professionnels dans la rue

Le monde de la culture défilait hier à Paris pour protester contre les coupes budgétaires

n

SPORT

P.9

Foot : tacle sur la formation française

n Après les critiques

de Gregory van der Wiel contre les jeunes joueurs français, la question de la formation « à la française »

L’aile gauche du PS fustige l’orientation libérale prise par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault

n Jean-Marc Ayrault a appelé hier les forts remous au sein du Parti socia-

socialistes à se mobiliser pour la réussite du pacte de responsabilité. Le tournant social-démocrate assumé par François Hollande le 14 janvier dernier crée de

liste. Un tiers des membres du bureau national a rendu public lundi un texte appelant à une réorientation radicale de la politique économique. PAGE 2


FRANCE POLITIQUE Le pacte de responsabilité débattu au sein de la majorité

Le PS en plein doute

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almené par l’aile gauche du parti socialiste, Jean-Marc Ayrault a appelé lundi 10 février la majorité à se mobiliser pour la réussite du «pacte de responsabilité» Signe des vifs débats qui agitent les rangs de la gauche, la direction du Parti socialiste avait organisé un séminaire à Paris pour débattre des doutes liés au projet présidentiel . Le 14 janvier, lors de sa conférence de presse, François Hollande avait annoncé une baisse de 30 milliards d’euros des charges des entreprises en échange, selon ses souhaits, d’engagements sur l’investissement et l’emploi. Une majorité déjà divisée Depuis, le patronat refuse de s’engager sur des objectifs chiffrés, ce qui a renforcé les doutes de certains élus socialistes qui dénoncent « des cadeaux aux patrons ». Lundi matin, un tiers des membres du Bureau national du PS avait signé et rendu public un texte intitulé « il n’y a pas qu’une seule politique possible » et réclamant une réorien-

Des élus PS s’insurgent devant le virage social-démocrate amorcé par le Président de la République (Crédit : Reuters) tation radicale de la politique économique . Lors du séminaire, Jean-Marc Ayrault a appelé la majorité à «se mobiliser à fond» pour faire reculer durablement le chômage», « il ne faut pas se laisser aller à des débats secondaires. Nous avons besoin de tout le monde » a t il lancé .

Mais les élections municipales approchent et la gauche s’inquiète. Elle redoute que l’abstention dans ses rangs favorise le vote UMP et FN. « On voit bien qu’une partie de l’électorat, notamment de gauche, pourrait s’abstenir parce qu’il se pose des questions sur la suite», a- déclaré Claude Bartolone, le

président de l’Assemblée nationale. Le premier secrétaire du PS, Harlem Désir, a quant à lui réclamé un engagement des forces économiques et sociales pour que le «pacte» ait des contreparties « claires et vérifiables». En clair le PS demande des gestes forts au patronat . Le virage social démocrate assumé par François Hollande se révèle de plus en plus périlleux . La droite qui était apparue dans un premier temps divisée, ne cesse de faire corps contre la majorité . Tout est prétexte à critiques, les réformes de société comme le pacte de responsabilité. Le climat devient de plus en plus hostile à l’égard du Président de la République . Sur la défensive, la gauche peine à assumer un tournant auquel elle n’avait pas été préparée. Seuls des résultats tangibles en matière de chômage seraient en mesure de modifier la donne. Mais échaudé par les engagements non tenus de l’an dernier , François Hollande se garde désormais de toute promesse. La séquence électorale s’annonce difficile . o Evelyne Louzingou

L’autre politique » défendue par l’aile gauche du PS

Un tiers environ des socialistes mène la fronde contre la « sociale démocratie » assumée de François Hollande. Dans un réquisitoire intitulé « Il n’y a pas qu’une seule politique possible », ils proposent une autre politique économique. Parmi les signataires, Henri Emmanuelli, Paul Quilès, Marie-Noëlle Lienemann, Julien Dray, Jérôme Guedj Emmanuel Maurel, voici ce qu’ils proposent :

1. Une autre politique de l’offre : Selon eux la suppression des cotisations familiales des entreprises est un marché de dupes car le Medef refuse la politique du donnant donnant. En outre, se focaliser sur la baisse des charges est selon eux une erreur : pour favoriser l’offre, ils faut investir « dans l’éducation, la formation, la recherche et la transition énérgétique. »

2. Rejeter les politiques de restriction : Pour que l’Etat puisse investir, il faut remettre en cause l’austérité budgétaire « Loin de réduire la dette, l’austérité contribue à l’augmenter davantage » affirment les signataires qui demandent une renégociation des traités budgétaires au niveau européen. 3. Relancer la consommation : Pour doper la croissance, il faut

soutenir « la consommation populaire ». Cela passe par une réforme fiscale d’envergure avec fusion de l’impôt sur le revenu et de la CSG et prise en compte de tous les revenus. Les petits revenus paieraient moins, les gros plus. 4. Favoriser la transition écologique : le texte réaffirme la nécessité de sortir progressivement du nucléaire o Yoann Giammetta

BUDGET La transparence comme cache-misère

L’aide internationale de la France n’augmentera pas n Difficile d’être généreux en ces temps de restriction budgétaire. Débattu ce lundi, le projet de loi présenté par Pascal Canfin avait "la transparence" pour maître mot. Le ministre délégué au développement a beau invoquer un « changement de doctrine », le budget alloué à l’aide publique au développement n’augmente pas. Dans une interview accordée à Libération, Pascal Canfin se satisfait d’une hausse de la 02 - EXpresso - mardi 11 FEVRIER

part du PIB consacrée à l’aide internationale « de 0,45% à 0,47% entre 2012 et 2013 ». On est pourtant bien loin des engagements internationaux de la France, qui est censée y consacrer 0,7% de son revenu national brut. La marche vers l’objectif des 0,7% attendra le retour de la croissance, a annoncé le gouvernement. Or le montant alloué paraît d’autant plus faible qu’il est composé en grande partie de prêts, par oppo-

sition aux dons, notamment à destination des pays du sud et de l’est de la Méditerranée. En signe de protestation, l’UMP et l’UDI pourraient s’abstenir de voter le texte. Face à ces critiques, le gouvernement met en avant le nouveau rôle de contrôle du Parlement. Le projet de loi, qui ne fait que fixer des grands principes, reste pourtant flou. Seules certitudes : un rapport sera remis par le gouverne-

ment tous les deux ans et le suivi budgétaire du Parlement sera étendu. Du côté du privé, peu d’innovation. Les grandes entreprises présentes à l’étranger devront mettre en place « des procédures de gestion » des « risques sanitaires et environnementaux » liés à leur activité. Pourtant, aucune sanction n’est prévue pour punir les entreprises qui ne suivraient pas ces injonctions. o Ania Nussbaum


FRANCE EDUCATION Le président de l’UMP récupère la polémique autour du « gender »

« Tous à poil » hérisse Copé

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ne polémique de plus, une intox de plus. Invité ce dimanche sur RTL, le président de l’UMP a relancé le grand ballet des indignations autour de “la théorie du genre”. « Il y a un moment où il va falloir à Paris qu’on atterrisse un petit peu sur ce qu’on est en train de faire dans ce pays ». Cet emportement, Jean-François Copé le doit à un ouvrage qu’il présente lui-même en studio, intitulé “Tous à poil” et abordant la nudité. Le secrétaire général entendait dénoncer un ouvrage non adapté aux jeunes et s’offusquait que celui-ci soit conseillé par le réseau Canopé (anciennement CNDP), c’est à dire mis en avant par le ministère de l’éducation nationale pour être utilisé auprès des élèves du primaire. Sauf que cet ouvrage n’a jamais été conseillé par le ministère de l’éducation nationale lui-même. La riposte est venue lundi dans

le Monde. En effet, le portail Eduscol qui répertorie chaque année tous les ouvrages conseillés par le ministère ne fait aucune mention de “Tous à poil”. Par ailleurs, on ne trouve aucun ouvrage dont le titre puisse faire référence à la sexualité en parcourant la liste de l’année 2013. Le Monde précise que “Tous à poil” figure bien dans une liste officieuse établie par des parents d’élèves. Panique à bord Le Portail national des professionnels de l’éducation (Eduscol) est transparent sur les critères de sélection des ouvrages de référence. Ils sont mis en avant et accessibles publiquement sur le site Eduscol: « la qualité littéraire des œuvres, l’accessibilité des textes, l’équilibre entre des ouvrages patrimoniaux (libres de droits), des classiques et des publications récentes, la disponibilité des titres, la diversité des auteurs, des illustrateurs, des éditeurs,

PARIS Dernier conseil pour Delanoë

Les adieux du maire n Le dernier conseil de Paris de Bertrand Delanoë s’est terminé sous les applaudissements des élus de la ville. A l’exception de Philippe Goujon, président de la fédération UMP, droite et gauche se sont levées à la fin du discours du maire. Il quittera ses fonctions le 6 avril, après 13 années de mandature marquées par de nombreuses réformes.Les plus visibles touchent à la mobilité des Parisiens. Vélib’ et Autolib’, les services de location de vélos et de voitures en libre service, occupent respectivement 1 800 et 600 stations. Cette politique «pro-piéton» est souvent sa plus décriée. Bertrand Delanoë l’a pourtant défendue, depuis le réaménagement des Berges le long de la Seine, désormais piétonne, jusqu’à la nouvelle place de la République, laissant plus de place aux transports en commun. Sur le plan culturel, Paris Plage ou Nuit Blanche sont devenus des événements phare.

« Aucune nostalgie, aucune tristesse »

Ce dernier conseil fut surtout symbolique. A 63 ans, Bertrand Delanoë a rappelé son parcours: « Je vais pour la première fois

« Tous à poil » ne figure pas sur la liste d’Eduscol. l’ouverture des pratiques pédagogiques et éducatives qu’elles permettent » En revanche un directeur d’école nous a spécifié que la liste de l’Eduscol n’était bien souvent utilisée que comme base indicative. La plateforme de propositions d’ouvrage Eduscol se remplit selon un processus

depuis l’âge de 26 ans, ne plus être élu de Paris ». Toute sa carrière s’est construite autour de la capitale : conseiller, député, sénateur, il prend la mairie en 2001, qu’il lâchera treize ans plus tard. Devant les élus de la ville, il a insisté : « Aucune nostalgie, aucune tristesse, j’ai plein de joie dans le cœur ». Mais au détour d’une envolée qui le caractérise, on sent combien le départ restera difficile: « Je ne sais pas qui sera à ma place, en tout cas ce ne sera pas moi ! ». o Flavian Charuel

o Florian Reynaud et Flavian Charuel

en bref La promotion de la plume d’Hollande n Aquilino Morelle, conseiller

Le maire de Paris a été applaudi pour sa dernière. (Crédit : Sipa)

filtré : un comité de lecture (documentalistes, parents...) propose, un comité de pilotage et des membres du ministère vérifient, la sélection est mise en ligne avec commentaires et points d’alerte si les thèmes traités sont sensibles.

politique et proche de François Hollande, remplacera Claude Serillon au poste chargé des relations avec la presse nationale et de la communication. L’ancien présentateur du 20h de France 2 passe lui à la direction de la stratégie Internet. Christian Gravel qui était chargé, jusqu’à présent, des rapports avec les médias nationaux assistera Aquilino Morelle en tant qu’adjoint.

le service d’ordre ne l’aurait pas reconnu. Entouré de deux syndicalistes, Edouard Martin déclare « Moi on m’a dit de venir. Les élus lorrains m’ont demandé de venir pour accueillir le ministre. Je suis là depuis 8 heures du matin, moi! ». Finalement, le chef de cabinet du ministre, Sebastien Gros et le maire de Florange ont finalement pu rectifier le tir.

Serge Dassault demande sa levée d’immunité

Edouard Martin n’était pas sur la liste n Edouard Martin, l’ancien leader syndical des salariés d’Arcelor Mittal de Florange, s’est fait refouler lundi matin par le service d’ordre de Manuel Valls, à l’occasion du déplacement officiel du Ministre de l’Intérieur. L’ancien syndicaliste, tout juste investi par le PS en tant que tête de liste dans le Grand-Est pour les prochaines élections européennes, a eu droit à un accueil particulier sur ses terres à Florange. Selon le Parisien,

n Le sénateur de l’Essonne

a lui-même demandé la levée son immunité parlementaire lundi dans la soirée, selon une information de l’AFP. Il devance ainsi l’examen mercredi par le bureau du Sénat d’une précédente demande des juges d’instruction chargés d’enquêter sur de possibles achats de votes dans son fief de Corbeil-Essonnes.

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international Etats-Unis François Hollande a entamé lundi sa visite d’Etat de trois jours

Obama déroule le tapis rouge

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François Hollande est l’invité de Barack Obama jusqu’à mercredi (Crédit JEWEL SAMAD/AFP/Getty Images)

a dernière fois, c’était en 1996. Ils s’appelaient Jacques Chirac et Bill Clinton. En invitant le président Hollande pour une visite d’Etat de trois jours, Barack Obama entend réaffirmer les liens privilégiés qui unissent la France aux Etats-Unis. Visite de la maison de Thomas Jefferson, premier ambassadeur américain à Paris, passage en revue des troupes sur la pelouse de la Maison Blanche, dîner fastueux à Washington : le président français a droit à tous les honneurs. Un protocole solennel qui traduit l’importance des enjeux. Dans une tribune commune

publiée le 10 février dans les colonnes du Monde et du Washington Post, les deux chefs d’Etat mettent en avant les enjeux internationaux et affirment vouloir « une alliance transformée ». « Un modèle de coopération internationale » qui s’illustrerait dans les dossiers du nucléaire iranien et des conflits africains dans lesquels la France est engagée avec le soutien des Etats-Unis. Les deux hommes mettent également en avant leur action commune sur la question syrienne : « Notre menace crédible de recourir à la force a permis d’élaborer le plan de destruction des armes chimiques ». Une façon de réin-

Des Frenchies en route pour la Silicon Valley

n Une visite en deux actes. D’abord, le passage obligé par Washington, pour le pendant diplomatique. Puis, le tout aussi important déplacement dans la Silicon Valley, mercredi. François Hollande a prévu de rencontrer les patrons de Google, Facebook, Twitter et Mozilla. La délégation française en marche vers San Francisco témoigne de l’écart significatif entre les géants américains et les espoirs du made in France. Parmi les petits poucets français venus semer les graines du développement outre-Atlantique, on compte Blablacar pour le covoiturage, Kisskissbankbank pour le crowdfunding, ou 1000 mercis dans le domaine de la publicité… bien loin des ogres de la Valley. Le contentieux fiscal avec Google – à qui l’Etat français réclame un milliard d’euros – s’impose en première ligne du 04 - EXpresso - Mardi 11 FEVRIER

dossier numérique. François Hollande avait tenté de placer ses pions dès jeudi, en déclarant que Barack Obama et luimême étaient « d’accord pour faire cet effort d’harmonisation fiscale ». Une position française fragile Le président français doit composer entre opération séduction et démonstration de force, pour atténuer le procès en rigidité fiscale que lui font à l’envi les anglo-saxons adeptes du « French bashing ». L’enjeu est de dynamiser les investissements directs étrangers (IDE) en France. Selon les données de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced), ces IDE vers la France ont chuté de 77 % en 2013. Jusqu’à tomber à 4,1 milliards d’euros. C’est 270 fois moins que les investissements dans le sens inverse. o Robin Braquet

tégrer la France dans le jeu diplomatique moyen-oriental, largement dominé par les Etats-Unis et la Russie. L’écologie au programme Les deux dirigeants insistent aussi sur les problèmes climatiques, alors qu’une Conférence internationale doit se tenir à Paris l’an prochain. « Nous continuons à appeler tous les pays à s’associer à notre recherche d’un accord mondial ambitieux et global pour la réduction des émissions de gaz à effet de serre par des mesures concrètes », soulignent Barack Obama et François Hollande dans leur tribune commune. Cependant, les

Etats-Unis n’ont jamais ratifié le protocole de Kyoto de 1994. Le dernier chapitre de cette visite sera placé sous le signe de l’économie. Une quarantaine de patrons accompagnent François Hollande. Les Français, qui sortent à peine de la récession, espèrent doper leur présence de l’autre côté de l’Atlantique et tirer profit de la force d’innovation américaine. La Silicon Valley, berceau des géants du numérique, sera la prochaine escale de François Hollande. Où il devra également composer avec la fiscalité. o Robin Braquet Simon Fontvieille

« Comme allié occidental solide, il ne reste que la France » Entretien avec Jacques Portes, professeur émérite d’histoire nord-américaine à l’université Paris-VIII Comment expliquer la bonne entente diplomatique qui règne entre la France et les Etats-Unis ? Tout d’abord, le dernier véritable contentieux remonte à l’invasion de l’Irak en 2003. Ensuite, les Etats-Unis cherchent à se désengager d’Irak et d’Afghanistan tout en cherchant des alliés efficaces pour intervenir dans les zones où ils sont traditionnellement peu présents, comme l’Afrique. Dans le même temps la France tient à assumer ses responsabilités internationales. Elle peut envoyer des troupes rapidement du fait du fort pouvoir présidentiel et elle est enfin le seul pays européen à disposer encore de bases africaines. Tout ceci explique nos interventions au Mali et en Centrafrique.

Il y a pourtant bien des points de désaccord entre la France et les Etats-Unis, ne serait-ce que l’affaire des écoutes de la NSA… L’ampleur des écoutes américaines a surpris tout le monde. Mais tous les pays se livrent à ce genre de pratiques. Il ne serait pas étonnant que les services français espionnent des entreprises américaines. D’ailleurs, les réactions officielles n’ont pas été très fermes côté français. La relation avec la France est-elle une relation de premier ordre pour les Etats-Unis? La France est le seul allié fiable et efficace du monde occidental. L’Allemagne n’a pas de politique étrangère active et le Royaume-Uni n’a que peu d’intérêts communs avec l’Amérique. Mais la priorité américaine, c’est l’Asie. C’est là que les enjeux économiques et stratégiques sont les plus grands. Le temps de l’Europe est passé. o Propos recueillis par Simon Fontvieille


international EUROPE La Suisse vote une limitation de l’immigration

Le « oui » de la discorde

Q

uand les Suisses votent, la France s’alarme. En se prononçant à 50,3% pour la mise en place de quotas d’immigration sur son territoire, la Suisse a inquiété les quelques 145 000 Français résidant dans les départements frontaliers qui travaillent quotidiennement en Suisse. Le ministre des Affaires Etrangères, Laurent Fabius, a réagi très vite lundi matin, en qualifiant le vote de « préoccupant » et en menaçant explicitement les accords bilatéraux avec la Suisse : « Il y a une clause dite de guillotine qui fait que si l’un des éléments est mis en cause, en l’occurrence, là, la libre circulation des travailleurs, tout tombe ». Comparé à la moyenne européenne, le taux de chômage en Suisse est bas, stagnant autour de 3,5%. L’UDC, parti conservateur qui a présenté le texte, dénonce l’installation annuelle de 80 000 immigrants par an. Cette immigration provoque la surcharge des transports en commun, une concurrence accrue sur le marché du travail, la hausse des loyers et la construction d’immeubles qui défigure l’Helvétie. La France hautement concernée Le texte voté demande que « le nombre des autorisations délivrées pour le séjour des étrangers en Suisse [soit] limité par des plafonds et des contingents

Emeutes en Bosnie n Les manifestations continuent à Sarajevo. Les protestataires demandent la démission du gouvernement et des élections anticipées, depuis le début des émeutes le 5 février. L’incapacité du pouvoir à relancer l’économie et à répondre à un appauvrissement croissant de la population en Bosnie, où près d’une personne sur deux est au chômage, a provoqué ces manifestations d’une violence rare dans ce pays depuis la guerre intercommunautaire des années 1990.

Affiche de l’UDC (Crédit Salvatore Di Nolfi - Keystone)

Négociations à Genève

annuels ». Aussi ces Français de Haute-Savoie, de l’Ain ou du Jura ne pourraient plus travailler librement. Dans une interview au Figaro, Jean-François Besson, président du Groupement transfrontalier européen, avoue que le vote suisse « suscite la grande inquiétude chez

n Les discussions pour tenter

les transfrontaliers, (…) une des forces de l’économie du pays ». Dans l’immédiat, le référendum ne change rien. Le gouvernement bénéficie de trois années pour changer la loi en tenant compte de la votation. Mais dans les esprits, le vote pèse déjà. o Pierre Adrian

L’Union européenne embarrassée Le référendum suscite une avalanche de réactions dans l’UE, qui représente 60% du commerce extérieur du pays. Un des premiers à avoir réagi est Jean Asselborn, le ministre des affaires étrangères luxembourgeois : « la liberté de circuler ne saurait être bradée ». Dans un communiqué, la Commission européenne évoque son « regret » et affirme que la votation « va à l’encontre du principe de libre-circulation des personnes  entre l’UE et la Suisse.  » Autre réaction notable, celle d’Angela Merkel, qui a déclaré via son porte-parole qu’«il (posait) des problèmes considérables ».

IRAN Téhéran et l’AIEA s’accordent sur sept mesures pratiques

Le nucléaire iranien gagne en transparence n L’Agence internationale de

l’énergie atomique (AIEA) a salué lundi 10 février les avancées réalisées par l’Iran, au sujet de son programme nucléaire controversé. Le pays, qui a suspendu ses activités les plus sensibles dans le cadre de l’accord provisoire conclu en novembre dernier, a fait un pas supplémentaire vers les Occidentaux. Au cours du week-end, l’Agence et Téhéran se sont accordés sur « sept mesures pratiques » pour améliorer la transparence du programme nucléaire iranien. Questions brûlantes Le pays devra, entre autres, s’expliquer sur le développement de détonateurs pouvant être utilisés dans le nucléaire, fournir des informations actualisées sur la construction d’un réacteur à eau

En bref

Hassan Rohani (Crédit Rex features)

lourde qui utilise la filière du plutonium, ou faire visiter une mine et une usine de production d’uranium. Ces différentes mesures devront être appliquées d’ici au 15 mai. Mais si les progrès sont « bons », il reste encore « beaucoup de

questions en suspens », selon Tero Varjoranta, le directeur adjoint de l’AIEA. L’Iran a indiqué qu’une visite de la base militaire de Parchin, près de Téhéran, soupçonnée d’avoir abrité des tests d’explosions conventionnelles applicables au nucléaire, ne faisait pas partie du nouvel accord. Celle-ci est pourtant réclamée depuis deux ans par l’AIEA. Par ailleurs, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi, a indiqué que l’Iran ne discutera pas de son programme balistique lors des prochaines négociations avec les grandes puissances (le groupe 5+1), qui auront lieu 18 février à Vienne. « Les questions de défense constituent notre ligne rouge », a t-il conclu. o Marine Haag

de trouver une issue au conflit syrien ont repris lundi à Genève. Le médiateur de l’ONU Lakhdar Brahimi va réunir autour de la même table les représentants de l’opposition et du gouvernement. Il a promis un dialogue « plus structuré » pour cette seconde session qui dure jusqu’au 14 février. Le premier round des négociations n’avait permis aucune avancée dans ce conflit, qui a déjà fait plus de 136 000 morts et des millions de réfugiés et déplacés en plus de trois ans.

Pourparlers reportés n Le deuxième cycle des

négociations entre opposants et partisans du gouvernement sud-soudanais, qui aurait dû s’ouvrir lundi à Addis-Abeba (Ethiopie), a été reporté. Il devait être axé sur « le dialogue politique et la réconciliation nationale », alors que de nombreuses violations du cessezle-feu continuent d’être signalées. Aucune raison n’a pour l’instant été avancée et la date de la reprise n’a pas été précisée.

21 blessés en Guinée n Au moins 21 personnes,

dont trois policiers, ont été blessées lors d’émeutes lundi à Conakry. Celles-ci ont été provoquées par des habitants, mécontents à cause des coupures d’électricité, récurrentes dans les grandes villes du pays. Ces débordements ont éclaté dans la matinée dans la quasi-totalité des banlieues de la capitale. Des milliers de manifestants, en majorité des jeunes et des femmes, ont affronté les forces de l’ordre tout au long de la journée.

Mardi 11 fevrier- Expresso - 05


ECO/CONSO MANIFESTATION Nouvelle journée de protestation pour les taxis

Des chauffeurs désabusés

S

polié. C’est ce que ressent Thierry Guicherd. Au volant de sa berline hybride gris anthracite de marque japonaise, ce chauffeur de taxi indépendant de 52 ans, pantalon rouge et veste en velours entend défendre sa profession. Lundi 10 février, il était parqué au bout du Champ de Mars (7e) comme plusieurs milliers de ses confrères. Dans un concert de sifflets et de klaxons, il entendait dénoncer la concurrence déloyale des véhicules de tourisme avec chauffeur (VTC). Thierry Guicherd n’a pas été chauffeur toute sa vie. Il a d’abord été photographe avant de se reconvertir en 2008 « dans le seul métier que l’on n’arriverait pas à délocaliser ». Il est aujourd’hui désabusé. « Je pensais être optimiste mais j’ai été naïf ». Une profession en danger Sa licence il l’a achetée il y a six ans 220 000 euros (intérêts compris). Tous les mois, il met 2000 euros de côté pour la rembourser d’ici janvier 2017. Il voit d’un mauvais œil le développement progressif des VTC, qui menacent directement son quotidien. Aujourd’hui, son chiffre d’affaires est largement inférieur à ce qu’il gagnait en 2008. « Je survis alors que je passe onze heures par jour dans ma voiture » assène-t-il. Pour la deuxième fois depuis le début de l’année, la profession est en grève. Le 13 janvier dernier, plus de 50 000 taxis

Lundi 10 février, plus de mille chauffeurs de taxis ont manifesté à Paris (Crédit: A.G.)

ont paralysé la capitale et les voies d’accès aux aéroports parisiens. « Il faut se rendre compte qu’aujourd’hui aucun chauffeur de taxi ne gagne le SMIC horaire. Je ne vois pas comment peuvent faire les plus jeunes » expliquent les taxis en colère. L’ombre du Front National Si les VTC sont la principale cible des chauffeurs de taxis, la mobilisation constitue un véritable appel au gouvernement. Pour les syndicats, « Il faut

que le gouvernement prenne ses responsabilités ». Parmi les manifestants présents au Champ de Mars, le sentiment de spoliation est omniprésent. M. Guicherd comme de nombreux autres chauffeurs ne trouvent du réconfort que dans les mots de Marine Le Pen. Comme elle, ils réclament du protectionnisme. Pour eux, les avantages donnés aux VTC vont directement dans les poches « de grandes multinationales américaines » au détriment de l’économie

nationale. « Cette déréglementation effrénée nous entraîne dans le mur » estime Thierry Guicherd. Selon les syndicats, entre 5000 et 6000 taxis se sont mobilisés depuis ce matin et la contestation n’est pas terminée puisqu’une nouvelle journée de blocage est prévue au mois de mars. A quelques semaines des élections municipales, les chauffeurs de taxis pourraient bien être une épine dans le pied de la majorité. o Alexis Guilleux

Difficile sortie de crise pour la profession n La réglementation pour les taxis assermentés et leurs principaux concurrents, les voitures de tourisme avec chauffeur (VTC), sera la même. Cette décision du Conseil d’Etat prise la semaine dernière, a ravivé la colère des taxis parisiens. La suspension de l’obligation d’un délai de 15 minutes entre la réservation et la prise en charge du client pour les VTC, mesure proposée par le gouvernement fin décembre, ouvre définitivement le marché à la concurrence. Celle-ci est jugée « déloyale » par les taxis en place qui, contrairement aux conduc06 - EXpresso - mardi 11 février

teurs de VTC, ont déboursé 3 000 euros pour se former et 240 000 euros environ pour obtenir leur licence personnelle. A ce prix là, difficile pour eux d’accepter que l’investissement ne leur garantisse pas un monopole ou au moins quelques avantages.

Plusieurs pistes envisagées

Les gouvernements successifs se sont heurtés plusieurs fois au problème de la réglementation des taxis sans réussir à sortir de l’impasse. En janvier 2008, sous la présidence Sarkozy, le rapport de Jacques Attali proposait de dé-

velopper massivement les VTC et d’octroyer gratuitement dans les deux ans une licence aux demandeurs sans processus d’indemnisation pour ceux qui en détenaient déjà une. La proposition, décriée par les taxis, est très vite tombée aux oubliettes. Les économistes Pierre Cahuc et André Zylberberg* avaient envisagé une autre piste pour libéraliser complètement le secteur qui consisterait en un rachat des licences au prix du marché par l’Etat. Une dépense estimée à 4,4 milliards d’euros que le gouvernement peut difficilement se per-

mettre en pleine politique de réduction des dépenses publiques. Le doublement du nombre de plaques a également été suggéré par Alain Trannoy, un autre économiste. Tout chauffeur qui détient une plaque en recevrait une deuxième gratuite qu’il pourrait alors revendre à moitié prix soit 120 000 euros. Mais dans ce cas de figure, la concurrence accrue ferait automatiquement baisser le tarif des courses et donc les revenus des chauffeurs de taxis. *Les réformes ratées du président Sarkozy, Flammarion, 2009 o Angèle Guicharnaud


ECO/CONSO ECONOMIE Le débat sur la dévaluation est relancé

Arnaud Montebourg à l’assaut de l’euro

L

e ministre du Redressement productif repart à l’offensive. Craignant la montée des mouvements extrémistes aux prochaines élections européennes, Arnaud Montebourg lance la croisade contre l’euro fort : « Nous devons ouvrir une bataille politique pour faire baisser l’euro », affirme-t-il. Dans une interview accordée aux Echos, il milite pour une dévaluation de 10% de la monnaie unique. « D’après la direction du Trésor, une dépréciation de 10% permettrait d’accroître notre taux de croissance de 1,2%. Cela créerait 150 000 emplois, améliorerait la balance commerciale et réduirait notre déficit public de 12 milliards », argumente-t-il. Selon le Conseil d’analyse économique (CAE), une dévaluation de 10% entraînerait automatiquement une hausse de 8% de la valeur des exportations françaises. Une façon de

rééquilibrer la balance commerciale qui a enregistré un déficit de 61 milliards en 2013. La production de notre pays serait donc plus compétitive. Toutefois, 60% des échanges commerciaux de la France se font avec les pays de la zone euro. L’impact d’une dévaluation est donc à relativiser. « Un euro cher » L’euro fort est un thème récurrent. Arnaud Montebourg met en cause la conjugaison en Europe « d’une politique budgétaire dure et d’une politique monétaire dure ». A l’inverse, les Etats-Unis et le Japon ont décidé de faire fonctionner la planche à billets pour favoriser leur économie en période de crise. Du coup, ils inondent le marché de liquidités pour se rendre plus compétitifs et baisser le coût de leur monnaie par rapport à l’euro. Pour Laurent Fabius, « nous avons

Un an ferme pour l’ex-patron de l'IUMM

besoin d’un euro à un niveau acceptable par rapport aux principales économies mondiales. On parle avec fierté d’euro fort, alors qu’il s’agit souvent seulement d’un euro cher ». Guerre des monnaies La Banque centrale européenne (BCE) refuse d’engager une politique des changes qui reviendrait à lancer une « guerre des monnaies ». Mario Draghi, son patron, y est foncièrement opposé car une dévaluation créerait automatiquement de l’inflation. De plus, la banque centrale des Etats-Unis (FED) devrait bientôt mettre fin à sa politique monétaire accommodante car l’économie américaine repart. Certains économistes estiment qu’une fois le tournant pris, le taux de change euro-dollar s’établirait autour de 1,25 alors qu’il est de 1,36 aujourd’hui. o Déborah Coeffier

NUMERIQUE Des connexions Internet disponibles en libre service

Le Wi-Fi entre en gare n Le calme règne ce lundi à la gare Montparnasse. Il est 13 heures et malgré les courants d’air, quelques voyageurs attendent à proximité des quais. Parmi eux, Michaël, 33 ans, assis sur un petit banc peu confortable. Sur ses genoux, un attaché-case sur lequel est posé un vieil ordinateur portable. « Le Wi-Fi ? Là, ça m’aurait arrangé ! », concède-t-il légèrement énervé. « Cela m’aurait permis d’accéder à l’Intranet de mon entreprise, de consulter des statistiques et de préparer mes rendez-vous ». Dans une demi-heure, son train partira à Rennes.

Financé par la pub A partir de cet été, les attentes de ce commercial seront comblées. La SNCF prévoit d’installer un service de Wi-Fi gratuit dans 128 gares françaises. L’opérateur Nomosphère a décroché ce contrat qui ne coûtera pas un centime à la SNCF. Cet accès public au web, d’une durée de 30 minutes, est intégralement financé par la publi-

en bref n Denis Gauthier-Sauvagnac, président de l’UIMM (fédération patronale de la métallurgie) de 2006 à 2007, a été condamné lundi à un an de prison ferme et 375 000 euros d’amende. Le tribunal correctionnel de Paris a estimé que l’ancien dirigeant avait contribué « au fonctionnement d’un système occulte de distribution d’importants fonds en espèces ». Son avocat va faire appel du jugement.

+0,2%

C’est le chiffre de progression du PIB français depuis le début de l’année 2014, selon la première estimation de la Banque de France. Une reprise pour le moins timide, « rien de transcendant, rien de dramatique non plus », selon l’économiste Frédéric Ducrozet. Paradoxalement, la production industrielle hexagonale a fléchi de 0,3% en décembre dernier, a annoncé l’INSEE lundi.

Une entreprise privée se laïcise n Paprec, société de recyclage basée en Seine-SaintDenis, a adopté lundi une « charte de la laïcité » interdisant le port de tous signes religieux ostentatoires dans ses locaux. Cette initiative a reçu le soutien des 4 000 employés qui prônent « un devoir de neutralité » religieuse, a déclaré Jean-Luc Petithugueunin, dirigeant de Paprec. Une affaire qui relance le débat sur la laïcité au sein des entreprises privées.

Espresso quotidien

Institut Français de Presse, Paris II 92 rue d’Assas 75006 Paris

La gare de Lille-Flandres sera l’une des premières à recevoir le Wi-Fi (Crédit: Velvet)

cité : un spot sera diffusé avant chaque connexion. Le train attend son tour Cependant, pour d’autres voyageurs, la vraie révolution serait l’accès mobile et illimité à des bornes Wi-Fi placées dans les rames. Lucie, étudiante en banlieue parisienne, partage cet avis : « Dans la gare, je capte encore Internet sur mon smartphone

grâce à mon forfait 4G. Par contre, dans le train, je n’ai plus aucun réseau. » Car, à l’exception des Thalys, les trains de la SNCF ne sont pas encore équipés. « L’installation du Wi-Fi coûte plus de 350.000 euros par rame », regrette la SNCF. Un investissement que l’entreprise en déficit ne peut encore assurer. o Romain Blanc et Claire de Roux

Quotidien école M1. Février 2014. Directeur de la publication : Jean-Baptiste Legavre. Sous la direction de Françoise Fressoz, rédactrice en chef et Fabien Rocha, éditeur en chef. Chefs de service : Flavian Charuel (France), Robin Braquet (International), Angèle Guicharnaud (Eco/ Conso), Matthieu Bidan (Culture et Sports) Chef d’édition: Sabrina Cicchini

mardi 11 février- Expresso - 07


CULTURE MANIFESTATIONS Les professionnels défilaient contre les coupes budgétaires

La culture dans la rue

D

ans un coin de la place de la République, le cortège est moins imposant que prévu. « Nous sommes mille cet après-midi, et les camarades étaient une centaine ce matin à Marseille ! » s’époumone tout de même le speaker. Professionnels de la culture, artistes, comédiens, musiciens, intermittents étaient réunis hier, à Paris, pour protester contre les coupes budgétaires. « La culture a plus participé que les autres ministères à l’effort de réduction des dépenses publiques », déclarait le matin même Aurélie Filippetti au micro de Radio Classique. Dans les rangs de la manifestation, les propos de la ministre de la Culture trouvent un écho favorable. « La culture, c’est un outil qui permet aux individus de grandir » estime Ziad Goudjil, conseiller régional EELV d’Ile de France. « Les gens ne sont pas là pour défendre des acquis sociaux mais pour des valeurs qui ont, certes, un coût », concède-t-il. Bardé de son écharpe tricolore, l’élu tient en haute estime le rôle de la culture. « Les intermittents sont tout aussi important que les

lant là-dessus ». D’autant que selon un récent rapport publié conjointement par le ministère de la Culture et celui de l’Economie, la culture contribuerait sept fois plus au PIB français que l’industrie automobile. Hier, bien que l’unité syndicale soit rare dans le monde du spectacle, CGT, FO, CGC, ainsi que les grands syndicats d’employeurs des secteurs de la musique et de l’art contemporain ont défilé ensemble. Sur le côté, à l’écart des banderoles et du brouhaha, Hervé Breuil semble un peu perdu.

1000 personnes ont arpenté les rues de Paris (crédit : Matthieu Bidan)

hôpitaux. La culture soigne les cœurs et les têtes » s’emportet-il. L’impossible sanctuarisation Tandis que le cortège se met en branle en direction du PalaisRoyal, le mégaphone reprend de plus belle : « On nous avait

dit que le budget de la Culture serait sanctuarisé. Il est au dessous du niveau de 1981 ! ». A l’heure où s’ouvrent les négociations budgétaires, Aurélie Filippetti est montée au front : « Le budget de la culture, c’est moins de 1% du budget de l’Etat, donc on peut être vigi-

La clef sous la porte Il y a vingt-huit ans, il fondait le théâtre du Lavoir Moderne Parisien, dans le quartier de la Goutte d’Or. « Un lieu de respiration », tient-il à préciser. « Ils ont coupé les subventions en 2012 », explique-t-il. Elles représentaient 30% de son budget. Le Lavoir Moderne a fini par être racheté par un promoteur immobilier luxembourgeois, qui a décidé de fermer le lieu. Vendredi, Hervé Breuil ira déposer les clés de son théâtre devant le ministère de la Culture. o Pierre Mérin

MUSEE « La tête dans les nuages » déçoit les spectateurs

Une exposition vaporeuse

n C’était la promesse d’une

invitation au voyage. Parce qu’il est à la fois insaisissable et fragile, le nuage est un symbole onirique, une métaphore des régions de l’esprit. L’exposition « La tête dans les nuages » invitait à découvrir une cinquantaine d’œuvres d’artistes contemporains, mais aussi les résultats de recherches scientifiques sur le sujet. Pourtant, lorsque l’on franchit la porte du musée de la rue du Maine, on garde bel et bien les pieds sur terre. Trois atlas sont disposés sous verre, sans aucune explication, et constituent la partie « scientifique » de l’exposition. Un bref aperçu météorologique nous permet d’enrichir notre répertoire des synonymes. Cruel manque de pédagogie Les cirrus, alto-cumulus, ou nimbus, sont autant de nuages qu’on ne sait pas plus distinguer avant qu’après l’exposition. Pour la pédagogie, on 08 - EXPRESSO - MARDI 11 FEVRIER

L’oeuvre de Berdbnaut Smilde « Les nimbus artificiels ».

repassera. On espère avoir plus de chance en prenant de l’altitude, à l’étage. La cinquantaine d’œuvres annoncée semble s’être évaporée. Ne reste plus qu’une quinzaine de tableaux et une odeur persistante de peinture fraîche. Le deux-pièces mal éclairé affadit les photographies et les toiles, qui semblent plus nuageuses qu’elles ne le sont déjà. Quant aux œuvres, elles

laissent (elles aussi) une impression mitigée : les peintures exposées ne révolutionnent pas l’exercice. Une impression de déjà-vu Au XIXème siècle déjà, le « peintre de la lumière » William Turner peignait des nuages impressionnistes, avec autrement plus de talent. Cependant, il faut bien reconnaître que

les photographies de Berbdnaut Smilde sauvent quelque peu cette exposition en demiteinte : ses « nimbus artificiels » sont des œuvres éphémères, des nuées de vapeur capturées l’instant d’une photo. Ces nuages d’intérieur, formes fantomatiques et éthérées, sont à la fois « présence » et « absence ». Ils flottent dans l’air, au centre d’une pièce vide et géométrique. Matériels et immatériels, fluides et solides, les nuages troublent nos sens et nos perceptions. Quant à la sculpture du français Pierre Malphette, son « nuage de verre » se joue des contrastes : entre dureté des matériaux industriels et évanescence du nuage. Au-delà de ces quelques dualismes enthousiasmants, l’exposition ne tient absolument pas ses promesses. La tête dans les nuages confond la rêverie et l’ennui, la brume et le brouillard : on en sort, en somme, la tête dans le coaltar. o Lilia Hassaine


SPORTS SOTCHI Les Jeux Olympiques d’hiver attirent toujours

EN BREF

T

Médaille d’or pour Fourcade

Les audiences au rendez-vous

rois milliards. C’est le nombre de personnes dans le monde qui auraient regardé vendredi 7 février la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques d’hiver de Sotchi. Un chiffre communiqué par le Comité d’organisation qui paraît peu crédible lorsque l’on sait que la finale de la coupe du monde de football en 2010 n’a attiré « que » 700 millions de téléspectateurs à travers le globe... Les chiffres des JO restent toutefois impressionnants. En France, 5,5 millions de personnes ont allumé leur poste pour regarder la cérémonie d’ouverture de Sotchi. Mieux, au moment de l’embrasement de la flamme olympique, ils étaient neuf millions ! Événement international par excellence, les JO sont diffusés dans plus de 160 pays,

mais l’intérêt national varie parfois du simple au double. En Allemagne, par exemple, c’est une véritable tradition. Le pays enregistre de forts taux d’audience par rapport aux autres nations. Pour les JO de Turin en 2006, plus de neuf millions d’Allemands ont regardé au minimum 3h30 de programmes parmi les 16 000 heures proposées. Cette année, ils n’ont pas changé leurs habitudes : un Allemand sur dix a regardé la cérémonie d’ouverture. Un record national depuis les JO d’hiver de Lillehammer en 1994. Mais l’intérêt pour les JO dépend aussi du pays dans lequel les Jeux sont organisés. Le décalage horaire, par exemple, peut faire varier les statistiques de façon significatives. Ainsi, lors des derniers Jeux Olympiques d’hiver en 2010 à Vancouver, la cérémonie d’ouverture n’avait

pas été diffusée en direct en Europe, où il faisait nuit. Seuls 2,3 millions Français avaient lutté contre la fatigue pour assister à l’ouverture. Patriotisme Quand un pays organise les JO, le téléspectateur national, un brin patriote, a généralement l’habitude de regarder les épreuves jusqu’à cinq fois plus que les autres. Dans le cas des JO de Salt Lake City, les téléspectateurs américains ont regardé en moyenne 29 heures de programme, soit plus d’une journée entière en deux semaines ! Tandis qu’un téléspectateur lambda s’est contenté de six heures sur les 10 000 proposées. Avis aux plus courageux : rallumez votre poste, il vous reste 8 524 heures de programmes à suivre durant cette édition. o Maxime Lebufnoir

FOOTBALL Van der Wiel tacle les joueurs français

La formation française mise en cause n Actuellement le « French

Bashing » a la côte chez les footballeurs étrangers. « Ici, on dirait que les jeunes joueurs n’ont pas grand-chose à faire du foot ». Les mots sont signés Gregory van der Wiel dans la dernière édition du Journal du dimanche. Le latéral droit néerlandais, arrivé au PSG en 2012, n’y a pas été de main morte avec les joueurs français. « Les jeunes sont toujours en train de se marrer (ndlr : en France), de s’interpeller à voix haute. C’est sympa, mais je comprends pourquoi les jeunes sont bien meilleurs aux Pays-Bas » assène le footballeur quelque peu moqueur. « Ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent être à 100 % ». L’arrière droit du club de la capitale n’est pas le premier à critiquer les jeunes pousses de notre formation et leur prétendue indolence. Avant lui, Carlo Ancelotti, ancien entraîneur du PSG avait brocardé les tricolores du PSG. « Les Français ne comprennent pas pourquoi ils doivent être à cent pour cent chaque jour ». Les déclarations de ce genre se multiplient. Et il est vrai que certains comportements témoignent d’un manque de sérieux. En octobre 2012,

n Et d’une ! Le biathlète fran-

çais Martin Fourcade a décroché la première médaille d’or française en remportant l’épreuve de la poursuite. Le Catalan s’est imposé en solitaire devant le Tchèque Ondrej Moravec. Martin Fourcade a su rectifier le tir après sa déception pendant le sprint où il n’avait terminé qu’à la sixième place. L’image de sa satisfaction risque d’ailleurs de marquer ces Jeux Olympiques. Le Français n’a même pas attendu d’avoir quitté le pas de tir pour faire exploser sa joie. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Le français Jean-Guillaume Beatrix a pris la 3e place de la course.

Coming-out inédit n Après Jason Collins en

NBA, Michael Sam, défenseur de l’équipe universitaire du Missouri, a fait son « coming out » dans les colonnes du New York Times et à l’antenne de la chaîne ESPN. « Je suis homosexuel, et j’en suis fier », a annoncé Michael Sam. Cette nouvelle intervient à quelques mois de la draft dans laquelle le joueur a de bonnes chances. Malheureusement, la tolérance n’est pas dans toutes les franchises. Un recruteur a commenté l’information dans Sports Illustrated : « Je sais juste que cette histoire va le faire descendre (dans les tours de draft). Il n’y a pas de doutes là-dessus. C’est la nature humaine. Estce que vous voulez être la première équipe qui ‘casse cette barrière ? ».

Un ballet romantique à l’Opéra Garnier n Chorégraphié en 1965 par

Les critiques à propos des jeunes français sont nombreuses (crédit : 20 minutes)

cinq membres de l’équipe de France espoir avaient fait un aller-retour nocturne Le Havre-Paris entre deux matchs décisifs contre la Norvège. Les fautifs avaient été lourdement sanctionnés. Racaille football club ? Ces comportements finissent par alimenter les critiques de

ce que l’on qualifiait il n’y a pas si longtemps de « meilleure formation d’Europe ». Daniel Riolo, journaliste fort en gueule de l’After Foot sur RMC avait consacré un livre au titre évocateur à la question : « Racaille Football Club ». La vérité est sûrement entre les deux. o Matthieu Bidan

John Cranko, «Onéguine» est un ballet incontournable. Celui qui fut le directeur artistique du Ballet de Stuttgart a créé une adaptation de la nouvelle éponyme de Pouchkine, sur une musique de Tchaikovsky. L’histoire tragique d’Onéguine, un dandy pétersbourgeois, est entrée au ballet de l’Opéra en 2009. En trois actes, la pièce raconte les amours inachevés du jeune russe, oisif et pédant, et de Tatiana, une jeune femme discrète passionnée de littérature sentimentale. «Onéguine» sera en représentation du 3 février au 3 mars prochain à l’Opéra Garnier.

MARDI 11 FEVRIER- EXPRESSO - 09


EXPRESSO

11 02 2014

# 05

PORTRAIT Elie Hatem, royaliste, se présente pour le FN à Paris

Candidat au trône

S

es yeux brillants, son sourire melliflue, Elie Hatem les doit à ses origines libanaises. Dans le bel appartement du XVIème arrondissement où l’avocat vit seul, l’odeur des volutes de fumée, dégagées par la pipe posée sur la table basse, imprègne l’atmosphère. D’une poignée de main chaleureuse, il vous tire vers l’intérieur. Un verre de whisky est rapidement servi. À 44 ans, l’homme est candidat aux élections municipales à Paris sous les couleurs du Front National, dans le IVème arrondissement. Il fait partie des nouveaux visages que Marine Le Pen entend mettre en avant: six langues à son actif, cosmopolite et mondain, lié d’amitié à de nombreux chefs d’Etat, il a notamment oeuvré contre le totalitarisme au sein de la World Anti-communist League et officié sur Radio Solidarność. Vive le Roi Mais d’un point de vue idéologique, le personnage dérange. Issu d’une lignée de chrétiens Maronites proche de Bonaparte et très liée à la France « traditionnelle », Elie Hatem est un des membres du comité directeur de l’Action française. Dans cette « école de pensée » classée extrême-droite, il prône le « nationalisme intégral », et conclut ses discours par « Vive le Roi, vive la France, vive l’Action française ». Il a toujours pensé

autant parvenir à faire taire Elie Hatem. Loin du discours républicain mis en avant par Marine Le Pen, l’avocat continue de défendre sa vision personnelle d’une France régionaliste sur laquelle régnerait un Roi : « Les libertés d’en bas et l’autorité d’en haut » résume-t-il, convaincu que c’est le meilleur système.

Le candidat dans son appartement parisien (DR)

que « le modèle le plus adapté à l’histoire, la sociologie, et à la culture politique française » est la monarchie. De quoi parasiter le discours républicain de Marine Le Pen, qui tente de convaincre que son Rassemblement Bleu Marine n’est plus le vieux FN de Papa. Pourtant, Elie Hatem n’est pas arrivé là par hasard. Proche de la famille Le Pen, notamment du père, il est arrivé dans le sillage de Wallerand de Saint-Just, tête de

liste du FN dans la capitale, un catholique traditionnaliste qu’il a croisé au Barreau de Paris et qui peine lui aussi à incarner le renouveau. Coincé, au début du mois sur le plateau du Grand Journal, Florian Philippot, le vice-président du Front national a eu du mal à justifier les débordements monarchistes du candidat du IVème arrondissement qui venait d’être mis en cause par StreetPress. Il a plaidé la « passion personnelle » sans pour

Scotch ou Bourbon ? A rebours de la laïcité défendue par Marine Le Pen, le royaliste fait aussi l’éloge du religieux en tant que constituant de l’identité culturelle d’une nation. Il aime citer Israël comme l’exemple d’une nation « crée autour d’un dénominateur commun » et suggère que la « laïcité outrancière » rejoint « l’athéisme de l’ex-Union soviétique ». Depuis le début de l’année, Elie Hatem s’est tenu à l’écart de toutes les manifestations intégristes. Cela ne l’empêche pas de justifier l’extrémisme en plaidant que la société en a « besoin », de temps en temps, pour « équilibrer les choses ». « Regardez ce verre de whisky, plaide-t- il, certains me disent qu’il est trop fort, il suffit d’y rajouter de l’eau ». Raccompagné au seuil de son appartement du XVIème arrondissement, le visiteur se demande jusqu’à quel point l’homme est dupe de son discours. Bourbon ou scotch ? Pour Marine le Pen c’est du pareil au même. o Robin Braquet

EXPRESSO CLIN D’OEIL Pékin Express passe par la case prison

RIP Flappy Bird

n Plusieurs membres d’une équipe de

tournage de l’émission de téléréalité Pékin Express, diffusée sur M6, ont été arrêtés samedi en Inde. En cause : la détention de téléphones satellites non autorisés dans cette région d’Asie pour raisons de sécurité. Trois hommes – un Néerlandais, un Belge et un Britannique – ont été présentés à un juge dimanche. Ce dernier a ordonné leur maintien en garde à vue pendant deux jours. Le tournage de l’émission, qui a débuté en janvier, va être perturbé : l’itinéraire passera bien par le Sri Lanka mais sera modifié sur sa partie indienne.

10 - EXPRESSO - MARDI 11 FEVRIER

Johnny reçoit un âne pour la Saint-Valentin n Le couple Hallyday a organisé une fête

n «Dans 22 heures, je fermerai Flappy

Bird ». Ce tweet posté par Dong Nguyen, créateur du jeu au design retro, a fait l’effet d’une bombe samedi. Le jeu gratuit lancé en mai dernier est devenu en quelques mois l’application la plus téléchargée dans plus de 100 pays. Le créateur vietnamien a renoncé aux 50 000 dollars que lui rapportait quotidiennement le jeu. « Flappy Bird est mon succès mais il a aussi ruiné ma vie simple. Alors je le déteste maintenant » a-t-il expliqué.

dans sa demeure de Pacific Palisades, à Los Angeles, pour fêter la Saint-Valentin. L’occasion pour la femme du chanteur de sortir le grand jeu : ballons roses et blancs, tapis rose, rubans... Ambiance kitsh. Équipée de béquilles après une blessure au pied, Lætitia a offert à son mari un cadeau un peu encombrant : un âne ! Faut-il y voir un message subliminal? En tout cas, le rockeur de 70 ans a semblé apprécier cette charmante attention en le twittant : « Le cadeau de ma femme pour la Saint-Valentin #original il vous plaît? Il s’appelle Georges ».

05 Expresso 2014  
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