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Expresso quotidien du master de journalisme de l’ institut français de presse - promo 2015

8 02 2014

L’essentiel FRANCE

P.5

La cyberdéfense, priorité de l’armée

n Jean-Yves Le Drian

a annoncé hier l’octroi d’un milliard d’euros à la cyberdéfense pour les cinq prochaines années. Une véritable réorientation stratégique

INTERNATIONAL

# 04

La Russie aura déboursé 37 milliards d’euros

Poutine sort les grands Jeux

P.4

Hollande célèbre la nouvelle constitution tunisienne

n Le président a aussi tenté de faire oublier l’image de son prédecesseur, accusé d’avoir soutenu le régime de Ben Ali

eco/conso

P.6

Le commerce extérieur va mieux

n Le déficit commer-

cial de la France s’est réduit de 6 milliards d’euros en 2013 pour atteindre 61,2 milliards. Un recul qui intervient dans un contexte économique délétère

culture

P.8

12 Years a Slave, le film choc

n L’histoire tragique de Salomon Northup, un homme libre devenu esclave dans les années 1840, a séduit le public

SPORT

p. 9

Hugo Bonneval, première

n L’arrière du Stade Français est titulaire ce dimanche face à l’Italie. L’occasion de revenir sur son parcours de jeune espoir du rugby français

Le président russe a lancé en grandes pompes les XXIIèmes Jeux olympiques d’hiver à Sotchi

n « Plus vite, plus haut, plus fort ». en oeuvre pour cette quinzaine spor-

Vladimir Poutine a fait sienne la devise olympique en ouvrant vendredi les Jeux de tous les excès à Sotchi. Mais les moyens démesurés mis

tive ne sauraient faire oublier un climat politique russe tendu, entre agressions homophobes et risques Pages 2-3 d’attentats terroristes.


EVENEMENT JEUX D’HIVER DE SOTCHI La cérémonie d’ouverture a eu lieu hier, en l’absence de nombreux chefs d’Etat

Poutine lance sa campagne olympique

V

endredi, à 17h29, lorsque le drapeau russe s’est hissé dans le stade Fitsch, Guy Drut a du se sentir bien seul. «Il faut séparer les JO de la politique», plaidait mercredi le Français, membre du Comité international olympique. Il n’en sera rien. Après s’être battu en 2007 pour en obtenir l’organisation, Vladimir Poutine compte utiliser ces Jeux comme une arme de propagande. Tandis que sa cote de popularité s’effrite et que le gouvernement vient de revoir ses prévisions de croissance à la baisse, Sotchi doit faire oublier les difficultés du pays. La dernière fois que la Russie a organisé une olympiade, l’actuel président Russe avait vingt-huit ans et venait d’entrer au KGB. C’était en 1980, à Moscou et après l’invasion de l’Afghanistan par l’Armée rouge, les pays occidentaux avaient boycotté les épreuves.

Absences remarquées

Hier, dans le stade de Fitsch, c’est du haut d’une tribune présidentielle clairsemée que le président russe a assisté, solennel, à la parade d’ouverture du « plus grand événement de l’ère postsoviétique ». Même si aucun des quatre vingt huit pays participant n’a appelé au boycott, le faste de la cérémonie à la gloire du Kremlin n’a pu faire oublier l’absence de nombreux dirigeants occidentaux, parmi lesquels Barack Obama, François Hollande et Angela Merkel. C’est la première fois, depuis les JO de Séoul en 1988,

Feu d’artifice au stade olympique Fisht pour l’ouverture des 22èmes Jeux d’hiver (crédit : AFP)

qu’aucun président américain ne sera présent à une telle cérémonie. Une absence qui traduit la désapprobation des Etats-Unis à l’égard du traitement réservé aux homosexuels en Russie, et la promulgation en juin d’une loi punissant le « propagande » de « relations sexuelles non traditionnelles » devant mineurs. Si François Hollande n’a pas précisé la raison de son absence, Angela Merkel assure de son côté qu’elle n’a jamais assisté à « quelques Jeux olympiques que ce soit ». En revanche, le leader Chinois Xi Jiping a fait le dépla-

cement. Le président ukrainien, Viktor Ianoukovitch, était également présent, alors que son régime est au cœur d’un affrontement larvé entre l’Union européenne et la Russie. Sport de combat

Le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon, assis à la droite du président, avait tout de même lancé jeudi un appel « contre les attaques sur les lesbiennes, les gays, les bissexuels, les transgenres ou les intersexes ». De nombreuses ONG ont saisi cette occasion

pour protester contre la politique menée par Vladimir Poutine. Reporters sans frontières s’est émue du traitement réservé aux journalistes. « S’il y a un sport de combat qui ne sera pas représenté à Sotchi, c’est bien le journalisme indépendant », dénonce Johann Bihr, représentant de l’association. La démesure de l’évènement aura donc du mal à maquiller un contexte politique pesant. À président contesté, Jeux olympiques controversés. o Grégoire Belhoste Pierre Mérin

Le visa pour Sotchi permet de filtrer les opposants n Vous aimez le sport. Mais l’ai-

mez-vous à la manière du Kremlin? En bon garant de l’ordre établi, Vladimir Poutine se devait de contrôler les accès à ses Jeux olympiques. Le président russe a donc mis en place un système de visas, accordés au comptegoutte, pour s’assurer de remplir des tribunes acquises à sa cause. Boris Nemtsov, l’un des leaders du mouvement d’opposition Solidarnost, ne se risquera pas

02 - EXpresso - SAMEDI-DIMANCHE 08/09 FEVRier

auprès du Bureau national de la sécurité, en charge de délivrer le précieux sésame. Il explique ne plus vouloir «s’abaisser» à un système qu’il connaît trop. La demande de son ami Nikolai Levchitz, un «citoyen activiste», incapable de «faire du mal à une mouche», a été immédiatement refusée : pas assez proche de Russie unie, le parti de Poutine, de Gazprom, le géant énergétique, ou des sociétés de chemins de fer liées à l’Etat.

Le Kremlin redoute que des opposants déroulent leurs banderoles sous les yeux des médias du monde entier. L’indésirable Boris Nemtsov

Ce « passeport » est donc pour lui un moyen de lutte efficace « contre l’activisme citoyen », explique l’opposant dans un entretien à la radio Svoboda, le 4 février. Sportif confirmé, Boris Nemtsov était candidat

à la mairie de sa ville natale, Sotchi, en 2009. Pour lui, l’actuel épicentre olympique n’était « pas prêt à supporter l’immense charge que constitue l’aménagement des infrastructures ». Déjà, l’homme gênait le pouvoir en place. Aussi, des inconnus avaient tenté de le faire taire, avec la délicatesse du KGB… Son visage a été aspergé d’ammoniac. o Robin Braquet


JEUX D’HIVER DE SOTCHI EVENEMENT Des soupçons de corruption gâchent la fête

CHIFFRES clés

Les travaux de la honte 11

A

vant même l’ouverture des JO de Sotchi, les premières médailles ont déjà été décernées. Les disciplines concernées : «abus de confiance» et «détournement de fonds». En effet, l’opposant russe Alexei Navalny s’est lancé le défi de recenser et de hiérarchiser les actes de corruption liés aux travaux titanesques de Sotchi et de les recenser sur une carte interactive en accès sur son site web. La véracité de ses calculs n’a pas été démontrée et reste en partie contestée, notamment par Associated Press. Mais une chose est sûre, il est loin d’être le seul à s’interroger sur la légalité des financements investis dans les JO d’hiver. Deux rapports publiés en mai et décembre 2013 par Boris Nemtsov, ministre de l’Energie sous Boris Eltsine, et Leonid Martynyuk, journaliste, ont déjà dénoncé

des dépassements d’honoraires. Sur les 37 milliards d’euros de budget, «un tiers aurait profité aux amis du régime Poutine» selon Alexei Navalny. Contrats juteux et douteux

Une accusation reprise début janvier par Gian-Franco Kasper, membre du Comité international olympique, qui a précisé que ces propos n’étaient pas des révélations mais plutôt «ce que tout le monde dit en Russie».

Le processus décrié est simple. Les appels d’offres lancés pour les contrats les plus lucratifs sont attribués à des sociétés proches du régime qui font réaliser les travaux par des sous-traitants moins chers et empochent la différence. Le profil des sociétés engagées n’a rien de rassurant. L’entreprise des frères Rotenberg, amis d’enfance de Poutine, aurait reçu 15% du budget à elle seule.

o Angèle Guicharnaud

Les jeux les plus chers de l’histoire Avec 37 milliards d’euros de budget, c’est l’équivalent du PIB de la Tunisie qui a été investi dans les travaux de Sotchi. Hiver et été compris, ce sont les jeux les plus chers de l’histoire qui se sont ouverts hier. Assez loin devant les JO de Pékin qui tenaient jusqu’ici la tête du classement avec un budget de 31 milliards d’euros. Symbole de la démesure des travaux, la route et le chemin de fer reliant Adler, la cité balnéaire de la mer noire, aux pistes de ski a coûté 8,7 milliards de dollars pour 48 kilomètres. A ce prix-là, la route aurait pu être pavée avec une couche d’un centimètre de caviar, affirme après calculs l’édition russe du magazine Esquire.

La Russie redoute un « Sotchi Riot »

sites olympiques

sortis de terre, regroupés dans deux énormes complexes : le parc olympique de Sotchi, qui pourra accueillir jusqu’à 75.000 spectateurs et la station de ski de Krasnaïa Poliana dédiée aux épreuves sur neige

3000 athlètes

représentant 88 nations soit 6 nations de plus qu’aux derniers JO d’hiver de Vancouver

60000 ouvriers

ont travaillé sur les différents chantiers et l’aménagement des sites olympiques. Plus d’un quart de la main d’œuvre vient de pays voisins (Ukraine, Serbie, Arménie, Kirghizstan, Tadjikistan, Ouzbékistan)

450000 mètres cubes

de neige fraîche disponible, grâce au stockage de 24 dameuses, à Krasnaïa Poliana

98épreuves soit 12 de plus qu’en 2010 réparties dans 15 disciplines. Parmi les nouvelles venues, le ski half-pipe et le relais en luge La région du grand Caucase est le théâtre de multiples conflits interconfessionnels (carte : F.C.) n La sécurité est certainement

l’enjeu majeur de ces Jeux olympiques 2014. Le budget démesuré alloué au dossier symbolise l’ampleur des risques, directement liés à la région d’implantation. 1,4 milliard d’euros pour la sécurité, c’est l’équivalent du budget total des précédents Jeux d’hiver, à Vancouver en 2010. La paranoïa de Vladimir Poutine est justifiée, si l’on se fie aux menaces proférées par les islamistes tchétchènes emmenés par le radical Dokou Oumarov. Fin décembre, l’autoproclamé «Emir du Caucase» a revendiqué deux attentats ayant fait 34 morts à Volgograd. En juillet 2013, le chef de

la rébellion islamiste appelait ses moudjahidines «à fournir un maximum d’efforts sur le chemin d’Allah pour faire échouer ces danses sataniques sur les os de nos ancêtres», en référence aux Olympiades. Malgré l’effet d’annonce de sa mort présumée, par le président tchétchène Ramzan Kadyrov, son corps n’a jamais été retrouvé. Manifester sous une autoroute

Selon un rapport de Guardsmark, spécialiste américain en matière de sécurité, « il est clair que les Russes ne maîtrisent pas les conflits politico-religieux de la région ». Pis, « la concentration des ressources de sécurité à

Sotchi laisserait le champ libre à des attaques périphériques », qui obligeraient l’éparpillement des forces de l’ordre. Le président du Comité international olympique (CIO), Thomas Bach, a réaffirmé sa « confiance envers les autorités russes » pour la sûreté des Jeux. Pour prévenir tout risque d’attentat, 37 000 policiers et militaires, 11 000 caméras, quelques drones, et des systèmes de défense antiaériens Pantsir-S sont déployés. Le CIO a aussi enjoint Vladimir Poutine de lever l’interdiction de manifester. Les protestations seront donc autorisées, mais parquées, sous une autoroute. À l’écart de tout. o Robin Braquet & Flavian Charuel

14000 porteurs

de la flamme olympique depuis le 7 octobre, jour de son départ de Moscou

400 kilomètres

de routes et de voies ferrées ont été construits

24000 chambres

d’hôtel ont été bâties à Sotchi, dont certaines inachevées. SAMEDI-DIMANCHE 08/09 FEVRIER - EXpresso - 03


international MAGHREB La nouvelle constitution, symbole de la transition démocratique

Hollande soutient l’espoir tunisien

L

a Tunisie plutôt que Sotchi. François Hollande s’est rendu hier à Tunis pour célébrer la nouvelle constitution tunisienne, adoptée le 26 janvier. Lors de son allocution devant l’Assemblée Constituante, le président français a salué ce texte « majeur » qui fait figure « d’exemple » pour les autres pays du Maghreb. « Vous incarnez l’espoir dans le monde arabe et bien au-delà », a t-il déclaré, insistant au passage sur « la compatibilité de l’islam avec la démocratie ». S’il s’agit d’un grand pas pour la démocratie dans ce pays, berceau du Printemps arabe, qui sort d’une année de turbulences politiques, tout n’est pas encore gagné. « Je mesure les défis qui vous attendent encore », a déclaré François Hollande, faisant notamment référence à l’adoption à venir de la loi électorale. Le président s’était déjà rendu à Tunis en juillet dernier pour encourager les Tunisiens à écrire cette constitution. Il était hier le seul chef d’Etat européen présent à la cérémonie. De nombreux dirigeants africains y assistaient également ainsi que le président du Conseil européen, Herman van Rompuy. La France, un allié historique Historiquement liée à ce pays, la France conserve de nombreux intérêts en Tunisie. Le gouvernement a renouvelé sa volonté de bâtir sur de nou-

François Hollande et Moncef Marzouki, (à Tunis le 7 février crédit : AFP/ Miguel Medina.)

velles bases sa relation de confiance avec les gouvernants. L’Hexagone entend par ailleurs rester le premier partenaire commercial de la Tunisie.

Le pays accueille en effet 1 300 entreprises françaises qui représentent 125 000 emplois. A cet égard, François Hollande a rappelé que la France restait

Une constitution exemplaire Trois ans après la révolution qui a renversé l’ancien président Zine El Abidine Ben Ali, la nouvelle constitution a été adoptée le 26 janvier. Bâtie en dix chapitres et 149 articles, elle fait désormais figure d’exemple dans les pays arabes. Disposition phare : l’article 2 qui garantit la séparation entre l’Etat et la religion. Autre mesure clé, l’objectif de parité hommesfemmes introduit dans les assemblées élues. La part accordée à l’Islam a également été réduite. Pour preuve, le départ volontaire des islamistes d’Ennahda, alors parti majoritaire au pouvoir.

BRESIL Nouvelles hausses du prix des tickets de bus à Rio

Les Cariocas dans la rue

n Une manifestation à Rio de

Janeiro contre la hausse du prix du ticket de bus a dégénéré jeudi en affrontements. L’événement rappelle les millions de manifestants du mois de juin. Stéphane Monclaire, maître de conférence à l’université Paris I et spécialiste du Brésil, nous explique les enjeux de ces mouvements sociaux. Pourquoi une nouvelle augmentation du ticket de bus ? Tous les ans, avec l’inflation, il y a une augmentation du prix des transports au Brésil. Mais cette année, la hausse survient plus

aux côtés de la Tunisie dans le cadre d’un partenariat commercial et a rappelé que les financements destinés à aider le pays à se développer (500 millions d’euros) étaient prêts. Cette visite est aussi l’occasion de faire oublier l’image laissée par Nicolas Sarkozy, accusé d’avoir soutenu jusqu’au bout le régime déchu de Ben Ali. En juillet, François Hollande avait évoqué les «incompréhensions au moment de la révolution» de janvier 2011 mais aussi le passé colonial français, un message très apprécié à l’époque des dirigeants tunisiens.

tôt. Cela n’est pas une conséquence du mondial mais du carnaval de fin février. Le coût des transports publics est-il crucial pour les Brésiliens ? Les mobilisations ne portent pas seulement sur le coût des transports. Mais la mobilité urbaine au Brésil est un gros problème : les villes sont gigantesques et les gens vivent de plus en plus en périphérie. Le temps de transport augmente sans que les infrastructures suivent, ce qui provoque des encombrements considérables.

04 - EXpresso - Samedi-dimanche 08/09 FEVRIER

Les mobilisations peuventelles s’amplifier comme en juin et perturber le mondial ? Les manifestants sont mobilisés avec la même stratégie qu’en juin. Mais, ça ne devrait pas dégénérer comme l’an dernier. En effet, les élections générales en octobre représentent une soupape de sécurité: les Brésiliens préféreront contester par leur vote. Pour le mondial, il y aura certainement quelques manifestations mais la majorité de la population sera devant son poste de télévision particulièrement les jours de match de l’équipe brésilenne. o Flavian Charuel

o Marine Haag

en bref Tentative de détournement d’avion vers Sotchi n Un passager a tenté de dé-

tourner un avion parti d’Ukraine vendredi soir. L’avion de la compagnie turque Pegasus a été contraint par l’armée de l’air d’atterrir à Istanbul. Le passager ukrainien aurait menacé de faire exploser une bombe si l’avion, et les 110 passagers à son bord, ne prenaient pas la direction de Sotchi. Il a ensuite été maîtrisé par les forces spéciales. Au meme moment, la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver avait commencé.


DEFENSE Le budget privilégie la cyberdéfense

L’armée française prépare la guerre du futur

P

acte Défense Cyber : derrière ce nom de code futuriste, la réorientation stratégique de l’armée française. Vendredi, Jean-Yves Le Drian était à Cesson-Sévigné (Ille-etVilaine) pour présenter les mesures concrètes inscrites dans la loi de programmation militaire 2014-2019 (LPM) : 1 milliard d’euros octroyé à la cyberdéfense pour les cinq années à venir. L’effort est considérable, et cependant indispensable : la France a essuyé plus de 800 attaques l’an passé. Et le nombre de ces incursions double chaque année. Le système d’armes est lui aussi vulnérable : drones, satellites et autres sous-marins sont de plus en plus interconnectés. Mais le rééquilibrage du financement de l’armée française est un exercice périlleux à l’heure de la réorganisation budgétaire de l’Etat. La LPM présentée l’an dernier semblait marquer un repli de l’armée française : sur les six prochaines années, la défense va perdre près de 35 000 postes. En réalité, les forces opérationnelles sont peu touchées. Ces

Jean-Yves le Drian suppressions concernent surtout l’administration, le soutien interarmées et les états-majors centraux. Un nouveau paradigme Par ailleurs, les effectifs pour la protection du cyberespace ont eux augmenté. Plusieurs centaines d’experts militaires vont rejoindre l’état-major, mais aussi constituer des unités offensives pour appuyer l’armée lors des opérations extérieures. M. Le Drian a aussi annoncé que la Bretagne hébergera le « pôle d’excellence en cyberdéfense ». D’aucuns

dénoncent la cure de minceur imposée à la défense. Le ministre préfère lui invoquer une « révision stratégique ». La cyberdéfense n’est pas la seule priorité tactique. Dassault aviation et BAE Systems ont entamé la semaine dernière une nouvelle étape vers l’élaboration du drone franco-britannique. 145 millions d’euros sont alloués à la conception de cet avion d’ici à 2030. La France semble renoncer en partie aux gros engagements conventionnels hors des frontières…et emboîte ainsi le pas aux Etats-Unis. Le projet de budget 2014 du gouvernement Obama donne la priorité aux drones et à la cybersécurité. L’Amérique débourse plus de 5 milliards de dollars par an dans la recherche et le développement de sa cyberdéfense. Certains experts, à l’instar de Mike Noonan (Foreign Policy Research Institute) s’alarment outre-Atlantique du basculement rapide de la politique de défense et du renoncement progressif aux armées conventionnelles. La guerre du futur reste imprévisible. o Jérôme Garro

SOCIETE Accord entre l’ONU et le régime syrien

Fonctionnaires sur le pied de guerre n Après les déclarations de

Vincent Peillon sur un possible gel de l’avancement des fonctionnaires, Bernard Cazeneuve a essayé de calmer le jeu : “Les fonctionnaires ont déjà fait beaucoup d’économies. Je ne suis pas du tout dans l’approche de l’opposition qui consiste à considérer qu’un fonctionnaire est nécessairement suspect. Un fonctionnaire, c’est «une richesse», a declaré vendredi le ministre du Budget. Les syndicats restent sur leur garde car le gouvernement doit trouver 50 milliards d’euros pour réduire le deficit public et financer le pacte de responsabilité. Le gel envisage pourrait rapporter 1,2 milliard d’euros à l’Etat. Mais qu’est-ce que cela signifie réellement pour les quelque cinq millions de fonctionnaires français ? “C’est un surgel du point d’indice” selon Gilles Oberrieder, secrétaire gé-

néral adjoint de l’UGFF- CGT (Union générale des fédérations de fonctionnaires). C’est une façon d’empêcher les revalorisations salariales naturelles. A chaque fois qu’un fonctionnaire change d’échelon, sa rémunération est automatiquement revue à la hausse. Ce qu’il faut comprendre : même avec une promotion, les salaires n’évolueront pas. Une déqualification de la fonction publique Les syndicats de la fonction publique savaient depuis un moment que cette hypothèse était sur la table. Cette proposition avait été faite par la Cour des comptes dans son rapport annuel. “C’est carrément une pure provocation ! Même la droite n’a pas osé !”, s’est indigné Gilles Oberrieder. En effet, après le gel du point d’indice depuis presque cinq ans, c’est une façon de faire

baisser le pouvoir d’achat des fonctionnaires, selon Julien Boeuf, secrétaire nationale de la CFDT-Fonction publique. Avec le gel de cet indice, les syndicats estiment que les fonctionnaires ont perdu 5% de leur remuneration à cause de l’inflation. Pour Gilles Oberrieder, audelà de la question financière, on assiste à “une politique de déqualification de la fonction publique”. La rémunération ne correspond plus aux qualifications des fonctionnaires. Exemple : le salaire des enseigants debutants n’est que 15% au-dessus du SMIC. Les syndicats attendent samedi, la réunion du Conseil stratégique de la dépense publique à l’Elysée, pour decider de leurs actions communes. Une intersyndicale devrait avoir lieu rapidement mais pour Julien Boeuf, “il est clair que ça part très mal”. o Déborah Coeffier

en bref

FRANCE

Nouvelle tempête en France n La tempête a traversé la France dans la nuit du 7 février. En Bretagne, MétéoFrance a placé le Finistère et le Morbihan en vigilance rouge, et l’Ille-et-Vilaine en vigilance orange, à cause d’un risque important de débordement de la Vilaine, la Laïta et du Blavet.

Bartolone s'envoie des fleurs n Questionné sur son envie d’aller à Matignon par le Figaro.fr, Claude Bartolone (PS) prend cette question « comme un compliment ». Selon lui, s’il est considéré comme l’un des prétendants au poste de Premier ministre, c’est parce qu’il a « réussi comme président de l’Assemblée nationale ».

Libéré par fax Un homme soupçonné d’avoir battu à mort un DJ amateur en 2011 en SeineSaint-Denis a été remis en liberté mercredi, à cause du manque d’encre dans un fax. Pour cette raison un document n’avait pas pu être remis à la chambre d’instruction. L’avocat du suspect a confirmé avoir saisi la chambre pour demander la libération de son client faisant valoir qu’il était «détenu arbitrairement».

n

Recherche fumeurs de cannabis n Le centre hospitalier de Nancy a lancé jeudi un appel aux volontaires parmi les fumeurs réguliers de cannabis. Il mène une étude d’un an sur l’impact de la consommation régulière de marijuana sur le cerveau. Les 180 volontaires seront soumis à un questionnaire sur leur consommation, ainsi qu’à plusieurs examens mesurant l’activité électrique de l’oeil et du cerveau.

Karachi: l'enquête se resserre sur Sarkozy n Le volet financier de l’affaire

Karachi pourrait être transmis prochainement à la Cour de justice de la République (CJR). Les juges en charge du dossier préconisent l’audition de Nicolas Sarkozy comme témoin assisté. Ils demandent aussi la saisine de la CJR pour enquêter sur l’ancien Premier ministre Edouard Balladur et son ex-ministre de la Défense, François Léotard.

samedi-dianche 08/09 fevrier- Expresso - 05


ECO/CONSO ECHANGES Amélioration en trompe-l’oeil du commerce extérieur français

Du déficit, mais un peu moins

E

n 2013, le déficit commercial français est passé de 67,2 milliards d’euros à 61,2 milliards d’euros, selon les chiffres publiés vendredi. En novembre, Nicole Bricq avait prévu de ramener le déficit commercial « à 60 milliards d’euros à la fin de l’année ». Si la baisse est moins rapide que prévue, la ministre du Commerce extérieur espère une nouvelle amélioration en 2014. Cette baisse de six milliards d’euros, qui représente un repli d’environ 9% par rapport à l’an dernier, est assez positif au regard de la situation économique du pays. Cependant, le commerce extérieur demeure encore très déficitaire. Plus inquiétant, pour la première fois depuis 2009, les exportations et les importations françaises se sont contractées au cours des douze derniers mois, signe de la morosité de la conjoncture mondiale. Contraction des exportations Après une hausse de 1,2% en 2012, les importations françaises ont connu un repli de 2,3% en 2013. En cause ? L’énergie qui, à elle seule, a chuté de 7,1% en raison de la baisse du prix du pétrole. Hors

a en revanche reculé. C’est le marché asiatique qui a enregistré la plus forte baisse (-3,5%). Toutefois, parmi les locomotives des exportations françaises, on retrouve l’aéronautique qui a enregistré un excédent commercial record de 22 milliards d’euros. Le doublement des commandes d’Airbus, passées de 833 à 1 503 en un an, est responsable de cette amélioration. Le nombre d’entreprises exportatrices a quant à lui légèrement augmenté atteignant 120 700 en 2013 contre 119 200 en 2012. Les commandes d’Airbus ont doublé en 2013 (photo Autocars-LeNet) énergie, le recul des achats français se limite à 1,1%. La France a également connu une baisse significative des exportations. Si les nouveaux Etats

membres de l’Union européenne se sont montrés attractifs, le commerce à destination du reste de l’Europe, des EtatsUnis, de l’Afrique et de l’Asie,

Excédent commercial historique en Allemagne La balance commerciale allemande a de quoi susciter des jalousies. Régulièrement sujet de discorde avec ses partenaires, l’excédent commercial de l’Allemagne a battu un record historique en 2013 en atteignant 198,9 milliards d’euros. Il s’agit de son plus haut niveau depuis la création de ces statistiques en 1950. Connue pour son solide commerce extérieur, l’Allemagne a néanmoins enregistré un recul de 0,2% de ses exportations en 2013. Ces derniers mois, des critiques avaient été formulées à l’égard de Berlin, accusée de ne pas soutenir sa consommation intérieure. Des attaques vite balayées par la chancellerie, qui affiche une économie en bonne santé.

La compétitivité s’améliore Les secteurs de l’agroalimentaire et de la pharmacie figurent également parmi les bons élèves de l’exportation française. L’hexagone a en effet enregistré une progression des exportations de 3,3% pour l’agroalimentaire et de 2,5% pour l’industrie pharmaceutique. Hors énergie et matériel militaire, le déficit commercial est tombé à 13,5 milliards d’euros en 2013 soit une réduction de moitié en deux ans. Cet indicateur est celui qui reflète le mieux le niveau de compétitivité du pays. Le gouvernement voudrait voir ce déficit réduit à zéro en 2017.

o Maxime Lebufnoir

ENTREPRISES Mis en examen pour corruption, le président de la BPCE reste à son poste

François Pérol fait face à la justice n François Pérol, président du

directoire de Banque populaireCaisse d’épargne (BPCE), restera à son poste, même mis en examen. Vendredi, la BPCE a soutenu à l’unanimité son dirigeant. L’ancien conseiller de Nicolas Sarkozy l’a déjà affirmé aux Echos, il ne démissionnera pas. Son destin est donc désormais entre les mains de la justice. La nouvelle n’a pas empêché Laurent Mauduit, journaliste à Mediapart, de se réjouir. L’affaire Pérol est pour lui « une longue histoire » : « j’ai quitté le Monde après avoir été censuré pour un article sur la Caisse d’Epargne », expliquet-il . M. Pérol a ensuite tenté de l’« intimider » en multipliant les plaintes après la publication de son enquête. Le site d’information a effecti06 - EXPRESSO - SAMEDI-DIMANCHE 8/9 FÉVRIER

vement suivi le « dossier Pérol » à la trace. Depuis la nomination du banquier en 2007 au poste de secrétaire général adjoint de l’Elysée, jusqu’à son accession à la tête de la BPCE en 2009, en passant par les rebondissements judiciaires liés à cette nomination. Auprès du président, l’ancien énarque originaire du Creusot a suivi les négociations sur la fusion entre la Caisse d’épargne et la Banque populaire. Les discussions débouchent en février 2009 sur la création d’un groupe dont le capital est détenu à 20% par l’Etat. Un mois plus tard, François Pérol est nommé au directoire du groupe. Au mépris de la loi ? Les fonctionnaires ne sont pas autorisés à travailler pour une entreprise avec laquelle ils ont entretenu des relations pendant

leur office au sein de l’Etat durant les trois dernières années. Une décision approuvée En principe, il appartient à la Commission de déontologie de la fonction publique de régler ce genre de « complications » éthiques. Selon le président Sarkozy, l’organe avait été saisi et avait approuvé la nouvelle affectation de M. Pérol. Il s’avère qu’il n’en est rien : la consultation était informelle, a indiqué le président de la Commission Olivier Fouquet, qui a déclaré ne s’être prononcé qu’à titre « personnel ». Le banquier Pérol, sous le feu des critiques de la gauche et des syndicats de la banque, se défend en affirmant qu’il n’avait pas eu de pouvoir de décision dans la fusion qui a débouché sur la constitution du

groupe BPCE. Il n’aurait fait qu’appliquer des décisions déjà arrêtées. Face aux accusations répétées de Mediapart, il tente de faire mettre en examen Edwy Plenel, directeur de publication. En vain. François Perol est luimême condamné pour poursuites abusives, « après avoir retiré sa plainte 15 jours avant le procès », déclare Laurent Mauduit. Pour le syndicat Sud BPCE en revanche, cette mise en examen « confirme le bien-fondé » de sa plainte auprès de la Cour de cassation en juin 2012, à la suite de celle de l’association de lutte contre la corruption Anticor, en mars 2009. François Pérol est passible de cinq ans d’emprisonnement et 500 000 euros d’amende. o Ania Nussbaum


ECO/CONSO NUMERIQUE Les vraies raisons de la délocalisation de Yahoo!

L’Irlande, terre d’asile pour les géants du web

n A compter du 21 mars, la

filiale française du géant américain Yahoo! fournira ses services depuis son entité irlandaise. Les utilisateurs ont appris la nouvelle jeudi dans un mail qu’Expresso s’est procuré. Yahoo! explique notamment que les conditions d’utilisation des services tels Mail ou l’outil d’hébergement de photos Flickr changeront pour se plier à la juridiction irlandaise. Difficile de ne pas penser à une forme d’optimisation fiscale. En Irlande, le taux d’imposition sur les sociétés s’élève en effet à 12,5% contre 33,33% en France. Cette nouvelle intervient dans

un contexte politique et économique tendu entre la France et les géants du numérique. Avant de rencontrer mercredi prochain à San Francisco les dirigeants de Google, Twitter, Facebook ou encore Mozilla, François Hollande s’est exprimé jeudi sur leur optimisation fiscale qu’il a jugé « inacceptable ». De son côté, le fisc aurait imposé un redressement d’un milliard de dollars à Google selon Le Point. Le gouvernement est tiraillé entre la nécessité de renflouer des finances publiques catastrophiques et le désir de ne pas faire fuir les investisseurs étrangers. Pour justifier sa délocalisation,

Yahoo! n’invoque pas la stratégie fiscale mais la protection des données personnelles. La législation autour de ces données est la même partout en Europe, mais « c’est son application qui est plus souple » explique l’avocat Alain Bensoussan spécialiste du droit des nouvelles technologies. La raison : « les anglosaxons sont moins attachés que nous à la protection des données personnelles » La CNIL irlandaise est « beaucoup plus permissive » explique-t-il. L’Europe à l’offensive Les sociétés pouvant exporter et exploiter ces données

CONSOMMATION Le boom des restaurants mobiles à Paris

Les foods trucks, une affaire qui roule

L

e camion porte bien son nom. Ça fume sévère derrière les fourneaux, à se demander si cela émane seulement des frites certifiées « maison » qui rôtissent dans l’huile bouillante. L’odeur enivrante de fromage fondu mêlée à celle des épais steaks qui crépitent sur le grill laisse peu de chance aux cols blancs de la place de la Madeleine en quête d’un bon déjeuner. Et ça marche. Chaque jour des dizaines de clients s’agglutinent devant le Camion qui fume, un restaurant à quatre roues qui se déplace dans Paris pour vendre des burgers. Une réussite à l’américaine Les gourmands sont prêts à attendre plus d’une heure tant la file est longue, pour pouvoir croquer dans l’un des six hamburgers à la carte. Le succès est tel que depuis son lancement en novembre 2011 Kristin, la propriétaire californienne, en a ouvert un deuxième. « Ceux qui gèrent ça ne sont plus dans le camion depuis longtemps » lâche d’ailleurs l’un des employés, même si un autre affirme que la propriétaire passe souvent les voir. La recette a tout pour plaire. Pas de serveurs, pas

librement en Europe, la situation est idéale pour Yahoo!. Google, Facebook, Amazon, Apple...dont les activités européennes sont également gérées en Irlande. L’Europe semble bien décidée à changer cette situation : en octobre dernier, le Parlement votait un projet de règlement renforçant les contraintes pesant sur les géants américains et les sanctions pour les contrevenants. Mais la capitulation de Bruxelles face à Google, attaqué pour abus de position dominante, semble montrer la toute puissance des patrons de la Silicon Valley. o Florian Reynaud

EN BREF Blocage des usines vendéennes FagorBrandt n Variance Technologies a

décidé de retirer son offre de reprise des usines vendéennes du groupe électroménager FagorBrandt. La seule offre restante ne prévoit pas de conserver les deux sites de la Roche-sur-Yon et Aizenay.

Coup d’accélérateur sur les contrats de génération n 20 000 contrats de généra-

Au Camion qui fume, les ingrédients sont sélectionnés avec attention (photo M.Z)

de couverts, moins de taxes et pas de limite dans le nombre de places disponibles, la formule burger-frite à 10€50 rapporte gros, même si les employés se montrent taiseux voire hostiles dès que le sujet des salaires est abordé. Autant d’économies que les restaurateurs peuvent consacrer à la qualité des produits. Car c’est bien la fraîcheur des ingrédients qui justifie les prix. Un argument largement intégré par les clients. « C’est cher mais

La malbouffe version luxe à la mode Pizza, burgers, sandwichs, les grands chefs s’intéressent de plus en plus aux plats stars de la restauration rapide pour les transformer en des mets de luxe. Une tendance lancée en 2002 par Alain Ducasse qui a ouvert une boulangerie-sandwicherie haut de gamme baptisée « Be ». Depuis Bocuse à Guy Martin tous les grands s’y mettent, avec des prix pouvant atteindre 40€ pour le M. Burger du Meurice concocté par le chef Ducasse.

le goût n’a rien à voir avec les grandes enseignes de fast-food » souligne Franck, 24 ans, salarié dans la finance. Cette réussite à l’américaine en a fait saliver plus d’un. Si bien que la ville de Paris croule sous les demandes. Selon Lyne CohenSolal, adjointe au maire chargée du commerce, la mairie a « enregistré plus de 250 demandes d’emplacements de food trucks en 18 mois ». Le phénomène a pris une telle ampleur que les autorisations se font de plus en plus rares, « la ville offre déjà une multitude de points de restauration, de boulangeries. Ces établissements qui payent des taxes. Il ne s’agit pas d’organiser une concurrence déloyale » poursuit Mme Cohen-Sohal. Et pour cause, en 2013, un sandwich sur deux vendu en France est un burger. o Marine Zambrano

tion ont été signés depuis le lancement du dispositif. Le gouvernement est loin des 75 000 embauches prévues sur un an. Pour y remédier, l’Assemblée nationale a voté un amendement hier qui sanctionne les employeurs de 50 à 300 salariés, non couverts par un accord ou un plan d’action sur l’emploi des jeunes et des seniors.

EXPRESSO QUOTIDIEN

Institut Français de Presse, Paris II 92 rue d’Assas 75006 Paris Quotidien école M1. Février 2014 Directeur de publication : JeanBaptiste Legavre. Sous la direction de Françoise Fressoz, rédacteur en chef et Fabien Rocha, éditeur en chef. Chefs de service : Déborah Coeffier (France), Grégoire Belhoste (International), Marine Zambrano (Eco/Conso), Brice Laemle (Culture et Sports) Chef d’édition : Sabrina Cicchini

SAMEDI-DIMANCHE 8/9 FÉVRIER - EXPRESSO - 07


CULTURE EXPO La Gaîté Lyrique, à la recherche du bonheur

Attendrissant mais frustrant « Happy Show»

A

près son passage à Chicago, l’exposition «The Happy Show» s’est installée à la Gaîté Lyrique depuis le 28 novembre dernier et se clôturera le 9 mars prochain. Le créateur de cette exposition originale se nomme Stefan Sagmeiser. Autrichien d’origine, devenu New-Yorkais d’adoption, le graphiste mondialement respecté s’est lancé dans une réflexion insoluble. Comment trouver le bonheur ? Pour tenter d’y répondre, Stefan Sagmeiser invite les visiteurs à se balader dans une exposition qu’il a pensé comme un moment de partage et de réflexion. Etre graphiste ne suffit pas pour cet homme hors-norme. Durant les années 80 et 90, il noue ainsi des liens privilégiés avec plusieurs musiciens et groupes. La pochette de l’album «Ecstasy» de Lou Reed et celle de «Once in a lifetime» des Talking Heads, c’est lui. Le graphiste a aussi collaboré avec le musée Guggenheim de Bilbao ou encore la chaîne de télévision américaine payante HBO («The Wire», «Six Feet Under») afin de mieux transcender leurs commandes et y insuffler des émotions et une vraie humanité. Le bonheur est-il un muscle comme les autres ? A l’entrée de la Gaîté Lyrique, une question volontairement provoquante accroche le regard : «Sommes-nous plus heureux

Une exposition graphique, pensée comme un moment de partage et de réflexion (Credits : Brice Laemle)

en couple, sous l’influence de la drogue ou après une séance de méditation ?». Les ateliers ludiques et participatifs mis en place invitent à réfléchir et livrent quelques réponses. Nicolas, 25 ans, note qu’il existe «un aspect interactif qu’on ne trouve pas dans d’autres expos. Le créateur provoque et pousse le public à se parler, l’initiative me plait». Au delà de l’interactivité recherchée, c’est surtout la poésie dis-

tillée tout au long du parcours qui charme. Les obsessions personnelles du graphiste nourrissent ses carnets de croquis, ses travaux de recherche mais aussi les écriteaux éclairant les oeuvres. «Les cartels écrits à la main, avec fautes et ratures, m’ont touchée» témoigne Agathe Hocquet, diplômée en graphisme et en édition. Elle s’avoue un peu « frustrée » et pointe du doigt le fait que l’ar-

tiste ne soit pas allé au bout de sa démarche. «J’ai eu l’impression de déambuler dans un livre de développement personnel un peu américano-hypocrite, genre «How to be happy in 10 lessons». «Je crois que j’aurais aimé un peu plus d’âme, un peu plus de vérité, quelque chose de plus subtil, de plus proche d’un bonheur personnel» concède-telle quelque peu déçue. o Brice Laemle

CINEMA Le dernier film de Steve McQueen remplit les salles

12 Years A Slave, un drame historique

n 12 Years A Slave, est le film le plus prometteur de l’année 2014, nommé dans neuf catégories aux Oscars dont celle du meilleur film. Steve McQueen, réalisateur, entre autres, de « L’Affaire Thomas Crown » tient sans nul doute le succès de l’année. Sorti le 22 janvier, ce drame historique comptabilise à ce jour 748.734 entrées en France. L’histoire de Solomon Northup, musicien né dans l’Etat de New-York a de quoi bouleverser : né libre, cet afro-américain va voir sa vie basculer lorsqu’il est enlevé et réduit en esclavage dans une plantation de Louisiane. Après, par exemple Amistad et

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Django Unchained, ce n’est pas la première fois que ce pan de l’histoire américaine est traité à l’écran. Mais dans ce film, le réalisateur Steve McQueen raconte de manière inédite une histoire vraie et méconnue du public, celle du kidnaping d’hommes et de femmes dans le Nord des Etats-Unis pour servir d’esclaves dans le Sud. En 1841, année pendant laquelle débute le film, l’Amérique est coupée en deux. D’un côté des Noirs américains intégrés à la société des Etats de Nord, de l’autre les Etats du Sud qui continuent de pratiquer l’esclavage. Cette période charnière illustre les contradic-

tions d’un pays divisé. Solomon Northup, figure de cette schizophrénie, présente les caractéristiques d’un personnage tragique happé par ce drame. Une distribution surprenante La violence de certaines scènes, parce que très réalistes, a de quoi mettre mal à l’aise les spectateurs. En sortant de la salle de cinéma, Rolland, 24 ans, avoue avoir été « choqué par les scènes de coup de fouet », « longues » et « insupportables ». Pourtant, le film, inspiré par les mémoires éponymes de Northup, remporte les suffrages de la critique, qui salue de ma-

nière unanime la subtilité des situations et le jeu des acteurs. En effet, McQueen a su s’entourer de comédiens de premier choix. Outre les célèbres Michael Fassbender et Brad Pitt, il a aussi fait confiance à de nouveaux visages, comme Chiwetel Ejifor, ou Lupita Nyongo. L’actrice d’origine Kenyane campe le rôle de Patsey, une jeune esclave qui subit la double peine : à sa situation d’esclave s’ajoute l’amour culpabilisé et violent de son maître. En lice pour l’Oscar de la meilleure actrice dans un second rôle, elle est la révélation du film. o Evelyne Louzingou


SPORTS RUGBY L’arrière va connaître sa première sélection avec le Stade Français

Bonneval, l’âge d’homme

O

n en parlait depuis des mois. Dimanche, ce sera chose faite. Hugo Bonneval, le jeune arrière du Stade Français, va connaître sa première sélection avec le XV de France, à SaintDenis face à l’Italie. En deux saisons, le Parisien a conquis le petit monde de l’ovalie. Lancé dans le grand bain par Didier Faugeron, un ancien du XV, Bonneval est l’attaquant racé par excellence. Grand, élancé, le jeune homme aux appuis déroutants plonge ses adversaires dans l’incertitude sur chacune de ses prises de balle. Baptiste Gouache, son premier entraîneur au Stade Français, se souvient : « Dès le début, on a bien vu qu’il puait le rugby (sic). Il tentait tout… Mais parfois, il faisait n’importe quoi!», lâche-t-il dans un éclat de rire. A l’époque, le petit « Bonuche », avec sa longue tignasse brune et ses grands yeux bleus, avait tout de l’enfant gâté. Il ne supportait pas la critique, au point, parfois de claquer la porte de l’entraînement. « Il était comme ça, avec un côté je-m’en-foutiste », explique Florent Rousseau, son ancien compère au centre de formation du Stade. Jeune, trahi par sa croissance et ses lombaires, Bonneval le

En deux saisons, Bonneval a conquis le petit monde de l’ovalie. (Credits : AFP)

fluet a connu plusieurs saisons compliquées, à l’âge où les meilleurs pousses de l’Hexagone squattaient les chambres et les terrains des pôles espoirs. «Plus la pression est grande, meilleur il est» « Il a eu un vrai déclic lorsqu’il a commencé à se développer physiquement », analyse Hugues Briatte, son capitaine dans toutes les sélections de jeunes. Il faut dire que le natif de Tou-

louse a eu quelques raisons de se décourager. A l’ère du professionnalisme, où les qualités de puissance et de force sont érigées en standards, Hugo Bonneval a longtemps dû se contenter d’endosser le rôle du second choix. Un calvaire pour celui qui a toujours cru en ses capacités. Son salut, il le doit en partie à Philippe Sella, qui n’hésita pas à l’appeler en équipe de France des moins de 20 analors qu’il

FOOT Choc au sommet de la ligue 1 n Le stade Louis II affichera complet dimanche pour la venue du Paris Saint Germain, preuve s’il en est que cette rencontre sera déterminante pour la suite du Championnat. Ce match retour pourrait être décisif dans la course au titre. Le club de la capitale compte cinq points d’avance sur son dauphin monégasque. Une défaite placerait l’AS Monaco dans une situation inextricable.

Bulgare devant la presse. Rapide et difficile, cela risque de l’être ce dimanche contre un collectif parisien dont l’aisance rappelle par moment le grand Barça. « Paris resserre très rapidement les espaces. Pour en profiter, vous devez jouer très vite en contreattaque », a indiqué Claudio Ranieri à ses joueurs dans la semaine, apprend-t-on dans les colonnes de l’Equipe.

« Vous devez jouer très vite en contre-attaque » Claudio Ranieri le sait mieux que quiconque. Même si

Dernière carte à jouer

l’entraîneur de Monaco répète à qui veut l’entendre que le PSG sera champion de France, il a tout de même durci les entraînements dans la semaine. Pour les premières foulées de Dimitar

Berbatov, l’une des recrues hivernale, l’entrée en matière a été abrupte. « C’était difficile et rapide, avec des tacles rudes », a commenté l’attaquant

o Gaspard Augendre

en bref

Match capital pour Monaco

Au match aller, les deux équipes s’étaient séparées sur un match nul (crédit: AFP)

échappait jusque là aux radars fédéraux. Adoubé par les anciens, le néo-international fait aujourd’hui l’unanimité. « Il a mûri au contact de mecs charismatiques comme Pascal Papé. Aujourd’hui, il est prêt », prédit Briatte. Avant de conclure : « Plus la pression est grande, meilleur il est ». De bon augure pour dimanche et la Coupe du Monde 2015.

Côté parisien, on temporise. Discours serein d’une équipe qui ne doute pas. « Si on ne gagne pas, ça ne sera pas la fin », a affirmé Blaise Matuidi, le milieu défensif parisien. Pour Monaco, c’est la dernière carte à jouer pour accrocher le titre. Tapis. o Matthieu Bidan

Au Brésil, un Mondial sous haute sécurité n Les autorités brésiliennes se préparent à de nouvelles manifestations lors du prochain Mondial. En juin 2013, des manifestations contre l’augmentation du prix des transports publics à Sao Paulo et Rio avaient été durement réprimées. Elles avaient servi de détonateur à la fronde sociale historique qui avait embrasé le Brésil pendant la Coupe des Confédérations de football. Pour cela, plus de 100.000 hommes appartenant aux forces de l’ordre seront mobilisés pour assurer la sécurité du Mondial de football. Le Mondial 2014 aura lieu dans douze villes hôtes et se déroulera du 12 juin au 13 juillet prochain. SAMEDI-DIMACHE 08/09 FEVRIER Expresso - 09


Expresso

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portrait Le ministre de l’Intérieur reste l’homme fort du gouvernement

Le dogue de la République

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’oeil vif et la mâchoire serrée,  Manuel Valls plaît et il le sait. Le ministre de l’Intérieur  est pourtant parti de très loin, lui qui n’a remporté que 5% des suffrages lors la primaire socialiste de 2011. « Il y a deux types d’hommes politiques, a coutume de dire Jean-Pierre Chevènement, son lointain  prédecesseur place Beauvau.  Ceux qui se contredisent et ceux qui se répètent ». A de rares exceptions, Manuel Valls est un homme qui se répète. C’est sans doute ce qui explique ses quelques 40% d’opinions favorables tandis que le président Hollande vient de chuter en dessous de 20%. Alors que la majorité et le gouvernement enchainent  depuis 2012 bourdes et reculades, dont la loi sur la famille est le dernier exemple, la ligne Valls n’a que peu bougé. Cela fait des années que ce rocardien assume le rôle du franc-tireur au PS en défendant une ligne ferme sur les questions de sécurité, de laïcité et d’intégration. Maire d’Evry de 2001 à 2012, il militait pour l’installation de caméras de surveillance et pour armer les policiers municipaux quand il n’interdisait pas la construction d’un fast-food halal pour lutter contre le communautarisme. Autant d’hérésies pour beaucoup de ses camarades socialistes.

publique. Dans la droite lignée de sa conception de « l’ordre républicain », il n’hésite pas à proclamer la République en danger, assiégée par « les forces sombres »  affilées à Dieudonné et autres Alain Soral qui sont venues battre le pavé parisien et crier des slogans antisémites le 26 janvier, funeste « Jour de colère ». Il clame sa fidélité sans faille au président Hollande

Manuel Valls veut défendre une République en danger (Crédit: AFP)

A l’entendre, le seul mot d’ordre, c’est la République. Et c’est ce mot qu’il décline à l’infini partout où il se trouve. Invité jeudi 6 février sur le plateau de France 2 pour l’émission Des paroles et des actes, c’est sous le patronage de cette même Ré-

publique qu’il a placé son action et sa vision du monde. Dans le sillage du philosophe Alain Finkielkraut, il affirme que « l’intégration à la française doit rester notre modèle » et rappelle que lui, né à Barcelone, a appris à devenir Français grâce à l’école

Manuel Valls parle haut et fort, au risque de heurter l’autre partie de la gauche qui ne  voit en lui qu’un ambitieux droitier, surfant sur les grandes peurs françaises. Après l’affaire Dieudonné il a un peu perdu dans les sondages et doit donner des gages de fidélité à son camp. Alors il  vante le  patriotisme économique de son collègue Montebourg et clame sa fidélité sans faille au président « qui incarne le destin de notre pays ». L’homme trop pressé assure n’avoir qu’un seul port, le ministère de l’Intérieur, et une  seule obsession, la sécurité des Français. Dans son bureau de ministre trône un portrait de Clémenceau. Le vieux Tigre toise le jeune dogue de la République sans être encore certain  de pouvoir lui délivrer le brevet de premier flic de France. Sur ce terrain là, il doit encore faire ses preuves. o Simon Fontvieille

expresso weekend Sotchi: les RDV télé du weekend

Paris expose ses voyous

n Les Français Pernelle Carron et Lloyd

n Gangs, c’est le genre d’expo qu’il faut

Jones, vice-champions de France 2013, effectueront leur programme libre de danse sur glace. Ils participent pour la première fois à une compétition olympique, et c’est dimanche à 16h sur France Télévisions. La finale homme de Snowboard Slopestyle devrait combler les amateurs de sensations fortes. Nouvelle discipline aux JO, ce sport consiste à exécuter des figures acrobatiques sur une piste de descente spécialement aménagée. Samedi à 9h45. Ronan Lamy-Chappuis, cousin du champion de combiné nordique, s’élancera pour la première fois sur un tremplin olympique pour tenter de décrocher une médaille en saut à ski. Samedi à 17h30 et dimanche à 18h30.

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aller voir. Bon, évidemment, si vous ne rôdez pas dans le Marais en ce weekend venteux, ne prenez pas non plus la peine de faire une heure de trajet pour aller voir cette infime partie du travail de l’inégalable Yan Morvan. Cet ancien photoreporter de guerre, passé par Libé, Paris Match et Sipa Press, a shooté pendant près de 40 ans certains des mecs les plus dangereux de Paris et de sa banlieue. Quand je dis dangereux, je pèse mes mots. Ce type a quand même passé pas mal de temps avec Guy Georges, célèbre pour avoir tué et dépecé de jeunes innocentes. On peut d’ailleurs admirer un cliché de ce taré, flingue à la main et bandana sous les yeux. Gangs, c’est une sélection de

photos présentes dans l’ouvrage Gangs Story, co-réalisé avec Kizo, où vous retrouverez des images, parfois intimes, qui mettent en scène bikers, chasseurs de skins et caïds de cité, de Johnny de Montreuil à Yves « le Vent », ancien chef des Blacks Dragons, en passant par les rappeurs du Ministère A.M.E.R. Le mieux, c’est encore de se faire offrir le bouquin, qui est une pure merveille.


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