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quotidien du master de journalisme de l’ institut français de presse - promo 2013

09 02 2012

L’essentiel FRANCE

P.3

Charonne : il y 50 ans, le drame n Des centaines

de personnes commémorent le 50e anniversaire des événements du métro Charonne. Témoinages de survivants.

INTERNATIONAL

Expresso

# 07

Sur fond de crise, le rapport annuel

La Cour des comptes vote pour la rigueur

P.4

Pas de répit pour les rebelles Syriens

nEn dépit des pro-

messes faites au ministre des Affaires étrangères russe, Bachar El Assad continue le massacre à Homs.

eco/conso

P.5

Quand le froid fait consommer

n La chute du mer-

cure fait bondir la consommation de certaines catégories de produits alimentaires. Les cafés, les soupes, et le fromage à raclettes sont en première ligne.

CULTURE

P.6

Didier Migaud, président de la Cour des comptes, remonte les bretelles de l’Etat à propos des dépenses publiques.

Une bouteille à la mer A travers le dialogue entre une israélienne et un palestinien, Une bouteille à la mer peint une jeunesse qui s’interroge sur un conflit sans fin.

n La Cour des comptes sonne l’alerte. Pour l’heure, les efforts du gouvernement pour réduire le déficit public se sont concentrés sur des hausses d’impôts, mais très peu a été fait pour diminuer les dépenses.

L’Etat est sommé, dans des domaines très variés, et dans les plus brefs délais, de prendre des engagements concrets et précis afin de rétablir la confiance et favoriser la croissance. Page 2


FRANCE JUSTICE Une association chrétienne met en cause une boutique parisienne

Cachez ce love shop que je ne saurais voir

T

ribunal Correctionnel de Paris, ce mercredi matin. Ambiance grivoise à la 10ème chambre. Maître de Beauregard brandit un godemichet devant une Présidente stoïque et imperturbable. « Ceci est-il un gland ? », demande-t-il à la vendeuse du love shop parisien 1969, Curiosités désirables. Sur le banc des accusés, Nicolas Busnel, gérant de la société Eden 69, qui exploite ce magasin situé à Paris à deux pas du Centre Pompidou. Face à lui, l’avocat de l’association Cler, Amour et Famille . Il reproche à l’enseigne d’avoir ouvert son commerce à proximité d’une école élémentaire. Catholique. Une accusation qui tombe sous le coup de la loi sur la protection de l’enfance. Objet pornographique

La partie civile s’explique. Le love shop propose à la vente des sextoys et autres vibromasseurs que l’association qualifie d’objets à caractère pornographique. Or, depuis cinq ans, l’installation de magasins vendant ce type de produit est interdite à moins de 200 mètres d’un établissement d’enseignement. Un critère que ne remplirait pas 1969, Curiosités désirables. Une question se pose : qu’est ce qu’un objet à caractère pornographique ? La loi de 2007 qui réforme un texte sur le sujet datant de 1987 ne donne aucune définition. Me de Beauregard, avocat de l’accusation, plaide que « si

L’intérieur raffiné du love shop parisien 1969, Curiosités désirables. Expresso.

le législateur ne définit pas ce qu’est la ‘pornographie’, c’est au juge de le faire ». La jurisprudence devra donc trancher. Dans la salle d’audience, les deux parties exhibent donc des godemichets de toutes tailles. On parle simulateur de fellation et boules de geisha. Et on sort de sa manche un vibromasseur en forme de banane. « Faut-il

interdire les fruits aux environs des écoles », développe Richard Malka, avocat de l’enseigne coquine pour qui « on confond sexualité, sensualité, érotisme et pornographie ». Au dessous de la ceinture

Malka explique, carte en main  : « La concentration des établissements d’enseignement à Paris

Le film qui retrace l’invention du vibro Vaste mystère que le plaisir féminin. En 2011, l’américaine Tanya Wexler réalisait son premier long-métrage, Hysteria, ou Oh my god ! en version originale. Dans l’Angleterre victorienne et puritaine du XIXè siècle, un jeune médecin progressiste et spécialiste de l’hystérie féminine cherche le moyen de procurer aux femmes tout le plaisir qu’elles réclament. Il finira par inventer l’objet révolutionnaire qui règlera son problème : le vibromasseur.

est tellement importante que la règle des 200 mètres rend impossible l’installation de ce type de magasin. Paris va-til devenir la seule capitale au monde qui interdit les sextoys, donc les love shop ? ». Joint au téléphone par Expresso, André Lardeux, ancien sénateur UMP et rapporteur de la loi de 2007, ne s’atermoie pas : « Et alors ? Ce genre de commerce qui conduit à la dépravation ne devrait pas exister » . Avant de rajouter : « Tout ce qui rabat l’homme au dessous de la ceinture n’a pas de raison d’être ». Sur le site Internet de l’association CLER, une phrase tape à l’œil : « la masturbation est une faute incontestable si elle est préméditée ». o Séverin Graveleau

Le marché de l’érotisme fait recette n La vitrine est à peine visible,

planquée parmi les magasins de vêtements. 1969, Curiosités désirables, se trouve au n°69 de la rue Saint-Martin, en plein Marais parisien. Exceptées ces allusions discrètes, rien n’indique que l’on pénètre dans l’antre du plaisir. A l’intérieur de ce « concept store », dont l’accès est interdit aux mineurs, tout est fait pour éveiller les sens et attiser la curiosité du visiteur curieux. Les canards vibrants sont

02 - EXpresso - JEUDI 9 FEVRIER

sagement alignés, les huiles de massage regorgent d’arômes aphrodisiaques, les menottes à froufrous rose bonbon attendent d’être déverrouillées et les sextoys de la discorde se déclinent dans toutes les tailles, formes et couleurs. Un effet Sex and the City ?

Le phénomène du jouet érotique n’est plus réservé à une élite branchée et dévergondée. Ici, le panier moyen s’élève à 50 eu-

ros. Les sextoys et autres accessoires érotiques connaissent un essor considérable, pas seulement au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. « Nos clientes sont majoritairement des femmes, d’une trentaine d’années. Elles entrent pour regarder et découvrir de nouveaux objets. Il n’y a plus de tabou, les gens ne sont pas dégoûtés ou choqués  », confirme Valérie Lévy, vendeuse à la boutique. L’implantation du magasin dans

le quartier n’a jamais soulevé de polémique, et la cohabitation avec les commerçants voisins se fait sans heurts. « On n’est pas à Pigalle !, s’amuse Viviane, de la boutique voisine. Je trouve même ça plutôt bien que l’on ouvre des boutiques différentes, qui retirent ce côté glauque longtemps caractéristique des sex shops. » Un nouvel art de vivre, symbole d’une évolution des mœurs ? o Sophie Rahal


FRANCE HISTOIRE Commémoration des évènements de Charonne POLITIQUE

Cinquante ans après, la gauche se souvient

Mélenchon veut séduire les ouvriers

n « À chaque fois que je passe là, j’y pense. On était trois, on est revenu que deux ». Roland avait 23 ans lors des événements de Charonne du 8 février 1962, au cours desquels neuf manifestants ont été tués, étouffés dans la bouche de métro où ils tentaient de se réfugier. Les forces de l’ordre avaient chargé sans sommation les participants à une marche pacifique anticolonialiste à l’époque de la guerre d’Algérie. Cinquante ans plus tard, Roland se retrouve au même endroit, en compagnie de centaines d’autres, pour rendre hommage aux victimes et se rappeler que le combat n’est pas terminé.

n « Camarades si vous criez

Devoir de mémoire

« C’est un devoir de mémoire », dit Brigitte Lelarge, membre de la Confédération générale du travail (CGT), syndicat organisateur de la commémoration. C’est aussi un moyen de «  lancer un message à nos gouvernants » puisque, à ce jour, les responsables du drame sont impunis. Cette commémoration est d’autant plus importante qu’elle était interdite jusqu’en 1982. « Ici on a tué. Et ceux qui ont tué avaient l’autorité déléguée par le suffrage universel. C’est ça le crime », a lancé Bertrand Delanoë, maire (PS) de Paris, sous les applaudissements de la foule. Pour Henri Salou, le drame est aussi personnel que collectif. À 17 ans, il s’est rendu à Charonne pour manifester contre ces « guerres coloniales qui ne servent à rien ». Les larmes aux yeux, il murmure que c’est «  l’émotion » qui a guidé ses pas pour y revenir mercredi. Il

en bref

Le 8 février 1962, neuf manifestants étaient tués lors d’un marche pacifique anticolonialiste contre la guerre d’Algérie. Expresso.

se remémore qu’aux obsèques des victimes, le 13 février, il n’y avait que des fleurs blanches pour Daniel Féry, mort à 15 ans, et que des fleurs rouges pour les autres victimes, toutes communistes. Plusieurs centaines de milliers de personnes s’étaient déplacées pour accompagner les disparus jusqu’au cimetière du Père-Lachaise. « L’enterrement c’était dur », ajoute M. Salou, pour qui manifester est le seul moyen de s’exprimer face au gouvernement. Regarder son Histoire en face

Selon Pierre Laurent, secrétaire

Daniel Féry est la plus jeune des neufs victimes des événements de Charonne et la seule qui n’avait pas d’appartenance à un groupe communiste. Il était apprenti à la Serp, une société qui assurait le routage du journal L’Humanité. Mort tout juste avant ses 16 ans, sa disparition a laissé des traces, particulièrement dans les mairies communistes. Un grand nombre d’espaces publics et privés portent son nom, dont la maison des jeunes de Nanterre et un gymnase à Villejuif.

Eric Woerth menacé de mise en examen

sique ! Nadine Morano a pourtant encore fait des siennes en déclarant au Parisien mercredi : « Le problème d’image d’Eva Joly ne vient pas que de son accent, c’est aussi physique. On sent du coup qu’il n’y a pas de communicant derrière ». Un peu plus et Morano serait allée jusqu’à dire que la candidate ne méritait pas son nom de famille.

get était attendu, mercredi, à Bordeaux pour être entendu par le juge Jean-Michel Gentil dans le cadre de l’affaire Bettencourt. Le trésorier de la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007 pourrait être mis en examen pour « financement illicite de campagne électorale » et « abus de faiblesse ». Une de plus après l’affaire de l’hippodrome de Compiègne.

n L’ancien ministre du Bud-

Tenue de travail

o S. Hui et S. Rochon

Daniel Féry passe à la postérité

Morano attaque Eva Joly sur son physique

n On avait dit pas le phy-

national du Parti communiste français (PCF), ces commémorations contribuent à combattre les « idéologies xénophobes et arrogantes », citant les récentes déclarations de Claude Guéant, ministre de l’Intérieur. « Oui M. Guéant, vos propos sur les civilisations qui ne se valent pas sont très mauvais. Et vous le savez ». Pour Bertrand Delanoë, « un peuple est grand quand il regarde son Histoire en face et la France sera plus belle lorsqu’elle reconnaîtra son crime ».

en même temps que moi ça va pas être possible. Donc maintenant il n’y en a qu’un qui parle ici c’est moi ! ». Comme à son habitude, Jean-Luc Mélenchon a rapidement donné le ton. Mercredi soir, lors de son meeting à Villeurbanne, le candidat du Front de gauche s’élève contre toute forme de « culte de la personnalité ». Pourtant, c’est bien lui la figure de proue d’un mouvement qui compte avant tout sur ses talents d’orateur pour attirer les électeurs. Avec des intentions de vote qui montent jusqu’à plus de 9% dans certains sondages, le candidat Mélenchon survole ses adversaires à l’extrême gauche. Nathalie Arthaud de Lutte Ouvrière et Philippe Poutou du NPA plafonnent respectivement à 1 et 0,5%. Jean-Luc Mélenchon a réussi à effacer les candidats trotskistes et à neutraliser Eva Joly et ses 2,5% d’intentions de vote.

Poursuite de la grève dans les aéroports

n La grève dans les transports aériens s’est poursuivie mercredi. Six vols court de la compagnie Air France ont été annulés à chaud pour protester contre un projet du gouvernement d’encadrement plus strict du droit de grève. La compagnie française a affirmé pouvoir assurer 60% de ses vols long-courriers et 70% de ses court et moyencourriers.

« Je suis fier de vous voir en tenue de travail, le casque sur la tête », a lancé Jean-Luc Mélenchon aux 8 000 personnes qui ont fait le déplacement (un nombre deux fois plus élevé qu’escompté) jusqu’au campus de la Doua. Une allusion adressée aux ouvriers venus assister au meeting en bleu de travail. Il faut dire qu’avec seulement 5% des intentions de vote de la classe ouvrière, Mélenchon peine à rassembler l’électorat communiste, volatile depuis quelques années. Le candidat du Front de gauche a donc pris Marine Le Pen pour tête de Turc. Elle qui peut compter sur les voix de près d’un tiers de la classe ouvrière. « Vous êtes un pied de nez à ceux qui prétendent que la classe ouvrière est vouée au Front National », s’est exclamé Mélenchon. Pourtant, c’est bien au FN qu’il cherche à récupérer des voix ouvrières. o Pierre Fesnien

JEUDI 9 FEVRIER - EXpresso - 03


International Syrie Des dizaines de personnes tuées lors d’un nouvel assaut

Homs, champs de bataille

C

e mercredi dès l’aube, des dizaines de personnes ont été tuées à Homs lors d’un nouvel assaut sur la ville, haut lieu de la contestation au régime. En dépit de la promesse faite la veille par le président syrien Bachar Al-Assad au ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, de faire cesser les violences, Homs continue d’être le théâtre de troubles de très grande ampleur. Le premier d’une série

Au matin du cinquième jour de la violente offensive démarrée samedi par les forces de sécurité du régime, l’Observatoire syrien des droits de l’Homme dénombrait déjà une cinquantaine de morts, dont trois familles entières tuées à leur domicile dans la nuit. D’après Mathieu Guidère, professeur à l’université de Toulouse II et spécialiste de la pensée arabe, « le veto de la Russie et de la Chine à la résolution arabo-européenne au Conseil de sécurité à été interprété par le régime syrien comme un permis de tuer pour en finir avec la contestation par tous les moyens » . Pour Manon-Nour Tannous, doctorante spécialiste des relations franco-syriennes, « jusqu’ici, la violence était quand même maîtrisée, le régime voulait à tout prix éviter de reproduire le massacre de Hama en 1982 (qui avait fait entre 10 000 et 35 000 victimes) mais en même temps il utilisait la crainte inspirée par ce souvenir chez les syriens ». Une riposte à tous les revers

«Depuis l’aube les bombar-

La ville de Homs ravagée par les tirs d’artillerie lourde du régime de Bachar Al-Assad.

dements ont été extrêmement intenses et ils utilisent des roquettes et des (obus de) mortier», a indiqué Omar Chaker, un militant de Homs joint depuis Beyrouth par l’AFP. Selon Thomas Pierret, maître de conférences à l’université d’Edimbourg, « le régime a longtemps hésité avant d’utiliser l’artillerie lourde de manière aussi intensive. Il y a eu un calibrage de la répres-

sion ». Mais au cours des deux dernières semaines, « il a subi plusieurs revers, notamment dans les banlieues proches de Damas où des insurgés en armes contrôlaient les rues en pleine journée. ». Et décidé d’y envoyer ses meilleures troupes pour reprendre le contrôle, ce qui passait par la réquisition de soldats basés sur Homs. Partant, il a perd plusieurs points straté-

La Turquie prend les devants Les initiatives émanant de la Turquie pour coordonner la lutte internationale contre le régime syrien se multiplient. Mercredi, le ministre des affaires étrangères Ahmet Davutoglu a annoncé qu’il allait organiser « dans les plus brefs délais une conférence internationale pour un règlement pacifique de la crise syrienne ». Indignée par le veto sino-russe, la Turquie tente tout de même de rassembler la communauté internationale en « constituant un forum à base élargie » a précisé le ministre.

giques à Homs provoquant une situation sans précédent. Selon Thomas Pierret, jamais les rebelles n’avaient contrôlé autant de quartiers dans la ville. Le régime se devait donc d’organiser une riposte à la hauteur de l’affront. Selon les militants anti-gouvernementaux, depuis la mimars et le début de la révolte, la répression à fait plus de 6000 morts dans le pays, dont au moins 400 enfants, a indiqué le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Et bien que le président Bachar Al-Assad a réaffirmé « la détermination de la Syrie à coopérer à tout effort pour renforcer la stabilité dans le pays », les spécialistes semblent pourtant s’accorder sur le fait que le pire reste à venir. o Aurore Dupont

Imad Houssari, représentant du Conseil National Syrien à Paris

Un appel à l’aide humanitaire n Comment expliquez vous ce regain de violence à Homs depuis 5 jours ? Le double veto aux NationsUnis de la Chine et de la Russie a donné carte blanche au régime pour bombarder la ville, qui commençait à être contrôlée par les rebelles. Nous au CNS, nous ne comprenons pas ce soutien à la barbarie. Il semblerait que les Russes aient passé un message à Bachar el-Assad, qui serait « tu n’as plus beaucoup de temps 04 - Expresso - JEUDI 9 FEVRIER

pour mater la situation chaotique dans ton pays, donc mets tout en œuvre maintenant pour abattre la rébellion ». La Russie ne pourra plus soutenir el-Assad pendant très longtemps encore. n Quel est le rôle joué par le CNS dans la défense de Homs ? C’est difficile de s’organiser face à des attaques à l’artillerie lourde. On ne peut pas riposter à des bombardements aériens.

Ce que je sais, c’est que les avions ont commencé à cibler le quartier de Bab Amr. J’ai le sentiment qu’une nuit très violente se prépare ce soir, comme si l’armée voulait dégager le terrain pour une attaque encore plus forte. n La riposte des rebelles est donc limitée par son armement ? Les déserteurs de l’armée syrienne qui combattent n’ont que

des armes légères, comme des kalachnikovs. Il ne faut pas se leurrer, nous ne faisons pas le poids face aux chars du régime. Ce qui fait notre force, c’est uniquement notre détermination à faire tomber Bachar el Assad. Elle est notre seule arme dans ce siège de Homs. L’appel que je souhaite lancer aujourd’hui est, non pas de nous envoyer des soldats, mais de l’aide humanitaire. o Tiphaine Honoré


iNTERNATIONAL Grèce Les dirigeants se sont réunis mercredi

en bref

Une aide à l’arrière-goût d’austérité n Négocié depuis plusieurs jours, le texte du nouveau plan d’austérité a été remis mercredi aux trois dirigeants des partis de la coalition gouvernementale grecque. S’ils l’acceptent, ce texte sera soumis au vote du parlement. La Grèce subit la pression croissante de ses créanciers. Les prêteurs publics (FMI, Union Européenne et Banque centrale européenne) demandent de nouveaux efforts budgétaires pour activer un deuxième plan d’aide de 130 milliards d’euros. Après des semaines d’âpres négociations, les banques et les fonds d’investissement pourraient effacer 100 milliards d’euros de dette grecque, soit une perte de 70% de leurs investissements. Plus d’austérité pour les Grecs

Les retombées sociales seront très lourdes. Le nouveau plan d’austérité négocié par le gouvernement et ses créanciers prévoit, selon des fuites relayées par l’AFP, une baisse du salaire minimum de 22%. Celui-ci s’établirait donc à 580 euros mensuels environ. Des coupes dans les retraites complémentaires et des suppressions de postes dans la fonction publique, 15 000 selon les mêmes indiscrétions, sont aussi attendues. Avant même l’annonce du plan, 20 000 personnes ont défilé, mardi, dans les

n Peine de mort pour les homos

Les députés ougandais examinent aujourd’hui un projet de loi visant à rétablir la peine de mort pour les homosexuels. Le mariage entre personnes du même sexe pourrait également faire l’objet d’une peine de prison à perpétuité. La délation y serait encouragée: tout témoin d’«acte homosexuel» serait sommé d’en faire part aux autorités compétentes sous 24 heures, sous peine de sanctions. Le débat a été introduit au Parlement en 2009 jusqu’ici sans effet, les pressions internationales ayant freiné toute procédure. Amnesty International craint l’adoption «imminente» de la loi.

Droite à gauche: Le Premier ministre Papademos et les dirigeants des principaux partis politiques.

rues d’Athènes et de Salonique. « Un cercle vicieux »

Certains économistes doutent de l’efficacité économique des sacrifices demandés au peuple grec. En effet, malgré les différents plans d’austérité, Athènes entame sa cinquième année consécutive de récession. Les résultats ne sont pas à la hauteur des efforts fournis, au point de douter de la pertinence de l’austérité comme unique remède à la crise que connaît le pays. Pour Christophe Blot, économiste à l’OFCE « la Grèce est dans un cercle vicieux. A chaque versement de l’aide internationale, elle doit prendre de nouvelles

mesures de rigueur, ce qui ralentit son économie. » Un doute que ne partagent pas les dirigeants des « grands » pays européens, comme l’a révélé le discours commun de Nicolas Sarkozy et de la chancelière allemande mardi. Le président français a appelé les membres du gouvernement grecs à « prendre leurs responsabilités » pour que la situation du pays soit réglée «une bonne fois pour toutes. » Angela Merkel a quant à elle considéré que les grecs n’avaient «pas le choix. » Une évidence qu’aucun dirigeant européen n’a jugé utile d’expliquer de visu au peuple grec.

o Julie Chouteau

n La parité, pas bienvenue en Irak ! En se déclarant contre l’égalité des sexes, la ministre d’Etat de la Femme irakienne suscite l’indignation.“Je suis pour la tutelle de l’homme sur la femme” a-t-elle déclaré. Ibtihal Al-Zaidi a ainsi décrété une tenue réglementaire pour toutes les employées gouvernementales : interdiction du port de la mini-jupe, d’un pantalon serré ou d’une jupe laissant entrevoir les formes du corps, de chaussures “non conformes à la pudeur”, de chemisiers aux couleurs criardes ou brillantes. La ministre irakienne, par ailleurs présidente du Haut Comité pour la promotion de la Femme, considère que “la femme perdrait beaucoup si elle était l’égale de l’homme”.

n Primaires républicaines, Santorum gagne du terrain

Soudan Depuis l’indépendance du Sud-Soudan, les tensions s’intensifient

L’ONU sur le qui-vive n Actée en juillet 2011, la

partition du Soudan est à l’origine d’un déséquilibre économique dans une région de l’Afrique où le pétrole constitue une ressource vitale. «Le Soudan est plus près de la guerre que de la paix avec le Soudan du Sud». Vendredi, le président soudanais Omar elBéchir s’est montré menaçant vis-à-vis de son voisin. Les deux pays s’affrontent depuis plusieurs mois, principalement sur la question du partage des ressources pétrolières. Avec la sécession du Sud, le Soudan s’est vu dépossédé de plus de 75% de son industrie pétro-

lière. De son côté le Sud-Soudan, qui a perdu tout accès à la mer, doit compter sur la coopération de Khartoum pour l’acheminement de sa production de pétrole.

Depuis janvier, les deux parties surenchèrent

Le Soudan a tôt fait de réclamer un droit de passage jugé excessif par Juba, la capitale du Soudan du Sud. En janvier, les autorités soudanaises annonçaient la saisie d’une partie du pétrole sud-soudanais destiné à l’exportation. Un acte de piraterie pour Juba, qui a annoncé le 20 janvier suspendre sa production. D’autant plus que le Soudan

voit actuellement son nouveau voisin échapper à l’ensemble des sanctions économiques américaines en vigueur depuis 1997. L’occasion pour les groupes pétroliers d’accroître leurs investissements dans la région, tandis que de son côté Khartoum tente de se sortir d’une sévère crise économique. Hier le responsable de la mission de l’ONU au Soudan du Sud, Hilde Johnson, a déclaré à Londres qu’il était essentiel de trouver une solution aux questions laissées en suspens entre les deux Soudan afin de tourner la page des longues années de guerre civile.

o Julien Cholin

Dans la course aux voix républicaines, le candidat ultraconservateur Rick Santorum a remporté mardi une large victoire dans les états du Colorado, du Minnesota et du Missouri. Santorum a ainsi confortablement devancé ses rivaux Ron Paul, Mitt Romney et Newt Gingrich. Déjà vainqueur de la consultation en Iowa, le candidat se voit déjà officier à la Maison Blanche, incarnant « l’alternative conservatrice d’Obama».

Jeudi 9 fevrier- EXpresso - 05


ECO/CONSO

FINANCES Publication du rapport annuel de la Cour des comptes

Le gouvernement épinglé

«S

i on veut conserver toute sa souveraineté, il faut maîtriser ses dépenses publiques », a déclaré mercredi Didier Migaud, président de la Cour des comptes. Une phrase qui prolonge le contenu de son rapport annuel sur la gestion des finances publiques. Selon la Cour, maîtriser les finances publiques « suppose de prendre des décisions très difficiles, allant très au-delà de ce qui a été arrêté à ce jour », expliquent les magistrats en guise d’introduction. Avec un niveau de prélèvements obligatoires qui devrait dépasser le taux record de 1999 (44,9% du PIB), l’Etat devrait désormais mettre l’accent sur la réduction des dépenses. Une recommandation d’autant plus justifiée que les objectifs de réduction du déficit public fixés par le gouvernement, 4,5% cette année puis 3% en 2013, seront difficiles à atteindre. Selon la rue Cambon, ces objectifs reposent en effet sur des prévisions de croissance incertaines et par conséquent, des recettes fiscales qui pourraient ne jamais arriver. Réduire les niches fiscales

Autre camouflet pour le gouvernement, la Cour déplore la « succession de plans de redressement décidés au fur et à mesure des révisions à la baisse de la croissance ». Une stratégie au coup par coup qui nuit à la confiance des acteurs économiques et à la croissance. Le rapport invite donc l’exécutif à « établir dès maintenant un programme détaillé, crédible, fondé sur des hypothèses réalistes». Car l’objectif n’est pas des moindres : c’est un effort représentant trois points de PIB supplémentaires, soit soixante

La Cour des comptes, rue Cambon, à Paris

milliards d’euros, que devront réaliser les entités publiques (Etat, collectivités et sécurité sociale). Parmi les grands chantiers, la réduction des niches fiscales.

Malgré de récents progrès, la Cour préconise un effort accru de l’ordre de 15 milliards d’euros d’ici 2014, alors que les prévisions du gouvernement ne laissent entrevoir qu’une

Des chantiers culturels trop coûteux La Cour des comptes a aussi fait part de son inquiétude quant à la gestion financière des grands chantiers culturels par le gouvernement. Et précisé qu’un « dérapage budgétaire » n’était pas à exclure, « tant en investissement qu’en fonctionnement ». Dans son rapport, l’institution cible en particulier neuf projets en cours de conception ou de réalisation, dont la rénovation du Grand Palais à Paris et la création du Musée des civilisations d’Europe à Marseille. Les Sages de la rue Cambon ont d’ailleurs noté « la persistance du déséquilibre entre l’Ile-de-France et la province ». La région de Paris concentre en effet trente projets sur les 35 plus importants.

réduction de 5 milliards d’ici 2013. Par ailleurs, les dépenses de sécurité sociale – 46% des dépenses publiques selon Didier Migaud – devraient ne plus être financées par le crédit. Satisfecit pour le gouvernement, le principe d’une TVA sociale est approuvé : « un redéploiement des prélèvements pesant sur le coût du travail vers d’autres assiettes est nécessaire », ont déclaré les magistrats. En somme, « la plus grande part du chemin restera à parcourir en 2013 et 2014. Ce message, la Cour l’estime important et il s’adresse à tous », a déclaré son président, Didier Migaud. o Anthony Favalli

La Cour des comptes, rapporteur partial ? n « En toute indépendance. »

La mention apparaît en caractères gras sur le site Internet de la Cour des comptes, pour décrire le travail de l’institution. Sa mission de « contrôle de l’action du gouvernement »     - ainsi est-elle définie dans la Constitution – est pourtant régulièrement l’objet de critiques. Depuis l’accession du socialiste Didier Migaud à la

06 - Expresso - JEUDI 09 Fevrier 2012

tête de la juridiction financière, la droite, et plus particulièrement l’UMP, n’a de cesse de remettre en question la pertinence des rapports. Réaction

Valérie Pécresse, ministre du Budget, n’a pas attendu la dernière publication de l’institution de la rue Cambon pour réagir mercredi matin au micro de Jean-Pierre Elkab-

bach sur Europe 1. Quand le journaliste lui demande si la Cour des comptes se trompe, la porte-parole du gouvernement répond par l’affirmative. Et déclare : « Les chiffres sur lesquels elle se base pour dire qu’elle est inquiète sont des chiffres qui sont anciens ». «De l’idéologie!»

Une réaction relativement mesurée au vu des indignations

qu'ont suscitées les publications précédentes au sein de l’UMP. Le rapport de l'été dernier sur la gestion des forces de sécurité, par exemple, avait suscité bon nombre de réactions d’indigantion de la part du parti majoritaire. Dont celle du patron de l’UMP Jean-François Copé, qui s'était exclamé : « C'est de l'idéologie ! ».  o Alexis Duval


ECO/CONSO en bref « Négawatts » n La baisse des températures pousse la consommation d’électricité, dont un pic historique a été atteint mardi à 19 heures, à plus de 100 000 mégawatts. Pour éviter les risques de surtension sur le réseau, la start-up française Energy Pool propose aux entreprises de produire des « négawatts » (des mégawatts non consommés). En pratique, Energy Pool peut couper, depuis son siège en Savoie, les machines des entreprises partenaires, où qu’elles soient, en trente minutes. Les négawatts sont ensuite revendus à RTE (Réseau de transport d’électricité) filiale d’EDF, jusqu’à cinq fois le prix de l’électricité.

« BP se porte bien » n C’est ce qu’a déclaré mardi Bob Dudley, le directeur général de la compagnie pétrolière. Il a annoncé des bénéfices records pour 2011, s’élevant à 23,9 milliards de dollars. En 2010, année de la marée noire dans le Golfe du Mexique, la compagnie avait enregistré presque 5 milliards de pertes. Les bons résultats de BP sont dus aux cours élevés du gaz et du pétrole, l’activité du groupe ayant quant à elle baissé de 5%. En Bourse, les actions ont perdu 1,5% dans la journée, malgré une augmentation de 14% des dividendes. Car si la justice américaine reconnaissait BP coupable de « négligence grave », il en coûterait au groupe 20 milliards de dollars, en plus des différentes indemnités aux victimes.

Le sport fait perdre le groupe Lagardère n Arnaud Lagardère a annon-

cé mardi que sa filiale Lagardère Unlimited, spécialisée dans la gestion de droits et de marketing sportifs, était dépréciée de 600 millions d’euros pour 2011. De plus, la valeur des 20% de parts de Canal+ France détenues par le groupe est passée de 1,5 à 1,2 milliard d’euros. Soit une dépression totale de 900 millions d’euros, presque un quart des fonds propres du groupe. En Bourse, le titre a encaissé une baisse de 6%. Ces déconvenues, dues à de mauvaises performances, remettent directement en cause la stratégie d’Arnaud Lagardère, qui a tout misé sur le sport.

Avec le froid, les Français consomment plus de fromage à raclette

CONSOMMATION Les Français à l’heure d’hiver

Coup de chaud sur l’alimentation n Sensibles aux prix, les

Français ? Pas seulement ! La vague de froid qui touche l’Hexagone depuis quelques jours et qui devrait durer cette semaine conduit les consommateurs à s’adapter.

Selon la société Climpact, qui scrute la courbe des achats en fonction des variations de température, certains secteurs de consommation ont connu un véritable boom ces derniers jours. « On a observé une hausse de 28% des ventes de crèmes de marrons la semaine dernière » explique Patrice Roussel, analyste chez Climpact. L’institut prévoit aussi que les Français devraient craquer pour les soupes et potages (+25%) ainsi que pour le fromage à raclette (+22%). Moins évident, le sel (+ 25

%) : certains consommateurs n’hésitent pas à utiliser le gros sel de cuisine pour dégivrer l’entrée de leur maison. Mais ces chiffres sont à prendre avec des pincettes. « Ce sont juste des prévisions de consommation » explique l’expert. Climpact parvient en effet à ces chiffres en étudiant la relation entre consommation à une période donnée et prévisions météorologiques. « La météo a de toute façon un impact important sur l’économie, c’est notre rôle de le mesurer ». Les boissons chaudes à la fête

Loin des bureaux des statisticiens, le responsable d’un café Starbucks parisien s’enthousiasme : « Les gens ont froid, alors ils viennent se réchauffer chez nous, on ne vas pas se plaindre ! ». Au

programme, café, thé, late macchiato et surtout chocolat chaud. « On s’attend à de très bons résultats cette semaine » annonce le gérant. Dopées par le froid, les poudres chocolatées sont en hausse de 10% par rapport à l’année dernière.Pourtant, cette baisse exceptionnelle du mercure n’est pas vue d’un bon œil par tous. Denis, primeur dans le 15eme arrondissement est en colère. « Mes fruits et mes légumes gèlent ». Il ajoute en se frottant les mains pour se réchauffer : « les conditions de travail deviennent dures en dessous des 0 degrés. » Climpact prédit une baisse de plus de 10% des produits frais, si le coup de froid perdure jusqu’à dimanche comme le prévoit Méteo France. o Thibault Dubreuil

TELEPHONIE L’UFC-Que choisir gagne son procès contre Free

Free n’a pas tout compris!

F

ree vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Paris à 100 000 euros d’amende et 40 000 euros de dommages et intérêts, pour « pratiques commerciales trompeuses » . Cette décision fait suite à une enquête de la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fautes) en 2007. Le forfait « haut débit illimité  » proposé par le fournisseur d’accès à Internet au prix de

29,99 euros était de fait limité, puisque « l’opérateur avait parallèlement mis en place un dispositif de limitation du débit au détriment de ses clients non dégroupés (continuant de payer leur abonnement à France-Télécom)  » selon la DGCCRF. En 2006, 30% des clients Free étaient en effet  « non-dégroupés ».   Dommages et intérêts

Les dommages et intérêts doivent être versés à l’ association de consommateurs UFC-Que Choisir, à l’ori-

gine de la plainte contre Free. Mardi, l’association a demandé aux opérateurs de téléphonie mobile de réviser leurs nouveaux contrats sous trois semaines, car ils contiennent trop de clauses abusives, notamment sur la notion d’illimité. Cette abondance de nouvelles offres a été provoquée par l’annonce du patron de Free, Xavier Niel, de la création d’un nouveau forfait mobile illimité à 19,90 euros, le 10 janvier dernier. o Justine Salvestroni

jeuDI 09 FEVRIER- Expresso - 07


CULTURE CINEMA Israël-Palestine : filmer l’incompréhension

BD Page Blanche

n Jérusalem, 2007. Un kami-

n Trou noir pour cette jeune

Vous avez un nouveau message kaze palestinien se fait sauter dans un café de la ville. Tal, jeune française de 17 ans qui habite dans la capitale israélienne depuis peu, a assisté à l’attentat. Face à l’horreur, qu’elle n’a pas l’habitude de côtoyer, sa première réaction est l’incompréhension. « Je ne comprends pas que la vie tienne à ça : avoir envie ou pas d’aller au café d’en bas. A chaque attentat, on entend : «  Ras-le-bol des Palestiniens ». Mais les Palestiniens, c’est qui  ?  ». Pour trouver des réponses, elle couche ses interrogations sur une lettre et demande à son frère, soldat à Gaza, de la lancer à la mer. A quelques kilomètres de là, une bande de jeunes palestiniens trouve la missive. Ambivalence des sentiments

Face à sa naïveté adolescente, la moquerie est la première réaction du groupe. Un seul, Naïm, va finalement répondre à l’appel de Tal, sous le pseudonyme de «Gazaman». Le dialogue s’instaure entre les deux jeunes gens. Curiosité, colère, affection, la palette des émotions qui émaillent ces échanges électroniques est fonction de l’actualité et du quotidien

Naim et ses amis découvrent la lettre envoyée par Tal à Gaza

dans chacun des deux camps. Au regard de la difficulté de traiter du conflit israélo-palestinien, l’adaptation du roman de Valérie Zenatti Une bouteille dans la mer de Gaza, a le mérite de ne pas tomber dans le cliché et cerne la complexité des opinions comme l’ambivalence des sentiments. Servi par la justesse des deux prota-

gonistes incarnés par Agathe Bonitzer et Mahmoud Shalaby, le film remet au centre l’individu et ses contradictions en rappelant que derrière les chars et les enjeux politiques de cette guerre, il y a des hommes. Si le scénario verse parfois dans la candeur, ce (petit) travers n’enlève rien à son intelligence. o Sara Taleb

Blackout dans Paris

femme, assise sur un banc dans Paris. Sans crier gare sa mémoire s’est évaporée. Dans son sac, un bout de papier : Eloïse Pinson, 10 rue de Nancy, 75010 Paris. A partir de ces bribes d’information, la jeune fille entame une quête d’identité, découvre son passé, ses habitudes, fantasme ce qu’aurait pu être sa vie. Un périple touchant nourri d’autodérision et de la patte de ses créateurs : Pénélope Bagieu, aux pinceaux et Gilles Roussel, alias Boulet, au scénario. Formés aux Arts Déco, ils ont gagné leur réputation sur le Web. Pénélope Bagieu, auteur de Cadavre Exquis et de la série Joséphine, s’est fait un nom grâce à son blog Ma vie est tout à fait fascinante, récit de ses tribulations quotidiennes. L’illustratrice signale en préambule : « Cet album a été dessiné en écoutant les Kinks, Depeche Mode, les Wombats et Elvis ». Les planches volontairement dépouillées de La Page Blanche, tirée en janvier à 45 000 exemplaires par les éditions Delcourt, font écho aux questionnements de l’héroïne. o Nathalie Tissot

MUSIQUE Metallica lance son propre festival

BO Air met en musique Le Voyage sur la lune

Le retour du heavy metal

Retour sur la lune

n Après des semaines de buzz,

n En décembre sortait une ver-

les fans de Metallica attendaient un film en 3D ou un nouvel album. Ils auront finalement droit à un festival entièrement voué à leur groupe préféré, baptisé « Orion Music+More », qui a vocation à devenir un événement récurent. Fin juin, les festivaliers seront rassemblés dans un aéroport abandonné du New Jersey pour deux jours de musique, avec un concert des dinosaures du metal en clôture chaque soir. Les titans californiens du riff sauvage se sont chargés eux même de la programmation. Au menu, les stars anglaises d’Artic Monkeys, le surf-rock rétro de Best Coast et le punk déjanté de Fucked Up entre autres. Des groupes jeunes et branchés : Metallica surprend et s’engage à faire dans « la diversité musicale » comme ils l’ont annoncé dans une vidéo sur leur site internet. Malgré l’échec critique 08 - EXPRESSO - JEUDI 9 FEVRIER

de leur dernier album avec Lou Reed l’hiver dernier, Metallica reste un des groupes les plus rentables du monde, remplissant des stades sans le moindre effort. Dernier exemple en date, leur concert au Stade de France le 12 mai, affichait complet après 48 heures. Plus généralement, le « heavy metal » revient à la mode, avec la reformation des monstres sacrés tels Black Sabbath et Van Halen, bien décidés à reprendre la route pour de lucratives tournées mondiales. o Guillaume Gendron

sion remasterisée et colorisée du classique du cinéma muet de Georges Méliès, Le Voyage dans la lune. La bande originale du court-métrage, confiée au groupe français Air, est sortie le 6 février, enrichie de nouveaux morceaux. Rien d’étonnant à voir Air fricoter avec le cinéma. Déjà, en 2000, le duo avait composé la musique de Virgin Suicides, premier film de Sofia Coppola. Rétro et déluré

Plus généralement les deux Versaillais développent depuis quinze ans des morceaux instrumentaux et planants à fort potentiel cinématographique. Sur ce Voyage dans la lune, son septième album, Air parvient à remettre en question la recette électro-pop qui a fait son succès dès 1998 avec Moon Safari –déjà une histoire de voyage sur la lune. Le groupe livre ici une

série de morceaux pop portés par des percussions obsédantes et un son psychédélique digne des groupes de rock progressif des années 1970. Un mellotron, un orgue Hammond et des guitares vaporeuses se croisent et se répondent au gré des expérimentations sonores. Ce côté rétro et déluré fonctionne bien sur la longueur, trente minutes. Parvenant à emmener l’auditeur dans un court, mais agréable voyage.

o Pierre Labrunie


SPORTS FOOTBALL Demi-finales attendues de la Coupe d’Afrique des Nations

Les héros du dernier carré

L

ibreville dimanche. Le Mali contre le pays organisateur, le Gabon. Le pénalty de Seydou Keita est réussi, la qualification assurée pour les demi-finales de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN). Pourtant, Seydou Keita est en larmes. Celui qui tient l’équipe malienne à bout de bras depuis le début de la compétition appelle à la fin des combats qui déchirent le nord de son pays. La scène en rappelle d’autres. Par exemple, l’équipe de Côte d’Ivoire, à genoux dans les vestiaires en 2005, exhortant leurs compatriotes à la réconciliation. Dans un continent à l’instabilité chronique, le football est souvent présenté comme grand unificateur. Il peut aussi être révélateur d’une situation politique ou panser des plaies. Mercredi soir, les demi-finales de la CAN étaient une fois de plus chargées en souvenirs douloureux. Côte d’Ivoire – Mali : la dernière chance

Depuis dix ans, la Côte d’Ivoire est attendue au tournant à chaque grande échéance. Portés par un quatuor étincelant (Drogba, Gervinho, Yaya Touré et Kalou), il semblerait que cette année soit la bonne pour les Éléphants, enfin soudés. En témoigne un parcours sans faute : quatre matches, quatre victoires et zéro but encaissé.

Seydou Keita du FC Barcelone, le capitaine de la sélection malienne s’est révélé lors du tournoi

Leur capitaine Didier Drogba sait très bien qu’il s’agit de la dernière chance pour cette génération dorée. Pour les Maliens, l’histoire est différente. Après avoir arraché leur qualification dimanche, les finalistes de l’édition 1972, coachés par Alain Giresse, n’étaient pas attendus à un tel niveau. Ils vendaient pourtant chèrement leur peau mercredi soir au Stade de l’Amitié, menés par Seydou Keita. Longtemps vu comme un grand espoir sans lendemain du football africain, le milieu

du FC Barcelone est en pleine renaissance, transcendé par la crise qui secoue son pays. Ghana – Zambie: sérénité contre Petit Poucet

C’est tout l’inverse pour le Ghana, archi-favori. La réussite continue de cette équipe, qui échoua injustement aux portes du dernier carré de la Coupe du monde en Afrique du Sud, n’étonne plus. S’appuyant sur des joueurs cadres tels les frères Ayew de l’Olympique de Marseille

ou Sulley Muntari de l’Inter de Milan, la formation ghanéenne est à l’image de son pays : stable. Ils étaient favoris face à la Zambie, Petit Poucet de la compétition. Là aussi, il y a une tragédie derrière ce parcours : l’accident d’avion qui coûta la vie à la quasi totalité de l’équipe en 1993, alors menée par Kalusha Bwalya. Ce dernier y a survécu est aujourd’hui président de la fédération zambienne qu’il a fait renaître de ces cendres. o Guillaume Gendron

DOPAGE Depuis six mois les affaires s’accumulent pour la championne de cyclisme

La roue tourne pour Jeannie Longo n Sale temps pour l’icône

française du cyclisme féminin, Jeannie Longo, 54 ans, treize fois championne du monde. Son époux et entraineur, Patrice Ciprelli a été interpellé mercredi matin et placé en garde à vue dans le cadre d’une enquête préliminaire ouverte le 14 septembre 2011 pour «contrebande de marchandises dangereuses pour la santé» et «infraction aux règlements sur le commerce de substances vénéneuses». Le parquet de Grenoble a déclaré que des faits d’«importation de substances ou de procédés interdits aux fins d’usage par un sportif sans justification

médicale» lui sont reprochés. L’affaire a débuté quand l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) a blâmé la championne pour avoir manqué à trois reprises, en 18 mois, de signaler l’endroit où elle se trouvait en infraction au protocole de géolocalisation en vigueur dans le cyclisme.

ancien. Jeannie Longo quant à elle a été inquiétée par la justice puis lavée de tous soupçons en raison d’un vice de forme. Rebondissement dans l’enquête mercredi : pas moins de cinq opérations suspectes

Vice de forme

Suite à sa condamnation à deux ans de suspension par le Tribunal arbitral du sport (TAS), le cycliste espagnol Alberto Contador a déclaré mardi qu’il ne comptait pas se retirer de la compétition. Par ailleurs, en réaction à la décision du TAS, de nombreux sportifs ibériques lui ont apporté leur soutien. Sur Twitter, le tennisman Rafael Nadal lui a souhaité « bon courage ». Sur le même réseau social, le footballeur Alvaro Arbeloa n’a pas hésité à écrire : « Nous ne gagnons pas par hasard, nous gagnons car nous sommes les meilleurs.». o Sara Taleb

Joe Papp, ancien sportif américain reconverti dans le trafic de substances a alors déclaré avoir vendu en 2007 à Ciprelli un produit dopant destiné à son épouse. Il a été suspendu, fin octobre, par la Fédération française de cyclisme. Peu de temps, les faits étant trop

d’achat de substances, opérées par Ciprelli en 2010 et 2011, ont été découvertes dont une juste avant le championnat de France de cyclisme, où Jeannie Longo a remporté brillamment le contre la montre. o LY

Les sportifs espagnols soutiennent Contador

JEUDI 9 FEVRIER- EXPRESSO - 09


Expresso

08 02 2012

# 06

Interview Les Cowboys Fringants en concert hier à Paris

« On est des outsiders »

C

heveux longs et petite bedaine, Karl Tremblay est le chanteur des Cowboys Fringants, groupe de chansons festives québécois. Entre deux concerts à guichets fermés à l’Olympia, il se prête au jeu des questions en exclisivité. Toujours chaleureux : «c’est un bon Jack», comme on dit dans la Belle Province.

Les pyromanes de l’Olympia 2h30 de morceaux festifs. Les Québécois n’hésitent pas à donner de leur personne. Au programme mardi soir : des nouveaux titres, des classiques, et un public déchaîné. D’abord tranquille, le groupe monte en puissance en deuxième partie avec «Shooters», «En Berne», «8 secondes», «Joyeux calvaire». Pour le tube « Les étoiles filantes », chacun lance un avion en papier, transformant la salle en aérodrome.

n Vous venez de sortir Que

du vent, votre huitième album qui marque quinze années de carrière... On l’a enregistré il y a un an, en partie à Montréal et à Saint Zénon, près de chez nous. Après un album assez intime et doux, on voulait quelque chose d’efficace et de concis. On est d’abord un groupe de scène et on a eu du mal à retranscrire les chansons de l’Expédition (2008) en concert. C’est pour ça que le nouvel album est plus percutant. Même après quinze ans sur la route, on a toujours autant envie d’aller à la rencontre du public. n Sur ce nouvel opus, on

trouve plus de textes engagés qui rappellent l’époque de Break syndical (2002). Comment expliquez-vous le retour de cette verve contestataire ? Ce n’était pas prémédité. On n’écrit pas des chansons militantes pour être dans «dans le vent», mais quand on a des choses à dire. Par exemple, on a été très touchés par la fer-

L’entrainement à domicile d’Olivier Boivin

meture de l’usine Electrolux à l’Assomption, la ville d’où nous venons, située à vingt kilomètres de Montréal. Mille trois cent postes ont été supprimés l’année dernière. Voir des gens de 55 ans qui ont travaillé toute leur vie se retrouver sans emploi, ça nous a touché et inspiré

expresso insolites

pour la chanson «Shooters». Au Québec, on reste un peu des outsiders, il n’y a pas vraiment de scène engagée comme en France. n Signe de votre succès en

France, vous remplissez trois Olympia cette semaine. Quel

lien entretenez-vous avec le public de l’Hexagone ? Ca fait huit ans maintenant qu’on tourne en France. On critique beaucoup le piratage, mais c’est surtout comme ça que le public français nous a connus. Cette année, nous faisons aussi une date en Belgique et une en Suisse. Tous les concerts se sont bien passés pour l’instant, les Français, qui aiment beaucoup le Québec, nous attendent toujours avec impatience. Mais on reste très attachés au Québec où nous attend une grosse tournée à notre retour. o N. Tissot et P. Labrunie

Lave ton cerveau avec la pub

Securité dans les hôtels

Médias

n Presque 7 millions de vues sur Youtube, une augmentation de 3000 % d’audience du site internet de Fiat : la publicité du constructeur automobile a cartonné. Le spot a été diffusé lors de la finale du Super Bowl, devenu une vitrine publicitaire incontournable, avec 111 millions de téléspectateurs. Quelle idée révolutionnaire a captivé les Américains ? Une femme qui se transforme en Fiat 500. Plus exactement, une femme très sexy qui agresse sexuellement un passant avant de se transformer en voiture. On comprend mieux.

n On ignore encore où il faudra appuyer pour soulager les frayeurs du personnel de chambre new-yorkais. En tous cas, quatre palaces et hôtels de luxe de la Grande Pomme ont passé commande pour équiper leurs employés de «panic buttons», directement reliés aux services de sécurité. Femmes de chambre, responsables du réassort des mini-bars et du room service espèrent ainsi parer aux agressions. Et le bouton coûte bonbon. Même si les gérants se défendent de tout lien de cause à effet, on n’aura jamais aussi bien traité le petit personnel que depuis l’affaire DSK...

n Télé2semaines qui propose à ses lecteurs le programme télé s’est laissé allé à un petit commentaire politique assez inhabituel de sa part. Au sujet d’un documentaire sur la relation franco-allemande mentionnant Nicolas Sarkozy et Angela Merkel, un mot étonnant apparaît entre parenthèses juste après le nom du président de la République française. Le mot en question ? Dehors! La direction de Télé2semaines a d’ores et déjà présenté ses excuses dans un communiqué de presse, mais le journaliste en cause de ce dérapage à du passer un mauvais quart d’heure.

Une femme bien carrossée

10 - Expresso - Mercredi 8 Février

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Télé2semaines, journal engagé ?


07 Expresso 2012