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EXPRESSO QUOTIDIEN DU MASTER DE JOURNALISME DE L’ INSTITUT FRANÇAIS DE PRESSE - PROMO 2019

15.01.2020

L’ESSENTIEL

FRANCE

P.3

Le gouvernement parle des violences policières n Emmanuel Macron,

Edouard Philippe et Christophe Castaner appellent à l’exemplarité et menacent de sanctions.

INTERNATIONAL

# 06

Le mode de financement remis en cause

Hôpital public : la crise sans fin

P.4

En Libye, l’accord de cessez-le-feu en suspens n Après le départ du

maréchal Haftar, la Russie connait un revers dans le dossier libyen.

ECO/CONSO

Cédric Grolet, as du marketing

P.7

n Celui qui a été cou-

ronné «meilleur patissier du monde» en 2018 séduit toujours plus de gourmands.Analyse.

CULTURE

P.8

«1917», le renouveau du film de guerre

SPORTS

P.9

L’Open d’Australie menacé par les fumées toxiques n Après un premier

abandon lié à la qualité de l’air, les joueurs remettent en question l’organisation du tournoi.

Alain JOCARD / AFP

n Sam Mendes innove avec de nouvelles techniques pour impliquer le spectateur.

n Deux mois après l’annonce d’un

plan d’urgence pour l’hôpital public, 1200 chefs de service ont démissionné de leur fonction administratives. Réunis à la faculté de médecine de la

Pitié-Salpêtrière, ils demandent que le gouvernement revoie de fond en comble le mode de financement et mettent particulièrement en cause la tarification à l’acte. PAGE 2


FRANCE SANTÉ Suite du bras de fer entre le gouvernement et les grévistes

A l’hôpital, les chefs de service craquent aussi n Lundi, 1200 chefs de service

des hôpitaux de Paris ont envoyé une lettre de démission collective à la ministre de la santé Agnès Buzyn. Au cœur des revendications, le mode de financement actuel des hôpitaux.

L

e gouvernement d’Édouard Philippe est une fois de plus rattrapé par la crise de l’hôpital public. Cette fois c’est la tête qui craque. Lundi, 1200 chefs de service ont envoyé une lettre de démission collective à la ministre de la Santé Agnès Buzyn. Une situation qui illustre l’incapacité des pouvoirs publics à gérer une crise qui semble s’être accélérée depuis 2017. Pourtant le plan d’urgence lancé en novembre 2019 était le quatrième du quinquennat. 2017 : début du point de rupture

André Grimaldi, professeur émérite de diabétologie à l’hôpital de la Pitié-Salpêtrière fait remonter à 2017 le début du « point de rupture ». Jusqu’alors, a-t-il expliqué, l’activité des hôpitaux de Paris progressait :  14% en dix ans alors que le taux d’embauche augmentait seulement de 2%. En 2017, l’activité des hôpitaux de Paris chute. Cette baisse, accuse le porte-parole des chefs de service démissionnaires, s’explique par la diminution des tarifs hospitaliers en 2017, puis

Les membres du Comité Inter-Hôpitaux réunis mardi à la Pitié-Salpêtrière (Zilan Cokyigit).

en 2018. La conférence organisée mardi par le Collectif Inter-Hôpitaux a mis en lumière le point de tension principal entre le personnel hospitalier et le gouvernement : la tarification à l’activité ou T2A. Issue du plan Hôpital 2007 cette mesure a introduit un système de facturation qui varie selon l’acte délivré. Au début, cette modification suscite l’enthousiasme des professionnels de santé. Toutefois, la T2A instaure rapidement une concurrence entre les services « rentables », comme la chirurgie, et les services dont les prises en charge rapportent peu, tel que la psychiatrie. Le résultat

principal : une perte progressive de moyens pour les services les moins rentables. « Une refonte du financement »

Dans le cas de la psychiatrie, les conséquences sont lourdes, avec un turnover important notamment parmi les assistants sociaux. Les centres médicopsychologiques (CMP), « pivots de la structure de soin en psychiatrie  », selon la pédopsychiatre Béatrice Miscopin, sont aujourd’hui en danger. « Le manque de budget provoque dans certains endroits le démantèlement des équipes de secteur ». Depuis la salle Bordeau, au 105 Boulevard de l’hô-

pital, les chefs de service démissionnaires et leurs soutiens réclament la « refonte complète du système de financement de l’hôpital public ». L’objectif national de dépenses d’assurancemaladie (Ondam) est au cœur des problèmes soulevés. Avec 8,6 milliards d’économies entre 2005 et 2019, les professionnels de santé de l’hôpital public ont l’impression d’être les grands perdants de ce mécanisme de régulation. L’objectif final pour les auteurs de la lettre de démission et leurs soutiens : la mise en place d’un correctif budgétaire et l’organisation d’un Grenelle de la santé. o Zilan Cokyigit

« C’est tout le système de santé qui souffre » n La réforme «  Ma santé

2022 », lancée à l’automne 2018, ne parvient pas à résoudre la crise qui touche l’hôpital public. Selon Frédéric Valletoux, président de la Fédération hospitalière de France, la réforme va dans le bon sens, encore faut-il qu’elle soit appliquée dans la réalité. L’hôpital public est en crise. Faut-

il prévoir son nouveau mode de financement ? Il faut sans doute améliorer le financement de la recherche ou le service des urgences. Il ne faut pas imaginer tout remettre 02 - EXPRESSO - MERCREDI 15 JANVIER

à plat. La tarification à l’activité, la T2A, qui existe depuis la réforme hospitalière de 2007, est plutôt bénéfique selon moi. Quel est le problème de fond ?

20 à 30% des dépenses globales sont inutiles et redondantes. On pourrait les éviter si le système français fonctionnait mieux. Ces actes de confort permettent au médecin une rémunération, alors qu’ils ne sont pas toujours nécessaire pour le patient. Le réel problème c’est le lobby médical qui fait pression sur le gouvernement. Il véhicule l’idée que l’on doit respecter le

côté libéral des médecins. Or, ils sont financés par l’Assurance maladie.

tiques ont peur de leur bronca.

Dans la réforme « Ma santé 2022 », cette lutte contre les actes inutiles était pourtant inscrite. Qu’en est-il aujourd’hui ?

L’Assurance maladie a déjà des médecins de contrôle. Il faudrait en recruter davantage pour mieux réguler la tarification à l’activité. Le système de santé est mal organisé, peu fluide entre les médecins de ville et les hôpitaux, entre le privé et le public. L’hôpital n’est pas l’enfant malade du système de santé, c’est tout le système de santé qui souffre. Il faut avoir le courage de mieux réguler.

Elle n’est pas mise en œuvre parce que les médecins libéraux bloquent. Si on régulait un peu plus, on économiserait des dizaines de milliards. Ça permettait de mieux rémunérer le personnel hospitalier. Aucun gouvernement n’a le courage de dire aux médecins « on va réguler vos pratiques ». Les poli-

Quelle peut-être la solution pour contrer les abus de certains médecins ?

o Laura Roudaut


FRANCE VIOLENCES Un appel à l’exemplarité de la Police nationale

L’exécutif change de discours

A

lors que les images de l’affaire Chouviat et celles des manifestations ont remis le sujet sur la table, Emmanuel Macron a pris la parole, lors de son déplacement à Pau mardi, sur les récentes accusations de violences policières. Une intervention rare pour le chef de l’État qui s’inscrit dans un contexte de reprise en main du sujet par l’exécutif. « J’attends de nos policiers et de nos gendarmes la plus grande déontologie », a déclaré Emmanuel Macron. Face aux images « inacceptables » de violences policières qui entachent la « crédibilité » et la « dignité » des forces de l’ordre, le président de la République a demandé à Christophe Castaner de proposer des mesures très

concrètes. La veille, le ministre de l’Intérieur avait enfoncé le clou lors de ses vœux à la Police nationale, en rappelant à cette dernière son devoir « d’exemplarité » et « d’éthique ». Interpellé mardi à l’Assemblée par le député communiste Alain Chassaigne, Edouard Philippe a rappelé que les missions confiées aux forces de l’ordre étaient « redou(Guillaume HORCAJUELO / AFP). tablement exigeantes » et « délicate » mais que l’usage Insoumise, ont dénoncé un non respecté de la force donne- appel de l’exécutif à « l’exemrait lieu à des sanctions. plarité » des forces de l’ordre « tardif ». Tous deux pointent « Un appel tardif » du doigt « la responsabilité poAdrien Quatennens et Éric Co- litique » du gouvernement. querel, les députés de la France o Solenne Bertrand

EN BREF

DÉMOGRAPHIE Bilan 2019 de l’Insee

Affaire Adèle Haenel : Christophe Ruggia en garde à vue

La France franchit les 67 millions d’habitants n L’Insee a dévoilé, mardi, le

bilan démographique de l’année 2019 : la baisse des naissances ralentit et la fécondité se stabilise. • 67 064 000 d’habitants n Le parquet de Paris a an-

noncé ce mardi le placement en garde à vue du réalisateur Christophe Ruggia. Il est accusé d’attouchements par l’actrice Adèle Haenel alors qu’elle était adolescente. Une enquête préliminaire est ouverte depuis le 6 novembre pour « agressions sexuelles sur mineur de 15 ans par personne ayant autorité et harcèlement sexuel  ». Dans un article publié par Médiapart, Adèle Haenel, l’accusait de «  harcèlement sexuel permanent », « d’attouchements  répétés » et de « baisers forcés dans le cou  ». Des faits qui selon l’actrice de 31 ans ont eu lieu chez le cinéaste de ses 12 à ses 15 ans. Refusant dans un premier temps de saisir la justice, elle a finalement porté plainte le 26 novembre. Lors de la sortie de ces accusations, Christophe Ruggia avait nié toute agression. « Je n’avais pas vu que mon adulation et les espoirs que je plaçais en elle avaient pu lui apparaître, compte tenu de son jeune âge, comme pénibles », avait-il déclaré.

Au 1er janvier 2020, la France comptabilise 67 millions d’habitants dont 5 millions dans les cinq départements d’outre-mer. Une population qui augmente de +0,3% par an depuis 2017. Comme les années précédentes, cette progression est principalement due à la différence « historiquement basse » entre les nombres de naissances et de décès. La France reste à la deuxième place des pays les plus peuplés de l’Union européenne (UE) derrière l’Allemagne (83 millions d’habitants). • 612 000 décès, 753 000 bébés

612 000 personnes sont décédées dans l’hexagone. Une année marquée par une épidémie de grippe avec une mortalité élevée et deux canicules intenses en juin et en juillet. En 2019, 753 000 bébés sont nés en France, soit 6 000 de moins qu’en 2018. Le nombre de naissances est en baisse pour la cinquième année consécutive, mais son rythme de diminution ralentit au fil des années. Ce nombre de naissances dépend à la fois du nombre de femmes en âge de procréer et de leur fécondité.

• 1,87 enfant par femme

L’indicateur conjoncturel de fécondité s’établit à 1,87 enfant par femme, contre 1,88 l’année précédente. L’âge moyen à la maternité atteint 30,7 ans en 2019 contre 29,3 ans vingt ans plus tôt. La France reste le pays le plus fécond d’Europe, devant la Suède et l’Irlande. • 2 ans en plus pour les hommes

L’espérance de vie à la naissance est de 85,6 ans pour les femmes et de 79,7 ans pour les hommes. En dix ans, les hommes ont gagné 2 ans d’espérance de vie et les femmes 1,2 an. Ce gain fait de l’espérance de vie des femmes l’une des plus élevées de l’UE, seule l’Espagne la devance. • 227 000 mariages, 209 000 pacs

Le nombre de mariages est en baisse en 2019. 227 000 mariages ont été célébrés en France, dont 221 000 entre personnes de sexe différent et 6 000 entre personnes de même sexe. En revanche, le nombre de pactes civils de solidarité est en hausse. 209 000 Pacs ont été conclus, soit 13 000 de plus qu’en 2017. Ce nombre a augmenté chaque année depuis 2002, à l’exception de l’année 2011, année de la fin des trois déclarations de revenus différentes. o Solenne Bertrand

RETRAITES

Les petitsdéjeuners solidaires

n Malgré la division du front

syndical et les difficultés financières, certains syndicats poursuivent la grève dans les transports parisiens. Pour tenir, ils redoublent de solidarité. L’air frais et le vent, parfois fort, n’altèrent pas leur bonne humeur. Il est 5h20 ce mardi 14 janvier. Sur le boulevard Jourdan dans le XIVe arrondissement de Paris, quelques grévistes et leurs soutiens sont déjà rassemblés devant l’Ecole normale supérieure, à quelques pas de la station du RER B Cité Universitaire. « C’est un clin d’oeil de se retrouver devant une grande école », ironise Irène, du syndicat Sud Éducation. « Mais nous sommes ici pour soutenir nos camarades », dit-elle en reprenant soudainement son sérieux. Un soutien moral aux grévistes

Pour les syndicats extérieurs à la RATP, il s’agit de venir apporter un soutien moral aux grévistes présents aux aurores. Pour ces derniers, l’objectif est de dialoguer avec les voyageurs venus patiemment prendre le train. « C’est important d’expliquer aux usagers pourquoi ils galèrent, on ne fait pas ça par plaisir », explique Éric, conducteur et membre de la CGT. Aujourd’hui, les trains circulent mieux que ces dernières semaines (1 train sur 2 toute la journée). « C’est vrai que c’est plus facile pour nous de discuter lorsque les trains circulent, même difficilement », admet une voyageuse venue boire un café en attendant son RER. « Cela dit, on ne peut pas ne pas les comprendre », ajoute-t-elle en mettant cinq euros dans la caisse de grève. « Grâce à vous la grève va pouvoir continuer », conclut Éric, bien déterminé à poursuivre le mouvement. o Victor Mauriat

Macron s’exprime

Conscient de l’inquiétude, Emmanuel Macron a affirmé mardi son souhait de « continuer à expliquer et concerter  » sur la réforme, lors de son déplacement à Pau. Il a rappelé son souhait de « reprendre en profondeur » un modèle créé en 1945. Selon lui, seule cette réforme « permet de consolider le système par répartition ».

MERCREDI 15 JANVIER- EXPRESSO - 03


INTERNATIONAL DIPLOMATIE La Russie trahit sa politique étrangère au profit d’Haftar

Poutine lorgne l’or noir libyen n Khalifa Haftar a quitté

les pourparlers à Moscou. Un revers pour le Kremelin qui tente, depuis le début du conflit, d’exercer une pression en faveur du maréchal.

L

a situation reste précaire en Libye, où Vladimir Poutine espérait, avec son allié turc, Tayyip Recep Erdogan, imposer un accord. Le maréchal Haftar est parti sans rien signer, réclamant deux jours de réflexion supplémentaires. Le cessez-le-feu est cependant maintenu pour une durée illimitée et met en pause neuf mois de conflits meurtriers. 280 civils et plus de 2000 combattants ont trouvé la mort, et près de 150000 personnes ont été déplacées. Malgré ces incertitudes, le président russe est en train de s’imposer comme l’homme fort de la région. Le 5  novembre dernier, le New York Times révélait le soutien de la Russie au maréchal Haftar via l’envoi d’armes, d’argent et de mercenaires. La présence de la compagnie de mercenaires russes Wagner aux côtés des combattants d’Haftar a été avérée par un cliché pris à Moscou le 7 novembre 2018. Celui-ci met en scène l’oligarque Evgue-

ni Prijgojine, proche du Kremlin et parrain présumé de Wagner, lors d’une rencontre avec le maréchal Haftar et le ministre russe de la défense, Sergueï Choïgou. En prenant ainsi parti dans le conflit, Moscou fait une entorse à sa règle maîtresse en politique étrangère : soutenir les gouvernements « légitimes  », quels qu’ils soient. Des enjeux économiques

De son côté, Valdimir Poutine rend les Occidentaux responsables du conflit en Libye en soutenant les militaires qui ont tué le colonel Mouammar Kadhafi en 2011. La Russie lorgne le pétrole libyen. Le maréchal Haftar a gagné le contrôle d’une grande partie du territoire et surtout, il est celui qui détient les réserves de pétrole du pays depuis plus de deux ans. Pour Vladimir Poutine, il est devenu utile de le soutenir. Mais ce faisant, il se heurte aux ambitions de la Turquie. Tayyip Recep Erdogan a conclu un accord controversé avec Fayez Al Sarraj, le président du gouvernement d’union national (GNA), le seul à être reconnu par la communauté internationale. Cet accord lui permet de revendiquer l’exploitation de certains gisements

Ministres turc et russe des Affaires étrangères (Golovink/ AFP) en Méditerranée. La communauté internationale voit avec inquiétude le risque de mainmise de la Russie sur la Libye. Dimanche, à Berlin, une conférence internationale se tiendra sous l’égide de l’ONU pour tenter de réconcilier les deux Libye et éviter « une seconde Syrie » ainsi que le redoute l’Union européenne. Plusieurs pays y participeront outre la Russie et la Turquie, les Etats-Unis, la Chine, ou encore l’Italie ou la France. Cependant

un doute plane sur la participation du maréchal Haftar et de Fayez Al Sarraj. Entre l’arrivée sur le terrain libyen de la Turquie, la présence suspectée de mercenaires russes, l’existence d’une multitude de groupes armés - notamment des milices jihadistes -, et celle de trafiquants d’armes et de passeurs de migrants, la communauté internationale craint de voir le conflit libyen dégénérer. o Manel Menguelti

DEFENSE 220 soldats supplémentaires pour l’opération Barkhane

G5 Sahel : la France seule et dans le flou n A l’issue du sommet qui

s’est tenu à Pau, Emmanuel Macron a annoncé l’envoi de 220  soldats supplémentaires pour les forces de l’opération « Barkhane ». Mais la France agit seule et sans stratégie politique claire. La France et les pays du G5 Sahel (Niger, Tchad, Mauritanie, Burkina Faso, Mali), réunis lundi 13 janvier en sommet à Pau, ont décidé de renforcer leur coopération militaire face à la recrudescence des attaques djihadistes. La France a ainsi annoncé l’envoi de 220 soldats supplémentaires. Les chefs d’Etat ont en particulier décidé de « concentrer immédiatement leurs efforts militaires dans la zone des trois frontières » (Mali, Burkina, Niger), où se sont concentrées les attaques ces derniers mois, en ciblant en 04 - EXPRESSO - MERCREDI 15 JANVIER

priorité le groupe Etat islamique dans le Grand Sahara (EIGS). Un avenir brumeux

Quid des objectifs politiques ? «  On est dans le flou, estime Jean Hervé Jézéquel, directeur du projet Sahel à l’International Crisis Group. Ces dernières années au Sahel, il y a eu beaucoup de discussions sur la nécessité d’engager des processus politiques, des dialogues avec des populations marginalisées, avec des personnes armées qui se réclament du Djihad. Or il

ne s’agit pas simplement d’une insurrection de type terroriste mais de véritables soulèvements à base populaire qui rejettent un Etat qu’il faut changer. » L’Europe à la rescousse

Comment alors renouer le dialogue avec ces populations ? « Nous avons encore plus besoin de l’Europe », répond Jean-Charles Jauffret, professeur émérite d’histoire contemporaine. « Nous n’avons pas les moyens de soutenir la région avec les 4500 hommes de la

Appui crucial des Etats-Unis Alors que les Etats-Unis envisagent un désengagement de leurs troupes au Sahel, « on ne peut pas se passer d’eux, avertit Jean-Charles Jauffret. L’armée mauritanienne est très petite et en grande partie soutenue par les Etats-Unis. On a besoin d’eux pour tout ce qui concerne l’observation satellitaire, l’observation par drones, mais aussi pour une partie de la logistique. »

force Barkhane déjà mobilisés. Si l’Allemagne, le Danemark et l’Estonie fournissent quelques troupes, le terrain est absolument immense et très difficile en raison du climat rude qui use le matériel. Ce n’est pas avec nos moyens que l’on arrivera à vaincre cet Etat islamique dans le Grand Sahara. La France est un élément fort face à cinq pays très pauvres. Comment voulezvous qu’ils fassent un effort supplémentaire alors que euxmêmes ont du mal à vivre ? » Pour soutenir efficacement l’opération Barkhane, un plan à long terme doit être établi. «  Il faut encadrer et entraîner les armées africaines du groupe Sahel. Dès lors que la zone est pacifiée, le développement économique et social doit s’opérer  », conclut Jean-Charles Jauffret.

o Matthieu Deveze


INTERNATIONAL ETATS-UNIS Trump espère des retombées électorales

USA-Chine : un accord commercial... et politique n En difficulté sur le plan intérieur, le Président américain

E

espère capitaliser sur une trêve commerciale avec la Chine. Avec sa réélection en ligne de mire.

n 1971, la diplomatie du ping-pong avait inauguré une nouvelle ère entre la Chine et les ÉtatsUnis. 2020 pourrait bien marquer un tournant inédit dans l’histoire des deux superpuissances. Engagés dans une guerre commerciale depuis deux ans, les États-Unis et la Chine doivent signer aujourd’hui un premier accord préliminaire. Une bonne nouvelle pour Donald Trump, qui a fait de son art du « deal » l’alpha et l’oméga de sa politique. Alors que sur le plan intérieur, le président américain est déjà en campagne pour sa réélection, un sondage du Pew Research Center (août 2019) montrait que 60% des Américains voyaient la Chine de façon négative. Pour ses électeurs, le conflit commercial est une stratégie gagnante. En cas de trêve durable, Donald Trump pourra se vanter d’avoir tenu tête à l’Empire du Milieu. Si le conflit reprend, l’ancien magnat

de l’immobilier pourra se présenter comme le défenseur des intérêts américains. Et jouer sur la corde nationaliste d’une partie de son électorat. A l’exception de l’agriculture, les États-Unis ne sont pas affectés par ce bras de fer. La Chine a clairement ciblé des secteurs et des régions, comme la Rust Belt, favorables électoralement à Donald Trump. Il y a plusieurs semaines, des moyens financiers avaient été débloqués pour soutenir les agriculteurs. Les tarifs douaniers chinois ont créé un manque à gagner important pour cette partie de la population américaine. Une habitude électorale

Empêtré dans une procédure d’impeachment depuis plusieurs semaines, Donald Trump compte donc capitaliser sur ce succès politique. Les attaques contre la Chine sont une récurrence dans les campagnes électorales américaines. Lors de la campagne de mi-mandat en 2010, les démocrates

accusaient les Républicains de soutenir une politique libérale propice aux délocalisations en Chine. En 2012, Mitt Romney accusait l’Empire du Milieu d’être un « manipulateur de devise  ». Mais en attaquant aussi durement la Chine pendant son mandat, Donald Trump est passé de la parole aux actes. L’économie chinoise en berne

La Chine, elle, souffre de cette guerre commerciale. La croissance est en berne, au plus bas depuis 1992. Selon le service des douanes, l’excédent de la Chine vis-à-vis des États-Unis s’est établi à 295,8 milliards de dollars en 2019 (-8,5% sur un an). Véritable marotte de l’administration américaine, le ralentissement de l’économie chinoise sera un élément clé dans l’élection présidentielle américaine. Donald Trump espère y voir les retombées positives de sa politique protectionniste. Dans les prochaines semaines, le président américain devrait agiter le chiffon rouge d’une Chine puissante en cas de défaite en novembre 2020. o John Timsit

HAITI La crise politique s’aggrave

La menace d’une dérive autoritaire

n Avec un Parlement non

opérationnel depuis le début de semaine et un gouvernement démissionnaire depuis le mois de mars, le risque d’une rupture démocratique plane sur Haïti. Dix ans après le séisme qui a ravagé sa capitale et ses environs, le 12 janvier 2010, Haïti, loin d’avoir achevé sa reconstruction, s’enfonce toujours plus dans une crise politique. Lundi, le Président haïtien, Jovenel Moïse, constatait la caducité du Parlement dans un tweet elliptique. Le mandat de la majorité des parlementaires est en effet arrivé à son terme et n’a pas pu être renouvelé, faute d’éléctions législatives qui devaient avoir lieu en novembre. C’est la conséquence de ce que « tout le monde interprète comme une stratégie du Président pour ren-

(Chandan Khanna / AFP) forcer son assise », explique Stefanie Schüler, journaliste à RFI spécialisée sur Haïti. Moïse seul aux commandes

Mardi, le Président a annoncé que le départ des parlementaires représentait une économie budgétaire de plus de 16,3 millions de dollars américains, somme avec laquelle il a assuré vouloir construire dix lycées dans le pays. Cette déclaration interroge alors qu’aucune loi budgétaire n’a été votée pour cette année

EN BREF Anniversaire gâché à Tunis

n Des milliers de manifes-

tants ont célébré les neuf ans de la révolution tunisienne qui a chassé du pouvoir le président Ben Ali. Un anniversaire entaché par un contexte politique tendu. Le Parlement a rejeté le gouvernement proposé par le parti islamiste Ennahdha. Kais Said, nouveau président de la Tunisie, élu en octobre, doit désormais désigner un autre Premier ministre pour convaincre les députés.

Elections en Irlande

n Le Premier ministre Leo Varadkar a convoqué mardi des élections législatives anticipées pour le 8 février prochain. Une date choisie pour sa proximité avec le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. La frontière irlandaise était au cœur de l’accord négocié par le RoyaumeUni depuis 2016. Leo Varadkar s’est investi pour empêcher un no-deal, craignant des conséquences économiques néfastes.

Bridgegate : la vengeance

n La Cour suprême des États-

Unis se penchait mardi sur un coup bas. En 2013, Chris Christie, le gouverneur républicain du New Jersey cherchait des maires démocrates à rallier en pleine campagne électorale. En réponse au refus d’un maire, l’entourage du gouverneur aurait alors organisé un embouteillage massif, pour le gêner, sur un pont reliant le New Jersey à New York.

Puidgemont à Strasbourg

n C’est dans un tweet que

et que la constitutionnelle de la démarche présidentielle reste à démontrer. Le délitement de la démocratie haïtienne semble enclenché. Le vide parlementaire durera au moins un an, « c’est une évidence », comme le souligne Stefanie Schüler, le temps d’organiser des éléctions, ce à quoi le Président n’a fait aucune allusion. Haïti n’a déjà plus de gouvernement légitime depuis mars 2019 et le désaveu du Premier ministre par le Parlement. Cela avait généré une crise massive dans le pays, paralysé pendant deux mois. Enfin, comme le rappelle la journaliste, des liens ont déjà étaient établis entre des gangs coupables de violences, comme le massacre de la Staline, un quartier défavorisé de Portau-Prince qui a fait 71 morts en 2018, et des officiels.

l’indépendantiste catalan a annoncé, lundi, son arrivée au Parlement européen. S’il a pu prendre ses fonction avec Toni Comin, ancien membre du gouvernement catalan, c’est grâce au jugement rendu fin 2019 par la Cour de Justice européenne qui a confirmé leur statut de députés européens qu’avait rejeté l’Espagne. La Cour suprême espagnole a annoncé sa volonté de faire appel.

o Lisa Penalver

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ECO/CONSO ENTREPRISES L’enseigne au rouge-gorge supprime 517 emplois

Hémorragie chez Auchan : la fin des hypermarchés n Après l’argent, les gens :

mardi, Auchan a annoncé la suppression de 517 emplois. La mesure fait suite aux pertes essuyées par le groupe en 2019 et témoigne du déclin d’un modèle.

D

ouche froide pour les salariés d’Auchan. Le groupe de la marque au rouge-gorge va se délester de 517 emplois via un plan de départs volontaires de sa filiale Auchan Retail France. La firme invoque une « réorganisation » de sa « branche de service d’appui » : la mesure ne vise donc que des postes en comptabilité et marketing. Cette vague de départs est historique. Elle clôt une période difficile pour le géant de l’alimentaire : le dernier bilan d’Auchan accusait 155 millions d’euros de

pertes. C’est un tournant pour l’entreprise mais aussi pour la France qui voit s’éteindre un modèle économique cinquantenaire.

se raccrochent aux branches en multipliant les références mais peinent à ravir aux petites enseignes les clients échaudés qu’elles ont perdus.

Une image écornée

Une offre obsolète

Lorsque le premier hypermarché du pays est inauguré en 1964 sous la bannière de Carrefour, l’événement est tel que l’opération est présidée par Françoise Sagan, belle-sœur du cofondateur du groupe. Mais après trente ans de prospérité, l’enthousiasme est retombé : bataille de prix récurrentes avec des agriculteurs, soupçons de fraude fiscale, désertification des centre-ville… L’image de la grande distribution s’est détériorée, au point d’être boudée par des clients désireux de consommer autrement : du bio de préférence, du local si possible. Les grandes surfaces

Une abondance de biens et de services qui donne le tournis : il y a quinze ans, la promesse des hypermarchés était alléchante. Depuis, la crise économique de 2008 a entraîné une baisse du pouvoir d’achat des classes moyennes. Contraints de surveiller leurs dépenses, les plus modestes réduisent le budget consacré à l’alimentation : entre 1960 et 2014, il est passé de 35% à 20%, impactant directement les ventes. L’exception : le groupe E.Leclerc qui s’est engouffré dans la brèche en pratiquant des prix toujours plus bas et qui, avec 435 magasins au compteur (contre 142 pour

Auchan), domine désormais le secteur. Sous l’impulsion de son nouveau dirigeant, Edgar Bonte, Auchan compte sur une transformation de son modèle avec en ligne de mire une économie de 1,1 milliard d’euros. o Anissa Bekkar

La menace Amazon La plateforme Amazon a inauguré hier un nouveau centre logistique à Senlis (Oise). Alors que la livraison à domicile menace la grande distribution, Monoprix a signé en mars 2018, une alliance avec le géant du e-commerce, pour vendre ses produits en ligne. Selon une étude de Kantar, le web a déjà conquis plus de 6 % des achats alimentaires en France. Un chiffre qui ne fait qu’augmenter.

TECHNOLOGIE En Auvergne, une innovation de pointe révolutionne les soins vétérinaires

La 3D prend son envol au service des oiseaux n Menacées par la chasse et

la raréfaction des insectes, de nombreuses espèces d’oiseaux sont au bord de l’extinction. Pour préserver les animaux subsistants, la Ligue de protection des oiseaux (LPO) s’est dotée d’un arsenal de pointe : une imprimante 3D.

Chaussons orthopédiques pour aigle royal, attelle pour pinson ou minerve pour chouette chevêche : le centre de sauvegarde de la LPO d’Auvergne bichonne ses pensionnaires. Depuis qu’elle a fait l’achat d’une imprimante 3D, l’association est pionnière dans les soins vétérinaires. C’est en 2016 que l’idée germe dans l’esprit d’Adrien Corsi, responsable du centre et informaticien, alors qu’il visionne un reportage sur un aigle privé d’une partie de sa mâchoire : « Grâce à la modélisation et à l’impression 3D, il a pu être réintroduit en milieu naturel avec un bec fonctionnel. » 06 - EXPRESSO - MERCREDI 15 JANVIER

Enthousiasmé par les perspectives s’ouvrant aux soigneurs, Adrien propose à ses collègues d’acheter une imprimante pour le centre auvergnat. Prothèses et orthèses sont faites sur mesure à partir des radiographies des animaux. Les résultats sont immédiats : les soins sont plus rapides, plus efficaces et moins stressants pour eux. L’informaticien se réjouit particulièrement de la prise en charge des fractures, souvent fatales aux oiseaux : « On gagne deux à trois jours [d’immobilisation] et la rééducation est plus facile. » Le vétérinaire qui assure le suivi des animaux le constate : le dispositif permet également de lutter contre les complications comme les douleurs post-opératoires ou l’arthrose. De quoi remplumer les effectifs avant le prochain recensement national d’oiseaux, le 25 janvier : en 20 ans, la population a baissé de 30 %. o Anissa Bekkar

Une chouette effraie, soignée par un vétérinaire. (LPO Aura)


ECO/CONSO CONSOMMATION Le renouveau des boulangers-pâtissiers

Cédric Grolet récolte l’argent du beurre

Monoprix retire son doudou des ventes

n Le « doudou castor » de la marque Bout’chou vendu par Monoprix, est rappelé pour «  un risque d’étouffement pour les jeunes enfants  » selon la direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Les clients qui l’ont acheté bénéficieront d’un remboursement intégral.

A

u premier étage, où se trouve le salon de thé, un couple de touristes chinois est installé près de la fenêtre qui offre une vue sur des immeubles haussmanniens. Ils sont arrivés à 8h30 pour l’ouverture. Au menu, avocado toast, jus de carottes fraîches et croissants. Appareil photo tourné dos à la vitre pour bénéficier de la lumière du jour, c’est entre deux selfies qu’ils expliquent : « On voulait absolument tester la boulangerie, on n’est pas déçu par la qualité des produits. » Un mois et demi après l’ouverture de la boulangerie de Cédric Grolet, le succès ne se dément pas au 35, avenue de l’Opéra dans le IIe arrondissement de Paris. L’objectif ? Goûter les viennoiseries, de 4 à 8 euros l’unité, de celui qui a été élu meilleur chef pâtissier du monde en 2018. Elles sont aussi chères que rares. Les pains au chocolat sont tous vendus en moins d’une heure : le résultat d’une stratégie marketing bien rodée. Décryptage. Une communication maîtrisée

Cédric Grolet a parié sur les réseaux sociaux, notamment Instagram, où il est le pâtissier le plus suivi avec 1,5 million d’abonnés. « Sa stratégie de communication était parfaite, explique Delphine, digital merchandiser pour un site de vêtement de luxe. Il a utilisé son compte Instagram où il a une grosse communauté pour

EN BREF

(DGCCRF)

Démission à la SNCF

n Rachel Picard, la directrice

La boulangerie de Cédric Grolet, à Paris (Marion Sacuto) ne pas beaucoup dépenser. » Il Manger avec les yeux

a aussi profité des grands événements du calendrier pour faire sa promotion. A Noël, il organisait un jeu concours pour gagner son dernier livre de cuisine. Pour l’épiphanie, c’est une galette des rois et un diadème qu’il met en jeu. « Ce procédé permet de gagner de nouveaux clients et de fidéliser ses plus grands fans. » Il a aussi mis en place le user-generated content, « la technique marketing la plus utilisée du moment » en republiant les photos de ses clients, permettant ainsi de les mettre en valeur et d’accroître leur « engagement ».

Le pâtissier rend toutes ses créations instagrammable. Pour son nouveau concept, il a tout misé sur la fleur: de la forme de ses viennoiseies, en passant par le choix de la vaisselle, jusqu’à son logo. Sa décoration intérieure est sobre, épurée et lumineuse, répondant ainsi aux codes des photographies postées sur Instagram. Selon une étude réalisée par Ipsos en 2017, 53 % des marques présentes sur l’application affirment avoir augmenté leur bénéfice commercial. Instagram est devenu une véritable carte de restaurant que tout le monde peut alimenter.

général de Voyages SNCF et créatrice des services « Oui » a affirmé vouloir «  ouvrir un nouveau chapitre de sa vie professionnelle ». Après seize ans à la SNCF, cette manageuse de 53 ans met fin à son exercice. Sa succession sera annoncée jeudi 16 janvier. La SNCF a précisé que son départ n’était pas lié à la grève.

Fin du broyage des poussins

n La France et l’Allemagne veulent mettre fin au broyage des poussins mâles d’ici fin 2021. « La France et l’Allemagne doivent être le moteur européen pour avancer sur cette question  » a estimé Didier Guillaume, le ministre de l’Agriculture français.

o Marion Sacuto

Les Chinois, meilleurs boulangers au monde n Du 11 au 14 janvier se

déroulait Europain, le salon international de la boulangerie, pâtisserie, glacerie, chocolaterie et confiserie, à Paris Porte de Versailles. Trois concours étaient organisés dont la Coupe du monde de la boulangerie, l’occasion pour les boulangers et pâtissiers d’exprimer leur créativité. Cette année, c’est la Chine qui remporte la Coupe du monde de la boulangerie, devançant le Japon et le Danemark. « C’est une surprise pour nous parce que nous sommes très jeunes et peu préparés au concours »

explique la coach de l’équipe chinoise, Wang Li avant de préciser « le plus âgé à 32 ans ». Des critères et une préparation intenses

Cette coupe réunissait douze équipes internationales de trois candidats qui doivent présenter trois spécialités d’épreuves imposées : baguette et pain du monde, viennoiserie et panification gourmande et enfin une pièce artistique sur le thème de la musique. « Ça a été un long travail. Nous avons travaillé entre 11 à 12 heures par jour ces deux derniers mois », explique Mikkel Hansen de

l’équipe danoise. Les Français eux, repartent déçus. « Aujourd’hui, le résultat n’est pas là », déplore Yann Tabourel boulanger meilleur ouvrier de France 2007. « Ce qui leur a manqué ce sont des moyens, de se consacrer tout leur temps à la préparation de ce concours contrairement aux pays asiatiques. » Il regrette que l’ État ne sponsorise pas la préparation du concours afin d’aider les candidats à redorer cette part du patrimoine français. De son côté, l’équipe chinoise réfute tout financement de la part de l’ État. o Ingrid Boinet

John McDougall / AFP

Fausse alerte pour nos billets

La Banque de France confirme qu’il n’y aura pas de pénurie de billets de banque malgré l’appel au blocage de deux centres de traitement en protestation contre la réforme des retraites. Pour qu’il y ai pénurie « il faudrait que ce soit bloqué des mois » a souligné Erick Lacourrège, directeur général des services à l’économie et du réseau de la Banque de France.

n

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CULTURE CINEMA Le dernier film de Sam Mendes fait revivre la Grande Guerre

«1917» : immersion sur le front Présenté comme une immersion inédite dans la Première Guerre mondiale, 1917 de Sam Mendes sort aujourd’hui en salles. Le longmétrage témoigne d’une nouvelle manière de tourner la guerre, en consacrant l’usage du plan-séquence.

ciens et des décors d’une étendue inédite, la chorégraphie doit être parfaite, sous peine de recommencer des prises parfois longues de six minutes.

n

L

a tendance se poursuit : deux ans après Dunkerque de Christopher Nolan et Tu ne tueras point de Mel Gibson, les guerres mondiales sont en vogue. Cette foisci, fait plus rare, c’est au tour de la Grande Guerre d’avoir son blockbuster. Réalisateur des deux derniers James Bond, Sam Mendes met en scène dans 1917 le front anglais, dans l’Est de la France. En avril 1917, à une période où la guerre piétine et où les esprits fatiguent, deux soldats britanniques doivent traverser les lignes ennemies pour porter un message crucial, susceptible de sauver des centaines de vies. Un scénario qui tient en deux lignes, inspiré par le grand-père de Sam Mendes, messager en 1917. Une prouesse technique

Au service de son histoire, le réalisateur britannique mise sur l’immersion du spectateur. À commencer par la tempo-

Le spectateur dans les tranchées

«1917» (Universal Pictures and Storyteller Distribution Co)

ralité : 1917 a l’ambition de suivre en temps réel ses deux héros courant contre la montre, puisque l’intrigue se déroule en une seule journée. Pour faire vivre le sentiment que la caméra ne s’arrête jamais de tourner, le film utilise l’arme du plan-séquence. Pas de coupe, ou presque. C’est d’ailleurs l’annonce d’un unique plan séquence de deux heures, tour de

force a priori invraisemblable, qui avait centré l’attention sur le film. Sam Mendes avait déjà pris ce risque, qui lui avait valu nombre de louanges : il avait démarré Spectre par un plan-séquence de cinq minutes. Finalement, 1917 est une succession de plans-séquences, subtilement mis bout-à-bout. Comme dans une pièce de théâtre, mais avec des centaines de techni-

FESTIVAL DE CANNES La diversité en question dans le cinéma Après les accusations concernant le manque de diversité au sein des nominations aux Oscars, le festival de Cannes a désigné mardi le cinéaste engagé afro-américain Spike Lee président du jury. C’est un pied de nez aux Américains et aux Britanniques. La désignation de Spike Lee, premier noir à la présidence du jury de Cannes, intervient vingt-quatre heures après les nouvelles critiques qui agitent le monde du cinéma. Outre Atlantique, l’académie des Oscars est une fois de plus pointée du doigt pour sa sélection jugée très blanche et masculine. Le même jour, la British Academy of Film and Television Arts (Bafta) est secouée par une polémique. Le réalisateur britannique Steve McQueen 08 - EXPRESSO - MERCREDI 15 JANVIER

(12 years a slave) a dénoncé l’omniprésence d’hommes blancs parmi les réalisateurs récompensés et accuse l’institution britannique de «  négliger les talents noirs  ». Cinéaste phare de la cause noire et favorable à des quotas au sein des nominations, Spike Lee avait boudé la cérémonie des Oscars en 2016. Retour à la maison

Spike Lee n’est pas un inconnu de la Croisette. C’est Cannes qui l’a révélé, dès 1986 avec son deuxième long métrage: Nola Darling n’en fait qu’à sa tête. Cette première reconnaissance lui a permis d’affirmer rapidement ses convictions sociales avec Do the right thing, sorti deux ans plus tard, coup de projecteur sur les tensions dans Brooklyn. Ce mordu de cinéma

Victoires de la musique : Angèle et Souchon favoris n

Valerie MACON / AFP

s’est vite affirmé comme un artiste engagé avec des films puissants, drôles et esthétiques. Mardi, l’artiste présentait Cannes comme «  le plus grand festival du monde », sans vouloir offenser personne. Sa désignation est un retour à la case départ. Le festival a eu un « impact énorme» sur sa carrière de cinéaste. « On pourrait même dire que Cannes a façonné ma trajectoire dans le cinéma mondial. »

o Jules Thomas

EN BREF

Spike Lee président du jury: Cannes sauve la face n

Vivre le moindre pas, la moindre respiration, et avancer, coûte que coûte. 1917, c’est ainsi une nouvelle manière d’impliquer le spectateur. Finies les grandes batailles bruyantes où les cadavres s’enchevêtrent au gré des explosions : Sam Mendes filme à hauteur d’homme. La caméra ne veut pas lâcher les deux jeunes héros malgré eux, incarnés par Dean-Charles Chapman et George MacKay. Le spectateur contemple avec empathie leurs doutes et inquiétudes, dans une longue marche qui révèle toute l’absurdité du conflit. « Je veux que l’on ressente chaque seconde de ce que vivent les personnages, être connecté en permanence avec leurs émotions, pour que le spectateur ne puisse pas s’échapper » : Sam Mendes veut faire passer le spectateur par tous les états, et faire peser sur lui la menace permanente d’un danger invisible et imprévisible. 1917 est donc un film de guerre, mais d’un genre nouveau : le spectateur vit l’horreur, dans l’intimité la plus viscérale.

o Léa Pernelle

Les 35e Victoires de la musique, qui se tiendront le 14 février prochain, ont dévoilé lundi soir leurs nommés. L’album Brol de la jeune Belge Angèle est présent dans trois catégories, et se frottera notamment à Clara Luciani. Chez les hommes, Alain Souchon et Philippe Katerine sont eux aussi nommés trois fois. A noter que le nombre de récompenses est passé de treize à huit.

Bijoux de famille au Louvre n

La galerie d’Apollon du musée du Louvre a rouvert après dix mois de travaux. Elle abrite les diamants de la couronne depuis François 1er et a enrichi sa collection jusqu’au Second Empire.


SPORT

TENNIS Le premier Grand Chelem de la saison perturbé par les incendies

L’Open d’Australie asphyxié Les fumées toxiques touchent de plein fouet les qualifications de l’Open d’Australie et le tournoi compte déjà son premier abandon en raison de la qualité de l’air. La colère et l’inquiétude montent chez les joueurs alors que les organisateurs refusent d’annuler l’événement. n

«C

ela n’allait pas du tout. Je n’avais encore jamais ressenti ça, j’ai eu très peur. J’ai eu peur de m’effondrer. C’est pour ça que je me suis accroupie. Je ne pouvais plus marcher. Au sol, c’était plus facile de respirer. » C’est en ces termes saisissants que la Slovène Dalila Jakupovic s’est exprimée hier dans le Telegraph sur les raisons de son abandon au premier tour des qualifications de l’Open d’Australie. Classée 180e à la WTA, la joueuse slovène de 28 ans a été prise d’une violente quinte de toux alors qu’elle menait au score 6-4, 5-6 face la Suissesse Stefanie Vögele. L’incident s’est produit quelques heures à peine après le début des matchs à Melbourne Park mardi après-midi heure locale alors que l’autorité de protection de l’environnement de la ville, l’EPA, a qualifié la qualité

Rod Laver Arena sous une fumée toxique. (Wiliam West/AFP) de l’air de « très mauvaise ». En début de journée elle était même « dangereuse ». La ville de Melbourne a ainsi conseillé à ses riverains de rester chez eux, fenêtres et portes fermées, et de ne pas sortir leurs animaux. Les entraînements ont donc tous été annulés mais le directeur du tournoi Craig Tiley a assuré dans la matinée qu’il y avait une « amélioration  » des conditions climatiques et que par conséquent, les matchs de qualification, retardés d’une heure, auront bien lieu. « Vous pouvez aller sur plusieurs sites et plusieurs applications qui

vous donneront une mauvaise grille de lecture de la situation, se défend Craig Tiley. Nous avons pris en compte les avis médicaux et scientifiques, ainsi que l’avis du bureau de météorologie, et nous avons décidé de démarrer à 11 heures. Je le répète, le bien-être et la santé des joueurs, des fans et de notre staff, est la priorité. » L’incompréhension des joueurs

Les réactions des joueurs sur Twitter ne se sont pas fait attendre : « Dire à tout le monde de rester à l’intérieur et poursuivre le programme ? Bra-

FOOTBALL Le casse-tête tactique de Thomas Tuchel

PSG : les failles du 4-4-2 n Le choc de dimanche entre

le Paris Saint-Germain et Monaco a révélé des failles dans le système de jeu parisien. À un mois de la Ligue des champions, le 4-4-2 pose question. Dimanche soir, les amoureux de la Ligue 1 étaient comblés. Bien loin des habituelles balades qu’ils effectuent sur la scène nationale, les joueurs de la capitale ont été bousculés pendant quasiment tout le match par une belle équipe monégasque. Au-delà du match nul (3-3), le système de jeu mis en place par Thomas Tuchel interroge pour trois raisons. L’idée d’aligner Neymar, Mbappé, Icardi et Di Maria en attaque comporte un risque important du point de vue défensif. Imaginé par Tuchel, le 4-4-2 devient un 4-2-4 en phase offensive et laisse à Gueye et Verratti la lourde

charge de défendre pour trois, voire quatre joueurs. Face à Monaco, le PSG était coupé en deux sur les phases défensives, obligeant Marquinhos et Thiago Silva à prendre des risques pour intercepter les passes vers l’avant. Contre des équipes offensives comme le Borussia Dortmund, que le PSG affrontera en huitième de finale de Ligue des champions le 18 février, Thomas Tuchel pourrait jouer en 4-3-3 et faire remonter Marquinhos au milieu de terrain. Un équilibre à trouver

Principale satisfaction tactique de l’automne, le 4-3-3 soulage Verratti de quelques tâches défensives et permet une plus grande assise au milieu de terrain. Autre problème rencontré contre Monaco : le positionnement haut des latéraux en phase offensive, préjudiciable en cas de contre-

attaque. Ben Yedder et Keita Baldé ont su profiter des espaces laissés sur les côtés. Offensivement aussi, le 4-4- 2 ne comble pas toutes les attentes, notamment à cause d’une concentration offensive dans l’axe. Placés sur les ailes, Neymar et Di Maria repiquent vers le centre. Or en Ligue des champions, occuper le terrain latéralement est essentiel pour étirer les défenses et permettre des appels en profondeur de la flèche Mbappé. À 21 heures, les Parisiens retrouveront le club de la principauté au stade Louis II et les ajustements tactiques de Thomas Tuchel seront scrutés. En conférence d’avant-match, l’entraîneur parisien a minimisé le système de jeu, pointant plutôt un problème d’attitude : « La question n’est pas dans quel système on joue, mais comment on le fait. » Réaction attendue ce soir. o Rémi Bouveresse

vo ! », fulmine le Belge Steve Darcis. L’Ukrainienne Elina Svitolina a elle aussi pris position : « Pourquoi a-t-on besoin d’attendre que quelque chose de grave se produise pour agir  ?  » « Ce n’est pas raisonnable. @Tennis Australia, Craig Tiley, allez-vous vraiment laisser ça se produire ? », s’est interrogée la Française Alizé Cornet. Le Français Gilles Simon a préféré jouer la carte du cynisme : « Quand on trouve des médecins qui affirment que jouer par 45 degrés n’est pas dangereux à l’AO et des juges arbitres qui affirment que l’herbe mouillée n’est pas glissante à Wimbledon, on doit bien pouvoir trouver un expert qui certifie que la qualité de l’air est suffisante non ? » Problème : reporter le tournoi est inconcevable car le calendrier des joueurs et des joueuses est déjà bien chargé. L’annuler est-il plus envisageable ? Difficile de le dire au regard des centaines de millions de droits télé en jeu et des billets à rembourser. Sans oublier la place primordiale du Grand Chelem dans le financement de la fédération australienne... Reste à savoir si la santé des joueurs ainsi que celle des spectateurs primera sur ces problématiques pécuniaires. o Julie Renson Miquel

EN BREF n Le Barça : Setién

remplace Valverde

L’entraîneur espagnol a été démis de ses fonctions avec les Blaugrana, après deux ans et demi à la tête du double champion d’Espagne en titre. En cause, des résultats moyens malgré la qualité de l’effectif. Le FC Barcelone a nommé Quique Setién, exentraîneur du Betis Séville, et réputé pour sa vision très traditionnelle du jeu.

n L’OL rugit contre le RN

Les supporters de l’Olympique Lyonnais n’ont pas apprécié le slogan du Rassemblement national pour les élections municipales : « Pour l’amour de Lyon  » dans lequel s’est logé un lion, logo du club et symbole de la ville. Le service juridique de l’OL a contacté les équipes de la candidate Agnès Marion pour leur demander de « ne plus utiliser les signes distinctifs   » du club. Le RN devrait le retirer.

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EXPRESSO

15 01 2020

# 06

PORTRAIT Ophélie Kresay-Lamousse colle contre les féminicides

Féministe nocturne

A

la sortie de métro Alésia, Ophélie Kresay-Lamousse distribue énergiquement slogans et affiches à la vingtaine de filles réunies. Elle a passé tous les soirs de la semaine a les peindre minutieusement. Sur le bitume, pots de colle, bidons d’eau et brosses sont déjà prêts à l’emploi. Âgée de 24 ans, la jeune femme est ce qu’on appelle une colleuse. Comme des centaines d’autres femmes en France, elle descend à la nuit tombée tapisser les rues de slogans dénonçant les violences faites aux femmes. « Instinctivement, je me suis dit que ça pouvait être mes soeurs, ma tante, n’importe qui autour de moi » explique Ophélie. Jusqu’à présent, elle n’avait encore jamais milité. À la maison, le militant c’était son père, engagé dans toutes les luttes sociales. Pour elle, ce sont les paroles crues d’un texte de rap qui déclencheront son action. Déjà au collège, la jeune Ophélie refusait que le masculin l’emporte sur le féminin. « Je cherchais des tournures de phrases pour contourner cette règle. » La sororité avant tout

Poussée par sa sensibilité artistique, elle choisit de s’investir dans les actions de collage. « Passer par la peinture me parle plus que d’aller manifester. » Hyperactive, les journées

« C’est puissant, il y a une véritable sororité. » Consciente d’être un modèle pour ses deux jeunes soeurs, elle n’hésite pas à leur proposer de l’accompagner coller. Des moments importants pour la jeune fille. «  Ça me permet de leur transmettre mes valeurs. Je suis fière que ma famille me soutienne. » Des motivations diverses

Ophélie colle avec le groupe du Sud de Paris. (S. Lerouge)

n’ont pas assez d’heures pour la jeune fille qui cumule trois activités : baby-sitter, vendeuse de matériaux de création et professeure de dessin. « Tout est

EXPRESSO WEEKEND

lié » sourit-elle. Aux associations trop politisées, elle préfère l’horizontalité du mouvement, la liberté d’implication, la bienveillance.

Au détour d’une rue, une dame descend de son appartement pour les remercier de leurs actions. Après un merci teinté de modestie, Ophélie KresayLamousse lui glisse dans la main une affiche dénombrant le nombre de féminicides en 2019. « Comme ça, elle aussi a un moyen de continuer à faire passer le message » se réjouitelle. Car la jeune femme se sent investie d’une mission d’information qui justifie de contourner les règles. Coller pour informer, mais aussi pour se recueillir. « C’est un moment d’hommages aux femmes victimes. C’est apaisant.  » Un bien-être qu’elle ressent aussi personnellement. Son militantisme a fait ressurgir un traumatisme qu’elle a occulté, et sur lequel elle reste discrète. « J’ai pris une claque. » Déterminée à ce que les autres femmes n’aient pas à vivre cela, Ophélie Kresay-Lamousse en a fait une motivation supplémentaire. « J’ai envie qu’elles vivent dans une société qui se sera améliorée. » o Sixtine Lerouge

Let’s Dance dans le XIIIe

Les billets du coeur

Le lobby breton veut son emoji

n Le maire socialiste du XIIIe arrondis-

n Depuis 2014, des liasses de billets sont

n Lundi, le Gwenn Ha Du a inondé Twitter,

sement de Paris, Jérôme Coumet, est un fan inconditionnel de l’interprète de Starman. Pour lui rendre hommage, une rue située à proximité de la gare d’Austerlitz va porter son nom et devenir la rue David Bowie. « La dénomination devrait être adoptée au Conseil de Paris en février  ». David Bowie aurait eu 73 ans le 8 janvier 2020.

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apparues à treize reprises (pour un total de 2000 livres) sur les trottoirs de Blackhall Coliery, une petite ville du Nord-Est de l’Angleterre. Après des années d’enquête, le mystère est levé : l’argent venait de la poche de « bons samaritains » qui se sont signalés à la police. Lundi, les enquêteurs ont annoncé que les deux généreux donateurs souhaitaient marquer leur gratitude pour le village avec qui ils ont un « lien émotionnel ». Les liasses étaient volontairement déposées dans des rues où elles pouvaient être récupérées par des gens dans le besoin. Les trouvailles ont toutes été rapportées à la police.

après avoir conquis les festivals et les manifestations. Pour faire apparaître le drapeau noir et blanc, rien de plus simple : tapez le mot-dièse #emojiBZH ou #GwennHaDu. En fin d’après-midi, 23   000 tweets contenaient l’emoji , qui n’a pas encore d’existence officielle. Car derrière ses airs légers, le combat est sérieux : pétition, campagne de financement… l’association .bzh milite pour que l’émoticône soit reconnu par Unicode, l’organisme chargé de définir les emojis intégrés dans les appareils électroniques. En attendant, le drapeau breton flotte sur Twitter.

Profile for IFP-Paris

IFP-Expressos#6-15janvier  

IFP-Expressos#6-15janvier  

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