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Prise de position d’IFMSA-Québec sur les changements climatiques et le développement durable Présentée par Claudel Pétrin-Desrosiers, Présidente Votée par les membres en séance d’assemblée générale Congrès national d’automne, 5 Octobre 2013, Québec (Qc)

Introduction Les changements climatiques sont reconnus globalement comme étant le plus grand danger à la santé publique à travers le monde du 21e siècle1. La variabilité du climat a déjà causé des millions de décès à travers le monde. L’augmentation notable des catastrophes naturelles dans les dernières décennies, telles que les vagues de chaleur, les inondations et les sécheresses, est une menace majeure sur l’évolution des maladies et des décès, en plus de poser un stress supplémentaire et important sur l’économie, la paix internationale et les systèmes de santé. Selon le très large consensus scientifique actuel, les changements climatiques, engendrés principalement par l’activité humaine2, vont s’accentuer au Québec et dans le monde. Une approche basée sur le développement durable est une avenue nécessaire pour limiter l’impact des activités humaines sur notre environnement et la santé de nos populations, tout en permettant une croissance sociale et économique souhaitée. La santé doit donc être mise au centre des plans de développement durable. En tant qu’organisation d’étudiant(e)s en médecine vouée à l’amélioration de la santé d’ici et d’ailleurs, il nous est essentiel de prendre position afin d’avoir un impact positif sur la santé de nos membres et surtout sur celle de nos futurs patients. IFMSA-Québec, la division internationale de la FMEQ, reconnaît ainsi l’urgence de lutter contre les changements climatiques et encourage une approche basée sur les principes du développement durable afin d’assurer une équité intergénérationnelle.

Texte principal Les changements climatiques désignent une variation statistiquement significative de l’état moyen du climat ou de sa variabilité persistant pendant de longues périodes3. Selon Dre Margaret Chan, directrice-générale de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les changements climatiques auront une incidence d’une manière extrêmement négative sur les déterminants sociaux et environnementaux de la santé, comme la nourriture, l’air et l’eau4. Il est également reconnu que les pays ayant le moins contribué

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Managing the Health effects of Climate Change, UCL Lancet Commission (2009). Climate Change 2013 : The Physical Science Basis, Intergovernmental Panel on Climate Change, Septembre 2013. 3 Pascal, M. et collab. (2010). Impacts sanitaires du changement climatique en France. Quels enjeux pour l'InVs? Institut de veille sanitaire, Saint-Maurice, France, 54 pages. 4 10 faits sur la santé et les changements climatiques, Organisation mondiale de la santé, Octobre 2012 (en ligne). 2

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aux changements climatiques en subiront les conséquences les plus importantes et auront le plus de mal à s’y adapter. Au niveau international, ce sont chaque année près de 1,2 millions de personnes qui meurent de causes liées à la pollution urbaine; 2,2 millions qui meurent suite à la diarrhée, conséquence d’un manque d’accès à l’eau potable et à des systèmes sanitaires stables; 3,5 millions qui meurent de malnutrition; et environ 60 000 qui meurent suite à des désastres naturels5. Les changements climatiques modifieront l’évolution et la distribution des maladies, principalement celles qui se transmettent par vecteurs (malaria, fièvre dengue, E. coli, salmonelle, virus du Nil occidental). Une augmentation des vagues de chaleur, particulièrement dangereuses pour les personnes âgées et celles atteintes de maladies cardio-respiratoires chroniques, est à prévoir, tout comme une diminution de la qualité de l’air ambiant et de la disponibilité en eau potable. Notons un risque accru d’événements météorologiques catastrophiques et extrêmes, menaçant les infrastructures. Aussi, les changements climatiques causeront une instabilité de la production alimentaire mondiale, modifiant les conditions optimales sous lesquelles les semences se cultivent. Selon l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE, Mars 2012), ces changements irréversibles au niveau de la dégradation de notre environnement naturel pourraient mettre en péril les acquis de deux siècles d’amélioration des niveaux de vie et engendrer une détérioration des états de santé. La Banque Mondiale affirme qu’une augmentation de température globale de quatre degrés Celsius, prévue d’ici la fin du siècle et dépassant largement le seuil de sécurité établi à deux degrés Celsius, aurait des conséquences si désastreuses qu’il devient quasi impossible d’anticiper les plans d’adaptation futurs6. Dans une perspective de long terme, les changements climatiques mettront sous pression les systèmes naturels, économiques et sociaux qui sous-tendent la santé des populations, posant un risque important sur la sécurité civile et le respect des droits humains, tels qu’énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme (1951)7. Les inégalités sociales au sein des pays et entre les pays seront également aggravées, réduisant l’équité en santé et posant une barrière à la réalisation du plein potentiel des individus des classes les moins favorisées. Au niveau canadien, les conséquences des changements climatiques seraient encore plus importantes, en raison de la grandeur et de la diversité climatique du pays8. Des effets néfastes sur l’état de santé populationnel apparaissent déjà au Québec, notamment : une diminution de la qualité et de la quantité de l’eau; une augmentation de la concentration atmosphérique des pollens; des inondations et l’érosion côtière; une défaillance des infrastructures routières et urbaines; et un stress sur le bien-être, la sécurité et la santé de la population9. Également, les changements climatiques 5

Protecting Health from Climate Change: Connecting science, policy and people, Organisation mondiale de la santé, 2009. 6 o Turn down the Heat: Why a 4 C warmer world must be avoided, World Bank, Novembre 2012. 7 Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, Organisation des Nations Unies [en ligne]. 8 L’action du Canada sur les changements climatiques, Gouvernement du Canada, Sept. 2013. 9 Savoir s’adapter aux changements climatiques. Ouranos, Montréal (Québec), 124 pages, 2010. 2


favorisent l’établissement de tiques au Québec pouvant causer la maladie de Lyme, en hausse fulgurante depuis les dernières années10. Une hausse des maladies d’origine hydrique (Giardia, cercaires, E.coli), est attendue par contamination des eaux de baignade et de l’eau de consommation.11 Par ailleurs, des recherches québécoises démontrent un lien étroit entre le niveau de pollution atmosphérique et les maladies cardiaques et respiratoires12, telles que la maladie pulmonaire chronique, l’asthme, l’infarctus, l’insuffisance cardiaque et la rhinite allergique13. Plus encore, il a été démontré que les changements climatiques allaient avoir un impact considérable sur la santé et la sécurité des travailleurs québécois14. Cinq catégories d’exposition et de dangers affecteront directement et/ou indirectement la santé et la sécurité au travail : vagues de chaleur (risque d’épuisement, choc thermique, perturbations cardiaques, pulmonaires et rénales), polluants atmosphériques (augmentation de l’incidence et exacerbation de symptômes des maladies cardiorespiratoires), rayonnements ultraviolets (développement du cancer de la peau, effets suppresseurs sur le système immunitaire), événements météorologiques extrêmes (intensification de l’asthme, augmentation des problèmes cardiaques, répercussion sur la santé mentale), maladies vectorielles transmissibles et zoonoses (encéphalites, hantavirus, virus du Nil Occidental). L’ensemble du territoire québécois est présentement touché par ces changements. Toutefois, l’impact est encore plus marqué auprès de certaines groupes de la population déjà plus vulnérables, comme : les personnes âgées, les populations autochtones, les ménages à faible revenu, les personnes ayant un faible réseau social et les personnes dont l’état de santé est précaire (maladies chroniques). De plus, le risque est augmenté pour les groupes vivant en région côtière (érosion, hausse du niveau de la mer) et dans les centres urbains (îlots de chaleur, exposition aux rayons UV, pollution atmosphérique)15. L’OMS estime qu’un environnement plus sain permettrait d’éviter chaque année près de 13 millions de morts16. Les recherches scientifiques accumulées des dernières années soutiennent que cet environnement sain, propice à un bon état de santé, peut être mis de l’avant avec une approche basée sur le développement durable. Il s’agit d’un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs17. Le développement durable s’appuie sur trois piliers : l’environnement, l’économie et la société. La santé transcende ces trois piliers et constitue un excellent indice de développement. 10

Le risque de la maladie de Lyme au Canada en relation avec les changements climatiques : évaluation des systèmes de surveillance, INSPQ, Quebec, Mars 2010. 11 Santé Canada (2008). Santé et changements climatiques : évaluation des vulnérabilités et de la capacité d'adaptation au Canada. Séguin, J. (Éd.), Santé Canada, Ottawa. 12 Planète Cœur, François Reeves, CHU Sainte-Justine et MultiMondes, 2011. 13 Ma santé : Qualité de l’air, Mon Climat, Ma Santé, INSPQ, [en ligne]. 14 Impacts des changements climatiques sur la santé et la sécurité des travailleurs, Institut de Recherche Robert-Sauvé en santé et sécurité du travail, Avril 2012. 15 Gosselin, P., Bélanger, D., Doyon, B. (2008). Les effets des changements climatiques sur la santé au Québec. Dans Santé humaine et changements climatiques : évaluation des vulnérabilités et de la capacité d'adaptation au Canada. Santé Canada, Ottawa (Ontario), 102 pages. 16 10 faits sur l’environnement et la prévention des maladies, OMS, Novembre 2010. 17 Institut international du développement durable, 2013 [en ligne]. 3


Alors que toutes les grandes instances de gouvernance internationale sont en train de redéfinir les objectifs qui feront suite aux objectifs de développement du millénaire venant à échéance en 201518, le développement durable semble être une partie clé de la solution aux grands enjeux du 21e siècle, dont les changements climatiques et les maladies non transmissibles (incluant la santé mentale)19,20. Ainsi, les changements climatiques ne peuvent plus être considérés seulement comme des enjeux environnementaux ou de développement, tout comme l’approche de développement durable doit sortir d’un cadre purement économique. Dans le but de réduire les facteurs de risques, les facteurs aggravants et les facteurs précipitants de l’instabilité climatique, une intégration de la santé de ces deux secteurs interreliés est aujourd’hui plus pertinente que jamais : il faut agir de façon à mobiliser les parties prenantes et le public général, et de façon à développer des stratégiques politiques efficaces. Plusieurs politiques durables en matière d’énergie et de production d’électricité, d’agriculture, de transport et d’environnement bâti, apporteraient chacune des réductions significatives des principaux facteurs de morbidité, comme les infections respiratoires, les maladies cardio-vasculaires et le cancer21.

Position C’est pourquoi IFMSA-Québec, de par son mandat d’améliorer la santé d’ici et d’ailleurs, lance un appel en faveur : 1. De la reconnaissance a. des changements climatiques comme la menace principale à la santé publique et mondiale du 21e siècle; b. et du développement du durable comme étant une solution stratégique positive. 2. De l’approche « santé dans toutes les politiques » dans un contexte de développement durable, notamment : a. Dans l’implantation de politiques gouvernementales et municipales reliées à la qualité de l’eau, à la qualité de l’air, au climat, à la production et sécurité alimentaires, et au développement des infrastructures urbaines et routières; b. Dans l’implantation de stratégies de développement économique durables. 3. De l’implantation d’un système mondial de plafonnement des émissions de gaz à effet de serre et du respect du Protocole de Kyoto. 4. Du respect de la résolution 66/288 « The Future we want », adoptée par l’assemblée générale de l’Organisation des Nations-Unies le 27 juillet 2012. 18

Open Working Group on Sustainable Development Goals, Organisation des Nations Unies. Voir la prise de position d’IFMSA-Québec sur les maladies non transmissibles, Avril 2013. 20 Climate Change, Noncommunicable Diseases, and Development: The Relationships and Common Policy Opportunities, S. Friel and all, Annual Review of Public Health, Novembre 2010. 21 Protecting Health from Climate Change: Connecting science, policy and people, Organisation mondiale de la santé, 2009. 19

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5. De la revue, de la mise à jour, du renforcement et de l’adoption subséquente du « Plan d’action 2006-2012 sur les changements climatiques » par le Gouvernement du Québec, incluant notamment : a. Une place centrale de la santé dans les politiques proposées; b. La réduction des émissions des gaz à effets de serre et de la consommation d’énergie, et une amélioration de la gestion des déchets des institutions publiques (dont les établissements scolaires et les centres de soins); c. La mise en place d’une taxe sur les services éco-systémiques; d. La suppression des subventions préjudiciables à l’environnement; e. La poursuite d’une politique économique nationale verte. 6. De l’intégration des changements climatiques et de ses impacts sur la santé dans le curriculum médical québécois. 7. De la nécessité d’une approche multisectorielle dans l’implantation des mesures de prévention des changements climatiques et de réduction des facteurs de risques. 8. De l’intégration de stratégies visant à réduire les inégalités sociales de santé dans les efforts de contrôle des changements climatiques et dans l’implication des politiques de développement durable ayant des effets co-bénéfiques sur la santé. C’est pourquoi, IFMSA-Québec, de par son mandat d’améliorer la santé d’ici et d’ailleurs, s’engage à : 1. Promouvoir l’organisation d’événements nationaux et locaux écoresponsables. 2. Reconnaître et promouvoir l’engagement des étudiants en médecine dans le mouvement national et international de la lutte contre les changements climatiques. 3. Favoriser l’implication des étudiants en médecine dans le processus de redéfinition des objectifs de développement mondiaux. 4. Développer et distribuer l’information concernant les enjeux de santé reliés aux changements climatiques. À propos d’IFMSA-Québec IFMSA-Québec constitue la branche internationale de la Fédération médicale étudiante du Québec (FMEQ). L’organisation a pour mission de conscientiser et de représenter les 3700 étudiants en médecine du Québec autour des enjeux sociaux, culturels et mondiaux de la santé. Par le biais de ses projets de sensibilisation, de ses programmes d’échanges internationaux et de ses prises de positions, IFMSA-Québec s’implique activement sur les scènes locale, nationale et internationale dans le but d’améliorer la santé ici et ailleurs.

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Changements climatiques et développement durable  

Prise de position présentée par Claudel P-Desrosiers (présidente). Adoptée par les membres lors de la séance d'assemblée générale ordinaire...