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Zeinab ALHASHEMI Verrerie de Saint-Just Saint-Gobain Vikram DIVECHA MTX - Broderie Architecturale Talin HAZBAR Sèvres - manufacture et musée nationaux Khalid SHAFAR Mobilier national et manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie


Le Programme culturel franco – émirien The Emirati – French Cultural Programme

Présente Presents


Préface

Foreword

Le temps révèle toute chose, il met tout en lumière.

Time reveals all, it brings everything to light.

L’exposition présentée au Louvre Abu Dhabi dans le cadre du Programme culturel franco-émirien interroge notre perception du temps.

As part of the Emirati-French Cultural Programme, this exhibition, presented at the Louvre Abu Dhabi, explores our perception of time.

Fruit de la rencontre entre artistes des Emirats arabes unis et manufactures historiques françaises, ce projet est expérimental. Intitulé Co-Lab, il s’inscrit, comme tous les autres projets de ce Programme, dans la durée de la création artistique, de la transmission de savoir-faire, de l’échange entre de jeunes et talentueux artistes des Emirats et des institutions françaises, dont la réputation s’est forgée sur plusieurs siècles.

Arising from the encounter of artists from the United Arab Emirates and French historical manufacturers, this project is experimental. Entitled “Co-Lab”, it takes part, like all the projects in this Programme, in the duration of artistic creation, the transmission of knowledge, and exchanges between young and talented Emirati artists and French institutions, whose reputation has been forged over several centuries.

Le résultat est donc unique. Chaque couple artiste/manufacture a puisé son inspiration dans l’élan créatif porté par le Louvre Abu Dhabi, dans les valeurs d’ouverture et de tolérance qu’il porte, et dans sa quête de notre humanité commune. Chaque couple a aussi tiré sa force créative dans l’histoire des Emirats, marqués par la richesse d’un passé à découvrir, notamment grâce à la recherche archéologique, et par la rapidité de sa construction récente, qui lui imprègne une métamorphose permanente. Ces rencontres ont donné naissance à quatre œuvres d’art qui tentent, chacune à sa manière, de saisir l’instant, de représenter l’attente et la standardisation du temps, d’appréhender la métamorphose du paysage et d’instaurer un dialogue entre temps et lumière. Il ne pouvait dès lors y avoir meilleur lieu pour accueillir cette exposition que le Louvre Abu Dhabi, temple de la lumière avec laquelle Jean Nouvel sait jouer à merveille. Nous remercions l’ensemble des équipes émiriennes et françaises ainsi que tous ceux qui, par leur engagement, ont permis la réalisation de cette exposition.

The result is thus unique. Each artist-manufacturer pair drew its inspiration from the creative momentum of the Louvre Abu Dhabi, its ethos of openness and tolerance, and its quest to highlight our universal humanity. The creative impetus of each pair was also drawn from the history of the United Arab Emirates, marked by the richness of a past to be discovered, notably through archaeology and history, and through the rapidity of its recent foundation, plunging it into a state of permanent metamorphosis. These encounters introduced four works of art that attempt, each in its own way, to seize the moment, to represent the anticipation and standardisation of time, to apprehend the transformation of Abu Dhabi’s landscape, and to instigate a dialogue between time and light. There is no better setting for this exhibit than the Louvre Abu Dhabi, a monument of light marvelously illuminated by the creative genius of Jean Nouvel. We thank all the Emirati and French teams, as well as all those whose strong commitment enabled the realization of this exhibition.

S.E Mohamed AL MUBARAK Président du Département pour le Tourisme et la Culture – Abou Dabi

H.E. Mohamed AL MUBARAK Chairman of the Department of Culture and Tourism – Abu Dhabi

S.E Ludovic POUILLE Ambassadeur de France auprès de l’Etat des Emirats arabes unis

H.E. Ludovic POUILLE Ambassador of France to the United Arab Emirates


Le Programme culturel franco-émirien

Emirati-French Cultural Programme

Elaboré conjointement par les autorités françaises et émiriennes, le Programme culturel franco-émirien – Dialogue avec le Louvre Abu Dhabi s’inscrit dans l’élan créatif généré par l’ouverture du Louvre Abu Dhabi. Programme artistique, de « Haute Culture », ce projet novateur est basé sur l’excellence des traditions culturelles françaises et émiriennes. A travers un ensemble de manifestations, il illustre les capacités de création et d’innovation des artistes des deux pays et vise à renforcer leur coopération culturelle. Il s’adresse au public des Emirats dans sa grande diversité.

Conceived and produced jointly by the Emirati and French authorities, the Emirati-French Cultural Programme – In dialogue with the Louvre Abu Dhabi - fully embraces the creative momentum set in motion by the opening of the Louvre Abu Dhabi. First of its kind, this artistic program is an innovative project based on the excellence of Emirati and French cultural traditions. Through a series of events, it illustrates the creative and skills of artists from both countries, aiming to strengthen their cultural cooperation.

Ce sont en tout cinq actes majeurs portés par les plus grandes institutions françaises et émiriennes qui sont présentés au public, autour de cinq disciplines artistiques : musique classique et contemporaine, théâtre, chorégraphie équestre, arts visuels et création pyrotechnique. « Inspirations Universelles », le concert inaugural, a donné le ton le 16 mars 2016 avec, en première mondiale, deux compositions originales alliant l’excellence de la création musicale des Emirats arabes unis et de la France. En novembre 2016, le projet « Co-Lab : art contemporain et savoir-faire » a été présenté à Abu Dhabi Art. Ce projet collaboratif, véritable atelier de compétences, offre l’opportunité à quatre artistes résidant aux Émirats arabes unis de vivre une expérience unique auprès de quatre manufactures historiques françaises. Après les dernières sessions de formation théâtrale du programme «Trance-Forms» à Abou Dabi et à Paris au Conservatoire national supérieur d’art dramatique, l’année 2017 a vu naître « I Am My Language - Je suis ma langue  », un spectacle rassemblant sur scène quatorze jeunes et talentueux comédiens basés aux Émirats arabes unis et constituant une première troupe nationale de théâtre émirienne. En mars 2017, pour la première fois dans le Golfe, les écuyers et les trente chevaux de l’Académie Equestre nationale du domaine de Versailles ont donné un spectacle exceptionnel chorégraphié par Bartabas, dans l’enceinte du Fort Al Jahili d’Al Aïn, classé au Patrimoine Mondial de l’UNESCO.

This programme is constituted by a total of five major acts, curated by the best Emirati and French cultural institutions and articulated around five artistic disciplines: classical and contemporary music, performing arts, equestrian choreography, visual arts and artistic pyrotechnics. “Universal Expressions”, the inaugural concert, took place on 16 March 2016, set the tone of the cultural programme vision. The concert was the world premiere of two genuine compositions seamlessly combining the excellence of the Emirati and French musical creativity. In November 2016, the project “Co-Lab: Contemporary Art and Savoir-faire” was presented during Abu Dhabi Art. This collaborative project, that focuses on true skills-workshop, offers the opportunity for four UAE-based artists to live a unique experience alongside four prestigious French manufacturers. In the field of performing arts, a theatre training programme ‘’Trance-Forms’’ was launched in September 2016 and consisted of a theatre master-class that took place in Abu Dhabi and in Paris, at the French National Conservatoire of Dramatic Art, and concluded in February 2017 with a theatre production of the play: “I am my Language - Je me suis langue”. This final performance gathered fourteen talented actors on stage, all based in the UAE. In March 2017, for the first time in the Gulf region, the Bartabas horse-riders and horses from the National Equestrian Academy of Versailles performed an exceptional choreography, inside the Jahili Fort in Al Ain, the city of the UAE first UNESCO World Heritage Site.

L’inauguration du musée du Louvre Abu Dhabi a été un temps fort de ce programme de « Haute Culture » avec le spectacle pyrotechnique et poétique de Groupe F : « Vives Réflexions ».

The pyrotechnic and poetic performance of Groupe F “Museum Reflections” was an important moment to celebrate the opening of the Louvre Abu Dhabi Museum and to highlight this bespoke programme that was inspired by the Museum itself.

Du 21 décembre 2017 au 25 mars 2018, les œuvres originales du projet « Co-Lab  : art contemporain et savoir-faire  » seront exposées au sein du Louvre Abu Dhabi, conjointement avec la première exposition temporaire « D’un Louvre à l’autre ».

From December 21th 2017 to March 25th 2018 the original artworks of the project “Co-Lab: contemporary art and savoir-faire” will be exhibited within the walls of the Louvre Abu Dhabi along with the first temporary exhibition “From One Louvre to Another”.


CO-LAB : Art contemporain & Savoir-faire

CO-LAB : Contemporary Art & Savoir-faire

« Co-Lab : art contemporain et savoir-faire » est un projet collaboratif, un atelier de compétences qui offre l’opportunité à quatre artistes résidant aux Emirats arabes unis de vivre une expérience unique auprès de quatre manufactures historiques françaises.

“Co-Lab: Contemporary Art and Savoir-faire” is a collaborative project, focusing on a cooperation between four artists living in the UAE and four well-known historical French manufacturers.

Dans la perspective d’une inspiration mutuelle, la Manufacture nationale de Sèvres a ainsi accueilli Talin Hazbar autour du travail de la céramique. La manufacture de Beauvais a quant à elle entrepris une collaboration avec Khalid Shafar, autour de l’art du tissage. La Verrerie d’art de Saint-Just s’est associée à Zeinab Alhashemi, et l’atelier MTX Broderie Architecturale s’est engagé auprès de Vikram Divecha. Les prémices de ce projet inédit, qui place la création et l’échange de compétences en son coeur, ont d’abord été présentées à l’occasion de l’édition 2016 de la Foire d’art contemporain Abu Dhabi Art. Les quatre couples artistes-manufactures étaient présents pour échanger avec le public autour de leurs coopérations naissantes. Les quatre oeuvres associent la créativité et l’inspiration des artistes avec la technique et le savoir-faire des manufactures françaises. Ces projets artistiques ont en commun une notion centrale : le temps. Un fil rouge décliné par chacun des artistes par des techniques et l’usage de matériaux variés. La céramique de Sèvres, l’art du tissage de Beauvais, les verres soufflés de Saint-Just et la technique de broderie architecturale de MTX sont retravaillés et sublimés par les esprits créatifs des quatre jeunes artistes basés aux Emirats. A travers leurs regards personnels, ils livrent des oeuvres uniques, reflétant à la fois une interpretation particulière des Emirats arabes unis tout en réinventant l’utilisation de techniques françaises historiques.

With a view to a mutual inspiration, the Manufacture Nationale de Sèvres opened its doors to Talin Hazbar to work on ceramics. The manufacturing company of Beauvais embarked upon a collaboration with Khalid Shafar, around the art of weaving. The luxury glassware firm of Saint-Just teamed up with Zeinab Alhashemi, and the MTX Broderie Architecturale engaged with Vikram Divecha. The first phase of this unique project revolving around creation and skills-trading was first presented at the 2016 edition of the contemporary art fair Abu Dhabi Art where the four artists and manufacturers exhibited their concept to engage with the general audience and explain the inspiring cooperation and skills exchange that took place between the different protagonists. The four artworks combine the artists’ creativity and artistic vision with the techniques and know-how of the French manufacturers. The four artistic projects will revolve around the central theme of ‘’Time’’. Each artist expresses this theme using different approaches and materials. The Sèvres ceramic techniques, the weaving art of Beauvais, the blown-glasses of Saint-Just and the architectural embroidery from MTX are reinterpretated and exalted by the creative minds of the four UAEbased artists with their unique artworks that reflect both an understanding of the UAE, and a reinvention of the use of historical French techniques.

Les oeuvres originales créées par ces quatre artistes et produites par les manufactures françaises, sont l’objet d’une exposition temporaire au Louvre Abu Dhabi du 21 décembre 2017 au 25 mars 2018.

The artworks created by the four artists and produced by the French manufacturers are showcased from 21 December 2017 to 25 March 2018, in a temporary exhibition at the Louvre Abu Dhabi.


Propos du commissaire d’exposition

Curatorial statement

Co-Lab est un programme offrant une plateforme d’échanges entre des artistes des Emirats arabes unis et des manufactures françaises historiques. Dernier acte du Programme culturel franco-émirien, CoLab résulte de la coopération entre le Département de la culture et du tourisme d’Abou Dabi, l’Institut français et l’Ambassade de France. Depuis deux ans, ce partenariat a permis de faire le pont entre la créativité des artistes et l’expertise des manufactures, permettant à chacun d’explorer des champs nouveaux en matière de création. Prenant appui sur les valeurs d’universalité portées par le Louvre Abu Dhabi, l’exposition est l’aboutissement d’un voyage à travers les multiples facettes du temps - qu’il s’agisse d’un moment fugace dans la ville ou du temps long propre à l’archéologie. Elle invite le public à en faire l’expérience sensorielle.

“Co-Lab” is a programme developed to provide a platform for ar-

En partenariat avec le Mobilier national et la Manufacture des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, Khalid Shafar a choisi d’aborder la thématique du temps à travers le prisme primitif et universel de la lumière. Le cycle annuel du soleil est cartographié, les lignes démarquent les heures et les évolutions de la gamme chromatique des lueurs du jour sont saisies dans une tapisserie tissée de 144 couleurs.

Working with Mobilier national et manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, Khalid Shafar contemplates time through the primitive and universal medium of sunlight. The annual cycle of the sun is mapped where each line demarcates an hour, and changes in chromatic hue and saturation throughout the day and across the seasons, captured to weave a tapestry of 144 colors.

La collaboration de Zeinab Alhashemi avec la verrerie de Saint -Just / Saint-Gobain repose sur les juxtapositions entre les activités humaines et la nature. Entre renforts d’acier et délicats morceaux de verre, nous sommes pris entre les paysages sereins de l’île de Saadiyat et les maillages rigides propres aux constructions urbaines. L’installation donne ainsi à voir une carte abstraite et agitée, qui reflète les couleurs du paysage et s’efforce de se prémunir de la marque de l’Homme.

Zeinab Alhashemi’s collaboration with Verrerie de Saint-Just Saint-Gobain explores the juxtaposition between the manmade and the natural. In between sheets of steel reinforcement and glass, one is caught between the serene landscape of Saadiyat Island and the rigid grids of construction. The installation produces an agitated abstract map shimmering with the colors of the natural landscape while trembling to maintain the progression of man.

Aux côtés de Sèvres – Manufacture et musée nationaux, Talin Hazbar sublime le savoir-faire traditionnel de la céramique et explore le thème de la sauvegarde du patrimoine culturel. Elle utilise le sable en provenance de sites archéologiques des Emirats comme support du temps, et l’associe au processus traditionnel de coulée de la porcelaine. Prenant racine dans le sol et s’élevant vers le bleu du ciel, l’œuvre de Talin Hazbar intervertit les liens entre les matériaux retraçant l’histoire de nos civilisations et ceux reflétant notre ancrage à la terre. En écho au rôle joué par l’industrie ferroviaire dans la standardisation du temps au moment de la révolution industrielle, Vikram Divecha introduit une altération dans les horaires des trains du réseau français dans le cadre de sa collaboration avec MTX – Broderie Architecturale. Inspiré du tableau de Claude Monet représentant la Gare Saint Lazare et le voyage d’un train de Paris à Rouen, Divecha interroge notre perception contemporaine du temps. Le temps, thème philosophique par excellence, est ainsi exploré à travers la vision, l’esprit et les mains des artistes et des artisans qui ont créé ensemble les quatre installations présentées dans cette exposition.

Alia Zaal LOOTAH

tists based in the UAE to collaborate with historic French manufacturers through a programme commissioned by the Department of Culture and Tourism in Abu Dhabi, the Institut français and the French Embassy. Over the course of two years, this partnership nurtured a dialogue that bridged between the artists’ creative ideas and the manufacturers’ professional expertise, encouraging both sides to experiment with novel forms of making. Drawing from the universal subjects of the Louvre Abu Dhabi as a starting point, “CoLab” presents the culmination of a journey of exploration into the multifaceted aspects of time - whether its fleeting urban moments, or its deep archaeological span - inviting a multisensory temporal experience.

Through her work with Sèvres – manufacture et musée nationaux, Talin Hazbar engages the ancient craft of ceramics and its role in cultural preservation. Sand collected from archaeological sites in the UAE is treated as a medium of time and integrated into the process of casting porcelain. Stemming from the ground and rising in blue towards the heavens, Hazbar inverts the relationship between materials that have helped us date our civilizations and make sense of our encounters with the earth. Responding to the role of railways in the standardization of time during the Industrial Revolution, Vikram Divecha introduces an intervention within the French Railway schedule as part of his collaboration with MTX – Broderie Architecturale. Through Saint-Lazare train station, a journey from Paris to Rouen is captured by Claude Monet and again by Divecha in an attempt to question our perception of time today. Time, a philosophical question, is explored through the eyes, minds, and hands of artists and craftsmen that worked together to present the four artworks of this exhibition.

Alia Zaal LOOTAH


Zeinab ALHASHEMI


Zeinab Alhashemi

Metamorphic is deeply inspired by Saadiyat Island and its colors. Mixing Saint-Just’s glass techniques and metal fabric, this artwork translates the visible interaction between organic and industrial materials, between the natural and the manufactured. Zeinab Alhashemi est née à Dubaï et y travaille aujourd’hui encore. Elle est une artiste conceptuelle et une designer spécialisée dans les installations in situ, dans l’art spatial et la sculpture publique. Expérimentant souvent de nouveaux matériaux et de nouvelles techniques, ses créations contemporaines réinterprètent les symboles et traditions de sa culture émirienne.

Zeinab Alhashemi was born and is based in Dubai. She is a conceptual artist and designer specializing in site-specific installations, spatial art and modern public sculpture. Often experimenting with new materials and techniques, she creates contemporary works that reinterpret the symbols and traditions of her Emirati culture.

Sa pratique est une exploration constante des concepts d’espace et de temps, produisant un travail interactif qui donne aux spectateurs une perspective différente de leur environnement et de son histoire. En déconstruisant et reconstruisant un matériau, elle remet au premier plan des choses qui sont trop souvent négligées.

Her practice is driven by an ongoing exploration of the concepts of space and time, producing interactive works that give viewers a different perspective on the landscape they are situated in, and the history it holds. By reconstructing and reconstructing her chosen medium, she brings to the foreground elements that would have normally been overlooked.

Alhashemi privilégie les collaborations avec différents artisans. Elle décrit son processus artistique comme un voyage avec elle, rêveuse en quête de son mirage, afin de créer une connexion entre un passé glorieux et un présent fantastique, dans lequel elle interagit avec ceux et celles qui travaillent avec elle, donnant et prenant afin de créer une nouvelle direction, un juste milieu, l’oeuvre ; une pièce qui n’est jamais répétitive et toujours exigeante.

Alhashemi also enjoys encouraging collaborations between different artisans and craftsmen. She describes her artistic process as a journey, where she plays the role of the dreamer chasing her mirage, to forge a connection between a glorious past and the magnificent present, in which she will engage with those whom work with her, giving and taking in order to create a new direction, the middle ground, the artwork; a never repetitive, always challenging piece.


Propos de l’artiste

Zeinab Alhashemi

« Métamorphique » propose une exploration abstraite de la dichotomie entre l’artificiel et le naturel. L’œuvre ouvre un espace de discussion sur l’état de notre planète, en perpétuel mouvement et en constante transformation. Les interventions humaines et les évolutions environnementales qui en découlent modifient durablement les géographies, selon des rythmes variés, pour les décennies et les millénaires à venir. L’œuvre de Zeinab est composée d’une trame grillagée dans laquelle sont enfermés des carrés de verre. Elle offre une vision déstructurée de notre géographie, différente de celle que nous connaissons par les images satellitaires. L’attention est portée sur l’île de Saadiyat, un environnement reclus pendant des centaines d’années et qui connait aujourd’hui une urbanisation rapide. La topographie de Saadiyat Island contraste avec la côte d’Abou Dabi et ses nuances de bleus cristallins qui se mélangent avec le rivage nacré. Les images satellitaires bidimensionnelles scintillent et se mélangent à mesure que les carrés de verre se transforment en un cube tridimensionnel. Tout comme l’Homme règne artificiellement sur la nature, ce paysage en cube est maintenu par un assemblage technique, un maillage de métal. L’installation est composée de huit strates de métal renforcées et de verre teinté. Les couleurs des différentes strates de verre sont soigneusement sélectionnées et reflètent la topographie, les sols et les eaux de l’île de Saadiyat. Cette île offre au Louvre Abu Dhabi un écrin exceptionnel, bercé par les eaux tranquilles et cristallines du littoral. Ainsi, « Métamorphique », cube silencieux, scintille tandis que l’on évolue autour de son maillage de métal et de son damier épars de verre teinté. Tout comme les illusions peuvent se défaire sous l’action du temps, les régions qui nous sont familières peuvent nous devenir étrangères si l’on occulte l’action que l’homme peut avoir sur son environnement.

Au début de ce projet, alors que Zeinab Alhashemi conduisait pour la première fois jusqu’au Louvre Abu Dhabi, elle fut frappée par les couleurs de l’île de Saadiyat et par la mer s’étendant à perte de vue. Avec ses nuances de bleu cristallin et ses vertes mangroves, cette île se distingue de toutes les autres à travers les Emirats. En travaillant étroitement avec les talentueux souffleurs de la verrerie de Saint-Just / Saint-Gobain qui créent des nuances quasi-infinies de couleurs, Zeinab Alhashemi a su retranscrire les couleurs uniques de l’île de Saadiyat. Le verre en est le parfait medium.


Artist statement

Zeinab Alhashemi

“Metamorphic” is an exploration in abstraction, of the al-

lusive play and dichotomy between the manmade and the natural. It is a deliberation on the state of our planet - in flux, undergoing constant transformation. Due to environmental changes and human interference, geographies are in constant shift, taking place over diverse paces through the years, decades and millennia. The work employs a composition of the grids and squares. It is a deconstruction of the digitized view of our geography as we have come to know it through satellite images. The focus is on Saadiyat Island, a geography reclusive for centuries, now witnessing swift manufactured changes. The topography of Saadiyat Island contrasts with the Abu Dhabi coastline with its pristine teal shades of blue that blend with its pearly white shore. The two-dimensional satellite images in turn shimmer and blend as the flat squares of glass morph into a three-dimensional cube. Just as man artificially reigns in nature for his own devices, this cubed landscape is held together with an engineered internal assemblage of metal mesh. The construction is made of eight layers of reinforced metal and stained glass. The different layers of stained glass are of colors carefully selected to the specific topography, land and waters of Saadiyat Island. This island offers the Louvre Abu Dhabi its seaside abode of tranquil shimmering waters. Likewise “Metamorphic”, a silent cube shimmers as we pace around its metal mesh and scattered squares of colored glass. Like illusive primordial reverberations unbound by time, familiar geographies will become unfamiliar after time, and lest we forget our human contribution to nature’s shifting landscape.

At the beginning of this project when Zeinab Alashemi first drove to the Louvre Abu Dhabi she was struck by the colors of Saadiyat Island, its waters that seep into the horizon. Its pristine shades of blue sea and green mangroves dotting the perimeter of the island, it is not like any other of the seven Emirates. After working closely with the wonderfully skilled glassblowers of Verrerie de Saint Just / Saint-Gobain who were creating practically infinite shades of color, Zeinab Alashemi was able to mirror the colors of the Saadiyat Island. The idea was perfect for this glass medium.


Streaky glass molten ball held by glass blower ŠPhilippe ValÊry


VERRERIE DE SAINT-JUST | SAINT-GOBAIN

La Verrerie de Saint-Just voit le jour en 1826 par ordonnance royale de Charles X. En 1865, Mathias André Pelletier, le nouveau propriétaire de la Verrerie de la Loire et grand coloriste issu d’une famille de verriers, cesse la fabrication de bouteilles pour se spécialiser dans le verre de couleur soufflé à la bouche. La Verrerie devient dès le XIXe siècle la référence pour les créations et les restaurations de vitraux de cathédrales et de châteaux en Europe, tout en exportant une grande partie de sa production sur plusieurs continents. En 1921, la Verrerie s’associe au groupe Saint-Gobain. Le savoir-faire unique de l’art du verre soufflé est préservé. La Verrerie a travaillé avec les plus grands maîtres-verriers et artistes ayant réalisé des vitraux, tels que ceux de Marc Chagall à Reims, Zurich, Jérusalem, ou New York, Fernand Léger à Caracas, Matisse à Vence, Rouault, Braque, Foujita, Miró. Des architectes, designers et artistes contemporains de renommée mondiale, comme Philippe Starck, Peter Marino ou Alessandro De Santillana ont également utilisé les verres de couleur Saint-Just au service de leurs plus belles créations, par exemple le Showroom Baccarat à Paris, la boutique Louis Vuitton à Shanghai et des œuvres en verres soufflés décoratives dans des résidences privées. Saint-Just a aujourd’hui à cœur de perpétuer ce savoir-faire français en s’associant avec des designers, créateurs, architectes et décorateurs qui savent sublimer cette matière si unique.

The Glassworks at Saint-Just was founded in 1826 by Royal Order of Charles X, King of France. The Glassworks at SaintJust reached a significant turning point in 1865 when Mathias André Pelletier, the new owner and famous glass craftsman, decided to concentrate production on coloured window glass production, rather than making bottles and ware. In 1921, Saint-Gobain, the leading glass producer in Europe, became interested by the technical knowledge of Saint-Just, so both firms decided to join forces. It was not until 1961 that Saint-Gobain proceeded with a full takeover of manufacturing. Gradually, between the 19th and 20th Century, the Glassworks became a renowned reference in terms of ecclesiastical and secular stained glass creation and restoration throughout Europe. Saint-Just has worked with the greatest glassmakers and artists that have created Europe’s finest stained glass such as Marc Chagall in Reims, Zurich, Jerusalem and New York, Matisse in Vence, Fernand Léger in Caracas, Braque, Rouault, Foujita, Miró and many more. Internationally famous modern artists/ designers like Philippe Starck, Peter Marino and Alessandro De Santillana have also used Saint-Just coloured glass, for instance when creating the Baccarat Showroom in Paris, the Louis Vuitton shop in Shanghai and several creations in mouth blown glass for privet residences. Today, Saint-Just do wants to immortalize this French know-how by associating with artists, designers, architects who will sublimate its unique material.


Vikram DIVECHA


Vikram Divecha

Train to Rouen is an abstract artwork raising questions on how railway industry contributed to time structure and to our understanding and consumption of time. As a tribute to Claude Monet, this artwork was made using MTX’s unique techniques. Vikram Divecha (1977, Beyrouth) est un artiste ayant grandi à Mumbai et désormais basé à Dubaï. Sa pratique s’articule autour du travail, du temps et de la création de valeur. Elle s’est développée autour de ce qu’il appelle les « processus trouvés » - soit les forces à l’oeuvre dans les sphères étatiques, sociales, économiques et industrielles. En intervenant directement sur ces processus, Vikram Divecha introduit des « bugs » ou réaligne un système, générant ainsi un résultat altéré, amplifié. Négociant constamment pour utiliser le matériel, l’espace et la main d’oeuvre existants, il navigue entre les communautés pour approfondir le dialogue avec les participants potentiels. Recontextualiser le flux et reflux de marchandises dans un entrepôt, recomposer les compositions de jardiniers municipaux ou superviser la transposition d’un contexte en déracinant les briques d’un arrêt de bus pour les re-disposer ailleurs, telles sont les situations qu’il crée par une pratique impliquée dans la dynamique sociale de l’espace urbain actuel. Ses engagements se traduisent en art public, installations sculpturales, vidéos et dessins.

Vikram Divecha (born 1977, Beirut) is a Mumbai-bred artist based in Dubai, UAE. His work addresses labour, time and value. His practice has developed around what he calls “found processes”— those forces at work within state, social, economic and industrial spheres. Intervening directly on these processes, Divecha introduces “glitches” or realigns a system, generating an altered, amplified outcome. Constantly negotiating for existing material, space and labour, he navigates communities in deepening dialogues with potential participants. By aligning himself to the system, Divecha adapts his strategies as the project itself evolves. Re-contextualizing the ebb and flow of goods through a warehouse, re-framing agency among municipal gardeners, and superintending the re-generation of context as uprooted bricks from a bus stop are re-laid elsewhere—such are the situations created across a practice invested in the social dynamics of actual urban space. His engagements translate into public art, sculptural installations, video and drawings.


Propos de l’artiste Train pour Rouen, 2017

Vikram Divecha

Gare Saint-Lazare, Paris (05 :00min de retard) ; installation montée sur mur (6m x 1.7m x 0.4m) ; vidéo monocanale (06 :45min) Pour sa commande, Vikram Divecha introduit une altération dans le programme ferroviaire français, en retardant un train (avec le soutien de la SNCF, Société nationale des chemins de fer français). Le train n°13107 (de Paris à Rouen) prévu pour un départ de la Gare Saint-Lazare le 4 octobre 2017 à 12h19 a été retardé de 5 minutes, le départ final étant à 12h24. Une syncope de minute dans le système, ce retard est un geste artistique qui interroge notre relation au temps, à la lumière et à l’industrie ferroviaire tout en initiant une conversation avec le tableau « La Gare Saint-Lazare » (1877) de Monet, exposé au Louvre Abu Dhabi. La propagation des chemins de fer au 19ème siècle était un instrument de structuration du temps. Jusqu’à lors, dans la France métropolitaine, chaque ville conservait un temps local solaire (mesuré à l’aide d’un cadran solaire). La différence entre le temps local de chaque ville était considérable (par exemple, lorsqu’il était 12h à Paris, il était environ 11h51 au Havre et 12h12 à Marseille). Le caractère non-uniforme du temps local demandait alors d’afficher deux horloges en gare (montrant le temps ferroviaire et le temps solaire local), et des emplois du temps complexes pour les passagers. Au fur et à mesure que s’étendait le réseau de chemins de fer, l’industrie ferroviaire commençait à standardiser le temps pour une organisation temporelle efficace. L’année 1891 a été celle de deux introductions cruciales. Premièrement, le temps de Paris a été adopté comme temps standard national. Toutes les villes françaises ont ainsi été contraintes d’ajuster leurs gares au temps de Paris, afin de pouvoir coordonner les chemins de fer. Des cycles naturels, le temps est depuis dicté par les cycles du commerce affirmant ainsi la centralité de Paris. Simultanément, en 1891, les chemins de fer français ont commencé à lancer des trains programmés avec 5 minutes de retard. Ce retard était introduit à l’avantage des voyageurs non-ponctuels, et est resté en vigueur jusqu’en 1911. L’élimination de ce retard illustre notre relation moderne avec le temps, agissant comme synchronisateur de l’homme, de la machine et de l’horloge, accentuant l’interdépendance entre le temps et la valeur. Curieusement, à la fin du 19ème siècle, Monet a aussi envisagé de retarder un train alors qu’il développait la Gare Saint-Lazare comme sujet. Il souhaitait retarder un train pour Rouen d’une demi-heure, car la lumière aurait été meilleure pour créer sa peinture en plein air. La relation de Monet avec la lumière naturelle était employée de manière paradoxale dans ses œuvres, pour célébrer la modernité et les chemins de fer (qui diviseraient ensuite notre relation avec la lumière).

Le retard de 5 minutes du « Train pour Rouen » ranime un processus ferroviaire obsolète pour comprendre comment nous consommons le temps aujourd’hui, tout en rendant hommage à Monet. Geste éphémère, le retard était enregistré visuellement sur le « graphique d’occupation du trafic », produit quotidiennement, ce document ferroviaire interne est un graphique chronologique de 24 heures qui marque le temps d’attente des trains sur plusieurs plateformes de la Gare Saint-Lazare, gare de terminus. Un extrait de ce document (ressemblant à une tablature musicale abstraite) est traduite en une œuvre grand-format par l’équipe de MTX – Broderie Architecturale et Vikram Divecha. De larges rubans horizontaux aux couleurs alternées représentent 5 heures de la chronologie (10h – 15h) ; les cordes verticales attachées de manière équidistantes divisent l’œuvre en minutes ; les lattes dans chaque intervalle représentent 12 plateformes. Des rubans étroits espacés à travers l’œuvre indiquent l’attente du train ; l’extrémité gauche marque le temps d’arrivée, la droite le temps de départ. Lorsqu’un ruban étroit bleu est de la même longueur que le ruban blanc situé en-dessous de la latte, cela signifie que le train a roulé en temps prévu. Toutefois, lorsque le ruban blanc est plus long, on peut déduire un retard. Formellement, la tension entre la cage comme structure architecturale et les rubans enroulés illustre la dichotomie entre le temps structuré et le temps fluide : ce modèle esthétique est issu de « La Gare Saint-Lazare » (1877), où la collision entre la grille de la toiture et la fumée flottante signale la relation tendue entre le non-organique et l’organique, le statique et le mouvant. En outre, l’extension horizontale des rubans illustre la notion du temps comme continuum infini, alors que les cordes verticales interstitielles représentent le paradoxe de la division du temps en instances. La captation vidéo du train retardé, une référence à la composition de Monet, montre davantage encore le retard. « Train pour Rouen » (2017) rappelle une période où le temps était encore compris avec un degré de malléabilité, comme quelque chose d’inclusif. En revanche, aujourd’hui, notre condition contemporaine (et ses attentes) nous poussent à comprendre le temps à travers l’anticipation, l’anxiété et les stipulations. En sautant un rythme, ce retard de 5 minutes est un geste symbolique qui résiste à la compréhension du capitalisme comme pression, et du temps comme contrainte.


Artist statement

Vikram Divecha

Train to Rouen, 2017 Gare Saint-Lazare, Paris (05:00min delay); wall-mounted installation (6m x 1.7m x 0.4m); single-channel video (06:45min) For his commission, Vikram Divecha introduces an alteration in the French Railway schedule, by delaying a train (with the support of SNCF, the French National Railway Corporation). Train No.13107 (Paris to Rouen) scheduled to depart from Gare Saint-Lazare on 4th October, 2017 at 12:19PM, was delayed by 5 minutes—departing at 12:24PM, instead. A minute ripple in the system, this delay is an artistic gesture that questions our relationship with time, light and the railway industry, while initiating a conversation with Monet’s “The Gare Saint-Lazare” (1877), displayed at the Louvre Abu Dhabi. The 19th century spread of railways was instrumental in structuring time. Until then, in Metropolitan France, each town maintained local solar time (measured with a sundial). The difference between individual towns’ local times was considerable (e.g. when it was 12:00PM in Paris, it was about 11:51AM in Le Havre, and 12:12PM in Marseille). Non-uniform local time demanded dual clocks at stations (showing railway time and local solar time), and complex timetables for passengers. As railroad networks expanded, the railway industry began to standardize time for effective scheduling. The year 1891 saw two crucial introductions. Firstly, Paris Mean Time was adopted as the Standard National Time. All French towns were ordered to adjust their station clocks to Paris Mean Time to coordinate the railways. From the cycles of nature, time was now dictated by the cycles of commerce, further establishing the centrality of Paris. Simultaneously, in 1891, the French Railways began running trains 5-minutes behind scheduled time. This delay was introduced for the benefit of non-punctual travelers, remaining in effect until 1911. The elimination of this delay illustrates our relationship with modern time, as it aligned man, machine and clock, emphasizing the interdependence between time and value. Curiously, in the late 1800s, Monet had also considered delaying a train, while developing Gare Saint-Lazare as his subject. He desired to delay a train to Rouen by half an hour, since the light would be better to create his plein air painting. Monet’s relationship with natural light was paradoxically employed in his paintings, to celebrate modernity and the railways (that would fracture our relationship with light).

The 5-minute delay that triggers “Train to Rouen” (2017) revives an obsolete railway process to understand how we consume time today, while paying homage to Monet. An ephemeral gesture, the delay was visually registered on the “traffic occupation chart” - produced daily, this internal railway document is a 24-hour graphic timeline, marking the waiting time of trains at the various platforms at the Gare Saint-Lazare, a terminal station. An extract from this document (resembling an abstract musical score) is translated into a large-scale artwork by the MTX – Broderie Architecturale team and Vikram Divecha. Broad ribbons running horizontally in alternating colors represent 5 hours from the timeline (10AM – 3PM); vertical ropes fastened equidistantly divide the artwork into minutes; slats running in between represent 12 platforms. Narrow ribbons interspaced across the artwork indicate a waiting train; the left end marks arrival time, the right, departure time. When a narrow blue ribbon is of similar length as the corresponding white ribbon below the slat, it denotes the train ran as per schedule. However, when the white ribbon is lengthier, one can deduce a delay. Formally, the tension between the cage like architectural structure and the twisting ribbons illustrates the dichotomy between structured time and fluid time: this aesthetic scheme is informed by “The Gare Saint-Lazare” (1877), where the collision of the roof grid and billowing smoke signals the fraught relationship between the inorganic and organic, the static and non-static. Additionally, the horizontally extending ribbons illustrate the notion of time as an infinite continuum, while the interspersed vertical ropes represent the paradox of dividing time into instances. Video footage of the delayed train, referencing Monet’s composition, further evidences the delay. “Train to Rouen” (2017) recalls a period when time was still

understood with a degree of malleability, as being inclusive. In turn, today, our contemporary condition (and its expectations) urges us to comprehend time through anticipation, anxiety and stipulations. Skipping a beat, this 5-minute delay is a symbolic gesture that resists understanding capitalism as pressure, and time as constraint.


©Véronique Mati


MTX – BRODERIE ARCHITECTURALE

MTX Broderie Architecturale libère la broderie de son support traditionnel et la déplace dans le champ de l’architecture intérieure.

MTX Architectural Embroidery emancipates embroidery from its traditional support and spreads it in the space of interior architecture.

Le Studio MTX invente sur mesure, à la demande d’architectes d’intérieur, décorateurs et designers, des surfaces et des textures inédites, s’appuyant sur son savoir-faire patrimonial pour donner naissance aux créations les plus contemporaines.

At the request of interior decorators and designers, MTX Studio invents tailor-made surfaces and textures, integrating its patrimonial savoir-faire in the most contemporary designs.

Les créations s’intègrent alors à l’échelle du mobilier ou se déploient à celle de l’architecture : un paravent qui met en tension l’or et la soie, une micro-architecture de feutre et de verre, ou encore une série de claustras qui ne semblent être composés que d’éclats et de lumière. Sous l’impulsion de Mathieu Bassée, Directeur du développement, l’équipe de brodeurs et d’ingénieurs font encore bouger les lignes de la tradition et développent des projets singuliers et innovants en France et à l’international. Le Studio MTX créé en 2013, fait partie de l’Atelier de Broderie Montex, fondé en 1939. L’Atelier Montex a rejoint les Maisons d’Art de CHANEL en 2011.

These creations can be embedded in furniture pieces or deployed at the architectural scale: a screen that highlights the tense interaction between gold and silk, a micro-architecture of felt and glass, or yet a series of trellises that seem to be made out of nothing but sparkles and light. At the initiative of Mathieu Bassée, Development Director, the teams of embroiderers and engineers are once again shifting the lines of tradition and are developing unique and innovative projects in France and abroad. Studio MTX was established in 2013, and is part of the Montex embroidery workshop founded in 1939. The Atelier Montex joined the CHANEL Houses of Art in 2011.


Talin HAZBAR


Talin Hazbar Transient connects the way time is perceived to the way time is valued. Using the sand of three different locations in the UAE and Sèvres’ porcelain techniques, Transient marries those two materials in a reversed relationship. The artwork questions, on a wider scale, our relation to history, memory and the understanding of time.

Talin Hazbar est née en 1988 à Alep en Syrie, et a passé son enfance à Charjah aux Emirats arabes unis. Elle vit et travaille aujourd’hui aux Emirats. Titulaire d’une licence en architecture de l’American University of Sharjah, Talin allie l’art et le design. Elle souligne l’importance de travailler avec des systèmes naturels, révélant ainsi le processus, et expérimentant avec des matériaux afin de comprendre leur comportement. Le but de Talin est de créer diverses réalités. En travaillant de façon étroite avec les matériaux, elle soulève certaines questions et crée de nouveaux liens avec les espaces. Elle souhaite immerger les spectateurs dans une immensité temporelle et physique. Dans ses travaux, le transitoire est défini par la création de structures qui permettent un développement contrôlé, encadré par des paramètres bien définis, mais avec l’idée de toujours laisser exister des moments d’imprévisibilité. Ces créations semblent alors intemporelles, des artéfacts d’un future ou d’un présent ambigu qui questionnent notre notion du temps.

Talin Hazbar was born in 1988 in Aleppo, Syria and raised in Sharjah, in the United Arab Emirates. She lives and works today across the United Arab Emirates. Along her Bachelor of Archictecture from the American University of Sharjah, Talin bridges art and design through her work. Hazbar’s tries to accentuate the importance of designing within natural systems, revealing processes, experimenting with materials to understand the behaviour, and recall structures. Talin’s aim is to create diverse realities. Working closely with materials raises questions, creates new relationships with spaces. Her aim is to immerse the viewers in a temporal and physical vastness. In her work, transitory is defined through creating structures that allow for growth within certain set of parameters where we control and predict its growth but always allow for unpredictable moments to exist. Those creations seem timeless, artifacts of an ambiguous future or present that question our notions of time.


Propos de l’artiste

Talin Hazbar

Transitoire : un bref séjour, 2017 Structure principale (3m x 0.5m x 0.5m), 6 structures (dimensions variables) 25°16’54.17»N:55°52’38.14»E 25° 7’49.74»N:55°51’46.85»E 24° 2’45.83»N:55°47’59.16»E. Ces nombres sont les coordonnées des sites archéologiques dans lesquels Talin Hazbar s’est immergée, récoltant du sable et questionnant la fragilité des paysages à travers le temps. Talin Hazbar a toujours été intéressée par le déchiffrage et la compréhension des objets découverts lors de fouilles archéologiques. Lors de leur mise au jour, ces objets sont-ils considérés comme un moment figé dans le temps ? Le temps meurt-il à un moment spécifique, ou bien s’étend-il pour prendre différentes formes ? Ce sont ces questions que Talin Hazbar souhaitait explorer dans ses recherches pour « Transitoire : un bref séjour ». L’archéologie, en tant que pratique contemporaine, est considérée comme une opération de sauvetage. Conduite par la peur de la perte ou la curiosité d’en savoir plus, autant qu’un mode de recherche, l’archéologie aide à fragmenter le temps aussi bien qu’il le restaure. Dans « Transitoire », Talin Hazbar a utilisé des grains de sable de trois différents sites archéologiques qui ont récemment été fouillés par des archéologues, changeant ainsi rapidement le statut de ces territoires. Les sables extraits ont ensuite été passés au crible par différentes études de leur culture, nature, vallée et fugacité. Ces études ont été effectuées en collaboration avec la Manufacture de Sèvres, dans ses ateliers. Outre le traitement des sables extraits comme médium du temps, les études ont exploré le mariage du sable et de la porcelaine à travers différents processus de tour de potier, de sculpture et de moulage. De tous temps, les céramiques, et particulièrement la porcelaine, ont été utilisées comme moyen de préservation. Elles ont souvent véhiculé des images culturelles fortes de moments historiques à différentes périodes, enrichissant ainsi ce matériau d’une valeur culturelle. Cette pratique s’est illustrée à Sèvres sous la direction administrative d’Alexandre Brogniart (1770-1847), qui a commencé le processus d’extraction des figures et images peintes sur les chefs d’œuvre pour les intégrer à des sculptures de porcelaine en trois dimensions. Les travaux de porcelaine gardent ainsi vivante la mémoire de

ces mythes. Le nouveau matériau, et nouvel état physique de ces images historiques leur ont conféré le pouvoir d’occuper l’espace, et de glorifier les sujets peints dans les œuvres originales. Le processus était considéré comme un acte de préservation, car les peintures semblaient délicates et sensibles au processus de décomposition naturelle à travers le temps. « Transitoire » explore les matériaux et les notions de voyage entre deux points. Aux ateliers de Sèvres, les études ont commencé par l’introduction du sable dans diverses formes typiques de la Manufacture de Sèvres au 18ème siècle. Le sable a été introduit dans le processus de fabrication en plusieurs étapes : le mélange, la formation du corps, la cuisson en biscuit, le vernissage et la cuisson à différentes températures. Chaque expérience a produit différents résultats où le sable (matériau invité) a été enfermé dans la porcelaine (matériau hôte) de façon permanente. Sur les sols locaux, aux Emirats arabes unis, le sable agit comme matériau hôte où il a enfermé des porcelaines de Sèvres (matériau invité) pendant l’étape de cuisson en biscuit suivant les techniques traditionnelles comme le coulage et l’empilement de blocs. Dans les deux cas, le matériau invité est préservé dans l’enceinte du matériau hôte pour refléter notre environnement hyper-évolutif et ses fortes connexions mondiales. « Transitoire » prend une forme linéaire, illustrant ainsi un commencement et une fin non-définie pour refléter notre compréhension du temps et de l’échange culturel. La forme de la colonne, et sa localisation donne au visiteur la possibilité de distinguer soit une construction lente, soit une détérioration rapide. Les pièces incrustées intègrent une nuance de bleu qui a toujours revêtu une importance historique. Cette nuance a beaucoup voyagé grâce au commerce, et est devenue un pigment traditionnel, aux représentations variées à travers différentes civilisations  : de la couleur de la divinité à celle du ciel, de la nature à la couleur de la royauté, ce bleu a survécu à travers les âges. L’œuvre vise à exposer la nature et l’archéologie, où l’existence et la disparition, la construction et la détérioration peuvent être vues de manière simultanée et à niveau égal. A travers cette pièce, Talin Hazbar illustre la relation nomade entre les matériaux. « Transitoire » connecte la façon dont nous percevons le temps et la manière de le valoriser en superposant formes et matériaux hors-contexte, comme des extraits de nouveaux royaumes. Le processus et la narration sous-jacente à « Transitoire : un bref séjour » soulève des questions sur l’éphémère et la valeur.


Artist statement

Talin Hazbar

Transient: A Brief Stay, 2017 Main structure (3m x 0.5m x 0.5m), 6 structures (dimensions variable). 25°16’54.17»N:55°52’38.14»E 25° 7’49.74»N:55°51’46.85»E 24° 2’45.83»N:55°47’59.16»E. These are coordinates of archaeological sites in the UAE that Talin Hazbar immersed herself in, collecting sand and questioning the fragility of landscapes through time. Talin Hazbar has always been interested in deciphering and understanding found artifacts from archaeological dig. When unearthed, do we consider what is found at an archaeological dig a frozen moment of time? Does time die at that specific moment or extend beyond to take different forms? These are some questions that Talin Hazbar had in mind while researching for “Transient: A Brief Stay”. Archaeology as a contemporary practice is considered an act of rescuing. Driven by the fear of loss or the curiosity to know more, as a mode of research, archaeology helps to fragment time, as much as restore it. In “Transient”, Talin Hazbar took grains of sand from three different sites in the UAE that have recently been activated by archaeologists and have undergone rapid changes in status. The sand extractions have then been incorporated in several studies on culture, nature, vale and impermanence. These studies took place and were in collaboration with Manufacture de Sèvres. In addition to treating the sand extractions as time mediums, the studies explored the marriage of sand and porcelain through different processes of wheel throwing, casting and sculpture. Throughout history, ceramics, and porcelain in particular, have been used as a medium of preservation. They often carried important cultural images from historic moments in different time periods, enriching the material with cultural value. This mode was exemplified at Sèvres during the administration of Alexandre Brogniart (1770–1847), who began a process of extracting figures and images from painted masterpieces and casting them in three-dimensional porcelain sculptures. The porcelain works kept the memory of these mythologies alive. The new material and physical state of these historic images gave them the power to occupy space and glorify the subject depicted in the original paintings.

The process was considered an act of preservation as paintings seemed delicate and prone to the natural decaying processes over time. “Transient” explores materials and the notion of travel between two points. At the Sèvres studios, the studies began with introducing sand to various classic Sèvres shapes from the 18th century. Sand interfered in the process of making a porcelain vessel at various stages; mixing, forming the body, bisque-firing, glazing and firing at various temperatures, each experiment produced different results where sand (a visitor material) was encapsulated in porcelain (a host material) permanently. On local grounds, here in the UAE, sand acted as the host material where it encapsulated Sèvres porcelain forms (visiting material) at a Bisque-fired stage in traditional techniques such as block casting and stacking. In both cases, the visiting material was preserved within the host material to reflect our hyper-evolving environment and its strong global connections. “Transient” takes a linear form that illustrates a beginning with an undefined end to reflect our understanding of time and cultural exchange. The form of the column and its location lends the viewer the chance to witness a slow build up or a rapid deterioration. The embedded pieces incorporate a shade of blue that has always been important historically. It has travelled with trade and became a traditional pigment not only in porcelain production but across ceramic traditions. The blue pigment signified different meanings through different civilizations from the color of divinity, sky, nature to the color of royalty looking at its capacity at sustaining time. The piece aims to put nature and archaeology on display, where existence and disappearance, building and deterioration can be viewed simultaneously and at the same level. Through this piece, Hazbar illustrates a nomadic relationship between materials. “Transient” connects the way we perceive time and how we value it by staging forms and materials out of context as extractions within new realms. The process and storyline of “Transient: A Brief Stay” instigate questions on impermanence and value.


25¡16'54 .17"N:55¡52'38.14"E 25¡ 7'49. 74"N:55¡51'46.85"E 24¡ 2'45.83"N:55¡47'59.16"


©Throwing workshop – Manufacture de Sèvres


SEVRES – MANUFACTURE ET MUSEE NATIONAUX

Depuis 1740, la Manufacture de Sèvres n’a de cesse d’encourager les artistes à créer des objets d’art en porcelaine. Les techniques traditionnelles de fabrication ont été mises au service de l’innovation, pour améliorer les formes existantes et en créer de nouvelles. La porcelaine devient ainsi un moyen d’expression de haute facture artistique. Les compétences et les savoir-faire des artisans d’hier se sont transmis de génération en génération, pour constituer aujourd’hui un ensemble cohérent unique. Sèvres puise également sa force dans l’excellence de ses matériaux, fabriqués in situ selon des techniques ancestrales préservées avec le plus grand soin. Exception, création et audace sont les trois valeurs essentielles de cette prestigieuse institution qui se renouvelle en permanence. Royale d’abord, impériale ensuite et aujourd’hui nationale, Sèvres a toujours privilégié les collaborations artistiques. Parmi les premiers artistes que l’on associe à Sèvres figurent l’orfèvre Jean-Claude Duplessis, le sculpteur Etienne-Maurice Falconet ou encore le peintre François Boucher. Dès le XVIIIe siècle, ils ont contribué à définir l’identité propre de la production de la porcelaine de Sèvres. Depuis lors, des centaines de peintres, sculpteurs, céramistes, stylistes, architectes... ont suivi leur exemple et ont créé d’étonnantes et précieuses œuvres d’art dans les ateliers de la Manufacture : de Jacques Emile Ruhlmann à Jean Arp dans les années 50 et jusqu’à plus récemment Arman, Louise Bourgeois, Michelle de Lucchi, Zao Wou-Ki, Chu Teh-Chun, Pierre Soulages, Betty Woodman, Johan Creten, Barthélémy Toguo, Lee Ufan et Giuseppe Penone.

Since 1740, the Manufacture de Sèvres has always encouraged the production and distribution of works in ceramic. Traditional manufacturing techniques have been in the service of innovation, to improve the existing forms and create new ones. Porcelain becomes a medium of high artistic craftsmanship expression. These ancient crafts are transmitted from one generation to the next: they have today become unique. Sèvres also thrives on the excellence of its materials, which are made in situ, an ancestral savoir-faire meticulously preserved down through the centuries. Exception, creation and boldness are the three core values of this prestigious institution that never ceases to renew itself. Royal first, then imperial and today national, Sèvres has always cultivated artistic collaborations. Among the first artists to be associated with Sèvres were the silversmith Jean-Claude Duplessis, the sculptor Etienne-Maurice Falconet and the painter, François Boucher. They were invited by Louis XV to participate in defining the identity of Sèvres’ production. Hundreds of artists (painters, sculptors, ceramists, designers, architects, etc) have followed in their footsteps and created some marvellous works of art in the manufacture’s workshops: from Jacques Emile Ruhlmann to Jean Arp in the 50’s to, more recently, Arman, Louise Bourgeois, Michelle de Lucchi, Zao Wou-Ki, Chu TehChun, Pierre Soulages, Betty Woodman, Johan Creten, Barthélémy Toguo, Lee Ufan and Giuseppe Penone.


Khalid SHAFAR


Khalid Shafar

Woven Year is a tapestry that explores the relationship between time and color, and how we transit with colors through time. Using 144 unique colors from the library of Gobelins, Woven Year aims to set a new methodology of calculating and translating hours, days and years by colors. Khalid Shafar est né en 1980 à Dubaï, aux Emirats arabes unis. Diplômé de l’American University de Dubaï, Khalid travaille dans le marketing pendant près de sept ans. En 2005, il se dirige vers des études de Beaux-Arts et de Design intérieur et choisit, à la fin de l’année 2009, de se consacrer à sa passion, le design. Il se spécialise dans l’ameublement et le design d’objets, d’abord à Londres au Central Saint Martins College of Art and Design, puis à Nelson en Nouvelle-Zélande au sein du Center for Fine Woodworking.

Khalid Shafar was born in 1980 in Dubai, United Arab Emirates. As a business graduate of the American University in Dubai Khalid worked in marketing for almost seven years. In 2005 Khalid completed a degree in Fine Arts in Interior Design and by the end of 2009 had decided to follow his passion for design. Khalid studied and specialized in furniture & objects design, first at Central Saint Martins College of Art and Design in London, UK, then at the Centre for Fine Woodworking in Nelson, New Zealand.

En 2011, Khalid ouvre son propre studio à Dubaï, et inaugure en 2012 son premier espace d’exposition, « KASA ».

In 2011 Khalid opened his own studio in Dubai and in November 2012, he inaugurated his first showcase space “KASA”.

Parmi ses nombreuses collaborations internationales, on peut noter celle avec le duo brésilien des Frères Campana pour une installation à Abu Dhabi Art 2010. Il a également travaillé avec l’ébéniste français Moissonnier, avec le leader de l’industrie du tapis Tai Ping, avec l’American Hardwood Export Council, avec les entreprises de design Kartell, COS, et d’autres pour des éditions limitées.

Among his notable international collaborations, Khalid collaborated with the Brazilian duo Campana Brothers on an installation for Abu Dhabi Art 2010. He also collaborated with the historical French cabinetmaker Moissonnier, with the carpet industry leader Tai Ping, with the American Hardwood Export Council – AHEC, with the design brands Kartell, COS, and many more on special limited edition releases.


Propos de l’artiste

Khalid Shafar

Chromachron, 2017 L’expérience humaine ne résulte pas que d’elle-même. Notre expérience du monde est un flux constant, par l’écoulement du temps, par l’évolution de l’environnement, par l’oscillation régulière de la lumière du jour et de la nuit ; notre perception du temps est altérée physiquement et mentalement. L’alternance du soleil et de la lune crée un spectre de nuances en perpétuelle recomposition. D’où la nécessaire réflexion sur cette relation entre le temps et la couleur. Peut-elle être mesurée et même visualisée ? Les œuvres d’arts peuvent-elles être regardées de la même manière lorsqu’elles rencontrent le flux de lumière ? Le Louvre Abu Dhabi est l’écrin idéal pour méditer sur cette question. Son architecture elle-même est un dialogue entre le temps et la lumière. Au fur et à mesure que s’écoulent les heures, les jours, les mois et les décennies, sa structure est un phare et un témoin du temps. Pouvons-nous saisir l’essence du temps et de la couleur en même temps ? Khalid Shafar a commencé à nourrir cette curiosité en 1995, bien qu’inconsciemment, lorsqu’il a découvert les dessins de Kristian Harlan, un architecte allemand, designer et artiste conceptuel. Ce dernier a débuté son travail sur son système baptisé Chromachron, une combinaison chrona pour la couleur et chronos pour désigner le temps, au début des années 1970. La rencontre intime de Khalid Shafar avec le travail de cet artiste a été initiée en observant le Chromachron. Ses cadrans utilisent des couleurs au lieu d’une écriture numérique conventionnelle pour indiquer chaque heure du jour. Une couleur est symboliquement attribuée à chacune des 12 heures : le jaune, couleur la plus lumineuse, représentant midi, quand le soleil est à son pinacle. La lente transition des couleurs révèle le changement de saison. Khalid Shafar a été inspiré par une musique de Peter Michael Hamel, un compositeur allemand à l’origine d’un des albums chef-d’œuvre des années 1970, titré «  Color of Time/1980 », dans laquelle la variété des rythmes annonce un changement de période ou de saison. Khalid Shafar a pris la conscience de la relation entre le temps et la couleur. Les photons que nous percevons comme de la couleur ne sont pas soumis au temps. De manière similaire, le travail présenté par Khalid Shafar résulte de cette réflexion, alors que la lumière, le temps, et la couleur sont vus comme uniques et fluctuants.

Khalid Shafar a eu la chance de coopérer avec des artisans de Mobilier national et manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie, qui restent les dépositaires d’un patrimoine indispensable pour réaliser cette pièce. Il s’est inspiré du travail de Michel Eugene Chevreul, chimiste français du 19ème siècle, et maître des couleurs des Gobelins, dont le travail scientifique a influencé la production des couleurs et leur utilisation dans l’art. Les 144 références uniques de couleur à l’origine de cette œuvre sont nées des recherches de Chevreul. Le mouvement débute avec le jaune à midi correspondant à la première rotation, suivie par d’autres pour former les 24 heures de la journée complète. Ce processus continue pendant 365 jours afin d’accomplir une année complète de rotation. Il passe de saison en saison témoignant de subtiles nuances, telles que pour le 20 mars, premier jour du printemps et le 21 juin, premier jour de l’été.


Artist statement

Khalid Shafar

Chromachron, 2017 The human experience is not bound by itself. Our experience of the world is in constant flux; by the passing of time, the changing environment, the regular oscillation of light of day and night; our perception is altered both physically and mentally. The alternating sun and moon create an ever-changing spectra of hues. It is worth pondering this relationship between time and color. Can it be measured or even visualized? Can we view artworks in the same vain, as they encounter the flow of light? The Louvre Abu Dhabi is the ideal vessel to ponder that question. Its architecture itself is a dialogue between time and light. As the hours, days, months and decades pass, its structure is a beacon, and witness of time. Can we capture the essence of both time and color at once? Khalid Shafar began this curiosity in 1995, albeit subconsciously, when he came across the designs of Kristian Harlan, a German architect, designer, and conceptual artist. He began work on his system called Chromachron, a combination of chroma for color and chronos to delineate time, in the early 1970’s. Khalid Shafar’s intimate encounter with the work of this artist began with the use of the Chromachron watch. Its dials use colors instead of the conventional numerical delineation to correspond to the given time of day. A color is assigned symbolically to each of the 12 hours; yellow the brightest color is noon, when the sun is at its peak. The slow transition of colors indicates the change in season. Khalid Shafar was inspired by a music track by Peter Michael Hamel, a German composer who composed one of the 70’s masterpieces albums titled “Colors of Time / 1980”, where the music beats change from part to another, announcing a change of time or season. He realizes that time and color are relative to one another. Photons that we see as color seem not to experience time themselves. Similarly, the work proposed by Khalid Shafar reflects on this, as light, time, and color are seen as both one and changing.

Khalid Shafar had the opportunity to work with the artisans at Manufacture national et manufactures des Gobelins, de Beauvais et de la Savonnerie. It held the perfect legacy to realize this piece. He was motivated by the work of Michel Eugene Chevreul, the 19th century French chemist, and Gobelins dye master, whose scientific work influenced the way colors were made and used in art. The 144 unique color references creating this work were born from Chevreul’s studies of color. The weaving starts with the yellow of noon as the first weave, followed by other colors to make 24 hours of a full day. The process continues for 365 days to make a complete woven year. It transits from season to season witnessing subtle changes of hues, for example at March 20th for the first day of Spring, then June 21st for the first day of Summer.


Manufacture de la Savonnerie ŠMobilier national


MOBILIER NATIONAL ET MANUFACTURES DES GOBELINS, DE BEAUVAIS ET DE LA SAVONNERIE Héritier du Garde-Meuble de la Couronne, créé en 1604 par Henri IV et réorganisé en 1663 par Louis XIV, cette institution pourvoit à l’ameublement des hauts lieux de la République et des différentes résidences présidentielles. Le Mobilier national a pour mission d’assurer la conservation et la restauration de ses collections, issue des achats et commandes destinés, hier aux demeures royales et impériales, aujourd’hui aux palais officiels de la République. Ces collections sont constituées de plus de 100.000 objets mobiliers ou textiles. Pour assurer la conservation de ses collections, le Mobilier national dispose de sept ateliers de restauration – tapisserie, tapis, tapisserie d’ameublement et tapisserie décor, menuiserie en sièges, ébénisterie et lustrerie-bronze – qui perpétuent une tradition et un savoir-faire d’excellence. Depuis 1937, les manufactures nationales des Gobelins, créée en 1662 par Louis XIV, de Beauvais (créée en 1664) et de la Savonnerie (créée en 1627), ainsi que les ateliers conservatoires de dentelle d’Alençon et du Puy-en-Velay (depuis 1976), sont rattachés à l’administration du Mobilier national. L’institution dispose par ailleurs d’un Atelier de recherche et de création – l’ARC – créé en 1964, à l’initiative d’André Malraux, pour promouvoir la création et le design contemporain dans les bâtiments officiels. 600 prototypes d’une centaine de designers ont été réalisés en plus de 50 ans. Les services du Mobilier national et des manufactures nationales incarnent le prestige de la tradition française, l’excellence d’un savoir-faire d’exception et la vitalité de la création artistique et du design contemporain.

Successor to the Garde-Meuble of the Throne, created in 1604 by Henri IV and reorganised in 1663 by Louis XIV, the National Furniture Collection (Mobilier national) is responsible for furnishing the official buildings and presidential residences of the French Republic. Its other mission is to preserve and restore a collection accumulated over the centuries. In the past, these articles of furniture and works of art were used to decorate France’s royal or imperial residences. The collection comprises some 100,000 pieces of furniture and textiles. To maintain this collection, the Mobilier national has seven restoration workshops – for tapestries, carpet restoration, upholstery, carpentry for chairs, cabinet-making and restoring chandeliers – which ensure the continuity of excellence and traditional skills. Since 1937, it has also been in charge of the national factories of Gobelins, founded in 1662 by Louis XIV, Beauvais (1664), and the Savonnerie (1627), but also, since 1976, the lace conservation workshops at Alençon and Le Puy-en-Velay. In addition, the organisation has a Research and Creation workshop, established in 1964, to promote contemporary design within France’s official buildings. In over 50 years of activity, it has produced more than 600 furniture prototypes by about 100 designers. The Mobilier national reflects the prestige of French traditions, the culture of excellence that surrounds its exceptional knowhow and the sheer vitality of its artistic creativity and contemporary design.


M E C E N E S D E L’ INST IT U T FR A NÇ A IS S P O N S O R S O F INST IT U T FR A NÇ A IS


Claudia Bourlon, Graphic Designer


RÉPUBLIQUE FRANÇAISE AMBASSADE DE FRANCE AUX EMIRATS ARABES UNIS

"Co-Lab: contemporary art and savoir-faire" exhibition catalogue  

This is the catalogue of the exhibition "Co-Lab: contemporary art and savoir-faire" presented in Louvre abu Dhabi. This exhibition show the...

"Co-Lab: contemporary art and savoir-faire" exhibition catalogue  

This is the catalogue of the exhibition "Co-Lab: contemporary art and savoir-faire" presented in Louvre abu Dhabi. This exhibition show the...

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