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noir les lettres C-H-A-N-E-L trônant sur la chaise. Je salive rien que de penser aux merveilles hors de prix qui se cachent dedans. Je le prends dans mes mains et m’assieds finalement. Houlàlà! Les gens me regardent. T’as les boules hein!! En farfouillant dans mon sac-cadeau, j’en profite pour observer les chaussures des gens qui passent devant moi. C’est la classe totale! Louboutin, Ash, Miu Miu, Prada, aïe!! Un intense effluve citronné s’empare de mes narines et une paire de Chanel m’écrase soudainement les orteils. Qu’est-ce qu’elles foutent à contre-courant, celles-là! Je lève la tête, prête à recevoir les excuses de mise, mais je reçois plutôt un coup de sac de la propriétaire des bottes sur le pif. La classe, ce n’est pas tout le monde qui l’a ici! À ce moment, le silence s’installe d’un coup dans la salle maintenant pleine. Je me tourne vivement vers la passerelle. La musique commence, les premiers mannequins font leur apparition. Oh mon Dieu, c’est magnifique, j’ai envie de verser une larme. Contenance Flora, contenance est ton mot d’ordre. Fais la meuf qui en a vu d’autres. Le défilé tire à sa fin. Les robes et ensembles deviennent de plus en plus somptueux. La fébrilité est palpable à travers l’assistance. On entend le frou-

frou des jupes et le claquement des talons un peu partout. Ils l’attendent tous et moi aussi : la robe de mariée qui clôturera le défilé. Comme d’habitude, Lagerfeld nous réserve une création à couper le souffle, et il paraît que celle-ci est particulièrement prometteuse. Portée par la nouvelle égérie de la maison de couture, Corinne Engen, on s’attend carrément à une page d’histoire. Plus personne sur la passerelle. Mais comment peuvent-ils nous faire languir aussi longtemps! Un tout petit truc tombe du plafond, juste sur le côté de la scène. C’est bizarre, on dirait une goutte de… un cri horrible retentit. Je fais volte-face et, comme toute la salle, j’aperçois d’abord le visage tordu de peur de la dame assise juste derrière moi. Je remarque ensuite sa main tendue vers quelque chose qui semble se trouver au-dessus de la passerelle. Là où j’avais, quelques secondes plus tôt, aperçu une goutte se trouvait maintenant une mare de sang. Sans vraiment avoir envie de savoir d’où provient la mare en question, je lève tout de même la tête et me fige d’une morbide stupeur. Pendue aux montants du plafond se trouve Corrine Engen vêtue de la robe. À travers les nombreuses roses de tissu blanc qui constituent le vêtement, le sang coule comme une rivière qui sillonne à travers les rochers d’un rapide qui prendrait sa source dans la plaie béante fendant le mince ventre du mannequin. Sur son vi-

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Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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