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Le jardinier avait fait du bon travail : pas un seul pissenlit, et les brins d’herbe avaient une longueur d’exactement 4,2 centimètres. Avec une moue approbatrice, Dorion se dirigea vers la cuisine. La femme de ménage avait laissé un peu de poussière au-dessus du micro-ondes, mais le policier consentit à lui pardonner tout en se promettant de lui écrire une note pour le lendemain. Les courses étaient faites, le poisson tout prêt (du saumon à l’aneth et au chèvre). Il le déposa au four à la température préprogrammée et mit de l’eau à bouillir pour le thé. Puis il avala ses suppléments de soirée. L’effet de la drogue s’était presque dissipé ; son acuité redevenait normale. Le poisson avait bon goût. Et à vingt-deux heures vingt-cinq, comme à tous les jours, Dorion se dévêtit, se brossa les dents, mis son pyjama bleu et se coucha en montant les couvertures jusqu’au menton. *** J’aurais envie de yogen früz, mais mutter n’aimerait pas ça. Non, mutter n’a jamais aimé le yogen früz. Jeudi, c’est aujourd’hui. Le journal. Oh, mein Wotan, regarde ça. Bien joué. « Un déficient assassiné dans un quartier résidentiel ». Oh, mein Wotan, c’est joli. Il le méritait ! Mes pauvres coquelicots, ils ont soif. Mes chéris. Guten tag, Herr Tremblay !

« Vous parlez fort, Alfons. Tout l’immeuble vous entend. Vous pourriez pas fermer votre porte ? » Mes excuses, Herr Tremblay ! Herr Tremblay ! Vous voulez voir mon uniforme ? « Non, Alfons. Je l’ai déjà vu. » Très bien Herr Tremblay ! Bonne journée ! Mes coquelicots ont soif ! « Vos coquelicots sont irrécupérables depuis 2006, Alfons. » Ils ont soif ! Bonne journée, Herr Tremblay ! Bonne journée ! « Bonne journée, Alfons. N’oubliez pas de fermer la porte. » Il ne veut pas te voir mais c’est pas grave. Hein, Boris ? Boris, mon uniforme. Belle croix gammée ! Alfons Taüfer ! C’est moi. Mon nom, là, c’est moi ! Svastika, svastika, svastikaaa. Qu’il est joli mon uniforme ! L’handicapé, Alec Radisson-Braun, il l’a bien mérité, hein, Boris ? T’es fier de moi, hein, Boris ? Boris, Boris, Boriiis. Boris ! Les juifs, les tapettes et les juifs, et les handicapés. Et ceux qui s’aiment entre eux, ceux qui mettent les zobs dans les fesses, hein Boris ! Ils devraient tous crever hein Boris ! *** « Monsieur Taüfer ! Ouvrez, s’il vous plaît ! Monsieur Taüfeeer ! » Dorion souriait de toutes ses dents. Hans, lui, s’énervait. « Oh, monsieur Taüfer ! Alfons Taüfer ! Nous voudrions vous parler ! Vous êtes là ?

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Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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