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pier, afin de créer un module ingénieux représentant grossièrement la voûte céleste. Les retailles jonchaient le bois franc de cette chambre devenue bureau d’enquête à la mesure de ses moyens. Lorsqu’elle eut fini cette périlleuse entreprise, elle s’octroya un moment de réflexion, où elle rassembla du mieux qu’elle put les divers objets qui lui seraient utiles. Compas, calculatrice, manuels, télescope, croustade aux pommes. Armée contre les intempéries et le froid mordant de la ville, les pieds sur le trottoir et la tête dans les étoiles, Marie déambulait maintenant délicatement sur les veines et artères de Montréal. Foulard jusqu’aux yeux. Tuque frôlant les sourcils. Sur son regard se cognait irrépressiblement le bleu opaque des cieux. Les ombres des passants filaient devant elle. Ses pas se déposaient furtivement sur l’asphalte endolori par les hivers emplis de neige et de calcium. Marie attendait avec fébrilité que la première neige vienne vêtir la ville de son grand châle blanc et envoûtant. Paisible comme une première caresse. Évoquant brillamment le cachemire. Mais surtout ne pas perdre ses pensées, ne pas les laisser s’égarer. Pourquoi, comment l’étoile avait-elle bien pu s’éteindre ?

saient subrepticement l’obscurité. Et Marie marchait. Le cou cassé, son visage étant ainsi face à un ciel sombre et dense. Le vent claquait sur sa peau de pêche rougissante, l’enveloppant de ses grands bras translucides, faisant vibrer ses cils. Une ruelle, un boulevard, un parc. La ville était son terrain de jeu, vaste et vivant. Elle voyait bien qu’il serait facile de perdre de vue son enquête, de laisser filer ses pensées. Mais elle n’abandonnait pas. Ses yeux passaient du ciel aux livres de Galilée, Reeves, philosophes et scientifiques. Elle avança ainsi, guidée par ses pas feutrés jusqu’au Vieux-Port. Là, deux univers s’offraient à elle. Celui des cieux, et son reflet ondulant dans les eaux glauques et sourdes du SaintLaurent. Les vagues se brisant sur la coque des bateaux accostés, muets. Et Marie marchait. Cherchant à la fois une solitude et une inspiration mêlée d’imagination, elle se dirigea vers le planétarium Dow, antre de la beauté. En chemin, elle pencha la tête légèrement sur le côté, ouvrit lentement ses lèvres et y fit glisser un joint tout juste allumé. Une fine fumée envahissait ses poumons et ses pensées.

Elle était maintenant assise devant la voûte du planétarium. À fleur de peau. La nuit bordait tranquillement le jour Tous ses sens étaient au service des de ses grandes paupières noires, tan- constellations qui imprégnaient son dis que les lumières de la ville disper- corps et sa tête, qui martelaient dou-

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Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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