Page 28

Des étoiles dans les yeux (../suite) supplication invisible à l’endroit de ses jambes afin de courir assez vite pour ne pas manquer son autobus. Dieu qu’elle détestait courir. C’est donc durant ses cours magistraux, les yeux perdus dans les nuages, qu’elle se demandait comment une si belle petite étoile, terre de lumière, pouvait bien s’éteindre comme une ampoule, comme une étincelle. Repas sans goût à la cafétéria. Marche interminable d’une classe à une autre. Tour plein de rebondissements et de nids de poules en autobus, à regarder les arbres arborant fièrement leurs branches sans feuilles, ces dernières gisant sur le sol et volant aux parebrises des chauffeurs pressés. De retour à la maison, au coeur du quartier gai où détonaient les arcs-en-ciel, comme si les bars et les autres établissements se livraient un concours sans merci dont le vainqueur serait le plus coloré, elle installa ce qui serait dorénavant son quartier général et donc, le lieu où se déroulerait son enquête. Ce ne fut pas un grand changement pour Marie; elle faisait systématiquement toutes ses activités dans son grand lit aux nombreuses couvertures et oreillers dépareillés. Des devoirs de chimie aux lectures attentives d’Hubert Reeves, en passant

25

par les collations sucrées rassurantes, son matelas était constellé des vestiges de ses occupations. Cartables, assiettes vides, étoiles de papier, disques oubliés, casse-tête ou encore manuels de mathématiques chiffonnés. Ce fut donc dans ce fouillis sans drap contour que Marie organisa tant bien que mal son nid de découvertes. Ses recherches seraient menées de front par son intelligence trop souvent sous-estimée. Probablement à cause de son perpétuel et doux silence. Il ne faut pas se méprendre sur les silences, il en existe beaucoup, tous différents de nature et de sens. Il y a les silences malsains, causés par un indéniable malaise. Il y a les silences vides, dus à la vacuité intellectuelle. Puis, il y a les silences qui parlent d’eux-mêmes, ceux qui sont lourds de sens et bruyants d’intensité, si toutefois nous prenons le temps de les écouter. Ce sont ceux-là que Marie provoquait avec ses yeux toujours tendres et humides. Petites perles de rosée. Ses recherches se devaient de commencer par une compréhension approximative de l’espace, elle devait pouvoir se situer dans les méandres du ciel et de ses astres, sphères lointaines de tous les mystères. Voilà donc que Marie mit à profit ses habiletés étonnantes en fabrication d’étoiles de pa-

Profile for Suzanne Roy

Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

Profile for idmuse
Advertisement