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Des étoiles dans les yeux

par Camille Léonard

Sept heures moins le quart. 23 novembre. 2008. C’était un matin comme les Montréalais y sont immanquablement accoutumés, froid et humide. Quelques lueurs orangées tentaient de percer la brume couleur cendre et métallique. La ville était drapée d’une lumière fragile et délicate, presque inaccessible aux yeux des passants. Leurs yeux. Essayant systématiquement d’éviter le foisonnement des regards éteints ou curieux. Ils déambulaient machinalement d’une rue à un métro, d’un pas pressé ou excessivement lent. Mouvements lourds et langoureux des êtres traînant leurs ombres diaphanes. Parfois, un petit flocon venait se déposer sur l’étendue diffuse de leurs corps, se déplaçant douloureusement comme de grandes enclumes mouvantes. Sept heures moins le quart. 23 novembre. 2008. Les paupières de la ville endormie restaient lourdes et clauses. Un Montréal fatigué. Un vent tortueux venait embrasser les hommes, les femmes, toutes ces personnes inéluctablement aussi fragiles qu’endurcies par une existence ban-

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cale. Pour certains, la douceur momentanée se trouvait dans un thé orangemangue à l’angle des rues Saint-Denis et Maisonneuve, pour d’autres, c’était dans le grondement sourd des métros, lourd et rassurant, et pour le reste, peutêtre, dans ce vent qui les berce froidement. Parce qu’ils sont les revenants d’une soirée de sexe anonyme, parce qu’ils ont perdu un être cher, parce qu’il ne s’est justement rien passé ou parce qu’ils ont encore versé des larmes brûlantes et sans visage, ils ont décidé de se lever. De marcher. D’affronter une autre journée. Après tout, que peut-il se produire de pire que rien? Et voilà, en route pour le bureau, pour le chantier, pour le restaurant, ou pour le collège, qui sait. Sept heures moins le quart. 23 novembre. 2008. Murs gris. Fenêtres givrées. Élèves somnambules se réchauffant les mains et le coeur avec leur tasse remplie du café rassurant des matins d’automne, ce nectar aussi vital que réconfortant. Tableau couvert de graphiques et de for-

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Récits policiers  

Récits policiers écrits dans le cadre du cours de Mythes littéraires Professeure : Brigitte Deslauriers Session : Automne 2009

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